Les intermédiaires, le nerf de la guerre...

Les intermédiaires, le nerf de ma “guerre”

Je crois que l’économie peut être un acteur clé de la transition écologique. C’est d’ailleurs pour cela que je m’engage au quotidien. Mais pas n’importe quelle économie. L’économie qui contribue positivement à la transition repose sur l’inclusion, le pouvoir du collectif et une bonne dose de solidarité pour que nous puissions mettre nos compétences au service des enjeux sociaux et environnementaux.

Il nous faut porter des valeurs fortes, savoir les partager positivement, et surtout pouvoir reposer sur des partenaires qui les vivent à leur tour. C’est une condition fondamentale.

Hors, dans l’économie actuelle, il y a toujours un moment où on se trouve confronté à un élément de la chaîne qui ne fonctionne pas sur les mêmes principes et qui semble tout à fait à l’aise avec le système économique actuel.

En ce qui nous concerne, nous sommes plutôt contents de ce que nous produisons et de la manière dont nous le produisons. Nous sommes aussi ravis de la communauté de cafetiers, hôteliers, épiciers, boulangers qui vendent nos produits et permettent donc à un nombre toujours plus nombreux de consommateurs d’avoir accès à nos produits et de contribuer ainsi à une économie “de conscience”.

Le gros hic, c’est entre les deux: entre nous et les revendeurs.

Les fameux intermédiaires!

Dans un monde idéal, on adorerait que nos produits soient acheminés par des partenaires qui partagent les mêmes valeurs que nous dans des points de vente qui partagent les mêmes valeurs que nous afin d’atteindre des consommateurs qui partagent les mêmes valeurs que nous.

Sauf qu’on n’y est pas encore.

L’idée de “centraliser les achats”, à la base, est bonne: optimiser les transports (ce qui minimise l’impact environnemental); proposer un service et une facture groupée pour les points de vente afin qu’ils puissent commander nos jus et limonades tout comme une quantité d’autres produits en même temps.

Mais alors où est le problème?

Le problème est que certaines de ces centrales fonctionnent aux fichiers excel et à la marge, avec peu d’ouverture pour le partage de valeurs. Et ce sont souvent celles qui permettent de couvrir la plus grand zone géographique, soit de partager nos valeurs avec le plus grand nombre.

La marge s’applique sous forme de rétrocession sur le prix de nos produits et sert avant tout à financer leurs services logistiques. Et cela est bien normal. Le problème est le “vouloir gagner plus” au détriment du collectif.

Pour générer plus de bénéfices, elles nous obligent régulièrement à financer – en plus de la marge déjà allouée – des “services” supplémentaires, comme des campagnes promotionnelles ou de la visibilité (qu’elles maitrisent) sur leurs supports de communication. Hors, depuis des années, nous avons décidé de ne pas entrer dans le système des promotions et “communication froide” pour investir cet argent là où nous avons nos valeurs: partir à la rencontre de nos points de vente et de notre communauté. Tisser des liens humains, inciter l’achat de conscience (au juste prix) dans un but collectif, social et environnemental.

Il y a aussi la “guerre de prix” que ces centrales ont déclarée entre elles, mais que les producteurs subissent. Le résultat est clair: plus je (le point de vente) commande (et donc plus je suis “grand” et “fort”), moins je paie pour les produits. D’un point de vue économique, bien sûr que cela a du sens (les fameuses économies d’échelle). Mais d’un point de vue social… c’est un non sens. Il nous suffit d’imaginer un épicier de quartier, dont l’impact social est important, qui devra toujours payer plus cher que les plus grands. Quant au producteur, il se retrouve confronté à une vente de ses produits à un prix qui ne représente plus le fruit de son travail et/ou les valeurs qu’il porte.

Et le rapport de force est de mise: “Vous voulez que vos produits soient à la portée du plus grand nombre? Vous rentrez dans le (notre) système”.

Mais alors pourquoi ne pas simplement faire sans?

Parce que ça voudrait dire demander un effort supplémentaire – souvent trop important – à nos partenaires revendeurs pour proposer nos produits à leurs clients.

A l’heure actuelle, nous avons 2 choix:

  1. Faire AVEC EUX et financer un système dans lequel on ne croit pas pour atteindre un maximum de consommateurs et renforcer l’impact positif de notre modèle.
  2. Faire SANS EUX, être moins bien représenté dans les commerces et laisser toute la place aux marques industrielles qui fonctionnent sur le même système que ces centrales et qui, il faut le dire, ont les budgets adéquats à force d’optimiser leurs marges au détriment du social et de l’écologie.
L’un ou l’autre nourrit un cercle vicieux. Un cercle qui empêche le cercle vertueux d’une économie collaborative et inclusive de s’épanouir, et de contribuer ainsi à la transition écologique.

Collaborer sera la clé

Imaginons maintenant que le collectif peut amener un changement. Que les entreprises éco-responsables, sociales et locales peuvent avoir une place dans ces réseaux de distribution à la mesure de leurs valeurs. Qu’elles puissent proposer leurs produits comme elles le souhaitent, sans promotion, sans communication “froide”, sans guerre de prix.
Il y a l’artisanat et l’industrie. Faisons la différence au delà de la comm’ “produits locaux” alors qu’ils sont considérés à l’heure actuelle comme des machines à produire de la marge.
La centrale a tout à y gagner car elle entre dans un cercle vertueux et contribue à la quête de sens. Elle peut se positionner dans cette nouvelle économie et transiter vers un nouveau modèle. Et le collectif peut avoir le choix pour son engagement au niveau de l’achat.
Certaines centrales y sont déjà, merci à elles! Mais il nous faut pouvoir en inclure d’autres, les inclure toutes!
Il faut pouvoir y arriver, sinon l’impact de ces entreprises et du pouvoir du collectif restera sujet au bon vouloir économique de la performance des plus grands. Il restera “utopique” alors que l’envie, l’engagement y est. Et de toute part: du producteur, de l’épicier, cafetier, hôtelier au consommateur.
Engageons-nous pour une autre “guerre”, celle qui nous demande de mettre l’humain et la nature, la collaboration et la solidarité, au coeur de nos priorités.
Sofia de Meyer

Sofia de Meyer

Avocate de formation, Sofia de Meyer a a travaillé à l’international dans de grandes villes comme Londres et Chicago. Puis, après plus de 7 ans au service de multinationales, elle part à la quête de sens et s’engage pour une économie de conscience. Elle fonde Whitepod en 2004 (concept d’éco-hébergement) et Opaline en 2009 (producteur de jus et limonades suisses) qu’elle dirige à ce jour avec 8 collaborateurs. Récemment, elle a également créé la Fondation Opaline, dont la mission est de valoriser les métiers de la Terre et de favoriser les liens que nous cultivons avec elle.

3 réponses à “Les intermédiaires, le nerf de ma “guerre”

  1. Vous avez beaucoup de courage, chère Sofia, et ça mérite d’être salué, tout autant qu’être relayé.
    Bravissimo

    P.S. Malheureusement, je ne puis être client direct, vivant au cul du monde, mais peut-être un jour?
    🙂

  2. Je crois malheureusement qu’une intervention étatique, qui plus est au niveau international, proscrivant les rabais de quantité relève de la pure utopie. Pourtant, j’ai le sentiment que cela permettrait de modifier nos sociétés en profondeur dans le sens de votre philosophie.

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