Mieux vivre après la COVID – ou comment éviter le Fake Reset ?

Au-delà de l’indispensable transition verte de notre économie, c’est également un plan d’urgence du mouvement et de l’activité physique inclusive qui devrait être à l’ordre du jour.

Partie 2/3 : La disruption par la prévention, l’approche transdisciplinaire et le mouvement

La COVID-19 a forcé nos gouvernements à prendre des mesures radicales de confinement et de distanciation physique. Mais ces stratégies de crise pour réduire les risques de mortalité et de morbidité dues au virus ne sont pas sans conséquences sur la santé physique et mentale des populations touchées. Les pertes en termes de réserves fonctionnelles et physiques sont bien connues : capacités cardiovasculaires, musculaires, motricité, immunité, etc.

Mais les conséquences délétères sur la santé mentale d’une population soudainement isolée sont également significatives. La solitude, exacerbée par l’isolement social qui a prévalu pendant le confinement de ce printemps peut en effet provoquer de nombreux effets sur le bien-être psychologique, vraisemblablement pour tous les âges et tous les milieux, mais surtout parmi les personnes déjà vulnérables.

Une étude publiée fin mai dans le Cambridge University Press et à laquelle ont largement contribué les universités de Genève, Lausanne et Berne s’est penchée sur les conséquences psychologiques du confinement à la maison et des restrictions de mouvements. Une projection des années de vie perdues en raison des conséquences durables sur la santé mentale d’une population fragile en Suisse fait dire à ces chercheurs que la population helvétique subira une augmentation significative de mortalité liées aux stress psychologique et que ces conséquences doivent être intégrées dans toutes réponses sanitaires face à une pandémie. Face aux mesures de confinement, ils appellent les autorités à soutenir les acteurs de la santé mentale afin de maintenir à tous prix leurs services aux personnes fragiles. Pour eux, il est essentiel de mieux prendre en comptes les maladies mentales lors des calculs coûts-bénéfices-risques des mesures sanitaires adoptées en situations de crises et des mesures d’accompagnement et d’atténuation indispensables.

Selon une autre recherche canadienne et britannique récente, les conséquences de l’isolement social exacerbé des derniers mois pourraient entraîner dans les années à venir des coûts en soins de santé aussi importants, voire supérieurs, aux coûts directs de la COVID-19 elle-même. Plus particulièrement, les effets délétères de la solitude engendrée par les mesures de distanciation physique pourraient accroître le nombre de diagnostics de la maladie d’Alzheimer au sortir de la crise. Selon le Dr Danilo Bzdok, professeur à l’Institut neurologique de Montréal, et Robin Dunbar, professeur émérite au Département de psychologie expérimentale de l’Université Oxford, « Les gens qui vivent en permanence dans la solitude se retrouvent de façon chronique dans une situation de stress. L’interaction sociale est tellement importante pour l’être humain, est tellement cruciale pour les gens de tout âge, des bébés aux personnes âgées, que s’il y a une carence d’interactions sociales comme ce pourrait être le cas en raison de l’isolement massif qu’a entraîné le confinement, ces gens-là perçoivent cette exclusion sociale comme une menace. »

 

Une prévention primaire, secondaire et tertiaire

Alors que le vieillissement n’est pas un facteur sur lequel on peut agir directement, les autres facteurs de risque liés aux maladies de « lifestyle » offrent eux de nombreux moyens d’action : éducation, campagnes de prévention, dépistage, régulations et étiquetage alimentaires, promotion du transport actif (favorisant plus de marche et de cyclisme dans nos villes), urbanisme actif (présence et accessibilité de parcs publics, voies vertes sécurisées), pratique favorisée de sports organisés ou libres, accessibles et inclusifs. Voilà donc de quoi réfléchir pour nos futures politiques publiques : santé, sport, éducation, aménagement du territoire, transport… Il est vraiment temps de repenser nos villes, notre organisation du travail, nos loisirs, la distance du champ à l’assiette (et ce qu’on y met !)…

Et c’est justement là que le sport et l’activité physique interviennent : ces « outils » pourraient permettre de combler certaines des disparités soulevées ci-dessus et dans la première partie de cet article, en produisant du capital social sous la forme de santé et bien-être, prévention et sensibilisation, estime de soi et productivité, lien social et plus encore. Une médecine préventive et prédictive devient non seulement de plus en plus nécessaire mais également possible grâce à l’état des connaissances et au progrès rapide dans les sciences des données notamment. Mais cette médecine doit également devenir plus personnalisée et participative, de manière à identifier et atteindre les groupes et individus les plus à risque de souffrir de manière chronique ou ponctuelle des maladies de société, liées soit à notre mode de vie sédentaire ou au dérèglement accéléré de notre biosphère et de notre climat.

 

La pensée transdisciplinaire pour mieux saisir la complexité

Nul doute que les liens entre climat, pollution, déboisement, biodiversité, épizooties, coronavirus, sédentarité, obésité, urbanisme, commerce international ou encore transport ne vont pas de soi pour chacune et chacun d’entre-nous, élus politiques compris. Or, la COVID, c’est aussi cela : de multiples dimensions et considérations qui sont indispensables afin de saisir les causes, les liens, les enjeux et les pistes à suivre. Et pour rendre intelligibles des choses aussi compliquées, comme pour dessiner de possibles réponses, nous devons croiser les regards, confronter les points de vue, échanger entre sciences et disciplines souvent cloisonnées. Mais cette transversalité n’est souvent ni enseignée, ni encouragée, alors qu’elle est pourtant centrale afin de favoriser une lecture éclairée et bien informée d’un monde hyperconnecté dans lequel les changements s’accélèrent. En effet, nous nourrissons encore cette furieuse tendance à n’imaginer les solutions à nos problèmes que dans le prisme restreint de nos formations, de nos expériences ou encore de quelques lectures. Ainsi, la COVID-19 devrait nous apporter de nouvelles opportunités de transgresser le monothéisme scientifique et administratif encore trop présent dans nos académies et dans nos administrations. Des nouveaux métiers devront émerger, des professionnels agiles, des collaborations originales et porteuses de sens, des formes de gestion plus transversales et intégrées.

 

 

Alors docteur, quelles leçons tirer?

Dans une parfaite logique pathogénique et économique, nos (très) chers systèmes de soin ont bien tenu le choc et nous nous sommes félicités de l’adaptation rapide des services d’urgence qui n’ont – chez nous du moins – jamais été submergés. Mais un plan d’urgence sanitaire ne doit-il servir qu’à faire face aux urgences de soin ou ne devrait-il pas également permettre de mieux anticiper et minimiser l’impact des futures crises sanitaires ? Comment un tel plan d’urgence sanitaire pourrait-il s’articuler autour de mesures préventives afin de limiter la casse lors des prochaines crises ? En d’autres termes, est-il imaginable de voir nos autorités sanitaires aussi promptes et efficaces à agir en mode prévention qu’elles l’ont été ces derniers mois en mode pompiers ? Car prévenir vaut mieux que guérir… Et prévenir, c’est améliorer la résistance et la résilience de nos communautés lors des prochaines crises sanitaires, et donc amoindrir le choc sanitaire, logistique et économique sur les services de soin et sur l’économie en général. Mais encore faut-il s’extirper du paradigme du business de la maladie et de l’influence des lobbies des grands pharmas. Et là, il y a du pain sur la planche pour nos élus…

Qui saura donc promouvoir de manière ambitieuse le médicament au meilleur rapport coûts-bénéfices ? Ce médicament qui est accessible à toutes et à tous et dont la fabrication n’a pas été délocalisée en Asie ? Promouvoir un mode de vie sain et actif – car c’est de cela qu’il s’agit ! – est devenu une urgence sanitaire, sociétale et économique. Une activité physique régulière et une nutrition équilibrée doivent faire partie de l’arsenal préventif contre les attaques virulentes des futurs coronavirus et contre toutes les attaques plus silencieuses mais dévastatrices des maladies chroniques.

La partie 3 de cet article s’intéressera à l’indispensable transition verte et sanitaire de nos sociétés, de même qu’au rôle du secteur financier

Philippe Furrer

Philippe Furrer

Philippe Furrer a passé l’essentiel de sa carrière comme cadre dans le monde du sport international. Géographe de formation, il se passionne d’interdisciplinarité, car les problèmes de notre monde contemporain sont si complexes qu’ils exigent de nouveaux paradigmes.

Une réponse à “Mieux vivre après la COVID – ou comment éviter le Fake Reset ?

  1. On critique beaucoup la Chine en Occident, coupable de tous les maux, le dernier bien sûr, le corona (si tant est qu’il vienne bien de chez elle).

    Mais la Chine, colonisée, martyrisée et maintenant, bientôt (ou déjà) la puissance Nr.1 en un temps record face l’occident, dans sa tradition médicinale, traite le patient pour ne pas être malade, et non lorsqu’il l’est!

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