Diplomatie suisse : un bon premier trimestre

Deux ans après le début officiel de la pandémie de Covid-19, les sept Conseillers fédéraux ont pu reprendre presque normalement les voyages à l’étranger. Fini les réunions virtuelles ou les entretiens téléphoniques, les rencontres physiques ainsi que les poignées de mains ont fait leur grand retour. Pour ce premier trimestre de l’année 2022, c’est avec une belle brochette de pays européens principalement que les autorités suisses ont pu échanger sur différents thèmes. Le Président Ignazio Cassis, son Vice-Président Alain Berset et le reste du Gouvernement fédéral ont eu des échanges avec de grands chefs d’Etat et de gouvernement. Retour sur ces rencontres officielles.

Je commencerai à chaque fois par les entretiens téléphoniques, puis les réceptions officielles, c’est-à-dire celles qui ont lieu à Berne ou ailleurs en Suisse lors de la visite d’un président, d’un roi ou d’un premier ministre et enfin je terminerai avec les visites à l’étranger.

Diplomatie – Janvier 2022

-Entretien téléphonique : appel avec le Président ukrainien Volodymyr Zelensky, le jour même où à Genève se tient une rencontre entre la Secrétaire d’Etat adjointe américaine Wendy Sherman et le Vice-Ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Riabkov qui parlent de l’avenir du continent européen. Un mois et quatorze jours avant l’invasion russe en Ukraine.

-Réception officielle en Suisse : Daniel Risch, Chef du Gouvernement liechtensteinois, est accueilli par Ignazio Cassis au sommet du Säntis pour les 50 ans de la Conférence internationale du lac de Constance.

-Voyages à l’étranger : les voisins de la Suisse sont mis à l’honneur. Ignazio Cassis est d’abord à Vienne pour y rencontrer son homologue Alexander Van der Bellen et respecte ainsi la tradition de la première visite à l’étranger. Une semaine plus tard, Ignazio Cassis se rend Berlin pour y rencontrer son homologue Frank-Walter Steinmeier ainsi que le nouveau Chancelier Olaf Scholz. Une sorte de prise de contact avec les nouvelles autorités fédérales en place.

Le nouveau Chancelier allemand Olaf Scholz accueille Ignazio Cassis à Berlin.

Diplomatie – Février 2022

-Entretien téléphonique : appel avec le Président ukrainien Volodymyr Zelenski deux jours après l’invasion et l’agression russe en Ukraine. La Suisse condamne fermement cette acte, tout comme l’ensemble des pays de l’Union européenne, les Etats-Unis et le Japon.

-Réception officielle en Suisse : Karl Nehammer, Chancelier fédéral autrichien, est accueilli par Ignazio Cassis à Zofingue. Le Chancelier Nehammer avait dû s’isoler pour cause de coronavirus lors de la visite à Vienne du Président Cassis.

Le Chancelier fédéral autrichien Karl Nehammer est accueilli par Ignazio Cassis à Zofingue.

-Voyages à l’étranger : Karin Keller-Sutter, Conseillère fédérale en charge de justice et police, se rend à Lille pour participer à une réunion sur la réforme de l’espace Schengen. La Conseillère fédérale Keller-Sutter a pu s’entretenir brièvement avec le Président français Emmanuel Macron. Pour une raison qui m’échappe encore, Ignazio Cassis a décidé d’effectuer une visite officielle au Niger, pays avec lequel les relations commerciales sont faibles. Sur place, il a pu s’entretenir avec son homologue Mohamed Bazoum. Enfin, Alain Berset, Conseiller fédéral en charge de l’intérieur, s’est rendu à Tirana pour parler sécurité sociale et Covid-19. Il a également pu s’entretenir avec le Vice-Premier ministre Arben Ahmetaj au sujet des excellentes relations entre la Suisse et l’Albanie.

Diplomatie – Mars 2022

-Entretiens téléphoniques : suite à l’invasion et l’agression de l’Ukraine par la Russie, Ignazio Cassis s’est entretenu avec plusieurs dirigeants de pays frontaliers de l’Ukraine. Il a pu parler aide humanitaire suisse aux réfugiés et accueil de ceux-ci en Suisse avec la Présidente moldave Maia Sandu, avec le Président roumain Klaus Iohannis, avec la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ainsi qu’avec le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal.

-Réceptions officielles en Suisse : János Áder, Président hongrois, est accueilli par Ignazio Cassis aux chutes du Rhin pour faire un point sur les relations entre Berne et Budapest, parler de la situation en Ukraine et aussi de la politique européenne de la Suisse. Quelques jours plus tard, Alexander De Croo, Premier ministre belge, est accueilli par Ignazio Cassis à Sierre pour marquer un hommage à l’occasion des 10 ans de l’accident de car de Sierre, où 28 victimes, dont 22 enfants belges et néerlandais sont morts. Ils ont également fait le point sur les bonnes relations entre Berne et Bruxelles (le pays, pas les institutions européennes).

-Voyages à l’étranger : Ignazio Cassis, très touché, mais comme nous tous, par le drame humanitaire en Ukraine, s’est rendu dans deux pays frontaliers de l’Ukraine. Premièrement à Varsovie où il a rencontré le Président du Conseil Mateusz Morawiecki. Et deuxièmement à Chisinau, la capitale moldave, où il a été reçu par la Présidente moldave Maia Sandu et par la Première ministre Natalia Gavrița. Avec les autorités de ces deux pays, il a discuté de comment la Suisse pouvait apporter son aide dans le conflit ukraino-russe. Cependant, je m’interroge sur une non-réception par le Président polonais Andrzej Duda. Il est de coutume pour un président suisse d’être à chaque fois reçu par son homologue. Enfin, Ueli Maurer, Conseiller fédéral en charge des finances, s’est rendu Doha au Qatar pour parler finances et économie. Il a pu être reçu par l’Emir Tamim ben Hamad Al Thani pour un bref entretien et parler des bonnes relations entre la Suisse et le Qatar.

L’Emir Tamim ben Hamad Al Thani reçoit le Conseiller fédéral Ueli Maurer pour une visite de courtoisie. L’occasion d’aborder les bonnes relations entre la Suisse et le Qatar.

Et le reste du monde?

Le Président Ignazio Cassis a déjà presque terminé 1/4 de son année présidentielle. Oui, le temps file à toute allure. Les entretiens téléphoniques, les réceptions à Berne ou encore les voyages à l’étranger ont tous été fructueux pour notre diplomatie et cela doit continuer ainsi ces prochains mois. Cependant, je m’interroge sur l’absence de contact avec certains pays, de même qu’avec certaines régions du monde. Prenons exemple des pays voisins de la Suisse. Ignazio Cassis a pu rencontrer le Chancelier allemand Scholz, le Président fédéral et le Chancelier fédéral autrichien Alexander Van der Bellen et Karl Nehammer et le Chef du Gouvernement du Liechtenstein Daniel Risch. Mais aucun contact avec les autorités italiennes de même qu’avec le Président français Emmanuel Macron, pourtant tous deux voisins importants. Le Président italien Sergio Mattarella devrait effectuer une visite d’Etat prochainement en Suisse. Autre exemple l’Amérique du Sud. Aucun contact par téléphone ou rencontre physique avec un dirigeant sud-américain ces deux dernières années. Pourtant, il y a des pays commercialement importants comme l’Argentine, le Chili ou le Brésil. Idem pour l’Australie, l’Afrique du Sud, la Turquie, etc. M. Cassis, je vous demande d’élargir vos invitations futures et vos déplacements à d’autres régions du monde. Elles ont aussi le droit à avoir des contact avec vous.

Jonathan Luget

Jonathan Luget est né en 1993, un mois après la visite du premier chef d'Etat européen, François Mitterand, dans la jeune République du Kazakhstan. En marche avec un CFC, deux maturités et deux diplômes SAWI (communication et réseaux sociaux). Les loisirs se partagent entre la lecture d'ouvrages géopolitiques, la rédaction d'articles, la cuisine et la natation.

Une réponse à “Diplomatie suisse : un bon premier trimestre

  1. Oui, la vision des relations diplomatiques qu’a M. le conseiller fédéral Cassis me semble bien limitée, par rapport à ses prédécesseurs. Je vais être très dur: si je respecte M.Cassis en tant que personne et en tant que membre de notre Exécutif, je ne pense toutefois pas qu’il soit le plus approprié à ce poste. Comment à ce point négliger les deux partenaires essentiels que sont pour nous la France et l’Italie ? Manque de courtoisie ? A tout le moins, il me semble que le chef de notre diplomatie manque quelque peu de sens…diplomatique. Aurait-il fait mieux à la Santé ? Mais là je vois pas mal de boucliers se lever pour dire “surtout pas”, en se souvenant qu’il était considéré comme le médecin homme-lige des compagnies d’assurance. Alors oui, M. Cassis, remettez-vous en route et aller voir nos voisins, tous nos voisins, sans bien sûr négliger la visite des plus éloignés, comme vous l’avez fait pour nos amis du Niger 😉 En Europe vous avez si je ne m’abuse en 2020 rendu visite à M. Lukashenko. Fort bien. Ne serait-il pas aujourd’hui judicieux et éthique de rendre visite aussi à M. Zelensky ? Ou avons-nous peur du Moscovite alors que nous n’avons pas craint jadis celui qui est son modèle et qui disait alors qu’il viendrait châtier “le nain arrogant des Alpes” (et Staline, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne parlait pas du Liechtenstein…)

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