L’économie comportementale racontée par l’un de ses créateurs

 

 

Deux ans avant de recevoir le prix Nobel d’Économie, en 2017, Richard Thaler, professeur à l’Université de Chicago, publiait un ouvrage extraordinaire, dans tous les sens du terme. Il y relatait en effet son cheminement pour faire émerger les concepts qui lui ont valu la prestigieuse récompense et qui constituent aujourd’hui les piliers de l’économie comportementale. Son livre est d’autant plus passionnant qu’il est rédigé dans un style alerte, très pédagogique et bourré d’anecdotes, souvent savoureuses. Il aura fallu trois ans pour que cet ouvrage fabuleux soit enfin traduit, sous le titre Misbehaving, Les découvertes de l’économie comportementale*.

La doxa économique des années 70

Le livre montre le caractère très dogmatique de la pensée économique dominante dans les universités il y a une quarantaine d’années. L’hypothèse de base était constituée par le principe de la rationalité des agents économiques, censés agir en principe dans leur propre intérêt et prenant toujours la meilleure décision. C’est le fameux homo economicus, ou, comme les appelle Richard Thaler, les Econos. Ces Econos sont évidemment très utiles pour construire des modèles économiques, sauf qu’ils ne correspondent pas à la réalité de notre humanité.

Les marchés efficients

L’auteur raconte le scepticisme et l’hostilité auxquels il a dû faire face et le combat qu’il a fallu mener pour faire reconnaître l’intérêt de cette approche, qui repose pourtant sur l’application d’une psychologie expérimentale et l’étude concrète des marchés. C’est d’autant plus frappant quand il relate les arguments qu’on lui oppose pour mettre en pièce les résultats de ses travaux. Par exemple, lorsqu’il conteste, preuves à l’appui, la validité de la théorie des marchés efficients, qui postule, rappelons-le, que le cours boursier de chaque titre reflète toujours et complètement tout l’information disponible qui lui est liée et est donc égal à sa valeur fondamentale. La partie était d’autant plus rude que même le krach de 1987, qui avait vu le Dow Jones s’effondrer de 22 % en une seule journée sans qu’aucune nouvelle déterminante ne le justifie, n’avait guère ébranlé les partisans de cette théorie.

Daniel Kahneman et Amos Tversky

L’auteur raconte son étroite collaboration, et son amitié, avec Daniel Kahneman et Amos Tversky, les deux géants de la psychologie sociale, auxquels il rend hommage. Ces deux chercheurs sont considérés aussi comme les pères fondateurs de l’économie comportementale. Daniel Kahneman a d’ailleurs reçu également le prix Nobel d’Économie en 2002. On lira avec grand intérêt le livre** de Michael Lewis, toujours aussi talentueux, qui retrace la vie de ces deux hommes qui ont formé une équipe exceptionnellement créative, jusqu’au décès de Tversky en 1996. On rappellera que cet auteur a notamment écrit Le big short sur la crise des subprimes, dont a été tiré le fameux film (dans lequel Richard Thaler fait une brève apparition !).

Nudge

Richard Thaler avait déjà acquis une notoriété allant bien au-delà des cercle académiques ou financiers en publiant avec Cass Sunstein, un juriste de renommée internationale, le best-seller Nudge, en 2008, traduit en français en 2010 sous le titre Nudge – La méthode douce pour inspirer la bonne décision. Il s’agit de coups de pouce pour faire pencher la balance du bon côté, en contrecarrant les décisions apparemment judicieuses, mais qui vont à l’encontre de nos propres intérêts.

 

*Misbehaving – Les découvertes de l’économie comportementale, par Richard Thaler, Éditions du Seuil, 2018, Paris

**The Undoing project – A friendship that changed our minds, par Michael Lewis, Norton & Company, 2017, New York

***Nudge – La méthode douce pour inspirer la bonne décision, Richard Thaler & Cass Sunstein, Vuibert, 2010, Paris

 

Et si l’on refusait de vous verser vos rentes AVS ?

Retraité du Kosovo privé de rentes AVS (Source : Temps Présent)

C’est avec stupéfaction que j’ai découvert l’excellent reportage d’Artidë Shabani et de Laurent Nègre, intitulé Suisse-Kosovo, le dur retour des retraités, dans l’émission Temps Présent de jeudi dernier. On y découvrait que des travailleurs retraités du Kosovo qui avaient cotisé pendant de longues années à l’AVS n’avaient finalement droit à aucune rente et se retrouvaient ainsi en proie à de graves difficultés financières.

Pas de convention, pas de rentes !

Petit retour en arrière pour comprendre cette situation ubuesque. En fait, contrairement aux citoyens suisses, les ressortissants étrangers qui quittent notre pays n’ont droit aux versements de leurs rentes AVS-AI et autres prestations du premier pilier, que s’ils sont citoyens d’un pays qui a signé une convention de sécurité sociale avec la Suisse. Or une telle convention existait avec le Kosovo jusqu’en 2010, année où elle a été suspendue. Décision motivée par quelques cas d’abus et par une situation administrative compliquée dans l’Etat nouveau-né. Donc, plus de convention, plus de versement de rentes !

Remboursement des cotisations ?

A priori, cette suspension ne paraît pas trop grave dans la mesure où ces assurés peuvent demander le remboursement des cotisations payées. Mais ce serait oublier le caractère fortement redistributif de l’AVS : ces travailleurs du Kosovo, venus effectuer les travaux les plus pénibles dans notre pays, auraient dû bénéficier de rentes AVS et AI élevées par rapport au montant de leurs cotisations. Si l’on prend une espérance de vie moyenne, ces retraités sont donc les grands perdants de cette décision administrative. C’est d’autant plus cruel que ces personnes ne coûtaient déjà pas tellement chers à la Suisse puisque malgré leurs maigres ressources, ils n’émargeaient pas aux prestations complémentaires, réservés aux personnes résidant en Suisse.

Rentes perdues ?

Finalement, comme on l’apprend à la fin du reportage, une nouvelle convention de sécurité sociale a été signée en juin 2018 entre les deux pays. Mais il faudra attendre la ratification par les deux parlements respectifs pour qu’elle entre en vigueur. Procédure qui peut prendre encore une année et demie. Tout est bien qui finit bien ? Pas tout à fait ! En effet, que deviennent les rentes qui n’auront pas été versées pendant 10 ans ? À cette question posée par notre consœur à un responsable de l’administration fédérale, la réponse est limpide : l’argent va rester dans les caisses de l’AVS ! En effet, puisqu’il n’y avait aucune convention, aucune rente n’est due pour cette période.

Punition collective

Légalement, la position de l’administration est sans doute imparable. Mais, sur le plan humain, c’est révoltant. Car on pénalise collectivement un groupe de personnes qui ne portent aucune responsabilité dans cette affaire. Qu’auraient-ils pu faire ? On sait qu’il est nécessaire d’assainir l’AVS, mais pas de cette manière !

Capital ou rentes ? Ne pas oublier la question successorale !

Credit Suisse a présenté hier une étude sur le 2e pilier dont la presse s’est aujourd’hui largement fait l’écho. Sa thématique porte sur la question fondamentale de savoir comment se décider pour la rente ou sur le retrait du capital en arrivant à la retraite.

Il n’y a évidemment pas de conclusion définitive à en attendre, sinon la question ne prêterait plus à discussion. Mais l’étude constitue une mine d’informations pour mieux cerner les conséquences financières de l’alternative, en mettant notamment l’accent sur les taux de conversion et sur le taux d’imposition appliqué sur le retrait du capital dans chaque canton. Certains observateurs estiment d’ailleurs que cet impôt constitue l’un des facteurs explicatifs des différences cantonales dans le choix de retirer ou non son capital, totalement ou partiellement.

Cependant, on se doit de compléter le tableau en faisant entrer la problématique successorale dans l’équation. Dans certains cas, ce facteur va prendre le pas sur les questions de taux de conversion et et autres taux d’imposition. Prenons par exemple la situation d’une veuve qui a eu deux enfants, aujourd’hui adultes, et qui arrive à la retraite. Elle a accumulé un solide capital de 2e pilier. Son désir est de privilégier la transmission de son patrimoine à ses enfants si elle décédait de manière prématurée. Si elle choisit les rentes, aucun capital ne sera en principe versé à ses héritiers. Elle a donc tout avantage à retirer ce capital pour le transformer soit en rentes viagères privées avec restitution du capital en cas de décès, soit à le faire gérer, pour le consommer progressivement.

 

Les banques créent-elles de la monnaie à partir de rien ?

 

Il y a encore quelques mois, il était difficile d’imaginer que l’initiative Monnaie pleine, soumise à votation le 10 juin, puisse susciter des débats aussi vifs que ceux auxquels on a assisté mercredi dernier lors de la dernière émission d’Infrarouge. On rappellera que l’idée de base est d’empêcher les banques de faire de la création monétaire en accordant des crédits. La tension était d’autant plus forte qu’au-delà de l’initiative elle-même, les participants ne parvenaient pas à s’entendre sur le fonctionnement de notre système monétaire. Ainsi, Jean-Pierre Heim, le coordinateur romand du comité d’initiative, affirmait que les banques faisaient de la création monétaire à partir de rien, par un simple jeu d’écriture. Affirmation suscitant la réaction outrée de Michel Juvet, associé de la banque Bordier, qui mettait notamment en avant les contraintes législatives imposées aux banques, tel le ratio de liquidité, de fonds propres ou de levier.

Les crédits font les dépôts

Essayons d’y voir plus clair. Dans ce but, on peut se tourner vers le site très pédagogique de La finance pour tous* semblant donner raison aux partisans de l’initiative : «En accordant un crédit, la banque crédite du même montant le compte de dépôt de l’emprunteur. Elle réalise pour cela une simple écriture comptable. La banque vient de créer de la monnaie.(…) Une fois crédité sur son compte, l’emprunteur pourra l’utiliser pour payer ses fournisseurs ou le bien qu’il souhaite acheter grâce au crédit. On dit alors que “les crédits font les dépôts”.»

 Les banques font de la transformation

Mais cette écriture comptable n’est que la partie émergée de l’iceberg, car la banque doit pouvoir face à ses engagements, en faisant de la gestion actif-passif : «Les dépôts collectés par les banques sont liquides à court terme, alors que les prêts qu’elles accordent sont à plus long terme et illiquides. On dit que les banques font de la transformation. Comme une banque doit faire face à ses engagements, elle doit gérer cette asymétrie entre l’actif et le passif de son bilan en ayant continuellement les ressources suffisantes pour faire face aux décaissements sur les dépôts de ses clients. S’ajoutent les risques pris sur les crédits qui peuvent se traduire en pertes sèches, correspondant au montant du capital non remboursé, beaucoup plus important que les bénéfices d’un emprunt non remboursé.»

Les dépôts et les fonds propres font les crédits

Les banques peuvent-elles prêter sans limites ? Réponse : «La Banque centrale va limiter le volume de crédits afin de tenir ses objectifs de stabilité des prix mais aussi de stabilité du système financier. Pour maîtriser l’inflation, la Banque centrale va réguler indirectement la quantité de monnaie en circulation dans l’économie en agissant sur les taux directeurs qui sont les taux auxquels les banques peuvent venir se refinancer. (…) La Banque centrale va aussi utiliser le levier réglementaire mais davantage pour garantir la pérennité du système bancaire. Elle va ainsi fixer les règles de prudence. En particulier, les banques doivent détenir un montant de fonds propres proportionnel aux risques des crédits accordés. La création monétaire des banques doit donc s’accompagner d’un renforcement de leur capital. Elles doivent aussi détenir un montant minimum dans un compte à la Banque Centrale qui est proportionnel aux dépôts. C’est pour cette raison, que l’on peut aussi dire que “les dépôts font les crédits”. On peut même ajouter depuis que la réglementation internationale s’est attachée à amener les banques à renforcer leurs fonds propres que “les dépôts et les fonds propres font les crédits”.»

Système pas infaillible

 Si l’on suit ce raisonnement, on est obligé de rejeter l’idée que la création monétaire par les banques repose sur du vent ! Ce qui n’empêche pas les dérapages de temps à autre car le système n’est pas infaillible. Mais c’est là une autre question.

*La finance pour tous est L’Institut pour l’Éducation Financière du Public (IEFP) est une association d’intérêt général indépendante, soutenue par la Banque de France, l’Autorité des Marchés Financiers, la Fédération Bancaire Française, ainsi que de grands établissements financiers.

 

La face cachée des Gafa

 

Alors qu’il ne reste plus que trois jours avant l’entrée en vigueur de la RGPD dans l’Union européenne, autrement dit le Règlement sur la Protection des Données, on peut s’interroger sur l’impact effectif qu’il déploiera sur les Gafa. Car si Facebook fait figure d’accusé dans le scandale Cambridge Analytica, qui a obligé son patron, Mark Zuckerberg, à se présenter devant le Congrès pour s’expliquer, Apple, Amazon et Google sont également dans le collimateur des régulateurs et exposés à la méfiance croissante du grand public. Pourtant, cette image dégradée ne semble pas décourager les investisseurs. Ainsi, après le coup de mou du mois de mars, les actions de ces géants d’Internet ont nettement retrouvé de leur vigueur. Apple et Amazon battant même de nouveaux records à la hausse.

Quels modèles économiques ?

Mais au-delà de ces réactions à très court terme, comment déterminer la robustesse de leur modèle économique dans un environnement législatif plus resserré. Sans y trouver directement la réponse, on sera grandement aidé dans son analyse dans le très éclairant bouquin de Scott Galloway, «The four – le règne des quatre, La face cachée d’Amazon, Apple, Facebook et Google»*, qui est la traduction française d’un best seller du New York Times publié l’an dernier. L’auteur, professeur à la Stern School of Business de l’Université de New York, où il enseigne la stratégie de marque et le marketing digital aux étudiants de MBA, est également un serial entrepreneur à succès, avec neuf entreprises à son actif, sans oublier sa présence très active sur Youtube. Autant dire qu’il sait de quoi il parle, sans craindre la provocation, dans un style très enlevé.

Quelles stratégies ?

Dans la première partie du livre, l’auteur déconstruit la stratégie de chacun de ces cavaliers (de l’Apocalypse, comme il les appelle). Dans la deuxième partie, il identifie la «mythologie» autour de l’origine de leur avantage concurrentiel pour ensuite envisager «un nouveau modèle permettant de comprendre comment ces entreprises exploitent nos plus bas instincts dans un objectif de croissance et de rentabilité.» Il explique ensuite comment «les Quatre défendent leurs marchés à l’aide de douves analogiques : une infrastructure dans le monde réel conçue pour contrer les attaques de concurrents potentiels».

Accès quasi illimité au capital

Leur stratégie est d’autant plus efficace que «les investisseurs, en surenchérissant continuellement sur leurs actions en bourse, leur fournissent un capital et une force de frappe proche de l’infini, qui leur permettent d’attirer les personnes les plus talentueuses de la planète ou d’écraser leurs adversaires.» L’auteur attaque ensuite frontalement ces mastodontes de la technologie, en posant cette question : «Comment manipulent-ils les États ainsi que leurs concurrents pour voler la propriété intellectuelle ?» La réponse est particulièrement convaincante.

Un nouveau monde toujours plus inégalitaire

De manière plus prospective, le professeur essaie d’entrevoir l’émergence éventuelle d’un nouveau cavalier, et les chances que ce soit par exemple Netflix ou Alibaba. Enfin, après un chapitre consacré aux qualités professionnelles requises pour prospérer dans l’ère des Quatre, il consacre ses dernières pages au monde vers lequel nous emmènent les Gafa : «Nous avons le sentiment que ces grandes entreprises doivent créer énormément d’emplois, mais elles ne proposent en fait qu’un petit nombre de postes très bien payés, laissant aux autres travailleurs le soin de se battre pour les miettes. L’Amérique est en train de devenir le fief de trois millions de seigneurs régnant sur 350 millions de serfs.»

*«The four – le règne des quatre, La face cachée d’Amazon, Apple, Facebook et Google», par Scott Galloway, Éditions Quanto (Presses polytechniques et universitaires romandes), Lausanne. 2018

Échange automatique de renseignements : quid des biens immobiliers ?

L’échange automatique de renseignements, qui donnera lieu à une première transmission de données entre la Suisse et 38 autres États à l’automne 2018, donne des sueurs froides à de nombreux détenteurs de biens immobiliers non déclarés à l’étranger. La date butoir pour déclarer ses avoirs cachés à l’étranger au fisc est fixée au 30 septembre prochain pour éviter l’amende.

Comptes financiers uniquement

Pourtant, comme le répète le Département fédéral des finances dans Questions et réponses concernant l’EAR, cet accord porte exclusivement sur l’échange de renseignements relatifs aux comptes financiers, soit : «Le numéro de compte, le numéro d’identification fiscale, le nom, l’adresse et la date de naissance des contribuables résidant à l’étranger et ayant un compte dans un autre pays, tous les types de revenus de capitaux, le produit total de la vente ou du rachat d’un actif financier, ainsi que le solde du compte.» Et le DFF enfonce le clou en précisant : «Aucune information n’est échangée sur les immeubles sis à l’étranger.» Ouf ! Sauf qu’à la phrase suivante, on peut lire : «Il ne peut toutefois être exclu que, dans le cadre d’une transmission d’un compte financier et d’investigations ultérieures, l’autorité fiscale découvre l’existence d’un immeuble sis à l’étranger.»

 Risque de contrôle

Dans cette perspective, Paul Coudret met en garde les propriétaires immobiliers qui ne se seraient pas mis en règle avec le fisc. Notre interlocuteur est d’autant mieux placé pour s’exprimer sur le sujet qu’il est l’auteur – notamment ­­– du guide à succès «Comment déclarer ses impôts»(1), mis à jour pratiquement chaque année, et qui est devenu le compagnon indispensable du contribuable lambda pour remplir sans (trop) de difficulté sa déclaration d’impôts. Pour justifier sa position, ce spécialiste s’exclame : «Les administrations fiscales cantonales qui auront accès à ces données pourront aller examiner les comptes des contribuables qui les intéressent et qu’elles suspectent d’avoir un bien immobilier à l’étranger. Et si elles ont un soupçon fondé, elles pourraient faire un contrôle.»

Dénonciation spontanée

 La dénonciation spontanée permet d’éviter l’amende, mais qu’en est-il des charges supplémentaires qui seraient liées à l’annonce de la possession d’un bien immobilier à l’étranger. Le DFF indique : «Les immeubles sis à l’étranger et leur rendement ne sont pas imposés en Suisse, mais en revanche leur valeur et la valeur des rendements sont déterminantes pour la fixation des taux d’imposition». En d’autres termes, leurs valeurs locatives s’ajoutent à celles des immeubles en Suisse et vous payez tout de même plus d’impôts qu’avant, sans compter le rattrapage pour les années où l’impôt dû n’a pas été réglé. Ce qui paraît tout de même assez logique, sinon on se demanderait pourquoi de si nombreux contribuables dissimulent leurs biens immobiliers à l’étranger.

Les déductions à ne pas oublier

 Même s’il est sans doute raisonnable – voire plus honnête ­ – d’essayer de se mettre en règle avec le fisc, il est en revanche vivement conseillé de tirer parti de toutes les possibilités légales de réduire ses impôts. Ces opportunités se sont cependant réduites au fil du temps, comme le déplore Paul Coudret : «Très sournoisement, l’Administration fiscale des contributions (AFC) est en train de mettre la main sur tous les cantons. Par exemple, la quasi-totalité de ces derniers (sauf quatre des six cantons romands) l’a suivie dans la limitation des frais de transports, à 3’000 francs par an, sans parler de Genève, où le forfait est tombé au niveau ridicule de 498 francs.»

Parmi les autres déductions importantes, notre interlocuteur met en avant celles qui sont liées à la propriété immobilière : «Par gain de facilité, de nombreux propriétaires choisissent le forfait, en indiquant simplement le pourcentage de la valeur fiscale de leur bien immobilier. Alors qu’il est évidemment beaucoup plus intéressant de procéder aux déductions des frais effectifs. Mais cela demande un travail de recherche des preuves et documents nécessaires.»

L’indépendant privilégié

L’auteur du guide recommande également de profiter des déductions pour frais de repas, limités à 15 francs par jour, à raison de 200 jours par an : « C’est l’un des derniers endroits où l’on peut encore déduire quelque chose.» Cependant, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne poursuit notre interlocuteur : «Les indépendants ont encore la possibilité de déduire des frais, et c’est peut-être un statut qui permet de bénéficier d’une dernière zone de liberté fiscale.»

(1) Comment déclarer ses impôts, Édition 2018, par Paul Coudret, Bon à savoir

 

 

Déshériter ses enfants est parfois possible en Suisse

Dans la foulée de la succession controversée de Johnny Hallyday, nombre de commentateurs se sont émus du choix de déshériter ses propres enfants. Sans entrer dans la polémique, on peut s’interroger sur le droit de celui qui rédige un testament de priver l’un ou l’autre de ses héritiers légaux de sa part à la succession en Suisse. On rappellera que les enfants d’un veuf ou d’une veuve ont un droit inaliénable sur les trois quarts de la succession et aux trois huitièmes si le défunt était marié. C’est ce qu’on appelle les parts réservataires.

Infraction pénale contre le défunt

En principe, la possibilité de déshériter un enfant est très limitée, puisqu’il faut que ce dernier ait commis une infraction pénale grave contre le défunt ou l’un de ses proches pour lui retirer ce droit. En d’autres termes, il ne suffit donc pas d’être en froid avec l’un ou l’autre de ses enfants pour l’empêcher d’hériter d’une partie de ses biens.

Choix de la législation de son pays d’origine

Mais il y a une très grande exception à ce principe général : en effet, un citoyen étranger domicilié en Suisse peut demander, par testament ou pacte successoral, à être soumis à la législation de son pays d’origine. Or ce pays d’origine peut être l’Angleterre – ou un État américain comme la Californie – qui permet de déshériter complètement ses enfants ! Concrètement, un citoyen britannique établi en Suisse qui serait veuf au moment de son décès et qui n’aurait eu qu’un seul enfant pourrait ne rien lui laisser, contre une part minimale des trois quarts s’il avait choisi le droit suisse.

Les restrictions prévues dans la LDIP

Cette possibilité, inscrite dans l’article 90, alinéa 2 de la loi fédérale sur le droit international privé (LDIP), est cependant restreinte aux étrangers qui ont toujours la nationalité de l’État dont ils demandent l’application de la loi au moment de leur décès ou qui ne sont pas devenus suisses.

Limitations levées dans l’avant projet de la LDIP

Ces deux limitations ont toutefois disparu de l’avant-projet de loi visant à réviser la LDIP et qui a été mis en consultation le 14 février dernier. Ainsi, l’alinéa 2 de l’article 90 précise : «Une personne ayant une ou plusieurs nationalités étrangères peut, même si elle a la nationalité suisse, soumettre sa succession par testament ou pacte successoral au droit d’un de ses États nationaux étrangers.» Tandis que dans le nouvel alinéa 3 de ce même article, on peut lire : «Ce choix n’est pas caduc si, au moment de son décès, le disposant n’avait plus la nationalité en cause.»

Prévoyance 2020 à déficeler ?

 

Malgré un talent de communicateur exceptionnel, Alain Berset n’aura pas réussi son pari (Photo par Skefeps).

Encore raté ! Tout ce qui touche à la réforme de la prévoyance semble voué à l’échec. Même si le projet avait de multiples défauts, il avait au moins le mérite de proposer des solutions – certes compliquées et souvent discutables – pour faire face aux défis les plus pressants comme le déficit abyssal à venir de l’AVS ou encore le niveau trop élevé du taux de conversion. On pouvait également noter de belles améliorations pour la situation des femmes les moins bien loties sur le marché du travail, au point qu’une grande partie d’entre elles aurait pu continuer à partir en retraite à 64 ans aux mêmes conditions qu’auparavant, malgré l’année de plus prévue dans Prévoyance 2020.

Petits paquets législatifs

Et maintenant ? Certains, comme le politologue Andreas Ladner de l’UNIL, préconisent d’abandonner le principe de gros paquets plus ou moins bien ficelés qui ne mènent nulle part, trop complexes, et qui ne sont finalement pas suivis par le peuple. L’idée serait plutôt de saucissonner les projets pour qu’ils arrivent à passer la rampe, comme il l’expliquait cet après-midi dans le débat consacré aux résultats de la votation sur la RTS. Mais pour que cette stratégie fonctionne, il faudrait que les responsables des principaux partis s’accordent sur un programme à long terme, dans lequel ces différents mini-paquets s’inscriraient, en commençant par la question la plus importante, à savoir l’assainissement de la prévoyance. On pourrait ensuite s’occuper, poursuivait le politologue, par l’âge de la retraite.

Large soutien nécessaire

L’idée paraît séduisante pour sortir de l’impasse. Le problème, c’est que tout est lié et qu’aucune entente ne semble possible sans contreparties, comme le mettait en avant la conseillère nationale vaudoise Rebecca Ruiz, qui participait à ce débat. Par exemple, l’élévation de l’âge de la retraite des femmes ne pourrait être soutenue que par des compensations. Raison pour laquelle, précisait-elle, son parti avait accepté cette concession dans le cadre de Prévoyance 2020.

Retour à l’original ?

Dans ce même débat, un autre conseiller national vaudois Olivier Feller évoquait l’idée de revenir au plan original d’Alain Berset, où le niveau des rentes dans le 2e pilier étaient maintenu grâce à des mesures de financement dans ce même cadre juridique, sans aller chercher cette compensation tellement polémique dans le 1er pilier. Approche sans doute intéressante. Mais quels que soient les choix du Conseil fédéral et du parlement, le principe défendu par Andreas Ladner d’un large consensus pour soutenir un gros paquet législatif ou plusieurs petits paraît incontournable. La balle est donc dans le camp de nos responsables politiques afin qu’ils rebondissent rapidement, car le temps presse.

Prévoyance 2020 pour les nuls

Pour ceux qui cherchaient à comprendre le sens des mesures prises dans le cadre de Prévoyance 2020, ils sont servis ! En effet, dans la perspective de la votation populaire du 24 septembre prochain qui décidera de son avenir, l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) a produit une volumineuse documentation sur ce projet complexe disponible sur son site, en accompagnement du matériel d’explications qui sera envoyé prochainement à tous les citoyen(ne)s.

Il faut le dire sans ambages, ces documents constituent une excellente base pour comprendre la démarche et la manière dont ces changements sont censées produire leurs effets sur différentes catégories de la population, avec de multiples projections chiffrées. L’argumentaire est ainsi très clairement présenté et bien illustré.

Un système toujours plus compliqué

Mais, comme on dit, à l’impossible nul n’est tenu. Car quel que soit l’avis que l’on partage sur le contenu de cette réforme, on s’accordera sur un constat implacable : d’un système déjà extrêmement compliqué, il deviendrait encore plus inaccessible, même si l’on est quelque peu familier avec sa structure et son organisation. Il faut dire que certains des mécanismes mis en œuvre laissent perplexe, comme la compensation de la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier – système par capitalisation – de 6,8% à 6% sur quatre ans par une augmentation uniforme de la rente AVS – système par répartition – de 70 francs pour tous les nouveaux assurés et le passage de 150% à 155% de la rente maximale individuelle pour les couples.

Le lien de cause à effet paraît difficile à établir de manière nette. Surtout si l’on songe qu’une grande partie des affiliés aux caisses de pensions est également assurée dans un régime surobligatoire, donnant lieu à un taux de conversion global largement en deçà des 6% prévus pour 2022. Dans ce cas, il s’agirait donc d’une sorte de rattrapage, si l’on comprend bien.

Compensation intégrale

Pour justifier le relèvement de l’AVS sous la forme d’un montant unique (en pourcentage pour les couples), l’OFAS met également en avant la possibilité offerte à un grand nombre de femmes de partir en retraite à 64 ans, soit avec une année d’anticipation sur la loi soumise en votation, en percevant la même rente AVS qu’aujourd’hui.

À l’appui de cette affirmation, l’OFAS part d’une rente AVS mensuelle d’environ 1’700 francs, soit pour un revenu annuel moyen de 39’000 francs, qui est le niveau salarial de près de la moitié des femmes actives : «La réduction pour perception anticipée sera de 70 francs environ, de sorte que le supplément de rente AVS compensera cette baisse.» On fait confiance à nos autorités pour la justesse des chiffres.

Mais on ne peut s’empêcher de se demander si c’était vraiment très judicieux de proposer ce relèvement de l’âge de la retraite. Pourquoi prendre le risque de faire capoter l’ensemble de la réforme si l’on pouvait le compenser intégralement de manière aussi aisée pour celles qui désireraient cesser leur activité professionnelle au même âge qu’auparavant ?

Génération privilégiée

Autre point qui laisse un peu songeur, c’est la création de plusieurs catégories de rentiers. En effet, toutes les personnes déjà retraitées ne pourront bénéficier de l’amélioration de leurs rentes AVS. Cette solution ne paraît pas absurde puisqu’ils ne seront affectés par les effets de la réforme que par la hausse de la TVA, qui touche tout consommateur.

Mais là où le bât blesse, c’est que les prochains rentiers – la génération des 45-65 ans – vont non seulement recevoir ces augmentations de rentes AVS mais conserver leurs droits acquis dans le 2e pilier ! Les moins de 45 ans apprécieront…

Associations et fondations suisses : mode d’emploi

À l’heure où mes consœurs et confrères de l’association «Bon pour la tête» viennent de connaître un premier succès en engrangeant 100’000 francs grâce au crowfunding pour démarrer cette nouvelle aventure journalistique, un ouvrage qui sort de presse tombe à point nommé. Ce livre permet de tout savoir sur les organisations à but non lucratif selon le droit suisse, de manière très synthétique et très pratique, fourmillant de conseils précieux. Ce guide intitulé «Comment gérer avec succès votre organisation sociale, culturelle ou sportive ! Guide pratique de management en 88 conseils»(1), est également téléchargeable gratuitement sur le site de l’éditeur.

Sept chapitres principaux

Ce manuel s’articule en sept chapitres principaux, soit la stratégie de l’organisation, la gestion des ressources humaines, la gestion financière, la recherche de fonds, la communication, la gestion de projet et l’évaluation de projet. Ces différentes thématiques sont représentées graphiquement ci-dessous, mettant en évidence les liens qui les unissent dans le cadre de la gestion d’une organisation à but non lucratif.

 

 

Le guide est particulièrement efficace par son alternance d’explications théoriques, de cas concrets, de conseils pratiques et de schémas didactiques, servis par une mise en page aérée et très plaisante. Sans oublier une check liste détaillée en fin d’ouvrage et de multiples références. On peut ainsi trouver des réponses précises à ses interrogations, sans jargon juridique ou financier.

But non lucratif… mais bénéfice bienvenu !

Pour illustrer la clarté de ce livre, j’ai choisi le conseil suivant, «Ne pas avoir peur de réaliser un bénéfice» : «Pour certains, la notion du «non lucratif» signifie que l’organisation n’a pas le droit et ne devrait pas réaliser de bénéfice ; ce qui est fondamentalement erroné. Mais, poursuivent les auteures, une entité du type association, fondation, qui aurait généré au cours de son exercice comptable un excédent de recettes ne peut utiliser ce bénéfice comme bon lui semble. Il doit être réaffecté entièrement à la réalisation de la mission de l’organisation, aux programmes développés, à ses réserves, à des investissements jugés indispensables.»

Bonus aux dirigeants proscrits

Quant à la rémunération des dirigeants, qui fait tellement débat aujourd’hui, elle est réglée très simplement dans ce type d’organisation : «Les dirigeants de l’entité ne se verront en aucune manière verser des bonus ou prime aux résultats. La structure peut, et devrait même, réaliser un bénéfice. Ce dernier, bien géré et reversé dans l’idéal à une réserve, lui permettra d’assumer ses responsabilités face à ses bénéficiaires, même si un exercice s’avère plus difficile qu’un autre (ex. : baisse massive de dons, perte d’un partenaire financier, etc.).» Limpide. Non ?

 

(1)«Comment gérer avec succès votre organisation sociale, culturelle ou sportive ! Guide pratique de management en 88 conseils», par Sonya Martin Pfister, avec la collaboration de Laurence Levrat-Pictet, Fondation Arcanum Éditeur, avril 2017, Éditions Gd’Encre. Disponible en librairie au prix de 35 francs.