Mieux vivre après la COVID – ou comment éviter le Fake Reset ?

Au-delà de l’indispensable transition verte de notre économie, c’est également un plan d’urgence du mouvement et de l’activité physique inclusive qui devrait être à l’ordre du jour.

Partie 3/3 : Appel à une transition verte… et sanitaire

Selon le philanthrope et homme d’affaires André Hoffmann, cité récemment dans le Temps, « Au lieu de continuer à trébucher d’une crise à l’autre, nous devons dès aujourd’hui construire un monde plus résilient. Placer la protection de l’environnement et la restauration écologique au centre de la relance post-Covid-19 est la mesure idéale par laquelle commencer. » En effet, de nombreuses voix se font entendre pour une relance verte et responsable, qui respecte et valorise notre capital naturel. Toutefois, c’est de notre capital social et de notre réserve fonctionnelle et sanitaire qu’il s’agit également ! A une relance verte et vertueuse, une relance active pour remettre en mouvement une population devenue trop sédentaire est également indispensable. Qui s’en occupera ? Nos autorités sanitaires ? Trop occupées à éteindre les incendies et trop enfermées dans une logique pathogénique. Nos politiques ? Trop souvent sous influence du court-termisme, de vues partisanes ou des lobbies du Big Pharma et de assurances maladies… car être malade paie ! Comme le rappelle cette blague cynique qui circulait récemment sur les médias sociaux… Un cycliste de plus sur les routes, c’est un désastre économique : il n’achète pas de voiture, ni de leasing ou d’assurance, ne paie pas de services, de parking… ne devient pas obèse, achète moins de médicaments, rend moins souvent visite à son médecin… et donc n’ajoute rien au PIB… alors qu’une nouvelle franchise de malbouffe génère au moins 30 emplois en plus de ses postes directs : 10 cardiologues, 10 dentistes, 10 nutritionnistes…

 

Il est donc devenu indispensable de définir un plan d’urgence du mouvement et de l’activité physique inclusive. Il s’agit notamment d’équiper les populations à risque d’une meilleure réserve et résilience physique face aux affections de la COVID et de ses petites sœurs à venir. A l’heure où chaque citoyen contribue par ses primes d’assurance maladie au budget de Promotion Santé Suisse, ce serait bon que nos parlementaires s’y intéressent plus sérieusement et qu’on augmente les moyens dévolus à la prévention. Petit rappel : 80% des dépenses de santé en Suisse sont consacrés au traitement des maladies non-transmissibles contre à peine plus de 2% pour la prévention, moins que la moyenne de l’OCDE. Ici (cher M. le Ministre Berset…), nous ne pouvons plus agir aussi lentement que nécessaire, mais plutôt aussi vite que possible !

 

Pour des assises du mouvement (!)

Alors que le canton de Vaud voyait renvoyées ses premières assises du sport en mars dernier, il est peut-être temps de repositionner un tel gremium autour du mouvement et du bien-être pour tous et de décloisonner ainsi le monde du sport. Non, le sport n’est pas qu’un loisir ou un secteur florissant de notre économie. Des politiques sportives visionnaires et intégrées peuvent générer des dividendes sociaux capitaux : une meilleure santé physique, mentale et sociale, un moyen de mieux vieillir et de retarder les affections chroniques, des ressources pour maintenir son autonomie physique plus longtemps et pour éviter les chutes aux lourdes conséquences. Une activité physique régulière, c’est aussi une meilleure productivité des employés, une plus grande créativité et un meilleur esprit d’équipe. C’est aussi créer du lien social, du bien-être et inviter chacune et chacun à redécouvrir sa ville ou sa campagne. Ainsi, ce serait remarquable de réunir autour d’une même table les conseillers d’Etat en charge de la santé, de l’éducation, de l’économie, du sport, de l’aménagement du territoire et de l’environnement pour tirer ensemble les enseignements de la crise du coronavirus et dessiner les contours du monde d’après, un monde dans lequel tout est entrepris pour préserver le bien-être durable de chacune et de chacun, notamment grâce aux vertus multiples, individuelles et collectives d’une pratique sportive régulière.

Une vue aérienne du Caire à gauche – une rue de Rotterdam à droite: a Tale of Two Cities…

 

Et la finance ?

Pour que de telles assises du mouvement et du bien-être puissent prendre le pas sur le paradigme de la sédentarité et de la maladie dans lequel nous sommes encore emprisonnés, n’oublions pas de mettre le grand argentier autour de cette table, car le monde de la finance – de plus en plus responsable et durable dit-on ! – doit également réorienter ses capitaux pour leur donner plus de sens et d’impact, ici comme ailleurs. Cette crise sera peut-être l’occasion pour un canton comme Vaud ou pour la Confédération de relancer les discussions autour d’un fonds souverain, dont la double mission serait d’assurer un capital-coussin en cas de crise comme celle de la COVID-19, mais aussi et surtout de valoriser les forces et solutions locales, orientées santé, bien-être, innovation, inclusion sociale et solidarité. Un fonds dont la gouvernance ne lui permettrait pas de perdre des dizaines de millions comme l’a fait la BNS ces derniers mois dans des actions fossiles… Et à l’heure où le monde de la finance s’émerveille devant les obligations vertes, il est peut-être temps d’innover en phase post-COVID-19 et d’imaginer des obligations arc-en-ciel, celle du de bien-être. L’Etat serait bien inspiré de s’appuyer sur un de ses leviers les plus puissants pour organiser son « Great Reset »: le secteur financier.

 

Pour conclure…

Confrontés à trois versions inquiétantes du coronavirus depuis 20 ans, il faut désormais accepter que ce soit un risque chaque année. Comme une canicule et ses mêmes effets de faucheuse de vies fragiles. Dans une société qui accepte que la cigarette, la sédentarité et la malbouffe tuent chaque année silencieusement des dizaines de milliers de personnes, il a été surprenant de constater l’ampleur et l’unanimité derrière les mesures sanitaires et économiques radicales prises en Suisse. Osons espérer que la science soit désormais mieux écoutée et qu’une nouvelle prise de conscience sanitaire ait lieu afin de mieux affronter l’après-COVID-19 et mieux prévenir les futures crises sanitaires. Avec, cette fois, une plus sérieuse prise en compte des groupes à risques, grâce à une prévention et à des investissements plus ciblés, plus efficaces et finalement plus rentables.

Ces derniers mois sont aussi l’occasion de repenser nos modes de vie, nos loisirs, nos transports et l’organisation de nos villes. De nombreux maires dans le monde entier font preuve d’une nouvelle détermination : celle de construire une plus grande résilience sociale et environnementale. Au-delà de la COVID-19, on prendra peut-être plus conscience que ce sont également les pandémies silencieuses de diabètes ou de pollution aux particules fines qui occasionnent des dégâts et des coûts prodigieux.

Dans son projet de double sommet 2021 (physique et digital), le WEF l’annonce : les fondations pour un « Great Reset » post-COVID-19 exigent « un nouveau contrat social respectant la dignité humaine et la justice sociale, et dans lequel les progrès sociétaux ne soient pas déclassés par le développement économique ». Nous verrons rapidement si ce revirement de principe sera fortement corrélé au nombre de jet privés et d’hélicoptères approchant les montagnes grisonnes en janvier prochain…

Nous terminerons sur les belles paroles d’un des sponsors de cet événement, le Secrétaire Général des Nations Unies Antonio Guterres, qui déclarait « Le Great Reset est une reconnaissance bienvenue que cette tragédie humaine doit être un signal d’alarme. Nous devons construire des économies et des sociétés plus égalitaires, inclusives et durables, plus résilientes face aux pandémies, aux
changements climatiques et aux nombreux autres changements mondiaux auxquels nous sommes confrontés
».

Remettre nos communautés en mouvement après ce long confinement et promouvoir des styles de vie sains et actifs pour tous doit faire partie de notre arsenal de relance. Sans quoi, nous nous dirigerons vers un Fake Reset qui maintiendra la prééminence d’une économie prédatrice, dévoreuse de carbone et de petites mains serviles.

Mieux vivre après la COVID – ou comment éviter le Fake Reset ?

Au-delà de l’indispensable transition verte de notre économie, c’est également un plan d’urgence du mouvement et de l’activité physique inclusive qui devrait être à l’ordre du jour.

Partie 2/3 : La disruption par la prévention, l’approche transdisciplinaire et le mouvement

La COVID-19 a forcé nos gouvernements à prendre des mesures radicales de confinement et de distanciation physique. Mais ces stratégies de crise pour réduire les risques de mortalité et de morbidité dues au virus ne sont pas sans conséquences sur la santé physique et mentale des populations touchées. Les pertes en termes de réserves fonctionnelles et physiques sont bien connues : capacités cardiovasculaires, musculaires, motricité, immunité, etc.

Mais les conséquences délétères sur la santé mentale d’une population soudainement isolée sont également significatives. La solitude, exacerbée par l’isolement social qui a prévalu pendant le confinement de ce printemps peut en effet provoquer de nombreux effets sur le bien-être psychologique, vraisemblablement pour tous les âges et tous les milieux, mais surtout parmi les personnes déjà vulnérables.

Une étude publiée fin mai dans le Cambridge University Press et à laquelle ont largement contribué les universités de Genève, Lausanne et Berne s’est penchée sur les conséquences psychologiques du confinement à la maison et des restrictions de mouvements. Une projection des années de vie perdues en raison des conséquences durables sur la santé mentale d’une population fragile en Suisse fait dire à ces chercheurs que la population helvétique subira une augmentation significative de mortalité liées aux stress psychologique et que ces conséquences doivent être intégrées dans toutes réponses sanitaires face à une pandémie. Face aux mesures de confinement, ils appellent les autorités à soutenir les acteurs de la santé mentale afin de maintenir à tous prix leurs services aux personnes fragiles. Pour eux, il est essentiel de mieux prendre en comptes les maladies mentales lors des calculs coûts-bénéfices-risques des mesures sanitaires adoptées en situations de crises et des mesures d’accompagnement et d’atténuation indispensables.

Selon une autre recherche canadienne et britannique récente, les conséquences de l’isolement social exacerbé des derniers mois pourraient entraîner dans les années à venir des coûts en soins de santé aussi importants, voire supérieurs, aux coûts directs de la COVID-19 elle-même. Plus particulièrement, les effets délétères de la solitude engendrée par les mesures de distanciation physique pourraient accroître le nombre de diagnostics de la maladie d’Alzheimer au sortir de la crise. Selon le Dr Danilo Bzdok, professeur à l’Institut neurologique de Montréal, et Robin Dunbar, professeur émérite au Département de psychologie expérimentale de l’Université Oxford, « Les gens qui vivent en permanence dans la solitude se retrouvent de façon chronique dans une situation de stress. L’interaction sociale est tellement importante pour l’être humain, est tellement cruciale pour les gens de tout âge, des bébés aux personnes âgées, que s’il y a une carence d’interactions sociales comme ce pourrait être le cas en raison de l’isolement massif qu’a entraîné le confinement, ces gens-là perçoivent cette exclusion sociale comme une menace. »

 

Une prévention primaire, secondaire et tertiaire

Alors que le vieillissement n’est pas un facteur sur lequel on peut agir directement, les autres facteurs de risque liés aux maladies de « lifestyle » offrent eux de nombreux moyens d’action : éducation, campagnes de prévention, dépistage, régulations et étiquetage alimentaires, promotion du transport actif (favorisant plus de marche et de cyclisme dans nos villes), urbanisme actif (présence et accessibilité de parcs publics, voies vertes sécurisées), pratique favorisée de sports organisés ou libres, accessibles et inclusifs. Voilà donc de quoi réfléchir pour nos futures politiques publiques : santé, sport, éducation, aménagement du territoire, transport… Il est vraiment temps de repenser nos villes, notre organisation du travail, nos loisirs, la distance du champ à l’assiette (et ce qu’on y met !)…

Et c’est justement là que le sport et l’activité physique interviennent : ces « outils » pourraient permettre de combler certaines des disparités soulevées ci-dessus et dans la première partie de cet article, en produisant du capital social sous la forme de santé et bien-être, prévention et sensibilisation, estime de soi et productivité, lien social et plus encore. Une médecine préventive et prédictive devient non seulement de plus en plus nécessaire mais également possible grâce à l’état des connaissances et au progrès rapide dans les sciences des données notamment. Mais cette médecine doit également devenir plus personnalisée et participative, de manière à identifier et atteindre les groupes et individus les plus à risque de souffrir de manière chronique ou ponctuelle des maladies de société, liées soit à notre mode de vie sédentaire ou au dérèglement accéléré de notre biosphère et de notre climat.

 

La pensée transdisciplinaire pour mieux saisir la complexité

Nul doute que les liens entre climat, pollution, déboisement, biodiversité, épizooties, coronavirus, sédentarité, obésité, urbanisme, commerce international ou encore transport ne vont pas de soi pour chacune et chacun d’entre-nous, élus politiques compris. Or, la COVID, c’est aussi cela : de multiples dimensions et considérations qui sont indispensables afin de saisir les causes, les liens, les enjeux et les pistes à suivre. Et pour rendre intelligibles des choses aussi compliquées, comme pour dessiner de possibles réponses, nous devons croiser les regards, confronter les points de vue, échanger entre sciences et disciplines souvent cloisonnées. Mais cette transversalité n’est souvent ni enseignée, ni encouragée, alors qu’elle est pourtant centrale afin de favoriser une lecture éclairée et bien informée d’un monde hyperconnecté dans lequel les changements s’accélèrent. En effet, nous nourrissons encore cette furieuse tendance à n’imaginer les solutions à nos problèmes que dans le prisme restreint de nos formations, de nos expériences ou encore de quelques lectures. Ainsi, la COVID-19 devrait nous apporter de nouvelles opportunités de transgresser le monothéisme scientifique et administratif encore trop présent dans nos académies et dans nos administrations. Des nouveaux métiers devront émerger, des professionnels agiles, des collaborations originales et porteuses de sens, des formes de gestion plus transversales et intégrées.

 

 

Alors docteur, quelles leçons tirer?

Dans une parfaite logique pathogénique et économique, nos (très) chers systèmes de soin ont bien tenu le choc et nous nous sommes félicités de l’adaptation rapide des services d’urgence qui n’ont – chez nous du moins – jamais été submergés. Mais un plan d’urgence sanitaire ne doit-il servir qu’à faire face aux urgences de soin ou ne devrait-il pas également permettre de mieux anticiper et minimiser l’impact des futures crises sanitaires ? Comment un tel plan d’urgence sanitaire pourrait-il s’articuler autour de mesures préventives afin de limiter la casse lors des prochaines crises ? En d’autres termes, est-il imaginable de voir nos autorités sanitaires aussi promptes et efficaces à agir en mode prévention qu’elles l’ont été ces derniers mois en mode pompiers ? Car prévenir vaut mieux que guérir… Et prévenir, c’est améliorer la résistance et la résilience de nos communautés lors des prochaines crises sanitaires, et donc amoindrir le choc sanitaire, logistique et économique sur les services de soin et sur l’économie en général. Mais encore faut-il s’extirper du paradigme du business de la maladie et de l’influence des lobbies des grands pharmas. Et là, il y a du pain sur la planche pour nos élus…

Qui saura donc promouvoir de manière ambitieuse le médicament au meilleur rapport coûts-bénéfices ? Ce médicament qui est accessible à toutes et à tous et dont la fabrication n’a pas été délocalisée en Asie ? Promouvoir un mode de vie sain et actif – car c’est de cela qu’il s’agit ! – est devenu une urgence sanitaire, sociétale et économique. Une activité physique régulière et une nutrition équilibrée doivent faire partie de l’arsenal préventif contre les attaques virulentes des futurs coronavirus et contre toutes les attaques plus silencieuses mais dévastatrices des maladies chroniques.

La partie 3 de cet article s’intéressera à l’indispensable transition verte et sanitaire de nos sociétés, de même qu’au rôle du secteur financier

Mieux vivre après la COVID – ou comment éviter le Fake Reset ?

Au-delà de l’indispensable transition verte de notre économie, c’est également un plan d’urgence du mouvement et de l’activité physique inclusive qui devrait être à l’ordre du jour.

Chapitre 1/3 : La COVID-19, miroir des inégalités?

Le Temps l’annonçait récemment : le WEF prépare déjà l’édition 2021 de son Forum sous l’enseigne The Great Reset. On peut toutefois craindre que si les leçons de la crise du coronavirus ne sont pas toutes tirées avec courage et clairvoyance, il pourrait plutôt s’agir d’un fake reset

Parmi les nombreux enseignements à tirer, il en est un qui tarde encore à être analysé : celui de la double peine que représente la prévalence inégale dans la population des maladies chroniques et de la COVID. En effet, partout le coronavirus apparaît comme le révélateur d’inégalités de bien-être et de disparités socio-économiques. Bien qu’il soit encore un peu tôt pour voir apparaître des analyses pertinentes en la matière, les premiers chiffres semblent pourtant le confirmer : mener une vie saine et active est la meilleure mesure de défense et de prévention, tant contre les risques de contracter ou de souffrir des effets dévastateurs du coronavirus, que contre les diverses maladies de société dites non-transmissibles (cancers, diabètes, maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires chroniques et maladies mentales). Des facteurs génétiques, encore mal compris mais étudiés de près, semblent également être décisifs dans le cas de la COVID-19, mais dans une moindre proportion et pour des profils plus jeunes et atypiques.

Une énième piqûre de rappel…

Une chose est pourtant sûre : d’autres coronavirus ou méchantes versions de l’influenza viendront semer la pagaille et remplir nos services d’urgence ces prochaines années, de même que des épisodes de plus en plus fréquents de canicules tueuses. Un bref rappel est ici utile : selon l’OFSP, on dénombrait 975 décès additionnels lors de la canicule de 2003 (15’000 morts supplémentaires cette même année en France et 70’000 en Europe). Prendre soin du climat et protéger notre biodiversité, c’est donc prendre soin de notre espèce… Et ces grandes menaces systémiques sur notre santé collective ne sont pas à prendre à la légère. En effet, nous ne pourrons accepter une second fois les mêmes sacrifices économiques et humains consentis ces derniers mois.

Un plan d’urgence sanitaire était pourtant en place pour faire face aux pandémies. Mais on connait la suite : pénurie de masques et d’autres équipements nécessaires dans les hôpitaux, et plus encore dans les établissements médico-sociaux (EMS-EHPAD). Ailleurs, chez certains de nos voisins, c’était aussi une pénurie de lits dans les services d’urgences ou encore une pénurie de respirateurs artificiels. Au-delà de ces leçons logistiques (notamment la sur-dépendance envers des marchés globalisés), il serait toutefois bon, lors de la révision de notre plan pandémie post-COVID 19, d’y inclure un volet prévention et promotion des activités physiques, de même que des actions ciblées sur les groupes à risque, désormais mieux connus.

 

Des facteurs primaires et secondaires

De nombreuses études le démontrent : parmi les facteurs de risque principaux pour contracter la COVID, souffrir de graves complications ou même en mourir, l’âge est suivi de près par la présence d’une ou de plusieurs maladies chroniques (comorbidités), le sexe, l’obésité… mais encore d’autres facteurs « externes » comme l’exposition prolongée à la pollution aux particules fines… Toutefois, des facteurs qu’on nommera secondaires comme le profil socio-économique et l’origine ethnique apparaissent également en seconde lecture. En d’autres termes, face à la menace du coronavirus, mieux vaut être une jeune femme, blanche, riche, éduquée, vivant loin des nuisances du trafic et respectant une saine hygiène de vie… que d’être un homme en surpoids, membre d’une minorité ethnique, faiblement formé, travaillant comme chauffeur-livreur, habitant un quartier populaire fortement pollué aux microparticules, ou qui présenterait encore un pré-diabète…

Selon les derniers chiffres disponibles en Suisse, sur les 1576 personnes décédées pour lesquelles les données sont complètes, 97% souffraient d’au moins une maladie préexistante. Les trois plus fréquemment mentionnées étaient l’hypertension (63%), les maladies cardiovasculaires (57%) et le diabète (26%). Le point commun de ces maladies ? Elles sont des maladies de société, largement évitables. Elles sont très souvent le résultat d’un cocktail explosif de sédentarité, de stress, de malbouffe ou de consommation d’alcool et de tabac.

Il est ainsi devenu de plus en plus évident au cours des derniers mois que c’est l’épidémie d’obésité et de maladies chroniques dans nos sociétés sédentaires post-modernes, de même qu’un environnement pollué, qui conduit un grand nombre de personnes infectées par la COVID-19 vers les services d’urgence et vers de graves complications.

Ce qui ressort également de ces derniers mois, c’est que la COVID semble avoir agi comme révélateur – ou même comme amplificateur – d’inégalités déjà connues face à la santé, bien que trop souvent ignorées… Des inégalités qui constituent autant de facteurs secondaires dont les autorités devraient également reconnaître les défis et les opportunités (en termes d’interventions ciblées).

Le choc des chiffres

Au-delà du choc, de la soudaineté et de l’ampleur des corona-dommages, d’autres pandémies plus sournoises menacent notre santé et nos économies…

  • La «pandémie» de pollution atmosphérique provoque dans le monde 8,8 millions de décès prématurés chaque année (source 3 mars 2020: https://lnkd.in/geNCbWk).
  • L’épidémie globale de surpoids et d’obésité cause au moins 2.8 millions de décès prématurés chaque année (source 10 février 2020 – https://lnkd.in/gzdRWUZ).
  • La consommation de tabac tue plus de 8 millions de personnes chaque année dans le monde (source 26 juillet 2019, https://lnkd.in/gviVGWR).
  • En 2015, on a estimé que 1,6 million de décès étaient directement dus au diabète (source 30 octobre 2018: https://lnkd.in/gY6PzgR).

 

COVID 19 – le miroir des inégalités sociales

C’est une évidence trop souvent oubliée : nous ne sommes pas tous égaux face à la santé ! Que cela soit en termes d’accès aux soins de qualité, de connaissances relatives aux avantages d’un mode de vie sain et actif, ou encore de proximité et d’accessibilité à un environnement propre et moins obésogénique.

Au milieu de la crise en Suisse, la presse faisait état de plus de 80% des patients hospitalisés aux urgences de Genève et Lausanne qui présentaient un surpoids ou étaient obèses. Les mêmes observations ont été faites ailleurs. Aux Etats-Unis, au pire de la crise à New York, on dénombrait 90% d’obèses parmi les personnes admises aux urgences. Toujours aux « States », la population afro-américaine qui représente 13% de la population totale, paie un lourd tribu : le taux de mortalité y est de 50.3 pour 100’000 pour seulement 20.7 parmi les blancs. Vous avez donc entre 2.5 et 3 fois plus de risques de mourir de la COVID si vous faites partie de la communauté noire. A Chicago ou en Louisiane au pire de la crise, ce sont plus de 70% des personnes décédées qui étaient noires. D’autres chiffres indiquaient récemment qu’un tiers des hospitalisations aux Etats-Unis était le fait de la communauté afro-américaine, qui représente 13% de la population totale du pays. Les ravages de la COVID dans ce pays illustrent cruellement les inégalités criantes et grandissantes de son tissu social.

Plusieurs études avaient déjà démontré que les plus démunis et marginalisés sont davantage sujets aux maladies respiratoires et cardiovasculaires, aux cancers et autres accidents vasculaires cérébraux. Pas étonnant dès lors qu’une étincelle comme les récentes violences policières embrasent tout un pays, car elles ne sont que le miroir d’une inégalité crasse, une bombe à retardement qui sommeille depuis longtemps au cœur de la société américaine (bien documenté d’ailleurs par le prix Nobel Joseph Stiglitz).

En Grande-Bretagne, une étude du ministère de la santé (Disparities in the risk and outcomes of COVID-19 – June 2020), publiée la semaine dernière, confirme également que les effets de la COVID-19 n’ont fait que répliquer, et dans certains cas même amplifier, les inégalités de santé. Les citoyens vivant dans les quartiers les plus vulnérables du pays ont été plus souvent diagnostiqués positifs et présentent un plus grand taux de mortalité (parfois de plus de deux fois supérieur) que les habitants plus aisés.

Les conclusions de ces diverses études sonnent comme une invitation à mieux reconnaître les inégalités de santé et à investir de manière plus ciblée et chirurgicale vers les groupes à risque, avec des mesures de prévention primaires, secondaires et tertiaires. Le double intérêt est clair : une moins grande perte humaine lors des prochaines attaques virales et une meilleure capacité physique et fonctionnelle de notre société à contrer les effets délétères d’un mode de vie sédentaire, stressant et hypercalorique. Donc la possibilité également de freiner la hausse permanente des coûts de la santé, de limiter les conséquences des inégalités sociales face au bien-être et d’augmenter la productivité moyenne, grâce à un plus faible taux d’absentéisme.

La Partie 2 de cet article explorera quelques effets de la COVID sur la santé mentale, les opportunités de prévention et le besoin d’une approche transdisciplinaire.

Le sport de l’après coronavirus: altruisme ou chaos ?

« Sachez-le bien, la société prochaine sera altruiste ou elle ne sera pas : il faudra choisir entre cela ou le chaos… »

Telle est l’invitation faite à la jeunesse du monde par Pierre de Coubertin lors de son discours à l’Université de Lausanne en 1932, à l’occasion de son septantième anniversaire. Conscient et sensible qu’il était face à une jeunesse de l’entre-deux guerre rudoyée par la grande dépression et ses gros nuages sombres, ce visionnaire considérait la pratique sportive et les échanges entre jeunes de nations différentes comme un ingrédient vital pour prévenir oisiveté et tensions géopolitiques.

Aujourd’hui, à l’heure où chacune et chacun y va de son analyse prospective sur l’après Covid-19, le besoin d’envisager le sport du jour+1 est légitime, même si les préoccupations sanitaires du moment semblent autrement plus urgentes. Imaginons donc le sport de l’après-coronavirus, celui qui pourra contribuer au relèvement de nos communautés, à redonner confiance et bien-être à chacune et à chacun, ou encore à réathlétiser notre société et notre économie.

Le sport-business se relèvera

Avec la récente décision de reporter Tokyo 2020, d’annuler de nombreuses manifestations sportives et le confinement forcé des clubs et des athlètes… de nombreuses questions surgissent. Des faillites surviendront, mais des actes de solidarité ont déjà fait les unes des pages sportives (par exemple le fonds de solidarité des grands clubs allemands ou la réduction salariale des joueurs du Barça). On apprend cette semaine que la valeur marchande de Paul Pogba fond comme neige au soleil pour passer de 65 à 35 mio d’euros… Est-ce terrible ou salutaire ? Je vous laisse choisir. Pour reprendre les termes d’un des meilleurs buteurs du moment, le sénégalais Mané du Liverpool FC, ces joueurs n’ont peut-être pas tous besoin de posséder plusieurs Ferraris…

Soyons clairs : le « business » du sport va survivre… plus que jamais la plèbe aura besoin de divertissements… même si les grands raouts populaires réveilleront quelques suspicions face à la promiscuité dans les tribunes ! Voilà d’ailleurs une possible conséquence de cette crise : une diminution de l’impact environnemental et une baisse du bilan carbone des grandes manifestations et de leur assistance « Live », favorisant ainsi une consommation télévisuelle et digitale, tant linéaire qu’à la demande. C’est la planète qui nous en remerciera… Les avancées spectaculaires dans la consommation de sport à distance (l’expérience « augmentée » grâce à l’internet des objets, le live data et d’autres technologies) rendront peut-être l’achat d’un ticket et les files d’attente devant les stades moins populaires… Et comme le canapé du salon abritera moins de miasmes que des tribunes bondées de fans (et que les bières fraîches seront plus aisément accessibles !), on assistera peut-être à la recrudescence d’une consommation privée de sport, entre amis et groupes de fans.

 

Au-delà du sport spectacle et du sport loisir… sortir du tunnel

Espérons qu’après cette crise sanitaire, sociale et économique, le sport ne reverra pas que le bout du tunnel grâce à la reprise de ses championnats les plus lucratifs. Mais qu’il puisse aussi et surtout en sortir de ce tunnel, de cette course effrénée et continue vers le plus grand, le plus riche et le plus prestigieux. Les soucis du sport professionnel, très bien évoqués par Laurent Favre dans son article du 29 mars, ne sont finalement que des problèmes de riches : répartition salariale, renégociation de contrats, ajustement des calendriers. Les clubs sauront se relever grâce au rééquilibrage indispensable d’une masse salariale stratosphérique et honteuse dans les plus grands championnats ou ligues professionnelles. Espérons toutefois que la formation des jeunes joueuses et joueurs n’en pâtisse pas. Car ce qui importe dans le débat du sport de l’après-COVID19, c’est plutôt le rôle social du sport, sa contribution sanitaire et culturelle. Et ce sont ces plus petits acteurs, les clubs locaux, les coaches indépendants, les associations et autres fondations qui souffriront le plus : faibles réserves financières, arrêt brusque des entrées (cours et subventions), risque d’une grosse fatigue du bénévolat sportif… bref, la vie sera dure pour beaucoup d’entre eux.

 

Confinement et sédentarité un mal nécessaire mais avec quelles conséquences ?

Les conséquences physiques et psychosociales de longues semaines ou mois de sédentarité forcée pour un grand nombre de citoyennes et de citoyens sont encore difficilement mesurables, mais très certainement dramatiques. Alors que de récentes études soulignaient encore que dans le monde, plus de 80% des jeunes de 11 à 17 ans n’atteignent pas la quantité d’activité physique recommandée par l’OMS, les voilà confinés, isolés, passant encore plus de temps devant leurs écrans, au grand dam de parents soudainement promus coaches-enseignants-psychologues. La pratique et la consommation d’e-sport vont d’ailleurs très certainement battre des records. Mais au-delà d’une distraction bienvenue lors d’un long confinement, comment pourrait-on s’en réjouir ? Car cet autre mal rampant et invisible – sédentarité et malbouffe – cause un ravage chronique et universel d’une ampleur inversement proportionnelle à la prise de conscience politique. Et c’est bien connu, « les catastrophes au ralenti ont beaucoup de peine à trouver leur place dans les préoccupations des populations et des décideurs » (Rony Brauman, Ancien président de Médecins sans frontières, dans le Temps du 24 mars. Le coronavirus a au moins pour lui la soudaineté de son ampleur et de ses dégâts.

 

De l’utilité d’une crise… pour le sport aussi

Pour qu’une crise soit « utile », elle doit pouvoir accélérer les changements nécessaires. Voyons le sport organisé, mais aussi le sport libre, l’activité physique inclusive, le jeu par le mouvement comme autant d’outils essentiels dans la reconstruction de soi et du lien social. Les élus de nos villes devront, une fois les feux éteints, favoriser non seulement la reprise économique, mais également des modes de vie sains et actifs parmi leurs administrés sortant d’une longue coronhibernation… Il s’agira alors de revaloriser le rôle des clubs de gym et de foot du village, les terrains en libre accès au cœur des cités, la mobilité douce, l’éducation physique à l’école ou encore les pauses actives au travail comme de puissants moteurs pour notre santé physique, mentale et sociale, plus indispensables que jamais. Et osons soutenir à sa juste valeur cette production de capital social et de bien-être individuel et collectif. Car c’est ainsi que nous construirons une société plus active, saine, inclusive, résiliente et plus respectueuse de son substrat naturel (car plus consciente de l’essentialité d’un air propre et d’une nature préservée). Il ne faudra surtout pas abandonner les petits clubs et les associations locales actives dans la promotion de toutes les formes d’activité physique pour tous. Le sénateur en charge des sports à Hambourg a par exemple appelé ses concitoyens aujourd’hui à rester fidèles à leurs clubs sportifs en restant membres et en payant leurs cotisations car ces clubs seront critiques dans le relèvement post-coronavirus.

Espérons que ce rôle formateur, sanitaire et social du sport soit enfin reconnu à sa juste valeur dans nos politiques publiques. Car au-delà du chiffre d’affaire, des emplois et des impôts générés par l’événementiel sportif et les grandes organisations dirigeantes sises en Suisse, c’est le rôle du sport dans la construction de soi et dans la création de lien social qui doit être valorisé plus que jamais dans l’après-COVID19. Pour les grandes organisations dirigeantes du sport mondial aussi, la quête de sens et d’impact sociétal devra remonter la liste des priorités stratégiques. Osons l’espérer et souhaitons-le pour la grande famille du sport.

 

Et les plus vulnérables ?

Comme souvent en temps de crise, les inégalités se révèlent et se creusent. Nous ne sommes pas tous égaux face au coronavirus : selon votre âge, votre santé, l’état de votre système de soin, le ratio de lits et de respirateurs conservés dans vos services d’urgence, le niveau de pollution atmosphérique autour de vous, l’influence des pharmas sur les choix de traitement et leur coût, l’obscurantisme et l’égo de certains grands pontes de la médecine qui nient encore l’efficacité de nouveaux traitements (on se réjouit déjà des échanges explosifs devant les tribunaux français après cette crise…), vous aurez plus ou moins de risque de corona-trépasser.

Le sport devra donc se montrer plus solidaire que jamais, non seulement au cœur de nos communautés terrassées par le coronavirus, mais aussi et surtout auprès des plus fragiles, notamment les plus de 70 millions de personnes déplacées par des conflits armés, les plus pauvres parmi les pauvres et les exclus de tous bords. Car les nombreuses ONG actives dans le domaine du sport pour le développement souffriront certainement des contractions budgétaires parmi les agences gouvernementales, les aides multilatérales ou encore les grandes Fondations. Avec une industrie globale du sport qui générait en 2018 un chiffre d’affaire de 480-620 milliards de dollars (chiffres A.T.Kearney, 2019, dans https://medium.com/qara/sports-industry-report-3244bd253b8), il y a de quoi être généreux et construire quelques ponts entre les nantis et les pays à faible revenu. Espérons que le sport-business saura saisir cette occasion de l’après-coronavirus pour faire preuve d’altruisme.

En 1932, Coubertin terminait son discours à Lausanne en invitant la jeunesse à foncer et à croire en des jours meilleurs :

« Un passage de Gœthe, transposé en un petit poème anglais peu connu, contient à peu près en ces termes un conseil à recueillir : ‘’Tenez-vous bien en selle, garçons, et foncez hardiment à travers le nuage !’’ ; le nuage… c’est donc une obscurité transitoire et de l’autre côté on retrouvera le soleil et l’azur. Il faut y croire. »

Aujourd’hui, des paroles plus indispensables que jamais.

Quelques conseils et liens pour rester actifs ces prochaines semaines…

Il faut selon la psychologie de gare 28 jours pour changer de comportement. Vous avez de la chance : grâce au coronavirus, vous pouvez prendre ou reprendre une activité physique régulière ! Sans confinement absolu en Suisse, les balades en forêt restent le must absolu pour le corps et pour la tête (en respectant les distances sociales !). Mais d’autres options existent ! A découvrir et à pratiquer sans modération (ou presque !) :

La Confédération vous invite à bouger : https://www.mobilesport.ch/aktuell/conseils-dactivites-un-programme-quotidien-pour-tous-les-ages/

L’excellente initiative de l’Office des Sports de Zürich, Loop-it, pour faire bouger toute la Suisse : https://loop-it.ch/fr/

Le Centre de Médecine du Sport du CHUV : https://www.chuv.ch/fr/sport/cms-home/

Le Service des Sports de l’UNIL et de l’EPFL vous propose également des vidéos et des exercices pratiques à faire chez soi : https://www2.unil.ch/css/index.php?r=default/page&label=home

Programme de fitness pour les sédentaires – de la SUVA : https://www.suva.ch/fr-CH/materiel/documentation/programme-de-fitness-pour-les-sedentaires#sch-from-search&mark=activit%c3%a9+physique

Le centre Enmouvement propose ses cours en ligne : https://www.on-move.ch/

Pour vos jeunes : les cours d’éducation physique et sportive de Jonathan Badan, un prof d’EPS au CO de Marly : https://vimeo.com/399507204

L’application Tous en Forme développée par l’Université de Paris : https://u-paris.fr/tous_en_forme/

Bilan de Lausanne 2020 – Alors, déçus en bien ?

A l’heure où les jeunes athlètes rangent leurs lattes, patins ou autres luges pour retrouver les bancs de leur école et où les tentes, banderoles et oriflammes sont pliées (et espérons-le recyclées !), de nombreux bilans de ces Jeux Olympiques de la Jeunesse seront tirés, publiés et partagés. Certains s’évertuent encore (hélas) à compter les médailles et à s’enorgueillir de la formidable moisson des jeunes helvètes. Il faut pourtant rappeler que seuls 6 à 10% des participants aux JOJ auront un jour la chance de participer aux Jeux Olympiques (estimation basée sur les 10 dernières années, depuis la première édition des JOJ à Singapour en 2010). L’intérêt est donc au-delà des médailles et des performances sportives. Chaque athlète ressortira grandi de cette expérience olympique et, on l’espère, inspiré par les valeurs olympiques et touché par l’atmosphère ressentie à Lausanne et dans les sites de compétition. Une carrière d’athlète reste en effet fragile, comme nous le rappellent tristement les nombreux genoux cassés des champions de Lillehammer 2016 (demandez à Aline Danioth et Mélanie Meillard, 6 médailles récoltées à elles deux en 2016 et 4 opérations des genoux depuis…).

 

Les médailles helvétiques : un indicateur du succès de ces JOJ ? Vraiment ?

 

Comment mesurer le succès de ces JOJ ?

Mesurer le succès de Lausanne 2020 à l’aune de l’écho médiatique mondial ? Fausse question, les JOJ resteront une compétition multisport de juniors ou de cadets, donc peu « bankable » dans les médias internationaux. Ce d’autant plus que les médias accrédités s’évertuent à y envoyer uniquement des journalistes sportifs, qui trop souvent comptent les médailles et portent de jeunes championnes et champions au firmament…

 

Le résultat financier alors? Fausse question à nouveau : ces JOJ sont un investissement dans la jeunesse, une opportunité de réveiller des passions, de valoriser des talents, et ce bien au-delà du sport et des chronomètres. Le budget (opérationnel) d’environ CHF 40 million est des plus raisonnable en regard des excédents réguliers et gargantuesques aux comptes de l’Etat de Vaud et de la Confédération. La jeunesse le vaut bien, non ? Alors au lieu de s’évertuer à rembourser des dettes ma fois plutôt saines, pourquoi l’Etat n’investirait-il pas plus sérieusement dans le bien-être, la formation et l’intégration de la jeunesse ? Les besoins sont pourtant bien là !

 

Pour juger du succès de Lausanne 2020, admirons plutôt ce que ces Jeux ont su valoriser comme talents : mascote, look, pictogrammes, vasque, chanson officielle… tout a été créé par des jeunes, en engageant des écoles et institutions locales… La région a pu montrer ce qu’elle produisait de mieux dans les domaines artistiques (quelle belle cérémonie d’ouverture !) et dans de nombreux corps de métier… Le monde académique n’est pas en reste non plus : de magnifiques collaborations entre l’UNIL, l’EPFL, leur Centre Sport & Santé, le CHUV, l’HESAV et Unisanté ont permis de nouveaux développements pointus et prometteurs dans le domaine des bilans de santé et de compétences motrices qui, une fois appliqués à une population « normale », offriront de belles perspectives en santé publique, prévention et promotion d’un mode de vie actif. De nombreux jeunes managers talentueux ont donné un coup d’accélérateur incomparable à leur carrière, au sein du comité d’organisation. Des milliers de bénévoles ont aussi gagné en expérience, des compétences qui bénéficieront à d’autres événements pendant des années encore.

 

Au-delà du capital image et financier – un dividende social !
Le succès de Lausanne est donc à chercher ailleurs. Notamment dans les dizaines de milliers d’écoliers qui auront vécu de près les frissons des compétitions mais aussi découvert les nombreux métiers du sport, au cœur de la capitale olympique et du hub du sport mondial qu’est devenu le canton.

Mobiliser les classes vaudoises aura été un des ingrédients clés du succès de ces JOJ – ambiance assurée dans et autour des sites !

Alors que les mauvaises langues prévoyaient quelques centaines de spectateurs dans les gradins et un déficit aux comptes de l’organisateur, une fois encore, les JOJ ont démontré la force unique du sport, de la jeunesse et de la marque olympique pour inviter les foules à venir participer et célébrer la diversité, l’excellence et l’amitié. Les rues bondées de Lausanne ou les longues files d’attente devant certains sites comme la nouvelle Vaudoise Arena témoignent de la même ferveur observée lors des éditions précédentes des JOJ. A Lillehammer en 2016 comme à Buenos Aires en 2018, le succès populaire a pris de court les organisateurs et les politiques locales! Pour beaucoup, la surprise est donc totale, y compris pour un grand nombre d’acteurs du comité d’organisation lui-même, de ses partenaires et des autorités locales, et même jusqu’au CIO lui-même, dans les murs duquel de nombreuses voix continuaient encore à critiquer les JOJ, voire même à les remettre en question. Formidable laboratoire et incubateur, donc, ces JOJ ! Pour la région hôte, pour le CIO, pour les fédérations internationales de sport aussi (pensez hockey 3×3, ski alpinisme).

Nous voilà donc déçus en bien! Car la force d’un événement comme Lausanne 2020, c’est d’avoir su générer de l’enthousiasme, susciter des vocations et réunir des acteurs autour d’une même vision et objectifs communs. Les JOJ n’attirent pas de sommes astronomiques en droits TV ou en sponsoring. Ils génèrent du dividende social – et il est grand temps que les politiques publiques reconnaissent aux activités physiques et sportives et aux événements sportifs cette vertu unique qui est de contribuer à un grand nombre de défis : santé, inclusion, mobilité douce, éducation, égalité des genres, compétences et accès au marché du travail, etc. Mais pour générer de tels héritages, une vision ambitieuse et une planification rigoureuse sont indispensables.

De nouvelles infrastructures pour la ville olympique et sa région : oui mais pas que ! « Lausanne la Sportive – tous en mouvement » veut faire bouger toute la population, comme la stratégie « Bouger plus » de Paris 2024 !

 

Lausanne Capitale olympique comme modèle de gouvernance pour une ville en mouvement ?

Pour un budget modeste, il est donc certain que la région ressortira gagnante, avec de nouvelles infrastructures sportives, de nouvelles compétences et synergies, sans parler des accélérations suscitées par l’événement, comme la réalisation du Vortex. Récemment certifiée Global Active City, la ville de Lausanne dispose également de beaucoup d’atouts pour illustrer et promouvoir une gouvernance publique dans laquelle l’activité physique et sportive pour tous joue un rôle central pour la santé physique et psychosociale de sa population et pour l’inclusion des couches plus vulnérables parmi ses administrés. Intégrés dès la conception de nouveaux quartiers, dans la politique de mobilité ou encore dans la politique de santé, le sport et l’activité physique récréative peuvent générer beaucoup de capital bien-être et anticiper ainsi (ou freiner) l’explosion des coûts de la santé, des aides sociales ou encore les conséquences du vieillissement de la population.

Nabila et Omid, tous les deux migrants afghans de 18 ans ont participé aux JOJ comme bénévole et comme porteurs de la flamme, grâce à leur participation dans le projet de République des Sports, projet labellisé « L’Esprit de Lausanne 2020 » depuis 2019 et soutenu par la ville de Lausanne, le Canton de Vaud, le Panathlon Club de Lausanne et le CIO

Avec « ses » JOJ, Lausanne passe du statut de capitale olympique à celui de ville olympique et se dote des meilleurs atouts pour progresser sur la voie de sa vision « Lausanne la Sportive – tous en mouvement ». On ne peut que se réjouir du rôle pionnier et exemplaire que Lausanne pourra jouer dans le concert des villes olympiques et au-delà (je vois d’ici le sourire sur le visage du Baron Coubertin… !).

Alors chapeau bas aux organisateurs et à leurs partenaires, pour une excellente organisation et pour avoir su ignorer les Neinsager et autres calvinistes-rigoristes qui leur prédisaient l’anonymat en janvier 2020… Espérons que sur la base de ce formidable projet multi-dimensionnel, de nouvelles collaborations voient le jour entre les silos traditionnels des différents services, tant au niveau de la ville, du canton que du pays hôte. Que l’éducation, la santé, l’aménagement du territoire, le sport, la jeunesse, l’économie et l’innovation se serrent les coudes pour apporter des solutions novatrices, intégrées et ambitieuses aux défis qui nous attendent. Car ils sont nombreux, comme l’illustrent si bien le damier des 17 objectifs du développement durable, proposés dans l’Agenda 2030 des Nations Unies.

Des jeunes suisses et des jeunes migrants de la République des Sports contribuent, avec la Fondation Verdeil à remettre le site des Diablerets « propre en ordre », le jour après la fin des compétitions : mégots, petits papiers, pelures… tout y passe pour respecter dame nature

 

Un bémol tout de même, au niveau national et pour une jeunesse plus active

Au vu de leur retentissement populaire, ces JOJ n’auraient pas dû rester une vaudoiserie et il aurait été sain de pouvoir compter sur un plus grand soutien des autorités suisses (politiques et sportives) pour un engagement plus large et ambitieux auprès des autres cantons. Qui sait, peut-être la Suisse se portera-t-elle candidate à l’organisation d’autres grands événements, alors mieux vaut s’améliorer vite fait dans la mise en place de campagnes véritablement nationales !

Au-delà des organisateurs lausannois et vaudois, un autre bémol doit encore être posé sur la capacité qu’auront eues les autorités sportives fédérales à saisir cette opportunité unique d’accueillir les JOJ en Suisse. Bien plus que les médailles récoltées par la nation hôte (on se bousculera toujours pour figurer sur la photo aux côtés des champions !), c’est sa capacité à répondre aux défis de sa jeunesse qui nous offre d’autres clés pour juger du succès national de Lausanne 2020. Lorsque des réponses auront été apportées aux 8 points ci-dessous, je me sentirai alors soulagé de savoir que mes enfants et leurs amis auront véritablement gagné quelque chose de ces Jeux Olympiques de la Jeunesse Lausanne 2020 !

Sebastian Henriksen, 22 ans, de Tromsoe au nord de la Norvège. Young Change-Maker lors des JOJ de Lillehammer 2016 et aujourd’hui membre du conseil d’administration du comité national olympique norvégien (qui s’impose 2 membres de moins de 26 ans en permanence). Une leçon pour le sport suisse ?

Osons donc ces vraies questions afin de porter un jugement plus global sur le succès et l’héritage de Lausanne 2020 :

Quels sont les plans de la Confédération, de Swiss Olympic et du canton hôte après le 22 janvier pour:

  • attirer plus d’ados vers la pratique régulière d’un sport sain et inclusif (plus de 85% des 11-17 ans en Suisse ne bougent pas assez selon une récente étude du Lancet et de l’OMS)?
  • renouveler les cadres des fédérations et clubs sportifs afin de mettre en avant de jeunes talents (des deux sexes!), tout en leur donnant de vraies responsabilités?
  • inclure plus de jeunes dans les conseils et comités directeurs des organes dirigeants du sport suisse
  • soutenir les pratiques “libres” et urbaines de nouveaux sports (même quand il n’y a pas de fédérations ou de licences)
  • lutter contre l’inégalité de genres dans la pratique adolescente et adulte du sport, proposer un plan « jeunes filles & sport »
  • freiner la fuite des 14-18 ans qui quittent les clubs, en soutenant des formes de sport récréatives et moins compétitives (comme l’a déjà bien compris le SEPS dans le canton de Vaud)
  • s’assurer que les lois en matière de sport scolaire soient respectées (la fameuse troisième heure!)
  • identifier, mentorer et “seed-funder” de jeunes entrepreneurs sociaux qui s’appuient sur le sport et l’activité physique pour tous afin de produire du capital social (santé, motricité, inclusion, solidarité)

Les solutions existent. Certaines viennent de l’extérieur (d’autres avant les Suisses ont su organisé de beaux événements avec du sens et de l’impact !) et certaines sont locales et portées par des champions reconvertis dans le tissu économique et sportif de la région. Alors faisons-leur confiance et osons surfer sur la belle vague de Lausanne 2020!

 

T’as qu’à faire une heure de sport par jour !

A un mois de l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse à Lausanne, il est temps de se pencher sur la situation du sport et de la jeunesse en Suisse. Flashback sur le 7 novembre à Yverdon-les-Bains, lors de l’excellente troisième édition de la conférence Activité Physique, Innovation et Santé.

Un panel de discussion en ouverture du forum nous aura permis de mieux comprendre la vision de la Confédération pour une population plus saine et active. Etaient présents sur scène le Directeur de l’Office Fédéral des Sports, la co-cheffe vaudoise de la promotion de la santé et prévention à Unisanté et une jeune olympienne, très investie dans le rôle inclusif, social et éducatif du sport.

L’objet central des débats : quelles politiques et quels mécanismes permettraient au plus grand nombre d’habitants de ce pays, et aux jeunes en particulier, de bouger plus et d’adopter des modes de vie plus actifs, afin de prévenir et mieux combattre les méfaits (et les coûts croissants !) des maladies chroniques et mentales. Vaste et complexe sujet, qui exige de bien comprendre quels sont les déterminants, individuels et collectifs, du bien-être et d’une santé durable. Rappelons au passage les tous derniers chiffres pour la Suisse : 42% de la population est en surpoids ou obèse. Et la dernière étude de l’OMS publiée dans le Lancet en novembre indique que 89% des adolescentes et 83% des adolescents suisses de 11-17 ans ne bougent pas assez (c-à-d n’arrivent pas à la recommandation de l’OMS de 60min d’activité physique par jour). Mais bon, nous sommes moins pires que les voisins, paraît-il… !

Et voilà soudain le plus haut responsable de l’administration du sport en Suisse qui nous rappelle (une nouvelle fois) que lui, il parvient à faire une heure de sport par jour… Mieux encore, que même notre cycliste invétéré de Président de la Confédération Ueli Mauer y parvient lui aussi ! Alors… ? A l’heure où Macolin fête ses 75ans d’ « encouragement du sport suisse », force est de constater que la politique utilitariste du sport ne semble pas y avoir beaucoup évolué: d’une meilleure préparation physique des soldats, on est passé à une politique de la responsabilité individuelle de type « t’as qu’à ».

 

 

L’a(l)titude de Macolin

Comment est-ce encore possible en 2019 de se placer sur le terrain d’une telle culpabilisation et de suivre de tels raccourcis ? Est-ce l’a(l)titude de Macolin qui rend la mise en place d’une vision claire et ambitieuse pour le sport suisse si difficile ? Redescendons un moment dans le brouillard de Bienne pour mieux comprendre quels sont certains des déterminants d’une activité physique plus régulière et d’une meilleure santé…

Comme très joliment décrit par le Pr Guessous des HUG (ré-écoutez le 19:30 du 28 novembre), l’inégalité face à la pression calorique est grande. On connait depuis longtemps l’influence du statut socio-économique sur la capacité des gens à adopter des modes de vie sains et actifs. Le niveau de formation, comme les origines ethniques, sont déterminants dans la capacité qu’ont les personnes à résister aux publicités et incitations omniprésentes et à se mettre en mouvement pour prendre soin de leur capital bien-être. Il a également été démontré que le lieu d’habitation influence la propension à souffrir de certaines « conditions » ou maladies chroniques (obésité, diabète): l’environnment physique et social (densité urbaine, densité des points de vente de boissons sucrées, aménagement des espaces verts, voies pédestres et accessibilité à une mobilité douce, influence des pairs, etc.) détermine largement la propension d’un individu à bouger et à adopter des comportements sains.

Ces déterminants sont nombreux, complexes mais de mieux en mieux étudiés. Ils exigent des mesures plus courageuses (notamment légales et fiscales), mais aussi de repenser certains des métiers de demain, à cheval entre santé, prévention, enseignement, pratiques sportives (adaptées et accessibles), aménagement de nos villes, mobilité douce, etc. Il est également important de repenser le rôle central des milliers de clubs sportifs en Suisse, la formation de leurs cadres (essentiellement bénévoles), la valorisation du capital social que ces clubs génèrent dans tout le pays, ou encore leur capacité à s’ouvrir à des pratiques non-compétitives et plus inclusives. C’est justement la démarche que poursuit intelligemment Yverdon-les-Bains, qui vient par exemple d’ouvrir des cours gratuits pour favoriser le mouvement chez les tout petits (le MiniMove du dimanche matin) ou qui repense son aménagement urbain et sa relation avec ses clubs sportifs.

 

 

Transfert d’expériences… si on le veut bien !

A trente jours de l’ouverture de Lausanne 2020, je ne peux m’empêcher de réagir à cette récente remarque du Chef de l’OFSPO et de revenir sur son voyage à Lillehammer en février 2016 (pour observer l’édition précédente des JOJ en Norvège). Comment avez-vous, à votre tour, saisi l’occasion des JOJ en Suisse pour redynamiser le sport national, renouveler ses cadres, préparer la relève (administrative et pas uniquement sportive !), rendre le sport plus attractif (en y incluant des nouvelles pratiques libres) et éviter la grande perte de membres actifs entre 14 et 18 ans ? Accompagné de votre nouveau chef d’alors, M. le Conseiller Fédéral Guy Parmelin, vous avez découvert les nombreux programmes norvégiens destinés à engager et responsabiliser la jeunesse nationale (programme de 2ans avec 200 jeunes leaders à travers tout le pays, programme des Young Change-Makers, activations dans les écoles, etc.). Qu’en avez-vous retiré pour nos jeunes helvètes ?

 

 

Au-delà du « y’a qu’à »

Pour répondre à ses interrogations, il s’agit de dépasser les stratus biennois et de regarder au-delà du y’a qu’à – nous ne sommes et ne serons jamais égaux face au sport et à la santé ! Chacune et chacun n’a pas la possibilité de pratiquer une heure de sport par jour ! Il est donc de la responsabilité de nos élus à Berne et de nos fonctionnaires à Macolin de tout mettre en œuvre pour favoriser le mouvement, l’activité physique et le sport pour toutes et tous, quels que soient l’âge, le sexe, le poids, les capacités motrices, l’origine sociale, les moyens financiers ou encore le lieu de vie de nos jeunes. Et l’enjeu n’est pas que social ; il devient également économique, au vu des coûts croissants de notre système de santé ! Un événement comme les JOJ est unique en Suisse pour catalyser de nouveaux programmes axés sur la jeunesse (encore plus vrai après le ratage de Sion 2026 !). Bien que nous bénéficions déjà de nombreux programmes excellents (comme Jeunesse & Sport, L’Ecole Bouge, etc.), les derniers chiffres de la sédentarité et du bien-être physique et psycho-social de nos jeunes imposent des mesures plus courageuses et ambitieuses. J’ai hâte de les découvrir.

Et vous, quel est votre budget bien-être ?

Une récente lettre ouverte aux finalistes Hunt-Johnson dans la course à Downing Street mérite le détour, alors que nos édiles politiques affûtent leurs armes dans la course aux élections fédérales d’octobre.

Fin juin, une coalition faite des principales fédérations sportives du pays, de diverses fondations, d’écoles et de professeurs a prié les deux leaders du parti conservateur de faire de la lutte contre l’inactivité physique des jeunes une priorité du futur gouvernement. Oui, au-delà du casse-tête Brexit et des tensions dans le détroit d’Ormuz, il est demandé au futur Premier Ministre britannique de se pencher plus sérieusement sur le déclin de la santé et du bien-être des jeunes administrés du royaume. Voyons cela de plus près…

La sédentarité croissante des jeunes est en effet identifiée dans ce pays comme un enjeu sanitaire et économique majeur, dont les racines doivent être traitées. Une étude récente a montré que seuls sept pourcents des filles et onze pourcents des garçons du niveau secondaire remplissent les soixante minutes d’activité physique à moyenne ou haute intensité recommandées quotidiennement par l’OMS. Il semble également que les élèves britanniques soient régulièrement relégués en queue de classement lors d’enquêtes internationales sur le bonheur ressenti. Un jeune sur huit dans la tranche 5-19 ans souffre d’une maladie mentale et un sur trois est en surpoids ou obèse lorsqu’il termine sa formation primaire.

Le tableau suivant avait été dressé par le Youth Sports Trust au début de cette année, dans leur excellent rapport d’impact 2018 (lien).

Ainsi, cette coalition de plus de cent organisations demande au futur Premier Ministre de prendre des mesures courageuses et ambitieuses et d’identifier des objectifs concrets et mesurables permettant de s’appuyer sur la force du sport, de l’activité physique et du jeu dans le développement et le bien-être physique, psychologique et social des jeunes. Les auteurs de cette lettre ouverte soulignent les nombreuses évidences médicales qui documentent les bienfaits du mouvement et d’une activité physique régulière dans le développement moteur et émotionnel des jeunes, dans leurs performances cognitives, la construction de liens sociaux et la promotion de la mobilité sociale. Ce dernier point est significatif dans une société de plus en plus polarisée et qui compte de plus en plus de gens vivant dans la pauvreté (voir ici les chiffres récents pour la Suisse !). En effet, santé physique et mentale, bien-être, confiance et compétences émotionnelles sont autant d’atouts pour la vie future qui sont étroitement liés aux conditions socio-économiques dans lesquelles on grandit. Le cercle vicieux de la malbouffe et de la sédentarité, puis les maladies chroniques qui en résultent et qui freinent les perspectives de développement moteur, intellectuel, social et professionnel sont plus souvent observés dans les milieux précarisés. Tous les législateurs devraient en être conscients, afin de prioriser les investissements et de corriger certains biais sociétaux.

La lettre au futur Premier Ministre britannique souligne aussi le piètre état de l’enseignement de l’éducation physique à l’école publique, où cette branche continue de perdre du terrain alors que justement les jeunes sont de moins en moins actifs. En Suisse aussi, on peine à défendre la troisième période d’activité physique à l’école, pourtant inscrite dans la loi. Et ce n’est pas que par manque d’infrastructures !

Dans leur réponse, publiée le 16 juillet (lien), MM. Hunt et Johnson reconnaissent tous les deux l’importance de cet enjeu de santé publique (et économique !) des îles britanniques. Jeremy Hunt souligne même que « améliorer le bien-être des enfants et celui de toute la population sera au cœur de son programme comme Premier Ministre ». Quant au fantasque Boris Johnson, il s’engage également à assurer une coordination efficace et rapide entre les acteurs responsables, bien conscient qu’il est de la dimension holistique et intersectorielle de ce défi de santé publique. C’est d’ailleurs ce même Boris qui, lorsqu’il était maire de Londres, a énormément œuvré pour la promotion de la mobilité douce au cœur de la capitale, au point où les vélos en libre-service sont appelés les Boris Bikes !

Boris Johnson se rendant au travail, lorsqu’il était maire de Londres – Crédit photo TfL

Chez nous, on peut se demander qui parmi les candidats aux fédérales d’octobre osera s’attaquer à de telles questions de société. Pour rappel (voir mon article précédent sur le sujet ici) près de 17% des jeunes en Suisse sont en surpoids ou obèse, et la santé mentale de trop nombreux adolescents est fragile… Mais comme souvent, on pense mieux faire qu’ailleurs, on cache les problèmes sous le tapis et on se contente de mesurettes de santé publique utopiques, pour ne pas dire ridicules, comme des pseudo-freins aux dépenses de santé, à l’image d’un blocage des primes en fonction du salaire. Nous sommes prisonniers de la logique de marché du secteur de la santé : le business de la maladie prime ! Personne n’ose amener le débat où il est temps de la placer : sur l’importance de revisiter nos modes de vie, de promouvoir une vie saine et active, d’investir sérieusement dans la prévention, de promouvoir des modèles positifs et même de légiférer plus courageusement sur le marketing de la malbouffe ou la publicité pour le tabac. Mais notre gouvernement préfère laisser les trafiquants de produits licitement mortels et cancérigènes sponsoriser le pavillon suisse à l’Expo 2020 Dubai (lien) ! Comme père de famille, je suis en droit d’en attendre franchement un peu plus de mes élus et de mon gouvernement…

Tournons-nous un instant vers une nation plus progressiste en la matière… La jeune première ministre néozélandaise Jacinda Ardern a pas mal fait parler d’elle en proposant de mesurer le succès et la santé d’une nation en allant au-delà du PIB, qui trop souvent cache des inégalités criantes. Elle a demandé à son gouvernement de proposer un budget national de bien-être. C’est désormais chose faite – voilà une lecture intéressante à l’aube de nos élections fédérales : The Wellbeing Budget, 30 May 2019 (lien). On y découvre 5 axes prioritaires : prendre les maladies mentales au sérieux (avec un focus sur les moins de 23 ans), améliorer le bien-être des jeunes et réduire la paupérisation des jeunes, soutenir les peuples autochtones, construire une nation productive, transformer l’économie et investir dans la nation (notamment dans ses écoles et ses hôpitaux). On y ressent immédiatement le lien entre bien-être individuel et collectif d’une part, et succès économique d’une nation qui se prépare pour quelques changements importants de paradigme, d’autre part.

Ainsi, la première ministre néozélandaise a su voir, au-delà d’une croissance économique régulière, les problèmes persistants et coûteux pour la nation : le fort taux de suicide, les sans-abris, la violence domestique et la précarité parmi les jeunes. Pour elle, la santé d’une nation ne se mesure pas qu’à sa santé économique, mais également à la qualité de vie des gens et à l’état des ressources naturelles. Son ministre des finances souligne la manière avec laquelle ils ont su briser les silos pour réunir les agences gouvernementales autour d’enjeux majeurs pour la société de demain. Malin !

Que notre sagesse et prévoyance helvétiques puissent s’en inspirer un tout petit peu…

 

Tiré du Budget « bien-être » 2019 du gouvernement néozélandais :

What is wellbeing?

Wellbeing is when people are able to lead fulfilling lives with purpose, balance and meaning to them. Giving more New Zealanders capabilities to enjoy good wellbeing requires tackling the long-term challenges we face as a country, like the mental health crisis, child poverty and domestic violence. It means improving the state of our environment, the strength of our communities and the performance of our economy.

Sustainable economic growth is an important contributor, but many factors determine people’s wellbeing. Just because a country is doing well economically does not mean all of its people are. This has been the case for New Zealand. Too many people have been left behind or left out. The Wellbeing Budget endeavours to give more New Zealanders the ability to share in the benefits of a strong and growing economy.

 

2020, une année doublement olympique… et alors ?

 

Des opportunités à saisir : Partie 3/3 – L’excuse d’un événement sportif majeur

Nous avons vu dans les deux précédents volets de cet article que la Suisse comptait beaucoup sur ses jeunes smicards du sport d’élite pour réaliser des exploits et ramener des médailles, sans nécessairement les soutenir à un juste niveau. Par ailleurs, l’état de santé physique et psychologique de nos adolescents inquiète plus d’un professionnel de la santé et nécessite une très sérieuse prise de conscience de nos autorités. Or, le sport et une activité physique régulière et inclusive, sont largement reconnus comme des déterminants clés dans la promotion du bien-être et d’une bonne santé physique, psychologique et sociale.

C’est justement dans ce contexte, et dans une région qui s’identifie de plus en plus fortement avec une Health & Sport Valley, qu’un gros événement sportif focalisé sur la jeunesse peut représenter une excellente excuse pour transformer l’approche et la promotion des pratiques sportives. Et surtout, pour reconnecter les jeunes avec le plaisir de bouger, de jouer et de développer ainsi leurs compétences psychomotrices et sociales, par une activité physique saine et inclusive – et cela dès le plus jeune âge !

Toutefois, une action plus déterminée et ambitieuse de nos autorités est devenue indispensable et urgente, à la fois dans le milieu scolaire, mais aussi à travers les clubs sportifs ou encore, et désormais dans des proportions grandissantes, dans le cadre urbain et non-institutionnel de nouvelles formes de sport. Mais pour ce faire, encore faut-il considérer le sport et l’activité physique non-pas uniquement comme des loisirs ou une activité commerciale, mais comme des outils précieux au service de politiques publiques volontaires et anticipatrices. Et voir un gros événement sportif comme une occasion rare de réunir les forces et les acteurs autour de problématiques urbaines, sociales, sanitaires ou de jeunesse qui nécessitent une action déterminée et intégrée de l’Etat, pour un changement durable.

Mais voilà… nous n’y sommes pas ! Pas du tout même…

 

Un événement pour, avec et par la jeunesse ?

Que dire des bénéfices et de l’effet catalyseur d’un événement unique, les Jeux Olympiques de la Jeunesse, qui, comme ce slogan séduisant le dit si bien, se veulent un événement pour, avec et par les jeunes ? Ici, la question centrale subsiste : que restera-t-il de ces Jeux après janvier 2020 ? Au-delà de quelques nouvelles infrastructures sportives nécessaires et bienvenues pour la région et ses sportifs, le véritable enjeu et défi reste largement ignoré. Il s’agit de la participation sportive du plus grand nombre, avec un focus sur la promotion d’un mode de vie sain et actif, l’inclusion sociale et une attention toute particulière portée aux filles et aux poches de jeunes les plus sédentaires et vulnérables.

Ici, il ne s’agit pas uniquement de mettre en place des initiatives d’engagement de la jeunesse comme le fait déjà très bien le comité d’organisation avec diverses écoles régionales, mais de réfléchir à une trace durable de cet événement dans la pratique sportive de nos jeunes et dans les structures sportives de base. Les Norvégiens qui ont accueilli la version précédente de cette joute hivernale en 2016 l’avaient bien compris : les JOJ représentent une occasion unique de former la relève du sport national, non seulement sur les pistes de ski, mais aussi et surtout en coulisse. Or, préparer les coachs de demain, les jeunes arbitres et juges de demain, les techniciens et préparateurs physiques de demain et les futures managers, présidents et volontaires des clubs sportifs exige un effort de plus grande ampleur et d’une plus sérieuse ambition que ce que Ittigen (siège de Swiss Olympic) et Macolin (siège de l’Office Fédéral des Sports) nous ont montré ces dernières années. Car c’est bien connu, l’héritage sportif, social et jeunesse d’un grand événement sportif n’arrive pas par hasard (ni en jouant à feu sport-toto), mais grâce à une vraie volonté politique, à des enveloppes plus conséquentes et à des leaders visionnaires. La vision d’un héritage sportif, social, jeunesse et de santé publique découlant d’un événement majeur comme les JOJ exige également une étroite collaboration entre différents Services et Départements de l’Etat, entre des acteurs publics, privés et associatifs, ainsi qu’une entente qui va au-delà de tous les clivages politiques habituels.

On l’aura compris, il y a du pain sur la planche… ce d’autant plus que l’industrie de l’événementiel n’a pas encore pleinement saisi les enjeux sociétaux qui l’entoure afin de mieux profiter de la dimension catalysatrice des grands festivals du sport internationaux. Elle reste encore essentiellement focalisée sur des considérations opérationnelles et réputationnelles de court terme.

 

Le compte à rebours est lancé, il ne reste
plus que 309 jours avant les JOJ

 

Soutenir la pointe ET la base

Ainsi, le chronomètre tourne… et à l’orée d’une année doublement olympique, les jeunes talents du sport suisse méritent une plus grande attention, tout comme l’état de santé de nos adolescents. Soutenir notre élite sportive ne peut aller que de pair avec son engagement à redonner à la base : en s’investissant pour inspirer les plus jeunes athlètes et en partageant sa passion dans les écoles et les clubs de nos régions. Pour cela, le sport d’élite doit impérativement être considéré à sa juste valeur dans notre société, et non pas seulement comme un simple loisir superflu ou, même pas mieux, une opportunité de faire des affaires et de briller sur la carte du monde…

Car aujourd’hui, il ne suffit plus de s’acheter une équipe professionnelle ou le droit de nommer un stade du nom de sa marque. Pour nos acteurs politiques et économiques, il importe désormais de comprendre et de soutenir la valeur éducative et sociale du sport, celui de masse comme celui de l’élite, car ce continuum se nourrit l’un l’autre, pour le bien de notre jeunesse. Et c’est bien connu : bouger, c’est bon pour la santé. Pour notre santé sociale et économique aussi !

 

Une occasion unique à saisir pour la région et pour notre jeunesse

 

En conclusion des trois volets de cet article…

La Suisse a presque toujours brillé dans les compétitions olympiques de triathlon, avec au moins une médaille récoltée à chaque édition des JO depuis Sydney 2000 (exception faite de Beijing 2008). Oserons-nous donc espérer un autre exploit sportif à Tokyo 2020 ? Peut-être, mais le véritable exploit ne consisterait-il pas en une plus sérieuse compréhension des opportunités que représentent pour les jeunes de notre région l’accueil d’un événement planétaire comme les Jeux Olympiques de la Jeunesse en janvier prochain ?

Et au fait, quelqu’un pourrait-il suggérer au grand argentier de la Confédération qu’il y a ici une belle opportunité d’investir dans la jeunesse ? En effet, Monsieur Maurer s’est une nouvelle fois fourvoyé dans sa règle de trois pour dégager un excédent de 2,9 milliards sur l’exercice 2018 de la Confédération (après les 2,8 milliards de 2017…). Dans un pays qui vient de se tirer une énième et magistrale balle (olympique) dans le pied avec l’échec prématuré de la candidature de Sion 2026, on ne peut plus décemment prétendre qu’il manque des moyens pour nous occuper de nos jeunes, sportifs, sédentaires ou déprimés. Et soyons attentifs, car ils sont désormais dans la rue pour exiger de nous que nous préservions leurs conditions de vie et celles des générations qui suivront !

Jeunesse, sport, santé et environnement… autant de domaines et d’enjeux qui doivent être approchés de manière intégrée, pour le bien-être de nos jeunes citoyens, mais aussi pour le bien de notre économie, pour la résilience de notre système de santé et pour la pertinence de notre système éducatif.

 

2020, une année doublement olympique… et alors ?

Des opportunités à saisir : Partie 2/3 Une jeunesse en souffrance

Après avoir constaté dans la première partie de cette article la situation précaire dans laquelle se trouve nombre de jeunes champions sportifs, il est bon de se pencher sur l’état de santé de nos adolescents. Or, celui-ci laisse à désirer et c’est justement à l’orée d’un événement sportif planétaire et dédié à la jeunesse que nous devrions nous poser les bonnes questions, afin de diminuer la prévalence de l’inactivité et le nombre grandissant de patates de canapé (de l’Anglais « couch potatoes ») ou de jeunes en déprime. Mais de quoi parle-t-on ? Considérez donc ces quelques chiffres :

  1. Au niveau mondial plus de 80% des jeunes et adolescents n’atteignent pas le niveau d’activité physique recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (source OMS)
  2. En Suisse, lors d’une enquête sur les 11-15 ans en 2010, seuls 12 à 19% des garçons et 6 à 11% des filles étaient actifs physiquement au moins une heure par jour, sept jours sur sept, satisfaisant ainsi à ces mêmes recommandations en matière d’activité physique (source : Activité physique et santé, OFSPO et hepa.ch, 2013). Or, toujours selon ce rapport, la sédentarité en Suisse entraîne chaque année 2900 décès prématurés, 2,1 millions de cas de maladie et des frais de traitement direct d’un montant de 2,4 milliards de francs.
  3. Selon le rapport Sport Suisse 2014 (rapport sur les enfants et les adolescents – publié par l’OFSPO), l’activité des jeunes de 11 à 14 ans a régressé au cours des 6 années précédant l’enquête. Une baisse d’activité physique était aussi observée chez les 15-19 ans : entre 2008 et 2014, le nombre moyen d’heures de sport par semaine était passé de 6,1 à 5,6 heures. La problématique est encore plus exacerbée chez les filles qui arrêtent plus tôt et en plus grand nombre la pratique sportive. Et ce d’autant plus encore pour les populations migrantes ou parmi les jeunes issus de milieux socio-économiques modestes.
  4. Publié en juin 2018, le Plan d’Action Global pour l’Activité Physique de l’OMS appelle les gouvernements, villes et autorités à diminuer de 15% l’incidence globale de l’inactivité dans la population d’ici à 2030 (par rapport aux chiffres de 2016). Son rapport donne quelques pistes intéressantes, mais où en sont réellement nos autorités quant aux plans d’action ?


    Les bénéfices de l’activité physique en santé physique et psychologique sont aujourd’hui bien connus

  5. Dans le monde, 340 millions d’enfants et d’adolescents sont en surpoids ou obèses – c’est 10 fois plus de jeunes obèses qu’il y a 40 ans ! (source) En Suisse, les derniers chiffres disponibles indiquaient une proportion d’enfants et d’adolescents en surpoids ou obèses de 16,7%.
  6. Plus inquiétante encore, la santé mentale de nos adolescents : dans une enquête publiée en novembre 2015 et mandatée par l’Etat de Vaud, le taux de jeunes vaudois (âgés en moyenne de 15 ans) souffrant de symptômes psychoaffectifs de façon récurrente était très alarmant (Raison de Santé 250 : Enquêtes populationnelles sur la victimisation et la délinquance chez les jeunes dans le canton de Vaud – IUMSP-CEESAN). Ainsi, près de 66% des jeunes ont rapporté de tels symptômes. Par exemple, plus de la moitié des jeunes se sont dit fatigués et environ un tiers d’entre eux ont eu des difficultés à s’endormir. Finalement, 57% des répondant·e·s faisaient état de symptômes dépressifs. Un tiers des jeunes interrogés se sentaient tellement déprimés qu’ils resteraient volontiers au lit toute la journée. Le chiffre alarmant de 16.6% de jeunes interrogés disaient avoir beaucoup pensé à la mort ces derniers temps et 15.6% trouvaient leur vie assez triste. Et comme c’était le cas pour les symptômes physiques, les symptômes psychoaffectifs étaient significativement plus répandus chez les filles. Des résultats qui font tristement écho aux trop nombreux cas de suicides chez les adolescentes et adolescents et à la situation dramatique à laquelle le gymnase d’Yverdon a dû faire face en 2018, même si nous ne connaissons pas les causes individuelles de chacune de ces tragédies.


    Remettre les jeunes en mouvement – pour leur bien-être physique et psychique

  7. La même étude publiée en 2015 indique encore que parmi les adolescent de 15 ans interrogés, une majorité de jeunes vaudois a déjà bu de l’alcool au cours de la vie (67%). Le taux d’expérimentation du tabac est quant à lui de 43% et celui de cannabis de 19%. En santé public, l’intérêt se focalise toutefois sur la consommation problématique et abusive des substances psychoactives : 12% consomment le tabac de manière hebdomadaire, 7% de l’alcool et 4% du cannabis.
  8. La recherche en neuroscience démontre que l’activité physique améliore les processus d’apprentissage et que par conséquent, plus de sport à l’école équivaut bien souvent à de meilleurs résultats scolaires.

Est-il nécessaire de s’attarder sur une conclusion à ce stade du constat ?

Trop peu de prévention

Il est également intéressant de noter, toujours dans la même étude vaudoise, qu’il avait été demandé aux enseignant·e·s d’évaluer l’offre en matière de prévention pour les jeunes dans leur région, sur une liste de huit thèmes. Globalement, les enseignant·e·s considéraient que l’offre de prévention était insuffisante pour l’ensemble des problèmes exposés et particulièrement en matière de dépression et de suicide.

On sait aussi selon cette étude que parmi les jeunes qui se qualifient eux-mêmes de non-sportifs, un grand nombre aimeraient changer les choses : trois quarts des 10-14 ans et une bonne moitié des 15-19 ans déclarent vouloir reprendre le sport…

Or, on apprend encore dans une de ces études (OFSPO 2014), que parmi les motivations à l’exercice physique, les adolescents de 15 à 19 ans jugeaient comme particulièrement important : le plaisir, le bien-être ainsi que la forme physique. Par conséquent, on semble tout avoir pour bien faire : des infrastructures, des clubs, des milliers de bénévoles et de coaches et un environnement encore relativement bien préservé… alors qu’attend-on ? L’excuse d’un gros événement sportif comme catalyseur de changement ? Justement, il y en a un important et dédié à la jeunesse qui arrive… La suite demain dans le troisième volet de cette série.

2020, une année doublement olympique… et alors ?

Des opportunités à saisir : Partie 1/3 – Renforcer le soutien à nos jeunes athlètes d’élite

 

A l’approche d’une année doublement olympique en 2020 (Jeux Olympiques de la Jeunesse à Lausanne puis JO de Tokyo), il est bon de se pencher sur la situation très précaire de ceux qui représenteront peut-être notre région dans le plus grand raout mondial du sport. Mais aussi d’évoquer le rôle du sport et de l’activité physique dans le contexte d’une adolescence dont l’état de santé laisse à désirer… Deux problématiques que tout oppose ? Bien au contraire. Des smicards du sport d’élite aux patates de canapé, il n’y a qu’un pas… qu’un gros événement sportif et dédié à la jeunesse comme les JOJ dans notre région pourrait contribuer à résoudre.

 

Des smicards au cœur de la capitale mondiale du sport

Dans ce premier volet d’une série de trois réflexions (ou coups de gueule, c’est selon…), découvrons la réalité financière de jeunes champions locaux qui régatent parmi l’élite mondiale. Dans une région du globe si riche et qui bénéficie d’un apport économique considérable grâce à la présence des sièges de près de cinquante Organisations Sportives Internationales (impact économique annuel moyen de 1.07 milliard de CHF pour la Suisse, dont plus de la moitié pour le canton de Vaud – selon l’étude publiée par l’AISTS en 2015), il est choquant de constater la précarité de nombreux championnes et champions, tous plus courageux et passionnés les uns que les autres.

Sylvain Fridelance et Guillaume Dutoit représentent ce que le sport lémanique fait de mieux : le premier est champion suisse élite 2018 en triathlon et médaillé d’argent de l’épreuve par équipe des derniers championnats d’Europe. Avec ses 56 titres nationaux toutes catégories, le second a participé à une finale de la Coupe du Monde de plongeon en Chine l’année dernière et fait désormais partie des meilleurs plongeurs de la planète.  Tous les deux ont 23 ans et figuraient parmi les trois nominés au mérite sportif vaudois de l’année 2018 – c’est le second qui a finalement eu l’honneur de ce prix. Avec quelques 20 à 30 heures d’entraînement chacun par semaine, ces jeunes hommes très volontaires s’efforcent comme beaucoup d’autres jeunes athlètes d’élite de maintenir un pied dans une formation ou un job à temps partiel, et recherchent péniblement – et généralement seuls – des soutiens privés afin de compléter les aides financières dont ils disposent. Sans citer d’autres sports, on comprend bien qu’ils n’ont pas la chance d’évoluer dans des grandes ligues nationales plus visibles et de mettre ainsi un peu de pécule de côté pour leur prochaine transition de carrière.

Sylvain Fridelance, sur le podium des Européens 2018,
avec la championne olympique Nicola Spirig

 

Le statut très modeste de l’athlète d’élite en Suisse

Lorsqu’on atteint ce niveau d’excellence à l’international, on pourrait pourtant s’attendre à une solide prise en charge de la part de nos autorités sportives. Mais leur statut s’apparente plus à celui de smicards du sport helvétique. Loin d’eux l’envie de se plaindre toutefois (car ils se savent privilégiés de pouvoir « vivoter » de leur passion !), mais dans un grand pays voisin que nous sommes tous prompts à critiquer, leur statut d’athlète d’élite leur donnerait droit à de bien meilleures conditions matérielles et financières pour se concentrer sur ce qu’ils font de mieux (leur métier, en fait !) et pour réaliser leur rêve olympique.

Ainsi, en Suisse, chacun d’eux doit budgéter une saison à environ CHF 40-45’000.- qui comprend les déplacements aux entraînements et aux compétitions, les divers stages à l’étranger, des frais d’entraîneur, une bonne partie des soins médicaux, la préparation physique et mentale, la recherche de fonds, etc. Car non, les Fédérations Nationales ne mettent pas tout cela à disposition de leurs athlètes ! L’un deux, Guillaume, n’avait d’ailleurs pas pu participer aux Championnats du Monde juniors dans son sport en 2013 car ni sa fédération, ni ses parents, ne pouvaient lui offrir un billet d’avion pour Adelaïde !

Et pour Sylvain, ce n’est que depuis son excellente saison 2018 qu’il a pu commencer à se constituer un très modeste fonds de prévoyance. Hélas, aux dernières nouvelles, sa fédération nationale dispose d’encore moins de moyens en 2019 et Sylvain devra couvrir lui-même la plus grosse partie de ses déplacements en Coupe du Monde ! Oui, on parle bien du champion suisse élite 2018 qui doit se payer ses voyages et son hôtel lors des prochaines grandes compétitions internationales… C’est simple, en comparaison internationale, on devrait parler de miracles lorsque des Suisses parviennent à ramener des médailles à la maison.

Nous n’évoquerons pas ici la situation des coaches de ces jeunes athlètes car là encore, il existe une belle proportion de smicards du sport helvétique. Beaucoup fonctionnent à la pure passion et au dévouement, pour être rémunéré au tarif d’une femme de ménage.

 

Quelques entrées financières… à côté de l’aide parentale

Du côté des entrées financières, ces deux athlètes peuvent, grâce à leurs excellents résultats récents, compter sur une aide substantielle de Swiss Olympic (entre CHF 12’000.- et 24’000.- selon l’année et les dernières performances…), du Fonds du Sport Vaudois (qui redistribue une part des bénéfices de la Loterie Romande, soit environ CHF 6 à 8’000.- chacun) et de leur commune de résidence (si elle le veut bien), par exemple CHF 1’500.- pour Sylvain. De son côté, Guillaume bénéficie encore d’une modeste bourse de la Solidarité Olympique. Tous les deux sont aussi soutenus par COOKIE, une association romande fondée par l’auteur de ce blog en 2011, ou encore par des fournisseurs d’équipement (un vélo par année par exemple pour Sylvain), et bien-sûr par les parents, éternels sponsors ! Côté entreprises, c’est la misère : quelques milliers de francs viennent péniblement s’ajouter aux sommes ci-dessus… dans un environnement économique qui se porte pourtant plutôt bien !

Guillaume Dutoit en action, il virevolte désormais parmi les meilleurs du monde

 

Pour les sponsors, les priorités sont ailleurs

Mais voilà, pour la plupart des entreprises de la place, on préfère donner son nom à une nouvelle patinoire, réserver une loge VIP ou afficher son logo sur les dossards d’une course populaire, au lieu de soutenir plus sérieusement ces ambassadeurs de la région. Ils sont pourtant prêts à redonner au sport ce que celui-ci leur a déjà offert. En effet, chacune et chacun de ces champions répond toujours présent lorsqu’il s’agit d’aller parler dans une entreprise, dans une école, dans des clubs ou encore de rencontrer de jeunes enfants malades à l’hôpital. Le rôle social et de modèle que ces jeunes champions peuvent jouer auprès de leurs pairs reste toutefois largement ignoré des autorités.

Alors, comment renforcer notre soutien à ces jeunes talents ? Quelques pistes méritent d’être mentionnées :

  • Renforcer le suivi de carrière, l’orientation professionnelle et l’aide au développement de projets
  • Renforcer l’offre de formation duale des jeunes champions, au-delà des progrès déjà observés dans le sport-études depuis 10 ans
  • Favoriser des formules d’apprentissage pour jeunes athlètes d’élite et les possibilités de parrainage par des entreprises qui offriraient des places de stage
  • Réunir les grands acteurs économiques du canton autour d’un fonds spécial (en lien peut-être avec certaines largesses fiscales dont les autorités ont fait preuve à leur égard…)
  • Assurer une forme indirecte de soutien en cotisant à la place des jeunes athlètes d’élite afin de leur constituer un fonds de prévoyance pendant leurs années de disette et de sacrifices financiers

Cette première d’une série de trois réflexions autour du sport pose finalement la question du statut d’athlète d’élite en Suisse. Un statut modeste, précaire et peu reconnu, à moins bien-sûr que l’athlète ramène une médaille internationale – on est ici beaucoup plus prompts à apparaître sur une photo à ses côtés ! A la première question anodine « que fais-tu dans la vie », un jeune athlète d’élite peut souvent anticiper la seconde « oui, mais je veux dire : à côté du sport, que fais-tu vraiment ? ».

 

Une Health et une Sport Valley au service de notre jeunesse ?

Dans cette Vallée du Sport et de la Santé qu’est devenue la région lémanique, n’est-il pas enfin venu le temps de mieux soutenir et reconnaître ces jeunes champions et de capitaliser sur leur expérience et leur passion pour encourager et inspirer d’autres jeunes à bouger et à découvrir les très nombreuses et nouvelles possibilités de carrières qu’offre le sport dans son sens le plus global ? Ne serait-ce pas là un investissement raisonnable et bienvenu pour notre jeunesse ? Car, comme nous le verrons demain dans le deuxième volet de cette réflexion sur une année 2020 doublement olympique, l’état de santé physique et mentale de nos jeunes devrait nous alarmer…