La justice fiscale n’est pas ce que l’on croit

 

 

La revendication initiale des gilets jaunes français était irréaliste : élévation des salaires, moins d’impôts, plus de services publics. Le gouvernement français a réagi comme il a pu en empruntant une dizaine de milliards. Les intérêts et le remboursement seront à la charge des gilets jaunes et de leurs descendants. Les misérables se sont enfoncés un peu plus dans leur misère. A trop attendre de l’Etat, on lui prête dans ce pays le pouvoir magique de créer des ressources inexistantes en imprimant des billets à volonté. Si les Français acceptaient déjà de travailler plus que 35 heures, s’ils acceptaient 42 heures, ils gagneraient automatiquement vingt pour cents de plus.

Il n’y a pas eu de gilets jaunes en Suisse jusque maintenant. Pourquoi ? « …la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres… » Telle est la généreuse injonction de notre Constitution fédérale. Elle n’est pas restée un vœu pieux, mais elle a été mise en œuvre de la façon la plus astucieuse, car elle n’est ni transparente et ni égalitaire. Et personne ne tend la main dans les rues.

On se souvient encore de l’expérimentation soviétique, où cet objectif fut visé par l’abaissement des salaires au niveau d’une égalité presque totale par l’Etat, devenu employeur universel. En excluant bien entendu de l’égalité obligatoire les possesseurs du pouvoir politique et administratif, les apparatchiks, nouvelle aristocratie héréditaire. La chute était inévitable : comme les gens les plus doués étaient tentés de s’expatrier vers des pays moins vertueux, il fallut les contenir derrière un rideau de fer et un Mur de Berlin, symboles honteux, démonstrations visibles de l’échec du communisme. Pire : les tournées d’artistes et de sportifs de haut niveau entraînaient des désertions massives ; pour ne pas perdre ses meilleurs scientifiques, la Russie fut coupée du mécanisme de transmission de la science par les colloques internationaux. L’égalisation des revenus à la soviétique fut une fausse bonne idée.

La Suisse s’est bien gardée de cette tentation. Les inégalités de revenus y sont énormes, quoiqu’un peu atténuées par la redistribution ultérieure. En somme, celle-ci agit comme d’un gigantesque jeu de Monopoly, où durant la partie tout le monde peut s’imaginer qu’il dispose d’un pouvoir d’achat en proportion de son mérite professionnel, mais où l’on redistribue (plus ou moins) les billets à la fin de chaque partie.

Le mécanisme le plus discernable est le fisc. En simplifiant : le tiers démuni des contribuables ne paie rien (sauf la TVA, impôt indirect, l’assurance maladie et la redevance télé) et reçoit des subsides pour payer ce qu’il ne peut, le tiers de la classe moyenne paie sa part et le tiers haut de gamme paie les deux tiers restants. Grâce aux impôts des riches, le tiers démuni jouit d’aides au logement et aux soins de santé. La formation est gratuite, les transports sont subsidiés. Les cotisations à l’AVS dépendent du revenu, mais n’assurent qu’une rente uniforme. Cantons, villes et mécènes soutiennent les institutions culturelles, sans lesquelles il n’y aurait ni orchestres, ni opéras, ni ballets, car la Confédération ne s’en charge pas. Bref, la redistribution s’opère par tant de canaux distincts et occultes qu’elle est opaque.

Le système de redistribution est évidemment imparfait, parce qu’il est réaliste. Lorsque le peuple ne supporte plus l’augmentation des prélèvements obligatoires sur le revenu, on lui propose la TVA, impôt sur la consommation réputé indolore. Prétendument payé par tous, en fait écrasant le tiers démuni, bien obligé d’utiliser tout son revenu pour se fournir en objets de première nécessité. Par ailleurs, la classe moyenne paie son écot, mais ne reçoit pas de subsides de logement ou de santé. La plomberie de redistribution comporte d’inévitables fuites dans les bas étages.

En revanche, le sort du tiers le plus haut reste acceptable. Car s’il ne l’était plus, ce tiers s’amoindrirait par émigration sélective. La Suisse l’a si bien compris qu’elle propose en sens inverse une fiscalité réduite aux riches émigrés de l’étranger. Si l’on est riche, étranger et oisif, on a le droit de négocier ses impôts, ce qui est évidemment utopique pour l’équilibre du système, si l’on est pauvre, Suisse et travailleur. Cette astuce est la cerise sur le gâteau : redistribuer oui, mais sans que  cela indispose les véritables riches.

Ce système atteint subtilement sa limite. Car, parmi les prélèvements, l’assurance maladie obligatoire (qui est un impôt pour être clair) ponctionne de plus en plus. C’est la pire forme de fiscalité puisqu’elle frappe les individus en tant que tel, indépendamment de leur revenu. C’est un impôt de capitation comme la redevance télé. Il n’y a pas eu de gilets jaunes en Suisse jusque maintenant. Jusques à quand ?

 

 

 

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

24 réponses à “La justice fiscale n’est pas ce que l’on croit

  1. Cher Jacques, pour un écrivain, allez droit (ou gauche) au coeur du sujet.

    Pourquoi ne titrez-vous pas ” La justice n’est pas ce que l’on croit”?
    Ainsi, on aurait d’emblée, avec ou sans gilet, rouge, vert, bleu ou que sais-je le contenu de votre post!

    Car, russe ou pas, il faut toujours un coupable, non?

    J’ai entendu par hasard (via podcast) votre amie Suzette Sandoz qui est toujours charmante et encore plus avec ses idées un peu désuettes et son talent oratoire, reprendre la même complainte que vous (presque celle du phoque en Alaska), celle du droit spoliatoire de ne pas manger un cervelas industriel au Buffet de la Gare de Lausanne (sic).

    Ce qui est un plus, pour la couverture des assurances maladie, vous en conviendrez.
    Mais quand on a la santé, peu importe la franchise… non?

    Joyeuses pâques

  2. Cher Monsieur,

    L’’entame de votre exposé est erronée, ce qui augure mal du reste : si les Français , j’en suis, travaillaient 42 heures, ils ne gagneraient pas nécessairement plus.

    D’abord parce que tous les accords qui ont été signés en augmentation du temps de travail au sein des entreprises n’ont jamais procédé à une augmentation equivalente de salaire.

    Ensuite il est peu probable que l’Etat accepte d’assumer une telle charge en augmentant le temps de travail de ses fonctionnaires, lui qui ne paie déjà pas les heures supplémentaires…

    Enfin, non seulemét la productivité Française est l’une des meilleures au Monde, mais, de toute façon, il y a très peu d’entreprises qui ont du travail au delà des 35 heures, lesquelles 35 heures soutiennent, par ailleurs, le tourisme et l’industrie des loisirs.

    Sur ce point, vous êtes dans le dogme, nullement dans le raisonnement.

    1. Ces quelques phrases résument la différence d’attitude à l’égard du travail de part et d’autre du Jura.
      Tout d’abord la productivité de la France n’est pas une des meilleures du monde : elle ne vient qu’en position quatorze dans le classement des pays développés. Penser le contraire revient à se fier à son imagination patriotique.
      Le salaire est fixé par des accords en entreprise mais cela ne signifie pas que celle-ci puisse distribuer n’importe quoi. Le PIB par habitant est de 61300$ en Suisse et de 43551$ en France. Dès lors, par voie de conséquence la Suisse peut assurer un revenu mensuel moyen de 6770$ et la France de 3226$, soit une variation de plus que du simple au double. On ne peut répartir que les biens que l’on produit.
      Cette différence se marque aussi sur le smic : 3260 euros en Suisse et 1498 en France. De nouveau une différence plus que du simple au double.
      Même si on s’imagine le contraire, la réalité est évidente : en travaillant plus, on produit plus et on touche plus. C’est la thèse contraire qui ne tient pas la route : ce n’est pas en travaillant moins que l’on peut gagner plus, ce n’est pas en payant moins d’impôts que l’on obtient davantage de services publics.
      La misère très réelle dont se plaignent les gilets jaunes est un fait qui doit attirer l’attention. Ce n’est pas en empruntant et en s’endettant que ce problème de fond sera résolu. C’est en produisant plus donc en travaillant plus.
      Enfin, on répand souvent la thèse selon laquelle en réduisant le temps de travail on répartit mieux l’emploi et on peut embaucher des chômeurs. En réalité c’est l’inverse. Avec une semaine de travail à 80% de la semaine suisse, la France a un taux de chômeurs qui approche de 10% contre 4% de ce côté du Jura. Et, en plus, 300000 frontaliers trouvent du travail en Suisse.
      Cette triste réalité et cette différence de mentalité ne réjouissent personne. Mais il faut au moins en être conscient et ne pas vivre dans un monde imaginaire.

      1. Je comprends votre raisonnement.

        Toutefois je maintiens que si le temps partiel est si répandu en France, c’est d’abord du fait des entreprises plutôt que d’un choix des salariés.

        D’autre part, produire plus ne signifie pas que vous vendrez la production supplémentaire. On peut quand même difficelement soutenir que le temps de travail est étroitement corrélé au carnet de commande.

        D’ailleurs, quand le carnet est plein, il n’y a pas d’hésitation à faire jouer l’interim Ou les heures supplémentaires.

        1. A quoi le total des heures de travail peut-il être corrélé sinon au carnet de commande? Si celui-ci est vide le chômage apparaît.

          1. Oui. C’est une coquille : je voulais bien dire que le temps de travail est corrélé au carnet de commande.

            C’est d’ailleurs conforme avec ma dernière phrase.

    2. “la productivité française est une des meilleures au monde” : en fait la productivité française est normale pour un pays européen, et le surplus observé tient au chômage élevé de la France qui touche essentiellement les emplois les moins qualifiés, donc les moins productifs. Ce n’est pas du dogme, ce sont des maths; il suffit de rajouter au numérateur la production de 5% d’emplois peu qualifiés et 5% de chômeurs en moins au dénominateur et on retombe sur des standards européens. Donc c’est un chiffre qui indique plutôt notre incapacité à lutter contre le chômage de masse qu’un savoir-faire spécifique.

  3. @ M. Olivier Wilhem

    Les bonnes intentions gratuites font souvent les bonnes personnes, et les mauvaises sont celles qui ne rêvent pas et s’assument.

    Bonne Année au 1/3 des contribuables qui ne paient rien.

  4. “Si les Français acceptaient déjà de travailler plus que 35 heures, s’ils acceptaient 42 heures, ils gagneraient automatiquement vingt pour cents de plus.”
    Si les salaires etaient de la pure arithmetique, en travaillant 70h hebdomadaire les Francais doubleraient leurs salaires… On voit bien que la theorie ne tient pas la route. Il n’y a pas de tarif horaire dans la loi francaise. Il est bon de le savoir avant d’ecrire ce genre d’affirmation.

      1. Si vous m’aviez bien lu, c’est precisemment ce que je dis. Alors comment selon votre de théorie, de passer de 35 a 42 heures, mécaniquement vous gagnez 20% de plus?
        Ancien professeur, mais manifestement d’économie! De plus l’URSS n’existe plus depuis bien longtemps.

        1. Si on travaille plus, on produit plus et on gagne plus. On dépense plus et on achète ce qui a été produit de plus.
          En sens inverse, si on travaille moins, on produit moins et on gagne moins. On consomme moins parce que cela que l’on voudrait acheter n’a pas été produit et parce que l’on n’a pas le revenu nécessaire.
          Bien entendu si on travaille 70 heures, ce qui est épuisant et absurde, on ne gagne pas deux fois plus qu’en travaillant 35 heures. Il ne faut exagérer une règle au delà de son applicabilité.
          Certains ont dit non sans raison que l’URSS était une France ratée, au sens jacobin, centralisateur étatique du terme. Inversement la France est une URSS qui a réussi. Un tout petit peu. Mais elle en présente les inconvénients. C’est à l’Etat de faire par un coup de baguette magique que les salaires augmentent,m que les impôts diminuent et que les services publics augmentent.

          1. “Si on travaille plus, on produit plus et on gagne plus”. En 1850, je suppose, j’aurais pu être d’accord…

  5. Si la Suisse peut maintenir un meilleur niveau de salaires qu’un pays comme la France, ce n’est pas uniquement dû au fait qu’on y travaille plus dur. C’est aussi dû à une accumulation de facteurs favorables qui tous, plus ou moins, sont la conséquence du fait que la Suisse n’est pas membre de l’Union Européenne ou disons sont permis par notre non appartenance à l’union Européenne.

    En effet, cette heureuse circonstance permet de maintenir un certain nombre d’avantages comparatifs, invisibles à l’oeil nu, mais qui favorisent les résidents suisses.

    Essayons d’en énumérer quelques uns:

    Une certaine maîtrise de l’immigration, permettant de limiter un tout petit peu le dumping social. Là aussi, il faut noter que la gauche euroturbo travaille à scier cette branche là, en s’opposant à l’application de l’article 121a de la constitution fédérale (contre l’immigration de masse exigeant un contôle autonome de l’immigration par des quotas et des plafonds). La gauche et les euroturbos doivent donc être considérés comme les ennemis de classe des travailleurs-euses suisses.

    La protection des salaires par les mesures d’accompagnement, dont l’UE exige la suppression. A noter le jeu hypocrite de la gauche, qui fait semblant d’être attachée à la protection des salaires, alors qu’elle est déjà prête, en réalité, à accepter un accord cadre avec l’UE qui fera sauter cette protection. Heureusement la base salariée et ouvrière a compris la vérité et ne voudra rien savoir d’un accord cadre.

    Le maintien du secret bancaire pour les Suisses. Ceci permet à beaucoup de PME de survivre dans les années difficiles, parce que le patron peut discrètement réinjecter son argent “noir” qu’il a pu préserver du fisc. Cet avantage au profit des Suisses a été maintenu grâce à l’UDC (Thomas Matter) mais cela aussi disparaîtra si la gauche et les euroturbos l’emportent.

    Il y a toute une série de situations qui s’apparentent de fait à une forme de protectionnisme. Prenons l’empire industriel Swatch de la famille Hayek. Pourquoi croyez-vous que Nicolas Hayek et maintenant ses héritiers ont été et continuent d’être vent debout contre l’adhésion de la Suisse à l’UE? Eh bien c’est très simple: avec la législation européenne la position dominante de Swatch Group ne pourrait pas subsister. Mr Hayek était un requin et il a mangé deaucoup de petits poissons sur son passage. Mais il n’en reste pas moins que Swatch group est capable de maintenir une quantité d’emplois grâce à sa position privilégiée, emplois bien rémunérés qui seraient irrémédiablement perdus si la Suisse devait subir la reprise automatique du droit européen.

    Le cas de Swatch Group n’est cité ici qu’à titre d’exemple. Il y a toute une série d’autres avantages assimilables à un protectionisme caché, dans l’industrie des machines, dans les assurances, de moins en moins dans les banques hélas.

    Monsieur Neirynck a raison de critiquer la démagogie française qui veut croire qu’en réduisant le temps de travail on augmente l’emploi ou qu’en augmentant le smic, automatiquement on augmente le niveau de vie. Mais il ne voit là qu’une partie de la réalité. Il a tort de croire que le niveau de vie supérieur des Suisses (pour le moment, mais plus pour longtemps si on poursuit le rapprochement avec l’UE) est dû à la vertu supérieure des travailleurs et employés suisses. Ce qui est vrai c’est qu’il y a en Suisse toute une série de solutions astucieuses, notamment dans la manière de redistribuer la richesse, un peu, mine de rien, tout en choyant malgré tout les riches, et tout cela marche bien. Mais au bout du compte tout cela fait partie d’un Sonderfall, précisément ce à quoi l’Union Européenne veut mettre fin. C’est ce qui protège la Suisse de l’esprit de l’Union Européenne qui est une organisation impitoyable au service du grand capitalisme multinational exploiteur. Les directives européennes ne sont rien d’autre que des ukases dictées par les multinationales qui ont pour effet de réduire le travail et l’emploi à une simple matière première (commodity), variable d’ajustement immédiate des fluctuations économique dont le prix est donc soumis à une sous-enchère permanente.

    Le mouvement des Gilets Jaunes est historique et ne s’arrêtera pas. Je fais ici une prophétie: les Gilets Jaunes vaincront. Ils feront canner le gouvernement Macron, et capoter purement et simplement l’Union Européenne. Car il ne s’agit pas que d’une jacquerie démagogique. Il s’agit d’un soulèvement massif causé par le fait que, quand on a supprimé tous les avantages compétitifs d’un pays, en passant sur les peuples le rabot des directives européennes, le résultat est l’appauvrissement général et quand les frigos sont vides, le peuple se soulève comme autrefois quand le pain manquait. Moi je me réjouis de ce soulévement historique, qui sera forcément victorieux, car il aura la peau de l’Union Européenne et je hais l’Union Européenne.

    Vive les Gilets Jaunes! Et que crève l’Union Européenne!

    1. Je n’ai jamais utilisé le mot vertu des travailleurs suisses. Je ne crois surtout pas que les Suisses seraient en quelque sorte plus vertueux que les autres. J’explique longuement dans mon livre “Le secret des Suisses” que c’est le refus du pouvoir, sa dilution dans une foule d’instances à commencer par le peuple souverain. Quoiqu’il en soit des institutions force est de constater que cela marche. Et cela suffit! On ne demande pas à la politique de décerner des prix de vertu mais d’être fonctionnelle. Point à la ligne.

      1. C’est vrai. Vous n’avez pas employé ce mot “vertu”. C’est moi qui l’ai employé. Mais vous avez clairement dit que si les Français travaillaient autant que les Suisses, soit 42 heures au lieu de 35, les choses iraient mieux pour eux. Ce qui n’est pas faux. Ce que j’ai voulu relever c’est que l’avantage des Suisses ne réside pas exclusivement dans cette ardeur au travail supérieure, ou plutôt, pour éviter toute connotation morale, dans ce temps de travail supérieur, mais en outre, ai-je tenté d’expliquer avec exemples à l’appui, il y a toutes une série de petites astuces protectionnistes sans le dire, qui créent des protections pour le travailleur suisse. J’aurais pu mentionner aussi le statut des banques cantonales, bénéficiant de la garantie de l’état. Un tel privilège serait inévitablement prohibé, à brève échéance, et supprimé, si la Suisse signait un accord cadre avec l’UE. Les banques cantonales disparaîtraient donc ou seraient immédiatement absorbées par de grands groupes bancaires internationaux, avec pour conséquence la disparition de la moitié au moins au moins des emplois actuellement encore assurés par les banques cantonales, sans parler de la perte des crédits accordés actuellement aux entreprises locales par les banques cantonales en raison de leur politique de proximité liée à la politique locale. Ces prêts n’intéresseraient pas la haute finance. D’où une perte de substance très grave pour le tissu économique.

        C’est cela que j’ai dit et je crois pouvoir affirmer que j’ai fait la démonstration de ma thèse. De fait le mal réside dans l’idéologie fondamentale de l’Union Européenne, qui est celle de la concurrence pure et non faussée, poussée à l’absurde. C’est cette idéologie dogmatique qui contraint à éliminer tous les services de proximité et toutes les aides aux activités nécessaires dans les régions périphériques sans aucune considération pour les nécessités locales. L’exemple des banques cantonales que j’ai cité est très typique de çe que nous perdrions en cas d’accord cadre. En France ils ont tout perdu dans ce domaine et c’est la cause du soulèvement des Gilets Jaunes, une situation réellement révolutionnaire. C’est la conséquence du dogmatisme rigide des traités européens, appliqués avec zèle par Macron, mais déjà avant lui par Hollande, Sarkozy, Chirac, Mitterrand… Cela cée la désertification totale d’espaces immenses du territoire français, la paupérisation réelle de ces populations, et c’est ça la cause du mouvement des Gilets Jaunes. C’est au point que la situation est révolutionnaire. Cette révolution aura lieu et elle sonnera le glas des rêves d’intégration européenne excessive tels que les ruminent de manière insensée les élites franco-européennes depuis Jacques Delors.

        On espère simplement que nos élites dirigeantes suisses, dont vous faites partie, auront la sagesse de comprendre ces choses et par conséquent de ne pas foncer droit dans le mur. En clair il faut espérer, si nous ne voulons pas. connaître dans dix ans en Suisse l’amène desesperançe qu’expriment aujourd’hui les gilets jaunes en France, que nos dirigeant auront la sagesse d’enterrer une fois pour toute cette folie d’un accord institutionnel qui obligerait la Suisse à reprendre automatiquement, ou “dynamiquement”, les évolutions insensées du droit européen.

        1. L’UE n’est pas une structure parfaite, mais elle présente plus d’avantages que d’inconvénients pour l’Allemagne, les pays scandinaves, etc. Il y a donc aussi un mal français, un centralisme exagéré, un étatisme plus prononcé. Il ne faut pas chercher une autre cause, si possible celle sur laquelle on n’a pas de prise et donc pas de responsabilité. Ce mal est à ce point profond que les Français n’ont que le choix entre Macron et Le Pen ou même Mélenchon.
          Dans l’état actuel la Suisse bénéficie des avantages de l’UE sans ses inconvénients. C’est parfait pourvu que l’UE continue à être d’accord. Mais elle ne l’est pas. Comment résister?

          1. “… La Suisse bénéficie des avantages de l’UE sans les inconvénients. C’est parfait pourvu que l’UE continue d’être d’accord. Elle ne l’est pas. Comment résister?”

            Tout d’abord je conteste cette analyse sur un point: celà ne va pas que dans un sens. Ce n’est pas la Suisse seule qui bénéficie d’une symbiose réussie avec l’UE. L’UE en bénéficie au moins autant, car l’existence d’une Suisse non totalement intégrée et donc capable de maintenir certaines marges de manœuvre a pour effet la réussite économique de notre pays, qui draine une quantité d’emplois dans les pays limitrophes et investit des capitaux dans le marché européen. Donc, si les dirigeants européens etaient rationnels, ils laisseraient perdurer cette situation gagnant gagnant, pour leur plus grand avantage. Malheureusement ils ne sont pas rationnels. Ils sont avant tout idéologues, pédants et obtus. Ils veulent parachever leur gleichschaltung totale de tous les aspects, même la courbure des cornichons. En asséchant l’ilôt de liberté et de prospérité qu’est la Suisse les dirigeants de Bruxelles se tireraient une balle dans le pied. Pourtant ils persistent avec obstination. On n’a jamais vu une élite aussi irrationnelle.

            Ceci dit, vous avez raison. Il n’est pas en notre pouvoir d’amener une bande de forcenés à la raison. Là dessus vous êtes réaliste. Nous devons donc, en effet, nous poser la question de “comment résister?”

            C’est très simple: Nous devons faire comme nous avons fait face à Hitler: tenir, finasser, négocier, les amuser, montrer notre capacité de nuisance et le prix à payer pour nous absorber (à l’époque nous n’aurions pas pu tenir militairement bien longtemps, mais Hitler savait que pour envahir la Suisse il aurait besoin de 20 divisions au moins. Il avait trop besoin de ces 20 divisions ailleurs. C’est à cela qu’a servi le réduit du général Guisan), en même temps montrer que nous avons une contribution utile à apporter: le tunnel du Gothard, mille autres choses. Mais en même temps nous ne devons faire aucune concession institutionnelle, toujours tout remettre aux calendes grecques, ne jamais céder sur la souveraineté. Et puis, c’est tout. Il suffit d’attendre que le monstre politique aux pieds d’argile s’écroule, comme se sont écroulés l’empire d’Hitler et celui de Napoléon. Tout ce qui est fondé sur le mépris des réalités et sur l’hubris finit toujours nécessairement par s’écrouler. C’était le cas du IIIe Reich de mille sans, qui n’en a duré que douze, c’était le cas du nouvel empire Romain de Napoléon qui devait apporter la Lumiere au monde, ce sera bientôt le cas de l’empire illégitime technocratique et mal conçu sis à Bruxelles.

            Pour moi il est évident que le mouvement des Gilets jaunes est LA crise, inattendue, mais inévitable, qui surgit brusquement mais elle devait surgir fatalement d’une manière ou d’une autre, un jour ou l’autre, et qui précipitera la chute de ce pouvoir arrogant, illégitime et inepte.

            Un peu de patience, on les aura.

        2. Brillant exposé qui serait encore plus percutant exprimé en nom propre et non sous pseudo!

          Le génie helvètique et vous avez l’élégance de le souligner, ne vient que partiellement d’une assiduité suisse au travail, mais surtout d’un pays apte au compromis et qui n’a subi ni les guerres (qui en a même bénéficié, même si pas très éthiquement), ni n’a guerroyé dans des colonies et qui a beaucoup bénéficié de son secret bancaire.

          Les colonies peuvent pararaître abstraites en 2019. Il n’empêche que les pays distandant l’Europe sont tous des ex-colonisateurs. Et si l’on compare les gilets jaunes avec les sans culotte, ce n’est pas fortuit.

          La France a bien coupé la tête de ses rois, mais ce n’était que pour les remplacer par des bourgeois enrichis grâce aux colonies qui n’ont pas manquer de manifester la même posture depuis.

          L’Europe a intégré beaucoup trop vite des pays incompatibles au niveau de leur développement et outre des erreurs techniques graves, comme l’Euro, ne verra son salut que si elle arrive à se réformer totatelement et devenir fédérale dans une Europe des régions.
          Je doute fort qu’elle y arrivera, car c’est une Europe des multinationales dont beaucoup d’américaines qui la colonisent et maintenant arrivent les chinoises et bientôt les indiennes.
          Et morceler ce puzzle n’est pas dans leur intérêt.

          Au milieu de tout ça, l’humble Suisse fera ce qu’elle pourra et si le peuple est disposé à réduire son train de vie au bénéfice de son indépendance et de sa loyauté, alors je suis optimiste sur le maintien de ses valeurs.

          Mais si c’est pour vendre tous ses fleurons construits depuis des décennies à l’étranger, il n’y aura plus qu’à fêter le 1er août au son du ran des vaches et mieux labelliser Heidi, en se regardant des podcast du bon vieux temps où on produisait encore du chocolat et des montres vraiment suisses.

    2. “Tout ce qui est excessif est insignifiant” (Talleyrand). Tout ce qui est trop long aussi d’ailleurs (je doute que beaucoup de monde vous lise jusqu’au bout !). Cela dit, passez quand même un Joyeux Noël! Fête de l’amour et de la concorde, et non de la haine 🙂

  6. Le Francais en général, pense que l’Etat a la solution a ses problèmes. Le President est vu comme un roi omnipotent. Ce qui dans notre monde capitaliste est de moins en moins le cas, en France comme ailleurs. Les politiques se sont lies les mains et ont donné tous les pouvoirs a l’économie, qui elle seule règlerait tous nos problèmes par la loi divine du marche. Les lobbies ont de plus en plus de pouvoir avec la bénédiction de “la classe” politique, et ce depuis les années 80. Nos sociétés, françaises et autres paient ce reniement des politiques. Le problème est que nous risquons de nous retrouver a être sous le joug des extremes, surtout celui d’extreme droite qui n’aura qu’a récolter les fruits semes par les vasseaux du capitalisme qui n’ont pas su mettre des barrières a son expansion anarchique. A force de capituler et d’accepter leurs dictats, les peuples paieront le prix fort. Et ce n’est pas les frontières qui nous protégeront.

  7. À moi aussi, l’équation “plus de travail” = “plus de richesses” me paraît trop simple et coupée de la réalité des travailleurs français. Pour beaucoup d’entre eux, le choix de travailler davantage ne peut leur être proposé. Ou ce choix est impossible à faire pour eux, à cause d’obligations familiales et de trajets chronophages. De plus, de nombreux salariés travaillent déjà plus de 35h par semaine, or ils restent des travailleurs pauvres. Voilà 15 ans que le coût de la vie explose – et la TVA avec -, tandis que les salaires et traitements sont gelés. Enfin, est-ce que tout allait mieux avant l’instauration des 35h? Loi qui, par ailleurs, est bien souvent ignorée ou contournée, le code du travail ayant été, lui-même, vidé de son sens. Je ne comprends pas très bien les réflexions économiques et politiques, ce n’est pas mon domaine. Néanmoins et pour finir, personne n’a demandé à l’État d’emprunter. L’argent se trouve dans les grandes fortunes privées, qui font du commerce en France (notamment) et planquent le plus gros de leurs bénéfices pour éviter de contribuer aux dépenses publiques.

    1. Il n’est pas possible de travailler plus sans produire plus et de produire plus sans consommer plus. Il faut donc que les consommateurs en aient les moyens. Le système doit donc leur donner ces moyens et l’expérience montre que c’est cela qui se passe. Il a suffi que le communisme s’écroule pour que le niveau de vie s’élève dans les pays libérés.

      Les riches parviennent à planquer leur fortune dans tous les régimes, même le système communiste. Face aux riches, tous les Etats sont pauvres car s’ils osent s’en prendre à eux, les riches s’en vont là où on ne les dérange pas. Et ils trouvent toujours un endroit pour être accueilli. C’est révoltant mais c’est comme cela. Sinon il n’y aurait pas cet écart universel et permanent des fortunes. Quand on accroît la fiscalité, on laisse entendre que ce sera un transfert des riches vers les pauvres. En réalité on appauvrit la classe moyenne, qui n’a pas les moyens de s’évader.

      1. Cela est faux :
        “Les riches parviennent à planquer leur fortune dans tous les régimes, même le système communiste. Face aux riches, tous les Etats sont pauvres car s’ils osent s’en prendre à eux, les riches s’en vont là où on ne les dérange pas. Et ils trouvent toujours un endroit pour être accueilli. ”
        La généralisation du dumping fiscal, social et environnemental date de la libéralisation des échanges de capitaux dans les années 80 et de la politique de l’UE (élargissement à des Etats aux niveaux de vie bien inférieurs, existence de paradis fiscaux à l’intérieur de l’UE, politique de libre-échange forcenée…)
        Notre pays (je suis française) est beaucoup trop jacobin et pas assez pragmatique. Il y a de quoi faire sans attendre les autres. Néanmoins, le cadre européen et international est une catastrophe pour les travailleurs car il pousse sans cesse au moins-disant. Comment concurrencer les conditions déplorables de l’Inde, de la Chine, du Bangladesh ou d’ailleurs ? Faut-il descendre jusqu’au niveau de salaire bulgare ou roumain (300€ le smic) ?
        Si l’objectif de l’UE est de ramener la population à la misère du XIXème siècle, elle sautera avant.
        Quant à la Suisse, l’un de mes amis directeurs financiers d’une société cotée, dit tout simplement : “c’est une verrue qui vit aux crochets de l’Union européenne”.

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