2e pilier : le taux de conversion devrait être de 3,83% !

Ce chiffre, établi sur la base des taux d’intérêt à fin 2018,  a été publié aujourd’hui par la société PPCMetrics dans sa cinquième étude* sur les caisses de pension. Cette enquête est basée sur les rapports annuels audités de 289 institutions de prévoyance, représentant une fortune de prévoyance de 649 milliards de francs et plus de 3,4 millions d’assurés. On est donc loin du taux actuel de 6,8%  pour le régime obligatoire, et même des 6% prévus le projet Prévoyance 2020 . En fait, le taux de conversion moyen, qui s’élève à 5,75%, s’avère donc encore nettement trop élevé.

Les assurés actifs subventionnent les rentiers

Cette différence, il faut évidemment la combler. C’est ainsi qu’à l’instar de l’année précédente, la rémunération des capitaux des rentiers (le taux d’intérêt technique) a une nouvelle fois été nettement supérieure à celle des capitaux de prévoyance des assurés actifs (taux d’intérêt crédité).  En d’autres termes, les actifs subventionnent les rentiers. Ce qui n’est pas forcément le principe sur lequel de base sur lequel est fondé le 2e piler, où chacun est censé cotiser pour sa propre retraite.

Accroissement de l’écart

Les auteurs de l’étude indiquent par ailleurs que cet écart s’est accru l’an dernier. En effet, le taux d’intérêt crédité moyen a nettement plus reculé (de 2,25% en 2017 à 1,38% en 2018) que le taux d’intérêt technique moyen au cours de la même période (de 2,06% à 1,99%).

Quant aux rendements absolus dégagés en 2018, ils varient entre -8,11% et 11,00%. Ce dernier chiffre surprend dans le contexte des rendements négatifs de 2018, mais s’explique par « des effets exceptionnels (tels que des réévaluations de biens immobiliers représentant une part importante de la fortune de prévoyance.) »

Baisse du degré de couverture sous risque

Cette évolution défavorable explique la nette baisse du degré de couverture sous risque. Cet instrument de mesure développé par PPCMetrics permet de neutraliser les différences de taux d’intérêt technique ainsi que de structure de caisse de pensions (part de rentiers), permettant ainsi une comparaison directe de différentes institutions de prévoyance. Ainsi, ce taux est passé de 102,4% (2017) à 89,0% (2018).    « Cette mesure signifie que les assurés actifs et éventuellement les employeurs doivent s’attendre à une possible diminution des prestations ou même à d’éventuelles mesures d’assainissement. » Voilà qui promet !

Grande variabilité des stratégies de placement

L’étude montre également l’éventail des stratégies de placement tels qu’ils sont utilisés par les caisses de pension. Les principales classes d’actifs ont les obligations en franc suisse, les actions internationales  et l’immobilier, comme on le voit sur le graphique ci-dessous. Leur répartition « varie fortement d’une institution de prévoyance à l’autre ». En période de taux nuls, voire négatifs, les choix de placement vont jouer un rôle crucial dans l’obtention du rendement.

Les grandes caisses plus performantes ?

Cette étude remet par ailleurs en question l’hypothèse que les grandes caisses détiennent un avantage comparatif sur les petites institutions de prévoyance. En effet, notent les experts : « Au cours des deux dernières années, les grandes caisses de pension n’ont, en moyenne, pas enregistré de meilleurs ou moins bons rendements absolus que les petites caisses de pension. » Ce n’est donc pas forcément du côté d’une concentration accrue des institutions de prévoyance que l’on trouvera la solution à la chute des rendements.

*2e pilier 2018 : analyse des rapports annuels des caisses de pension

 

Pierre Novello

Pierre Novello est journaliste économique indépendant et auteur d’ouvrages de vulgarisation dans le domaine de la prévoyance, de l’investissement sur les marchés financiers ou encore pour l’accession à la propriété de son logement. Avant d’embrasser la carrière journalistique en entrant au Journal de Genève et Gazette de Lausanne, il a été formé comme analyste financier pour la gestion de fortune.

9 réponses à “2e pilier : le taux de conversion devrait être de 3,83% !

  1. A 3,83% cela revient à dire que l’argent ne va plus jamais rien rapporter à long terme et que tout le monde vivra en moyenne jusqu’à l’âge de 91. Beaucoup de suppositions je trouve!
    En ces temps économiquement incertains, il conviendrait que le CF montre ses dents pour une fois, et dire stop aux taux négatifs qui frappent les caisses du 2ème pilier. De plus, les caisses devraient consulter les assurés pour déterminer le niveau de risque acceptable pour les bénéficiaires, et le cas échéant prendre moins de risque, en confiant au moins 35% des avoirs à la BNS qui doit les rémunérer à 1% (qui est le taux actuel obligatoire).
    Le drame serait une crise boursière/financière qui réduirait les capitaux du LPP de 20 ou de 30%. On ne peut pas dire qu’on ne savait pas. La question n’est plus de savoir s’il y aura un crash boursier mais quand !

    1. Bonsoir Monsieur Hanna,

      Merci pour votre commentaire intéressant et très détaillé. je n’ai pas grand-chose à ajouter sauf en ce qui concerne un éventuel krach. Vous avez évidemment raison en rappelant que ce type d’événement va se reproduire, comme cela a toujours été le cas tout au long de l’histoire des marchés financiers.

      En revanche, votre crainte de voir les capitaux LPP tomber de 20 ou 30% est peut-être un peu exagérée. En effet, d’après les chiffres fournis par PPCMetrics (qui figurent dans le graphique que j’ai sélectionné), la part moyenne en actions des caisses de pensions se montent à 30%. Il faudrait donc que les marchés tombent quasiment à zéro pour que le prochain krach soit aussi dévastateur que vous ne le craignez.

      1. Merci pour votre bienveillance. En 2018 les performances des caisses étaient négatives en moyenne autour de moins 8%, pourtant les bourses n’ont pas baissé en moyenne de plus que 12%. Il n’y a pas que les actions qui sont volatiles mais aussi, les Hedge Funds, obligations à rendement élevés, la diversification en monnaies étrangères, etc. Ce qui fait maintenir la couverture des caisses à des niveaux élevés est le roulement du personnel (lire mon article sur les caisses de pension dans mes publications http://www.hfamilyoffice.ch

  2. Avec 3.83% et à moins d’être convaincu de devenir centenaire il vaudra mieux retirer son capital plutôt que de demander une rente..: qu’en pensez-vous?

    1. Bonjour,
      Pour répondre à votre question, il faudrait d’abord savoir si l’on parle de l’avoir de vieillesse obligatoire, c’est-à-dire celui qui bénéficie toujours d’un taux de conversion de 6,8% au minimum tel qu’il est fixé actuellement dans la loi ou d’une prévoyance surobligatoire. On peut ajouter que le taux de conversion calculé par PPCMetrics se base sur les taux d’intérêt à fin 2018 et n’est donc donné qu’à titre indicatif.
      Cela dit, l’idée de retirer son capital dépend évidemment de son espérance de vie. Mais cela n’est parfois possible que de manière très partielle puisque les caisses de pension peuvent limiter le retrait au quart de l’avoir de vieillesse obligatoire.
      Par ailleurs, la question est de savoir où placer ces avoirs pour en dégager une rentabilité suffisante pour couvrir ses besoins jusqu’à la fin de ses jours. Dans l’environnement actuel, ce n’est pas très évident, comme le savent bien les gérants de caisses de pension !

      1. Bonjour,

        Concernant le taux de conversion, ma caisse LPP a un taux de 5.75% et va le réduire d’ici quelques années à 4.8%.
        Donc, le taux obligatoire de 6.8% minimum n’est plus d’actualité si je comprends bien?

        Merci d’avance de votre réponse.

        1. Bonjour,

          Non, malgré les apparences, le taux de 6,8% est toujours d’actualité. Mais, il ne s’applique que sur la part obligatoire de son avoir de vieillesse, celle qui est définie par la LPP et dont le salaire assuré, dit coordonné, se monte à un maximum de 60’435 francs par an.

          Or de très nombreuses institutions de prévoyance proposent à leurs affiliés des montants largement plus élevés, garantissant un taux de remplacement du revenu suffisant pour les hauts salaires. Mais cet avoir surobligatoire ne bénéficie souvent pas d’un taux de conversion de 6,8%, ni même de 6%, mais nettement plus bas, donnant un taux global largement inférieur. C’est pourquoi, pour les bénéficiaires d’une prévoyance élargie, le taux de conversion effectif sera finalement plus bas que celui du 6,8% du minimum LPP

          J’espère avoir été clair.
          Bonne journée

          1. Bonjour,

            Désolé de vous répondre que maintenant, mais j’étais plus revenu sur cette article depuis..

            Un grand merci pour votre réponse, qui claire et très complète pour une bonne compréhension.

            Bonne journée à vous.

  3. Avec les avancées scientifiques, les futurs retraités font des tests ADN pour connaître leurs espérances de vie, et ceux qui sont susceptibles de mourir avant 80 ans, vont retirer leurs capitaux bien évidement. Nous n’auront dans les caisses que des assurés en très bon état de santé !

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