Hyperconnectivé et grands défis mondiaux: vers une plus grande solidarité mondiale?

L’urgence des défis du 21èmesiècle, et la timide réponse des États-nations, doivent nous pousser à réfléchir à une nouvelle manière de communiquer et collaborer sur les grands défis mondiaux. Comment pouvons-nous être solidaires au niveau régional et mondial, alors que le système international est basé sur des États-Nations qui ont pour objectif de défendre leurs intérêts respectifs ? À l’heure de l’hyperconnectivité, ne serait-il pas possible de davantage inclure les citoyens et la société civile dans les négociations internationales, qui serait alors en mesure de représenter cette solidarité mondiale, seule garante d’avancées sur les grands défis mondiaux.

Le concept d’État-nation combine quatre éléments : territoire, population, gouvernement et souveraineté. Une communauté de personnes, partageant une identité commune, vivent sur un même territoire, à l’intérieur des mêmes frontières, et qui sont gouvernées par un même gouvernement. Cette communauté partage une identité commune basée sur une histoire, une langue, une culture et une ethnie communes.

Si l’on revient à l’origine du concept d’État-nation, on remarque que le terme natio, dans sa définition romaine classique décrivait un groupe de personnes partageant un territoire, une langue, une culture, des traditions et des habitudes. En fait, ce terme de natio a été utilisé dès le départ pour différencier les personnes en fonction de leur origine (1).

Cette définition de natio a continué de prévaloir au Moyen Âge et jusqu’au début des temps modernes, où ce terme était synonyme de lingua. En effet, l’invention de la presse à imprimer a permis la distribution d’écrits qui étaient auparavant censurés par l’église. Le choix des imprimeurs s’est alors porté sur une langue imprimée vernaculaire, commune, afin de toucher le plus grand nombre de lecteurs. Cette “petite“ révolution technologique a aussi permis aux populations parlant des dialectes locaux de se comprendre et de former un discours commun.

Basés sur cette nouvelle capacité de communication et de partage de contenus similaires, ces langues nationales imprimées ont conduit à la formation de communautés imaginées (2) basées sur une histoire commune et des valeurs collectives. Cette nouvelle auto-identification collective en tant que nation découle d’un changement de conscience qui a commencé chez les intellectuels et les classes moyennes urbaines et instruites, avant de se propager au reste de la population (1). En d’autres termes, les communautés imaginées ont conduit à l’émergence des premiers États-nations européens (2).

Cette compréhension de la nation a également conduit à la répudiation de ce qui et de qui était étranger ; c’est-à-dire à une certaine dévaluation d’autres nations; et une exclusion des minorités nationales, ethniques et religieuses. Mais cette nouvelle conscience a également fourni le terrain culturel commun permettant aux sujets individuels de devenir des citoyens et à l’émergence de liens de solidarité entre eux (1). Cette conception moderne de la nation a conduit à notre définition contemporaine de la citoyenneté.

Par conséquent, des langues d’impression communes ont permis l’émergence de communautés imaginées de personnes solidaires, et aussi la mobilisation politique des citoyens pour légitimer les processus décisionnels de l’État laïc.

Le système international, tel que nous le connaissons depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, avec ses grandes institutions internationales comme les Nations Unies et le multilatéralisme, est basé sur l’existence d’États-nations.

Cependant, ce système est aujourd’hui mis au défi par la mondialisation, l’émergence de puissantes multinationales, le changement climatique, la pollution des mers et océans, la perte de biodiversité, ou encore les technologies numériques. La timidité des réponses des États-nations sur ces sujets cruciaux nous montrent leur certaine impuissance face à un monde interconnecté, mondialisé, et où de nombreux acteurs privés ont gagné en indépendance et en puissance. De plus, du fait de leur impact mondial, ces défis ne peuvent être traités qu’au niveau mondial, faisant appel à un intérêt commun, une solidarité commune, et donc une certaine conscience d’un destin partagé.

De plus, les technologies, qui autrefois avait contribué à l’émergence des États-nations autour de langues communes et des communautés imaginées, mettent aujourd’hui la pression sur ces mêmes États-nations, et agissent davantage comme forces de désintégration que d’intégration.

Grâce à l’hyperconnectivité que nous connaissons dans la plupart des pays occidentaux, les citoyens se connectent et adoptent de multiples identités, aux niveaux local, national, régional et mondial, mais aussi en lien avec des activités professionnelles, sportives, artistiques ou encore des intérêts hétéroclites. Ainsi, les communautés imaginées de personnes solidaires autour des langues d’impression nationales sont aujourd’hui transformées par les technologies de l’information et de la communication, et en particulier par les réseaux sociaux, qui permettent à de multiples communautés et identités de cohabiter, de manière fluide et dynamique.

Ainsi, dans un tel contexte, nous pouvons nous demander comment adapter le système international et les États-nations au monde actuel.

L’urgence des défis du 21èmesiècle, et la timide réponse des États-nations, doivent nous pousser à réfléchir à une nouvelle manière de communiquer et collaborer sur les grands défis mondiaux. Comment pouvons-nous être solidaires au niveau régional et mondial, alors que le système international est basé sur des États-Nations qui ont pour objectif de défendre leurs intérêts respectifs ? À l’heure de l’hyperconnectivité, ne serait-il pas possible de davantage inclure les citoyens et la société civile dans les négociations internationales, qui serait alors en mesure de représenter cette solidarité mondiale, seule garante d’avancées sur les grands défis mondiaux.


Références:

(1) Voir Habermas, J. (1998) The inclusion of the Other. Studies in Political Theory. MIT Press.

(2) Anderson, B. (1983). Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. London: Verso.

Jérôme Duberry

Jérôme Duberry

Jérôme Duberry est enseignant-chercheur Post-Doc au Centre de Compétences Dusan Sidjanski en Études Européennes, Global Studies Institute, Université de Genève, et chercheur associé à l’IHEID. Ses activités de recherche s'articulent autour de la convergence entre technologies numériques, politique et développement durable (ODD).

Une réponse à “Hyperconnectivé et grands défis mondiaux: vers une plus grande solidarité mondiale?

  1. Ce discours idéologique appartient au registre de la propagande, la mauvaise, qui ne mord plus sur l’opinion. On lit la même chose partout, c’est répétitif et lassant. Comme la langue de bois en URSS absolument personne n’y croit, et le seul effet que cela produit est répulsif: dès que l’on perçoit ces schèmes idéologiques tellement prévisibles, toujours les mêmes, et on les reconnaît immédiatement, on se ferme et on se rend imperméable au contenu d’un discours qui est définitivement disqualifié et illégitime. Le plus affligeant c’est que l’intelligentsia et le pouvoir en place, qui produit ce discours et nomme les professeurs, continue de l’exiger comme précondition pour une carrière universitaire. Le seul fait qu’on ose encore se référer à Habermas prouve à quel point tout cela est obsolète, et met en évidence le gouffre béant entre le monde irréel de l’idéologie obligatoire et le monde réel dans lequel vivent les gens. Cela ne peut plus durer. Dans quelques années, peut-être déjà cette année ou l’année prochaine, tout cela va disparaître. Préparez vous à changer de disque monsieur Duberry.

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