Guide pour s’y retrouver dans le labyrinthe des assurances sociales

Il est aujourd’hui facile de trouver toutes les données de base sur notre système d’assurances sociales, en consultant le site du Centre d’information AVS/AI, ainsi que celui de l’OFAS, dont les explications se complètent et se chevauchent souvent. Mais ces recherches peuvent parfois s’avérer un peu longues si l’on veut obtenir immédiatement une réponse précise. Il faut par exemple télécharger les mémentos du Centre d’Information de l’AVS/AI, qui sont très bien faits et très détaillés. Peut-être trop lorsqu’on est un peu pressé…

Onze assurances sociales

Dans cette perspective, on peut saluer la publication d’un petit guide des assurances sociales* (132 pages) par la Fédération des Entreprises Romandes. Cet ouvrage traite ainsi chacune des onze assurances sociales touchant au monde du travail en autant de chapitres distincts, selon la même systématique. C’est ainsi que quatre questions sont posées pour chaque assurance, à savoir : Qui est assuré ? Quel est l’objet de l’assurance ? Quelles sont les prestations d’assurance ? Comment l’assurance est-elle financée ?

Illustrations de Pierre Wasem

Le procédé est simple mais s’avère efficace, d’autant plus que le texte est plutôt fluide. On peut ainsi très rapidement se rafraîchir la mémoire et comparer les réponses aux quatre questions de base. À cet égard, c’est un document qui s’avère utile, même si l’on peut regretter une mise en page sévère. Heureusement que les illustrations humoristiques de Pierre Wasem viennent rafraîchir des propos, par définition, un peu arides.

*Guide pratique des assurances sociales, Roxane Zappella et Ignace Jeannerat, Collection 98 Saint-Jean, Fédération des Entreprises Romandes, Genève, 2021

En vente sur le site de la FER Genève

 

 

Quelle sera l’économie fiscale d’un rachat dans ma caisse de pension ?

Chaque assuré sait en principe que le rachat d’années dans son institution de prévoyance – quand c’est possible – permet de réduire le montant de son impôt sur le revenu. En effet, le montant investi dans la caisse est entièrement déductible.

Calculateurs d’impôt sur le revenu

Naguère, on n’avait guère le choix pour obtenir le montant de cette économie fiscale sans passer par un professionnel. Puis on a commencé à disposer de simulateurs d’impôt sur le revenu librement disponibles, notamment du côté des administrations cantonales, ou de celui de la Confédération. Ce dernier, qui est très convivial, permet de calculer l’impôt global, soit fédéral, cantonal et communal. L’opération doit se dérouler en deux étapes : on doit introduire les données concernant son domicile, son état civil, son nombre d’enfants et sa religion, ainsi que celles qui permettent de définir son revenu imposable pour obtenir l’impôt total dû. Puis, on doit retrancher de ce revenu imposable le montant du rachat, permettant ainsi de calculer l’impôt ainsi réduit. La différence constitue l’économie fiscale liée au rachat.

Nouveau calculateur en libre accès

On peut évidemment toujours procéder de la sorte. Mais, pour se simplifier la vie, on aura avantage à utiliser à un calculateur récemment mis en ligne et en libre accès, permettant d’obtenir directement le montant de l’économie fiscale. Ce calculateur, c’est celui de la société Logismata qu’on peut découvrir sur le site de la banque Migros.

Rachat de 100’000 francs

Prenons un exemple pratique mais simplifié. On suppose que l’assuré fait un rachat de 100’000 francs, qu’il est marié, sans enfants à charge, domicilié à Genève, réformé, et que le couple dégage un revenu imposable tant au niveau fédéral que cantonal de 150’000 francs. Le calculateur nous indique que l’économie fiscale s’élève à 32’094 francs, c’est-à-dire qu’en fait le rachat de 100’000 ne coûte en réalité que 67’906 francs (= 100’000 – 32’094).

Étaler les rachats pour optimiser ses économies fiscales

Ce gain fiscal s’avère déjà très intéressant. Mais on peut améliorer ce résultat en fractionnant le rachat sur plusieurs exercices. Car cela permettra au bout du compte de réduire la facture fiscale. Pourquoi ? En raison de la progressivité de l’impôt. En d’autres termes, le taux d’imposition augmente par tranche de revenus, pour atteindre le montant maximum pour la dernière tranche, qu’on appelle d’ailleurs pour cette raison taux marginal d’imposition. Ainsi, en étalant les rachats sur plusieurs années, on réduit à chaque fois la part du revenu la plus fortement imposée.

Comparatif

Pour illustrer ce phénomène, reprenons l’exemple précédent, en procédant cette fois à des rachats de 20’000 francs sur cinq ans, au lieu d’un rachat unique de 100’000 francs. Pour ce montant, l’économie fiscale est alors de 7’508 francs par rachat, correspondant à un taux marginal d’imposition de 38% (= 7’508 / 20’000), soit nettement supérieur à celui du rachat unique de 100’000 francs, à 32,1% (= 32’094 / 100’000) Au total, l’étalement des rachats va logiquement dégager une économie fiscale plus élevée que celle qui est produite par le rachat unique, à 37’540 francs (= 7’508 x 5). L’assuré va donc pouvoir engranger un surplus d’économies fiscales de 5’446 francs (= 7’508 x 5 – 32’094).

Animation

On peut représenter cette alternative avec l’animation suivante, en commençant par le rachat unique de 100’000 francs, comparé à l’étalement sur cinq ans.

 

Par ailleurs, pour les lecteurs qui n’auraient pas encore jeté un œil sur le calculateur dont j’ai indiqué le lien, ils auront la bonne surprise de constater que l’on peut directement calculer le total des économies fiscales si l’on étale les rachats, jusqu’à 10 ans.

Autres calculateurs

Efin, pour être complet, il faudrait également calculer le retrait éventuel du montant racheté, y compris l’intérêt crédité, à l’arrivée à l’âge de la retraite. Pour y parvenir en quelques clics, on trouvera deux adresses que j’ai sélectionnées à la section «Calculateurs» que l’on trouve sur mon site, où j’ai listé les simulateurs suisses (en français) qui me semblent les plus efficaces actuellement par domaine, tels le 2e pilier, le 3e pilier lié, la fiscalité, la planification financière, etc.

 

 

 

 

 

Ne pas confondre inflation conjoncturelle et structurelle !  

Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique de Pictet Wealth Management

Alors que les pronostics d’inflation se multiplient dans les médias, ce phénomène est en réalité mal compris, comme s’en faisait l’écho Christophe Donay, le stratège en chef, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique de Pictet Wealth Management, dans le cadre du Webinaire Horizon 2021 sur la stratégie de placement sur dix ans qui s’est tenue la semaine dernière. L’économiste souligne la nécessité de distinguer les facteurs à l’origine de l’inflation, selon qu’elle est conjoncturelle ou structurelle. Mais avant d’aller plus avant dans cette analyse, voyons quelles sont les prévisions de la banque privée.

Prévisions d’inflation

Le redémarrage de l’inflation ne serait pas à l’ordre du jour. En revanche, sur le long terme, le risque de sa remontée n’est pas à écarter. Pictet table ainsi sur un risque augmenté d’une inflation au cours de la prochaine décennie, mais qui reste parfaitement sous contrôle, comme dans la zone euro, où le rythme de hausse des prix n’atteindrait que 1,7% par an, contre 1,2% pour la période pré-Covid, comme on le voit dans le graphique ci-dessous. En Suisse, on atteindrait péniblement 1,2%, contre 1,7% pour les États-Unis. Quant aux économies en forte croissance attendue, comme celle de la Chine et de l’Inde, elles devraient logiquement connaître les taux d’inflation les plus élevés.

 

Inflation conjoncturelle ou structurelle ?

Ces prévisions présentées, examinons de plus près le cadre conceptuel auquel recourent les analystes de chez Pictet, et cette distinction entre l’inflation dite conjoncturelle et structurelle, dont on peut découvrir les facteurs respectifs sur le schéma ci-dessous.

 

Facteurs cycliques

Cette présentation quelque peu succincte nécessite des explications que j’ai demandées à Christophe Donay dans le cadre d’une interview réalisée à la suite du Webinaire. Mon interlocuteur a ainsi commencé par me détailler les facteurs cycliques à l’origine de l’inflation conjoncturelle marquant la période actuelle, en s’attaquant tout d’abord au facteur de la poursuite des politiques budgétaires très lâches : « Aux États-Unis, cela s’est traduit par le versement de chèques directement aux ménages tandis que l’Europe a recouru massivement au chômage partiel. Parallèlement, du fait de la multiplication de goulets d’étranglement dans les chaînes de production à l’échelle, l’offre s’est mécaniquement réduite. Ainsi, la demande est restée relativement haute alors que l’offre n’arrivait plus à suivre. Ce déséquilibre est par construction de nature inflationniste. »

Inflation exportée par la Chine

Autre facteur conjoncturel d’inflation, la forte hausse des matières premières et des semi-conducteurs, déjà largement commentées dans les médias. On n’y reviendra donc pas. En revanche, le dernier facteur figurant dans le schéma, l’inflation exportée par la Chine, mérite qu’on s’y attarde : « On a observé une forte hausse des indices de prix industriels en Chine, entre 8 et 10% sur un rythme annuel. Or cette augmentation entraîne le relèvement du prix des biens intermédiaires en Chine, biens qui sont eux-mêmes exportés. Comme ce gonflement des prix est lié aux phénomènes qu’on vient de décrire de rupture dans les chaînes de production et d’augmentation des matières premières et des semi-conducteurs, l’inflation qui en résulte s’avère typiquement cyclique. »

Facteurs structurels

Si l’on se tourne maintenant du côté des facteurs à l’origine de l’inflation structurelle, commençons par la fin de la division internationale du travail dans les pays émergents. Mais pourquoi est-ce de nature inflationniste ? : « Un changement du modèle économique dans les pays émergents est en train de se produire, en particulier en Chine. Cette dernière a bâti sa croissance économique sur les exportations, en bénéficiant de deux facteurs compétitifs, à savoir un taux de change particulièrement avantageux et un coût du travail très bas. Mais au fil du temps et du gonflement de la production chinoise, les marchés étrangers ne suffisent plus à garantir le maintien de la croissance à un rythme élevé. La Chine doit donc basculer vers une économie moins centrée sur les exportations pour s’appuyer sur la demande intérieure. Pour y parvenir, poursuit notre interlocuteur, il y a deux leviers : le premier consiste à augmenter les salaires, tandis que le second revient à faire diminuer le taux d’épargne, qui est particulièrement élevé en Chine – 50% au niveau global et 30% pour les ménages –, afin de transformer cette épargne en consommation. Pour atteindre ce dernier objectif, il faut faire baisser l’épargne de précaution, en mettant en place des systèmes de retraite et de sécurité sociale tout en assurant la visibilité sur la croissance des salaires des employés chinois. »

Augmentation des coûts de production

Cette politique va se traduire par une augmentation des coûts de production : « Si les entreprises peuvent répercuter tout ou partie de ce relèvement de leurs charges salariales sur leurs prix de vente, on est face à un mécanisme inflationniste lié à des changements structurels qui se propagent dans le temps et qui durent, contrairement à l’inflation d’origine conjoncturelle qu’on a déjà évoquée provenant du géant asiatique. D’où la projection d’un taux d’inflation chinois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui ou ce qu’il a été dans le passé. »

Nouvelle vague d’innovations

Autre source d’inflation structurelle répertoriée par notre interlocuteur, la nouvelle vague d’innovations, qui seraient davantage inflationnistes. Mais pourquoi donc ? À cette question, le stratège de chez Pictet affirme : « Elles donneront plus de pouvoir aux entreprises de répercuter toute hausse des coûts de production que pour les innovations passées. Prenons l’exemple des énergies alternatives, et en particulier de l’utilisation de l’hydrogène. Pour rentabiliser cette nouvelle industrie, il faut investir massivement. Dans un premier temps, le niveau des prix est fixé à un niveau très élevé avant que l’effet de la standardisation l’emporte, induisant leur baisse. Mais ce mouvement devrait s’étaler dans le temps, avant que les nouvelles énergies ne se développent à large échelle. »

Rareté des ressources

De manière concomitante avec cette nouvelle vague d’innovations, les ressources disponibles pourraient s’avérer plus rares : « Par exemple, le besoin exponentiel de microprocesseurs suppose que la production de certains de ses composants comme les terres rares – bien nommées… – puissent suivre le rythme. Or on a déjà des tensions actuellement. »

Raréfaction des employés

Toujours liée à la vague d’innovations, la raréfaction des employés constitue une autre source d’inflation structurelle : « Ce phénomène s’explique tout à la fois par le vieillissement démographique et par demande d’expertise technique de plus en plus forte au fur et à mesure que les innovations technologiques se propagent, de nature à induire des tensions salariales grandissantes. »

Retour du gouvernement omniprésent

L’économiste mentionne également le rôle de l’État dirigiste ou centralisateur. En quoi serait-ce inflationniste ? Pour répondre à cette question, notre interlocuteur précise sa pensée : « C’est ce que j’appelle le retour du gouvernement omniprésent. On peut le prendre sous différents angles. Les gouvernements, de manière légitime, doivent s’intéresser aux externalités. On peut en citer deux : les inégalités et le changement climatique. Pour s’occuper de ces externalités et les réguler, il faut les internaliser dans le système économique. En d’autres termes, alors que les externalités sont par définition gratuites, il faut créer des frictions en leur donnant un prix. Et ce prix constitue évidemment un coût supplémentaire. Prenons par exemple la taxe carbone : c’est un coût supplémentaire tant pour les constructeurs automobiles que pour les acquéreurs de ces véhicules, non seulement à l’achat que lors du plein à la pompe. On crée ainsi un phénomène de pression à la hausse sur les marges des entreprises et, quand ces dernières peuvent répercuter ces augmentations de coût dans les prix de vente, cela devient inflationniste de manière structurelle. »

Impact sur l’allocation d’actifs

Cette inflation cyclique à un niveau un peu plus élevé qu’au cours des dernières années et le risque d’inflation structurelle supérieure à celle qu’elle n’a été depuis 40 ans a conduit Pictet à un ajustement dans sa grille d’allocation d’actifs stratégique. En effet, explique Christophe Donay : « Il faut s’attendre à une performance insuffisante de la stratégie basée sur des portefeuilles construits selon la répartition traditionnelle 60/40 – 60% d’obligations, 40% d’obligations. C’est la raison pour laquelle, nous sommes passés à une allocation reposant sur le principe de fonds de dotation (endowment), c’est-à-dire de portefeuilles composés à parts égales d’obligations, d’actions et d’investissements alternatifs, à la performance attendue supérieure. L’avantage de ce type d’allocation d’actifs stratégique est d’encapsuler le risque d’inflation en raison de l’intégration d’actifs réels dans le portefeuille. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment optimiser fiscalement sa retraite échelonnée

Je rebondis sur l’article de ma consœur Julie Eigenmann paru ce jour dans le journal qui héberge ce blog, consacré à la retraite partielle. En effet, je pense qu’il serait intéressant d’aborder l’aspect financier de ce type d’opération sous un angle un peu plus technique, car il recèle de substantiels avantages à exploiter. C’est d’autant plus important que cette solution a un coût, même s’il est moins élevé que dans le cas d’une retraite anticipée à 100%.

Cotisations AVS

Si l’on compare avec le départ anticipé complet, on constate un premier avantage au niveau de l’AVS : en effet, chacun ou chacune doit continuer à payer ses cotisations jusqu’à l’âge légal de la retraite, soit respectivement 65 ans et 64 ans, que l’on soit encore en activité ou non. Les personnes ayant quitté prématurément le monde du travail devront payer des cotisations AVS selon le barème de personne sans activité lucrative.

Cotisations sur le salaire disparu

Du côté de la prévoyance professionnelle, tout va dépendre le règlement de la caisse de pension. Ainsi, comme le prescrit l’article 33a de la LPP, « L’institution de prévoyance peut prévoir dans son règlement la possibilité, pour les assurés ayant atteint l’âge de 58 ans et dont le salaire diminue de la moitié au plus, de demander le maintien de leur prévoyance au niveau du dernier gain assuré. » En d’autres termes, l’assuré pourrait continuer à améliorer sa prévoyance au même rythme qu’auparavant, tout en pouvant engranger les économies fiscales correspondantes. Elles seraient toutefois inférieures pour un même montant de cotisations, puisque le revenu imposable diminue.

Mais, attention, l’employeur n’est pas obligé de verser de cotisations sur la part amputée du salaire. Il faut donc avoir les moyens de verser ces cotisations supplémentaires, y compris la part patronale, alors qu’on a vu simultanément son revenu diminuer. Enfin, cette opportunité concerne également les rachats, qui pourraient ainsi être effectués sur des lacunes calculées par rapport à l’ancien salaire.

Fiscalité des prestations du 2e pilier

Il est un point important à souligner : la cotisation sur une partie de salaire virtuel est rendue impossible si le salarié demande le versement de rentes et/ou d’un capital correspondant à la diminution de son activité. Sur le plan fiscal, le versement de rentes de son 2e pilier s’avère très simple, puisqu’elles s’ajoutent au revenu imposable pour être prises en compte à 100%. En revanche, le versement partiel du capital est fiscalement plus avantageux, puisque l’impôt est progressif, et que le fractionnement des retraits réduit le montant total de l’impôt. La pratique pour imposer ce type d’opération est quasiment identique dans tous les cantons romands, comme j’avais pu le constater lors d’une enquête réalisée en 2020 auprès des différentes administrations fiscales cantonales. Ces dernières se basent sur un cas d’application (A.1.3.8) de l’ouvrage « Prévoyance et impôts », de la Conférence suisse des impôts, publié aux Editions Cosmos.

Conditions

Ainsi, pour bénéficier d’une imposition sur des montants fractionnés en cas de retraite échelonnée, et donc à des taux inférieurs, cette institution en fixe les conditions : « Il doit s’agir d’une réduction du degré d’activité déterminante et durable ; le salaire doit être réduit en conséquence ; le prélèvement des prestations de vieillesse doit s’effectuer en proportion de la réduction du degré de l’activité ; la retraite partielle et ses conditions doivent être ancrées dans le règlement de prévoyance. » Et pour mettre les points sur les i, et mettre en garde contre toute tentative d’évasion fiscale, les auteurs précisent : « Une retraite partielle qui conduit uniquement à un retrait échelonné de prestations en capital est considérée comme abusive en matière fiscale. Dans cette optique, deux prélèvements sous forme de capital sont dans l’ensemble admis. »

3e pilier lié

Enfin, le 3e pilier lié est également affecté par la poursuite de l’activité lucrative, en bénéficiant toujours d’un montant déductible maximal de 6’883 francs par année (en 2021), pour un salarié ou un indépendant affilié à une caisse de pension. En cas de retraite anticipée à 100%, le préretraité n’aurait plus eu la possibilité d’avoir accès à des produits bénéficiant de ces avantages fiscaux.

 

 

 

 

 

Faut-il être paranoïaque pour démasquer les escrocs?

Dans les grandes escroqueries, on est souvent étonné de la naïveté dont font preuve les victimes, surtout lorsqu’elles sont elles-mêmes des spécialistes du terrain de jeu sur lequel s’activent les malfrats. C’est ce qu’on découvre dans l’excellent ouvrage* de Christian Chavagneux consacré aux plus belles histoires de l’escroquerie. Outre sa fonction d’éditorialiste au mensuel Alternatives Economiques, l’auteur est chroniqueur à France Inter et sur BFM Business, où l’on peut assister à ses joutes oratoires dans La librairie de l’éco avec son alter ego libéral, l’économiste Jean-Marc Daniel, sur les nouveautés en matière de publications économiques. Il est également l’auteur de différents ouvrages, dont Une brève histoire des crises financières : des tulipes aux subprimes et Les paradis fiscaux.

Vaste panorama

Christian Chavagneux fait preuve d’ambition puisqu’il remonte à l’Antiquité, pour revenir progressivement aux affaires plus récentes, en passant notamment par l’affaire du collier de la reine (Marie-Antoinette), Thérèse Humbert et son fabuleux héritage, Ivar Kreuger, qui a siphonné l’épargne mondiale, Charles Ponzi et sa pyramide éponyme , Michele Sindona, banquier de la mafia et du Vatican, pour terminer sur l’affaire Madoff, dont le protagoniste, Bernie Madoff, vient de décéder en prison.

Clarté et humour

L’une des grandes qualités de cet ouvrage, c’est la clarté des mécanismes utilisés et la fluidité du récit, saupoudré d’une bonne dose d’humour et parsemé de portraits hauts en couleur tant des escrocs que de leurs victimes. Mais comment tombe-t-on dans les filets des arnaqueurs ? : Réponse de l’auteur : « Nous disposons toutes et tous de caractéristiques psychologiques qui nous rendent vulnérables aux techniques de l’arnaque : le goût pour les histoires, des illusions cognitives et, pour les plus aisés, qui sont les premières victimes, une morale élastique. Cependant, tout le monde ne se fait pas plumer. Il faut avoir de la malchance de croiser sur sa route des pervers narcissiques dont la pathologie s’exprime par la fraude ».

L’affaire Madoff

Pour aller un peu plus loin sur cette problématique, qui est d’autant plus intéressante qu’on a plus de chances – statistiquement parlant – d’être un pigeon qu’un escroc, on peut lire avec intérêt le dernier livre** du journaliste et essayiste Malcolm Gladwell, consacré à la capacité de chacun à savoir décrypter rapidement un inconnu. L’auteur revient notamment sur l’affaire Madoff et en particulier sur le lanceur d’alerte Harry Markopolos. Comme on s’en souvient peut-être, c’est l’analyste financier qui avait dévoilé le pot aux roses et dénoncé la pyramide de Ponzi à la SEC dès 2000, soit bien avant que l’arnaque ne soit découverte en fin 2008.

La fraude mise à jour très tardivement

Lorsqu’on lit les déclarations de Markopolos sur la manière dont il avait compris de quoi il retournait, on comprend mal qu’il ait fallu attendre la crise des subprimes et ses funestes conséquences sur les marchés financiers pour que les agissements criminels de Madoff finissent par être découverts. De toute façon, il ne pouvait plus échapper à son destin étant donné les demandes de retraits massifs de la part de ses pigeons consécutives à l’effondrement de Wall Street. La mise au jour si tardive de l’escroquerie paraît d’autant plus surprenante que les messages d’alerte s’étaient multipliés au fil des années, non seulement en raison de la régularité des performances qu’affichait Madoff, mais également par l’absence de transactions sur les marchés leur correspondant. Rappelons qu’il ne s’agissait pas d’une obscure boutique, mais d’une société d’une taille respectable et soi-disant très active dans les échanges boursiers.

Confiance implicite

Pour expliquer, au moins partiellement l’aveuglement dont ont fait preuve les personnes suffisamment informées en position d’agir, Malcom Gladwell met en avant les travaux de Tim Levine, chercheur américain en science de la communication: « (…) Nous ne comportons pas en scientifiques sensés, recueillant avec patience les éléments prouvant le caractère véridique ou mensonger d’une chose avant de parvenir à une conclusion : nous faisons l’inverse. Nous débutons par croire. Et nous arrêtons de croire seulement lorsque nos doutes ou nos craintes atteignent un seuil où nous ne pouvons plus trouver d’explications convaincantes. (…) Du fait de notre confiance implicite, les espions passent inaperçus, les criminels battent le pavé en toute liberté, et des vies sont gâchées. »

Le caractère suspicieux du lanceur d’alerte

Paradoxalement, c’est le comportement de Markopolos qui s’écarte de la norme, avec une méfiance exacerbée qui ressort dans les ouvrages des deux auteurs. Ainsi, toujours selon Tim Levine :  « Si tout le monde à Wall Street se comportait comme Harry Markopolos, il n’y aurait pas de fraude à la place boursière – mais l’air y serait si chargé de soupçons et de paranoïa qu’il n’y aurait pas non plus de Wall Street. »

Un comportement asocial

Il est vrai que le portrait du lanceur d’alerte brossé par Christian Chavagneux n’est guère flatteur sur ses qualités relationnelles, qui vont le discréditer : « Son ego surdimensionné, son caractère obsessionnel et sa paranoïa vont empêcher pendant longtemps la SEC de le prendre au sérieux. » Même son de cloche du côté de Malcom Gladwell, qui décrit par le menu les démarches particulièrement inefficaces de l’analyste pour dénoncer les agissements de l’escroc, preuves à l’appui, pour informer les différentes autorités de régulation de ses soupçons.

Paranoïa

Pour compléter le tableau, les deux auteurs décrivent l’angoisse du personnage qui craint pour sa vie après ses premières tentatives pour dénoncer l’arnaque : il dort en avec un pistolet chargé sous son oreiller, prend de multiples précautions pour protéger son domicile, change de trajet pour rentrer du bureau, ne monte dans sa voiture qu’après avoir vérifié qu’aucune bombe n’y a été placé ! La chute de Madoff ne met finalement pas fin à ses frayeurs. Il craint alors d’avoir la SEC à ses trousses, puisqu’il a mis en évidence des années d’incompétences, voire de complicité criminelle. Au point, de se terrer à domicile…

 

*Les plus belles histoires de l’escroquerie, par Christian Chavagneux, Paris, Seuil, 2020

**Quiproquo, par Malcolm Gladwell, Paris, Editions Kero, 2020

 

 

 

 

 

 

Le banquier du Reich en bande dessinée ? Une fresque historique de qualité

Hjalmar Schacht ? Parmi les accusés du procès du Nuremberg en 1946, qui se souvient de cet ancien président de la Reichsbank, finalement acquitté avec deux autres inculpés ? Mais c’est en train de changer. En effet, depuis quelques années, son rôle essentiel dans l’arrivée de Hitler au pouvoir et dans le réarmement de l’Allemagne revient en lumière, comme on a pu le voir tout récemment dans le documentaire « Les nazis et l’argent : au cœur du IIIe Reich ». Ce n’était d’ailleurs pas le premier du genre puisqu’une autre enquête avait déjà été diffusée en 2006, intitulée « L’incroyable banquier de Hitler ».

Personnage sulfureux mais très talentueux

Cette personnalité sulfureuse, hautaine et imbue d’elle-même, a également inspiré les auteurs de la bande dessinée « Le banquier du Reich* » sortie l’an dernier en deux tomes. Outre ses qualités graphiques, tant en termes de décors que de la couleur évocatrice de ces périodes troublées, le récit s’avère passionnant. Il permet de comprendre les agissements et motivations de ce banquier central de haut vol au sein du régime nazi et de ses acolytes, mais également de saisir les mécanismes financiers qui les sous-tendent. Et de rappeler qu’avant de mettre son talent exceptionnel au service du nazisme, Hjalmar Schacht était l’un des banquiers centraux les plus respectés de la planète. Il pouvait légitimement se vanter d’avoir mis fin à la fameuse hyperinflation du début des années trente, qui marque encore aujourd’hui les mémoires en Allemagne.

Un pan du nazisme mal connu

Cette bande dessinée pourrait certainement être recommandée à toute personne intéressée par l’histoire de cette période et de l’histoire économique tout court. D’autant que c’est un aspect du nazisme qui est mal connu. Cette qualité, on la doit sans doute beaucoup à Philippe Guillaume, prolixe scénariste de bandes dessinées avec son compère Pierre Boisserie, après une brillante carrière journaliste économique, notamment aux Échos. Pour parvenir à ce résultat, Philippe Guillaume a dû effectuer de nombreuses et longues recherches, en se plongeant notamment dans les deux ouvrages de mémoires publiés par l’ancien président de la Reichsbank, respectivement en 1950 et 1953. Par ailleurs, notre coscénariste s’est également penché sur la thèse de doctorat en Histoire contemporaine que lui a consacré Frédéric Clavert en 2006.

Part fictionnelle

Malgré cette rigueur historique, la construction scénaristique s’écarte d’une simple biographie pour dynamiser le récit, en introduisant une part de fiction et la création de deux personnages très présents tout au long des deux tomes. Ce qui peut parfois créer un certain malaise quant à l’authenticité du récit : on aimerait bien savoir ce qui est vrai et ce qui ressort de leur imagination. Moi en tout cas. C’est la raison pour laquelle j’ai contacté Philippe Guillaume, avec lequel j’avais eu l’occasion de collaborer dans un lointain passé pour signer conjointement l’adaptation au marché français de mon best-seller « Bourse – Guide de l’investisseur ». En passant, il ne s’agit pas d’une publicité à peine déguisée pour cet ouvrage français, intitulé « Le Guide de l’investisseur » puisqu’il est (malheureusement) épuisé depuis longtemps…

Les coulisses du scénario

Pour en revenir à la bande dessinée, Philippe Guillaume reconnaît volontiers les artifices utilisés pour mettre en scène l’histoire et lancer la narration. Ainsi, le premier tome s’ouvre sur un épisode authentique survenu en 1951, à savoir l’atterrissage inattendu à Tel Aviv de l’avion de ligne qui transportait Schacht, à la grande inquiétude de ce dernier. Finalement, il en repart sans ennui. Mais la suite relève de la pure fiction : au cours du vol, il est abordé par un agent du Mossad qui le contraint à s’expliquer sur son passé et le rôle qu’aurait joué un certain Rolf Lübke, un employé fictif de la Reichsbank, marié avec une Juive. En revanche, Philippe Guillaume m’a assuré que tous les faits évoqués dans le parcours de vie de Schacht dans le cadre de cette discussion sont soit authentiques, soit tout à fait plausibles.

« Une espèce d’anguille »

Dans cette perspective, la scène où Schacht défend Lübke – personnage fictif rappelons-le – face à Hitler, qui lui reproche d’avoir un Juif pour secrétaire, n’est pas aussi invraisemblable qu’elle puisse paraître. Elle correspond en effet au type de relation que le président de la Reichsbank entretenait avec le Führer, affirme Philippe Guillaume : « Hitler savait que Schacht avait exfiltré quelques Juifs de la Reichsbank et qu’il était franc-maçon. Il a accepté beaucoup de choses de sa part parce qu’il avait besoin de lui. C’est d’ailleurs toute l’ambivalence de Schacht : il va sauver quelques Juifs de la Reichsbank et en même temps il est l’un des rédacteurs des lois de Nuremberg ». Pour le dire de manière imagée, le coscénariste le compare à « espèce d’anguille, qu’on a beaucoup de peine à attraper ». On peut cependant affirmer que les auteurs ont bien ferré le poisson !

 

*Le banquier du Reich, tome I et II, Editions Glénat, 2020

Scénario : Pierre Boisserie & Philippe Guillaume

Dessin : Cyrille Ternon

Couleurs : Céline Labriet

 

 

 

Comment financer sa retraite anticipée… à 40 ans !

On sait que le relèvement de l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans dans le cadre du projet de réforme de l’AVS constitue l’un des risques majeurs de faire capoter cette nouvelle mouture si des compensations convenables ne sont pas accordées. Dans cette perspective, la publication d’un livre* pour expliquer comment il est possible de partir en retraite dès 40 ans a de quoi surprendre…

Gourou auto-proclamé ?

Dans un premier temps, on peut craindre l’arnaque d’un nouveau gourou autoproclamé cherchant surtout à faire fortune sur la crédulité des foules. D’autant que l’auteur, un jeune père de famille vaudois, recourt à un pseudonyme, celui de Marc Pittet. Pourtant, à y regarder de plus près, et en échangeant avec l’auteur masqué ­– comme tout le monde, au fond… –, et informaticien dans le civil, on comprend mieux sa démarche.

FIRE

Marc Pittet, qui s’approche de la mi-trentaine, s’inscrit dans le mouvement FIRE (Financial Independance / Retire Early), qui a pris naissance aux États-Unis. Mouvement plus connu sous nos latitudes sous le nom de frugalisme. Mais ce terme s’avère en fait un peu réducteur. Car, selon notre interlocuteur, qui tient le blog « Mustachian Post », entièrement consacré à cette thématique en Suisse, il ne s’agit pas d’une stratégie de privations, mais d’une consommation avisée et évidemment économe, qui rende vraiment heureux. Oubliez le dernier gadget à la mode, qui plombe le budget, mais qui n’apporte qu’un plaisir éphémère. Avec au bout des économies annuelles très substantielles pour ses vieux jours – si l’on ose dire quand la retraite débute à 40 ans !

Investissements sur les marchés financiers

Mais cette stratégie à elle seule ne suffira pas à atteindre l’objectif financier fixé. Il faut aussi agir sur ses revenus : d’une part, du côté des activités lucratives, principales et accessoires, et d’autre part, sur le placement de cette épargne de liquidités sur les marchés financiers, notamment par le moyen d’ETF. Avec en perspective un patrimoine suffisamment important pour pouvoir ne vivre que de son rendement à l’aube de la quarantaine.

Ode à la liberté

On peut évidemment s’interroger sur la pertinence de tels efforts – notre homme se lève chaque jour entre 5 heure et 6 heure du matin pour pouvoir se consacrer à son blog, avant d’aller travailler pour son employeur, y compris durant le weekend – ­afin de s’extraire le plus vite possible du monde du travail. Cela paraît d’autant plus étonnant que l’auteur indique s’épanouir pleinement dans son activité professionnelle, avec des revenus confortables, combinés à ceux de son épouse. Pourquoi est-il donc si pressé d’en finir ? En fait, ce que revendique notre frugaliste, c’est la liberté ! Non pas pour passer sur ses journées sur une plage, mais pour se lancer dans des projets personnels, genre lancer une boîte ou voyager.

Scènes de la vie quotidienne au sein d’un couple de frugalistes

Même si l’on a dépassé depuis longtemps le cap de la quarantaine, mais qu’on a encore quelques années à tirer avant la retraite, ce livre peut s’avérer utile. Il fourmille en effet d’une multitude d’informations et de stratégies qui peuvent aider à réduire ses dépenses et à optimiser ses revenus. Et à réfléchir sur ses objectifs de vie. Mais ce n’est pas le seul intérêt de cet ouvrage. Il constitue en effet le témoignage d’une conversion au frugalisme, avec un storytelling efficace. Le passage où le nouvel adepte ­– Marc Pittet – explique comment il réussit au bout du compte à convaincre sa moitié des bienfaits de son nouveau credo s’avère particulièrement croustillant. On imagine mal en effet un couple survivre à une telle expérience si l’objectif n’est pas partagé…

Un frugalisme poussé à l’extrême

On comprend d’autant mieux les tensions qui ont pu émerger entre les époux sur cette nouvelle manière de vivre que Marc Pittet n’est pas du genre à faire les choses à moitié ! En véritable geek – on n’est pas informaticien pour rien… –, l’auteur-blogueur traque systématiquement toute dépense qui lui paraît inutile par rapport à son modèle de vie. Par exemple de se couper lui-même les cheveux très courts, avec une tondeuse ou encore de préparer la veille son déjeuner du lendemain à emporter sur son lieu de travail pour économiser les coûts du restaurant. Pourquoi pas, mais cela fait moyennement envie…

 

*Libre à 40 ans en Suisse – Les étapes de A-Z pour arrêter de travailler à 40 ans, à la façon suisse, par Marc Pittet, Editions GA, 2020. Achetable uniquement sur le site de l’auteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Bourse (presque) toujours gagnante… à long terme

Alors que d’aucuns s’inquiètent sans doute à juste titre de la fièvre spéculative qui s’exprime sur les grands marchés financiers, à commencer par la Bourse américaine, il est bon de prendre un peu de recul. Surtout depuis le printemps dernier où la chute des marchés des actions a été suivie par un très fort rebond, permettant aux investisseurs de terminer l’année sur un résultat nettement positif.

Stratégie (trop) simple

Avec une telle réaction des marchés, on pourrait presque croire qu’en serrant les dents à chaque effondrement des cours, on n’aurait qu’à attendre quelques semaines pour que les prix remontent. En profitant au passage pour faire son marché lorsque les cours touchent leur fond. C’est une stratégie simple, sans doute un peu simpliste…

Performance sur le long terme

Pour s’en convaincre, on consultera avec profit l’actualisation de la fameuse étude de Pictet Wealth Management, qui compare la performance des actions et des obligations suisses entre 1926 et 2020. Ce marché est évidemment particulier puisqu’il est dominé par Nestlé et les grandes pharma, soit Novartis et Roche. Mais c’est justement son intérêt puisqu’il s’agit de firmes multinationales dont le comportement boursier est fortement influencé par le cours de leurs grandes concurrentes sur les grandes places boursières à l’échelle mondiale.

Les Bourses peuvent baisser durablement

Cette étude met ainsi en évidence la surperformance en valeur réelle des actions par rapport aux obligations sur toute la période, comme on le voit dans le graphique ci-dessus, dans une représentation logarithmique. Mais, 94 ans, c’est très long… C’est pourquoi il faut examiner ces données de plus près. Car, contrairement à une idée reçue par le grand public, habitué à la hausse quasi continue des marchés depuis une dizaine d’années, les Bourses peuvent accuser durablement des pertes, à l’instar du marché suisse.

Tranches de cinq ans

Ainsi comme l’écrivent les analystes de Pictet : « (…) sur 5 ans, le marché actions suisse a connu plusieurs périodes de placement ayant généré des pertes. Sur 10 ans, les périodes de pertes ont été nettement moins nombreuses. Notre analyse des rendements historiques montre que sur des périodes de placement supérieures à 13 ans, les actions suisses n’ont enregistré aucune perte au cours des 95 dernières années (krach de 1929 excepté). »

Tout peut arriver

Ces statistiques peuvent s’avérer rassurantes même si elle rappelle que tout peut arriver sur des marchés, surtout si on tient compte du krach de 1929, et que le passé n’est pas forcément pas un bon indicateur. Car si le comportement humain reste fondamentalement le même, la technologie rebat les cartes, tant dans l’organisation et le fonctionnement des marchés financiers – on pense notamment au trading à haute fréquence – que dans les valeurs traitées en Bourse.

Facteurs personnels à prendre en compte

Toutefois, dans l’incapacité de prévoir l’avenir, on peut tout de même imaginer que les échanges vont rester très volatils, avec des mouvements de plus ou moins grande ampleur, pouvant s’étaler sur plusieurs années. Dans cette perspective, l’investisseur doit prendre en compte la durée de placement minimale qui lui permet de limiter le risque lié aux fluctuations des marchés des actions. Sans oublier de s’assurer qu’il est effectivement doté d’une résistance nerveuse et psychologique pour faire face à la baisse parfois brutale et de longue durée des marchés.

Obligations à la peine

Ces recommandations traditionnelles et pétries de bon sens peinent sans doute à convaincre ceux qui ne jurent plus que par la Bourse et de sa performance mirobolante au cours de la dernière décennie. D’autant plus alors que les obligations de la Confédération à 10 ans n’ont rapporté que 0,55% en 2020. Et il n’y a pas grand-chose à espérer du côté de ce type d’instruments – censés limiter le risque lié aux actions – qui sont grevés de taux négatifs depuis 2016. ­Comme le décrivent les analystes de Pictet, « la seule possibilité de rendements positifs pour les obligations helvétiques réside dans une nouvelle baisse des taux, avec à la clé une hausse des cours de nature à surcompenser le coupon négatif ». De quoi encourager les acquéreurs de nouvelles obligations qui devraient payer encore plus pour avoir le privilège de prêter leur argent !

 

 

 

fg

Les statistiques, indispensables, mais à manier avec des pincettes !

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article paru aujourd’hui dans ce journal de ma consœur Sylvie Logean sur les dégâts causés par le Covid-19 en termes de mortalité et de ses séquelles pour une partie des personnes qui en avaient réchappé. Je ne suis pas scientifique mais cela changeait des propos de café du commerce entendus trop souvent dans de nombreux médias.

Éduquer le grand public ?

Selon certains intervenants sur la place publique, il serait judicieux que la population acquière des bases minimales en matière de santé publique de manière à mieux saisir les enjeux en cas de crise sanitaire, notamment en cas de pandémie. C’est vrai. Mais je me demande si ce n’est pas un vœu pieux. Car on pourrait également donner ce conseil dans une multitude d’autres domaines. Par exemple, à chaque débat sur la prévoyance – dont je suis plus familier –, nombre de spécialistes déplorent la mauvaise connaissance du public d’un système qui joue pourtant un rôle crucial dans leurs conditions de vie, en particulier à la retraite. Et il en va de même en matière environnementale, permettant d’aller au-delà de slogans et d’approches manquant souvent de pragmatisme.

Un peu d’arithmétique pour les nuls

Ce n’est donc pas demain qu’une majorité de la population pourra jongler avec les concepts nécessaires pour relever au mieux ces défis à venir dans ces multiples domaines. En revanche, il serait tout de même nécessaire que les professionnels des médias ­– et tous ceux qui prennent la parole – maîtrisent un peu mieux les bases de leur arithmétique. Par exemple, que n’a-t-on entendu ou lu ces derniers jours que le variant anglais du Covid-19 serait quarante à septante fois plus contagieux que celui qui nous fait souffrir depuis une année, alors qu’on nous parle de 40% à 70% de plus. Pour rappel, 40% équivalent à 0,4, soit 100 fois moins que 40 !

Cela dit, une contagiosité accrue de 40 à 70% est énorme – si j’ai bien compris – et fait notablement augmenter le fameux R, le taux de reproduction de l’épidémie. Ce qui justifie d’autant plus le resserrage de vis du Conseil fédéral avant que ce variant, ou d’autres, viennent provoquer une désastreuse troisième vague.

Un peu d’économie

Pour justifier ce billet dans la case « Économie », je me sens un peu obligé d’ajouter une petite touche purement économique à mon propos… Cela tombe bien car les statistiques sont omniprésentes dans ce domaine. À cet égard, on peut mettre en évidence la publication des taux de croissance trimestriels du PIB américain au 2e trimestre de l’année dernière, avec un plongeon de plus de 30%. Soit près de trois ou quatre fois plus que la plupart des autres économies développées. Puis le rebond au 3e trimestre fut presque aussi fort, avec quasiment le même écart avec les autres économies. Comme ces chiffres étaient généralement comparés sans nuance, on aurait pu les attribuer à une particularité de l’économie américaine. En fait, ces comparaisons s’avèrent trompeuses, car la méthode de calcul est très différente ! Entrons un peu dans le détail.

Comment le taux de croissance trimestriel américain est-il calculé ?

Pour la plupart des pays développés, comme c’est le cas en Suisse, le taux de croissance trimestriel mis en avant, et repris par les médias, résulte de la comparaison entre deux trimestres consécutifs. Mais on procède également à la comparaison avec le niveau du PIB du trimestre correspondant de l’année précédente. On parle alors de taux de croissance en glissement annuel, et le FMI de variation annuelle.

Mais. de leur côté, les Etats-Unis et le Canada privilégient la présentation d’un autre taux de croissance trimestriel, basé sur deux trimestres consécutifs pour les ramener sur une base annuelle. On peut ainsi extrapoler le taux de croissance trimestriel annualisé en multipliant le taux trimestriel par quatre.

Distorsion de la réalité en cas de choc extérieur

Pour illustrer ce mode de calcul, la Banque du Canada propose l’exemple suivant : « Si le PIB augmente de 0,1 % du 2e trimestre au 3e trimestre, le taux de croissance trimestriel annualisé du PIB au 3e trimestre est de 0,4 %. » Pour justifier cette approche, elle poursuit : « Cette mesure, souvent reprise par les médias pour mieux percevoir le rythme instantané de la croissance, donne une approximation mathématique de ce que serait la croissance annuelle si la croissance trimestrielle se maintenait au même niveau. » Ce qui n’est certainement pas le cas lorsqu’un choc extérieur se produit, amplifiant son effet sur le plan statistique, comme cela s’est produit tant aux Etats-Unis qu’au Canada, À cet égard, on lira avec intérêt le billet proposé par Jean-Pierre Furlong, un économiste québecois, qui se montre très critique sur ce choix.

Lire ou relire Daniel Kahneman

Si cela peut rassurer tous ceux qui peinent avec les statistiques de quelque ordre que ce soit, on peut leur conseiller de se (re)plonger dans cette véritable bible de l’économie comportementale que constitue l’ouvrage de Daniel Kahneman, intitulé « Système 1 – Système 2, Les deux vitesses de la pensée » (1). Le prix Nobel d’Economie 2002, spécialiste de psychologie cognitive et l’un des fondateurs de l’économie comportementale rapporte ainsi une anecdote savoureuse. Ainsi, dans le cadre d’une conférence de la Société américaine de psychologie mathématique qui s’était tenue au début des années 70, un groupe de participants de haut niveau avaient rempli un questionnaire lié à la taille des échantillons.

Même les statisticiens sont parfois des « idiots » en statistiques

Daniel Kahneman, qui avouait faire des erreurs systématiques en sous-estimant le rôle de la chance en choisissant des échantillons trop petits explique, en faisant référence à son alter ego Amos Tversky, l’autre pionnier de l’économie comportementale : « Amos et moi avons donc entrepris de voir si j’étais un idiot isolé, ou si j’étais le représentant d’une majorité d’idiots, en analysant si des chercheurs choisis pour leur expertise mathématique pouvaient commettre les mêmes erreurs. (…) Les résultats ne laissaient pas de place au doute : je n’étais pas le seul être idiot. Chacune des erreurs que j’avais commises se retrouvait chez un grand nombre de nos participants. Il était évident que même les spécialistes ne prêtaient pas une attention suffisante à la taille des échantillons. » Enfin, autre lecture obligée pour tous ceux qui cherchent à se réconcilier avec les statistiques, on conseillera l’excellent et très accessible ouvrage de Nicolas Gauvrit « Statistiques – méfiez-vous  ! » (2).

(1) “Système 1 – Système 2, les deux vitesses de la pensée”, par Daniel Kahneman, Flammarion, 2012

(2) “Statistiques : méfiez vous !”, par Nicolas Gauvrit, Ellipses poche, 2014

 

Calculer ses impôts sur les successions en quelques clics

Comme chaque fin d’année, tout conseiller financier qui se respecte viendra vous rappeler qu’il est particulièrement judicieux de procéder à des versements dans le cadre du 3e pilier lié, pour profiter de leur déduction fiscale. Comme je l’ai fait l’an dernier à la même époque. Je ne vais donc pas me répéter et renvoie les lecteurs/rices intéressé(e)s à ce billet.

Mise à jour efficace

En revanche, ce serait dommage de passer à côté d’une récente innovation dans le domaine fiscal que je viens de découvrir. Il s’agit de la mise à jour du simulateur de l’impôt sur le revenu et la fortune de l’Administration fédérale des contributions (AFC) qui vaut le détour. En effet, ce nouvel outil est non seulement beaucoup plus convivial que son prédécesseur, mais il élargit également son champ d’action à quatre domaines différents. Ainsi, l’AFC propose en outre un très efficace calculateur d’impôt sur les successions et les donations, un autre pour obtenir l’impôt sur le versement en capital de la prévoyance et enfin un simulateur d’impôt sur le bénéfice et le capital.

Un outil précieux pour le particulier

Dans une perspective de finances personnelles, le calculateur de l’impôt sur les successions et les donations constitue une grande avancée par rapport à l’offre officielle qui prévalait jusqu’à présent. En effet, à part le calculateur de la compagnie d’assurances Axa, seuls deux cantons en Suisse romande, Vaud et Berne, proposaient de tels outils à leurs contribuables. Dans le canton de Genève, par exemple, on a bien accès aux barèmes fiscaux, mais le calcul lui-même doit être effectué par le contribuable. Avec tous les risques d’erreur que cela comporte.

Vue d’ensemble

L’un des avantages du nouveau simulateur, c’est qu’il donne la liste complète des bénéficiaires potentiels avec leur taux d’imposition respectif. On notera que le calculateur distingue également les taux appliqués aux concubin(e)s selon la durée de la vie commune jusqu’au décès, comme c’est le cas notamment à Neuchâtel (5 ans) ou à Fribourg (10 ans). Le canton de Genève de son côté ne marque aucune différence à cet égard. Seul petit bémol, dans la version francophone, le statut de « Concubin(e) » est indiqué comme « Conjoint(e) ou concubin(e) ». Manifestement, il y a une petite erreur à corriger !

Statistiques de charges fiscales

On signalera par ailleurs de nouveaux outils proposés par l’AFC plutôt destinés aux professionnels dans ce domaine et aux médias, réunis dans la page Statistique de charge fiscale. Cette palette de simulateurs fiscaux permet notamment de comparer immédiatement des cas standardisés de ménages selon leur revenu ou fortune dans toutes les communes de Suisse. Pour ceux qui sont tentés par exemple de changer de domicile pour réduire leur charge fiscale, c’est l’instrument idéal pour savoir où aller s’installer selon ce critère.