Sécurité des Conseillers fédéraux : faut-il la renforcer?

C’est un moment plutôt rare dans l’histoire récente des conférences de presse du Conseil fédéral. Mercredi 1er septembre, à la fin du point de presse hebdomadaire, Guy Parmelin, le Président de la Confédération, a lancé un appel au calme. Il s’inquiète de la montée des tensions et de la violence verbale voire physique liée d’une part à la vaccination et d’autre part au pass sanitaire. Dans la capitale fédérale tout comme dans les Cantons, les responsables de la santé constatent avec tristesse une détérioration du climat général et font face hélas aux insultes et menaces. Il paraît loin le temps où on pouvait croiser un Conseiller fédéral ou un Conseiller d’Etat dans la rue ou dans les transports publics. A l’image des Etats-Unis, la Suisse ne devrait-elle pas se doter d’une force de sécurité supplémentaire type “CH Secret Service”?

Lors de la conférence de presse du Conseil fédéral de mercredi dernier, le Président de la Confédération Guy Parmelin a lancé un appel singulier et plutôt rare chez nous. “L’ennemi c’est le virus, pas les citoyens, les concitoyens et concitoyennes qui pensent différemment. Si je souligne aujourd’hui cette apparente évidence, c’est que j’observe avec une grande inquiétude une montée des tensions.” Aux abords du Palais fédéral, la sécurité a été renforcée afin de protéger les bâtiments et les employés de l’administration fédérale. Depuis plusieurs mois, il est devenu rare de voir un Conseiller fédéral seul dans les rues de Berne ou du pays : escorte en civil lors des déplacements à pied ou forces spéciales du Canton de Zurich pour la présence d’Alain Berset dans l’émission Arena de la SRF. Tout cela montre une division forte entre les pro et anti-vaccins. L’office fédéral de la police admet une augmentation inquiétante des propos insultants envers les élus politiques, en premier lieu sur les réseaux sociaux.

Agression physique à Zurich

Le mois dernier, à l’occasion d’une campagne de vaccination, la Conseillère d’Etat zurichoise en charge de la santé, Natalie Rickli, a été aspergée de jus de pommes. Cela peut faire sourire mais montre le climat délétère et inquiétant en Suisse, un pays pourtant habitué des débats respectueux. Dans le Canton de Genève, c’est la Médecin cantonale Aglaé Tardin qui a été victime de propos menaçants. Elle se trouve actuellement sous protection policière. La police fédérale a les moyens d’agir. Elle peut en premier lieu envoyer une lettre de recadrage, se rendre au domicile de la personne agressive et la rappeler à l’ordre ou encore prononcer une garde à vue. Mais cela est-il suffisant? Clairement non! Je suis d’avis qu’elle devrait aussi pouvoir arrêter la personne et la condamner à quelques années de prison (1-5 ans) pour atteinte à la sécurité nationale.

La Ministre zurichoise de la Santé, Natalie Rickli (UDC), lors de l’inauguration d’un bus vaccinal à Gossau et quelques minutes avant l’attaque au jus de pommes. Photo : Keystone

Recopier le modèle de sécurité américain

A l’image des Etats-Unis et de leur célèbre US Secret Service, la Suisse devrait aussi se doter de ce type de sécurité spéciale. Elle pourrait prendre la forme d’un “CH Secret Service”. Cette unité serait en charge de la protection de personnalités politiques comme : le Président, le Vice-Président, les Conseillers fédéraux, le premier cercle familial des personnes précitées, les anciens Conseillers fédéraux et leur conjoint, les candidats au Conseil fédéral (tous les quatre ans), les Parlementaires fédéraux, les juges fédéraux, des personnalités liées à la gestion d’une crise sanitaire ou économique, etc. Il est triste d’en arriver à ce point-là mais on ne peut pas jouer avec la sécurité d’un représentant politique au niveau fédéral ou cantonal. D’où l’importance pour la Suisse de se doter d’une force de sécurité supplémentaire pour les élus politiques.

En tant que citoyen et Conseiller communal, je souhaite qu’on puisse revenir à des discussions respectueuses autour des questions liées à la vaccination et au pass sanitaire. Dans une démocratie libérale, il est sain de se poser des questions ou de ne pas être d’accord. Toutefois, il y a une limite des propos quant ceux-ci commencent à devenir menaçants et/ou dangereux envers les personnes qui ont un autre regard que nous. Le système politique suisse est presque unique au monde. Nous devons le protéger pour les générations futures et refuser la violence politique.

Les folles semaines du Conseil fédéral

Parmi les sept membres du Conseil fédéral, quatre d’entre eux auront mérité leurs vacances d’été. Le Président de la Confédération et chef du DEFR Guy Parmelin, le Vice-Président de la Confédération et chef du DFAE Ignazio Cassis, la cheffe du DETEC Simonetta Sommaruga et le chef du DFF Ueli Maurer ont vécu ces dernières semaines une séquence diplomatique d’une densité rare. Après la date du 26 mai 2021, synonyme de la rupture voulue par Berne des négociations de l’accord institutionnel entre la Suisse et l’Union européenne, les quatre ministres ont enchainé pas moins d’une vingtaine d’entretiens avec des chefs d’Etat et/ou de Gouvernement répartis entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Une manière peut-être d’atténuer les effets négatifs à venir de l’abandon de l’accord-cadre. Après l’échec de cet accord, doit-on voir dans ces différentes rencontres une offensive économico-diplomatique du Conseil fédéral pour rassurer et diversifier les partenaires commerciaux de la Suisse? Tour d’horizon pour chacun des Conseillers fédéraux de leurs différents voyages.

Guy Parmelin, un UDC à l’esprit européen

Les 8 et 9 juin, Guy Parmelin s’est rendu en Slovénie pour y rencontrer le Président Borut Pahor ainsi que le Président du Gouvernement Janez Janša. Cette rencontre a eu lieu dans la perspective de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. A chaque fois qu’un pays membre de l’UE accède à la présidence pour une période de six mois, il est de coutume pour un Président de la Confédération de se rendre dans ce pays-là et de faire le point sur la relation bilatérale, la collaboration Suisse-UE et les défis à venir pour le continent. La France succédera à la Slovénie le 1er janvier 2022 donc normalement Guy Parmelin devrait rencontrer à Paris son homologue français Emmanuel Macron. Le 14 juin, Guy Parmelin a effectué un déplacement en Suède dans le cadre d’une visite présidentielle. Reçu par le Roi Charles XVI Gustave et par le Premier ministre Stefan Löfven, ils ont célébré ensemble 100 ans de relations diplomatiques entre Berne et Stockholm. Les 15 et 16 juin, à l’occasion du sommet historique entre Vladimir Poutine et Joe Biden à Genève, Guy Parmelin a obtenu une rencontre avec les deux chefs d’Etat. Remercier et parler avec le président du pays hôte était la moindre des choses. Enfin, les 28 et 29 juin, Guy Parmelin a pris part à la rencontre annuelle des chefs d’Etat des six nations germanophones, aux côtés du Président allemand Frank-Walter Steinmeier, du Grand-Duc Henri de Luxembourg, du Prince héritier Alois de Liechtenstein, de Philippe, Roi des Belges ainsi que du Président autrichien Alexander Van der Bellen.

Rencontre sexpartite annuelle des chefs d’Etat des pays germanophones fin juin à Potsdam en Allemagne. Photo : compte Twitter du Président suisse.

Ignazio Cassis décroche l’édition 2022 de la Conférence sur les réformes ukrainiennes

Les 11 et 12 juin, Ignazio Cassis était en Autriche pour y rencontrer son homologue et prendre part au Forum européen de la Wachau. Il a rencontré brièvement le Chancelier fédéral Sebastian Kurz. Ce dernier a plaidé encore une fois pour une bonne entente entre notre pays et l’UE. A l’occasion d’une tournée dans les trois Etats baltes pour une double célébration (100 de relations diplomatiques et 30 ans de reprise des relations suite à la chute de l’URSS) entre le 4 et le 8 juillet, Ignazio Cassis a pu s’entretenir avec le Président letton Egils Levits. Malheureusement et pour une raison inconnue de ma part, il n’a pas été en mesure de rencontrer les chefs d’Etat et/ou de Gouvernement de l’Estonie et de la Lituanie. Présent à Vilnius pour l’édition 2021 de la Conférence sur les réformes en Ukraine, il a échangé avec le Président Volodymyr Zelensky ainsi que le Premier ministre Denys Shmyhal. Coup de poker pour la diplomatie suisse puisque l’édition 2022 se déroula au Tessin.

Discussion entre le Président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Vice-Président suisse Ignazio Cassis à Vilnius en Lituanie, en marge de l’édition 2021 de la Conférence sur les réformes en Ukraine. L’an prochain, l’édition 2022 se tiendra dans le Canton du Tessin. Photo : compte Twitter du Président ukrainien.

Simonetta Sommaruga et Nana Akufo-Addo, une amitié helvetico-ghanéenne

Entre le 5 et le 9 juillet, Simonetta Sommaruga s’est rendue sur le continent africain, plus particulièrement au Sénégal et au Ghana. A Accra, elle a pu s’entretenir avec le Président Nana Akufo-Addo. Pour la petite anecdote, en 2020 et juste avant la fermeture des frontières presque partout dans le monde, Simonetta Sommaruga, alors Présidente de la Confédération, avait reçu Nana Akufo-Addo pour une visite d’Etat historique en Suisse. Une manière sûrement de la part du Ghana de souligner les liens forts entre les deux pays.

Rencontre informelle dans la capitale ghanéenne Accra entre le Président Nana Akufo-Addo et la Ministre en charge de l’environnement et des transports Simonetta Sommaruga. Ils ont souhaité un approfondissement des relations économiques entre les deux pays. Photo : Business Ghana.

Ueli Maurer et son goût pour l’Orient

C’est Ueli Maurer qui a ouvert le bal des voyages officiels au printemps. Le 28 mai dernier, il s’est rendu en Slovénie pour une visite de travail au cours de laquelle il a rencontré son homologue ainsi que très brièvement le Président Borut Pahor. Au début de cette semaine, après une visite en Egypte, Ueli Maurer s’est arrêté quelques heures au Qatar où il a été reçu par l’Emir Tamim ben Hamad Al Thani. Ueli Maurer connaît bien cette région puisqu’à l’automne 2019, il s’était déjà rendu dans cette partie du monde et avait effectué une visite officielle aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite.

Rencontre informelle à Doha au Qatar entre le Ministre en charge des finances Ueli Maurer et l’Emir Tamim ben Hamad Al Thani . En 2023, la Suisse et le Qatar célébreront 50 ans de relations diplomatiques. Photo : Département fédéral des finances

Tous ces voyages qui interviennent après l’abandon des négociations sur un accord entre Berne et Bruxelles ne sont pas anodins. Je crois à une prise de conscience de la part du Conseil fédéral quant à une possible dégradation des relations avec un partenaire économique aussi important que l’Union européenne. Certes, nous devons aller au-delà du marché européen et assurer nos relations ou chercher des nouveaux acteurs économiques dans ce monde. Mais le Conseil fédéral ne doit pas oublier que la relation avec l’UE est primordiale pour notre économie. Maintenant que cet accord est enterré, il faut que le Conseil fédéral arrive après l’été avec un nouveau projet de stabilisation des relation bilatérales.

Vladimir, Guy et Joe

Le mercredi 16 juin 2021 restera comme l’une des journées les plus importantes de l’année pour la diplomatie suisse et mondiale. Les Présidents américain et russe Joe Biden et Vladimir Poutine se sont rencontrés face à face à l’occasion d’un sommet historique à Genève. Plusieurs sujets d’intérêts communs et de tensions comme par exemple le désarmement nucléaire, le climat ou la situation de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny ont été passés en revue par les deux délégations. Plusieurs observateurs des relations russo-américaines entendus à la radio avaient redouté de grandes avancées. Et pourtant, à la fin de la rencontre, les deux hommes ont émis une volonté de restaurer le dialogue et de travailler ensemble. Un des points importants de ce sommet à retenir est le retour en fonction à Washington de l’ambassadeur russe et à Moscou de l’ambassadeur américain. D’ailleurs, Anatoli Antonov, ambassadeur de Russie aux Etats-Unis, s’est envolé aujourd’hui pour Washington. Après les quatre années de haine déversée par Donald Trump contre les institutions internationales, Genève a-t-elle retrouvée sa place de plateforme de dialogue entre les grands de ce monde?

Un premier sommet Etats-Unis – Russie déjà en 1985

Il s’est passé 35 ans depuis la dernière rencontre Russie (URSS à l’époque) – Etats-Unis. C’était en novembre 1985 à Genève également, avec les leaders américain et soviétique Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Les Russes ont donc accepté l’offre des Américains de se rencontrer en présentiel en territoire neutre. Chapeau pour la diplomatie suisse car elle s’est activée en coulisse pour vanter les atouts de Genève. Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, injustement condamnée par les Occidentaux, Washington et Moscou ne se parlait quasiment plus. Outre ce dossier chaud, l’avenir de Bachar al-Assad en Syrie ou celui d’Alexandre Loukachenko en Biélorusse sont aussi des sujets où Poutine et Biden analysent la situation différemment. Ce n’est pas cela qu’on devrait retenir mais plutôt la volonté des deux hommes de rétablir un canal de communication respectueux. Si les Américains et les Russes ne se parlent plus, alors le monde ne pourra jamais aller mieux. Depuis 1985, le monde a bien changé. A l’époque, il y avait d’un côté le camp communiste (Etats liés à l’URSS) et de l’autre le camp occidental (Etats liés aux Etats-Unis). Aujourd’hui, il y a des puissances qui ont un poids considérable autour du globe soit par leur économie puissante soit par leur arsenal militaire (Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Etats-Unis). Mais il y aussi eu ces dernières années une émergence de puissances dites régionales qui ont une certaine importance mais relative (Brésil, Japon, Allemagne, Pologne, Turquie, Israël, Australie, Inde, Indonésie, Thaïlande, Nigeria, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ethiopie ou encore l’Algérie). Les Etats-Unis et la Russie continueront à s’affronter idéologiquement mais davantage par le biais de leur alliés, les puissances régionales.

La Suisse, puissance ni économique ni militaire mais diplomatique

La Suisse en accueillant ce sommet a mis les petits plats dans les grands. Côté protocole, accueil des deux chefs d’Etat et sécurité, tout s’est bien passé. Joe Biden a eu un droit à un accueil à l’aéroport mais pas Vladimir Poutine. On dit qu’il n’aime pas trop ce côté protocolaire mais plutôt qu’il veut aller droit au but. Aucun incident n’est survenu pendant le sommet. On peut remercier ainsi toutes les personnes qui ont travaillé pour ce sommet et qui ont permis la tenue de cette rencontre. La Suisse a la particularité de parler à tout le monde, c’est-à-dire à des régimes démocratiques comme à des régimes semi-autoritaires. Notre Président Guy Parmelin a parfaitement endossé son costume de président, il a été au top. Il s’est entretenu le jour avant le sommet avec Joe Biden et le jour du sommet avec Vladimir Poutine. En ce qui concerne les relations Suisse – Etats-Unis et Suisse – Russie, il existe une volonté d’approfondir les relations bilatérales qui sont déjà très bonnes. Quand un Président de la Confédération rencontre un grand de ce monde, c’est toujours une marque d’estime. Enfin, je ne cache pas ma joie d’avoir vu Air Force One sur le tarmac de l’aéroport de Genève ou les cortèges de voitures américaines et russes circuler en ville de Genève. C’est toujours impressionnant de voir peut-être 30 ou 40 véhicules assurer la sécurité d’un chef d’Etat russe ou américain. En Suisse, on est tellement loin de ce “show”. Mais si j’étais Président suisse, probablement que je demanderais à Fedpol ou au SRC que le cortège présidentiel suisse soit plus imposant pour le public. Il faut montrer qui est le boss!

La Genève internationale, plateforme de dialogue indispensable

Genève est une ville connue dans le monde entier. Ce sommet a permis de remettre cette ville au cœur de la diplomatie mondiale. En gros, il y a un conflit ou une crise entre deux pays, les dirigeants devraient immédiatement penser à Genève. Un futur sommet Etats-Unis – Chine / Etats-Unis – Corée du Nord / Etats-Unis – Cuba / Etats-Unis – Iran, Genève est prête! Les années Trump et la crise du Covid-19 ont été un cauchemar pour la Genève internationale. Certes, Joe Biden reste un président américain qui défend d’abord ses intérêts mais quand un locataire de la Maison Blanche dit que le multilatéralisme a une importance, alors ses mots résonnent dans le monde entier. La Suisse doit continuer et elle le fera à soutenir la Genève internationale et le multilatéralisme. Face aux armes, le dialogue pour trouver des solutions sera toujours plus fort.

Pas d’accord-cadre entre la Suisse et l’UE

Retour à la case départ pour les relations entre Berne et Bruxelles. Après sept ans de négociations, le Conseil fédéral a annoncé mercredi 26 mai dernier la fin des discussions sur l’accord-cadre. Il n’y aura donc pas d’accord général encadrant les liens et fixant les règles du jeu dans l’importante relation qui lie la Suisse à l’UE. La Commission européenne par la voie de son porte-parole Eric Mamer en a pris acte à regret : “notre accord commercial avec la Suisse a presque cinquante ans d’âge. Nos paquets d’accord sectoriels ont plus de vingt ans d’âge et il est évident que la législation européenne continue à évoluer. Dès lors que nous n’avons pas d’accord-cadre, tous ces accord ne vont pas évoluer et il y aura un décalage de plus en plus grand. Et ce sont des opportunités perdues pour les opérateurs suisses qui opèrent dans l’UE”. La Suisse craignait pour la protection de ses salaires, plus élevés que dans l’UE. Elle redoutait aussi un accès sans restriction des ressortissants européens à ses prestations sociales. Les négociations n’en finissaient plus de piétiner. Parmi les quatre grands partis politiques du pays, l’UDC et le PS étaient contre cet accord institutionnel mais pour des raisons différentes. Quant au Centre et au PLR, ils le soutenaient bien qu’ils demandaient quelques clarifications techniques. L’accord-cadre Suisse-UE est mort. Alors après cet abandon, quelle suite notre pays voudrait-il donner à sa relation avec son principal partenaire commercial?

Le Conseil fédéral en stoppant les négociations a commis une erreur. Certes, cet accord-cadre devait encore être discuté et ajusté avant une signature définitive. La Suisse était en droit d’obtenir les clarifications souhaitées, c’est-à-dire sur la protection des salaires, la directive sur la libre circulation des citoyens de l’Union et les aides d’Etat. Mais venir devant la presse et annoncer que les négociations s’arrêtent là sans avoir discuté d’un plan B au préalable est dangereux pour notre pays. On sait que l’économie n’aime pas l’incertitude. Pourtant, le Conseil fédéral en ne souhaitant pas poursuivre la discussion avec l’UE plonge notre pays et son économie dans une grande incertitude. Pas de nouvelles dates de rencontres dans les prochaines semaines. Le Conseil fédéral a juste fait savoir qu’il souhaite néanmoins sauvegarder la voie bilatérale. Pauvre réponse! Avec cet accord-cadre, on aurait eu plus à gagner qu’à perdre (échanges économiques, recherche, électricité, observation spatiale, santé, échanges académiques, etc.), soit un large panel de domaines. L’Union européenne fait partie du top trois de nos partenaires commerciaux aux côtés des Etats-Unis et de la Chine. A l’inverse, la Suisse est le quatrième partenaire commercial de l’UE. Environ 52% de nos exportations vont vers l’UE alors qu’environ 70% de nos importations proviennent de l’UE. Tout est dit ou presque.

Que faire alors ces prochaines semaines pour assurer nos relations avec l’UE? J’ai beaucoup entendu ces derniers jours parler ou reparler d’une adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen (EEE), refusé à 50,3% en 1992. A titre personnel, je crois à cette solution et elle nous permettrait de garder un accès au marché intérieure européen comme le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande, trois pays riches et qui s’en sortent bien. Ces pays n’ont pas perdu leur souveraineté, on ne la perdrait pas non plus. Les socialistes proposent une adhésion de la Suisse à l’UE, cela ne marchera jamais. Les Verts libéraux proposent une adhésion de la Suisse à l’EEE comme “alternative valable”, cette idée me plaît et devrait être soutenue. Le PLR rejette et l’adhésion de la Suisse dans l’UE et l’adhésion dans l’EEE, privilégiant la voie bilatérale. Trop réfléchir tue parfois les bonnes idées.

Il faut sauver le dossier européen

Rien ne va plus au sein du Conseil fédéral. Le Nouvelliste nous apprenait vendredi qu’une majorité parmi les sept Conseillers fédéraux songerait à tout simplement cesser les discussions en cours depuis 2014 sur l’accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne. Parallèlement, un sondage de l’institut gfs.bern révélait quelques jours plutôt qu’une majorité de citoyens suisses soutiendrait cet accord institutionnel, avec près de deux Suisses sur trois pour un tel accord. Une dégradation de nos relations avec l’UE voire une résiliation complète de l’ensemble des accords déjà en vigueur serait une catastrophe pour notre pays. Le Gouvernement fédéral serait-il devenu sourd face à la volonté du peuple suisse de poursuivre les négociations?

Le Président de la Confédération Guy Parmelin était à Bruxelles le 23 avril dernier pour une rencontre officielle avec la Présidente de la puissante Commission européenne Ursula von der Leyen. Après quelques mois de négociations techniques, cette rencontre politique aurait du mettre un point final aux discussions. Guy Parmelin avait deux heures pour convaincre et clarifier les points encore ouverts. Hélas, après déjà une heure d’entretien, les deux présidents sont arrivés à la conclusion que chaque camp restait sur ses positions initiales. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire. “Avec la Présidente de la Commission européenne, nous avons constaté que les divergences qui subsistent entre nos positions sont importantes” a dit le Président helvète devant les journalistes présents à l’ambassade de Suisse en Belgique. Ce voyage a été une perte de temps et n’a servi à rien pour faire avancer ce dossier complexe, il faut oser le dire. Un coup de téléphone de 10 minutes aurait suffit à mon avis. Les relations entre la Suisse et l’Union européenne sont vitales pour notre pays. Plusieurs domaines sont directement ou indirectement concernés : les banques, les transports, la culture, la recherche, les relations avec les pays tiers (hors Suisse et UE), la défense ou encore la coopération policière. J’appuie la signature de cet accord entre Berne et Bruxelles au plus vite pour les raisons suivantes : primo la Suisse compte parmi ses trois principaux partenaires commerciaux l’UE mais aussi les Etats-Unis et la Chine. 52% des exportations suisses vont vers l’UE et 70% des importations proviennent de l’UE. Enfin, 315’000 frontaliers français, allemands, italiens et autrichiens viennent chaque jour travailler en Suisse, notamment dans les hôpitaux, sur les chantiers, dans nos centres de recherche scientifique ou encore dans nos cafés-restaurants et hôtels. Renoncer à tout cela signifierait la mort lente de notre économie, ou certainement une perte de confiance de la part d’investisseurs étrangers.

Les sept sages doivent absolument prendre connaissance de ce sondage. La Suisse et certains de ses Cantons sont tournés vers l’exportation et ont évidemment besoin de stabilité dans les relations Suisse – UE. Les relations avec les Etats-Unis et la Chine risquent de se compliquer dans les mois à venir pour des raisons différentes. Certes, la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne mais dans son histoire et dans sa culture, elle est très proche des cultures française, allemande, italienne ou encore autrichienne. Le Conseil fédéral a le choix de signer cet accord et de normaliser ses relations commerciales ou de rejeter l’accord et de se mordre les doigts dans les années à venir. C’est à prendre ou à laisser!

PS : Tout comprendre sur l’accord-cadre… https://www.rts.ch/info/suisse/10262336-laccordcadre-pour-les-nuls-trois-fois-deux-minutes-pour-tout-comprendre.html

Peut-on et doit-on rire de tout?

A la suite d’un sketch des deux Vincent moquant le monde du théâtre et d’une vidéo de l’humoriste Claude-Inga Barbey dans la peau d’une personne transgenre, le débat sur le droit de rire de tout est réapparu ces derniers jours. Haine, insultes et même menaces de mort, à l’heure actuelle oser s’attaquer à certains sujets de façon humoristique comme par exemple la maladie, la religion ou les LGBT signifie prendre de gros risques. Hier, le célèbre sketch d’Elie Semoun et de Dieudonné, Cohen et Bokassa, passait sans problème. Aujourd’hui, le même sketch serait inimaginable. En 2021, peut-on encore rire de tout?

Depuis une année, la Suisse, l’Europe et le reste du monde vit au ralenti. La pandémie de Covid-19 a complètement remis en cause nos manières de vivre : plus de sorties culturelles (musées, théâtre, cinémas), plus de dégustation de bons petits plats au restaurant, plus le droit de s’embrasser, etc. Dans ce contexte, le temps de la rigolade ou des gags n’est pas forcément la priorité des gens. Et pourtant, je pense qu’au contraire un peu de légèreté ne nous ferait pas de mal. Face aux incertitudes économiques, à la méfiance des vaccins, au ras-le-bol des mesures, une bonne dose d’humour est plus que bienvenue. J’avoue n’avoir pas très bien compris les deux récentes polémiques sur les sketches évoqués précédemment. Je les ai regardés et n’ai pas trouvé quelque chose d’offensant. Dans nos démocraties libérales, je crois sincèrement au besoin de rire, de caricaturer, de moquer dans un esprit bon enfant et respectueux. Les artistes de scène, les humoristes, les youtubeurs sont là pour divertir nos esprits, déjà mis à rude épreuve quotidiennement par le travail, la vie de famille et depuis une année par le coronavirus. Quand j’ai entendu les propos de Jacopo Ograbek (Collectif radical d’Action Queer et avocat) et de Dominique Ziegler (auteur et metteur en scène) l’autre soir sur le plateau d’Infrarouge, ils étaient à mon goût déplacés voire agressifs. Au point de se demander s’il arrive à ces deux messieurs de rigoler de temps à autre, tellement ils ont remis en cause le travail d’une comédienne comme Claude-Inga Barbey.

Nous pouvons et devons rire de tout mais sans jamais entrer dans la haine ni l’exclusion d’un groupe de personnes voire d’une minorité. Rigoler des blancs, des métisses, des noirs, du christianisme, du bouddhisme, de l’hindouisme, de l’islam, du judaïsme, des politiciens, des stars a toujours existé. Je n’ai trouvé aucune trace de propos violents ou déplacés dans le sketch des deux Vincent ni dans le sketch de Claude-Inga Barbey. Les actrices et acteurs du monde culturel doivent bénéficier d’une certaine liberté dans leur performance artistique tout comme les dessinateurs de presse. Attention au risque de vouloir tout ou trop censurer, on finira par poser les jalons d’un régime dictatorial où rigoler vaudra la peine de mort.

“Get Brexit done”

S’il fallait retenir un seul évènement des fêtes de fin d’année passées, ce serait sans aucun doute l’accord sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Les négociateurs des deux camps ont réussi à se mettre d’accord sur les dernières modalités encore ouvertes. Cet accord conclu la veille de Noël permet d’entériner définitivement le Brexit. Autrement dit, le divorce entre Bruxelles et Londres est scellé. Tant du côté du 10 Downing Street (résidence officielle et lieu de travail du Premier ministre britannique) que du côté de Berlaymont et Europa (respectivement les bâtiments de la Commission européenne et du Conseil européen), on s’est réjoui de cet accord in extremis. Une situation sans accord aurait eu des conséquences dangereuses sur l’économie européenne et britannique, déjà ébranlées par la pandémie du coronavirus. Mais au fait, quel est le contenu de l’accord? Qu’est-ce qui va changer pour les résidents britanniques établis dans l’UE et pour les Européens au Royaume-Uni?

Un accord en 1246 pages

Le texte de l’accord sur le Brexit entre Londres et Bruxelles se décortique en 1246 pages. Il permet de fixer le cadre des relations économiques et commerciales au 1er janvier 2021. Je ne pourrai pas m’arrêter sur chaque point négocié mais dans les grandes lignes, cet accord fixe des règles dans les domaines suivants : les biens, la concurrence, les différends, la pêche, les transports ou encore la coopération judiciaire. Le texte complet, pour les motivés, peut être téléchargé ici. Les droits des 4,2 millions de citoyens européens établis au Royaume-Uni et qui ont fait une demande de statut de résidence l’automne passé seront protégés. Les Européens qui souhaiteraient s’établir au Royaume-Uni après le 1er janvier 2021 seront soumis à des conditions plus drastiques. L’âge, la maîtrise de l’anglais, le niveau d’études et les finances seront pris en compte pour obtenir un visa, valable 5 ans.

Quant aux Britanniques déjà domiciliés en Europe continentale avant 2020, ils conserveront leurs droits. Et pour les Britanniques qui voudraient s’établir sous le soleil espagnol ou croate, ils seront soumis aux mêmes contraintes (capital financier, exigences linguistiques, assurance santé, etc.) que les ressortissants de pays tiers.

Le trio gagnant du Brexit

L’Union européenne, le Royaume-Uni et la Suisse mais indirectement concernée peuvent se réjouir de l’accord trouvé et signé au sujet du Brexit. S’il n’y avait pas eu d’accord, les échanges économiques entre Londres et l’UE se seraient passés selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est-à-dire avec des droits de douane, des quotas et une plus grande bureaucratie aux frontières. Un scénario d’horreur qui voulait être évité des deux côtés de la Manche. D’ailleurs, on a tous vu ces embouteillages montrant des camions voulant se rendre soit sur le continent soit au Royaume-Uni. Il aura fallu quatre ans et demi pour parvenir au bout des difficiles négociations, entamées dès 2016 par l’ancienne Première ministre britannique Theresa May. Le “no deal” a été évité et le duo Ursula von der Leyen et Charles Michel comme Boris Johnson sont tous les trois gagnants au final. Personne n’a perdu la face, même pendant les heures les plus dures des négociations. Une future relation actée et même signée de la main de Sa Majesté La Reine.

PS : quid de la future relation entre la Suisse et le Royaume-Uni? La Suisse s’était évidemment préparée autant que possible à la sortie britannique du club européen. Elle a signé plusieurs accords bilatéraux en ce qui concerne les transports, les assurances, le commerce ou encore la migration. Notre future relation est assurée, ouf! Le Président de la Confédération cette année Guy Parmelin a même salué la signature du traité commercial entre le Royaume-Uni et l’UE. La seule chose que l’ont peut regretter est l’absence de tout contact au sommet de l’Etat entre la Suisse et le Royaume-Uni. Depuis 2016, pas une seule rencontre officielle à Berne ou à Londres entre, côté suisse Johann Schneider-Ammann (2016) / Doris Leuthard (2017) / Alain Berset (2018) / Ueli Maurer (2019) ou Simonetta Sommaruga (2020), et côté britannique Theresa May (2016-2019) ou Boris Johnson. Seuls deux faits à retenir : une rencontre bilatérale entre Doris Leuthard et Theresa May à New York en marge de la 72e Assemblée générale de l’ONU. Et un entretien bilatéral entre Alain Berset et Theresa May à Davos en marge du WEF.

Guy Parmelin rencontrera-t-il cette année le Premier ministre britannique Boris Johnson? Photo : Peter Klaunzer | Keystone-ATS

Guy Parmelin: Président de la Confédération suisse en 2021

L’UDC Guy Parmelin présidera la Confédération suisse pour la première fois dès le 1er janvier 2021. L’Assemblée fédérale (Conseil national et Conseil des Etats réunis) l’a élu mercredi 9 décembre dernier avec un joli score de 188 voix sur 202 bulletins valables. L’actuelle Présidente Simonetta Sommaruga lui remet les clés du pays sur fond de crise du coronavirus. De grands défis économiques et sociaux attendent l’UDC vaudois.

“Est élu avec 188 voix, Monsieur Guy Parmelin”. Il est midi ce mercredi 9 décembre 2020 quand le Président de l’Assemblée fédérale Andreas Aebi prononce cette phrase. L’UDC vaudois Guy Parmelin succède à la socialiste bernoise Simonetta Sommaruga à la présidence de la Confédération suisse. Son entrée en fonction est prévue pour le 1er janvier 2021. Si toutes les transitions de pouvoir pouvaient être aussi simples et courtoises que chez nous, il y aurait moins de conflits politiques à l’étranger. N’est-ce pas Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, cher Donald Trump? C’est un joli score qu’a réalisé le Vaudois de 61 ans, avec 188 voix sur 202 bulletins valables. Pandémie de coronavirus oblige, Guy Parmelin n’aura pas le droit à la traditionnelle fête, ni même au déplacement en train jusque dans son Canton d’origine.

Le paysan devenu Président suisse

Même si aujourd’hui Guy Parmelin est un homme d’Etat, il n’oublie pas ses origines du monde paysan. Comme le rappelait d’ailleurs plusieurs de ses amis d’enfance dans le 24 heures de ce week-end. L’UDC vaudois arrive au sommet du pouvoir aussi un 9 décembre, mais en 2015. Décidemment, il porte le 9 dans son cœur. Il permet ainsi au Canton de Vaud de lui offrir son 15ème Conseiller fédéral. Il a succédé à Eveline Widmer-Schlumpf, la PBD grisonne, détestée et rejetée par son ancien parti l’UDC. Avant de diriger le Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), Guy Parmelin a été pendant 3 ans à la tête du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Son prochain combat sera rude: convaincre les Suisses du bien fondé de “l’Accord de partenariat économique de large portée entre les Etats de l’AELE et l’Indonésie”. Verdict le 7 mars prochain.

A l’occasion de la journée de découverte des métiers de la terre, le Conseiller fédéral Guy Parmelin renoue avec son métier de base. Rencontre sympathique avec une participante à la Fête des vignerons, Puidoux, juin 2019. Photo: Keystone

Une année 2021 avec beaucoup de défis

Les premiers mois de sa présidence seront très scrutés par ses collègues, les Parlementaires et la population. Guy Parmelin devra essayer de sortir la Suisse de la crise du Covid-19. Ce sera le gros challenge de son année présidentielle. Arrivera-t-il à faire entendre les préoccupations vaudoises au sein du Conseil fédéral? Bilan dans une année. Sur le plan européen et/ou international, il ira représenter la Suisse à l’étranger. Un voyage est déjà programmé en Autriche le mois prochain, c’est un déplacement traditionnel que font tous les Présidents suisses élus. En vue de la votation du 7 mars prochain (voir paragraphe ci-dessus), probablement qu’il se rendra entre janvier et février en Indonésie, si les conditions sanitaires le permettent. Et ce n’est pas impossible qu’en cas de solution trouvée entre Berne et Bruxelles sur l’accord-cadre, il doivent se rendre dans la capitale belge et signer le texte. Comment réagira son parti l’UDC quand on sait qu’ils sont fermement opposés cet accord? Il ne recevra pas que des compliments et subira probablement beaucoup de pression de l’aile zurichoise. Mérite à sa collègue Simonetta Sommaruga d’avoir relancé les contacts avec la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour faire le point sur les relations Suisse – UE.

Une seconde année présidentielle sur fond de crise mondiale

La seconde année présidentielle de Simonetta Sommaruga restera comme unique dans l’histoire suisse. En temps normal, l’agenda d’un(e) Président(e) suisse consiste à voyager dans les Cantons, inaugurer des expositions, faire des discours, recevoir des chefs d’Etat et évidemment gérer son propre département. A l’étranger, il/elle représente la Suisse dans le monde lors de voyages officiels. Avec la pandémie, tout cela a plus ou moins été annulé ou s’est transformé en rencontre virtuelle. Simonetta Sommaruga aurait de quoi être un peu fâchée car depuis le début de la pandémie, on a beaucoup vu sur le devant de la scène médiatique ses collègues Alain Berset, Guy Parmelin et Ueli Maurer. Une année présidentielle, même si le pouvoir est limité en Suisse, c’est l’occasion de se faire connaître un peu plus et de laisser une trace personnelle. Simonetta Sommaruga n’a pas de chance car elle a déjà été présidente en 2015 et cette année-là avait été marquée par une vague d’attentats terroristes en Europe et la crise migratoire qui a fortement divisé les pays européens.

Le Conseil fédéral doit jongler entre intérêts économiques, défendus par Guy Parmelin, et intérêts sanitaires, défendus par Alain Berset. Photo: KEYSTONE/Alessandro della Valle

Clap de fin pour la “56e femme la plus puissante du monde”

Un troisième mandat présidentiel en 2027? Je ne le pense pas car en général un(e) Conseiller(ère) fédéral(e) reste au pouvoir entre 10 et 15 ans. Simonetta Sommaruga a été élue au Conseil fédéral en 2010, cela fait donc déjà 10 ans de pouvoir. Elle va sûrement rester jusqu’à la fin de la législature en 2023, et ensuite elle donnera sans surprise sa démission du Conseil fédéral. En attendant, on peut la féliciter pour deux choses: primo d’avoir affrontée cette crise sanitaire tout en gardant une certaine humilité et un calme, contrairement à d’autres chefs d’Etat. Secundo de s’être classé à la 56e position des femmes les plus puissantes du monde. Classement organisé par le célèbre magazine Forbes. Belle récompense pour une clap de fin!

 

PS: aux fous et intéressés comme moi des relations Suisse – monde…

Voyages de Simonetta Sommaruga en 2020: Autriche, Ukraine et Italie.

Réceptions officielles par Simonetta Sommaruga à Berne en 2020: Nauru, Ghana et Autriche.

Entretiens téléphoniques de Simonetta Sommaruga en 2020: Ukraine, Géorgie, Italie, UE, Allemagne, Cameroun, Iran, Suède, Ghana, Jordanie, Espagne, Corée du Sud, Ethiopie, Israël, Singapour, Tunisie, Népal, Pérou, Roumanie, Portugal, Finlande, Belgique et France.

Trump et les relations internationales : pourquoi était-ce nécessaire de les bouleverser?

Ne devrait-on pas considérer Donald Trump comme un faiseur de paix, notamment avec la Corée du Nord? Trump a-t-il tenu ses promesses de campagne sur l’accord nucléaire avec l’Iran? Donald Trump n’est-il pas le nouveau pacificateur au Moyen-Orient entre l’Etat hébreu et les monarchies arabes du Golfe? Que pense Trump de notre pays la Suisse? Et Donald Trump n’a-t-il pas raison de secouer les pays européens pour qu’ils augmentent leurs contributions dans l’OTAN? Autant de pays et autant de questions. A deux jours d’un scrutin présidentiel hors norme, j’ai choisi de porter un regard personnel sur le premier mandat présidentiel de Trump, mettant l’accent sur ses relations avec quatre pays dont la Suisse et une organisation militaire. 

Trump et la Corée du Nord

Donald Trump restera dans l’histoire des Etats-Unis comme le premier Président à avoir rencontré de près le dirigeant suprême nord-coréen Kim Jong-un. Rappelez-vous, au début de son mandat, Trump était très hostile envers la Corée du Nord. En août 2017, il avait promis carrément “le feu et la fureur” si ce pays émettait encore des menaces contre les Etats-Unis. Pourtant, entre 2018 et 2019, les déclarations de guerre entre les leaders américain et nord-coréen vont se fondre pour laisser place à des discussions plus constructives. Durant cette période, Donald Trump et Kim Jong-un se rencontrent à trois reprises. Le 12 juin 2018 à Singapour, le 27 février 2019 à Hanoï et le 30 juin de la même année dans la Zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées. Les images sont fortes voire irréelles alors que Washington et Pyongyang se menaçaient mutuellement de destruction en 2017. Seule ombre au tableau pour le locataire de la Maison Blanche, il n’est pas parvenu à obtenir un accord signé par son homologue nord-coréen pour renoncer aux armes atomiques. Le 45ème Président des Etats-Unis se définit souvent comme “un génie” et à juste titre dans cet exemple. Il est l’ARTISAN du grand rapprochement entre son pays et la Corée du Nord.

Le Président américain Donald Trump aux côtés du leader nord-coréen Kim Jong-un, lors de leur première rencontre à Singapour en juin 2018. Image exceptionnelle pour deux nations qui se menaçaient de représailles en 2017. Photo : Intell News

Trump et l’Iran

Au printemps 2018, Donald Trump annonce que son pays va se retirer unilatéralement de l’accord nucléaire avec l’Iran. Un texte négocié en partie en Suisse, sur les rives du lac Léman. La Confédération suisse joue un rôle de messager entre Washington et Téhéran. Berne représente les intérêts américains en Iran et les intérêts iraniens aux Etats-Unis depuis 1980. Les sanctions contre la République islamique d’Iran seront “les plus dures de l’histoire”, a promis le Président américain. Il a annoncé qu’il s’attaquerait à toutes les entreprises internationales qui continueraient de commercer avec l’Iran. Les Etats-Unis ont le droit de ne pas souhaiter des échanges économiques avec l’Iran. Par contre, il est inacceptable qu’ils imposent au reste du monde de faire de même. Chaque pays doit choisir souverainement les relations qu’il veut avec un pays. L’objectif de Trump sur l’Iran est clair: étrangler le régime des mollahs, le forcer à renégocier un accord nucléaire et lui interdire de développer ses missiles balistiques. Le retrait des Etats-Unis de cet accord était une promesse de campagne. Promesse tenue! Une manière pour lui de montrer à sa base qu’il dit ce qu’il fait et qu’il fait ce qu’il dit.

Trump et Israël

Le 14 mai 2018, les Etats-Unis inaugurent leur ambassade dans la capitale israélienne. Le transfert de l’Ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem marque une véritable rupture avec le consensus international. En effet, la communauté internationale ne reconnaît aucune capitale définie à Israël. Ce geste, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ne l’oubliera jamais. Autre dossier important tant pour Israël que les Etats-Unis, c’est celui des normalisations de relations entre l’Etat hébreu et les monarchies du Golfe. Après l’Egypte (1979) et la Jordanie (1994), les Emirats arabes unis et Bahreïn devenaient en septembre dernier deux nouveaux pays arabes à établir officiellement des relations avec Israël. Et dernièrement, c’est le Soudan qui a annoncé la création d’une relation diplomatique avec Jérusalem. D’autres nations arabes devraient suivre, notamment l’Arabie saoudite. Certes, Donald Trump a promis un plan de paix entre Israël et la Palestine pour résoudre ce vieux conflit. Mais au-delà de cette question complexe, les nations arabes se lassent de ce conflit et ont envie de s’associer à Israël pour faire barrage à l’influence grandissante de l’Iran. Donald Trump, avec ces accords de paix, est encore une fois un grand ARTISAN de la paix entre des nations qui hier se tapaient dessus.

Le Président américain Donald Trump, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et les Ministres des affaires étrangères des Emirats arabes unis et du Bahreïn réunis à la Maison Blanche pour des signatures d’accords historiques entre l’Etat hébreu et deux monarchies du Golfe, Washington, 15 septembre 2020. Photo : Israel Ministry of Foreign Affairs

Trump et la Suisse

Durant les huit ans de pouvoir de Barack Obama (2009-2017), celui-ci n’a jamais porté la Suisse dans son cœur. Il n’a jamais reçu un(e) Président(e) suisse à la Maison-Blanche ou même fait un déplacement officiel à Berne. Pourtant, il s’est rendu à plusieurs reprises en Europe. Dommage car la Suisse et les Etats-Unis partagent beaucoup de valeurs communes comme la démocratie libérale ou le fédéralisme. Seul fait marquant, Barack Obama a remercié en janvier 2016 le Gouvernement suisse pour son travail lors des négociations sur le nucléaire iranien. Mais même si je suis métisse, je ne le porte pas dans mon cœur. Barack Obama a été très dur envers la Suisse, mon pays d’accueil. Il nous a humilié et a mis fin à notre secret bancaire alors que l’Etat du Delaware est un paradis fiscal, le comble! Quant les deux otages suisses Max Göldi et Rachid Hamdani étaient retenus en Libye, les Etats-Unis comme l’Europe n’ont rien fait pour les sauver. Alors que ce sont quand même des puissances qui comptent sur la scène internationale. Par contre, son vice-Président Joe Biden a au moins fait plusieurs fois le déplacement en Suisse pour assister au Forum de Davos. Et sa femme Jill Biden s’est montrée très intéressée par le modèle d’apprentissage suisse. Une élection de Biden mardi prochain ne signifierait pas forcément une dégradation des relations Berne – Washington.

Sous la présidence Trump, les relations entre Berne et Washington se portent à merveille. Contrairement à son prédécesseur, Donald Trump est venu à deux reprises au Forum de Davos (2018 et 2020). En quatre ans, le Président Trump aura rencontré trois chefs d’Etat suisses : les socialistes Alain Berset et Simonetta Sommaruga à Davos en 2018 et en 2020 ainsi que l’UDC Ueli Maurer à la Maison Blanche en 2019. De plus, un accord de libre-échange Suisse – Etats-Unis est en pleine discussion. Enfin, Donald Trump apprécie le rôle important de notre pays pour son rôle de bons offices entre les deux ennemis jurés, les Etats-Unis et l’Iran. Trump aime la Suisse et la Suisse aime Trump. Profitons de ces bonnes relations pour avancer sur des sujets d’intérêts communs. Mérite à Trump d’être venu personnellement deux fois en Suisse et d’avoir invité un Président de la Confédération en exercice à la Maison Blanche pour une visite officielle.

Le Président américain Donald Trump reçoit son homologue suisse Ueli Maurer à la Maison Blanche. Au menu des discussions : l’Iran et un accord de libre-échange Suisse – Etats-Unis. Washington, 16 mai 2019. Photo : The White House
Au tour de la Présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga d’accueillir son homologue américain au WEF de Davos. Les discussions ont porté à nouveau sur l’Iran et l’accord de libre-échange entre les deux pays. Davos, 21 janvier 2020. Photo : The White House

Trump et l’OTAN

En décembre 2019, le 70ème anniversaire de l’OTAN a été célébré à Londres en présence de plusieurs Présidents et Premiers ministres. Il existe des dissensions croissantes entre Washington et les capitales européennes en matière de défense. Dès son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump avait taxé l’OTAN d’obsolète avant de se raviser. Il exige à raison, et il l’a rappelé au sommet de Londres que les alliés paient leur part du gâteau et qu’au moins 2% de leur PIB soit consacré au budget de l’alliance. Les Européens ont promis des efforts dans les années à venir. Il est bon de se rappeler que cette demande américaine pour augmenter les dépenses militaires ne provient pas de l’administration Trump mais existait déjà sous l’ère Obama. Le ton et l’approche étaient simplement différents. La demande de Donald Trump est légitime et l’Europe, ce vieux continent qui dominait le monde autrefois, doit impérativement prendre ses responsabilités pour protéger ses citoyens et ses frontières. Sinon, le continent européen risque d’être menacé comme la France ces dernières semaines par le terrorisme islamiste.

 

Sebastian Kurz, un ami autrichien qui nous veut du bien

Après la visite officielle de la Présidente Simonetta Sommaruga à Vienne en début d’année, une impressionnante délégation du Conseil fédéral a accueilli avec honneurs militaires et hymnes nationaux le Chancelier autrichien Sebastian Kurz. Les deux pays ont fait le point sur la situation sanitaire, les relations entre la Suisse et l’UE ainsi que plusieurs dossiers internationaux. Cette visite souligne les relations diplomatiques exceptionnelles qu’entretiennent la Suisse et l’Autriche. Jean-Yves Le Drian, Ministre français des affaires étrangères, était attendu à Berne le même jour mais a dû annuler sa visite pour une raison inconnue.

Le jeune Chancelier fédéral de la République d’Autriche, Sebastian Kurz, a été accueilli vendredi à Berne pour une visite officielle. La Présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, lui a déroulé le tapis rouge au domaine du Lohn. Il s’agit d’un des trois bâtiments prestigieux avec la Maison Béatrice de Watteville et l’hôtel Bellevue Palace que le Conseil fédéral utilise pour recevoir les chefs d’Etats et de Gouvernement. Durant les entretiens officiels entre les deux délégations, Simonetta Sommaruga et Sebastian Kurz ont abordé plusieurs sujets : la gestion de la crise sanitaire dans leur pays respectif, la protection des Alpes, les relations entre la Suisse et l’Autriche et entre la Suisse et l’Union européenne ainsi que quelques dossiers internationaux. Dommage que les deux dirigeants n’ont pas évoqué le fameux accord-cadre. Le soir, Sebastian Kurz a rencontré brièvement Gerhard Pfister, par ailleurs président de mon parti le PDC, dans les jardins de l’Ambassade autrichienne. Le Parti populaire autrichien (ÖVP) et le Parti démocrate-chrétien (PDC) sont proches puisque les deux partis ont une orientation chrétienne-démocrate et libérale-conservatrice.

La Présidente suisse Simonetta Sommaruga et le Chancelier autrichien Sebastian Kurz en pleine discussion au domaine du Lohn, lors de la visite officielle de ce dernier à Berne, le 18 septembre 2020.

De solides relations bilatérales entre Berne et Vienne

Les relations ente Berne et Vienne sont plus qu’excellentes. A l’image de la relation spéciale entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la Suisse aussi a sa relation spéciale avec l’Autriche. La récente visite du Chancelier Kurz en témoigne. Ce n’est pas moins de cinq Conseillers fédéraux qui étaient présents autour de la table. Outre évidemment la Présidente Sommaruga, Alain Berset, Karin Keller-Sutter, Ignazio Cassis et Ueli Maurer ont pu échanger avec la délégation autrichienne. La coopération économique entre les deux pays se chiffre à plus de 20 milliards d’euros selon le DFAE. On est en droit de se demander pourquoi Guy Parmelin, Ministre en charge de l’économie, n’était pas présent au Lohn. Probablement parce qu’il est membre de l’UDC et donc de facto, il est contre tout ce qui vient de l’UE. La visite de Sebastian Kurz en Suisse est un renvoi d’ascenseur. Simonetta Sommaruga s’était rendue en visite officielle en Autriche en début d’année. Elle y avait rencontrée le Chancelier conservateur Sebastian Kurz mais aussi son homologue, le Président écologiste Alexander van der Bellen. Une tradition de longue date veut que la ou le président(e) suisse en fonction effectue sa première visite dans la capitale autrichienne.

La Président suisse Simonetta Sommaruga est accueillie par son homologue autrichien Alexander van der Bellen au Palais Hofburg, Vienne, le 30 janvier 2020. Photo : compte Twitter officiel de la présidence autrichienne.

Une visite annule passée malheureusement inaperçue 

La capitale fédérale aurait dû vivre une intense journée diplomatique vendredi. En plus de la visite officielle du Chancelier fédéral autrichien, la Présidente Simonetta Sommaruga et le chef du DFAE Ignazio Cassis devaient s’entretenir avec le Ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Sa visite avait été annoncée dans la presse mais pour une raison inconnue, il n’est pas venu à Berne. En faisant quelques recherches sur Google, je suis tombé sur un article de Bote der Urschweiz. Celui-ci nous apprend l’annulation de la visite de Le Drian en Suisse. Je suis surpris que les principaux médias romands n’ont pas évoqué ou cherché à comprendre le pourquoi du comment. A ce stade, je suppose une volonté de Berne comme de Paris de reprogrammer cette visite manquée. Aussi, j’espère une rencontre tout bientôt entre Simonetta Sommaruga et Emmanuel Macron à Berne ou à Paris.