COP 25 : Paralysie des dirigeants, paradoxe des peuples, gros temps sur la Planète !

La COP 25 de Madrid confirme l’évidence : les décisions politiques ne sont aucunement à la hauteur des potentiels déstructeurs que le changement climatique porte en lui. La volonté politique n’est pas là. Cupidité, stupidité, court-termisme ? Oui, dans le monde, il y a de tout cela, et ces dernières semaines, prenant souvent de très gros risques, de vastes foules sont descendues dans la rue, au Chili, en Irak, à Hong-Kong, en Colombie ou en Iran, au Liban et en Algérie, crier leur ras-le-bol devant la malgouvernance, la confiscation de l’Etat par un petit cercle, son inefficacité.

Mais il y a aussi une sorte de neurotoxique collectif, embrumant les esprits des décideurs politiques et les paralysant. Ce neurotoxique, qui entrave le fonctionnement normal du cerveau, est constitué d’un certain nombre de dogmes :
1) Celui de la main invisible : l’intérêt général se définit par l’addition des intérêts individuels, et tout dessein collectif est rejeté comme étant de l’économie planifiée…
2) Celui de la percolation : plus il y a de riches, moins il y aurait de pauvres, ce qui permet l’économie de toute politique de redistribution !
3) Celui de la maximisation de la possession d’objets et de loisirs comme but de l’activité économique, voire de la société tout entière.
4) Celui de la spécialisation des territoires en fonction de leur prétendus avantages compétitifs, au lieu de valoriser leur potentiel et de développer leur autonomie.
5) Celui du moindre coût, au prix de coûts écologiques et sociaux élevés.
6) Celui que la science finira par trouver les solutions, lui donnant des pouvoirs quasi-magiques.
7) Celui d’ignorer délibérément les limites de la nature à produire des ressources et à absorber nos rejets.

Un modèle qui tourne en rond

Alors on s’en remet au modèle des 30 Glorieuses, qui a permis au milieu du 20e siècle au monde industrialisé de passer du « capitalisme de la pénurie » à celui de la prospérité, puis de l’obsolescence (des biens et bientôt aussi des hommes). Qui a apporté à des centaines de millions de personnes du confort, des facilités, un niveau de vie appréciable et apprécié. Et dans lequel sont entrées depuis une quinzaine d’années les économies dites émergentes.

Alors que Gandhi disait lucidement voici 80 ans qu’«Il faut mettre un terme à cette course délirante qui conduit à vouloir toujours plus d’argent», l’intellectuel et homme politique Burkinabé Joseph Ki-Zerbo (1922-2006) soulignait que «malheureusement, les Africains sont (…) tournés vers la Terre promise de la Modernité, qu’ils interprètent en termes d’avoir et non d’être».

Or, depuis 30 ans ce modèle d’une société de consommation inégalitaire est grippé et tel un disque rayé tourne en rond. Fonctionnant de plus en plus sur des besoins artificiels et non sur l’utilité, il détruit sa base écologique et accroît les disparités sociales. Qu’il s’enraye et c’est la catastrophe sociale, qu’il redémarre, la catastrophe écologique. Mais les gouvernements, ceux parmi d’eux qui ont un quelconque souci de l’intérêt général et de leur rôle, s’entend, n’arrivent pas à concevoir que ce modèle est obsolète. Ils s’obstinent encore et toujours autour du véhicule économique en panne, sans arriver à autre chose que des mots.

Il faut retrouver la légitimité de cadrer l’évolution économique, c’est vital, et déjouer ce sortilège maléfique qui nous endort, nous plombe, alors qu’il nous faut bouger, et vite. Depuis toujours, l’on sait qu’il n’y a pas de marché sans régulation (et pas de régulation sans marché).

Ceux qui agissent ne sont pas les bons

Mais précisément, que font les peuples, prompts à descendre dans la rue, à dénoncer ces dirigeants qui semblent ne plus rien diriger? Ils ne trouvent rien de mieux, dans leur désarroi devant une mondialisation mal régulée, que de se jeter dans les bras de populistes sans scrupules, à des degrés divers menteurs, vantards, affairistes, sectaires, égocentriques, démagogiques : Trump, Orban, Bolsonaro, Salvini, maintenant Boris Johnson. On leur passe tout, car chez eux parole et action sont un, ce qui n’est que rarement le cas chez les élu.e.s traditionnel.le.s. Et contrairement à ces derniers, ils tiennent leurs promesses, pour le meilleur et surtout le pire.

Leur action est, une fois la «nation» glorifiée et portée aux nues, de démanteler les protections environnementales et sociales, de nier ce qui constitue de manière irréversible le monde actuel : la gestion des interdépendances. Et ça va très vite, très fort, on l’a vu avec l’Amazonie. Car ils ne s’intéressent pas le moins du monde aux enjeux environnementaux et accélèrent la course à l’abime. Paradoxe des peuples, auquel les humanistes doivent urgemment trouver une parade.

Par exemple, en faisant savoir aux perdants de la mondialisation séduits par ce populisme ravageur que notre seul avenir réside dans les revenus et les emplois pérennes et non délocalisables offerts par la réparabilité, l’agro-écologie, les énergies renouvelables, un commerce équitable… L’Accord de Paris parle de transition juste et d’emplois de qualité ; l’OIT estime à 24 millions les emplois nécessités par la transition énergétique. D’ores et déjà, aux Etats-Unis, deux fois plus de salarié.e.s gagnent leur vie dans le solaire que dans le charbon!

Transition: obsolète, la durabilité?

Comme dirait Greta du haut de ses 16 ans : vous qui m’avez mise au monde et qui vous me volez ce monde, écoutez ce que dit la science. Alors, que dit la science?

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) nous indique un réchauffement moyen à la surface de la Terre de + 1°C depuis le début de la mobilisation du carbone fossile (+2° en Suisse !) et une montée des mers de 0,4 cm/an, parmi d’autres nouvelles du même acabit. Avec 660 millions de personnes vivant à un altitude de moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer… bonjour les dégâts !

Quant à l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), elle signale que les ¾ des milieux terrestres et 2/3 des milieux marins sont sévèrement altérés et qu’un quart des espèces de vertébrés, d’invertébrés et de plantes sont menacées d’extinction. Ce serait ainsi la 6e grande extinction de la vie sur notre Planète.

A cela s’ajoutent des inégalités croissantes au sein de nos sociétés : en 1970 les 50 Américains les plus riches devaient payer 50% de leurs revenus en impôts, aujourd’hui seulement 25%; 1% de la population américaine la plus riche représentait voici 50 ans 10% des revenus de toute la population, aujourd’hui c’est 20%. De l’égalité de chances promise, on a passé à la fracture sociale ! Et dans le monde, quelque 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, n’ont pas de véritable toit… alors que d’autres ne savent que faire de leurs gadgets inutiles.

Face à ces menaces concrètes sur le vivre-ensemble sur cette Terre, qui peuvent parfaitement déboucher sur un monde en miettes et en ruine marqué par une lutte de tous contre tous, on note une certaine radicalisation : collapsologie, décroissance, altermondialisme plaident pour un changement de système, et la notion de durabilité est rejetée pour celle de rupture. Ce procès en obsolescence, voire en complicité, fait à la durabilité est-il justifié ?

Que faut-il faire ?

En effet, l’avidité, l’accaparement et le matérialisme sont parmi les causes profondes de la situation actuelle, tout comme la course à la facilité, une séparation croissante avec la nature et ses fonctions, et la négation de sa fragilité, l’illusion aussi que la science finira par trouver des solutions…

Le cœur de la question est bien aujourd’hui que l’économie marche sur la tête, est devenue sa propre loi, a quitté la sphère de l’utilité, néglige ses coûts écologiques et sociaux. Mais on peut parfaitement soutenir une rentabilité des entreprises, tout en demandant que celles-ci répondent à une utilité, aient un effet écologique et social positif et que leurs bénéfices restent limités (et bien entendu honnêtement gagnés). Autrement dit, il s’agit d’aligner les rentabilités écologiques, financières et sociales; c’est ce que préconise par exemple l’Economie sociale et solidaire.

Réparer plutôt que jeter, fournir des énergies renouvelables plutôt que du fissile et du fossile, généraliser des bâtiments positifs, le commerce équitable et l’agro-écologie (seule façon de nourrir une population croissante sans détruire les sols), remplacer la recherche de l’obsolescence par la mise en valeur de la durée de vie et la réparabilité (économie circulaire) sont autant de sources de rentabilité (raisonnable) que les modèles fonctionnant sur le court terme et la fragilisation écologique et sociale.

Le vrai problème est ailleurs. Il est dans le refus des Etats de réguler l’économie, d’imposer cette mutation indispensable. L’écologique et le social sont vus comme les conséquences d’une économie prospère – alors qu’ils en sont tout au contraire la conditions et le but!

S’il existe aujourd’hui dans pratiquement toutes les filières des produits de qualité «durable», si personne n’est obligé d’acheter des biens ou des services inutiles, produits dans de mauvaises conditions écologiques et sociales, il n’en reste pas moins que les loisirs destructeurs (zapping du weekend dans des villes européennes qui finissent toutes par se ressembler, croisières dans des bateaux gigantesques), l’achat de 4×4 inutiles et fortement émettrices de CO2, l’engouement pour la viande et le fast-food issus du massacre de la forêt tropicale (et de ses habitants) restent des options encore bien trop répandues. L’action des consommateurs, aussi indispensable soit-elle, ne suffira pas. Tout comme du côté producteurs, il y aura toujours des acteurs qui iront jusqu’au bout de ce qui est permis, voire au-delà.

En matière de fiscalité ou de circulation routière, on nous demande de respecter la loi – et les conditions d’une planète viable et vivable, seraient abandonnées au seul volontariat ? L’économie de marché exige un pouvoir étatique fort, équitable, efficace et indépendant des lobbies du court terme et du profit maximum pour quelques-uns et à n’importe quel prix, actuellement infiniment trop écoutés.

La durabilité exige un changement en profondeur

Ceux qui rejettent aujourd’hui, devant tant d’inaction ou d’action insuffisante, la notion de durabilité la remplaceraient volontiers par celle de transition. Oubliant de dire : transition vers quoi ? or, ce ne peut être que vers la durabilité. En effet, comment mieux définir ce qu’il faut faire, à savoir :

– Opter pour »un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion: le concept de besoins, et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir».

– Constater que “des changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment sont indispensables pour réaliser un développement durable à l’échelle mondiale».

– Vouloir une économie «qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources» ?

Et se référer à la notion d’empreinte écologique, qui fait dire à l’Office fédéral de la statistique que notre «mode de vie (…) n’est pas durable car la consommation suisse par personne est 2,8 fois plus grande que les prestations et ressources environnementales globales disponibles par personne (…). Nous vivons donc aux dépens des générations futures et d’autres régions du globe.»

– et au principe de précaution : “En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement», auquel d’aucuns veulent substituer un «principe d’innovation» ?

Tous ces contenus énoncés par des documents officiellement validés se retrouvent aujourd’hui dans les 17 Objectifs de développement durable (ODD) – avec leurs 169 cibles et 232 indicateurs – adoptés en septembre 2015 par les Nations Unies dans l’Agenda 2030.

Ceux qui ont inventé la notion de durabilité «faible», ou qui ont réduit la durabilité à une vague conciliation entre économie, écologie et social ne sont aucunement dans la cible de la définition originelle. Leur interprétation ne doit pas être prise pour argent comptant et, encore moins, légitimée par la mise en question de la durabilité comme telle.

Rejeter une notion désormais largement répandue et reconnue, adéquate en termes de contenus et universellement valable, sous prétexte d’application insuffisante, c’est un peu comme récuser la notion de droits humains du fait que trop d’Etats ne la respectent pas. Ce serait se priver de l’instrument même permettant de faire pression sur les acteurs défaillants. Pas besoin de réinventer constamment de nouveaux concepts pour dire en gros la même chose, mais appliquons ce que nous avons!

Après la vague verte, quelles priorités ?

Le 20 octobre dernier, les partis verts ont doublé leur score. Le seul parti ouvertement climatosceptique, l’UDC perd une douzaine de sièges. Quelles sont les échéances qui attendent le nouveau parlement en matière environnementale? Ces derniers mois, tant le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) que l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) ont diffusé des résultats qui font froid dans le dos.

Côté biodiversité, l’IPBES signale qu’un million d’espèces sur les 8 millions existantes sont menacées… ¾ des milieux terrestres, 2/3 des milieux marins sévèrement altérés, un quart des espèces de vertébrés, d’invertébrés et de plantes menacées d’extinction.

La forêt tropicale part en fumée pour les cultures intensives de soja et d’huile de palme, et un élevage massif, tout cela pour satisfaire notre appétit démesuré de viande nocif pour la santé (et concurrencer notre propre paysannerie) – la santé de la Terre et notre santé vont de pair. Côté climat, l’augmentation de la température moyenne sur la surface terrestre est de + 1°C (et 2° en Suisse!), entraînant une montée des mers de 0,4 cm/an. Avec 660 millions de personnes vivant à une altitude de moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, bonjour les dégâts.

La dégradation des sols et de leur couvert végétal réduit les capacités d’absorption de CO2, la fonte des sols gelés libère des quantités importantes de méthane… Le changement climatique s’emballe et l’humanité file du bien mauvais coton.

Voici dix ans, l’équipe du chercheur suédois Johan Rockström identifiait neuf « frontières écologiques» déterminant la viabilité de nos sociétés et le vivre ensemble sur cette Terre: le changement climatique, les atteintes à la biodiversité, les bilans du phosphore et de l’azote, les atteintes aux sols, la dissémination de substances de synthèse, la pollution atmosphérique, l’altération du cycle de l’eau, l’acidification des océans et la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique. Plusieurs sont déjà franchies, risquant fort de rendre la Planète peu agréable à l’espèce humaine.

Il nous faut des mesures à la hauteur de la situation

De deux choses l’une. Soit les synthèses des organismes scientifiques mondiaux sont crédibles et reflètent la réalité, et des mesures fortes doivent être prises. Soit elles sont entachées de biais, et peuvent être relativisées ou contestées. Malheureusement, la première hypothèse semble bien être la bonne et ce alors sont des mesures telle que celles-ci qui s’imposent globalement, mais aussi localement:

1) Rationner (c’est-à-dire fixer des priorités en fonction des besoins et de l’équité) mondialement l’aviation, la voiture, les poids lourds…
2) Fermer les centrales électriques au charbon et les mines de charbon.
3) Revérifier tous les produits chimiques en circulation et retirer tous ceux dont l’innocuité n’est pas positivement prouvée.
4) Remplacer l’agriculture industrielle par l’agro-écologie, seule capable de nourrir une humanité en nombre croissant sans détruire les sols.
5) Interdire les plastiques, à moins d’une garantie d’un recyclage à 100%.
6) Planter massivement des arbres.
7) Protéger les sols.
8) Empêcher la surpêche.
9) Interdire tout bien qui ne peut pas être recyclé, réparé ou réutilisé.
10) Orienter les emplois, les modèles d’affaire et les investissements dans ce sens.

On voit clairement qu’on ne pourra pas ni en Suisse ni ailleurs se contenter d’aménagements périphériques de notre mode de vie. Il s’agira de réduire nos prétentions en matière de facilités au profit du bien commun, et dans le respect d’une meilleure équité sociale. On peut faire des compromis entre forces politiques mais on ne fera pas de compromis avec la climat et les conditions d’existence sur Terre. Et sortir de l’agro-industrie, du chauffage excessif de nos logements (chaque °C supplémentaire signifie 7% d’énergie en plus), de notre addiction aux véhicules surmotorisés et de la frénésie des loisirs énergivores nous fera le plus grand bien.

La coopération au développement, un devoir et une chance

La coopération au développement suisse est efficiente, crédible, ciblée et se construit avec des partenaires de terrain responsables, structurés, en fonction d’une analyse des situations et des priorités. Elle vise à l’autonomie des populations et se projette dans la durée. Nous pouvons en être fiers.

Alors que notre monde a tout à fait les moyens de répondre aux besoins élémentaires de tout être humain, 820 millions d’humains ne mangent pas à leur faim, 750 millions n’ont pas pu aller à l’école, 750 millions doivent vivre avec moins d’1,9 $ par jour (seuil de la pauvreté absolue) et 850 millions n’ont pas de toit digne de ce nom. La moitié de l’humanité n’a pas accès aux soins nécessaires et 785 millions de personnes ne disposent pas d’une eau potable de qualité hygiéniquement sûre. La coopération est une contribution essentielle pour remédier à ce scandale quotidien.

Dans le contexte actuel de changement climatique, de destruction de bases naturelles de l’existence (menaces sur la biodiversité, le cycle de l’eau, les sols, etc.), de mauvaise gouvernance et de migration forcée, ces actions sont particulièrement indispensables pour permettre aux populations du Sud de pouvoir vivre dignement au pays, droit que chacun.e de nous réclame comme une évidence pour soi-même.

Ces thématiques sont aujourd’hui au cœur des 17 Objectifs de développement durable, et de leurs 169 cibles, retenus voici exactement 4 ans, le 25 septembre 2015, par l’Assemblée générale des Nations Unies, dans l’Agenda 2030. Ce document lie tous les Etats et la Suisse y a également souscrit ; la coopération est une des clés de sa mise en œuvre.

La coopération, un engagement citoyen…

De très nombreuses ONG, petites et grandes, reflètant l’engagement citoyen, s’impliquent dans des projets en partenariat avec des communautés dans le Sud. Comme l’indique la Fédération genevoise de coopération dans sa prise de position sur le projet de message 2021-2024 sur la coopération internationale de la Suisse, « chaque projet est le fruit d’une étroite collaboration entre les organisations membres de notre Fédération et leurs partenaires au Sud. Ces projets permettent d’améliorer de façon durable les conditions de vie des communautés défavorisées et combattre les inégalités à travers le droit à la santé, l’éducation, les emplois locaux, la valorisation de ressources locales, l’autonomie agro-alimentaire et énergétique. Ils reposent sur une mobilisation et la participation active des populations concernées, en collaboration avec les autorités locales. » (https://fgc.federeso.ch/system/files/attachments/news/fgc_consultation_message_2021-24_2019.07.18.pdf)

Les collectivités publiques de tout niveau, communes, cantons et Confédération soutiennent par leur financement ces projets, et les expertisent par leurs propres organes techniques et financiers ou ceux des Fédérations cantonales de coopération.

…en partenariat avec les collectivités publiques

La politique étrangère suisse est définie par l’article 54 de la Constitution qui dit en particulier : « La Confédération (…) contribue notamment à soulager les populations dans le besoin et à lutter contre la pauvreté ainsi qu’à promouvoir le respect des droits de l’homme, la démocratie, la coexistence pacifique des peuples et la préservation des ressources naturelles. »

Aux termes de la loi qui la régit, la coopération vise à soutenir « les efforts des pays en développement en vue d’améliorer les conditions de vie de leurs populations ». Selon la loi, «la coopération au développement et l’aide humanitaire internationales expriment la solidarité qui figure au nombre des principes régissant les relations de la Suisse avec la communauté internationale et répondent à la situation d’interdépendance qui existe entre les diverses parties du monde. »

Le devoir de cohérence

Cette philosophie correspond à notre responsabilité de pays aux ressources provenant essentiellement d’autres parties du monde. Ce qui se traduit notamment par une empreinte carbone deux fois plus importante que le CO2 émis depuis le territoire national, et par une empreinte écologique trois fois plus importante que ce à quoi nous aurions droit. Comme le dit l’Office fédéral de la statistique, « la consommation suisse par personne est 2,8 fois plus grande que les prestations et ressources environnementales globales disponibles par personne. Nous vivons donc aux dépens des générations futures et d‘autres régions du globe ».

En 1970, les pays industrialisés se sont engagés lors de l’Assemblée générale de l’ONU à accorder au moins 0,7% de leur revenu national brut (RNB) au financement d’actions de coopération au développement. Cinquante ans plus tard, ils sont à peine une demi-douzaine à atteindre l’objectif. Suite à une pétition signée par plus de 200’000 personnes et déposée en mai 2008, le parlement suisse a fixé l’objectif à 0,5% pour notre pays.

Investir dans la coopération c’est investir dans l’équilibre du monde

Malheureusement, le projet de message du Conseil fédéral sur la coopération internationale de la Suisse mis en consultation ce printemps comporte de graves risques de recul. Citons, entre autres :

1) L’accent mis sur les intérêts économiques suisses à court terme, qui peuvent tout à fait être à l’opposé des intérêts des plus démunis du monde.
2) Une répartition floue entre aide humanitaire et aide au développement, au détriment de cette dernière, soit du plus long terme.
3) Une diminution de l’engagement financier qui passerait du 0,5% du RNB postulé par la parlement à 0,45% voire à 0,4%, très loin du 0,7% convenu.
4) Une contribution de la coopération à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 minimisée voire occultée, or il n’y a pas de durabilité sans coopération – tout comme il n’y a pas de coopération sans durabilité.

Il est à espérer que, suite aux réponses reçues au cours de la consultation, la version finale du message apporte les correctifs nécessaires et réaffirme clairement qu’il est dans notre intérêt à tous que soient combattues les inégalités et les menaces environnementales dans le monde. Nous vivons tous sur la même planète et la dignité humaine est indivisible. Investir dans la coopération c’est investir dans l’équilibre du monde.

La forêt brûle, la Planète trinque, et les Peuples autochtones boivent la tasse…

La forêt amazonienne brûle. Elle brûle à cause d’un système agro-alimentaire mondial aberrant, où le fast-food et l’agrobusiness sont les deux faces d’un même dérapage global qui porte gravement atteinte à notre santé et à celle de la Terre.

Elle brûle à cause d’un président qui, tel Néron mettant le feu à Rome, restera dans l’histoire comme un des grands pyromanes de la Planète.

Elle brûle et ne repoussera pas de sitôt car:

• Morcelée et réduite dans sa surface, la forêt tropicale voit son système d’évaporation-retombées pluvieuses entravé, s’assèche peu à peu et perd son caractère humide qui fait son exubérance et sa richesse biologique.

• Une fois mis à nu, le sol est rapidement lessivé lors de la saison des pluies, et ce qui en reste transformé en terre cuite par l’ardeur du soleil lors de la prochaine saison sèche. Il n’y a alors plus assez de sol pour assurer une repousse naturelle des arbres (au contraire de ce qui se passe en zone tempérée, où la forêt revient spontanément, par exemple sur les terrains délaissés par l’agriculture, car le support fertile est resté en place).

• Et surtout, une fois déboisée, l’aire naguère forestière est livrée à l’agriculture industrielle et transformée en immenses zones de pâturage ou de production de soja, généralement transgénique (en Amérique latine ; en Asie du Sud-Est, il s’agit avant tout de planter des palmiers à huile).

Ce soja ne sert pas à nourrir ceux qui dans ces régions ont faim, mais à engraisser des millions d’animaux dont la viande sera vendue avantageusement en Europe ou en Chine. D’ailleurs, nous importons chaque année près de 300’000 tonnes de tourteau de soja pour augmenter le rendement laitier de nos vaches – alors qu’on se plaint régulièrement de la surproduction laitière!

Tout ce sol est volé à une biodiversité globale déjà mal en point, et à la résilience climatique, les incendies envoyant d’énormes quantités de CO2 dans l’atmosphère et réduisant d’autant la capacité de stockage par les végétaux de ce même gaz.

Mais ce sol est surtout volé à ses habitant.e.s, les Peuples autochtones.

Qui colonise qui ?

Le président du Brésil accuse Emmanuel Macron, qui le rappelle à ses devoirs, d’ingérence néocolonialiste. Totale inversion de la réalité ! Bolsonaro véhicule l’idéologie des conquistadores, pour qui les Peuples autochtones sont des primitifs qu’il faut civiliser, exploiter ou éliminer physiquement, et pour qui la nature ne peut connaître d’autre destin que d’être « mise en valeur », alors que c’est elle, à travers ses services écosystémiques, qui nous fait vivre. A juste titre, Macron a mis en évidence que la souveraineté nationale ne permet pas de tout faire, et notamment pas de porter atteinte au patrimoine commun de l’humanité ! Il n’y a à ce sujet pas d’indépendance mais que des interdépendances.

Les Peuples autochtones ont une chose essentielle à nous dire. Tout fiers de no facilités, de nos capacités techniques, nous oublions que nos façons de faire et de voir le monde ont à peine quelques siècles. A moins de réaliser rapidement de vrais changements de cap (les bonnes pratiques existent, mais sont loin d’être généralisés), nos acquis sont tout sauf durables. Alors que le rapport à la nature qu’ont développé les peuples autochtones leur a permis de survivre et de vivre depuis des milliers d’années en interaction positive avec leur milieu. Quel est le vrai primitif ? Le prédateur occidental ou l’habitant.e originel.le des lieux ?

Et qui, comme de plus en plus d’experts de la protection de la nature le soulignent, en sont les meilleurs gardiens. Le paradoxe est qu’alors qu’ils commencent peu à peu à être reconnus comme titulaires de droits et partenaires de négociation au sein du système des Nations Unies, c’est sur le terrain national et local que les Peuples autochtones et leurs leaders sont de plus en plus en danger. En danger, parce que leurs lieux de vie sont plus convoités que jamais pour des installations minières, l’agriculture, les grands barrages, le tourisme, dans des concepts de développement qui n’ont rien de durable. En danger, parce que de nombreux Etats tolèrent – voire mènent eux-mêmes – une attitude répressive de plus en plus affirmée.

Une ONG particulièrement attentive à ces enjeux est l’International Work Group for Indigenous Affairs basé au Danemark, qui publie une revue annuelle, The Indigenous World. L’édition 2019 nous apprend qu’en 2017 plus de 400 défenseurs des droits humains et de l’environnement ont été tués de par le monde, dont la moitié étaient des représentants de Peuples autochtones. De nombreux autres sont soumis à des brimades, des restrictions de déplacement et des emprisonnements arbitraires.

L’année 2018 a été marquée par une recrudescence de ces agressions. Cette situation a été dénoncée par la rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones, Victoria Tauli Corpuz; elle est elle-même une autochtone des Philippines, du peuple des Kankanaey Igorot.

Pas de fumée sans feu

L’incendie des forêts amazoniennes survient au moment où le système international est mis à mal par les dirigeants populistes du monde, fondamentalement habités par l’esprit de prédation, de domination et de profit à court terme. On peut le considérer comme l’incendie d’une certaine conception du monde, faite de recherche d’équilibre, de dialogue et de coopération pour un monde viable et vivable.

Il signale le retour de la brutalité, du seul rapport de force, de la domination de l’Homme blanc sur les autres, fussent-ils là depuis des millénaires, et, symétriquement, sur la Nature sans laquelle, pourtant, nous ne sommes rien. Mais, obnubilés par la promesse du progrès – que la devise du Brésil (« Ordre et Progrès ») proclame depuis 150 ans (et dont le côté tragique apparaît désormais à la lueur des feux de forêt) – nous ne voulions pas le savoir. Sous cet angle, il devient clair que le sort infligé aux Peuples autochtones ne fait que préfigurer notre propre sort.

La Suisse dans le monde, réflexion à l’occasion de la fête nationale

Si à l’occasion de la fête nationale, nous ne parlions pas de la Suisse, mais de ce monde dont nous dépendons – pour nos importations, nous qui sommes pauvres en ressources, pour notre balance commerciale, pour nos échanges intellectuels et culturels? Et donc de ce que ce monde représente pour nous ? Car il y a péril en la demeure…

A nouveau : la tentation du mal

Telle une épidémie attaquant les neurones de l’humanité, se répandent dans le monde l’»illibéralisme» et la mise en avant de l’égoïsme national à courte vue, l’admiration des hommes forts-chefs de meute, la négation des interdépendances… Et alors que c’est le libéralisme économique qu’il faudrait d’urgence réguler et moraliser, c’est au libéralisme politique et à la capacité de dialogue et de construire des solutions consensuelles que s’attaque le vent mauvais qui souffle.

Oui, vent mauvais, qu’ils s’agisse :
• Du mensonge éhonté revendiqué par des chefs d’Etat comme Trump ou Bolsonaro («Tout le monde mange à sa faim au Brésil ; les photos aériennes du déboisement de l’Amazonie sont des faux et j’y mettrai fin»),
• De la mise en avant d’une des composantes de la nation au détriment des «minorités» (Modi en Inde) au risque de détruire définitivement l’héritage gandhien,
• Des abus des apprentis dictateurs comme Erdogan, Orban ou les dirigeants polonais,
• De la démagogie anti-requérants d’asile la plus primaire à la manière Salvini,
• Des rodomontades agressives de l’ex-agent du KGB Poutine, en passant par la première puissance du monde, la Chine, qui allie le pire de l’étatisme et le pire du libéralisme économique,
… tous ces dirigeants se congratulent, se soutiennent, se ressemblent.

Ce qui a changé en quelques années ? Alors qu’autrefois de tels personnages parvenaient au pouvoir par la force – une insurrection, jadis, de type mussolinien ou, naguère, un coup d’Etat de militaires autoproclamés sauveurs de la patrie, aujourd’hui, les peuples se donnent à eux. Qui n’ont alors plus qu’à cueillir les majorités comme autant de fruits mûrs, puis à les consolider une fois au pouvoir à travers toutes les ficelles de la flatterie, de la dénonciation, du clientélisme et de la répression.

Aujourd’hui comme hier : la faiblesse des démocraties

Comment se fait-il que l’affirmation d’une éthique individuelle et collective, d’un partage de droits et de devoirs, de la dignité de chaque personne, de la coopération internationale et de la démocratie puisse être ressentie par beaucoup comme une utopie d’un autre temps?

Aujourd’hui comme hier, les grands responsables de la tournure que prennent les choses sont ces «décideurs» qui promettent de servir le bien commun mais abdiquent devant la réalité des injustices. Leur difficulté à agir sur les causes des déséquilibres fait confondre démocratie et démission ; leur défaite devient la défaite de la démocratie.

Dans les années 30, c’était bien l’absence de réaction de l’Etat face aux inégalités croissantes et aux crises économiques – additionnée de la manière dont la «paix» a été dictée aux perdants de la première guerre mondiale – qui a fait que les partis fasciste en Italie et national-socialiste en Allemagne ont pu se doter d’une base populaire forte. En prenant les défis économiques et sociaux à bras le corps, Roosevelt grâce à son New Deal a préservé son pays de ce destin.

Par contre, ce qui diffère de cette époque est que 1) ces partis étaient nettement plus violents et extrémistes que le « mainstream » populiste actuel et, que 2), ce dernier est bien plus haut en terme de score électoral, frôlant voire dépassant la barre des 50%. Ce qui ne rassure qu’à moitié, car les extrémismes peuvent se radicaliser toujours plus, comme on l’a vu au cours de la 2e guerre mondiale en Allemagne et au Japon.

Une autre cause de leur montée était aussi la tolérance excessive des démocraties devant les populismes. Le prix ? plus de 50 millions de morts, des souffrances et des destructions inouïes. Plus jamais ça ? Alors, il faut vraiment se réveiller et retenir la leçon: tolérance zéro pour les adeptes de la tolérance zéro. Et se demander comment sortir de là !

Le triple déficit de l’humanisme

La crise de l’humanisme est d’abord une crise de visibilité. Les personnes modérées, pondérées le sont souvent aussi sur le plan de l’expression. Point d’insurrection des consciences, de mise en accusation des destructeurs du respect et de l’éthique, de dénonciation des côtés obscurs de l’humanité. Leurs propos n’«impriment» pas. Or, une certaine virulence, une certaine radicalité s’imposent quand la capacité de l’humanité de gérer son destin est en jeu!

Une crise de l’incarnation, ensuite. De nos jours pas de Mandela ni de Gandhi à l’horizon, ni même de Roosevelt ou de Gaulle, pour activer non les instincts du mal, mais les élans vers le bien.

Enfin, une crise de l’action. Les propos des dirigeants démocratiques sont peu crédibles parce qu’ils ne sont que rarement suivis d’actes – par contre, les mouvements extrémistes appliquent généralement leurs programmes à la lettre. C’est ainsi que le ramassis de vulgarité et d’hystérie intitulé «Mein Kampf» était devenu la partition d’un drame emportant tout un continent.

Le mythe fatal de la « ain invisible»

Que font les dirigeants occidentaux, jamais à court de bonnes paroles, pour imposer l’intérêt général aux destructeurs des équilibres écologiques et sociaux? Pour affirmer les principes démocratiques face aux dictateurs jouant des coudes et offrant d’alléchants contrats? Pour cadrer socialement et environnementalement une mondialisation, qui sinon dérape? Pour endiguer les exigences abusives de nombreux fonds d’investissement et les mettre au service de l’économie réelle? Pour exiger transparence et redevabilité des entreprises transnationales?

C’est bien dans la croyance délétère dans la non-intervention dans l’économie, dans le culte de la capacité mille fois démentie d’autorégulation de cette dernière, que se situent l’origine de cette paralysie, la plupart des dirigeant.e.s des démocraties libérales étant élevé.e.s dans la foi en la «main invisible»… Sans réaffirmation de la légitimité, du devoir, de l’Etat – bien évidemment d’un Etat de droit – à réguler les excès de l’économie, à assurer l’équité et l’égalité de chances et de droits, peu espoir de battre le populisme !

Plus vite dans le mur – grâce à l’extrême-droite

On pensait communément que ce serait le «collapse écologique» qui conduirait au collapse sociétal, au triomphe de la loi du plus fort. Or, c’est l’inverse qui se joue sous nos yeux : une généralisation revendiquée de la loi du plus fort – qui accélère le collapse écologique… Car si l’angoisse fait agir l’être humain, son réflexe est bien plus territorial (défendre son territoire par rapport à des intrus) qu’environnemental (défendre son avenir face à ses propres incohérences).

Greta Thunberg a raison de se faire du souci. Jamais les dirigeants du monde n’ont été si éloignés de se préoccuper des enjeux globaux, de prendre à bras le corps les enjeux du vivre ensemble sur cette Terre. Que de reculs en même pas quatre ans ; l’Accord de Paris paraît aujourd’hui bien loin!

Un point commun aux populistes de tous les pays est bien leur désintérêt pour les enjeux environnementaux. Logique: l’approche d’extrême-droite se résume en ces mots: domination et soumission. Domination de l’Homme sur la nature ; de l’homme sur la femme ; de l’homme blanc sur les autres humains ; de son peuple sur les autres peuples; de majorités conformistes sur les minorités; de dirigeants soupçonneux – mais pas au-dessus de tout soupçon – sur une population prise en tenaille.

Réaffirmer un cadre de référence éthique et s’y tenir

L’alternative au néolibéralisme et au nationalisme qui se soutiennent mutuellement dans leur œuvre de destructuration est dans l’alliance entre le global et le local, du développement durable et des droits humains, de la liberté et de la responsabilité, de la régulation et de l’autonomie. Au stade actuel de son histoire technique, économique, sociale, écologique, l’humanité ne peut s’en sortir qu’ensemble.

Il est temps que se rassemblent autour d’un tel agenda les femmes et les hommes de bonne volonté. Humanistes de toute la Terre, unissez-vous ! Notre politique étrangère ne pourrait-elle pas s’inspirer fortement et clairement de ces priorités et les porter en avant ?

Europe : savoir distinguer le contenant et le contenu

Après la désignation des prochains dirigeants – et dirigeantes ! – de l’Europe, qui a vu le couple franco-allemand s’être une fois encore révélé l’axe structurant de l’UE, une réflexion de fond s’impose. Elle est difficile en Suisse, où le politiquement correct largement admis est depuis un certain nombre d’années un noble dédain pour ce qui se passe autour de nous.

Cette attitude d’autosuffisance – et suffisante – est doublement erronée.

D’une part parce qu’à l’évidence nous avons besoin que le continent dont nous sommes proches du centre géographique s’organise d’une manière qui puisse nous convenir.

D’autre part, parce que la mutation qui attend l’Europe est exactement celle qu’a su accomplir la Suisse, en passant en 1848 d’une vague confédération d’Etats à un Etat fédéral. Et sans la guerre du Sonderbund, si possible…

Sortir de l’UE-bashing
Il est de bon ton d’accabler l’UE de tous les maux.
Il est temps de faire un examen objectif des enjeux, et, surtout, de savoir distinguer le contenant et le contenu.

Concernant le contenant, peut-on vraiment imaginer que les 27 Etats de l’UE s’en sortiraient mieux seuls qu’ensemble ? Laissons la Grande-Bretagne à ses démons, son apprentissage de la « liberté » risque d’être comme une longue et douloureuse adolescence.

Dans un monde instable, livré aux surenchères imprévisibles des puissances façon 19e siècle, une Europe divisée, morcelée en une poussière d’Etats, n’aurait guère de possibilités de faire valoir sa vision des choses, ses valeurs démocratiques, humanistes, sociales et écologiques.

Les « souverainistes » ne s’intéressant pas à ces valeurs, cet aspect leur est évidemment indifférent. Mais ce n’est pas forcément le cas de ceux qui les suivent. Ceux qui, rêvant de grandeur impériale passée, en France, en Grande-Bretagne ou en Italie, pensent que leur pays serait plus fort hors de l’UE se trompent lourdement.Ses 500 millions d’habitants ne sont que 7% de la population mondiale.

Avoir une taille qui permette de compter dans le monde
Par contre, une Europe unie aurait un poids comparable à l’Australie, au Brésil, à l’Inde, à l’Afrique du Sud, aux Etats-Unis, voire à la Chine… autant de pays capables de peser sur le monde, de protéger leurs habitants.

A l’heure des interdépendances, le repli sur soi se révèle une promesse vaine, une coquille vide, une tromperie (trumperie ?) de plus. Sur notre continent, la souveraineté sera partagée ou ne sera pas ; le projet européen n’est rien d’autre qu’une souveraineté exercée en commun, le cadre indispensable à la poursuite de notre histoire commune. Seule, l’Europe se perd ; unie, elle avance.

Un grand marché et c’est tout ? Rien n’est plus faux
Voilà donc pour le contenant. Mais le contenu ? La mouvance populiste ne cesse de le clouer au pilori et les démonstrations contraires ne portent guère. Alors regardons un peu, c’est édifiant.

Tout au marché ? Faux: les régulations en matière de concurrence, de politique économique, environnementale, sociale, agricole et de santé sont nombreuses et se défendent, du moins tout autant que celles de passablement d’Etats membres. Et surtout, elles sont réformables, au gré des volontés politiques.

Ces politiques sont souvent stigmatisées comme des interventions abusives, dénoncées comme autant d’excès de régulation, et on constate que l’on reproche sans gêne à l’UE à la fois de trop réglementer et de trop libéraliser – comprenne qui pourra ! Oui, son bilan en matière de politique régionale, sociale, environnementale est réel, celui en matière de démocratie et de droits humains aussi.

On a constamment fait porter à une UE tiraillée entre des Etats centrifuges et discordants, à la merci de leurs jeux de pouvoir, le chapeau de ce qui n’était pas de son fait.

C’est ainsi que le projet européen, convergence culturelle et politique, s’est rétréci dans la perception des peuples à un « grand marché », ressenti plus comme une menace que comme un territoire d’action commune.

L’existence d’un parlement européen élu par les citoyennes et citoyens des pays membres ? Masquée par la sempiternelle invocation de la bureaucratie de Bruxelles, qui agirait telle une caste redevable à personne.

Signe d’un possible renversement de tendance, les élections européennes du 26 mai 2019 ont été marquées par un regain de participation électorale et la présence dans tous les Etats membres (ou presque) de listes nationalistes et europhobes a fait paradoxalement effet contraire, légitimant l’espace de débat européen qu’elles combattent !

Qui a intérêt au blocage du projet européen ?
Et si les forces qui attaquent inlassablement l’UE, qui l’empêchent constamment de dépasser ses ambivalences, n’avaient pas intérêt à son échec ?
Les Brexiteurs anglais, de se débarrasser des standards sociaux européens ?
Les apprentis dictateurs post-communistes de l’Est, de ne plus être liés aux règles de l’Etat de droit, quand ils entendent mettre sous leur coupe la justice, les médias et les procureurs anti-corruption?
Les néolibéraux, quand ils doivent se justifier devant les autorités anti-cartellaires, de protection des consommateurs ou encore de transparence fiscale de l’UE ?
Les grandes et moyennes puissances qui ne rêvent que de mettre à genoux ce continent qui, uni, pourrait leur tenir tête? L’alliance objective entre populisme et néolibéralisme se fait ici aussi sur le dos de ceux qui auraient le plus besoin d’un cadre garant d’équité.

La seule sortie : par le haut
On ne peut que regretter de n’avoir pas davantage confronté les populations du continent au dessein historique qui leur incombe : construire ensemble la maison commune des peuples d’Europe, y compris de ceux mis de côté dans leur propre Etat, l’Europe pérenne des régions, illustrée naguère par Denis de Rougemont, se substituant avec le temps aux Etats-nation d’un moment.

Le mal dont souffre l’UE est bien son caractère hybride et inachevé : une sorte de confédération d’Etats, plutôt de gouvernements, à géométrie variable, aux procédures complexes et à la force de frappe incertaine.

La sortie par le haut est d’en faire un vrai Etat fédéral, avec un pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, même si l’on martèle depuis des décennies que ce serait « impensable » et « impossible ». Pourtant, les Etats-Unis, l’Inde ou le Brésil, le Canada ou l’Australie démontrent le contraire. De plus, la moitié des Etats des Etats-Unis connaissent des instruments de démocratie directe, qui pourraient sans autre être généralisés dans l’ensemble des Etats de l’UE, si leur gouvernement le veut bien.

Si la crise actuelle de l’UE pouvait déboucher sur une relégitimation du projet fédéraliste européen, elle n’aura pas été inutile.

Pesticides : coup vache du lobby paysan

Les méfaits de l’abus de pesticides ne sont que trop connus. Même en Suisse, réputée pour sa politique environnementale, des résidus se retrouvent dans l’eau, diverses études scientifiques le démontrent. Ainsi une récente publication officielle «Micropolluants organiques dans les eaux de surface du canton de Genève» souligne que «les concentrations maximales de produits phytosanitaires mesurées dans les cours d’eau du canton de Genève durant la période 2011-2016 dépassent largement les limites légales» (p. 25).

Alors que la méfiance du public est grande, si forte qu’il n’est, semble-t-il, pas rare que des agriculteurs traitant – en bio ou non – leurs cultures se fassent agresser verbalement, le refus de tout contreprojet aux initiatives populaires antipesticides, ce 20 juin au Conseil national, par 116 voix contre 73, n’a guère suscité de réactions. Ce sont pourtant des coups fourrés de ce type qui, partout au monde, font que les meilleurs programmes environnementaux se vident de leur substance et les bonnes paroles de leur sens.

Traitements: on peut faire autrement !
Si les modes de culture biologique fournissent la preuve depuis plus d’un siècle qu’on peut parfaitement produire des denrées alimentaires en se passant de substances chimiques de synthèse (il ne s’agit pas de zéro traitement, mais d’autres produits, d’autres approches !), il est tout à fait possible en mode “conventionnel” de culture de traiter moins, de promouvoir la lutte biologique et les espèces résistantes, de limiter la palette des produits que l’on estime devoir utiliser.

C’est cette voie que dessine le «Plan d’action visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires», publié en septembre 2017 par le Conseil fédéral. Son but est de réduire d’ici 2027 de moitié les risques (pour les eaux,les sols, les organismes non visés, les utilisateurs, etc.) émanant de ces produits. Sauf que ce Plan n’a aucune force obligatoire, et que son application se fait donc à bien plaire. Ceux qui sont déjà bons n’en ont pas besoin, et ceux qui ne sont pas bons peuvent allègrement continuer à polluer, si tel est leur souhait.

Engagement à bien plaire ou loi pour tous ?
Le but du contreprojet refusé suite à un lobbying intense de l’Union suisse des paysans (USP) au Conseil national était précisément de donner force de loi à ce Plan. Ce ne sera donc pas le cas, à moins que le Conseil des Etats ne corrige encore les choses. L’objectif du lobby paysan est clair : faire refuser en votation populaire les initiatives antipesticides sans devoir faire la moindre concession, sans accepter le moindre renforcement des exigences légales. Du volontaire, que du volontaire ! On pourrait sur ce modèle tout aussi bien demander que les contribuables soient libres de payer ou non leurs impôts, les automobilistes de s’arrêter ou non aux feux rouges…

L’USP reproduit ici l’attitude d’Economiesuisse lorsque cette organisation refuse tout contreprojet à l’initiative pour des multinationales responsable – bien qu’un nombre croissant d’acteurs économiques en souhaiteraient un. Alors qu’il est urgent de généraliser les bonnes pratiques, ces lobbies s’obstinent à protéger les plus mauvais de la classe. Mais refuser constamment les compromis ne peut que conduire à radicaliser les positions : qui sème le vent récolte la tempête et le lobby paysan ne pourra que s’en prendre à lui-même si les deux initiatives anti-pesticides sont finalement acceptées en votation populaire.

Transition: mode d’emploi


Les faits sont têtus : l’empreinte écologique – mesure de justice globale – de la Suisse «est 2,9 fois plus grande que les prestations et ressources environnementales globales disponibles par personne» ce qui n’est aucunement conforme aux exigences de la durabilité : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » et qui priorise les besoins des plus démunis, «à qui il convient d’accorder la plus grande priorité ». Aller vers ce facteur trois est donc l’objectif. Mais comment faire au mieux et au plus vite, voilà la question…

Devant cet enjeu, la communauté des acteurs de la transition oscille entre un rejet global du «système» et la mise en place d’actions très ponctuelles. Ce spectre large traduit certes la tension entre le local – lieu de l’action, et le global – raison d’être de celle-ci, mais aussi une certaine perplexité : quelle est la bonne analyse, quel est le meilleur levier, suis-je sur la bonne voie ou sur celle de la «bonne conscience» voire de l’illusion ? La durabilité, on peut aussi s’y perdre… Proposons donc quelques pistes pour y voir aussi clair que possible.

Changer de système, ou changer le système ?
S’il y a une chose qui fait consensus, c’est que pour changer la donne, le système économique doit profondément changer. Mais s’agit-il de changer de système, ou de changer le système ? Quoi qu’il en soit, il faut montrer concrètement comment s’y prendre, quoi revendiquer exactement, et agir vraiment au cœur du sujet.

L’époque exige une mutation du même ordre que le fut le passage, à travers le New Deal, le Fordisme et les 30 Glorieuses, du capitalisme de la pénurie à celui de l’abondance. Ce modèle est aujourd’hui à la fois grippé et pathogène, et doit être fondamentalement repensé.

La clé du nouveau paradigme est d’aligner les rentabilités financière, écologique et sociale : il ne doit plus être possible de créer de la valeur économique en détruisant de la valeur écologique et sociale. Pour ce faire, l’on doit intégrer dans les comptes des acteurs économiques et des territoires les services que la nature nous rend (services écosystémiques); remplacer le PIB par le calcul de l’empreinte écologique et sociale; rendre les décideurs économiques redevables de la rentabilité écologique et sociale de leurs activités ; imputer les externalités négatives à leurs auteurs et compenser financièrement les externalités positives insuffisamment rémunérées par le marché.

L’obsolescence organisée doit faire place à la sobriété et à la réparabilité, tout déchet étant une ressource au mauvais endroit. Plus fondamentalement, il s’agit de cesser de prendre pour illimitées les capacités de la nature à nous fournir en ressources et à digérer nos rejets. Enfin, le principe de précaution permettra de sélectionner ce qui parmi les innovations est réellement utile et bénéfique.

Au fil des dernières décennies, dans pratiquement toutes les branches d’activité, l’on a appris à produire et à consommer selon des critères écologiques et sociaux, avec de nombreux emplois pérennes et non délocalisables à l’appui. Des pratiques comme le commerce équitable, l’agroécologie, l’économie circulaire, l’économie sociale et solidaire en font la démonstration chaque jour et ne demandent qu’à être généralisées.

Pas de marché sans régulation mais pas de régulation sans marché

Une économie de la durabilité est une économie inclusive, de l’utilité et du bien commun – «une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources». Ceci à travers un nouveau cycle où les bénéfices financiers (plafonnés) seront le fruit d’activités écologiquement et socialement vertueuses – car ces activités auront trouvé leur public et donc leur rentabilité (raisonnable).

Pour y parvenir, un verrou doit sauter et il est politique: la croyance en l’autorégulation de l’économie. Cette croyance ne veut pas voir que les prix sont faussés au quotidien par la non-prise en compte des externalités. C’est elle qui plombe, qui paralyse le politique, qui délégitime aux yeux de ses adeptes toute correction en profondeur. Il est temps de rappeler une vérité première : depuis la nuit des temps, il n’y a pas de marché sans régulation, tout comme il n’y a pas de régulation sans marché !

Pour que les bonnes pratiques deviennent la loi de tous, il faut que la vision politique change, et pour qu’elle change, il faut que citoyens et citoyennes se mobilisent. Chacun.e peut se mettre en mouvement, mettre en mouvement d’autres. Chacun.e peut et doit faire quelque chose, en prenant plaisir à le faire, et utiliser son pouvoir d’achat dans la bonne direction. Ceci, surtout, sans attendre que les «autres« le fassent – car c’est se mettre sous leur coupe, se laisser dicter son rythme par ceux qui ne font pas ce qu’ils devraient faire.

Mais ce qui distingue une action purement individuelle d’une action politique est son intention. Je peux me mettre en paix avec ma conscience en boycottant tout produit alimentaire contenant de l’huile de palme ou du soja industriel, le plastique non recyclé ou les voitures surmotorisées. Mais ces actions ne prennent leur dimension sociétale qu’une fois revendiquées comme telles et visibilisées sur une large échelle. Un peu à l’image de la célèbre marche du sel de Gandhi ! Manifester pour le climat est la première étape, boycotter collectivement ce qui est à la source du changement climatique est la seconde. Il faut restituer à l’action du consomm’acteur sa dimension politique.

Penser localement, agir globalement

Enfin, aucun enjeu global – la migration, l’évasion fiscale, la course aux armements, le commerce mondial, la gestion des océans, du climat ou de la biodiversité… ne peut être résolu dans un seul pays ; ces questions ne peuvent trouver de traitement que dans la reconnaissance de leur dimension géographique et de nos interdépendances. Pour ce faire, les plateformes internationales et supranationales de négociation, et le droit international, sont indispensables ; la mondialisation ne peut être régulée qu’au niveau mondial.

Le multilatéralisme, aujourd’hui menacé, est vital, si l’on veut avoir le moindre espoir de solutions qui tiennent la route. La durabilité est en tous points l’alternative à la double impasse d’une dérégulation sans foi ni loi et du repli irresponsable sur l’égoïsme national. La transition se révèle donc comme un choix politique majeur: la mobilisation de toutes les forces humanistes en vue d’une Planète vivable et viable. C’est aussi une des leçons majeures des récentes élections européennes.

Comment enrayer la montée de l’extrême-droite – ou comment remettre à sa place le cerveau reptilien

Revendiquer le droit de fumer dans les cinémas et les restaurants. Défendre la corrida et la chasse comme preuves de virilité. Combattre comme des déviances promises à la camisole de force les féministes, les végétariens et les homosexuels. Promouvoir le libre port d’armes pour tous (ici les femmes sont les bienvenues). Combattre les migrants, les musulmans, les étrangers. Priorité absolue aux nationaux. Restaurer un Etat centralisé, refuser tout droit aux minorités. Accélérer la course aux armements.

Nier le changement climatique. Exploiter sans merci les ressources des parcs nationaux. Admirer les « hommes forts » et prendre en exemple les régimes dictatoriaux ou autoritaires (Turquie, Chine, Russie…). Faire exploser l’UE et vider l’ONU de sa substance. Dénoncer les « élites » au nom du « peuple », les “élites” étant ici non pas les capitaines d’industrie peu scrupuleux, les profiteurs des paradis fiscaux ou les usuriers de la finance globalisée. Mais tout au contraire celles et ceux qui se réclament de l’humanisme, de l’équité, du vivre ensemble et de la responsabilité écologique et sociale.

Cette liste n’est pas une hallucination, une parodie d’inventaire à la Prévert assemblée de manière aléatoire. Non c’est ce qu’on peut lire dans les programmes de l’extrême-droite globale (que d’aucuns appellent populistes) aux affaires au Brésil, aux Etats-Unis, en Italie, dans divers pays ex-communistes de l’Est, et des partis de cette mouvance qui visent à prendre le pouvoir un peu partout en Europe.

Sachant que la symétrique dans d’autres cultures sont les intégrismes islamiste (il ne s’agit pas – à ce stade – de terrorisme mais de l’imposition de la loi dite coranique, au grand dam des soufis, premières victimes de la radicalisation), bouddhiste (eh oui, par exemple en Birmanie) ou hindouiste (dans une trahison suprême de l’esprit gandhien). Et sachant surtout, que contrairement aux dirigeants démocratiques, ceux d’extrême-droite tiennent généralement leurs promesses.

L’extrême-droite globalisée, tout pouvoir au cerveau reptilien
Cette montée en puissance de l’extrême-droite est en réalité la réponse instinctive, tribale et tripale, aux forces centrifuges et destructurantes de la dérégulation néolibérale. Avec l’inconvénient majeur d’ajouter aux dérèglements d’un marché sans vrai contrôle un dérèglement profond de la gouvernance : au lieu d’avoir un problème, en voici deux !

Ce programme, qui tel un virus intoxique le monde, est exactement celui que produit notre cerveau reptilien. Cette programmation a rendu possible durant des centaines de milliers d’années notre survie et notre succès. Mais aujourd’hui, ayant trop bien réussi, elle nous conduit droit à notre perte.

Comme le dit excellemment le docteur en neurosciences français Sébastien Bohler dans son livre qui vient de paraître chez Robert Laffont «Le bug humain, Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher »:

«L’être humain est devenu un danger mortel pour lui-même. Son programme neuronal profond continue aveuglément de poursuivre des buts qui ont été payants pendant une grande partie de son évolution, mais qui ne sont plus du tout adaptés à l’époque où il s’est projeté. (…) L’immense cortex d’Homo sapiens, en lui offrant un pouvoir toujours plus étendu, a mis ce pouvoir au service d’un nain ivre de pouvoir, de sexe, de nourriture, de paresse et d’ego»(p. 185).

Chasser en meute, se prendre la plus grande part possible, admirer le chef de meute, consommer et accumuler est exactement ce qui aujourd’hui détruit la base de notre existence commune : la biodiversité, les forêts, les océans, les ressources naturelles et qui nous enfermera sans retour dans notre serre humaine chauffée à blanc.

On l’aura compris : l’extrême-droite, partout au monde, n’est autre que la libération du cerveau reptilien. Au lieu de chercher à le dominer pour réorienter nos capacités vers la gestion commune de notre patrimoine commun, la Terre, on largue les amarres et se précipite au plus vite vers la déflagration, la lutte de tous contre tous pour des ressources mortellement atteintes dans leurs capacités de production.

Le collapsus de la gouvernance et des repères éthiques
On pensait que le collapsus écologique conduirait à ce type de réactions, et tout nous incite en effet à le croire et à le craindre. Mais en réalité, c’est désormais la logique inverse qui est en marche : c’est le collapsus de la gouvernance et des repères ethiques qui précipite le collapsus écologique.

Que faire pour freiner la course à l’abîme ? Croire que les raisonnements même les plus logiques et les plus évidents vont avoir le dessus sur le cerveau reptilien est une illusion et une perte de temps. Seules des émotions positives pourront vaincre les émotions négatives libérées et légitimées par l’extrême-droite : la frustration, la haine, la jalousie, la peur, le complotisme… Seuls des leaders humanistes – au langage fort – pourront y arriver. Tels des Gandhi ou des Mandela, qui surent activer les forces du bien pour contrer les énergies diaboliques du mal. Prêcher la modération ou la raison est largement voué à l’échec. C’est du fond des tripes qu’on peut susciter l’élan vers le bien. Reste à trouver les leaders capables de le faire.