Comment optimiser fiscalement sa retraite échelonnée

Je rebondis sur l’article de ma consœur Julie Eigenmann paru ce jour dans le journal qui héberge ce blog, consacré à la retraite partielle. En effet, je pense qu’il serait intéressant d’aborder l’aspect financier de ce type d’opération sous un angle un peu plus technique, car il recèle de substantiels avantages à exploiter. C’est d’autant plus important que cette solution a un coût, même s’il est moins élevé que dans le cas d’une retraite anticipée à 100%.

Cotisations AVS

Si l’on compare avec le départ anticipé complet, on constate un premier avantage au niveau de l’AVS : en effet, chacun ou chacune doit continuer à payer ses cotisations jusqu’à l’âge légal de la retraite, soit respectivement 65 ans et 64 ans, que l’on soit encore en activité ou non. Les personnes ayant quitté prématurément le monde du travail devront payer des cotisations AVS selon le barème de personne sans activité lucrative.

Cotisations sur le salaire disparu

Du côté de la prévoyance professionnelle, tout va dépendre le règlement de la caisse de pension. Ainsi, comme le prescrit l’article 33a de la LPP, « L’institution de prévoyance peut prévoir dans son règlement la possibilité, pour les assurés ayant atteint l’âge de 58 ans et dont le salaire diminue de la moitié au plus, de demander le maintien de leur prévoyance au niveau du dernier gain assuré. » En d’autres termes, l’assuré pourrait continuer à améliorer sa prévoyance au même rythme qu’auparavant, tout en pouvant engranger les économies fiscales correspondantes. Elles seraient toutefois inférieures pour un même montant de cotisations, puisque le revenu imposable diminue.

Mais, attention, l’employeur n’est pas obligé de verser de cotisations sur la part amputée du salaire. Il faut donc avoir les moyens de verser ces cotisations supplémentaires, y compris la part patronale, alors qu’on a vu simultanément son revenu diminuer. Enfin, cette opportunité concerne également les rachats, qui pourraient ainsi être effectués sur des lacunes calculées par rapport à l’ancien salaire.

Fiscalité des prestations du 2e pilier

Il est un point important à souligner : la cotisation sur une partie de salaire virtuel est rendue impossible si le salarié demande le versement de rentes et/ou d’un capital correspondant à la diminution de son activité. Sur le plan fiscal, le versement de rentes de son 2e pilier s’avère très simple, puisqu’elles s’ajoutent au revenu imposable pour être prises en compte à 100%. En revanche, le versement partiel du capital est fiscalement plus avantageux, puisque l’impôt est progressif, et que le fractionnement des retraits réduit le montant total de l’impôt. La pratique pour imposer ce type d’opération est quasiment identique dans tous les cantons romands, comme j’avais pu le constater lors d’une enquête réalisée en 2020 auprès des différentes administrations fiscales cantonales. Ces dernières se basent sur un cas d’application (A.1.3.8) de l’ouvrage « Prévoyance et impôts », de la Conférence suisse des impôts, publié aux Editions Cosmos.

Conditions

Ainsi, pour bénéficier d’une imposition sur des montants fractionnés en cas de retraite échelonnée, et donc à des taux inférieurs, cette institution en fixe les conditions : « Il doit s’agir d’une réduction du degré d’activité déterminante et durable ; le salaire doit être réduit en conséquence ; le prélèvement des prestations de vieillesse doit s’effectuer en proportion de la réduction du degré de l’activité ; la retraite partielle et ses conditions doivent être ancrées dans le règlement de prévoyance. » Et pour mettre les points sur les i, et mettre en garde contre toute tentative d’évasion fiscale, les auteurs précisent : « Une retraite partielle qui conduit uniquement à un retrait échelonné de prestations en capital est considérée comme abusive en matière fiscale. Dans cette optique, deux prélèvements sous forme de capital sont dans l’ensemble admis. »

3e pilier lié

Enfin, le 3e pilier lié est également affecté par la poursuite de l’activité lucrative, en bénéficiant toujours d’un montant déductible maximal de 6’883 francs par année (en 2021), pour un salarié ou un indépendant affilié à une caisse de pension. En cas de retraite anticipée à 100%, le préretraité n’aurait plus eu la possibilité d’avoir accès à des produits bénéficiant de ces avantages fiscaux.

 

 

 

 

 

Faut-il être paranoïaque pour démasquer les escrocs?

Dans les grandes escroqueries, on est souvent étonné de la naïveté dont font preuve les victimes, surtout lorsqu’elles sont elles-mêmes des spécialistes du terrain de jeu sur lequel s’activent les malfrats. C’est ce qu’on découvre dans l’excellent ouvrage* de Christian Chavagneux consacré aux plus belles histoires de l’escroquerie. Outre sa fonction d’éditorialiste au mensuel Alternatives Economiques, l’auteur est chroniqueur à France Inter et sur BFM Business, où l’on peut assister à ses joutes oratoires dans La librairie de l’éco avec son alter ego libéral, l’économiste Jean-Marc Daniel, sur les nouveautés en matière de publications économiques. Il est également l’auteur de différents ouvrages, dont Une brève histoire des crises financières : des tulipes aux subprimes et Les paradis fiscaux.

Vaste panorama

Christian Chavagneux fait preuve d’ambition puisqu’il remonte à l’Antiquité, pour revenir progressivement aux affaires plus récentes, en passant notamment par l’affaire du collier de la reine (Marie-Antoinette), Thérèse Humbert et son fabuleux héritage, Ivar Kreuger, qui a siphonné l’épargne mondiale, Charles Ponzi et sa pyramide éponyme , Michele Sindona, banquier de la mafia et du Vatican, pour terminer sur l’affaire Madoff, dont le protagoniste, Bernie Madoff, vient de décéder en prison.

Clarté et humour

L’une des grandes qualités de cet ouvrage, c’est la clarté des mécanismes utilisés et la fluidité du récit, saupoudré d’une bonne dose d’humour et parsemé de portraits hauts en couleur tant des escrocs que de leurs victimes. Mais comment tombe-t-on dans les filets des arnaqueurs ? : Réponse de l’auteur : « Nous disposons toutes et tous de caractéristiques psychologiques qui nous rendent vulnérables aux techniques de l’arnaque : le goût pour les histoires, des illusions cognitives et, pour les plus aisés, qui sont les premières victimes, une morale élastique. Cependant, tout le monde ne se fait pas plumer. Il faut avoir de la malchance de croiser sur sa route des pervers narcissiques dont la pathologie s’exprime par la fraude ».

L’affaire Madoff

Pour aller un peu plus loin sur cette problématique, qui est d’autant plus intéressante qu’on a plus de chances – statistiquement parlant – d’être un pigeon qu’un escroc, on peut lire avec intérêt le dernier livre** du journaliste et essayiste Malcolm Gladwell, consacré à la capacité de chacun à savoir décrypter rapidement un inconnu. L’auteur revient notamment sur l’affaire Madoff et en particulier sur le lanceur d’alerte Harry Markopolos. Comme on s’en souvient peut-être, c’est l’analyste financier qui avait dévoilé le pot aux roses et dénoncé la pyramide de Ponzi à la SEC dès 2000, soit bien avant que l’arnaque ne soit découverte en fin 2008.

La fraude mise à jour très tardivement

Lorsqu’on lit les déclarations de Markopolos sur la manière dont il avait compris de quoi il retournait, on comprend mal qu’il ait fallu attendre la crise des subprimes et ses funestes conséquences sur les marchés financiers pour que les agissements criminels de Madoff finissent par être découverts. De toute façon, il ne pouvait plus échapper à son destin étant donné les demandes de retraits massifs de la part de ses pigeons consécutives à l’effondrement de Wall Street. La mise au jour si tardive de l’escroquerie paraît d’autant plus surprenante que les messages d’alerte s’étaient multipliés au fil des années, non seulement en raison de la régularité des performances qu’affichait Madoff, mais également par l’absence de transactions sur les marchés leur correspondant. Rappelons qu’il ne s’agissait pas d’une obscure boutique, mais d’une société d’une taille respectable et soi-disant très active dans les échanges boursiers.

Confiance implicite

Pour expliquer, au moins partiellement l’aveuglement dont ont fait preuve les personnes suffisamment informées en position d’agir, Malcom Gladwell met en avant les travaux de Tim Levine, chercheur américain en science de la communication: « (…) Nous ne comportons pas en scientifiques sensés, recueillant avec patience les éléments prouvant le caractère véridique ou mensonger d’une chose avant de parvenir à une conclusion : nous faisons l’inverse. Nous débutons par croire. Et nous arrêtons de croire seulement lorsque nos doutes ou nos craintes atteignent un seuil où nous ne pouvons plus trouver d’explications convaincantes. (…) Du fait de notre confiance implicite, les espions passent inaperçus, les criminels battent le pavé en toute liberté, et des vies sont gâchées. »

Le caractère suspicieux du lanceur d’alerte

Paradoxalement, c’est le comportement de Markopolos qui s’écarte de la norme, avec une méfiance exacerbée qui ressort dans les ouvrages des deux auteurs. Ainsi, toujours selon Tim Levine :  « Si tout le monde à Wall Street se comportait comme Harry Markopolos, il n’y aurait pas de fraude à la place boursière – mais l’air y serait si chargé de soupçons et de paranoïa qu’il n’y aurait pas non plus de Wall Street. »

Un comportement asocial

Il est vrai que le portrait du lanceur d’alerte brossé par Christian Chavagneux n’est guère flatteur sur ses qualités relationnelles, qui vont le discréditer : « Son ego surdimensionné, son caractère obsessionnel et sa paranoïa vont empêcher pendant longtemps la SEC de le prendre au sérieux. » Même son de cloche du côté de Malcom Gladwell, qui décrit par le menu les démarches particulièrement inefficaces de l’analyste pour dénoncer les agissements de l’escroc, preuves à l’appui, pour informer les différentes autorités de régulation de ses soupçons.

Paranoïa

Pour compléter le tableau, les deux auteurs décrivent l’angoisse du personnage qui craint pour sa vie après ses premières tentatives pour dénoncer l’arnaque : il dort en avec un pistolet chargé sous son oreiller, prend de multiples précautions pour protéger son domicile, change de trajet pour rentrer du bureau, ne monte dans sa voiture qu’après avoir vérifié qu’aucune bombe n’y a été placé ! La chute de Madoff ne met finalement pas fin à ses frayeurs. Il craint alors d’avoir la SEC à ses trousses, puisqu’il a mis en évidence des années d’incompétences, voire de complicité criminelle. Au point, de se terrer à domicile…

 

*Les plus belles histoires de l’escroquerie, par Christian Chavagneux, Paris, Seuil, 2020

**Quiproquo, par Malcolm Gladwell, Paris, Editions Kero, 2020

 

 

 

 

 

 

Le banquier du Reich en bande dessinée ? Une fresque historique de qualité

Hjalmar Schacht ? Parmi les accusés du procès du Nuremberg en 1946, qui se souvient de cet ancien président de la Reichsbank, finalement acquitté avec deux autres inculpés ? Mais c’est en train de changer. En effet, depuis quelques années, son rôle essentiel dans l’arrivée de Hitler au pouvoir et dans le réarmement de l’Allemagne revient en lumière, comme on a pu le voir tout récemment dans le documentaire « Les nazis et l’argent : au cœur du IIIe Reich ». Ce n’était d’ailleurs pas le premier du genre puisqu’une autre enquête avait déjà été diffusée en 2006, intitulée « L’incroyable banquier de Hitler ».

Personnage sulfureux mais très talentueux

Cette personnalité sulfureuse, hautaine et imbue d’elle-même, a également inspiré les auteurs de la bande dessinée « Le banquier du Reich* » sortie l’an dernier en deux tomes. Outre ses qualités graphiques, tant en termes de décors que de la couleur évocatrice de ces périodes troublées, le récit s’avère passionnant. Il permet de comprendre les agissements et motivations de ce banquier central de haut vol au sein du régime nazi et de ses acolytes, mais également de saisir les mécanismes financiers qui les sous-tendent. Et de rappeler qu’avant de mettre son talent exceptionnel au service du nazisme, Hjalmar Schacht était l’un des banquiers centraux les plus respectés de la planète. Il pouvait légitimement se vanter d’avoir mis fin à la fameuse hyperinflation du début des années trente, qui marque encore aujourd’hui les mémoires en Allemagne.

Un pan du nazisme mal connu

Cette bande dessinée pourrait certainement être recommandée à toute personne intéressée par l’histoire de cette période et de l’histoire économique tout court. D’autant que c’est un aspect du nazisme qui est mal connu. Cette qualité, on la doit sans doute beaucoup à Philippe Guillaume, prolixe scénariste de bandes dessinées avec son compère Pierre Boisserie, après une brillante carrière journaliste économique, notamment aux Échos. Pour parvenir à ce résultat, Philippe Guillaume a dû effectuer de nombreuses et longues recherches, en se plongeant notamment dans les deux ouvrages de mémoires publiés par l’ancien président de la Reichsbank, respectivement en 1950 et 1953. Par ailleurs, notre coscénariste s’est également penché sur la thèse de doctorat en Histoire contemporaine que lui a consacré Frédéric Clavert en 2006.

Part fictionnelle

Malgré cette rigueur historique, la construction scénaristique s’écarte d’une simple biographie pour dynamiser le récit, en introduisant une part de fiction et la création de deux personnages très présents tout au long des deux tomes. Ce qui peut parfois créer un certain malaise quant à l’authenticité du récit : on aimerait bien savoir ce qui est vrai et ce qui ressort de leur imagination. Moi en tout cas. C’est la raison pour laquelle j’ai contacté Philippe Guillaume, avec lequel j’avais eu l’occasion de collaborer dans un lointain passé pour signer conjointement l’adaptation au marché français de mon best-seller « Bourse – Guide de l’investisseur ». En passant, il ne s’agit pas d’une publicité à peine déguisée pour cet ouvrage français, intitulé « Le Guide de l’investisseur » puisqu’il est (malheureusement) épuisé depuis longtemps…

Les coulisses du scénario

Pour en revenir à la bande dessinée, Philippe Guillaume reconnaît volontiers les artifices utilisés pour mettre en scène l’histoire et lancer la narration. Ainsi, le premier tome s’ouvre sur un épisode authentique survenu en 1951, à savoir l’atterrissage inattendu à Tel Aviv de l’avion de ligne qui transportait Schacht, à la grande inquiétude de ce dernier. Finalement, il en repart sans ennui. Mais la suite relève de la pure fiction : au cours du vol, il est abordé par un agent du Mossad qui le contraint à s’expliquer sur son passé et le rôle qu’aurait joué un certain Rolf Lübke, un employé fictif de la Reichsbank, marié avec une Juive. En revanche, Philippe Guillaume m’a assuré que tous les faits évoqués dans le parcours de vie de Schacht dans le cadre de cette discussion sont soit authentiques, soit tout à fait plausibles.

« Une espèce d’anguille »

Dans cette perspective, la scène où Schacht défend Lübke – personnage fictif rappelons-le – face à Hitler, qui lui reproche d’avoir un Juif pour secrétaire, n’est pas aussi invraisemblable qu’elle puisse paraître. Elle correspond en effet au type de relation que le président de la Reichsbank entretenait avec le Führer, affirme Philippe Guillaume : « Hitler savait que Schacht avait exfiltré quelques Juifs de la Reichsbank et qu’il était franc-maçon. Il a accepté beaucoup de choses de sa part parce qu’il avait besoin de lui. C’est d’ailleurs toute l’ambivalence de Schacht : il va sauver quelques Juifs de la Reichsbank et en même temps il est l’un des rédacteurs des lois de Nuremberg ». Pour le dire de manière imagée, le coscénariste le compare à « espèce d’anguille, qu’on a beaucoup de peine à attraper ». On peut cependant affirmer que les auteurs ont bien ferré le poisson !

 

*Le banquier du Reich, tome I et II, Editions Glénat, 2020

Scénario : Pierre Boisserie & Philippe Guillaume

Dessin : Cyrille Ternon

Couleurs : Céline Labriet

 

 

 

Comment financer sa retraite anticipée… à 40 ans !

On sait que le relèvement de l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans dans le cadre du projet de réforme de l’AVS constitue l’un des risques majeurs de faire capoter cette nouvelle mouture si des compensations convenables ne sont pas accordées. Dans cette perspective, la publication d’un livre* pour expliquer comment il est possible de partir en retraite dès 40 ans a de quoi surprendre…

Gourou auto-proclamé ?

Dans un premier temps, on peut craindre l’arnaque d’un nouveau gourou autoproclamé cherchant surtout à faire fortune sur la crédulité des foules. D’autant que l’auteur, un jeune père de famille vaudois, recourt à un pseudonyme, celui de Marc Pittet. Pourtant, à y regarder de plus près, et en échangeant avec l’auteur masqué ­– comme tout le monde, au fond… –, et informaticien dans le civil, on comprend mieux sa démarche.

FIRE

Marc Pittet, qui s’approche de la mi-trentaine, s’inscrit dans le mouvement FIRE (Financial Independance / Retire Early), qui a pris naissance aux États-Unis. Mouvement plus connu sous nos latitudes sous le nom de frugalisme. Mais ce terme s’avère en fait un peu réducteur. Car, selon notre interlocuteur, qui tient le blog « Mustachian Post », entièrement consacré à cette thématique en Suisse, il ne s’agit pas d’une stratégie de privations, mais d’une consommation avisée et évidemment économe, qui rende vraiment heureux. Oubliez le dernier gadget à la mode, qui plombe le budget, mais qui n’apporte qu’un plaisir éphémère. Avec au bout des économies annuelles très substantielles pour ses vieux jours – si l’on ose dire quand la retraite débute à 40 ans !

Investissements sur les marchés financiers

Mais cette stratégie à elle seule ne suffira pas à atteindre l’objectif financier fixé. Il faut aussi agir sur ses revenus : d’une part, du côté des activités lucratives, principales et accessoires, et d’autre part, sur le placement de cette épargne de liquidités sur les marchés financiers, notamment par le moyen d’ETF. Avec en perspective un patrimoine suffisamment important pour pouvoir ne vivre que de son rendement à l’aube de la quarantaine.

Ode à la liberté

On peut évidemment s’interroger sur la pertinence de tels efforts – notre homme se lève chaque jour entre 5 heure et 6 heure du matin pour pouvoir se consacrer à son blog, avant d’aller travailler pour son employeur, y compris durant le weekend – ­afin de s’extraire le plus vite possible du monde du travail. Cela paraît d’autant plus étonnant que l’auteur indique s’épanouir pleinement dans son activité professionnelle, avec des revenus confortables, combinés à ceux de son épouse. Pourquoi est-il donc si pressé d’en finir ? En fait, ce que revendique notre frugaliste, c’est la liberté ! Non pas pour passer sur ses journées sur une plage, mais pour se lancer dans des projets personnels, genre lancer une boîte ou voyager.

Scènes de la vie quotidienne au sein d’un couple de frugalistes

Même si l’on a dépassé depuis longtemps le cap de la quarantaine, mais qu’on a encore quelques années à tirer avant la retraite, ce livre peut s’avérer utile. Il fourmille en effet d’une multitude d’informations et de stratégies qui peuvent aider à réduire ses dépenses et à optimiser ses revenus. Et à réfléchir sur ses objectifs de vie. Mais ce n’est pas le seul intérêt de cet ouvrage. Il constitue en effet le témoignage d’une conversion au frugalisme, avec un storytelling efficace. Le passage où le nouvel adepte ­– Marc Pittet – explique comment il réussit au bout du compte à convaincre sa moitié des bienfaits de son nouveau credo s’avère particulièrement croustillant. On imagine mal en effet un couple survivre à une telle expérience si l’objectif n’est pas partagé…

Un frugalisme poussé à l’extrême

On comprend d’autant mieux les tensions qui ont pu émerger entre les époux sur cette nouvelle manière de vivre que Marc Pittet n’est pas du genre à faire les choses à moitié ! En véritable geek – on n’est pas informaticien pour rien… –, l’auteur-blogueur traque systématiquement toute dépense qui lui paraît inutile par rapport à son modèle de vie. Par exemple de se couper lui-même les cheveux très courts, avec une tondeuse ou encore de préparer la veille son déjeuner du lendemain à emporter sur son lieu de travail pour économiser les coûts du restaurant. Pourquoi pas, mais cela fait moyennement envie…

 

*Libre à 40 ans en Suisse – Les étapes de A-Z pour arrêter de travailler à 40 ans, à la façon suisse, par Marc Pittet, Editions GA, 2020. Achetable uniquement sur le site de l’auteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Bourse (presque) toujours gagnante… à long terme

Alors que d’aucuns s’inquiètent sans doute à juste titre de la fièvre spéculative qui s’exprime sur les grands marchés financiers, à commencer par la Bourse américaine, il est bon de prendre un peu de recul. Surtout depuis le printemps dernier où la chute des marchés des actions a été suivie par un très fort rebond, permettant aux investisseurs de terminer l’année sur un résultat nettement positif.

Stratégie (trop) simple

Avec une telle réaction des marchés, on pourrait presque croire qu’en serrant les dents à chaque effondrement des cours, on n’aurait qu’à attendre quelques semaines pour que les prix remontent. En profitant au passage pour faire son marché lorsque les cours touchent leur fond. C’est une stratégie simple, sans doute un peu simpliste…

Performance sur le long terme

Pour s’en convaincre, on consultera avec profit l’actualisation de la fameuse étude de Pictet Wealth Management, qui compare la performance des actions et des obligations suisses entre 1926 et 2020. Ce marché est évidemment particulier puisqu’il est dominé par Nestlé et les grandes pharma, soit Novartis et Roche. Mais c’est justement son intérêt puisqu’il s’agit de firmes multinationales dont le comportement boursier est fortement influencé par le cours de leurs grandes concurrentes sur les grandes places boursières à l’échelle mondiale.

Les Bourses peuvent baisser durablement

Cette étude met ainsi en évidence la surperformance en valeur réelle des actions par rapport aux obligations sur toute la période, comme on le voit dans le graphique ci-dessus, dans une représentation logarithmique. Mais, 94 ans, c’est très long… C’est pourquoi il faut examiner ces données de plus près. Car, contrairement à une idée reçue par le grand public, habitué à la hausse quasi continue des marchés depuis une dizaine d’années, les Bourses peuvent accuser durablement des pertes, à l’instar du marché suisse.

Tranches de cinq ans

Ainsi comme l’écrivent les analystes de Pictet : « (…) sur 5 ans, le marché actions suisse a connu plusieurs périodes de placement ayant généré des pertes. Sur 10 ans, les périodes de pertes ont été nettement moins nombreuses. Notre analyse des rendements historiques montre que sur des périodes de placement supérieures à 13 ans, les actions suisses n’ont enregistré aucune perte au cours des 95 dernières années (krach de 1929 excepté). »

Tout peut arriver

Ces statistiques peuvent s’avérer rassurantes même si elle rappelle que tout peut arriver sur des marchés, surtout si on tient compte du krach de 1929, et que le passé n’est pas forcément pas un bon indicateur. Car si le comportement humain reste fondamentalement le même, la technologie rebat les cartes, tant dans l’organisation et le fonctionnement des marchés financiers – on pense notamment au trading à haute fréquence – que dans les valeurs traitées en Bourse.

Facteurs personnels à prendre en compte

Toutefois, dans l’incapacité de prévoir l’avenir, on peut tout de même imaginer que les échanges vont rester très volatils, avec des mouvements de plus ou moins grande ampleur, pouvant s’étaler sur plusieurs années. Dans cette perspective, l’investisseur doit prendre en compte la durée de placement minimale qui lui permet de limiter le risque lié aux fluctuations des marchés des actions. Sans oublier de s’assurer qu’il est effectivement doté d’une résistance nerveuse et psychologique pour faire face à la baisse parfois brutale et de longue durée des marchés.

Obligations à la peine

Ces recommandations traditionnelles et pétries de bon sens peinent sans doute à convaincre ceux qui ne jurent plus que par la Bourse et de sa performance mirobolante au cours de la dernière décennie. D’autant plus alors que les obligations de la Confédération à 10 ans n’ont rapporté que 0,55% en 2020. Et il n’y a pas grand-chose à espérer du côté de ce type d’instruments – censés limiter le risque lié aux actions – qui sont grevés de taux négatifs depuis 2016. ­Comme le décrivent les analystes de Pictet, « la seule possibilité de rendements positifs pour les obligations helvétiques réside dans une nouvelle baisse des taux, avec à la clé une hausse des cours de nature à surcompenser le coupon négatif ». De quoi encourager les acquéreurs de nouvelles obligations qui devraient payer encore plus pour avoir le privilège de prêter leur argent !

 

 

 

fg

Les statistiques, indispensables, mais à manier avec des pincettes !

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article paru aujourd’hui dans ce journal de ma consœur Sylvie Logean sur les dégâts causés par le Covid-19 en termes de mortalité et de ses séquelles pour une partie des personnes qui en avaient réchappé. Je ne suis pas scientifique mais cela changeait des propos de café du commerce entendus trop souvent dans de nombreux médias.

Éduquer le grand public ?

Selon certains intervenants sur la place publique, il serait judicieux que la population acquière des bases minimales en matière de santé publique de manière à mieux saisir les enjeux en cas de crise sanitaire, notamment en cas de pandémie. C’est vrai. Mais je me demande si ce n’est pas un vœu pieux. Car on pourrait également donner ce conseil dans une multitude d’autres domaines. Par exemple, à chaque débat sur la prévoyance – dont je suis plus familier –, nombre de spécialistes déplorent la mauvaise connaissance du public d’un système qui joue pourtant un rôle crucial dans leurs conditions de vie, en particulier à la retraite. Et il en va de même en matière environnementale, permettant d’aller au-delà de slogans et d’approches manquant souvent de pragmatisme.

Un peu d’arithmétique pour les nuls

Ce n’est donc pas demain qu’une majorité de la population pourra jongler avec les concepts nécessaires pour relever au mieux ces défis à venir dans ces multiples domaines. En revanche, il serait tout de même nécessaire que les professionnels des médias ­– et tous ceux qui prennent la parole – maîtrisent un peu mieux les bases de leur arithmétique. Par exemple, que n’a-t-on entendu ou lu ces derniers jours que le variant anglais du Covid-19 serait quarante à septante fois plus contagieux que celui qui nous fait souffrir depuis une année, alors qu’on nous parle de 40% à 70% de plus. Pour rappel, 40% équivalent à 0,4, soit 100 fois moins que 40 !

Cela dit, une contagiosité accrue de 40 à 70% est énorme – si j’ai bien compris – et fait notablement augmenter le fameux R, le taux de reproduction de l’épidémie. Ce qui justifie d’autant plus le resserrage de vis du Conseil fédéral avant que ce variant, ou d’autres, viennent provoquer une désastreuse troisième vague.

Un peu d’économie

Pour justifier ce billet dans la case « Économie », je me sens un peu obligé d’ajouter une petite touche purement économique à mon propos… Cela tombe bien car les statistiques sont omniprésentes dans ce domaine. À cet égard, on peut mettre en évidence la publication des taux de croissance trimestriels du PIB américain au 2e trimestre de l’année dernière, avec un plongeon de plus de 30%. Soit près de trois ou quatre fois plus que la plupart des autres économies développées. Puis le rebond au 3e trimestre fut presque aussi fort, avec quasiment le même écart avec les autres économies. Comme ces chiffres étaient généralement comparés sans nuance, on aurait pu les attribuer à une particularité de l’économie américaine. En fait, ces comparaisons s’avèrent trompeuses, car la méthode de calcul est très différente ! Entrons un peu dans le détail.

Comment le taux de croissance trimestriel américain est-il calculé ?

Pour la plupart des pays développés, comme c’est le cas en Suisse, le taux de croissance trimestriel mis en avant, et repris par les médias, résulte de la comparaison entre deux trimestres consécutifs. Mais on procède également à la comparaison avec le niveau du PIB du trimestre correspondant de l’année précédente. On parle alors de taux de croissance en glissement annuel, et le FMI de variation annuelle.

Mais. de leur côté, les Etats-Unis et le Canada privilégient la présentation d’un autre taux de croissance trimestriel, basé sur deux trimestres consécutifs pour les ramener sur une base annuelle. On peut ainsi extrapoler le taux de croissance trimestriel annualisé en multipliant le taux trimestriel par quatre.

Distorsion de la réalité en cas de choc extérieur

Pour illustrer ce mode de calcul, la Banque du Canada propose l’exemple suivant : « Si le PIB augmente de 0,1 % du 2e trimestre au 3e trimestre, le taux de croissance trimestriel annualisé du PIB au 3e trimestre est de 0,4 %. » Pour justifier cette approche, elle poursuit : « Cette mesure, souvent reprise par les médias pour mieux percevoir le rythme instantané de la croissance, donne une approximation mathématique de ce que serait la croissance annuelle si la croissance trimestrielle se maintenait au même niveau. » Ce qui n’est certainement pas le cas lorsqu’un choc extérieur se produit, amplifiant son effet sur le plan statistique, comme cela s’est produit tant aux Etats-Unis qu’au Canada, À cet égard, on lira avec intérêt le billet proposé par Jean-Pierre Furlong, un économiste québecois, qui se montre très critique sur ce choix.

Lire ou relire Daniel Kahneman

Si cela peut rassurer tous ceux qui peinent avec les statistiques de quelque ordre que ce soit, on peut leur conseiller de se (re)plonger dans cette véritable bible de l’économie comportementale que constitue l’ouvrage de Daniel Kahneman, intitulé « Système 1 – Système 2, Les deux vitesses de la pensée » (1). Le prix Nobel d’Economie 2002, spécialiste de psychologie cognitive et l’un des fondateurs de l’économie comportementale rapporte ainsi une anecdote savoureuse. Ainsi, dans le cadre d’une conférence de la Société américaine de psychologie mathématique qui s’était tenue au début des années 70, un groupe de participants de haut niveau avaient rempli un questionnaire lié à la taille des échantillons.

Même les statisticiens sont parfois des « idiots » en statistiques

Daniel Kahneman, qui avouait faire des erreurs systématiques en sous-estimant le rôle de la chance en choisissant des échantillons trop petits explique, en faisant référence à son alter ego Amos Tversky, l’autre pionnier de l’économie comportementale : « Amos et moi avons donc entrepris de voir si j’étais un idiot isolé, ou si j’étais le représentant d’une majorité d’idiots, en analysant si des chercheurs choisis pour leur expertise mathématique pouvaient commettre les mêmes erreurs. (…) Les résultats ne laissaient pas de place au doute : je n’étais pas le seul être idiot. Chacune des erreurs que j’avais commises se retrouvait chez un grand nombre de nos participants. Il était évident que même les spécialistes ne prêtaient pas une attention suffisante à la taille des échantillons. » Enfin, autre lecture obligée pour tous ceux qui cherchent à se réconcilier avec les statistiques, on conseillera l’excellent et très accessible ouvrage de Nicolas Gauvrit « Statistiques – méfiez-vous  ! » (2).

(1) “Système 1 – Système 2, les deux vitesses de la pensée”, par Daniel Kahneman, Flammarion, 2012

(2) “Statistiques : méfiez vous !”, par Nicolas Gauvrit, Ellipses poche, 2014

 

Calculer ses impôts sur les successions en quelques clics

Comme chaque fin d’année, tout conseiller financier qui se respecte viendra vous rappeler qu’il est particulièrement judicieux de procéder à des versements dans le cadre du 3e pilier lié, pour profiter de leur déduction fiscale. Comme je l’ai fait l’an dernier à la même époque. Je ne vais donc pas me répéter et renvoie les lecteurs/rices intéressé(e)s à ce billet.

Mise à jour efficace

En revanche, ce serait dommage de passer à côté d’une récente innovation dans le domaine fiscal que je viens de découvrir. Il s’agit de la mise à jour du simulateur de l’impôt sur le revenu et la fortune de l’Administration fédérale des contributions (AFC) qui vaut le détour. En effet, ce nouvel outil est non seulement beaucoup plus convivial que son prédécesseur, mais il élargit également son champ d’action à quatre domaines différents. Ainsi, l’AFC propose en outre un très efficace calculateur d’impôt sur les successions et les donations, un autre pour obtenir l’impôt sur le versement en capital de la prévoyance et enfin un simulateur d’impôt sur le bénéfice et le capital.

Un outil précieux pour le particulier

Dans une perspective de finances personnelles, le calculateur de l’impôt sur les successions et les donations constitue une grande avancée par rapport à l’offre officielle qui prévalait jusqu’à présent. En effet, à part le calculateur de la compagnie d’assurances Axa, seuls deux cantons en Suisse romande, Vaud et Berne, proposaient de tels outils à leurs contribuables. Dans le canton de Genève, par exemple, on a bien accès aux barèmes fiscaux, mais le calcul lui-même doit être effectué par le contribuable. Avec tous les risques d’erreur que cela comporte.

Vue d’ensemble

L’un des avantages du nouveau simulateur, c’est qu’il donne la liste complète des bénéficiaires potentiels avec leur taux d’imposition respectif. On notera que le calculateur distingue également les taux appliqués aux concubin(e)s selon la durée de la vie commune jusqu’au décès, comme c’est le cas notamment à Neuchâtel (5 ans) ou à Fribourg (10 ans). Le canton de Genève de son côté ne marque aucune différence à cet égard. Seul petit bémol, dans la version francophone, le statut de « Concubin(e) » est indiqué comme « Conjoint(e) ou concubin(e) ». Manifestement, il y a une petite erreur à corriger !

Statistiques de charges fiscales

On signalera par ailleurs de nouveaux outils proposés par l’AFC plutôt destinés aux professionnels dans ce domaine et aux médias, réunis dans la page Statistique de charge fiscale. Cette palette de simulateurs fiscaux permet notamment de comparer immédiatement des cas standardisés de ménages selon leur revenu ou fortune dans toutes les communes de Suisse. Pour ceux qui sont tentés par exemple de changer de domicile pour réduire leur charge fiscale, c’est l’instrument idéal pour savoir où aller s’installer selon ce critère.

 

 

 

Retour sur la première vague pour combattre la deuxième

 

L’actualité sanitaire n’ayant laissé qu’un bref répit entre la première vague de Covid-19 en Suisse et la deuxième, on aura à peine eu le temps de digérer l’ouvrage au titre prémonitoire de « La première vague* » sur les effets dévastateurs de ce virus au printemps. Cette enquête remarquable, réalisé par la cellule enquête Tamedia, met en scène certains des acteurs-clés à la pointe de ce combat en Suisse, dont évidemment Alain Berset et Daniel Koch, mais aussi ces héros et héroïnes anonymes qui ont contribué à sauver la situation.

Tirer les leçons de la première vague

On aurait sans doute envie de passer à autre chose plutôt que de ressasser ces moments difficiles. Paradoxalement, avec la résurgence de la pandémie sous nos latitudes, c’est une lecture qui permet de replacer les décisions prises dans leur contexte et de prendre du recul par rapport à la stratégie actuelle. Notamment pour mieux comprendre la répartition fluctuante des compétences entre le Conseil fédéral et les cantons.

Rassemblements de moins de 1’000 personnes

À cet égard, l’ouvrage de mes confrères de Tamedia est particulièrement édifiant, lorsqu’ils évoquent la décision prise à fin février d’interdire les rassemblements de plus de 1’000 personnes, la Suisse étant l’une des premières à faire un tel choix. Décision peu appréciée au niveau des cantons « au point que même les ministres de la Santé de différents cantons n’ont pas voulu la soutenir ». Alors que, toujours selon les auteurs, cela a « probablement sauvé des centaines voire des milliers de vies ».

Manque de réaction

Malheureusement, critiquent les auteurs, le gouvernement n’aurait pas toujours agi avec la même célérité à partir de là. Ainsi, « la Suisse a certes graduellement augmenté l’intensité des mesures, mais elle a laissé dix longs jours s’écouler avant de se résoudre à ordonner les restrictions les plus fortes, avec le semi-confinement ».

Quoi faire maintenant ?

Par comparaison avec l’Autriche, qui avait pris des mesures plus tôt, et qui avait donc pu se déconfiner plus rapidement que les autres, le bilan est moins favorable : « Si la Suisse avait agi de la sorte, il y aurait probablement eu moins de morts, et le préjudice économique aurait été moindre, avec un confinement moins long. » Cette dernière affirmation peut inquiéter. Si l’on observe les décisions drastiques qui viennent d’être prises chez certains de nos voisins, on peut se demander si l’on n’est pas en train de répéter cette erreur. Pas facile d’être ministre de la Santé par les temps qui courent !

*La première vague – Enquête au coeur de la crise du coronavirus en Suisse,, Cellule enquête Tamedia, Slatkine, 2020

Bonnes et mauvaises nouvelles sur le front du 2e pilier

La société de conseil PPCmetrics publie aujourd’hui sa sixième étude*sur les caisses de pension qui s’avère rassurante sur l’état de santé de nos institutions de prévoyance. En effet, il ressort que la rémunération des assurés actifs a atteint 2,53% en 2019, soit le plus haut niveau de cette dernière décennie. Quant à l’année en cours, après la chute initiale des marchés, les performances des placements se sont redressées, au point qu’au 28 septembre les degrés (ou taux) de couverture sont proches de leurs niveaux de fin 2019. Ces chiffres sont d’autant plus représentatifs que l’enquête est basée sur les rapports annuels audités de 289 institutions de prévoyance, représentant une fortune de prévoyance de 730 milliards de francs et plus de 3,4 millions d’assurés.

Taux de conversion toujours trop élevé

Malheureusement, même si l’on a besoin de nouvelles réjouissantes en ces temps de crise économico-sanitaire, on ne peut se voiler la face. Ainsi, en continuant à décortiquer le résumé du rapport très technique des experts de PPCmetrics, on comprend que le niveau du taux de conversion reste toujours nettement trop élevé selon l’espérance de vie des rentiers et des rendements futurs attendus. C’est un phénomène qui perdure depuis plusieurs années : la rémunération des capitaux des rentiers (le taux d’intérêt technique) a une nouvelle fois été nettement supérieure à celle des capitaux de prévoyance des assurés actifs (taux d’intérêt crédité). En d’autres termes, les actifs subventionnent les rentiers, hypothéquant les prestations des futurs retraités.

Maintien de l’écart

De manière chiffrée, « compte tenu des taux à fin 2019, le taux de conversion économiquement neutre s’élève à 3,57%. » indique la société de conseils. Or le taux moyen actuel se monte à 5,56% ! Cette problématique n’est évidemment pas nouvelle, mais ne s’améliore pas puisque si le taux moyen de conversion était de 5,75% l’an dernier, le taux économiquement neutre atteignait 3,83% ! On est évidemment très loin du taux de conversion du régime obligatoire fixé à 6,8 !

Stratégies de placement

En l’absence de réformes d’envergure dans la prévoyance professionnelle, il sera difficile de contrecarrer la poursuite de la baisse du taux de conversion pour les caisses enveloppantes. A moins que les marchés des actions continuent à flamber au cours de ces prochaines années pour combler ces lacunes. Mais, après plus de dix ans de hausse quasi-ininterrompue, portés par des politiques monétaires plus qu’accomodantes, les grandes bourses mondiales pourraient connaître un retour de manivelle, et sur la longue durée. Ce que nous enseigne l’Histoire, même si les événements ne s’enchaînent jamais à l’identique. Car, comme le dit le dicton boursier, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel !

 

 

 

 

Comment la prévoyance peut-elle s’adapter aux changements technologiques ?

Bruno Parnisari, directeur suppléant de l’OFAS

Faut-il que la jeune génération descende dans la rue pour conspuer les aînés qui ne leur laisseraient plus que des miettes pour leurs futures retraites ? C’est un peu la question que posait mon confrère Alain Jeannet ce matin dans le premier débat – très feutré – consacré à la prévoyance aux deux spécialistes invités, Virginie Raisson, fondatrice du laboratoire d’études prospectives et d’analyses, et Bruno Parnisari, directeur suppléant de l’OFAS. Cet événement était diffusé uniquement en ligne sur le site de ce journal.

Vieillissement de la population

Dans leurs réponses, les deux experts s’accordaient sur l’impact négatif du vieillissement de la population sur les assurances sociales, sans compter l’effet de court à moyen terme de la pandémie, qui fragilise notre système d’assurances sociales. Toutefois, le directeur suppléant de l’OFAS, se voulait plus optimiste, en mettant notamment en avant le potentiel du marché des actions pour redonner plus de poids au 3e cotisant afin de compenser la faiblesse des rendements des titres à taux fixes.

Transmission aux nouvelles générations

Par ailleurs, ce même spécialiste relativisait quelque peu le préjudice subi par les jeunes générations puisqu’elles bénéficient également des grandes avancées en matière technologique dues à leurs prédécesseurs. L’argument est parfaitement recevable, mais aurait sans doute été battu en brèche si la manifestation avait eu lieu en public. En effet, l’héritage n’est malheureusement pas constitué que d’actifs, mais de passifs lourds à porter, notamment sous la forme d’une quantité astronomique de CO2 !

Taxer les robots ?

Par ailleurs, puisque la discussion portait sur la pérennité de notre système de prévoyance pour les prochaines décennies, on peut regretter que l’impact de l’évolution de notre modèle de production, qui pourrait conduire à la destruction massive d’emplois actuels pour être remplacés par des systèmes entièrement robotisés, n’ait même pas été évoqué. Il faudrait peut-être imposer les robots ! C’est en fait une proposition tout à fait sérieuse, puisque l’un de nos plus éminents fiscalistes, le professeur Xavier Oberson, lui a même consacré un ouvrage (1). Mais on aura sans doute l’occasion d’en reparler au cours de ces prochaines années.

(1) Taxing Robots, Helping the Economy to Adapt to the Use of Artificial Intelligence (Londres, Elgar Publishing, May 2019).