«La vie n’a qu’un sens: y être heureux. Si la vie n’est pas synonyme de bonheur, autant ne pas vivre» (Henri de Montherlant)

Lorsque Henri de Montherlant s’est suicidé à l’âge de 77 ans en se tirant une balle dans la gorge, il a été jugé sévèrement. Pourtant il était vieux et presque aveugle.

C’était en 1972. Aujourd’hui, en 2019 on ne condamne plus les suicides violents. Pourtant, il faut imaginer le traumatisme pour les proches, surtout pour ceux qui trouvent le cadavre.

Et pourtant le suicide médicalement assisté est interdit en France, à peine toléré en Suisse.

Pourquoi ne pouvons – nous admettre que des personnes qui arrivent au terme de leur vie demandent une aide pour pouvoir mourir en douceur?

Nous venons d’assister à deux procès en Suisse récemment. Aucun des deux n’avait lieu d’être.  Le docteur Erika Preisig à Bâle, tout comme le docteur Pierre Beck à Genève sont moralement irréprochables. Leur seul crime: avoir aidé des personnes âgées qui demandaient à mourir parce que leurs vies n’avaient plus de sens. La dame de Bâle était très claire dans ses déclarations réitérées devant ses proches et ses médecins. Très claire aussi dans le dernier vidéo tourné pour la police avant de mourir, dans lequel elle dit clairement sa volonté d’en finir avec une vie qui n’avait plus de sens à ses yeux.

La dame de 86 ans  à Genève, qui a voulu mourir avec son mari après 60 ans de vie commune, sous quel prétexte fallait- il la condamner à survivre à son mari atteint de leucémie et en phase terminale de sa maladie? Comment ose- t- on écrire qu’elle était bien portante?

A 86 ans, personne n’est bien portant.

Je suis bien placée pour le savoir. Voilà près de douze ans que j’accompagne des personnes en fin de vie pour l’ADMD en France. Très souvent, je ne fais qu’écouter et conseiller. C’est suffisant pour la plupart de ceux qui nous appellent. Ils se sentent rassurés lorsqu’ils savent qu’on pourra les aider le moment venu.

Les personnes atteintes de maladies incurables comme certains cancers et toutes les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, SLA, sclérose en plaques) peuvent être aidées en Suisse, pas en France. Je les ai souvent accompagnées dans ce dernier voyage qui était à la fois serein et triste. Je ne suis donc pas ce «  cas «  dont parle Jean – Jacques Bise et que Exit Suisse Romande ne pourrait jamais aider. J’ai certainement accompagné autant – si ce n’est plus – de personnes en détresse que lui. D’ailleurs je ne lui ai rien demandé.

Maintenant on se pose la question de la «  ligne rouge «  à ne pas franchir lorsqu’on accompagne un patient dans son dernier voyage.

Je peux répondre à cette question : chaque cas est différent et ce qui compte, c’est l’écoute attentive et intelligente du médecin. De celui qui écoute son coeur et sa conscience.

Cette décision n’est jamais prise à la légère. Elle est facile à prendre lorsqu’on se trouve face à un patient atteint d’une maladie visiblement incurable.

Quid de toutes ces personnes ayant atteint l’hiver de leurs vies? Souffrant des polypathologies qui accompagnent inévitablement la vieillesse? Ostéoporose, arthrite, arthrose, incontinence pour n’en énumérer que quelques unes…

Leurs souffrances n’étant pas visibles, on en déduit que ces personnes sont bien portantes.

On voit la façade, pas la plomberie.

Et mises à part les polypathologies, que penser du désarroi de cette dame de 86 ans qui ne veut pas survivre à son mari? Comment même penser à condamner le médecin courageux et humaniste qui l’a aidée?

En France, personne ne condamne les médecins qui n’osent pas utiliser les doses suffisantes de barbituriques pour appliquer cette fameuse sédation profonde et continue jusqu’à la mort autorisée par une loi  floue et ne prenant pas compte de la souffrance des patients et de leurs proches.

J’ose espérer que les intégristes suisses ne réussiront pas à empêcher les médecins humanistes de continuer à suivre leurs coeurs et leurs consciences. L’autodétermination d’un adulte éclairé et lucide, qui voit arriver la fin de sa vie, devrait être respectée dans tous les pays du monde.

Jacqueline Jencquel

Jacqueline Jencquel

Jacqueline Jencquel est née en 1943 à Tien-Tsin en Chine. Elle milite pour le droit de mourir dans la dignité, notamment au sein de l’ADMD France. Dans ce cadre, elle a accompagné des dizaines de Français en Suisse pour leur permettre d’obtenir un suicide assisté. Dans ce blog elle évoquera l’expérience d’une vie entre plusieurs continents ainsi que le quotidien de son combat.

55 réponses à “«La vie n’a qu’un sens: y être heureux. Si la vie n’est pas synonyme de bonheur, autant ne pas vivre» (Henri de Montherlant)

  1. DE QUEL DROIT DIT ON patiente bien portante , on ne choisit pas déjà sa naissance alors pourquoi ne pas avoir le droit de choisir sa mort même si on n a pas de maladie incurable ….on a de multiples raisons d avoir envie de mourir ; la dignité , ne pas vouloir être vieille , la solitude, cela devrait être un DROIT DE vouloir mourir quand on le choisit.

    1. On ne peut pas obliger un médecin à aider n’importe quel patient . Ce n’ est pas un acte anodin . Il doit être réfléchi et oui, il y a une ligne rouge à ne pas dépasser : la dépression peut être soignée , le mal de vivre aussi . Le suicide est un acte libre , mais le médecin doit écouter sa propre conscience et ne pas désobéir non plus à la loi . Si la loi est mauvaise , il faut la changer . Mais le médecin est libre de ses choix dans la mesure du possible et va toujours essayer de guérir un patient ou de soulager ses souffrances avant de l’ aider à mourir .

      1. Merci pour votre réapparition dans ce journal, elle sera toujours bien accueillie.

        Je ne doutais pas du recul et du sens critique que vous avez, mais dont vous ne faisiez à mon avis pas suffisamment part dans tous les articles que vous nous avez donnés. Ce n’est en rien céder au combat que vous menez, au contraire j’estime que le court exposé ci-dessus est utile pour éviter que des personnes continuent à dépeindre le travail d’Exit comme s’il visait à favoriser les départs. Ces personnes qui dénoncent un « manque d’humanisme » donnent de belles paroles et n’ont ni la volonté, ni la force de se confronter aux réalités pour se remettre en question.

        Merci de continuer à faire quelque chose de bien sans en retirer une complète reconnaissance, c’est cela le vrai humanisme.

        1. La vie nous ai donné et ont né à deux avec sa mère
          On meurt seul.
          Le seul choix comme être humain c’est de dire non je ne suis pas d’accord et c’est une liberté à l’humain de ne pas être complètement une victime

  2. Vous lire procure toujours autant de plaisir.
    Je vois plusieurs personnes aimées autour de moi, qui commencent à “perdre” des neurones, ne me reconnaissent pas.
    Exemple tout récent, une amie de 72 ans totalement désorientée, et dont le diagnostic d’Alzheimer a été fait avec beaucoup de retard. Au grand désespoir de son mari qui ne pouvait plus l’aider à la maison, il a fallu la faire entrer dans un ehpad. La famille est détruite, les enfants éloignés sont impuissants.
    Que peut-on faire ? Elle n’a plus la capacité de jugement, délire entre des périodes de lucidité de plus en plus brèves. La mort volontaire ne peut la concerner. Sommes-nous donc condamnés, malade et aidants, à vivre dans cet enfer, parfois pendant des années ?
    C’est horrible. La seule chose à souhaiter, c’est ne pas en arriver là. Mais alors, faut-il faire la démarche de la mort volontaire avant la maladie qui ne prévient pas ?
    Y a-t-il une solution ?
    Merci de m’avoir lue, je suis si triste.
    Christiane.

    1. C’est impossible de savoir à l’avance ce
      que la vie nous réserve, même si on
      a toujours fait attention à sa santé.
      La vie elle-même est un risque,
      et on souhaite tous ne pas souffrir
      inutilement à la fin de notre vie.
      C’est toute une réflexion énorme
      pour la société et un tabou qui
      ne sera pas facile à lever. Pour
      moi j’attendrai d’être sûre d’être
      très malade avant de décider
      quelque chose, ne pas le faire
      à l’avance…

    2. @ Mme Christiane
      Beaucoup de personnes se sentent tristes quand elles ne sont plus reconnues, cela arrive dans les relations d’amitié ou dans la famille, et c’est souvent un choc. Parmi ces personnes très déçues, il y en a qui préfèrent oublier et ne plus revenir visiter. Je trouve cela triste une deuxième fois, il faudrait être assez fort pour apporter « une amitié » dans l’instant, comme on peut le vivre parfois avec une personne que l’on rencontre sans la connaître et qu’on ne reverra plus. C’est bien sûr facile à dire. J’espère que vous aurez cette force, pour votre amie et pour vous.

  3. – encore une femme qui pousse seniors vers le néant. La fragilité doit être accompagnée,car elle est féconde. La vie éternelle devient l’horizon

    1. Le but de la vie est de ne pas la terminer dans la tristesse qu’on
      infligerait à ses proches et dans des
      souffrances que le progrès médical
      devrait empêcher, en un mot :
      on empêche les chiens de souffrir
      par un anesthésique puissant, et
      pourquoi pas les hommes ?
      C’est la question qu’a posé ma
      mère après le décès de mon père
      mort très douloureusement d’un
      œdème du poumon. Et ma
      mère n’était pas athée mais
      simplement humaine ! Devant
      l’humain et l’homme, l’éternité
      est un bien grand mot qui devrait
      s’humaniser, les religions aussi…
      Mais nous n’empêchons pas ceux qui
      le veulent de souffrir grandement
      pour l’éternité, chacun son choix…
      Cordialement

      1. Chère Jacqueline,
        Je répondais à la personne
        précédente, un religieux, et pas
        à vous car au contraire je respecte vos opinions et même
        je les soutiens. Peut-être répondons nous à la même
        personne en même temps.
        Je serais très peinée si je n’ai
        pas été comprise par ma
        réponse qui s’adressait à lui.
        Et merci beaucoup pour votre
        bel article.
        Bien sincèrement,
        Laure

    2. Cher Abbé, tout le monde respecte vos choix et vos principes. Simplement, appliquez-les à vous-même. N’essayez pas de les imposez pas aux autres.
      Ma mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé. Ce que vous appelez “fragilité féconde” est vécu par elle comme un véritable enfer auquel elle ne peut malheureusement pas échapper, malgré ses demandes quotidiennes. Il est temps que la législation française permettent à ceux qui le souhaitent de pouvoir choisir librement leur fin de vie. Cela n’enlèvera rien ni a l’Eglise, ni aux droits des croyants.
      Bien à vous.

      1. @Pierre-Yves Salomon
        Votre commentaire courtois dit
        parfaitement les choses.
        Je pense que le frein à une évolution sur ce sujet vient encore plus des médecins.
        Le président du comité d’éthique
        était pour le suicide assisté
        car il avait le soutien de la
        majorité de la population.
        Ce sont les médecins, et en
        particulier le Dr Leonetti qui
        étaient contre ainsi que de nombreux personnel médical des soins palliatifs qui font tout contre la douleur mais cherchent à prolonger les gens le plus
        possible. D’ailleurs je regrette
        d’avoir fait appel à eux pour
        ma mère, mon neveu médecin
        était bien plus compétant.
        Le gouvernement a eu peur
        d’une manif genre celle du
        mariage pour tous, résultat
        ils ont eu celles, oh combien
        virulentes, sur le coût de la
        vie et le rejet des taxes…
        Autre sujet…Dans quelques années peut-être on y aura droit
        et bravo pour les militants !
        Cordialement

    3. Monsieur l’abbé , bien sûr pour vous c’est un péché d’écourter une vie . Ma mère très croyante , souffrant beaucoup en fin de vie , m’a pourtant demandé d’écourter sa vie . Incroyable , non ?

      1. J’ai oublié d’ajouter que je suis médecin , et croyante aussi !. je ne vous dirai pas comment cela s’est fini car ce n’est pas le sujet . C’est celui de la VOLONTE de la personne en fin de vie qui compte , pas de vos croyances et désirs à vous … car au fond c’est égoîste et certainement pas éthique .

  4. Bonjour Jacqueline,
    Je n’avais plus de vos nouvelles depuis juin 2019 malgré quelques échanges de mails intéressants, je vois que votre mission d’aide aux personnes voulant en terminer avec une vie dénuée de sens. Merci de ce message !
    André

  5. Je ne suis pas le seul à considérer l’injonction d’être heureux comme le meilleur moyen de ne pas atteindre un bonheur dont il est difficile à chacun d’en dresser les contours. Idéaliser un bonheur, n’est ce pas créer un symbole qui, faute d’être identifiable de façon concrète, ne représente qu’une chimère inaccessible ? J’ai toujours été troublé par le terme “être heureux” en raison de la diversité de ses composantes. C’est peut-être un état d’esprit, ou un air de musique ou même que l’assouvissement de la cupidité peut en être l’expression. Etant né à Shanghai, je préfère la recherche d’une harmonie intérieure en équilibre avec le monde extérieur. Cordialement

  6. Je suis comme Jacqueline, j’accompagne des malades à aller mieux mourir ailleurs… loin du regard de nos dirigeants et de tous ces opposants qui ne veulent pas admettre qu’ils dépassent leur droit en voulant imposer leur idées aux autres. Pour qui se prennent-ils ? Est-ce que nous leur imposons de se faire euthanasier ou les obligeons à demander une aide pour se suicider ? Non, alors qu’ils fassent donc comme nous, qu’ils s’occupent de leurs affaires et pas de celles des autres !
    Quand leur tour viendra, j’aimerais être à leur chevet pour entendre leurs plaintes, leurs gémissements, leurs cris de douleur, leurs hurlements peut-être aussi et pouvoir leur demander s’ils ont toujours le même avis sur la question. C’est facile de parler quand on n’est pas concerné, ça l’est beaucoup moins quand on est celui ou celle qui est DANS le lit, et pas AUTOUR du lit !

    1. J’ai accompagné, écouté, vu mourir moi aussi, et soutenais Exit GB il y a cinquante ans déjà. Mais je ne suis pas « comme vous » qui pensez qu’une absence totale de juridiction serait une belle solution humaniste. Exit s’est construite progressivement sur des échanges et confrontations d’idées, pas toujours dans un climat paisible, mais a contribué à faire évoluer significativement les lois. Si cette association s’était contentée de répondre aux politiques, ou médecins peu enclins à élargir leur vision de « s’occuper de leurs affaires », nous n’aurions rien de plus qu’il y a cinquante ans dans l’optique des droits à une « mort digne ». Dans tous les domaines que nous estimons important, nous sommes bien obligés de faire « contre et avec » pour que notre société fonctionne, en continuant à viser dans la direction qui nous semble la meilleure.

      Nous avons dans cette colonne un Abbé qui vit dans son monde unique de vérités, qui obéit à Dieu. Et une accompagnante qui œuvre à sa manière avec ses convictions. L’un et l’autre peuvent apporter du bien à certaines personnes, mais dans leurs limites, et de loin pas dans tous les cas qui se présentent. Les autres sont là aussi pour jouer leur rôle : Corps médical, parfois avocats, juges, et même le politicien que vous accompagnerez peut-être un jour à la fin de sa vie. Alors si cela devait se présenter, ne souhaitez pas (je vous cite) « entendre ses plaintes, ses gémissements, ses cris de douleurs, ses hurlements, pour pouvoir lui demander si ses avis ont changé sur la question (de l’euthanasie) ». Parce qu’à cet instant, si vous deviez continuer à croire que cela va vous apporter un sentiment de justice, vous ne serez plus du tout à votre place dans un hôpital, ni même au chevet de la personne à domicile. Continuez à faire du bien là où vous pouvez, et laissez faire les autres là où vous ne savez pas. Vous n’aurez ni le statut d’un politicien, d’un médecin, d’une infirmière, d’un aumônier ou d’un Abbé en visite, mais cela ne vous empêchera pas d’apporter votre part dans la mesure de vos possibilités.

  7. “La vie n’a qu’un sens: y être heureux. Si la vie n’est pas synonyme de bonheur, autant ne pas vivre» (Henri de Montherlant)”
    Apres avoir réflechis sur cette quote, je pense que quitter cette planète avec dignité est ma priorité, J’ai assité a l’example de mon père étant devenue une plante, et ne pouvant pas s’en aller avec dignité. Lui changeant une couche, j’ai sentis sa tristesse d’en être arriver a ce point la et je suis promis de ne jamais être comme lui, de partir quand je le deciderais et avec dignité. Ayant maintenant un passport holandais ou la Euthanasie est legale et la maniere la plus digne de quitter sa famille en paix.
    Roberto

  8. Merci pour cette contribution qui pousse à la réflexion !
    Je dois dire que je me suis souvent interrogée sur ce sujet et que, si je suis tout à fait pour la liberté personnelle à décider du moment (et du moyen) de sa mort, je trouve aussi délicat de demander aux politiques d’ériger une loi à ce propos, car chaque cas est tellement unique et doit être traité au regard de ses spécificités. Ce débat social et éthique reflète à mes yeux un aspect de notre société occidentale : la sacralisation de la vie et son corollaire, le tabou de la mort. Et le libre arbitre dans tout ça ?

    1. La loi suisse est parfaite car elle respecte le libre- arbitre de l’ individu .

      On n’ oblige personne à mourir . On ne doit pas non plus obliger des personnes malades et/ ou vieilles , si elles n’ en ont ni l’ envie ni les moyens ( émotionnels ou économiques )

    2. Une loi pourrait déjà commencer
      à légaliser le suicide assisté pour les
      gens très malades qui le souhaitent.
      François Hollande avait promis de
      le faire mais Madame Taubira a
      jugé plus important de faire voter
      le mariage pour tous. Macron a
      fait une amélioration de la loi
      Leonetti qui n’est pas appliquée et
      est très restrictive. Il y a donc toutes
      sortes de lois possible qui de toutes
      façons seront toujours plus ou
      moins restrictives car nous n’avons
      pas la tolérance des Belges ou
      Hollandais. La marge est très grande
      en la matière, le côté humain doit
      guider la démarche, les tabous
      doivent être lever. Bien sûr, pas
      facile dans ce pays ! Mais nous avons
      tous des exemples affligeants de
      décès douloureux dans nos familles…
      Cordialement

    3. @ Mme Aude Bertoli

      Si la loi ne devait pas s’occuper de la « volonté personnelle » de la personne qui envisage ou veut mettre fin à sa vie, quand bien même avec l’aide qui se limite à conseiller, dialoguer, accompagner, ce serait faire omission des cas rares d’incitation « à s’en aller ». Ces situations existent bel et bien, la loi ne s’en occupe pas directement, elles sont discrètes et difficiles à déceler, d’autant que la suspicion est délicate et malvenue. Le cas le plus simple est celui de l’héritier ou héritière pressée, qui donne le message « Tu peux mourir… » : vouloir le bien pour l’autre en rapport de ses propres intérêts, cela est possible en état de toute bonne conscience, ces personnes parviennent à se mentir à elles-mêmes. Je ne bâtis pas une hypothèse de situation me paraissant plausible, je l’ai vécue directement : La personne qui se dirige vers la fin de vie, qui n’a pas voulu remplir le formulaire de ses volontés anticipées destiné aux médecins, et la famille qui s’entretient avec ceux-ci le moment venu, sans compter les infirmières qui font part de leur sentiment. Il s’agissait de décisions en rapport d’une euthanasie passive, ou favorisée par la privation des besoins courants (hydratation, verre d’eau apporté à la bouche par l’infirmière). L’un des membres de la famille questionnait le médecin chef sur la douleur, la fiabilité de l’évaluation, en souhaitant la voie qui « fasse le moins mal ». L’autre membre de la famille allait visiter l’hospitalisée en éprouvant un grand sentiment de paix, lui parlait en évoquant le grand bonheur de mourir… Plus tôt, ce membre de la famille arrivait aux admissions pour poser rapidement une question au curateur, avant même d’aller trouver la parente avec laquelle il était encore possible de dialoguer : « Y a-t-il une procuration bancaire pré-mortem ? » Trois jours plus tard, dans le corridor des chambres de l’hôpital : Une infirmière parle à la parente qui se sent en paix : « Votre frère veut prolonger votre mère… »

      Mon récit peut rendre triste, il ne parle pourtant pas d’événements qui pourraient concerner la justice, et il n’y avait rien à faire pour espérer plus d’empathie au chevet de la personne qui souffrait. Ni espérer que le médecin ou les infirmières puissent comprendre ce qu’il y avait de malheureux. Et pour faire mieux comment ? Ce n’était pas leur travail. C’était le travail de personne. Le médecin a malgré tout répondu un jour avant que la personne meure : « Maintenant je comprends… » Puis la paix, un serrement de gorge pour l’un, le bonheur d’hériter pour l’autre.

      « Chaque cas est unique et doit être traité au regard de ses spécificités » : Oui, c’est vrai, mais j’aurais souhaité que dans l’histoire que je vous ai fait connaître il y ait « une justice ». Il y en a bien une qui prend en compte les torts réels, ceux qui s’attaquent directement au corps plus qu’au cœur, celui de la personne qui va mourir et celle qui est à côté. Mais cette justice donne quand même une orientation, elle ne va pas condamner ceux qui font des vœux macabres, mais peut à mon avis aider à réfléchir honnêtement dans les situations d’euthanasie passive ou non. Simplement un état d’esprit. Est-ce que c’est se faire des illusions d’y croire ?..

  9. Bon courage Jacqueline pour votre combat qui est aussi le nôtre : pouvoir choisir sa fin de vie. Et chacun fait ce qu’il veut mais laissez-nous avoir les moyens de choisir le moment venu.
    Bien à vous

  10. Merci de vos textes si justes.
    Au Québec, nous sommes plus libéraux que le Canada anglais qui avait imposé les restrictions de ‘Mort imminente et douloureuse’ aux lois sur l’aide médicale à mourir. Deux malades chroniques québécois ont chalangé cette définition et ont gagné en cours supérieure le mois dernier: https://www.lapresse.ca/actualites/sante/201909/11/01-5240762-deux-quebecois-lourdement-handicapes-pourront-obtenir-laide-medicale-a-mourir.php
    Mais il y a toujours des gens pour s’en offusquer, un prof d’université par exemple…qui y voit un complot du gouvernement pour épargner des frais médicaux..un homicide administratif…amusant…
    https://www.lapresse.ca/debats/opinions/201910/19/01-5246118-aide-medicale-a-mourir-est-ce-ainsi-quon-meurt-au-quebec-.php

    1. Merci à vous pour ces infos précieuses . J’ ai pu constater que nos amis canadiens ont à affronter les mêmes attaques des mêmes intègristes que nous . Ce combat est d’ autant plus difficile car il n’ est pas frontal . Le tabou de la mort ne se laisse pas facilement briser.

  11. Monsieur l’abbé croit à la vie éternelle, tant mieux pour lui. Une croyance est une croyance, pas une preuve de l’existence d’un dieu quel qu’il soit. Facile de dire aux pauvres ou malades qu’ils seront heureux dans une autre vie, cela les aide à accepter leur condition misérable.

    1. J’ai eu le témoignage d’un médecin à la retraite qui m’avait fait part de ses observations durant quarante ans d’exercice en milieu hospitalier. Sa conclusion sur la peur de mourir, pour les personnes très croyantes et celles qui ne le sont pas, était que les premières ne se sentaient pas plus tranquilles que les secondes. Le 50 % des croyants éprouvaient la peur ou la panique le moment venu, alors qu’elles disaient être sans craintes avant de se rapprocher de la fin. Le 50 % des non-croyants se sentaient en paix dans les derniers instants. Je désirais faire part des observations de ce médecin qui peuvent, à mon avis, donner un peu moins de poids sur la question de l’existence de Dieu à laquelle les religieux se réfèrent pour rassurer. Qu’il existe ou non, que nous ayons la foi ou pas, il n’y a pas de représentations qui puissent être plus vraies que d’autres, et même les plus convaincus ne peuvent s’y fier au long de leur parcours. Croire, au sens large, avec ou sans la religion, c’est pour vivre. Et au-delà le curé n’en sait pas plus que vous ou moi. Et parmi les curés ou pasteurs il y a encore des personnalités différentes. Certains qui sont bienveillants avec les non-croyants, estimant que « Dieu pense à eux sans les juger », et d’autres qui nous culpabilisent tout en nous tendant une perche : « Dieu pardonne ». Finalement, ce sont les personnes au bon cœur que je considère le mieux pour soutenir et apporter une aide sincère, ce bon cœur on peut le trouver chez celle ou celui qui n’a rien étudié, qui ne sait pas « ce que Dieu veut pour nous ». Ce sont les épreuves de la réalité qui nous révèlent ces braves personnes, dans les malheurs que nous pouvons vivre déjà bien avant notre fin de vie !

      (À Mme Jacqueline Jencquel : C’est mon dernier commentaire, mais si vous estimez qu’il est trop long ou s’éloigne trop du sujet, vous êtes libre de ne pas le publier)

  12. Chère Madame,
    Si j’ai bien compris, vous avez projeté de vous suicider dans moins de 100 jours. Sachez qu’il y aura toujours une main tendue pour vous et que vous pouvez revenir sur votre choix, sans jugement.

    J’imagine que la pression est grande et que des personnes font pression pour leur cause; mais, j’insiste: personne ne vous jugera si vous choisissez de vivre.

    Des personnes sont là pour vous, même si nous ne vous connaissons pas. Vous avez le droit de changer d’avis et de vivre !

    1. J’ ai reculé de quelques mois pour voir refleurir mes roses . J’ adore le printemps . Pas envie de revivre la canicule . L’ automne me rend mélancolique et je déteste l’ hiver . C’ est l’ hiver de ma vie . La nature refleurit au printemps , mais nous ne refleurissons pas . Un arbre sec a froid et même les rayons du soleil ne le réchauffent pas .

      1. Que ces quelques mois vous soient agréables. Nous vous lirons sur ce blog avec plaisir un peu plus longtemps. Votre livre avance -t- bien ?
        Amicalement.

        1. J’ écris à mon rythme . Personne ne me corrige . Je ne sais pas ce que ça va donner . Je suis plutôt cash … on verra bien 😊

      2. Vous ne souhaitez pas assister à la défaite de Trump ? et à l’espoir qui renaîtra avec sa successeure ? Juste un automne de plus. Courage!

        1. Rien n’ est moins sûr que la défaite de Trump …et puis il y a encore Poutine , Erdogan , le Chinois et le Nord – Coréen : le monde régi par des dictateurs mégalos . On ne retourne pas vers le siècle des Lumières mais vers celui de l’ obscurantisme .

        2. J’aime ce que Jacqueline Jencquel représente …une libre pensée
          Le choix nous est donné.
          Il n’y a plus à rediscuter comment ils le prennent ou pas avec le temps ça sera une procedure banale .
          L’homme à sa naissance n’a pas le choix . A la mort, si et quelle belle dignité d’être libre encore heureux de décider de sa propre vie

          1. Bien sûr Samy, on ne reviendra pas
            en arrière ! Mais les opposants
            suisses sont actifs et à l’affût !
            En France on est encore loin de
            toute cette liberté, mais en Suisse
            ils ont peur que la ligne rouge ne
            soit franchie… Une ministre de la
            justice a manqué faire une loi contre
            la venue d’étrangers en Suisse :
            peur pour la réputation du pays qui
            aurait un “tourisme de mort” !
            Heureusement elle a été mutée au
            budget…

  13. En réponse à Laure. Lorsque les maladies neuro-vegetatives nous arrivent, nous n’en sommes pas conscients. C’est bien le problème, car alors nous avons perdu notre capacité à décider de notre devenir.
    Amicalement.

    1. Oui bien sûr Christiane, les gens qui
      veulent décider de leur destinées
      entièrement seraient capables de le
      faire si aucune condition n’est
      demandée pour le suicide assisté
      à la demande après 75 ans. Les
      maladies neuro dégénératives arrivent
      insidieusement. Ils y a quand même
      des signes avant coureurs…
      Cordialement

  14. Chère Madame,

    Je vous ai découvert lors de votre interview chez Konbini qui, malgré la gravité du sujet, m’a fait éclater de rire tellement votre humour et votre franc-parler m’ont touché, je me refusais de croire qu’une personne ayant un tel recul sur elle même puisse vouloir en terminer avec la vie de la sorte.
    Et puis en regardant toutes vos vidéos et en lisant votre blog j’ai compris que c’était plus qu’une lubie, c’est un combat qui dépassait de loin votre personne, j’ai la chance d’être encore jeune et en bonne santé, loin de moi l’idée de juger votre choix, vous avez vos raisons et je les respecte.
    J’aimerais beaucoup échanger avec vous lorsque vous en aurez le temps.

    Voici mon adresse email : karismatik950@gmail.com

    Cordialement,

    J.

  15. J.
    Je respecte aussi le choix de Jacqueline.
    Par contre je m’inquiète de l’impact
    médiatique et du retentissement que
    l’annonce de cette décision a eu sur
    les autorités juridiques et autres suisses qui sont toujours à l’affût !
    La tolérance pour un suicide assisté
    pour les polypathologies de
    la vieillesse existe maintenant dans
    les associations suisses, ne vont-elles
    pas être mises maintenant à l’index
    par leurs détracteurs ? Elles ont
    toutes un procès plus ou moins en cours…

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