Une brève histoire des fonds de placement

Alors, un fonds c’est quoi? Qui fait quoi? Sur quoi devons-nous, en particulier, porter notre attention? Ce blog va nous occuper mensuellement pendant quelques temps et va être dédié au décryptage d’une activité qui comporte plusieurs métiers et qui est mal connue, même si elle occupe une place importante dans la vie de tout un chacun. Il s’adresse en priorité à toutes celles et ceux qui souhaitent parfaire leurs connaissances sur un véhicule de placement si communément utilisé en Suisse, et pour laquelle il y a un vrai savoir-faire dans le pays. Il vous permettra peut-être aussi d’engager la conversation avec vos enfants, vos élèves, vos collègues, vos amis ou vos collaborateurs…

Que vous soyez étudiants, en début de carrière, ou retraités, peu importe, vous apprendrez tous quelque chose et c’est justement le but de cette chronique. Les professionnels de cette industrie sont invités à contribuer aux échanges, bien sûr. (Tant que nous respectons la politique du journal, à savoir: pas d’insultes, pas de sujets politiques, religieux ou tendancieux).

Après 20 ans dans le secteur, je suis finalement surprise que si peu de gens en Suisse connaissent les différents métiers, avantages, enjeux des fonds de placement, puisque cette industrie constitue un pan substantiel de notre économie. 

Les fonds offrent de nombreux avantages à leurs promoteurs ou à tous les investisseurs ; et la protection de ces derniers s’est renforcée au gré des cycles économiques et des évolutions réglementaires. Nous en bénéficions tous puisque, même si on n’investit pas soi-même en achetant des parts de fonds – pour placer nos économies afin de les faire fructifier -, nos 1er, 2ème (et 3ème) piliers y sont évidemment exposés. 

Débutons par un peu d’histoire

Au commencement était… la crise financière européenne (voire mondiale) des années 1770 qui a propulsé la création du premier fonds commun de placement.

A cette époque, les comptoirs coloniaux s’étaient très lourdement endettés pour soutenir leurs ambitieuses conquêtes de territoires. Augmentation substantielle de leurs dépenses et baisse drastique de leurs revenus en avait poussé certains à demander des aides auprès de leurs trésors publics. C’est en 1774, qu’un marchand néerlandais du nom de (Adriaan/Abraham) van Ketwich eut l’idée géniale de mettre en commun de l’argent provenant de plusieurs investisseurs, majoritairement modestes, afin de former une fiducie de placement /un pool d’investisseurs (du latin fiducia = confiance, déjà en usage à l’époque romaine). C’est ainsi que le premier fonds commun de placement au monde était né en mutualisant des avoirs afin d’acquérir un bien. En contrepartie de leurs prêts, ces premiers investisseurs devaient contractuellement recevoir 4% d’intérêts sur la somme prêtée. Ce premier fonds investit dans diverses plantations de divers pays. Ainsi il est important de noter que la diversification était donc un élément fondateur du fonds.

Pour rappel, c’est également aux Pays-Bas que fût créé la première Bourse moderne, même si d’autres lieux d’échanges existent depuis la nuit des temps. 

Plutôt que de prendre un risque seul, van Ketwich eu l’idée de diluer le risque en proposant à chacun d’investir un petit montant, à hauteur de son moyen respectif, dans une sorte de pot commun, ce qui par conséquent devenait moins risqué. Simplement génial, non ? Si tout le monde met un peu d’argent dans un même projet c’est forcément moins risqué que si on y place seul toutes ses économies. D’une logique imparable.

«Eendragt Maakt Magt»

Et comment a-t-il nommé son premier fonds? «Eendragt Maakt Magt» ou l’Union fait la force. Presque tout est dit dans cette dénomination.

Ce premier fonds a subsisté jusqu’en 1824, mais la solution de placement que van Ketwich a créé demeure un trait distinctif du placement personnel plus de deux siècles plus tard. Il créera d’ailleurs deux autres fonds. 

Donc la finance moderne doit beaucoup à van Ketwich.

Les premiers fonds commun de placement ou fonds de placement ou fonds mutuels étaient à taux de rendement fixe. Plus tard, ils se développeront un peu partout dans le monde en offrant des taux de rendement variables, tels que nous les connaissons aujourd’hui.

A l’époque de van Ketwich, les investisseurs avaient le droit de consulter le cahier de compte du projet dans lequel ils avaient investi. De nos jours, les investisseurs peuvent et doivent avoir accès, pour chaque fonds dont ils possèdent des parts, aux prospectus, aux informations clés (KIIDs), aux rapports trimestriels ou semi-annuels, et aux documents marketing (fiches mensuelles). Le tout est très encadré et surveillé par plusieurs instances à différents niveaux: du gérant, au responsable des risques, en passant par le responsable de la conformité (compliance), le responsable juridique, les divers conseils, les auditeurs externes, et la FINMA (pour les fonds suisses ou étrangers enregistrés en Suisse). Bref, beaucoup de gens sont responsables de s’assurer que tout est fait dans les règles de l’art afin de réduire tous les risques éventuels.

On fait la même chose qu’à l’époque, mais comme le monde s’est complexifié, de même que les produits financiers, les technologies ou les cadres réglementaires, il y a plus d’étapes, plus de contrôles et plus de personnes impliquées. En plus, il y a en a pour tous les goûts car les intérêts en investissement de chacun ne sont pas tous les mêmes, par conséquent la déclinaison des stratégies des fonds de placement existants est extrêmement variée. 

L’arrivée des fonds alternatifs

En 1949, les premiers fonds alternatifs (combinant des paris financiers à la hausse mais aussi à la baisse) sont créés par Alfred Winslow Jones (ancien journaliste du magazine Fortune) et s’adressent exclusivement aux investisseurs professionnels. En 1969, Georges C. Karlweis décide de donner l’accès à ce type d’investissements à hauts rendements mais plus risqués à des investisseurs privés particulièrement aisés, par le biais de la création d’un nouveau véhicule de placement, le fonds de Hedge Funds (FoHF ou Fonds de fonds). Déjà à cette époque la Suisse ayant une base substantielle de clients internationaux fortunés, affiche un grand intérêt en la matière et développe une palette de nouveaux métiers dans la gestion d’actifs, dont la direction de fonds. Ensuite, ces fonds de fonds seront aussi proposés aux investisseurs de détail (retail). Etant un fonds composé d’autres fonds il est réputé plus diversifié encore et moins risqué.

L’implémentation de la première législation suisse sur les fonds de placement date de 1966. La première association faîtière est fondée en 1992 et se nomme SFAMA (Swiss Funds & Asset Management Association) et deviendra AMAS (Asset Management Association Switzerland) en 2020. 

Le nombre de directions de fonds en Suisse – inférieur à 50 seulement – est resté stable depuis les années 2000, tant pour des fonds de type mobilier qu’immobilier. 

La direction de fonds, un métier d’experts

Ce n’est qu’à la fin des années 80 que le Luxembourg a lancé avec succès la création des fonds de placement qui ont fait sa renommée, en étant le premier Etat à adapter sa législation à la nouvelle Directive de l’Union européenne. Néanmoins, la Suisse est restée un grand expert en matière de gestion d’actifs, notamment par le biais des fonds. Ses qualités de rigueur et de précision ainsi que ses compétences financières, combinées à un environnement politique stable, la rendent toujours aussi attractive. La direction de fonds, équivalent helvétique de la ManCo luxembourgeoise, reste un métier d’experts et nous y reviendront dans une prochaine chronique.

Dans les mois à venir, nous vous parlerons du métier de gérant de fonds, de la gestion du risque ou des avantages à investir dans ces véhicules de placement. Si vous avez des questions, posez-les et elles feront soient l’objet d’une réponse personnalisée ou seront traitées dans une prochaine chronique.

Reproduction autorisée avec indication de la source: Vanessa A. Haerry, octobre 2021.