T’as qu’à faire une heure de sport par jour !

A un mois de l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse à Lausanne, il est temps de se pencher sur la situation du sport et de la jeunesse en Suisse. Flashback sur le 7 novembre à Yverdon-les-Bains, lors de l’excellente troisième édition de la conférence Activité Physique, Innovation et Santé.

Un panel de discussion en ouverture du forum nous aura permis de mieux comprendre la vision de la Confédération pour une population plus saine et active. Etaient présents sur scène le Directeur de l’Office Fédéral des Sports, la co-cheffe vaudoise de la promotion de la santé et prévention à Unisanté et une jeune olympienne, très investie dans le rôle inclusif, social et éducatif du sport.

L’objet central des débats : quelles politiques et quels mécanismes permettraient au plus grand nombre d’habitants de ce pays, et aux jeunes en particulier, de bouger plus et d’adopter des modes de vie plus actifs, afin de prévenir et mieux combattre les méfaits (et les coûts croissants !) des maladies chroniques et mentales. Vaste et complexe sujet, qui exige de bien comprendre quels sont les déterminants, individuels et collectifs, du bien-être et d’une santé durable. Rappelons au passage les tous derniers chiffres pour la Suisse : 42% de la population est en surpoids ou obèse. Et la dernière étude de l’OMS publiée dans le Lancet en novembre indique que 89% des adolescentes et 83% des adolescents suisses de 11-17 ans ne bougent pas assez (c-à-d n’arrivent pas à la recommandation de l’OMS de 60min d’activité physique par jour). Mais bon, nous sommes moins pires que les voisins, paraît-il… !

Et voilà soudain le plus haut responsable de l’administration du sport en Suisse qui nous rappelle (une nouvelle fois) que lui, il parvient à faire une heure de sport par jour… Mieux encore, que même notre cycliste invétéré de Président de la Confédération Ueli Mauer y parvient lui aussi ! Alors… ? A l’heure où Macolin fête ses 75ans d’ « encouragement du sport suisse », force est de constater que la politique utilitariste du sport ne semble pas y avoir beaucoup évolué: d’une meilleure préparation physique des soldats, on est passé à une politique de la responsabilité individuelle de type « t’as qu’à ».

 

 

L’a(l)titude de Macolin

Comment est-ce encore possible en 2019 de se placer sur le terrain d’une telle culpabilisation et de suivre de tels raccourcis ? Est-ce l’a(l)titude de Macolin qui rend la mise en place d’une vision claire et ambitieuse pour le sport suisse si difficile ? Redescendons un moment dans le brouillard de Bienne pour mieux comprendre quels sont certains des déterminants d’une activité physique plus régulière et d’une meilleure santé…

Comme très joliment décrit par le Pr Guessous des HUG (ré-écoutez le 19:30 du 28 novembre), l’inégalité face à la pression calorique est grande. On connait depuis longtemps l’influence du statut socio-économique sur la capacité des gens à adopter des modes de vie sains et actifs. Le niveau de formation, comme les origines ethniques, sont déterminants dans la capacité qu’ont les personnes à résister aux publicités et incitations omniprésentes et à se mettre en mouvement pour prendre soin de leur capital bien-être. Il a également été démontré que le lieu d’habitation influence la propension à souffrir de certaines « conditions » ou maladies chroniques (obésité, diabète): l’environnment physique et social (densité urbaine, densité des points de vente de boissons sucrées, aménagement des espaces verts, voies pédestres et accessibilité à une mobilité douce, influence des pairs, etc.) détermine largement la propension d’un individu à bouger et à adopter des comportements sains.

Ces déterminants sont nombreux, complexes mais de mieux en mieux étudiés. Ils exigent des mesures plus courageuses (notamment légales et fiscales), mais aussi de repenser certains des métiers de demain, à cheval entre santé, prévention, enseignement, pratiques sportives (adaptées et accessibles), aménagement de nos villes, mobilité douce, etc. Il est également important de repenser le rôle central des milliers de clubs sportifs en Suisse, la formation de leurs cadres (essentiellement bénévoles), la valorisation du capital social que ces clubs génèrent dans tout le pays, ou encore leur capacité à s’ouvrir à des pratiques non-compétitives et plus inclusives. C’est justement la démarche que poursuit intelligemment Yverdon-les-Bains, qui vient par exemple d’ouvrir des cours gratuits pour favoriser le mouvement chez les tout petits (le MiniMove du dimanche matin) ou qui repense son aménagement urbain et sa relation avec ses clubs sportifs.

 

 

Transfert d’expériences… si on le veut bien !

A trente jours de l’ouverture de Lausanne 2020, je ne peux m’empêcher de réagir à cette récente remarque du Chef de l’OFSPO et de revenir sur son voyage à Lillehammer en février 2016 (pour observer l’édition précédente des JOJ en Norvège). Comment avez-vous, à votre tour, saisi l’occasion des JOJ en Suisse pour redynamiser le sport national, renouveler ses cadres, préparer la relève (administrative et pas uniquement sportive !), rendre le sport plus attractif (en y incluant des nouvelles pratiques libres) et éviter la grande perte de membres actifs entre 14 et 18 ans ? Accompagné de votre nouveau chef d’alors, M. le Conseiller Fédéral Guy Parmelin, vous avez découvert les nombreux programmes norvégiens destinés à engager et responsabiliser la jeunesse nationale (programme de 2ans avec 200 jeunes leaders à travers tout le pays, programme des Young Change-Makers, activations dans les écoles, etc.). Qu’en avez-vous retiré pour nos jeunes helvètes ?

 

 

Au-delà du « y’a qu’à »

Pour répondre à ses interrogations, il s’agit de dépasser les stratus biennois et de regarder au-delà du y’a qu’à – nous ne sommes et ne serons jamais égaux face au sport et à la santé ! Chacune et chacun n’a pas la possibilité de pratiquer une heure de sport par jour ! Il est donc de la responsabilité de nos élus à Berne et de nos fonctionnaires à Macolin de tout mettre en œuvre pour favoriser le mouvement, l’activité physique et le sport pour toutes et tous, quels que soient l’âge, le sexe, le poids, les capacités motrices, l’origine sociale, les moyens financiers ou encore le lieu de vie de nos jeunes. Et l’enjeu n’est pas que social ; il devient également économique, au vu des coûts croissants de notre système de santé ! Un événement comme les JOJ est unique en Suisse pour catalyser de nouveaux programmes axés sur la jeunesse (encore plus vrai après le ratage de Sion 2026 !). Bien que nous bénéficions déjà de nombreux programmes excellents (comme Jeunesse & Sport, L’Ecole Bouge, etc.), les derniers chiffres de la sédentarité et du bien-être physique et psycho-social de nos jeunes imposent des mesures plus courageuses et ambitieuses. J’ai hâte de les découvrir.

Philippe Furrer

Philippe Furrer

Philippe Furrer a passé l’essentiel de sa carrière comme cadre dans le monde du sport international. Géographe de formation, il se passionne d’interdisciplinarité, car les problèmes de notre monde contemporain sont si complexes qu’ils exigent de nouveaux paradigmes.

Une réponse à “T’as qu’à faire une heure de sport par jour !

  1. Lorsque l’on voit et ressens la pression des études sur les jeunes gymnasiens, nos ados sont amenés à faire des choix qui, souvent, se font pour plaire aux parents. Rarement les parents privilégieraient le sport (…)

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