L’identité nationale comme un fleuve

Le débat sur l’identité nationale qui agite certains pays, et notamment la France, me fait penser à l’histoire d’un fleuve. Qu’il soit la Seine, le Rhône, le Potomac ou le Yangzi Jiang, tout fleuve a une source qui l’identifie clairement. De même, la France, la Suisse, les Etats-Unis ou la Chine sont des pays formant chacun une entité clairement identifiable, même si celle-ci est reliée à une source bien difficile à cerner et dont la « pureté » supposée s’inscrit davantage dans notre imaginaire que dans la réalité.

Plus le fleuve avance et s’étend, plus il se nourrit d’affluents, voire de confluents, qui chacun a son origine propre elle-même alimentée par d’autres rivières. Mais ce fleuve reste fidèle à son nom, à son identité propre, malgré les millions de litres d’eau venus s’accumuler dans son lit. Seine, Rhône, Potomac et Yangzi Jiang n’ont rien perdu de leur originalité.

Influences multiples.

Au fil des siècles, les pays reçoivent eux aussi de multiples influences, que ce soit par le jeu des migrations ou par celui des échanges commerciaux ou culturels. Mais, malgré ces apports incessants, ces millions d’âmes ou d’informations nouvelles, la France reste la France, la Suisse reste la Suisse, les Etats-Unis restent les Etats-Unis et la Chine reste la Chine.

Dans notre fleuve, il devient impossible de savoir si une goutte d’eau vient de la source elle-même ou de tel ou tel affluent. Et pourtant, toutes ces gouttes avancent, inexorablement, vers un destin unique, celui du fleuve. Et elles avancent vers la mer, pour s’y abandonner avant de repartir dans le ciel, par l’effet de l’évaporation, et de revenir sur Terre pour alimenter une nouvelle source.

Dans nos pays, chaque habitant est le résultat d’une suite de rencontres, de croisements, qui se perdent dans la mémoire de l’espace-temps. Alimenté par une kyrielle de sources, chaque citoyen essaie cependant, tant bien que mal, de s’identifier au pays dans lequel il est né ou dans lequel il vit. Et lui aussi progresse, comme un fleuve, il est vrai sans vraiment savoir où, mais il progresse dans sa propre évolution mêlée à celle de ses concitoyens.

Peut-être un jour découvrirons-nous que notre mer (qui est aussi notre mère, Marie, mare nostrum !) dans laquelle nous achevons provisoirement notre course est un océan de fraternité.

Non pas un océan d’uniformité.

Mais un océan d’unité dans la diversité.

 

 

 

 

 

Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L’Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

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