Untitled

Me too !

Je suis coupable d’avoir commis une agression sexuelle sur un jeune homme dans une piscine il y a huit ans ! Où faut- il que j’aille faire mon mea culpa ? Je ne savais pas que faire un bisou était une aggression sexuelle et passible de diffamation publique . En fait , j’ai commis ce crime plusieurs fois dans ma vie . Pas tous les hommes que j’ai embrassés ne s’y attendaient . Certains s’en sont réjouis . D’autres , moins . Mais aucun d’entre eux ne m’a dénoncée pour harcèlement . Est- donc un privilège réservé aux hommes ? Quelle mauvaise surprise pour Jean- Jacques Bourdin ! Lui justement , qui a la chance d’avoir pour épouse une femme aussi belle que brillante , aurait eu l’ impertinence d’embrasser sa secrétaire dans une piscine . Il nageait . C’est ce qu’ on fait normalement dans une piscine . Surtout lui , qui est sportif . Je l’ai vu s’entraîner dans la salle de gym . Donc , il y a huit ans , par une belle journée ensoleillée , il profite de ces quelques jours de repos pour nager et voilà qu’il rencontre sa secrétaire et qu’il lui fait un bisou . « Ah non , me répondront les accusatrices de notre époque puritaine et hargneuse «  il a voulu lui rouler une pelle «  et quand bien même ? Je n’y crois pas car ce n’est pas crédible . Mais quand bien même ? Je ne les compte pas , les fois dans ma vie où j’ai roulé des pelles à des mecs qui ne s’y attendaient pas , les fois où j’ai caressé des museaux ou des fesses qui ne m’appartenaient pas . Personne ne m’a dénoncée pour ces graves actes de harcèlement dont je n’étais pas consciente . Maintenant que je suis vieille , je regrette l’époque où les mecs me regardaient dans les yeux ou me prenaient par la taille . J’aimais qu’on me désire même si je ne désirais pas et je désirais les beaux mecs même si je ne leur plaisais pas . Et alors ? On ne parle pas de viol ni de pédophilie , qui sont des actes criminels . Mais un baiser de Jean- Jacques Bourdin ?? Il y a pire quand même .Cette histoire n’est pas une histoire , car elle n’est pas crédible . Il faut arrêter d’ emmerder les Français ( pour employer les mots de notre président )

L‘évènement

  •  

C‘est un film d‘Audrey Diwan, basé sur le roman autobiographique éponyme d‘Annie Ernaux .

Je l‘ai vu avec beaucoup d‘émotion , car je me suis revue à cette époque- la mienne .On employait des mots comme fille-mère pour celles d‘entre nous qui avaient des enfants en-dehors du mariage et nos familles nous rejetaient . On ne donnait la pilule qu‘aux femmes mariées . Avoir envie de sexe n‘était qu‘une prérogative masculine . Nous , on donnait notre „ fleur“ à celui qui nous épousait . S‘il baisait mal , tant pis pour nous . On n‘était pas sur terre pour avoir du plaisir , mais pour procréer en étant des femmes au foyer . 

J‘avais 18 ans quand j‘ai quitté la maison de mes parents et j‘ai fait la nounou tout en faisant des études de lettres . J‘aurais aimé faire autre chose , genre médecine ou archi . Mais il aurait fallu rester chez mes parents et rester chaste . J‘avais trop envie de liberté . Les études étaient gratuites et je lisais beaucoup , donc j‘ai réussi à la fois une licence d‘anglais et une d‘allemand . Mes parents me payaient des cours de sténo et de dactylo dans l‘espoir que je deviendrais secrétaire et que j‘épouserais le patron . Je gardais l‘argent pour manger et m‘acheter des clopes . J‘étais libre mais bohême et désordonnée . La première fois que je suis tombée enceinte , je n‘ai pas eu envie de me marier . Premier avortement . Sans anesthésie pour me punir . Mais c‘était un médecin . Il fallait avoir les moyens . Sinon c‘était les faiseuses d‘anges dans des ruelles , des sondes qui marchaient parfois en vous laissant un utérus abîmé dans le meilleur des cas et vous tuaient , dans le pire . Je vous épargnerai le reste de mes expériences , toujours douloureuses , toujours voulues . Je refusais d‘avoir honte . J‘ en parlais autour de moi . Et puis voilà : à la fin de ma vie , je clame haut et fort que je veux choisir le jour de ma mort ainsi que la manière et on me traite de tous les noms car je retarde l‘échéance . Croyez- vous qu’on a envie de mourir ? Croyez- vous qu‘on avortait de gaîté de coeur ? C‘était un déchirement chaque fois , sauf qu‘on n‘avait pas le temps de changer d‘avis . Trois mois au grand maximum . Et je n‘aurais jamais pu avorter avec un foetus de trois mois dans mon ventre . J‘ai mis trois garçons au monde . Je les ai voulus tous les trois et j‘ai enduré les nausées du début et les douleurs de la fin de la grossesse avec joie et amour pour les bébés à venir .A trois mois de grossesse , je les aimais déjà . Choisir la date de sa mort est plus difficile que je m‘y attendais , car la vieillesse ne fait pas vraiment souffrir si on n‘a pas de pathologie grave et irréversible . Pourtant , je suis convaincue qu‘il faut partir avant de se choper une maladie horrible , sauf si on veut vivre à tout prix , ce que je comprends aussi . Mais enfin , quel principe extérieur à nous doit décider pour nous du moment où nous voulons quitter la vie ? Je ne parle pas des suicides émotionnels qu‘on peut prévenir si on sait écouter . Mais une personne adulte , éclairée , capable de discernement ne devrait plus être empêchée de partir avec une aide médicale . Aucun médecin n‘ est obligé de pratiquer une IVG , si cela va à l‘encontre de ses croyances . On n‘oblige aucun médecin belge à pratiquer une euthanasie . Cependant , on ne punit pas ceux qui aident une femme à ne pas subir sa grossesse , si telle est sa décision . Pourquoi punit- on encore un médecin en France qui aide son patient à mourir ? Au nom de quoi oblige-t- on les patients français – qui en ont les moyens – à aller mourir en Belgique ou en Suisse ? Tout comme dans ma jeunesse , celles de nous qui en avions les moyens nous partions en Angleterre , en Suisse ou en Hollande pour nous faire avorter ? Quand admettrons- nous enfin que si c‘est un dieu qui nous a créés , il nous a créés sexués et mortels ?  Si c’est ainsi que nous sommes faits ,pourquoi est- que le sexe et la mort restent des sujets tabous ? En France nous sommes dans notre grande majorité au courant de la Science et de l‘Evolution . Nous sommes darwiniens mais nous laissons dicter nos lois par des idéologues . Réfléchissons enfin et voyons la réalité . Les criminels ne sont pas les jeunes femmes qui voulaient être libres à l‘époque ni les vieux qui revendiquent la même liberté aujourd‘hui : celle de disposer de leurs corps . Ce sont ceux qui nous empêchent de vivre quand nous sommes jeunes et de mourir quand nous sommes vieux .

«  Si Pierre Beck avait été acquitté , il aurait fallu changer la loi en Suisse

De quelle loi parlons- nous ? De la loi suisse sur l’assistance au suicide . Et qui a affirmé qu’il aurait fallu la changer si Pierre Beck avait été acquitté ? Le co- président d’Exit Suisse Romande , Jean- Jacques Bise . Comme il est juriste , je me sens obligée de réfléchir à cette phrase qu’ il a prononcée devant un journaliste de La Tribune après la sentence du TF qui renvoie Pierre Beck au tribunal cantonal de Genève tout en l’acquittant de l’accusation la plus grave , celle d’homicide . Rappelons- nous les faits : de quel crime est accusé le docteur Pierre Beck , qui était aussi vice- président de Exit ? Il a aidé un couple d’ octogénaires à mourir ensemble . Le mari a une maladie grave et incurable . La femme souffre de polypathologies liées à son âge – 86 ans . Elle n’en fait pas état , car sa motivation principale est d’accompagner son mari dans la mort . Ils sont mariés depuis 60 ans et elle ne se voit pas lui survivre . Le docteur Beck leur prescrit le médicament à tous les deux – ce que j’aurais fait aussi à sa place ( je ne suis pas médecin , donc je n’aurais pas pu le faire ) mais qui sommes-nous pour juger ? Et en quoi ce médecin courageux et humaniste aurait- il enfreint la loi suisse ? Il ne l’a pas fait pour des motifs égoïstes et la dame était lucide et capable de discernement . C’ est tout ce que demande la loi . Alors ? Exit a décidé d’inventer ses propres règles : il faut prouver qu’on est atteint d’une maladie incurable avec des souffrances intolérables pour avoir droit à un suicide assisté , même quand on est vieux . L’âge moyen en bonne santé est 63 ans , même en Suisse . Cette dame en avait 86 . Comment imaginer et oser dire et écrire qu’elle était en parfaite santé ? Juste parce qu’on ne se plaint pas de l’arthrite , de l’arthrose , de l’ ostéoporose ou même de l’anhédonisme qui accompagnent le grand âge , cela ne signifie pas qu’on n’en souffre pas . Je suis bien placée pour le savoir avec mes 78 ans accomplis . On s’accroche à la vie – même nous , les vieux – et il faut avoir du courage et de bonnes raisons qui nous sont propres à chacun de nous pour vouloir la quitter , la vie . Le médecin a agi avec humanisme et empathie . Lorsque je suis arrivée du Vénézuéla en 2006 et que j’ai assisté à ma première AG d’ exit Suisse Alémanique , j’y ai rencontré des personnes de la qualité d’ un Werner Kriesi , d’un Hans Wehrli , d’ une Elke Baezner , d’ un docteur en droit de St Gall , Petermann , si je me souviens , qui avait écrit tout un livre sur le Natrium de Pentobarbital . Plus tard , j’ai fait la connaissance d’ un Jérôme Sobel à Lausanne . Tous des battants . Tous se battaient pour l’ autodétermination des patients à la fin de leurs vies . J’ étais impressionnée et admirative et j’espérais que la France et que l’Allemagne allaient emboîter le pas aux Suisses . Eh bien , force est de constater que c’est l’Allemagne qui a fait le choix de légiférer en février 2020 à Karlsruhe et que la France reste immobile . Les associations suisses ? Mais que font- elles ? Elles ne veulent plus se battre et ne sont pas solidaires d’un des leurs , le docteur Pierre Beck , dernier vestige d’une époque révolue ? Avons- nous vraiment changé d’époque ? Simone de Beauvoir avait prévenu les femmes : «  soyez toujours sur vos gardes , car vos libertés ne seront jamais acquises « 

En va-t- il ainsi du droit à l’autodétermination de personnes âgées qui ne veulent pas prolonger leur vieillesse ? Allons- nous condamner et / ou intimider les médecins humanistes et bienveillants , qui sont prêts à nous aider ? Réveillons- nous avant qu’il ne soit trop tard .

La vie est sacrée

C‘est la raison donnée par ceux qui s‘opposent à l‘aide médicalisée au suicide. Je suppose que certaines vies sont donc plus sacrées que d‘autres. Aujourd‘hui la France se réjouit d‘avoir vendu des Rafales à l‘Arabie Saoudite. Toutes les chaînes de télé en parlent avec orgueil et complaisance. Et pourtant , ce sont des avions de guerre. A- t- on déjà fabriqué des armes pour ne pas faire de guerre? Et que se passe-t-il lorsque des civils sont tués avec les armes que nous fabriquons et que nous vendons? Leurs vies n‘ont l‘air de préoccuper aucune des grandes hiérarchies religieuses.

Par contre, lorsqu‘un vieillard ou une personne atteinte de la maladie de Charcot ou d‘un cancer métastasé demande à ce qu‘on l‘aide à abréger sa vie, on ne peut rien faire. La vie est sacrée et c‘est Dieu qui la donne et qui la reprend. Est-ce aussi Dieu qui supervise la fabrication et la vente des Rafales? Pourquoi est-ce que personne ne se pose de questions à ce sujet  Deux poids, deux mesures? Ou simplement du business dans les deux cas? C‘est sûr qu‘un patient vivant rapporte plus qu‘un patient mort. Au fond, tous ces débats idéologiques ne recouvrent que des intérêts financiers. Il faudrait avoir l‘honnêteté de l‘admettre.

Le livre de la vie

“Ce livre suprême qu‘on ne peut ni ouvrir ni fermer à son choix . On voudrait retourner à la page où l‘on aime , mais la page où l‘on meurt est déjà sous nos doigts “(  Lamartine ) Eh oui , on le sait quand on est arrivé à la dernière page du dernier chapitre et pourtant , on hésite à la tourner ,cette page . Je vois bien que nous vieillissons tous – même ceux d’entre nous qui avons une porte de sortie – et nous ne sortons pas , à moins d‘être en grande souffrance . Cependant , lorsque nous savons que nous l’avons,cette porte de sortie , c‘est simplement rassurant . Au nom de quoi nous la refuse-t-on ? Est-ce plus légitime d‘avoir recours à un suicide violent au lieu de pouvoir simplement s‘endormir avec le bon barbiturique pour ne plus se réveiller ? Plus nous avançons en âge et moins nous avons de plaisir à vivre . Pourtant nous nous accrochons et chaque sourire , chaque mot gentil qui nous est adressé nous touche profondément , car cela ne va plus de soi . Le petit garçon qui souriait à sa maman est devenu un homme qui sourit à ses enfants .. Les amis d‘autrefois sont souvent morts ou mourants . Les nouveaux amis ? On n‘a pas de souvenirs à partager avec eux . Et pourtant , on invente des raisons pour ne pas sauter du plongeoir .

Alors je me demande comment font tous ceux qui souffrent sans issue . Pourquoi les oblige-t- on à continuer de souffrir s‘ils demandent de l‘aide pour pouvoir quitter la vie dignement ? Pourquoi ne pas respecter le droit à l‘autodétermination , qui est pourtant garanti dans toutes les constitutions européennes ? Par peur de dérives ? Mais il n‘y en a jamais eu , ni en Suisse ni dans les pays du Bénélux . Et moi qui clamais haut et fort que j‘allais mourir en 2020 , je ne suis même pas sûre d‘y arriver en 2021 . L‘année se termine et je suis encore là . Sans raison objective . Plus personne n‘a besoin de moi . Pourtant , je sens encore de l‘amour pour mes enfants et leurs petits . J‘aime encore marcher dans Paris . Lire . Relire mes poèmes préférés . J‘accepte de ne plus être qui j‘ai été .J‘accepte de reconnaître que je me suis trompée en déclarant avec tellement d’assurance que je fermerais le livre de ma vie en 2020 . Je sais que la dernière page se lit et se relit et que tout en sachant que le dernier chapitre tire à sa fin , on veut encore lire et relire la dernière ligne .lJe sais que j‘ai une porte de sortie et je voudrais tant que nous l‘ayons tous , cette porte de sortie . Ce serait un si beau cadeau de Noël pour ceux qui souffrent sans raison et aussi pour ceux et celles qui – comme moi – aiment la vie mais sont angoissés par la perspective d’une agonie sans fin , d’une vieillesse mal vécue , dans la solitude et l’abandon . Il ne faut plus accuser de “
non assistance à personne en danger “ un médecin ou un proche qui aiderait l’un ou l’une d’entre nous à partir si et quand il ou elle le souhaite . Cette loi est inutile et cruelle . Personne ne veut mourir , mais s’il le faut , acceptons la mort comme la fin naturelle de la vie . Est- ce si difficile à admettre et à comprendre ? J’admets que je me suis trompée en pensant qu’il était facile de mourir . Vous , les idéologues et les procureurs , admettez que vous vous trompez en interdisant l’accès à une mort douce à ceux d’entre nous qui vous implorons de nous accorder la clé des champs au moment qui nous paraît juste à nous et pas à vous .

Mythomane

Est-cela que je suis? Je me suis fait reprocher de ne pas être morte lorsque j’avais prévu de mourir et de ne pas avoir quitté mon appartement après avoir annoncé que j‘allais le faire. Du coup, je me sens coupable et honteuse. Pourtant, je ne mens pas. Je suis toujours sincère.

Je sais qu‘il faut se décider de mourir avant de ne plus être en mesure de le faire . Je sais aussi que je dois quitter cet appartement et je vais le faire.

Je vais aussi bientôt sauter du plongeoir sur lequel je grelotte de trouille – car oui , je suis trouillarde . Mais faut-il se focaliser sur une vieille bourge privilégiée? Je parle de moi mais je pense à tous les autres.

Ceux qui croupissent dans des mouroirs, ceux dont on prolonge la vie avec des traitements inutiles? Tous ceux qui se laissent faire car ils ne peuvent pas se défendre.

Les proches angoissés ne sachant pas tenir tête aux équipes médicales, qui sont souvent désolées de ne pas pouvoir accomplir leur devoir selon leur âme et conscience. Je parle pour la France avec sa loi Léonetti qui emprisonne les médecins et ne respecte pas les patients .

Je me rends bien compte que ce n‘ est pas facile de mourir, même en sachant qu‘on a la clé des champs. Pourquoi imaginer alors qu’une loi de liberté, une loi qui respecterait simplement l’autodétermination que garantit notre constitution sans l’appliquer, pourquoi imaginer donc que cette loi inciterait tout le monde à mourir? Très peu de gens le font dans les pays du Bénélux et en Suisse.

Pourtant les médecins peuvent y agir selon leur âme et conscience. L‘ instinct de survie est plus fort que tout et nous essayons tous de vivre le plus longtemps possible. Mais le moment vient inéluctablement, celui de devoir se détacher et de partir. Pour des raisons qui nous sont propres et diffèrent les unes des autres. Savoir expliquer sa situation à un médecin humaniste qui nous aidera le moment voulu, c’est très réconfortant. Ce n‘est pas à une équipe médicale ni à mes proches de décider quand le moment sera le juste et le bon pour moi. Chacun de nous est différent et peut – dans une démocratie – être librement qui il est. Pourquoi est- ce impossible de rester qui nous sommes au moment où nous allons mourir? Quelle force extérieure à nous doit prendre cette décision pour nous? Au nom de qui et au nom de quoi?

Je ne prétends pas détenir la vérité ni la sagesse. J‘essaie simplement de ne pas nuire à autrui en prenant des décisions qui ne concernent que moi. Et bien sûr que je m‘accroche aux fleurs sur mon passage jusqu‘au moment où la terre sera devenue tellement aride que je ne saurai plus où m‘ accrocher .

Le mois de septembre

Le voilà arrivé plus tôt que je n’ imaginais . C’ est comme la décision de mourir . Je n’ arrive ni à quitter mon appartement ni la vie . Je me rends compte qu’il faut souffrir pour prendre ce genre de décision . Il ne suffit pas de l’ imaginer et de le vouloir . C’ est une leçon de vie . Je pense néanmoins qu’il est important d’ avoir la clé des champs lorsque la vie ne ressemble plus à la Vie . C’ est sûr : la vieillesse nous oblige à nous repenser , à renoncer à la séduction , à faire un pacte honorable avec la solitude ( citation de Garcia Marquez ) à réduire considérablement ses dépenses , à ne plus trop faire la fête . Mais on peut encore militer . J’ ai la chance de parler et d’ écrire en plusieurs langues . Insister pour que cette liberté pour laquelle je me suis battue soit accessible aux autres , à ceux qui souffrent en silence et ne savent pas s’ exprimer . La loi est en train de changer en Italie . Presque tous les pays européens sont en faveur de laisser les patients faire leurs propres choix à la fin de leurs vies . Je suis le meilleur exemple qu’il n’ y a pas de dérives . L’ être humain s’ accroche à la vie aussi longtemps qu’il le peut , même quand il a accès à une mort douce . C’ est partout la même chose . Je m’ étonnais de voir tellement de vieux militer pour le suicide de bilan en Suisse . Eh bien , voilà , l’ expérience me le fait comprendre : aucun mortel ne se résigne de gaîté de coeur à mourir , pas plus qu’une femme ne se résigne de gaîté de coeur à pratiquer une IVG .

Peut- être que je déciderai de prendre mon baluchon et que je partirai quand je n’ aurai plus goût à rien et que mon corps ne m’ obéira plus . En attendant , je me balade en regardant les feuilles jaunissantes sur les gazons épars ( citation de Lamartine )

Pourquoi faut- il une loi ?

  •  

Je suis le meilleur exemple qu’une loi humaniste ne précipite personne à se suicider . Au contraire : on accepte de vieillir – peut- être aussi de souffrir- quand on sait qu’on a une porte de sortie . Même si l’ être lucide et rationnel sait que le moment est venu de partir – si on veut partir dignement , l’ animal en nous veut continuer à vivre . L’ instinct de survie est très fort et – si on ne souffre pas le martyre – on cherche des raisons pour continuer à vivre . David Niven a fêté ses 80 ans à Château d’ Oex en Suisse . Un journaliste lui a demandé : what does it feel like to be 80 ? Et il a répondu en souriant : what is the alternative ?

Quelqu’un m’ a reproché sur le blog de retarder l’ échéance . Eh oui , en faisant des déclarations publiques , je “ m’ engageais “ à mourir à la date annoncée . Je prenais une décision rationnelle et éclairée . Et puis la vie m’ a fait un cadeau : un petit- fils qui naît le jour de mon anniversaire . Et puis soudain le Covid .On voit la manière dont sont traités les vieux . Ils meurent seuls , parfois en étouffant . C’ est inhumain . Du coup j’ ai envie de continuer à me battre pour que la loi change en France . On pourrait éviter ces morts abominables si on donnait la possibilité d’ une mort douce à ceux qui en font la demande . Les lois sont encadrées en Suisse , en Belgique et en Hollande . Il n’ y a aucune dérive nulle part . Ceux qui se sont indignés parce qu’étant en bonne santé , je voulais me donner une date pour mourir sont les mêmes qui se sont indignés parce que je ne suis pas morte . Ce qu’ils ne voient pas , c’ est que je suis libre de choisir et que tant que je le pourrai , je choisirai la vie . Au premier signe d’ une maladie incurable , je sais que je pourrai mourir . Un luxe ? Un privilège ? Non , il faut que cela devienne un droit pour tout le monde .

Partir , c‘ est mourir un peu

Quitter un endroit qu‘ on aime est difficile . Le moment est venu pour moi de le faire . Il me reste un mois dans cet appartement et dans cette rue qui m‘ ont donné tant de bonheur . On me dit que ce ne sont que des murs . Pour moi , les murs ont une âme . Que dire de tous ceux qui doivent quitter leur maison pour attendre la mort dans un mouroir ? Je sais que c‘ est un grand privilège de pouvoir choisir et décider . Je le fais en douceur . Une chance aussi . Cela ne m‘ empêche pas d‘ être triste en regardant par la fenêtre et en me promenant dans mon quartier . En attendant , je décrirai ces moments dans mon blog pour partager avec vous , mes fidèles lecteurs et amis . Je répondrai à toutes vos questions et j‘ essaierai de vous aider aussi longtemps que je pourrai . D‘ autres que moi prendront le relai . Il faut que les législateurs comprennent que le moment est venu d‘ accorder cette même liberté à tous les vieux qui n‘ ont pas envie de prolonger leur vieillesse pour quelque raison qu‘ ils invoquent : maladie , solitude , ennui , pauvreté . Si on pouvait créer un ministère pour les droits des vieux , je serais la première à me présenter pour décrire le désarroi que l‘ on ressent lorsqu‘ on devient invisible pour les autres et qu‘ on inspire au mieux la compassion , au pire l‘ indifférence .

Et puis maintenant ce virus qui complique encore plus les choses . Soyons réalistes , lucides , pragmatiques mais surtout et avant tout humanistes .