Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Le populisme formidable thermomètre social

Il est de bon ton de critiquer le populisme, mais sur quelle base le fait-on ?

Car le populisme est d’abord un formidable thermomètre social, il ne saurait être illégitime puisque la démocratie est fondée sur la libre expression (dans les limites de la loi, toutefois) de ce qui préoccupe la population. A ce titre, le populisme bouscule les convenances, rappelle l’exigence que toute fonction politique n’est que l’expression de la volonté populaire, lézarde les apparences trompeuses, exige reconnaissance et écoute de la part des dirigeants.

Toutefois cela n’épuise pas le sujet. Le malaise devant le populisme provient de la manière dont il s’exprime. Le populisme se caractérise par une dominante émotionnelle, la revendication de dire haut et fort à peu près tout ce qui vous passe par la tête, le refus des contraintes liées à une cohérence plus globale. De plus, il y a rarement des propositions autres que défensives, restrictives, on reste dans le domaine du ressenti, de la victimisation. Les responsables, ce sont essentiellement les «autres», les dirigeants, le grand capital, les étrangers…

Défini par son caractère polymorphe et kaléidoscopique, le populisme est facilement instrumentalisé par l’extrême-droite, qui fournit à cet électorat une offre politique structurée, quoique incohérente également, puisque associant promesse de défense des petites gens et protection de la liberté d’entreprendre. Jamais un mouvement d’extrême-droite n’a soutenu des propositions concrètes de moralisation de l’économie, de régulation des multinationales. La suprême tromperie de l’extrême-droite est de suggérer aux démunis qu’ils vont être défendus, mais de défendre en réalité structurellement, fondamentalement, les inégalités.

La différence peut être ténue entre populisme et extrême-droite. Mais elle existe. Du côté du populisme : le mouvement Cinque Stelle en Italie, Trump aux Etats-Unis ; du côté de l’extrême-droite, l’Alternative für Deutschland, le Front National, la Tea Party qui a largement subverti le parti républicain de feu Lincoln capable de mener une guerre contre les Etats Sudistes s’opposant à l’émancipation des esclaves noirs… Pour la Suisse, c’est un peu la différence entre la Lega tessinoise ou le MCG genevois par rapport à l’UDC, pour laquelle la défense simultanée du libéralisme économique et du chauvinisme national ne constitue nullement une contradiction…

Loin de résoudre les causes qui l’engendrent le populisme les aggrave

Quoi qu’il en soit, c’est le triomphe de la victimisation, le refus de la responsabilité, l’affirmation de l’égoïsme individuel et collectif, la défense de la prédation. Jamais ni le populisme ni l’extrême-droite ne dénoncent des dangers plus globaux comme le changement climatique, qui exigent une coopération et une justice planétaires. Au contraire, ils s’unissent pour défendre le "droit" à une consommation inconsciente et irresponsable. Le grand danger de ces mouvements est que la crise écologique, économique et sociale les stimule puissamment, car ils expriment, amplifient et exploitent ce que ressentent des victimes de la globalisation, mais qu’ils empêchent de réguler, in fine, la cause des problèmes : une mondialisation sans foi ni loi, une montée des inégalités, une société de consommation qui va droit dans le mur.

En Europe de l’Ouest, ils atteignent un bon tiers de l’électorat. Mais à l’Est, ils frôlent voire dépassent les 50%, et à cet égard, l’Est commence en Autriche. Un récent séjour à Vienne a été édifiant pour moi. Alors que voici un siècle encore, le mélange des nationalités était la norme dans l’Empire austro-hongrois – et son fondement, aujourd’hui il fait de plus en plus peur. Certes un siècle de nationalisme a passé par là, nationalisme dont Stefan Zweig disait qu’il était le péché le plus insidieux et le plus mortel de l’humanité. Mais, si l’Empire austro-hongrois, construit sur la prédominance de sa composante allemande, avait trouvé un arrangement plus ou moins bancal avec sa partie hongroise, il est resté incapable d’un pareil compromis avec ses habitants slaves, ce qui avait finalement conduit à sa perte.

Le libre marché organisation de la concurrence à armes inégales

Aujourd’hui le réflexe nationaliste est quasi exclusivement de nature économique. Il est frappant de voir que de nombreux emplois sont occupés par des salariés probablement nettement moins exigeants en termes de rémunération et de conditions de travail que les ressortissants locaux, et donc préférés par passablement d'employeurs. La contrôleuse de la desserte ferroviaire de l’aéroport ne parle l’allemand qu’avec peine, de nombreux ouvriers des chantiers sont de l’Est, vendeuses, serveuses, de même… la globalisation est en marche, physiquement tangible. Et elle n’est plus comme au temps de la capitale de l’Empire multiculturel considérée comme normale, mais vécue comme une mise en compétition inégale par les exclus que produit le système avec une implacable et inquiétante régularité.

Le populisme ne serait-il pas causé essentiellement par l’incapacité de notre modèle économique à répondre aux aspirations qu’il a créées ? Par l’écart croissant entre les mots (égalité, liberté, fraternité, prospérité et «progrès» pour tous), l’inégalité crasse de chances et l’accroissement à la fois des assistés et des working poor, précarisés tous deux? Par l’incapacité d’assurer le plein-emploi qui est sa légitimité principale mais qui, depuis 30 ans, est devenu coquille vide, dérisoire parodie?

Ce printemps, l’Autriche a failli se donner un président d’extrême-droite. Il a fallu les voix des Autrichiens de l’extérieur pour trancher en faveur du candidat vert. Le 4 décembre, suite à divers incidents (invalidation du premier tour par la Cour constitutionnelle, report du 2e tour en raison de l’impréparation administrative…), il faudra revoter. Actuellement le candidat de l’extrême-droite est à 52% dans les sondages. Ce qui a creusé la différence : il s’est prononcé fermement contre l’accord CETA (pourtant le moins pire des grands accords de libre échange en discussion) alors que son challenger vert, plus proche des faits que du ressenti populaire, est plus nuancé. C’est donc bien le libre-échange qui va départager les deux candidats. Seule consolation, le poste est essentiellement honorifique…

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ? On a toujours prétendu, depuis les origines de la Communauté du charbon et de l’acier créé en 1951, et illusionné par le modèle des 30 Glorieuses, que d’un marché unique résulterait aussi logiquement qu’inévitablement l’union politique. Et si le contraire était vrai ? A savoir qu’il faut un espace politique de régulation au niveau du continent, des politiques étrangère, sociale, agricole, de péréquation régionale, des transports, économique, etc. communes, un parlement, une monnaie, un gouvernement. Et un espace économique bien plus fractionné, permettant une relocalisation et une revitalisation des espaces fédérés, une concurrence à armes égales.

Au lieu de faciliter le rouleau compresseur économique qui fabrique quotidiennement son lot d’exclus, oppose les exclus d’ici à ceux venus d’ailleurs tenter leur chance et organise la fuite en avant, si on facilitait l’expression de la diversité des régions, leur autonomie véritable, dans un cadre politique réaffirmé ? Ce serait retrouver la vision de l’Europe des régions chère à un Denis de Rougemont. C’est peut-être le dernier espoir pour l’organisation politique de notre continent


, avant que renaisse, au pire, l’affrontement des nations, au mieux, leur coexistence chaotique.

 

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Le populisme formidable thermomètre social

Il est de bon ton de critiquer le populisme, mais sur quelle base le fait-on ?

Car le populisme est d’abord un formidable thermomètre social, il ne saurait être illégitime puisque la démocratie est fondée sur la libre expression (dans les limites de la loi, toutefois) de ce qui préoccupe la population. A ce titre, le populisme bouscule les convenances, rappelle l’exigence que toute fonction politique n’est que l’expression de la volonté populaire, lézarde les apparences trompeuses, exige reconnaissance et écoute de la part des dirigeants.

Toutefois cela n’épuise pas le sujet. Le malaise devant le populisme provient de la manière dont il s’exprime. Le populisme se caractérise par une dominante émotionnelle, la revendication de dire haut et fort à peu près tout ce qui vous passe par la tête, le refus des contraintes liées à une cohérence plus globale. De plus, il y a rarement des propositions autres que défensives, restrictives, on reste dans le domaine du ressenti, de la victimisation. Les responsables, ce sont essentiellement les «autres», les dirigeants, le grand capital, les étrangers…

Défini par son caractère polymorphe et kaléidoscopique, le populisme est facilement instrumentalisé par l’extrême-droite, qui fournit à cet électorat une offre politique structurée, quoique incohérente également, puisque associant promesse de défense des petites gens et protection de la liberté d’entreprendre. Jamais un mouvement d’extrême-droite n’a soutenu des propositions concrètes de moralisation de l’économie, de régulation des multinationales. La suprême tromperie de l’extrême-droite est de suggérer aux démunis qu’ils vont être défendus, mais de défendre en réalité structurellement, fondamentalement, les inégalités.

La différence peut être ténue entre populisme et extrême-droite. Mais elle existe. Du côté du populisme : le mouvement Cinque Stelle en Italie, Trump aux Etats-Unis ; du côté de l’extrême-droite, l’Alternative für Deutschland, le Front National, la Tea Party qui a largement subverti le parti républicain de feu Lincoln capable de mener une guerre contre les Etats Sudistes s’opposant à l’émancipation des esclaves noirs… Pour la Suisse, c’est un peu la différence entre la Lega tessinoise ou le MCG genevois par rapport à l’UDC, pour laquelle la défense simultanée du libéralisme économique et du chauvinisme national ne constitue nullement une contradiction…

Loin de résoudre les causes qui l’engendrent le populisme les aggrave

Quoi qu’il en soit, c’est le triomphe de la victimisation, le refus de la responsabilité, l’affirmation de l’égoïsme individuel et collectif, la défense de la prédation. Jamais ni le populisme ni l’extrême-droite ne dénoncent des dangers plus globaux comme le changement climatique, qui exigent une coopération et une justice planétaires. Au contraire, ils s’unissent pour défendre le "droit" à une consommation inconsciente et irresponsable. Le grand danger de ces mouvements est que la crise écologique, économique et sociale les stimule puissamment, car ils expriment, amplifient et exploitent ce que ressentent des victimes de la globalisation, mais qu’ils empêchent de réguler, in fine, la cause des problèmes : une mondialisation sans foi ni loi, une montée des inégalités, une société de consommation qui va droit dans le mur.

En Europe de l’Ouest, ils atteignent un bon tiers de l’électorat. Mais à l’Est, ils frôlent voire dépassent les 50%, et à cet égard, l’Est commence en Autriche. Un récent séjour à Vienne a été édifiant pour moi. Alors que voici un siècle encore, le mélange des nationalités était la norme dans l’Empire austro-hongrois – et son fondement, aujourd’hui il fait de plus en plus peur. Certes un siècle de nationalisme a passé par là, nationalisme dont Stefan Zweig disait qu’il était le péché le plus insidieux et le plus mortel de l’humanité. Mais, si l’Empire austro-hongrois, construit sur la prédominance de sa composante allemande, avait trouvé un arrangement plus ou moins bancal avec sa partie hongroise, il est resté incapable d’un pareil compromis avec ses habitants slaves, ce qui avait finalement conduit à sa perte.

Le libre marché organisation de la concurrence à armes inégales

Aujourd’hui le réflexe nationaliste est quasi exclusivement de nature économique. Il est frappant de voir que de nombreux emplois sont occupés par des salariés probablement nettement moins exigeants en termes de rémunération et de conditions de travail que les ressortissants locaux, et donc préférés par passablement d'employeurs. La contrôleuse de la desserte ferroviaire de l’aéroport ne parle l’allemand qu’avec peine, de nombreux ouvriers des chantiers sont de l’Est, vendeuses, serveuses, de même… la globalisation est en marche, physiquement tangible. Et elle n’est plus comme au temps de la capitale de l’Empire multiculturel considérée comme normale, mais vécue comme une mise en compétition inégale par les exclus que produit le système avec une implacable et inquiétante régularité.

Le populisme ne serait-il pas causé essentiellement par l’incapacité de notre modèle économique à répondre aux aspirations qu’il a créées ? Par l’écart croissant entre les mots (égalité, liberté, fraternité, prospérité et «progrès» pour tous), l’inégalité crasse de chances et l’accroissement à la fois des assistés et des working poor, précarisés tous deux? Par l’incapacité d’assurer le plein-emploi qui est sa légitimité principale mais qui, depuis 30 ans, est devenu coquille vide, dérisoire parodie?

Ce printemps, l’Autriche a failli se donner un président d’extrême-droite. Il a fallu les voix des Autrichiens de l’extérieur pour trancher en faveur du candidat vert. Le 4 décembre, suite à divers incidents (invalidation du premier tour par la Cour constitutionnelle, report du 2e tour en raison de l’impréparation administrative…), il faudra revoter. Actuellement le candidat de l’extrême-droite est à 52% dans les sondages. Ce qui a creusé la différence : il s’est prononcé fermement contre l’accord CETA (pourtant le moins pire des grands accords de libre échange en discussion) alors que son challenger vert, plus proche des faits que du ressenti populaire, est plus nuancé. C’est donc bien le libre-échange qui va départager les deux candidats. Seule consolation, le poste est essentiellement honorifique…

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ? On a toujours prétendu, depuis les origines de la Communauté du charbon et de l’acier créé en 1951, et illusionné par le modèle des 30 Glorieuses, que d’un marché unique résulterait aussi logiquement qu’inévitablement l’union politique. Et si le contraire était vrai ? A savoir qu’il faut un espace politique de régulation au niveau du continent, des politiques étrangère, sociale, agricole, de péréquation régionale, des transports, économique, etc. communes, un parlement, une monnaie, un gouvernement. Et un espace économique bien plus fractionné, permettant une relocalisation et une revitalisation des espaces fédérés, une concurrence à armes égales.

Au lieu de faciliter le rouleau compresseur économique qui fabrique quotidiennement son lot d’exclus, oppose les exclus d’ici à ceux venus d’ailleurs tenter leur chance et organise la fuite en avant, si on facilitait l’expression de la diversité des régions, leur autonomie véritable, dans un cadre politique réaffirmé ? Ce serait retrouver la vision de l’Europe des régions chère à un Denis de Rougemont. C’est peut-être le dernier espoir pour l’organisation politique de notre continent


, avant que renaisse, au pire, l’affrontement des nations, au mieux, leur coexistence chaotique.

 

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Le populisme formidable thermomètre social

Il est de bon ton de critiquer le populisme, mais sur quelle base le fait-on ?

Car le populisme est d’abord un formidable thermomètre social, il ne saurait être illégitime puisque la démocratie est fondée sur la libre expression (dans les limites de la loi, toutefois) de ce qui préoccupe la population. A ce titre, le populisme bouscule les convenances, rappelle l’exigence que toute fonction politique n’est que l’expression de la volonté populaire, lézarde les apparences trompeuses, exige reconnaissance et écoute de la part des dirigeants.

Toutefois cela n’épuise pas le sujet. Le malaise devant le populisme provient de la manière dont il s’exprime. Le populisme se caractérise par une dominante émotionnelle, la revendication de dire haut et fort à peu près tout ce qui vous passe par la tête, le refus des contraintes liées à une cohérence plus globale. De plus, il y a rarement des propositions autres que défensives, restrictives, on reste dans le domaine du ressenti, de la victimisation. Les responsables, ce sont essentiellement les «autres», les dirigeants, le grand capital, les étrangers…

Défini par son caractère polymorphe et kaléidoscopique, le populisme est facilement instrumentalisé par l’extrême-droite, qui fournit à cet électorat une offre politique structurée, quoique incohérente également, puisque associant promesse de défense des petites gens et protection de la liberté d’entreprendre. Jamais un mouvement d’extrême-droite n’a soutenu des propositions concrètes de moralisation de l’économie, de régulation des multinationales. La suprême tromperie de l’extrême-droite est de suggérer aux démunis qu’ils vont être défendus, mais de défendre en réalité structurellement, fondamentalement, les inégalités.

La différence peut être ténue entre populisme et extrême-droite. Mais elle existe. Du côté du populisme : le mouvement Cinque Stelle en Italie, Trump aux Etats-Unis ; du côté de l’extrême-droite, l’Alternative für Deutschland, le Front National, la Tea Party qui a largement subverti le parti républicain de feu Lincoln capable de mener une guerre contre les Etats Sudistes s’opposant à l’émancipation des esclaves noirs… Pour la Suisse, c’est un peu la différence entre la Lega tessinoise ou le MCG genevois par rapport à l’UDC, pour laquelle la défense simultanée du libéralisme économique et du chauvinisme national ne constitue nullement une contradiction…

Loin de résoudre les causes qui l’engendrent le populisme les aggrave

Quoi qu’il en soit, c’est le triomphe de la victimisation, le refus de la responsabilité, l’affirmation de l’égoïsme individuel et collectif, la défense de la prédation. Jamais ni le populisme ni l’extrême-droite ne dénoncent des dangers plus globaux comme le changement climatique, qui exigent une coopération et une justice planétaires. Au contraire, ils s’unissent pour défendre le "droit" à une consommation inconsciente et irresponsable. Le grand danger de ces mouvements est que la crise écologique, économique et sociale les stimule puissamment, car ils expriment, amplifient et exploitent ce que ressentent des victimes de la globalisation, mais qu’ils empêchent de réguler, in fine, la cause des problèmes : une mondialisation sans foi ni loi, une montée des inégalités, une société de consommation qui va droit dans le mur.

En Europe de l’Ouest, ils atteignent un bon tiers de l’électorat. Mais à l’Est, ils frôlent voire dépassent les 50%, et à cet égard, l’Est commence en Autriche. Un récent séjour à Vienne a été édifiant pour moi. Alors que voici un siècle encore, le mélange des nationalités était la norme dans l’Empire austro-hongrois – et son fondement, aujourd’hui il fait de plus en plus peur. Certes un siècle de nationalisme a passé par là, nationalisme dont Stefan Zweig disait qu’il était le péché le plus insidieux et le plus mortel de l’humanité. Mais, si l’Empire austro-hongrois, construit sur la prédominance de sa composante allemande, avait trouvé un arrangement plus ou moins bancal avec sa partie hongroise, il est resté incapable d’un pareil compromis avec ses habitants slaves, ce qui avait finalement conduit à sa perte.

Le libre marché organisation de la concurrence à armes inégales

Aujourd’hui le réflexe nationaliste est quasi exclusivement de nature économique. Il est frappant de voir que de nombreux emplois sont occupés par des salariés probablement nettement moins exigeants en termes de rémunération et de conditions de travail que les ressortissants locaux, et donc préférés par passablement d'employeurs. La contrôleuse de la desserte ferroviaire de l’aéroport ne parle l’allemand qu’avec peine, de nombreux ouvriers des chantiers sont de l’Est, vendeuses, serveuses, de même… la globalisation est en marche, physiquement tangible. Et elle n’est plus comme au temps de la capitale de l’Empire multiculturel considérée comme normale, mais vécue comme une mise en compétition inégale par les exclus que produit le système avec une implacable et inquiétante régularité.

Le populisme ne serait-il pas causé essentiellement par l’incapacité de notre modèle économique à répondre aux aspirations qu’il a créées ? Par l’écart croissant entre les mots (égalité, liberté, fraternité, prospérité et «progrès» pour tous), l’inégalité crasse de chances et l’accroissement à la fois des assistés et des working poor, précarisés tous deux? Par l’incapacité d’assurer le plein-emploi qui est sa légitimité principale mais qui, depuis 30 ans, est devenu coquille vide, dérisoire parodie?

Ce printemps, l’Autriche a failli se donner un président d’extrême-droite. Il a fallu les voix des Autrichiens de l’extérieur pour trancher en faveur du candidat vert. Le 4 décembre, suite à divers incidents (invalidation du premier tour par la Cour constitutionnelle, report du 2e tour en raison de l’impréparation administrative…), il faudra revoter. Actuellement le candidat de l’extrême-droite est à 52% dans les sondages. Ce qui a creusé la différence : il s’est prononcé fermement contre l’accord CETA (pourtant le moins pire des grands accords de libre échange en discussion) alors que son challenger vert, plus proche des faits que du ressenti populaire, est plus nuancé. C’est donc bien le libre-échange qui va départager les deux candidats. Seule consolation, le poste est essentiellement honorifique…

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ? On a toujours prétendu, depuis les origines de la Communauté du charbon et de l’acier créé en 1951, et illusionné par le modèle des 30 Glorieuses, que d’un marché unique résulterait aussi logiquement qu’inévitablement l’union politique. Et si le contraire était vrai ? A savoir qu’il faut un espace politique de régulation au niveau du continent, des politiques étrangère, sociale, agricole, de péréquation régionale, des transports, économique, etc. communes, un parlement, une monnaie, un gouvernement. Et un espace économique bien plus fractionné, permettant une relocalisation et une revitalisation des espaces fédérés, une concurrence à armes égales.

Au lieu de faciliter le rouleau compresseur économique qui fabrique quotidiennement son lot d’exclus, oppose les exclus d’ici à ceux venus d’ailleurs tenter leur chance et organise la fuite en avant, si on facilitait l’expression de la diversité des régions, leur autonomie véritable, dans un cadre politique réaffirmé ? Ce serait retrouver la vision de l’Europe des régions chère à un Denis de Rougemont. C’est peut-être le dernier espoir pour l’organisation politique de notre continent


, avant que renaisse, au pire, l’affrontement des nations, au mieux, leur coexistence chaotique.

 

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Le populisme formidable thermomètre social

Il est de bon ton de critiquer le populisme, mais sur quelle base le fait-on ?

Car le populisme est d’abord un formidable thermomètre social, il ne saurait être illégitime puisque la démocratie est fondée sur la libre expression (dans les limites de la loi, toutefois) de ce qui préoccupe la population. A ce titre, le populisme bouscule les convenances, rappelle l’exigence que toute fonction politique n’est que l’expression de la volonté populaire, lézarde les apparences trompeuses, exige reconnaissance et écoute de la part des dirigeants.

Toutefois cela n’épuise pas le sujet. Le malaise devant le populisme provient de la manière dont il s’exprime. Le populisme se caractérise par une dominante émotionnelle, la revendication de dire haut et fort à peu près tout ce qui vous passe par la tête, le refus des contraintes liées à une cohérence plus globale. De plus, il y a rarement des propositions autres que défensives, restrictives, on reste dans le domaine du ressenti, de la victimisation. Les responsables, ce sont essentiellement les «autres», les dirigeants, le grand capital, les étrangers…

Défini par son caractère polymorphe et kaléidoscopique, le populisme est facilement instrumentalisé par l’extrême-droite, qui fournit à cet électorat une offre politique structurée, quoique incohérente également, puisque associant promesse de défense des petites gens et protection de la liberté d’entreprendre. Jamais un mouvement d’extrême-droite n’a soutenu des propositions concrètes de moralisation de l’économie, de régulation des multinationales. La suprême tromperie de l’extrême-droite est de suggérer aux démunis qu’ils vont être défendus, mais de défendre en réalité structurellement, fondamentalement, les inégalités.

La différence peut être ténue entre populisme et extrême-droite. Mais elle existe. Du côté du populisme : le mouvement Cinque Stelle en Italie, Trump aux Etats-Unis ; du côté de l’extrême-droite, l’Alternative für Deutschland, le Front National, la Tea Party qui a largement subverti le parti républicain de feu Lincoln capable de mener une guerre contre les Etats Sudistes s’opposant à l’émancipation des esclaves noirs… Pour la Suisse, c’est un peu la différence entre la Lega tessinoise ou le MCG genevois par rapport à l’UDC, pour laquelle la défense simultanée du libéralisme économique et du chauvinisme national ne constitue nullement une contradiction…

Loin de résoudre les causes qui l’engendrent le populisme les aggrave

Quoi qu’il en soit, c’est le triomphe de la victimisation, le refus de la responsabilité, l’affirmation de l’égoïsme individuel et collectif, la défense de la prédation. Jamais ni le populisme ni l’extrême-droite ne dénoncent des dangers plus globaux comme le changement climatique, qui exigent une coopération et une justice planétaires. Au contraire, ils s’unissent pour défendre le "droit" à une consommation inconsciente et irresponsable. Le grand danger de ces mouvements est que la crise écologique, économique et sociale les stimule puissamment, car ils expriment, amplifient et exploitent ce que ressentent des victimes de la globalisation, mais qu’ils empêchent de réguler, in fine, la cause des problèmes : une mondialisation sans foi ni loi, une montée des inégalités, une société de consommation qui va droit dans le mur.

En Europe de l’Ouest, ils atteignent un bon tiers de l’électorat. Mais à l’Est, ils frôlent voire dépassent les 50%, et à cet égard, l’Est commence en Autriche. Un récent séjour à Vienne a été édifiant pour moi. Alors que voici un siècle encore, le mélange des nationalités était la norme dans l’Empire austro-hongrois – et son fondement, aujourd’hui il fait de plus en plus peur. Certes un siècle de nationalisme a passé par là, nationalisme dont Stefan Zweig disait qu’il était le péché le plus insidieux et le plus mortel de l’humanité. Mais, si l’Empire austro-hongrois, construit sur la prédominance de sa composante allemande, avait trouvé un arrangement plus ou moins bancal avec sa partie hongroise, il est resté incapable d’un pareil compromis avec ses habitants slaves, ce qui avait finalement conduit à sa perte.

Le libre marché organisation de la concurrence à armes inégales

Aujourd’hui le réflexe nationaliste est quasi exclusivement de nature économique. Il est frappant de voir que de nombreux emplois sont occupés par des salariés probablement nettement moins exigeants en termes de rémunération et de conditions de travail que les ressortissants locaux, et donc préférés par passablement d'employeurs. La contrôleuse de la desserte ferroviaire de l’aéroport ne parle l’allemand qu’avec peine, de nombreux ouvriers des chantiers sont de l’Est, vendeuses, serveuses, de même… la globalisation est en marche, physiquement tangible. Et elle n’est plus comme au temps de la capitale de l’Empire multiculturel considérée comme normale, mais vécue comme une mise en compétition inégale par les exclus que produit le système avec une implacable et inquiétante régularité.

Le populisme ne serait-il pas causé essentiellement par l’incapacité de notre modèle économique à répondre aux aspirations qu’il a créées ? Par l’écart croissant entre les mots (égalité, liberté, fraternité, prospérité et «progrès» pour tous), l’inégalité crasse de chances et l’accroissement à la fois des assistés et des working poor, précarisés tous deux? Par l’incapacité d’assurer le plein-emploi qui est sa légitimité principale mais qui, depuis 30 ans, est devenu coquille vide, dérisoire parodie?

Ce printemps, l’Autriche a failli se donner un président d’extrême-droite. Il a fallu les voix des Autrichiens de l’extérieur pour trancher en faveur du candidat vert. Le 4 décembre, suite à divers incidents (invalidation du premier tour par la Cour constitutionnelle, report du 2e tour en raison de l’impréparation administrative…), il faudra revoter. Actuellement le candidat de l’extrême-droite est à 52% dans les sondages. Ce qui a creusé la différence : il s’est prononcé fermement contre l’accord CETA (pourtant le moins pire des grands accords de libre échange en discussion) alors que son challenger vert, plus proche des faits que du ressenti populaire, est plus nuancé. C’est donc bien le libre-échange qui va départager les deux candidats. Seule consolation, le poste est essentiellement honorifique…

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ?

Et si l’Europe s’était construite à l’envers ? On a toujours prétendu, depuis les origines de la Communauté du charbon et de l’acier créé en 1951, et illusionné par le modèle des 30 Glorieuses, que d’un marché unique résulterait aussi logiquement qu’inévitablement l’union politique. Et si le contraire était vrai ? A savoir qu’il faut un espace politique de régulation au niveau du continent, des politiques étrangère, sociale, agricole, de péréquation régionale, des transports, économique, etc. communes, un parlement, une monnaie, un gouvernement. Et un espace économique bien plus fractionné, permettant une relocalisation et une revitalisation des espaces fédérés, une concurrence à armes égales.

Au lieu de faciliter le rouleau compresseur économique qui fabrique quotidiennement son lot d’exclus, oppose les exclus d’ici à ceux venus d’ailleurs tenter leur chance et organise la fuite en avant, si on facilitait l’expression de la diversité des régions, leur autonomie véritable, dans un cadre politique réaffirmé ? Ce serait retrouver la vision de l’Europe des régions chère à un Denis de Rougemont. C’est peut-être le dernier espoir pour l’organisation politique de notre continent


, avant que renaisse, au pire, l’affrontement des nations, au mieux, leur coexistence chaotique.

 

Votations fédérales : Des résultats très clairs pourtant rien n’est joué!

A première vue, guère de points communs entre les trois sujets soumis à votation de ce dimanche. Mais à y regarder de plus près, les ressemblances sont fortes:

 

D’une part, les scores sont tous entre 60 et 65% – autre chose que sur les résidences secondaires ou l’immigration.

D’autre part, paradoxalement, sur les contenus, rien n’est définitif, il s’agit à chaque fois d’un résultat d’étape. Un vrai paradoxe!

 

Qu’on en juge :

 

AVS. Concilier prévention de la paupérisation des aînés et charge supportable pour la génération économiquement active demeure l’enjeu sur le plus long terme. Et comme pour l'assurance maladie, l’allongement de l’espérance de vie a un coût. Si on part de l’idée que les actuels actifs seront également les futurs bénéficiaires d’une retraite qui leur permette de vivre, le cadre du contrat intergénérationnel est posé. Mais ne nous leurrons pas. Il ne sera pas possible d’éviter le débat sur la manière de définir les contributions.

 

Le financement devra tôt ou tard prendre en compte la productivité de l’ensemble des facteurs économiques et pas se limiter à la seule masse salariale. On ne pourra pas organiser la solidarité intergénérationnelle en excluant de la formule de calcul une bonne partie de ce qui constitue l’économie, et la faire reposer sur les seules contributions des personnes physiques. Le rejet de l’initiative AVS + ne saurait clore le débat.

 

Economie verte. Le refus de l’initiative a été largement interprété comme un refus du peuple suisse d’un délai considéré comme trop contraignant pour effectuer un virage, dont la nécessité est par ailleurs reconnue. C’était aussi la première fois qu’un large public était confronté à des notions comme l’empreinte écologique. Mais l’idée fera son chemin tant il est inconcevable de prétendre consommer trois fois plus que ce à quoi nous avons droit.

 

Et cette approche est nettement plus appropriée que l’obsession démographique à la Ecopop. Finalement quoi que décide le législateur, fût-ce le peuple tout entier, il n’en reste pas moins qu’il ne saurait modifier par décision politique les lois de la physique ou de la chimie. Les enjeux globaux comme le changement climatique ou l’érosion de la biodiversité imposeront tôt ou tard leur agenda. Nous devrons donc nous tenir prêts.

 

Enfin la loi sur le renseignement. Le juste équilibre entre liberté et sécurité est un vieux débat de société, et le vote n’a pas exactement suivi le clivage gauche-droite. Il s’est trouvé des personnalités de gauche soucieuses du droit à la sécurité pour tous défendant la loi, et des personnalités de droite l’attaquant au nom de l’intangibilité de la liberté individuelle face à l’Etat.

 

Au final, tout va se jouer sur l’éthique et la manière de la mise en œuvre, et le vote populaire n’est en rien un blanc-seing pour une toute-puissance policière ou une nouvelle accumulation de fiches aussi ringardes et blessantes qu’inutiles… Là aussi le débat ne fait que commencer.

 

Donc trois étapes de franchies – mais à chaque fois, suite  au prochain numéro. Intéressant de voir aussi que ces trois enjeux ne se posent nullement seulement en Suisse, mais reflètent un questionnement universel – auquel nous avons la grande chance de pouvoir répondre à travers des décisions prises démocratiquement.

Economie verte : «There is no Alternative» – Et si c’était vrai?

Et si la célèbre phrase de Margaret Thatcher[EL1] , qu’elle appliquait au libre marché : «There is no Alternative», était vraie pour l’économie verte ?

 

Depuis plus de 50 ans, depuis Cousteau, Bombard ou Rachel Carson[EL2], pionniers dans les années 1960 de la dénonciation des crimes contre la nature, nous savons que nous surexploitons les océans, fragilisons les sols, abattons les forêts tropicales, sapons la biodiversité, favorisons la désertification, propageons sur la planète entière un modèle de consumérisme inégalitaire qui nous conduit droit dans le mur, aux plans écologiques, économiques et sociaux. Qui est vraiment heureux et s’épanouit par la fuite en avant dans un matérialisme sans fin, une fois ses besoins de base satisfaits ?

 

Une fuite en avant absurde

A la critique de cette course absurde, qui conduit certains maintenant à vouloir coloniser la Planète Mars, s’ajoute la certitude scientifique qu’à force de puiser dans les ressources non renouvelables (sauf à l’échelle géologique), et à ne pas respecter les capacités de renouvellement de celles qui le sont – les effectifs de poisson, le bois, l’eau, entre autres – les limites sont atteintes. De nombreux scientifiques considèrent que les dommages sont d’ores et déjà irréversibles, dans le contexte d’une population croissante, à l’image du chercheur suédois Rockström[EL3] , qui en 2009 avait identifié «neuf frontières planétaires» en passe d’être franchies. A savoir le changement climatique, les atteintes à la biodiversité, l’acidification des océans, l’affaiblissement de la couche d’ozone, les cycles du phosphore et de l’azote, l’utilisation de l’eau douce, les pertes de sols, la charge atmosphérique en aérosols et la pollution chimique : http://www.wbcsd.org/work-program/capacity-building/sdmi/src.aspx.

 

Fin 2015, la 21e conférence des parties de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques tenue à Paris (COP 21) aboutissait à un accord fixant l’objectif de contenir «l’évolution de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C» (art. 2, alinéa 1, lettre a). La Convention elle-même demande depuis 1994 (!) «de stabiliser (…) les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Il conviendra d’atteindre ce niveau dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s’adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre de manière durable».

 

Un peu plus tôt, en septembre 2015, par l’adoption de l’Agenda 2030 et des 17 Objectifs de développement durable, l’Assemblée générale des Nations Unies proclama à la face du monde la liste des enjeux prioritaires: www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/. Parmi eux, le n° 12, Etablir des modes de consommation et de production durables, reprend la formulation du Plan d’action adopté 13 ans auparavant par le Sommet mondial du développement durable de Johannesburg : Des «changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment sont indispensables» (§ 14).

 

On sait ce qu’on doit faire mais ne le fait pas

Le diagnostic est là, les objectifs sont posés, mieux : validés par la communauté internationale et les Etats qui la composent. On sait ce qu’on doit faire, on s’y est engagé mais on ne le fait pas. Pour notre pays, l’Office fédéral de la statistique souligne que notre empreinte écologique, c’est-à-dire notre consommation de ressources, dépasse de plus de 3 fois ce à quoi nous avons droit www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/03/01.htm. Autrement dit, nous vivons sur le dos d’autrui et des générations futures, accumulant une dette écologique croissante. Le Réseau Empreinte Ecologique Globale/ Global Footprint Network www.footprintnetwork.org/ fondé et animé par le Bâlois établi en Californie Mathis Wackernagel, établit chaque année le jour où l’humanité commence à vivre à crédit. Et chaque année, ce jour arrive plus tôt, et si nous ne changeons pas de cap de manière forte et incisive, il nous faudra d’ici 2025 une 2e Planète www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/ .

 

Effectivement, il n’y a aucune alternative à passer d’une économie linéaire, prédatrice, conçue sur le modèle «Je prends dans la nature, je produis, je consomme, je jette» et fondée sur le présupposé que les capacités des systèmes naturels à nous fournir en ressources et à digérer nos rejets sont illimitées, à une économie en boucles. La nature fonctionne en boucles depuis la nuit des temps, et on ne peut nier qu’elle est une forme d’économie, même constitue la base de toute économie humaine. Elle nous fournit l’eau, le sol, l’air, le climat, les ressources vivantes et minérales qui nous permettent d’exister. Elle travaille pour nous et, par son travail, accumule du capital – le capital-nature. Nous n’aurions pas la moindre chance de gagner une guerre que nous lui déclarerions. Pourtant c’est bien ce que nous faisons…

 

L’initiative pour une économie verte est exactement ce qu’il nous faut

L’initiative pour une économie verte demande exactement cela : inscrire nos activités économiques dans les capacités de charge de la planète. Nous savons le faire, les bonnes pratiques existent, toutes les branches et tous les types d’activité ont développé les savoir-faire propres à une économie de la durabilité ; il s’agit maitenant de généraliser ce qui a fait ses preuves. L’économie circulaire : tout déchet est une ressource au mauvais endroit, alors servons-nous en. L’économie de la fonctionnalité : vivre de la réparabilité et non de l’obsolescence, alors faisons-le. L’écologie industrielle : agencer sur le territoire les activités économiques en sorte que les déchets de l’une puissent servir de ressources à l’autre, alors appliquons-le. De l’agroécologie à la maison positive, une multitude de solutions s'offrent à nous.

 

Une campagne qui valorise l’irresponsabilité

Une campagne d’une virulence incroyable est déclenchée par les partisans du court-termisme et de l’économie prédatrice, pour contrer l’indispensable passage à l’économie verte : pas maintenant, sans contraintes, il faut que la mutation soit incolore, inodore, indolore… Comme si les mutations économiques pouvaient prendre place sans effort, sans difficultés, sans douleur. Et s’y refuser, c’est s’exposer à des difficultés infiniment plus grandes, se condamner à des efforts bien plus conséquents. Une évidence ! Et pourtant, cette campagne nie le potentiel d’innovation, nie la capacité d’adaptation, nie les possibilités de la technique – toutes choses pourtant évoquées à tout propos en d’autres circonstances, exalte la loi du moindre effort et l’avachissement de l’humanité dans un consumérisme délétère et sans âme. Pathétique. Mensonger. Ridicule. Sauf qu’ici, c’est un ridicule qui tue.

 

L’option pour l’économie durable devrait, selon les adversaires de l’initiative, reposer sur la seule initiative du consommateur, et seulement pour ceux qui sont prêts à «changer leur mode de vie», perspective horrible et inconcevable pour d’aucuns, qui préfèrent sans doute attendre que la catastrophe écologique les y oblige. C’est oublier que les externalités ne sont largement pas intégrées dans les prix, que le bon marché est souvent mauvais environnementalement et socialement – autant d’incitatifs au dumping écologique et social de la part tant du consommateur que du producteur. C’est oublier que l’économie durable n’est pas une option pour quelques happy few ou individualistes invétérés, mais une exigence de la survie collective, et si l’on veut que les bonnes pratiques de la durabilité deviennent le standard de tous, ce sont bien les conditions cadre qu’il faut changer.

 

Il est temps de placer l’économie dans un cadre d’intérêt général

Face au déchaînement des lobbies du court terme, rappelons-nous de tous les débats de ces dernières années sur les dérapages d’une finance incontrôlée, sur les paradis fiscaux, sur l’explosion des inégalités, sur les polluants ou le tabac, sur la nécessité de placer l’humain, le sens des choses, l’emploi, la qualité au cœur d’une économie enfin mise au service de la société humaine… Partout on retrouve le même clivage, entre intérêts lucratifs de certains secteurs et intérêt général. Allons-nous vraiment sacrifier ce dernier, alors que nous avons l’occasion d’orienter collectivement les choses dans la bonne direction?

 

C’est bien le moment de faire le parallèle entre ces critiques largement partagées et la nécessité de mettre en place, localement et globalement, les solutions permettant une vie digne sur cette Planète. 35 ans pour se mettre en règle face à la Terre, pour cesser de gaspiller à tort et à travers, c’est ce que l’initiative demande. La seule chose qu’on puisse lui reprocher, c’est que 35 ans c’est probablement déjà bien long.

 

Durant 20 ans, les climatosceptiques ont empêché toute action efficace en matière climatique, et avec chaque jour qui passe, le enjeux deviennent plus complexes, plus coûteux, plus difficiles à traiter. On peut déjà prédire que les générations futures accuseront ces obscurantistes irresponsables de crime contre l’humanité. La démocratie suisse est magnifique et souvent enviée. Mais elle a un talon d’Achille redoutable : avec un nombre suffisant de millions il est possible, par une propagande bien faite, de modifier la perception normale qu’a le citoyen de ses intérêts, d’acheter sa voix. Alors soyons nombreux à ne pas nous laisser acheter.


 [EL1]photo

 [EL2]renvois informatiques

 [EL3]renvois

 

Economie verte : «There is no Alternative» – Et si c’était vrai?

Et si la célèbre phrase de Margaret Thatcher[EL1] , qu’elle appliquait au libre marché : «There is no Alternative», était vraie pour l’économie verte ?

 

Depuis plus de 50 ans, depuis Cousteau, Bombard ou Rachel Carson[EL2], pionniers dans les années 1960 de la dénonciation des crimes contre la nature, nous savons que nous surexploitons les océans, fragilisons les sols, abattons les forêts tropicales, sapons la biodiversité, favorisons la désertification, propageons sur la planète entière un modèle de consumérisme inégalitaire qui nous conduit droit dans le mur, aux plans écologiques, économiques et sociaux. Qui est vraiment heureux et s’épanouit par la fuite en avant dans un matérialisme sans fin, une fois ses besoins de base satisfaits ?

 

Une fuite en avant absurde

A la critique de cette course absurde, qui conduit certains maintenant à vouloir coloniser la Planète Mars, s’ajoute la certitude scientifique qu’à force de puiser dans les ressources non renouvelables (sauf à l’échelle géologique), et à ne pas respecter les capacités de renouvellement de celles qui le sont – les effectifs de poisson, le bois, l’eau, entre autres – les limites sont atteintes. De nombreux scientifiques considèrent que les dommages sont d’ores et déjà irréversibles, dans le contexte d’une population croissante, à l’image du chercheur suédois Rockström[EL3] , qui en 2009 avait identifié «neuf frontières planétaires» en passe d’être franchies. A savoir le changement climatique, les atteintes à la biodiversité, l’acidification des océans, l’affaiblissement de la couche d’ozone, les cycles du phosphore et de l’azote, l’utilisation de l’eau douce, les pertes de sols, la charge atmosphérique en aérosols et la pollution chimique : http://www.wbcsd.org/work-program/capacity-building/sdmi/src.aspx.

 

Fin 2015, la 21e conférence des parties de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques tenue à Paris (COP 21) aboutissait à un accord fixant l’objectif de contenir «l’évolution de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C» (art. 2, alinéa 1, lettre a). La Convention elle-même demande depuis 1994 (!) «de stabiliser (…) les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Il conviendra d’atteindre ce niveau dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s’adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre de manière durable».

 

Un peu plus tôt, en septembre 2015, par l’adoption de l’Agenda 2030 et des 17 Objectifs de développement durable, l’Assemblée générale des Nations Unies proclama à la face du monde la liste des enjeux prioritaires: www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/. Parmi eux, le n° 12, Etablir des modes de consommation et de production durables, reprend la formulation du Plan d’action adopté 13 ans auparavant par le Sommet mondial du développement durable de Johannesburg : Des «changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment sont indispensables» (§ 14).

 

On sait ce qu’on doit faire mais ne le fait pas

Le diagnostic est là, les objectifs sont posés, mieux : validés par la communauté internationale et les Etats qui la composent. On sait ce qu’on doit faire, on s’y est engagé mais on ne le fait pas. Pour notre pays, l’Office fédéral de la statistique souligne que notre empreinte écologique, c’est-à-dire notre consommation de ressources, dépasse de plus de 3 fois ce à quoi nous avons droit www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/03/01.htm. Autrement dit, nous vivons sur le dos d’autrui et des générations futures, accumulant une dette écologique croissante. Le Réseau Empreinte Ecologique Globale/ Global Footprint Network www.footprintnetwork.org/ fondé et animé par le Bâlois établi en Californie Mathis Wackernagel, établit chaque année le jour où l’humanité commence à vivre à crédit. Et chaque année, ce jour arrive plus tôt, et si nous ne changeons pas de cap de manière forte et incisive, il nous faudra d’ici 2025 une 2e Planète www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/ .

 

Effectivement, il n’y a aucune alternative à passer d’une économie linéaire, prédatrice, conçue sur le modèle «Je prends dans la nature, je produis, je consomme, je jette» et fondée sur le présupposé que les capacités des systèmes naturels à nous fournir en ressources et à digérer nos rejets sont illimitées, à une économie en boucles. La nature fonctionne en boucles depuis la nuit des temps, et on ne peut nier qu’elle est une forme d’économie, même constitue la base de toute économie humaine. Elle nous fournit l’eau, le sol, l’air, le climat, les ressources vivantes et minérales qui nous permettent d’exister. Elle travaille pour nous et, par son travail, accumule du capital – le capital-nature. Nous n’aurions pas la moindre chance de gagner une guerre que nous lui déclarerions. Pourtant c’est bien ce que nous faisons…

 

L’initiative pour une économie verte est exactement ce qu’il nous faut

L’initiative pour une économie verte demande exactement cela : inscrire nos activités économiques dans les capacités de charge de la planète. Nous savons le faire, les bonnes pratiques existent, toutes les branches et tous les types d’activité ont développé les savoir-faire propres à une économie de la durabilité ; il s’agit maitenant de généraliser ce qui a fait ses preuves. L’économie circulaire : tout déchet est une ressource au mauvais endroit, alors servons-nous en. L’économie de la fonctionnalité : vivre de la réparabilité et non de l’obsolescence, alors faisons-le. L’écologie industrielle : agencer sur le territoire les activités économiques en sorte que les déchets de l’une puissent servir de ressources à l’autre, alors appliquons-le. De l’agroécologie à la maison positive, une multitude de solutions s'offrent à nous.

 

Une campagne qui valorise l’irresponsabilité

Une campagne d’une virulence incroyable est déclenchée par les partisans du court-termisme et de l’économie prédatrice, pour contrer l’indispensable passage à l’économie verte : pas maintenant, sans contraintes, il faut que la mutation soit incolore, inodore, indolore… Comme si les mutations économiques pouvaient prendre place sans effort, sans difficultés, sans douleur. Et s’y refuser, c’est s’exposer à des difficultés infiniment plus grandes, se condamner à des efforts bien plus conséquents. Une évidence ! Et pourtant, cette campagne nie le potentiel d’innovation, nie la capacité d’adaptation, nie les possibilités de la technique – toutes choses pourtant évoquées à tout propos en d’autres circonstances, exalte la loi du moindre effort et l’avachissement de l’humanité dans un consumérisme délétère et sans âme. Pathétique. Mensonger. Ridicule. Sauf qu’ici, c’est un ridicule qui tue.

 

L’option pour l’économie durable devrait, selon les adversaires de l’initiative, reposer sur la seule initiative du consommateur, et seulement pour ceux qui sont prêts à «changer leur mode de vie», perspective horrible et inconcevable pour d’aucuns, qui préfèrent sans doute attendre que la catastrophe écologique les y oblige. C’est oublier que les externalités ne sont largement pas intégrées dans les prix, que le bon marché est souvent mauvais environnementalement et socialement – autant d’incitatifs au dumping écologique et social de la part tant du consommateur que du producteur. C’est oublier que l’économie durable n’est pas une option pour quelques happy few ou individualistes invétérés, mais une exigence de la survie collective, et si l’on veut que les bonnes pratiques de la durabilité deviennent le standard de tous, ce sont bien les conditions cadre qu’il faut changer.

 

Il est temps de placer l’économie dans un cadre d’intérêt général

Face au déchaînement des lobbies du court terme, rappelons-nous de tous les débats de ces dernières années sur les dérapages d’une finance incontrôlée, sur les paradis fiscaux, sur l’explosion des inégalités, sur les polluants ou le tabac, sur la nécessité de placer l’humain, le sens des choses, l’emploi, la qualité au cœur d’une économie enfin mise au service de la société humaine… Partout on retrouve le même clivage, entre intérêts lucratifs de certains secteurs et intérêt général. Allons-nous vraiment sacrifier ce dernier, alors que nous avons l’occasion d’orienter collectivement les choses dans la bonne direction?

 

C’est bien le moment de faire le parallèle entre ces critiques largement partagées et la nécessité de mettre en place, localement et globalement, les solutions permettant une vie digne sur cette Planète. 35 ans pour se mettre en règle face à la Terre, pour cesser de gaspiller à tort et à travers, c’est ce que l’initiative demande. La seule chose qu’on puisse lui reprocher, c’est que 35 ans c’est probablement déjà bien long.

 

Durant 20 ans, les climatosceptiques ont empêché toute action efficace en matière climatique, et avec chaque jour qui passe, le enjeux deviennent plus complexes, plus coûteux, plus difficiles à traiter. On peut déjà prédire que les générations futures accuseront ces obscurantistes irresponsables de crime contre l’humanité. La démocratie suisse est magnifique et souvent enviée. Mais elle a un talon d’Achille redoutable : avec un nombre suffisant de millions il est possible, par une propagande bien faite, de modifier la perception normale qu’a le citoyen de ses intérêts, d’acheter sa voix. Alors soyons nombreux à ne pas nous laisser acheter.


 [EL1]photo

 [EL2]renvois informatiques

 [EL3]renvois

 

Economie verte : «There is no Alternative» – Et si c’était vrai?

Et si la célèbre phrase de Margaret Thatcher[EL1] , qu’elle appliquait au libre marché : «There is no Alternative», était vraie pour l’économie verte ?

 

Depuis plus de 50 ans, depuis Cousteau, Bombard ou Rachel Carson[EL2], pionniers dans les années 1960 de la dénonciation des crimes contre la nature, nous savons que nous surexploitons les océans, fragilisons les sols, abattons les forêts tropicales, sapons la biodiversité, favorisons la désertification, propageons sur la planète entière un modèle de consumérisme inégalitaire qui nous conduit droit dans le mur, aux plans écologiques, économiques et sociaux. Qui est vraiment heureux et s’épanouit par la fuite en avant dans un matérialisme sans fin, une fois ses besoins de base satisfaits ?

 

Une fuite en avant absurde

A la critique de cette course absurde, qui conduit certains maintenant à vouloir coloniser la Planète Mars, s’ajoute la certitude scientifique qu’à force de puiser dans les ressources non renouvelables (sauf à l’échelle géologique), et à ne pas respecter les capacités de renouvellement de celles qui le sont – les effectifs de poisson, le bois, l’eau, entre autres – les limites sont atteintes. De nombreux scientifiques considèrent que les dommages sont d’ores et déjà irréversibles, dans le contexte d’une population croissante, à l’image du chercheur suédois Rockström[EL3] , qui en 2009 avait identifié «neuf frontières planétaires» en passe d’être franchies. A savoir le changement climatique, les atteintes à la biodiversité, l’acidification des océans, l’affaiblissement de la couche d’ozone, les cycles du phosphore et de l’azote, l’utilisation de l’eau douce, les pertes de sols, la charge atmosphérique en aérosols et la pollution chimique : http://www.wbcsd.org/work-program/capacity-building/sdmi/src.aspx.

 

Fin 2015, la 21e conférence des parties de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques tenue à Paris (COP 21) aboutissait à un accord fixant l’objectif de contenir «l’évolution de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C» (art. 2, alinéa 1, lettre a). La Convention elle-même demande depuis 1994 (!) «de stabiliser (…) les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Il conviendra d’atteindre ce niveau dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s’adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre de manière durable».

 

Un peu plus tôt, en septembre 2015, par l’adoption de l’Agenda 2030 et des 17 Objectifs de développement durable, l’Assemblée générale des Nations Unies proclama à la face du monde la liste des enjeux prioritaires: www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/. Parmi eux, le n° 12, Etablir des modes de consommation et de production durables, reprend la formulation du Plan d’action adopté 13 ans auparavant par le Sommet mondial du développement durable de Johannesburg : Des «changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment sont indispensables» (§ 14).

 

On sait ce qu’on doit faire mais ne le fait pas

Le diagnostic est là, les objectifs sont posés, mieux : validés par la communauté internationale et les Etats qui la composent. On sait ce qu’on doit faire, on s’y est engagé mais on ne le fait pas. Pour notre pays, l’Office fédéral de la statistique souligne que notre empreinte écologique, c’est-à-dire notre consommation de ressources, dépasse de plus de 3 fois ce à quoi nous avons droit www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/03/01.htm. Autrement dit, nous vivons sur le dos d’autrui et des générations futures, accumulant une dette écologique croissante. Le Réseau Empreinte Ecologique Globale/ Global Footprint Network www.footprintnetwork.org/ fondé et animé par le Bâlois établi en Californie Mathis Wackernagel, établit chaque année le jour où l’humanité commence à vivre à crédit. Et chaque année, ce jour arrive plus tôt, et si nous ne changeons pas de cap de manière forte et incisive, il nous faudra d’ici 2025 une 2e Planète www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/ .

 

Effectivement, il n’y a aucune alternative à passer d’une économie linéaire, prédatrice, conçue sur le modèle «Je prends dans la nature, je produis, je consomme, je jette» et fondée sur le présupposé que les capacités des systèmes naturels à nous fournir en ressources et à digérer nos rejets sont illimitées, à une économie en boucles. La nature fonctionne en boucles depuis la nuit des temps, et on ne peut nier qu’elle est une forme d’économie, même constitue la base de toute économie humaine. Elle nous fournit l’eau, le sol, l’air, le climat, les ressources vivantes et minérales qui nous permettent d’exister. Elle travaille pour nous et, par son travail, accumule du capital – le capital-nature. Nous n’aurions pas la moindre chance de gagner une guerre que nous lui déclarerions. Pourtant c’est bien ce que nous faisons…

 

L’initiative pour une économie verte est exactement ce qu’il nous faut

L’initiative pour une économie verte demande exactement cela : inscrire nos activités économiques dans les capacités de charge de la planète. Nous savons le faire, les bonnes pratiques existent, toutes les branches et tous les types d’activité ont développé les savoir-faire propres à une économie de la durabilité ; il s’agit maitenant de généraliser ce qui a fait ses preuves. L’économie circulaire : tout déchet est une ressource au mauvais endroit, alors servons-nous en. L’économie de la fonctionnalité : vivre de la réparabilité et non de l’obsolescence, alors faisons-le. L’écologie industrielle : agencer sur le territoire les activités économiques en sorte que les déchets de l’une puissent servir de ressources à l’autre, alors appliquons-le. De l’agroécologie à la maison positive, une multitude de solutions s'offrent à nous.

 

Une campagne qui valorise l’irresponsabilité

Une campagne d’une virulence incroyable est déclenchée par les partisans du court-termisme et de l’économie prédatrice, pour contrer l’indispensable passage à l’économie verte : pas maintenant, sans contraintes, il faut que la mutation soit incolore, inodore, indolore… Comme si les mutations économiques pouvaient prendre place sans effort, sans difficultés, sans douleur. Et s’y refuser, c’est s’exposer à des difficultés infiniment plus grandes, se condamner à des efforts bien plus conséquents. Une évidence ! Et pourtant, cette campagne nie le potentiel d’innovation, nie la capacité d’adaptation, nie les possibilités de la technique – toutes choses pourtant évoquées à tout propos en d’autres circonstances, exalte la loi du moindre effort et l’avachissement de l’humanité dans un consumérisme délétère et sans âme. Pathétique. Mensonger. Ridicule. Sauf qu’ici, c’est un ridicule qui tue.

 

L’option pour l’économie durable devrait, selon les adversaires de l’initiative, reposer sur la seule initiative du consommateur, et seulement pour ceux qui sont prêts à «changer leur mode de vie», perspective horrible et inconcevable pour d’aucuns, qui préfèrent sans doute attendre que la catastrophe écologique les y oblige. C’est oublier que les externalités ne sont largement pas intégrées dans les prix, que le bon marché est souvent mauvais environnementalement et socialement – autant d’incitatifs au dumping écologique et social de la part tant du consommateur que du producteur. C’est oublier que l’économie durable n’est pas une option pour quelques happy few ou individualistes invétérés, mais une exigence de la survie collective, et si l’on veut que les bonnes pratiques de la durabilité deviennent le standard de tous, ce sont bien les conditions cadre qu’il faut changer.

 

Il est temps de placer l’économie dans un cadre d’intérêt général

Face au déchaînement des lobbies du court terme, rappelons-nous de tous les débats de ces dernières années sur les dérapages d’une finance incontrôlée, sur les paradis fiscaux, sur l’explosion des inégalités, sur les polluants ou le tabac, sur la nécessité de placer l’humain, le sens des choses, l’emploi, la qualité au cœur d’une économie enfin mise au service de la société humaine… Partout on retrouve le même clivage, entre intérêts lucratifs de certains secteurs et intérêt général. Allons-nous vraiment sacrifier ce dernier, alors que nous avons l’occasion d’orienter collectivement les choses dans la bonne direction?

 

C’est bien le moment de faire le parallèle entre ces critiques largement partagées et la nécessité de mettre en place, localement et globalement, les solutions permettant une vie digne sur cette Planète. 35 ans pour se mettre en règle face à la Terre, pour cesser de gaspiller à tort et à travers, c’est ce que l’initiative demande. La seule chose qu’on puisse lui reprocher, c’est que 35 ans c’est probablement déjà bien long.

 

Durant 20 ans, les climatosceptiques ont empêché toute action efficace en matière climatique, et avec chaque jour qui passe, le enjeux deviennent plus complexes, plus coûteux, plus difficiles à traiter. On peut déjà prédire que les générations futures accuseront ces obscurantistes irresponsables de crime contre l’humanité. La démocratie suisse est magnifique et souvent enviée. Mais elle a un talon d’Achille redoutable : avec un nombre suffisant de millions il est possible, par une propagande bien faite, de modifier la perception normale qu’a le citoyen de ses intérêts, d’acheter sa voix. Alors soyons nombreux à ne pas nous laisser acheter.


 [EL1]photo

 [EL2]renvois informatiques

 [EL3]renvois

 

Burka-Burkini un débat piégé mais il est trop tard pour ne pas le mener

Burka, Burkini, chacun-e y va de son commentaire, voire de son interdit. Dans les partis politiques, le débat est lancé; des conseillers d’Etat et non des moindres s’y sont mis. L’on s’enflamme sur des principes pas toujours réfléchis jusqu’au bout, alors même que les seules porteuses de Burkas aperçues en Suisse sont des touristes de passage et quelques converties particulièrement fortes en surenchère; quant aux Burkinis, on les cherche également à la loupe, ou plutôt à la longue vue…

Burka : inconscience ou provocation ?

Mais même si les porteuses de ces vêtements restent en nombre très limité, on ne peut pas refuser d’argumenter. Car le débat public porte sur l’intégration, sur le droit à la différence, sur l’Islam, comporte sa part de fantasme et de nervosité. Il est en effet piégé – mais ce n’est pas en l’évitant qu’on avancera. Alors cherchons à y voir plus clair, la question étant de savoir en quoi nous sommes concernés. Il me semble qu’il y a trois points d’achoppement.

1) Dans toute société, il y a des codes vestimentaires. Nous nous attendons à un certain habillement lors de cérémonies, au restaurant, chez des amis, au travail, à la plage, dans la nature, selon les situations, fonctions, métiers… Ces codes se sont nettement assouplis au cours du XXe siècle, mais ils existent. L’apparition de toute nouvelle tenue rompant le consensus fait débat. Ce fut le cas voici 70 ans du bikini. C’est le cas aujourd’hui du Burkini et de la Burka.

2) Porter en Europe de son propre chef le masque intégral appelé Burka ne peut que manifester une acception particulièrement rigoureuse de sa foi, alors que cette tenue n’est aucunement une exigence de la religion. C’est bien plutôt sa prise d’otage par un concept patriarcal, qui impose aux femmes de se cacher afin d’épargner aux hommes tout effort comportemental… Alors, inconscience ou provocation?

3) Choisir ici librement une tenue qu'ailleurs de nombreuses femmes n'ont pas la liberté de ne pas porter peut parfaitement être perçu par des femmes musulmanes comme une menace, une injonction peu rassurante: voici ce que tu devrais porter si tu étais une vraie croyante, rentre à la maison et va te rhabiller !

Règlementer les consciences ou leurs effets sur autrui ?

Malgré cela, une interdiction de la Burka sur un argument d’ordre religieux ou général me semble contraire à la liberté individuelle et nous mettrait au niveau précisément des pays où le libre choix de son vêtement est entravé pour des motifs de ce type. Pour le législateur – qui n’a pas la même perspective que l’individu, qui peut se contenter d'aimer ou de ne pas aimer quelque chose – ce qui est en jeu est moins la Burka en elle-même que ses conséquences sur la vie en société. Qui postule d'avoir un contact normal dans l’espace public, de converser en regardant les personnes dans les yeux, d'assurer une conduite automobile sans danger, de ne pas entraver artificiellement ses possibilités de se mouvoir, d'avoir des relations sereines entre les diverses catégories de la population et en l'occurrence entre femmes et hommes, de savoir à qui on a affaire…

On ne régit pas les consciences, on régit les effets sur autrui de certains choix, en l’occurrence vestimentaires. De même qu’on interdit de se masquer lors de défilés ou d’événements sportifs (les hooligans et les casseurs s’encagoulant comme les braqueurs de banques des bandes dessinées), de même il est légitime d’exiger que chaque personne participe à la vie sociale à visage découvert. Ce n’est ainsi pas la Burka spécifiquement qui est en cause – bien que le message politique qu’elle véhicule soit des plus problématiques, mais les différentes façons de se cacher aux yeux des autres.

Le Burkini : une relation brouillée au corps

Maintenant que dire du Burkini ? En Occident, durant toute l’Antiquité et au début du Moyen Age, la relation au corps était largement décrispée et fonctionnelle. Puis peu à peu on a commencé à se couvrir, à craindre le contact du soleil, de l’air, même de l’eau, à édicter maintes ordonnances sur qui avait le droit – ou le devoir – de porter tel ou tel tissu, vêtement, ornement. Etre bronzé était craint, car stigmatisait la personne comme de condition modeste, devant travailler dehors. A la cour de Louis XIV, on ne se lavait guère, préférant le saupoudrage régulier de diverses substances odorantes…

Durant l’ère victorienne, impossible de paraître en public autrement que couvert de la tête aux pieds – corset pour les dames, costume 3 pièces pour les messieurs, couvre-chef pour tous… Même les explorateurs de l’Amazonie s’y rendaient en tenue de ville. Puis, durant tout le XXe siècle, l’Occident a réappris à exposer le corps au soleil, à l’eau, à la vie, à la vue, sans qu'il n'en résulte de désordre social particulier.

Fait culturel, que tout cela. En quoi le fait que des personnes ne suivent pas cette tendance est-il problématique? A la piscine, à juste titre un vêtement spécifique de natation est exigé. On n’entre pas dans l’eau avec l'habit qu'on a porté dans la rue. Mais si cette règle d’hygiène est respectée, peut-on être davantage critique face à un Burkini, que, par exemple, à des seins nus? Ni l'une ni l'autre de ces tenues n'est ni ne sera en quoi que ce soit imposée à quiconque.

Bien sûr, il est regrettable que d’aucunes croient devoir couvrir leur corps ainsi, alors même qu'aux bains une tenue minimaliste pour les femmes comme pour les hommes est reconnue très largement comme appropriée aux activités qui s'y déroulent ; il n'y a rien d’honteux à la porter en ces lieux, et on a envie de le leur dire haut et fort… Mais en 1930 encore, il pouvait être punissable pour un homme de faire trempette en slip de bain. Voici une génération à peine, des femmes en régions rurales, traditionnellement patriarcales de Grèce, Sicile ou Espagne n’allaient que de noir vêtues et s’avançaient dans la mer toutes habillées. Très inconfortable certainement, mais c’était ainsi. Puis les mœurs ont évolué  – heureusement.

La lettre ou l’esprit ?

Aux JO de Rio, qui n’a pas vu ces sportives de pays musulmans admises au sein des sélections nationales à condition de respecter de strictes règles vestimentaires ? Espérons que ce début d’ouverture permette de trouver, peu à peu, dans cette région du monde aussi, une relation moins stressée au corps humain, et spécifiquement au corps féminin.

Et si l’on mettait nos énergies, plutôt que de se focaliser sur ces deux habits en effet peu engageants, pour agir à la source: à travailler à comment partager des valeurs, comment vivre ensemble, comment objectiver le rapport au corps – et comment mettre dans toute religion la priorité sur l’esprit plutôt que sur la lettre ? Il est temps de se rappeler que les devoirs essentiels de tout croyant ne sont pas le suivi jusqu’à l’absurde d’une liste d’obligations tout à fait périphériques et en l’occurrence instrumentalisées, mais l’amour du prochain et le respect de la Création. Tout le reste n’est que parodie, voire usurpation.

Diaboliques éoliennes?

Dans le monde, les éoliennes produisent aujourd’hui davantage d’électricité que l’ensemble des quelque 450 réacteurs nucléaires: 432 GW installés fin 2015, contre 350 GW pour le nucléaire. Un tiers des turbines se trouve en Chine, un sixième aux Etats-Unis, selon le Global Wind Energy Council www.gwec.net/global-figures/graphs/. La part qu’atteint au Danemark l’électricité produite par les 5’200 éoliennes installées correspond à celle du nucléaire en Suisse, soit plus de 40%.

Une Suisse très en retrait

Et, précisément, en Suisse ? Les éoliennes sont au nombre de 35 ( !), dont près de la moitié sur un seul site, le Mont-Crosin dans le Jura Bernois, installées voici… 20 ans et devenues depuis un des atouts touristiques de la région : http://www.jurabernois.ch/fr/decouvertes/les-insolites/centrale-eolienne-mt-crosin.1049.html. En 2015, elles ont produit un total de 109 millions de kilowattheures, soit la consommation électrique de 30’000 ménages. Très loin de l’objectif fixé pour 2035 de 375 éoliennes, de 2 MW chacune, fournissant 2,5% de la consommation d’électricité. Pour 2050, la planification visait 800 éoliennes, plus puissantes et produisant l’équivalent de la consommation d’un million de ménages, soit environ 8% de l’électricité consommée en Suisse. Au fur et à mesure que les mesures d’optimisation de la consommation se développent, cette part augmentera évidemment d’autant.

Le potentiel productif et donc le nombre d’installations implantables est fonction des mesures de vent. Les données récemment actualisées sur www.atlasdesvents.ch permettent une réévaluation à la hausse. L’écart entre le techniquement possible et ce qui est réalisé est d’autant plus frappant. C’est que l’éolien est fortement contesté. Certes, notre pays est densément peuplé, le chuintement des pales dérange; en raison de cette densité, le paysage en Suisse, tout comme la biodiversité, est particulièrement sensible. Il est clair que le techniquement possible ne peut pas faire fi des exigences d’insertion dans les sites, de la présence d’habitations à proximité et de la protection de l’avifaune.

Toutes les nuisances ne sont pas égales

Toutes les formes d’énergie génèrent des nuisances. Toutefois, celles-ci peuvent être clairement situées et classées. Le nucléaire pose le problème qu’une réaction radioactive une fois déclenchée ne peut plus être stoppée. Les déchets de l’exploitation d’une centrale, et les éléments irradiés de celle-ci, nécessitent un gardiennage en lieu sûr pour des durées extrêmement longues. Outre le risque d’un accident (du type Tchernobyl ou Fukushima), cette caractéristique obère de manière fatale le calcul économique de la filière. Seuls ceux qui n’ont aucun scrupule à reporter les problèmes sur les générations à venir peuvent encore se réjouir à la vue d’une centrale nucléaire.

Quant au fossile, les enjeux climatiques le condamnent clairement : un tiers des réserves de pétrole, la moitié du gaz et plus de 80 % du charbon devront rester inexploitées si l’on veut atteindre l’objectif de l’Accord de Paris. Il s’ajoute que ni l’uranium ni les ressources fossiles ne sont renouvelables à échelle humaine. Restent donc les énergies renouvelables, également nettement moins polluantes. Certes, exploiter chaque goutte des cours d’eau au risque de les assécher n’est pas acceptable, et c’est pourquoi des débits résiduels ont été imposés. Certes, les panneaux photovoltaïques doivent être gérés correctement une fois devenus déchets. Certes l’éolien doit être implanté avec prudence.

Une opposition exagérée

Mais on peut dire sans crainte de se tromper que l’opposition aux éoliennes en Suisse est exagérée. L’argument esthétique ? Qui aurait parié que la Tour Eiffel, héritage d’une exposition universelle, gagne le cœur des Parisiens et du monde ? Elle était pourtant destinée à être démolie: https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_tour_Eiffel#La_tour_promise_.C3.A0_la_destruction_est_sauv.C3.A9e_pour_son_int.C3.A9r.C3.AAt_scientifique Qui aujourd’hui oserait dire qu’un moulin à vent de l’ère préindustrielle gâche un paysage ? Au contraire, les régions qui en ont conservé, les îles de la Méditerranée par exemple ou l’Europe du Nord, en tirent un argument touristique et patrimonial. Qui peut vraiment affirmer que les éoliennes modernes sont laides et défigurent nos sites ? Question éminemment subjective… Le bruit ? Et celui des routes, des motos pétaradant sur les petits chemins de campagne, des avions ? Le fait que la radioactivité agit en silence, et le gaz carbonique également, ne doit tromper personne. Les dangers pour l’avifaune ? Oui là il y a des arbitrages à faire et il faut avoir le courage de renoncer à des équipements lorsque le risque est établi.

Enfin le mode de financement est certainement aussi un élément de la réponse. Quand c’est le fait d’investisseurs extérieurs aux sites d’implantation, il est toujours facile de prétendre que d’autres empochent la mise, même quand ce sont des compagnies d’électricité en mains publiques. Mais quand c’est la communauté elle-même, aidée de «crow-funding», qui met la main au portemonnaie, les éoliennes se rapprochent du coup émotionnellement des riverains. Ce mode de financement est courant en Allemagne et démarre aussi en France, notamment en Bretagne : www.eolien-citoyen.fr/accueil-begawatts.html

Se libérer de l’étreinte du fossile et du fissile

La transition énergétique est indispensable pour nous libérer de l’étreinte du fossile et du fissile, elle passe par une optimisation de nos consommations et un développement important des énergies renouvelables. Exactement ce que décrit la Société à 2000 W, modèle  lancé voici 20 ans par l’EPFZ : diviser par trois la consommation et assurer les ¾ de celle subsistante par les énergies renouvelables http://www.2000watt.ch/fr/societe-a-2000-watts/. Un tel objectif ne peut être atteint que par un bouquet de mesures agissant aux différents niveaux, et ce serait vraiment dommage de laisser volontairement de côté l’énergie abondante et facile à capter du vent, qui a permis à nos ancêtres de traverser les mers et d’actionner moult machineries hautement utiles.