Et vous, quel est votre budget bien-être ?

Une récente lettre ouverte aux finalistes Hunt-Johnson dans la course à Downing Street mérite le détour, alors que nos édiles politiques affûtent leurs armes dans la course aux élections fédérales d’octobre.

Fin juin, une coalition faite des principales fédérations sportives du pays, de diverses fondations, d’écoles et de professeurs a prié les deux leaders du parti conservateur de faire de la lutte contre l’inactivité physique des jeunes une priorité du futur gouvernement. Oui, au-delà du casse-tête Brexit et des tensions dans le détroit d’Ormuz, il est demandé au futur Premier Ministre britannique de se pencher plus sérieusement sur le déclin de la santé et du bien-être des jeunes administrés du royaume. Voyons cela de plus près…

La sédentarité croissante des jeunes est en effet identifiée dans ce pays comme un enjeu sanitaire et économique majeur, dont les racines doivent être traitées. Une étude récente a montré que seuls sept pourcents des filles et onze pourcents des garçons du niveau secondaire remplissent les soixante minutes d’activité physique à moyenne ou haute intensité recommandées quotidiennement par l’OMS. Il semble également que les élèves britanniques soient régulièrement relégués en queue de classement lors d’enquêtes internationales sur le bonheur ressenti. Un jeune sur huit dans la tranche 5-19 ans souffre d’une maladie mentale et un sur trois est en surpoids ou obèse lorsqu’il termine sa formation primaire.

Le tableau suivant avait été dressé par le Youth Sports Trust au début de cette année, dans leur excellent rapport d’impact 2018 (lien).

Ainsi, cette coalition de plus de cent organisations demande au futur Premier Ministre de prendre des mesures courageuses et ambitieuses et d’identifier des objectifs concrets et mesurables permettant de s’appuyer sur la force du sport, de l’activité physique et du jeu dans le développement et le bien-être physique, psychologique et social des jeunes. Les auteurs de cette lettre ouverte soulignent les nombreuses évidences médicales qui documentent les bienfaits du mouvement et d’une activité physique régulière dans le développement moteur et émotionnel des jeunes, dans leurs performances cognitives, la construction de liens sociaux et la promotion de la mobilité sociale. Ce dernier point est significatif dans une société de plus en plus polarisée et qui compte de plus en plus de gens vivant dans la pauvreté (voir ici les chiffres récents pour la Suisse !). En effet, santé physique et mentale, bien-être, confiance et compétences émotionnelles sont autant d’atouts pour la vie future qui sont étroitement liés aux conditions socio-économiques dans lesquelles on grandit. Le cercle vicieux de la malbouffe et de la sédentarité, puis les maladies chroniques qui en résultent et qui freinent les perspectives de développement moteur, intellectuel, social et professionnel sont plus souvent observés dans les milieux précarisés. Tous les législateurs devraient en être conscients, afin de prioriser les investissements et de corriger certains biais sociétaux.

La lettre au futur Premier Ministre britannique souligne aussi le piètre état de l’enseignement de l’éducation physique à l’école publique, où cette branche continue de perdre du terrain alors que justement les jeunes sont de moins en moins actifs. En Suisse aussi, on peine à défendre la troisième période d’activité physique à l’école, pourtant inscrite dans la loi. Et ce n’est pas que par manque d’infrastructures !

Dans leur réponse, publiée le 16 juillet (lien), MM. Hunt et Johnson reconnaissent tous les deux l’importance de cet enjeu de santé publique (et économique !) des îles britanniques. Jeremy Hunt souligne même que « améliorer le bien-être des enfants et celui de toute la population sera au cœur de son programme comme Premier Ministre ». Quant au fantasque Boris Johnson, il s’engage également à assurer une coordination efficace et rapide entre les acteurs responsables, bien conscient qu’il est de la dimension holistique et intersectorielle de ce défi de santé publique. C’est d’ailleurs ce même Boris qui, lorsqu’il était maire de Londres, a énormément œuvré pour la promotion de la mobilité douce au cœur de la capitale, au point où les vélos en libre-service sont appelés les Boris Bikes !

Boris Johnson se rendant au travail, lorsqu’il était maire de Londres – Crédit photo TfL

Chez nous, on peut se demander qui parmi les candidats aux fédérales d’octobre osera s’attaquer à de telles questions de société. Pour rappel (voir mon article précédent sur le sujet ici) près de 17% des jeunes en Suisse sont en surpoids ou obèse, et la santé mentale de trop nombreux adolescents est fragile… Mais comme souvent, on pense mieux faire qu’ailleurs, on cache les problèmes sous le tapis et on se contente de mesurettes de santé publique utopiques, pour ne pas dire ridicules, comme des pseudo-freins aux dépenses de santé, à l’image d’un blocage des primes en fonction du salaire. Nous sommes prisonniers de la logique de marché du secteur de la santé : le business de la maladie prime ! Personne n’ose amener le débat où il est temps de la placer : sur l’importance de revisiter nos modes de vie, de promouvoir une vie saine et active, d’investir sérieusement dans la prévention, de promouvoir des modèles positifs et même de légiférer plus courageusement sur le marketing de la malbouffe ou la publicité pour le tabac. Mais notre gouvernement préfère laisser les trafiquants de produits licitement mortels et cancérigènes sponsoriser le pavillon suisse à l’Expo 2020 Dubai (lien) ! Comme père de famille, je suis en droit d’en attendre franchement un peu plus de mes élus et de mon gouvernement…

Tournons-nous un instant vers une nation plus progressiste en la matière… La jeune première ministre néozélandaise Jacinda Ardern a pas mal fait parler d’elle en proposant de mesurer le succès et la santé d’une nation en allant au-delà du PIB, qui trop souvent cache des inégalités criantes. Elle a demandé à son gouvernement de proposer un budget national de bien-être. C’est désormais chose faite – voilà une lecture intéressante à l’aube de nos élections fédérales : The Wellbeing Budget, 30 May 2019 (lien). On y découvre 5 axes prioritaires : prendre les maladies mentales au sérieux (avec un focus sur les moins de 23 ans), améliorer le bien-être des jeunes et réduire la paupérisation des jeunes, soutenir les peuples autochtones, construire une nation productive, transformer l’économie et investir dans la nation (notamment dans ses écoles et ses hôpitaux). On y ressent immédiatement le lien entre bien-être individuel et collectif d’une part, et succès économique d’une nation qui se prépare pour quelques changements importants de paradigme, d’autre part.

Ainsi, la première ministre néozélandaise a su voir, au-delà d’une croissance économique régulière, les problèmes persistants et coûteux pour la nation : le fort taux de suicide, les sans-abris, la violence domestique et la précarité parmi les jeunes. Pour elle, la santé d’une nation ne se mesure pas qu’à sa santé économique, mais également à la qualité de vie des gens et à l’état des ressources naturelles. Son ministre des finances souligne la manière avec laquelle ils ont su briser les silos pour réunir les agences gouvernementales autour d’enjeux majeurs pour la société de demain. Malin !

Que notre sagesse et prévoyance helvétiques puissent s’en inspirer un tout petit peu…

 

Tiré du Budget « bien-être » 2019 du gouvernement néozélandais :

What is wellbeing?

Wellbeing is when people are able to lead fulfilling lives with purpose, balance and meaning to them. Giving more New Zealanders capabilities to enjoy good wellbeing requires tackling the long-term challenges we face as a country, like the mental health crisis, child poverty and domestic violence. It means improving the state of our environment, the strength of our communities and the performance of our economy.

Sustainable economic growth is an important contributor, but many factors determine people’s wellbeing. Just because a country is doing well economically does not mean all of its people are. This has been the case for New Zealand. Too many people have been left behind or left out. The Wellbeing Budget endeavours to give more New Zealanders the ability to share in the benefits of a strong and growing economy.

 

2020, une année doublement olympique… et alors ?

 

Des opportunités à saisir : Partie 3/3 – L’excuse d’un événement sportif majeur

Nous avons vu dans les deux précédents volets de cet article que la Suisse comptait beaucoup sur ses jeunes smicards du sport d’élite pour réaliser des exploits et ramener des médailles, sans nécessairement les soutenir à un juste niveau. Par ailleurs, l’état de santé physique et psychologique de nos adolescents inquiète plus d’un professionnel de la santé et nécessite une très sérieuse prise de conscience de nos autorités. Or, le sport et une activité physique régulière et inclusive, sont largement reconnus comme des déterminants clés dans la promotion du bien-être et d’une bonne santé physique, psychologique et sociale.

C’est justement dans ce contexte, et dans une région qui s’identifie de plus en plus fortement avec une Health & Sport Valley, qu’un gros événement sportif focalisé sur la jeunesse peut représenter une excellente excuse pour transformer l’approche et la promotion des pratiques sportives. Et surtout, pour reconnecter les jeunes avec le plaisir de bouger, de jouer et de développer ainsi leurs compétences psychomotrices et sociales, par une activité physique saine et inclusive – et cela dès le plus jeune âge !

Toutefois, une action plus déterminée et ambitieuse de nos autorités est devenue indispensable et urgente, à la fois dans le milieu scolaire, mais aussi à travers les clubs sportifs ou encore, et désormais dans des proportions grandissantes, dans le cadre urbain et non-institutionnel de nouvelles formes de sport. Mais pour ce faire, encore faut-il considérer le sport et l’activité physique non-pas uniquement comme des loisirs ou une activité commerciale, mais comme des outils précieux au service de politiques publiques volontaires et anticipatrices. Et voir un gros événement sportif comme une occasion rare de réunir les forces et les acteurs autour de problématiques urbaines, sociales, sanitaires ou de jeunesse qui nécessitent une action déterminée et intégrée de l’Etat, pour un changement durable.

Mais voilà… nous n’y sommes pas ! Pas du tout même…

 

Un événement pour, avec et par la jeunesse ?

Que dire des bénéfices et de l’effet catalyseur d’un événement unique, les Jeux Olympiques de la Jeunesse, qui, comme ce slogan séduisant le dit si bien, se veulent un événement pour, avec et par les jeunes ? Ici, la question centrale subsiste : que restera-t-il de ces Jeux après janvier 2020 ? Au-delà de quelques nouvelles infrastructures sportives nécessaires et bienvenues pour la région et ses sportifs, le véritable enjeu et défi reste largement ignoré. Il s’agit de la participation sportive du plus grand nombre, avec un focus sur la promotion d’un mode de vie sain et actif, l’inclusion sociale et une attention toute particulière portée aux filles et aux poches de jeunes les plus sédentaires et vulnérables.

Ici, il ne s’agit pas uniquement de mettre en place des initiatives d’engagement de la jeunesse comme le fait déjà très bien le comité d’organisation avec diverses écoles régionales, mais de réfléchir à une trace durable de cet événement dans la pratique sportive de nos jeunes et dans les structures sportives de base. Les Norvégiens qui ont accueilli la version précédente de cette joute hivernale en 2016 l’avaient bien compris : les JOJ représentent une occasion unique de former la relève du sport national, non seulement sur les pistes de ski, mais aussi et surtout en coulisse. Or, préparer les coachs de demain, les jeunes arbitres et juges de demain, les techniciens et préparateurs physiques de demain et les futures managers, présidents et volontaires des clubs sportifs exige un effort de plus grande ampleur et d’une plus sérieuse ambition que ce que Ittigen (siège de Swiss Olympic) et Macolin (siège de l’Office Fédéral des Sports) nous ont montré ces dernières années. Car c’est bien connu, l’héritage sportif, social et jeunesse d’un grand événement sportif n’arrive pas par hasard (ni en jouant à feu sport-toto), mais grâce à une vraie volonté politique, à des enveloppes plus conséquentes et à des leaders visionnaires. La vision d’un héritage sportif, social, jeunesse et de santé publique découlant d’un événement majeur comme les JOJ exige également une étroite collaboration entre différents Services et Départements de l’Etat, entre des acteurs publics, privés et associatifs, ainsi qu’une entente qui va au-delà de tous les clivages politiques habituels.

On l’aura compris, il y a du pain sur la planche… ce d’autant plus que l’industrie de l’événementiel n’a pas encore pleinement saisi les enjeux sociétaux qui l’entoure afin de mieux profiter de la dimension catalysatrice des grands festivals du sport internationaux. Elle reste encore essentiellement focalisée sur des considérations opérationnelles et réputationnelles de court terme.

 

Le compte à rebours est lancé, il ne reste
plus que 309 jours avant les JOJ

 

Soutenir la pointe ET la base

Ainsi, le chronomètre tourne… et à l’orée d’une année doublement olympique, les jeunes talents du sport suisse méritent une plus grande attention, tout comme l’état de santé de nos adolescents. Soutenir notre élite sportive ne peut aller que de pair avec son engagement à redonner à la base : en s’investissant pour inspirer les plus jeunes athlètes et en partageant sa passion dans les écoles et les clubs de nos régions. Pour cela, le sport d’élite doit impérativement être considéré à sa juste valeur dans notre société, et non pas seulement comme un simple loisir superflu ou, même pas mieux, une opportunité de faire des affaires et de briller sur la carte du monde…

Car aujourd’hui, il ne suffit plus de s’acheter une équipe professionnelle ou le droit de nommer un stade du nom de sa marque. Pour nos acteurs politiques et économiques, il importe désormais de comprendre et de soutenir la valeur éducative et sociale du sport, celui de masse comme celui de l’élite, car ce continuum se nourrit l’un l’autre, pour le bien de notre jeunesse. Et c’est bien connu : bouger, c’est bon pour la santé. Pour notre santé sociale et économique aussi !

 

Une occasion unique à saisir pour la région et pour notre jeunesse

 

En conclusion des trois volets de cet article…

La Suisse a presque toujours brillé dans les compétitions olympiques de triathlon, avec au moins une médaille récoltée à chaque édition des JO depuis Sydney 2000 (exception faite de Beijing 2008). Oserons-nous donc espérer un autre exploit sportif à Tokyo 2020 ? Peut-être, mais le véritable exploit ne consisterait-il pas en une plus sérieuse compréhension des opportunités que représentent pour les jeunes de notre région l’accueil d’un événement planétaire comme les Jeux Olympiques de la Jeunesse en janvier prochain ?

Et au fait, quelqu’un pourrait-il suggérer au grand argentier de la Confédération qu’il y a ici une belle opportunité d’investir dans la jeunesse ? En effet, Monsieur Maurer s’est une nouvelle fois fourvoyé dans sa règle de trois pour dégager un excédent de 2,9 milliards sur l’exercice 2018 de la Confédération (après les 2,8 milliards de 2017…). Dans un pays qui vient de se tirer une énième et magistrale balle (olympique) dans le pied avec l’échec prématuré de la candidature de Sion 2026, on ne peut plus décemment prétendre qu’il manque des moyens pour nous occuper de nos jeunes, sportifs, sédentaires ou déprimés. Et soyons attentifs, car ils sont désormais dans la rue pour exiger de nous que nous préservions leurs conditions de vie et celles des générations qui suivront !

Jeunesse, sport, santé et environnement… autant de domaines et d’enjeux qui doivent être approchés de manière intégrée, pour le bien-être de nos jeunes citoyens, mais aussi pour le bien de notre économie, pour la résilience de notre système de santé et pour la pertinence de notre système éducatif.

 

2020, une année doublement olympique… et alors ?

Des opportunités à saisir : Partie 2/3 Une jeunesse en souffrance

Après avoir constaté dans la première partie de cette article la situation précaire dans laquelle se trouve nombre de jeunes champions sportifs, il est bon de se pencher sur l’état de santé de nos adolescents. Or, celui-ci laisse à désirer et c’est justement à l’orée d’un événement sportif planétaire et dédié à la jeunesse que nous devrions nous poser les bonnes questions, afin de diminuer la prévalence de l’inactivité et le nombre grandissant de patates de canapé (de l’Anglais « couch potatoes ») ou de jeunes en déprime. Mais de quoi parle-t-on ? Considérez donc ces quelques chiffres :

  1. Au niveau mondial plus de 80% des jeunes et adolescents n’atteignent pas le niveau d’activité physique recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (source OMS)
  2. En Suisse, lors d’une enquête sur les 11-15 ans en 2010, seuls 12 à 19% des garçons et 6 à 11% des filles étaient actifs physiquement au moins une heure par jour, sept jours sur sept, satisfaisant ainsi à ces mêmes recommandations en matière d’activité physique (source : Activité physique et santé, OFSPO et hepa.ch, 2013). Or, toujours selon ce rapport, la sédentarité en Suisse entraîne chaque année 2900 décès prématurés, 2,1 millions de cas de maladie et des frais de traitement direct d’un montant de 2,4 milliards de francs.
  3. Selon le rapport Sport Suisse 2014 (rapport sur les enfants et les adolescents – publié par l’OFSPO), l’activité des jeunes de 11 à 14 ans a régressé au cours des 6 années précédant l’enquête. Une baisse d’activité physique était aussi observée chez les 15-19 ans : entre 2008 et 2014, le nombre moyen d’heures de sport par semaine était passé de 6,1 à 5,6 heures. La problématique est encore plus exacerbée chez les filles qui arrêtent plus tôt et en plus grand nombre la pratique sportive. Et ce d’autant plus encore pour les populations migrantes ou parmi les jeunes issus de milieux socio-économiques modestes.
  4. Publié en juin 2018, le Plan d’Action Global pour l’Activité Physique de l’OMS appelle les gouvernements, villes et autorités à diminuer de 15% l’incidence globale de l’inactivité dans la population d’ici à 2030 (par rapport aux chiffres de 2016). Son rapport donne quelques pistes intéressantes, mais où en sont réellement nos autorités quant aux plans d’action ?


    Les bénéfices de l’activité physique en santé physique et psychologique sont aujourd’hui bien connus

  5. Dans le monde, 340 millions d’enfants et d’adolescents sont en surpoids ou obèses – c’est 10 fois plus de jeunes obèses qu’il y a 40 ans ! (source) En Suisse, les derniers chiffres disponibles indiquaient une proportion d’enfants et d’adolescents en surpoids ou obèses de 16,7%.
  6. Plus inquiétante encore, la santé mentale de nos adolescents : dans une enquête publiée en novembre 2015 et mandatée par l’Etat de Vaud, le taux de jeunes vaudois (âgés en moyenne de 15 ans) souffrant de symptômes psychoaffectifs de façon récurrente était très alarmant (Raison de Santé 250 : Enquêtes populationnelles sur la victimisation et la délinquance chez les jeunes dans le canton de Vaud – IUMSP-CEESAN). Ainsi, près de 66% des jeunes ont rapporté de tels symptômes. Par exemple, plus de la moitié des jeunes se sont dit fatigués et environ un tiers d’entre eux ont eu des difficultés à s’endormir. Finalement, 57% des répondant·e·s faisaient état de symptômes dépressifs. Un tiers des jeunes interrogés se sentaient tellement déprimés qu’ils resteraient volontiers au lit toute la journée. Le chiffre alarmant de 16.6% de jeunes interrogés disaient avoir beaucoup pensé à la mort ces derniers temps et 15.6% trouvaient leur vie assez triste. Et comme c’était le cas pour les symptômes physiques, les symptômes psychoaffectifs étaient significativement plus répandus chez les filles. Des résultats qui font tristement écho aux trop nombreux cas de suicides chez les adolescentes et adolescents et à la situation dramatique à laquelle le gymnase d’Yverdon a dû faire face en 2018, même si nous ne connaissons pas les causes individuelles de chacune de ces tragédies.


    Remettre les jeunes en mouvement – pour leur bien-être physique et psychique

  7. La même étude publiée en 2015 indique encore que parmi les adolescent de 15 ans interrogés, une majorité de jeunes vaudois a déjà bu de l’alcool au cours de la vie (67%). Le taux d’expérimentation du tabac est quant à lui de 43% et celui de cannabis de 19%. En santé public, l’intérêt se focalise toutefois sur la consommation problématique et abusive des substances psychoactives : 12% consomment le tabac de manière hebdomadaire, 7% de l’alcool et 4% du cannabis.
  8. La recherche en neuroscience démontre que l’activité physique améliore les processus d’apprentissage et que par conséquent, plus de sport à l’école équivaut bien souvent à de meilleurs résultats scolaires.

Est-il nécessaire de s’attarder sur une conclusion à ce stade du constat ?

Trop peu de prévention

Il est également intéressant de noter, toujours dans la même étude vaudoise, qu’il avait été demandé aux enseignant·e·s d’évaluer l’offre en matière de prévention pour les jeunes dans leur région, sur une liste de huit thèmes. Globalement, les enseignant·e·s considéraient que l’offre de prévention était insuffisante pour l’ensemble des problèmes exposés et particulièrement en matière de dépression et de suicide.

On sait aussi selon cette étude que parmi les jeunes qui se qualifient eux-mêmes de non-sportifs, un grand nombre aimeraient changer les choses : trois quarts des 10-14 ans et une bonne moitié des 15-19 ans déclarent vouloir reprendre le sport…

Or, on apprend encore dans une de ces études (OFSPO 2014), que parmi les motivations à l’exercice physique, les adolescents de 15 à 19 ans jugeaient comme particulièrement important : le plaisir, le bien-être ainsi que la forme physique. Par conséquent, on semble tout avoir pour bien faire : des infrastructures, des clubs, des milliers de bénévoles et de coaches et un environnement encore relativement bien préservé… alors qu’attend-on ? L’excuse d’un gros événement sportif comme catalyseur de changement ? Justement, il y en a un important et dédié à la jeunesse qui arrive… La suite demain dans le troisième volet de cette série.

2020, une année doublement olympique… et alors ?

Des opportunités à saisir : Partie 1/3 – Renforcer le soutien à nos jeunes athlètes d’élite

 

A l’approche d’une année doublement olympique en 2020 (Jeux Olympiques de la Jeunesse à Lausanne puis JO de Tokyo), il est bon de se pencher sur la situation très précaire de ceux qui représenteront peut-être notre région dans le plus grand raout mondial du sport. Mais aussi d’évoquer le rôle du sport et de l’activité physique dans le contexte d’une adolescence dont l’état de santé laisse à désirer… Deux problématiques que tout oppose ? Bien au contraire. Des smicards du sport d’élite aux patates de canapé, il n’y a qu’un pas… qu’un gros événement sportif et dédié à la jeunesse comme les JOJ dans notre région pourrait contribuer à résoudre.

 

Des smicards au cœur de la capitale mondiale du sport

Dans ce premier volet d’une série de trois réflexions (ou coups de gueule, c’est selon…), découvrons la réalité financière de jeunes champions locaux qui régatent parmi l’élite mondiale. Dans une région du globe si riche et qui bénéficie d’un apport économique considérable grâce à la présence des sièges de près de cinquante Organisations Sportives Internationales (impact économique annuel moyen de 1.07 milliard de CHF pour la Suisse, dont plus de la moitié pour le canton de Vaud – selon l’étude publiée par l’AISTS en 2015), il est choquant de constater la précarité de nombreux championnes et champions, tous plus courageux et passionnés les uns que les autres.

Sylvain Fridelance et Guillaume Dutoit représentent ce que le sport lémanique fait de mieux : le premier est champion suisse élite 2018 en triathlon et médaillé d’argent de l’épreuve par équipe des derniers championnats d’Europe. Avec ses 56 titres nationaux toutes catégories, le second a participé à une finale de la Coupe du Monde de plongeon en Chine l’année dernière et fait désormais partie des meilleurs plongeurs de la planète.  Tous les deux ont 23 ans et figuraient parmi les trois nominés au mérite sportif vaudois de l’année 2018 – c’est le second qui a finalement eu l’honneur de ce prix. Avec quelques 20 à 30 heures d’entraînement chacun par semaine, ces jeunes hommes très volontaires s’efforcent comme beaucoup d’autres jeunes athlètes d’élite de maintenir un pied dans une formation ou un job à temps partiel, et recherchent péniblement – et généralement seuls – des soutiens privés afin de compléter les aides financières dont ils disposent. Sans citer d’autres sports, on comprend bien qu’ils n’ont pas la chance d’évoluer dans des grandes ligues nationales plus visibles et de mettre ainsi un peu de pécule de côté pour leur prochaine transition de carrière.

Sylvain Fridelance, sur le podium des Européens 2018,
avec la championne olympique Nicola Spirig

 

Le statut très modeste de l’athlète d’élite en Suisse

Lorsqu’on atteint ce niveau d’excellence à l’international, on pourrait pourtant s’attendre à une solide prise en charge de la part de nos autorités sportives. Mais leur statut s’apparente plus à celui de smicards du sport helvétique. Loin d’eux l’envie de se plaindre toutefois (car ils se savent privilégiés de pouvoir « vivoter » de leur passion !), mais dans un grand pays voisin que nous sommes tous prompts à critiquer, leur statut d’athlète d’élite leur donnerait droit à de bien meilleures conditions matérielles et financières pour se concentrer sur ce qu’ils font de mieux (leur métier, en fait !) et pour réaliser leur rêve olympique.

Ainsi, en Suisse, chacun d’eux doit budgéter une saison à environ CHF 40-45’000.- qui comprend les déplacements aux entraînements et aux compétitions, les divers stages à l’étranger, des frais d’entraîneur, une bonne partie des soins médicaux, la préparation physique et mentale, la recherche de fonds, etc. Car non, les Fédérations Nationales ne mettent pas tout cela à disposition de leurs athlètes ! L’un deux, Guillaume, n’avait d’ailleurs pas pu participer aux Championnats du Monde juniors dans son sport en 2013 car ni sa fédération, ni ses parents, ne pouvaient lui offrir un billet d’avion pour Adelaïde !

Et pour Sylvain, ce n’est que depuis son excellente saison 2018 qu’il a pu commencer à se constituer un très modeste fonds de prévoyance. Hélas, aux dernières nouvelles, sa fédération nationale dispose d’encore moins de moyens en 2019 et Sylvain devra couvrir lui-même la plus grosse partie de ses déplacements en Coupe du Monde ! Oui, on parle bien du champion suisse élite 2018 qui doit se payer ses voyages et son hôtel lors des prochaines grandes compétitions internationales… C’est simple, en comparaison internationale, on devrait parler de miracles lorsque des Suisses parviennent à ramener des médailles à la maison.

Nous n’évoquerons pas ici la situation des coaches de ces jeunes athlètes car là encore, il existe une belle proportion de smicards du sport helvétique. Beaucoup fonctionnent à la pure passion et au dévouement, pour être rémunéré au tarif d’une femme de ménage.

 

Quelques entrées financières… à côté de l’aide parentale

Du côté des entrées financières, ces deux athlètes peuvent, grâce à leurs excellents résultats récents, compter sur une aide substantielle de Swiss Olympic (entre CHF 12’000.- et 24’000.- selon l’année et les dernières performances…), du Fonds du Sport Vaudois (qui redistribue une part des bénéfices de la Loterie Romande, soit environ CHF 6 à 8’000.- chacun) et de leur commune de résidence (si elle le veut bien), par exemple CHF 1’500.- pour Sylvain. De son côté, Guillaume bénéficie encore d’une modeste bourse de la Solidarité Olympique. Tous les deux sont aussi soutenus par COOKIE, une association romande fondée par l’auteur de ce blog en 2011, ou encore par des fournisseurs d’équipement (un vélo par année par exemple pour Sylvain), et bien-sûr par les parents, éternels sponsors ! Côté entreprises, c’est la misère : quelques milliers de francs viennent péniblement s’ajouter aux sommes ci-dessus… dans un environnement économique qui se porte pourtant plutôt bien !

Guillaume Dutoit en action, il virevolte désormais parmi les meilleurs du monde

 

Pour les sponsors, les priorités sont ailleurs

Mais voilà, pour la plupart des entreprises de la place, on préfère donner son nom à une nouvelle patinoire, réserver une loge VIP ou afficher son logo sur les dossards d’une course populaire, au lieu de soutenir plus sérieusement ces ambassadeurs de la région. Ils sont pourtant prêts à redonner au sport ce que celui-ci leur a déjà offert. En effet, chacune et chacun de ces champions répond toujours présent lorsqu’il s’agit d’aller parler dans une entreprise, dans une école, dans des clubs ou encore de rencontrer de jeunes enfants malades à l’hôpital. Le rôle social et de modèle que ces jeunes champions peuvent jouer auprès de leurs pairs reste toutefois largement ignoré des autorités.

Alors, comment renforcer notre soutien à ces jeunes talents ? Quelques pistes méritent d’être mentionnées :

  • Renforcer le suivi de carrière, l’orientation professionnelle et l’aide au développement de projets
  • Renforcer l’offre de formation duale des jeunes champions, au-delà des progrès déjà observés dans le sport-études depuis 10 ans
  • Favoriser des formules d’apprentissage pour jeunes athlètes d’élite et les possibilités de parrainage par des entreprises qui offriraient des places de stage
  • Réunir les grands acteurs économiques du canton autour d’un fonds spécial (en lien peut-être avec certaines largesses fiscales dont les autorités ont fait preuve à leur égard…)
  • Assurer une forme indirecte de soutien en cotisant à la place des jeunes athlètes d’élite afin de leur constituer un fonds de prévoyance pendant leurs années de disette et de sacrifices financiers

Cette première d’une série de trois réflexions autour du sport pose finalement la question du statut d’athlète d’élite en Suisse. Un statut modeste, précaire et peu reconnu, à moins bien-sûr que l’athlète ramène une médaille internationale – on est ici beaucoup plus prompts à apparaître sur une photo à ses côtés ! A la première question anodine « que fais-tu dans la vie », un jeune athlète d’élite peut souvent anticiper la seconde « oui, mais je veux dire : à côté du sport, que fais-tu vraiment ? ».

 

Une Health et une Sport Valley au service de notre jeunesse ?

Dans cette Vallée du Sport et de la Santé qu’est devenue la région lémanique, n’est-il pas enfin venu le temps de mieux soutenir et reconnaître ces jeunes champions et de capitaliser sur leur expérience et leur passion pour encourager et inspirer d’autres jeunes à bouger et à découvrir les très nombreuses et nouvelles possibilités de carrières qu’offre le sport dans son sens le plus global ? Ne serait-ce pas là un investissement raisonnable et bienvenu pour notre jeunesse ? Car, comme nous le verrons demain dans le deuxième volet de cette réflexion sur une année 2020 doublement olympique, l’état de santé physique et mentale de nos jeunes devrait nous alarmer…

 

Lettre ouverte à Greta et autres jeunes manifestants de demain

Dans ton regard déterminé, beaucoup y ont vu une adolescente de plus qui fait le buzz. Dans tes affirmations, certains semblent même y déceler une forme d’instrumentalisation. D’autres n’y prêtent pas attention car seuls les leaders confirmés de l’économie, de la politique ou des sciences ont droit au chapitre.

Dans ton regard, j’ai vu la soif d’une jeunesse qui souhaite un monde meilleur, un monde préservé des folies meurtrières de l’économie de marché, un monde qui reste respirable et agréable à vivre. Une planète dont le climat ne forcera personne sur les routes de la migration.

Dans ton regard, j’imagine une jeunesse engagée qui se fait respecter, écouter… une jeunesse qui bouscule, interpelle et met les élus politiques devant leurs responsabilités.

A l’heure où vous, jeunes suisses, battez le pavé, il est toutefois bon de partager quelques modestes réflexions susceptibles de renforcer votre action, et de la rendre durable !

 

Préservez votre indépendance

Avec 22’000 manifestants il y a quelques semaines, vous n’avez qu’à peine effleuré les consciences de quelques élus. Une grande partie d’entre eux n’ont encore fait preuve que d’un regard amusé, voire même critique (enfin… vous avez raté des cours !). Ils sous-estiment encore gravement votre capacité à bouger les fronts, les consciences, puis les lois. Mais une fois l’effet surprise passé, viendra le moment de la récupération politique. Evitez à tout prix ce piège et restez aussi indépendants que possible, afin d’éviter les écueils partisans et toute instrumentalisation de votre mouvement à des fins électorales. Nombreux seront les partis qui tenteront de faire dans le jeunisme pour gagner quelques voix précieuses et redynamiser leur image à moins de neuf mois des élections fédérales.

Lorsque vous vous investirez en politique, préservez également votre indépendance car il n’est pas acceptable qu’un si grand nombre parmi vos aînés élus à Berne défendent les intérêts de divers lobbies et industries comme l’énergie, le tabac, le secteur alimentaire, les assurances maladies, l’armement et j’en passe. Mais n’hésitez pas une seconde à vous engager au niveau local, régional, national ou même global, car avec vos idées, votre niaque et votre bon usage des médias sociaux, tout est désormais possible !

 

Préservez votre qualité de vie

Il est bon de vous voir investir de l’énergie dans la préservation de la planète, du climat ou de la biodiversité. Mais pour préserver votre qualité de vie, il s’agira toutefois de penser systémique et de combiner les approches de diverses sciences et spécialités.

L’immobilisme de nos chambres fédérales sur une politique climatique digne de ce nom n’a d’égal que la paralysie ce ces mêmes élus dans la lutte contre la sédentarité et les maladies non-transmissibles qui freinent déjà considérablement le développement social et économique de nos sociétés modernes.

Or, c’est bien notre économie de marché qui produit les grands problèmes environnementaux et sociétaux que nous connaissons : pollution, malbouffe, exploitation des travailleurs dans les usines du monde, etc.  Aujourd’hui, vous aspirez à faire partie des solutions, alors que certains bien-pensants vous associent plus volontiers aux problèmes (vous voyageriez trop en avion, mode de transport devenu pourtant si bon marché, grâce à un marché biaisé!).

Ainsi, ne vous laissez pas former dans vos écoles pour devenir de bonnes abeilles butineuses qui contribueront à la croissance économique et à notre système productiviste… formez votre esprit critique et votre sens civique et exigez du système éducatif une plus grande ouverture vers le monde et des cursus plus intégrés.

Pensez et agissez de manière intégrée

Comme l’affirme Daniel Curnier dans sa thèse commentée dans Le Temps cette semaine, il y a aujourd’hui encore un réel manque de prise en compte des questions écologiques dans le système scolaire. Vous ne seriez pas suffisamment formés afin de contribuer à résoudre les problèmes complexes de notre société, et pour mener à bien une transition énergétique et écologique nécessaire.

Or, il est vital de développer vos compétences transversales de jeunes citoyens, vous permettant de bien saisir les enjeux complexes qui se présentent à vous et les nombreuses interactions entre l’évolution de vos modes de consommation, vos choix alimentaires, vos loisirs, votre mobilité, le réchauffement climatique, les mouvements migratoires, l’accès à l’éducation, l’égalité des genres (et des salaires !), la montée d’une forme de populisme, etc.

Dans une excellente étude publiée par le Lancet le 28 janvier 2019, des experts internationaux soulignent que pour résoudre les trois maux que sont l’obésité, la sous-alimentation et les changements climatiques, il s’agit de comprendre leurs moteurs communs : «de puissants intérêts commerciaux, une réponse politique insuffisante et un manque de mobilisation de la société civile». Ils appellent ainsi à des solutions communes et intégrées pour faire face à cette syndémie planétaire, une combinaison de plusieurs pandémies qui menacent gravement notre qualité de vie.

 

Mobilisez vos dirigeants politiques ou remplacez-les

Pour reprendre les termes de l’économie de marché, vous êtes les actionnaires majoritaires de la société « planète terre » (nulle part quotée en bourse car ses actions sont largement sous-évaluée !) et vous êtes destinés, demain, à en devenir les propriétaires et les gestionnaires. Vous avez donc plus que le droit à la parole : vous avez la possibilité de proposer ou d’exiger un plan d’actions, des objectifs à atteindre et vous êtes en droit de tenir les gestionnaires actuels comme responsables des résultats. Sinon, virez-les aux prochaines élections et remplacez-les !

Au fait, commencez peut-être par observer comment votre Banque Nationale Suisse investit dans les énergies fossiles… pendant que le reste du monde de la finance se tourne massivement vers des fonds durables, responsables ou dans l’impact investment.

On le sait bien : on a les politiques qu’on mérite… Ainsi, n’allez surtout pas comparer l’éloquence et la justesse du discours de la nouvelle première ministre (et jeune maman) néozélandaise à Davos (voir quand même ici même si ça fait mal…) avec le discours du Président de la confédération (ici) en ouverture du forum économique mondial le mois passé (avant qu’il ne prenne rendez-vous pour conclure des affaires avec Bolsonaro puis l’Arabie saoudite…). Il y a de quoi s’inquiéter sur la capacité de nos édiles à écouter nos jeunes et les prendre au sérieux pour comprendre et hiérarchiser les défis et opportunités des prochaines décennies.

Il est donc grand temps que vous réinventiez un monde plus juste en vous faisant élire pour agir durablement et de manière responsable sur notre appareil législatif et sur nos priorités politiques, économiques et académiques.

 

N’hésitez pas à saisir la justice

Finalement, pour reprendre les termes forts que Greta utiliserait si elle avait devant elle les industriels des énergies fossiles, parlez de crime contre l’humanité et de non-protection et non-assistance à jeunesse en danger. N’hésitez pas à vous faire accompagner de jeunes avocats afin de saisir la justice et mettre vos autorités responsables devant leurs responsabilités. Regardez à ce titre ce que vos paires aux Etats-Unis sont en train de réaliser en saisissant les cours fédérales afin d’attaquer le Président Trump et son gouvernement pour non-action en matière de politique climatique (voir ici). Et rappelez-vous les mouvements de masse parmi les jeunes américains pour dénoncer les tueries de masse et le port d’arme.

En Europe également, des enfants portugais qui ont souffert des terribles incendies de 2017 poursuivent les Etats européens devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour dénoncer leur inaction face au réchauffement climatique et à ses conséquences dévastatrices. Le pays de Greta, la Suède, a lui aussi d’ailleurs souffert d’immenses feux de forêt, jamais vus auparavant dans cette région du monde.

 

YOUth impACT – vos actions pour plus d’impact

Sorti en 2008, l’excellent documentaire Nos enfants nous accuseront s’intéressait aux ravages de l’agriculture traditionnelle sur notre santé. Ce titre raisonne particulièrement bien aujourd’hui à mes oreilles, car vous êtes en droit d’accuser le système en place, encore dominé par une économie de marché qui laisse bien peu de place à la morale et à l’éthique…

Jeunesse dynamique et déterminée, vous pouvez vous mettre en action dès maintenant, prendre en main votre avenir et impacter les décisions qui concernent votre qualité de vie et celle de vos enfants.

Que le 2 février reste une étape clé dans la construction de votre lutte. Que vous puissiez croire en votre capacité à modifier les cartes d’un jeu malsain, fait d’intrigues et de deals politiques. Car c’est hélas bien plus qu’un jeu, et les carottes seront bientôt cuites si rien n’est fait rapidement.

 

Philippe Furrer

Activiste du mouvement et du sport

Twitter @inspoweredby

www.inspoweredby.ch

Pour que les patients chroniques s’impatientent (enfin)

Après les assises vaudoises du réchauffement climatique, à quand celles de la sédentarité ?

Le réchauffement climatique nous menace et occupe à raison nos politiques et les grands de ce monde. Les autorités vaudoises viennent justement d’accueillir leurs premières assises du climat le 12 novembre dernier. Elles illustrent l’importance d’une action locale pour résoudre un problème global. Mais il est un autre mal rampant, encore largement ignoré de nos élus… une menace insidieuse et permanente sur notre qualité de vie et celle de nos enfants : le manque de mouvement et la malbouffe ! Qui dit sédentarité et nourriture déséquilibrée dit, en effet, risques croissants de développer des maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques, diabète, etc.). En Suisse, c’est 80 % des dépenses de la santé qui sont consacrées au traitement de ces maladies chroniques. Or, un grand nombre de celles-ci sont occasionnées par des modes de vie peu recommandables (sédentarité, mais aussi tabagisme et alcoolisme) et peuvent être prévenues ou retardées dans leur grande majorité. Dans le canton de Vaud, le diabète touche plus de 40 000 personnes et occasionne chaque année des centaines de millions de francs en coûts directs et indirects. Tous ces malades chroniques, au-delà de leurs drames personnels et familiaux, représentent une charge énorme pour notre société et un frein certain à notre développement social et économique.

 

Réunir deux mondes

C’est un paradoxe. Le canton de Vaud se gausse des plus de cinquante fédérations internationales sportives qu’il héberge. Il promeut avec fierté une Health Valley comprenant certains des meilleurs chercheurs et acteurs économiques du biomédical, du pharma et des health techs… Alors pourquoi ce débat de société sur les méfaits de la sédentarité n’y prend-il pas plus de place ? À quand des assises de la sédentarité ? Ou plutôt une marche pour le mouvement et l’activité physique pour tous ? À l’heure où le monde entier doit faire face à la même épidémie de sédentarité et à une pression financière grandissante sur les coûts de la santé, de tels Etats Généraux centrés sur le vivant et le mieux-vivre, ne seraient-ils pas souhaitables, voire même urgents? Un tel débat permettrait d’explorer des pistes allant au-delà des nombreux nouveaux traitements qui arrivent sur le marché, et de soigner les causes plutôt que simplement les symptômes.

Le sociologue Pierre Escofet, dans sa chronique publiée par Le Temps le 9 novembre, a raison de souligner les limites de la responsabilité individuelle lorsqu’il s’agit d’adopter des modes de vie plus sains et actifs. Mais qu’en est-il de la responsabilité politique ? Dans un pays qui se classe au même niveau que la Biélorussie parmi les nations prenant des mesures afin de contrôler l’accès de leurs jeunes aux produits du tabac ou encore pour limiter la présence publicitaire de l’agroalimentaire, on se doit ici de ménager nos attentes ! Il est urgent d’appeler nos élus à cesser de suivre les intérêts puissants des lobbies du tabac, de l’alimentaire et des boissons sucrées, ainsi que la longue chaîne des acteurs qui profitent du « business de la santé », dont nos assurances maladies ne sont pas les seuls maillons.

 

Mesures ciblées

Comme Pierre Escofet le souligne également, notre statut socio-économique détermine dans une large mesure notre propension à bouger et à vivre sainement. Il est essentiel que nos pouvoirs publics en prennent conscience, car les mesures attendues de nos élus devront se focaliser sur les plus vulnérables. De la même manière que la médecine devient hyper-personnalisée, les interventions publiques doivent être chirurgicales, pour assurer le meilleur retour sur investissement (en termes de mesures de prévention, d’éducation et d’accompagnement). On sait désormais, notamment avec les études du groupe GIRAPH* en Suisse, que notre lieu d’habitation détermine aussi, dans une large mesure, notre mode de vie. Et tout ne dépend pas uniquement de nos origines, de notre salaire ou de notre niveau de formation.

 

Une réponse transdisciplinaire à un défi complexe

Même si le propriétaire vaudois profitait des subventions cantonales et communales pour changer son système de chauffage et l’isolation de sa maison, voire pour acheter un véhicule électrique, il est peu probable qu’il constate les bénéfices de ses actions personnelles sur l’évolution du climat. Il en va autrement de la sédentarité et de la nutrition. L’adoption d’un mode de vie plus sain et actif, quels que soient l’âge et la forme physique du sujet, apporte très rapidement des bienfaits en termes de qualité et d’espérance de vie. On peut donc se demander, sans vouloir opposer deux priorités sociétales légitimes, pourquoi nos autorités n’investissent pas plus d’énergie et de moyens dans la prévention et dans la promotion du sport et du mouvement pour tous. Des assises (actives !) de la sédentarité permettraient de réunir les responsables de la santé, de l’économie et de l’éducation, mais également ceux du sport, de l’aménagement du territoire, de l’innovation et même de la culture. Car ce défi est aussi complexe qu’il est urgent. Il ne peut être résolu que par une forte collaboration transdisciplinaire, ce à quoi nous ne sommes encore que très peu habitués.

 

Une campagne pilote pour faire bouger malin et altruiste

La campagne pilote de 9 semaines Décrochons la Lune a permis en automne 2018 à plusieurs centaines de participants vaudois de couvrir plus de 92 000 kilomètres en bénéficiant de conseils santé et en testant une nouvelle app dédiée. Cela a également permis d’explorer de nouvelles formes de collaboration parmi les communes ou entreprises participantes. Dans son papier, Pierre Escofet critique gentiment l’aspect symbolique, voire infantilisant, de cette démarche. Il oublie peut-être la magnitude du défi qui attend notre société. Si rien n’est fait (et rapidement !), notre planète comptera près de 700 mio de diabétiques en 2045 (nous en sommes déjà à plus de 350 mio en 2017 pour une charge financière globale de USD 750 mia à USD 1,3 trillion selon les études, et une projection à USD 2,1 trillions en 2030 !). Dans notre pays, ce sont déjà de trop nombreuses familles qui ne peuvent plus payer seules leurs primes maladies. Alors, continuerons-nous de payer pour soigner ou commencerons-nous un jour à investir pour optimiser notre capital santé et pour vivre plus longtemps en santé ?

 

Dans le regard amusé qu’il porte sur notre campagne Décrochons la Lune, le sociologue se demande si l’action saura susciter une quelconque prise de conscience. Il semble douter de l’effet de cette « alliance du mouvement pour le bien-être ». Pourtant, au vu de l’inertie de nos élus en la matière, les mouvements citoyens, apolitiques ou même activistes sont plus importants que jamais.

 

Il conclut sa chronique par une note ironique : « La Lune est un astre géologiquement inactif. Ce n’est qu’un symbole. Mais tout de même, ça la fout mal… ». Mais la Lune est bien responsable du mouvement des marées, source vitale pour la richesse et la diversité de nos écosystèmes ! Alors, bien sûr, notre action ne changera pas les normes sociales d’un coup de cuillère à pot, mais si elle contribuait à une lame de fond en faveur du mouvement, de l’activité physique et du sport pour tous, nous en serions très fiers.

 

Philippe Furrer

Activiste du mouvement et du sport

Twitter @inspoweredby

www.inspoweredby.ch

 

*Geographic Information Research and Analysis in Public Health