La Suisse est bien plus qu’une « Startup nation »

Un pays s’est autoproclamé « Startup nation », Israël. Et c’est vrai qu’ils sont plutôt bons. Mais il y a mieux: la Suisse. Mieux qu’une « Startup nation », la Suisse est une puissance économique, financière, et scientifique, doublée d’une capitale diplomatique et humanitaire. Outre nos excellentes start-up, nous hébergeons une densité inégalée de PME, multinationales, banques, et Hautes Ecoles de niveau mondial. Sans parler des organisations internationales, humanitaires, ou sportives. Autant dire que les start-up suisses évoluent dans un contexte unique au monde, et… mal exploité à ce jour. Nous devons renforcer les collaborations entre les acteurs de l’écosystème, quelle que soit leur taille. Grand ou petit, public ou privé. Comme les Israéliens. Et nous devons mieux nous vendre. Mieux que les Israéliens. 

Nous collaborons peu, et nous vendons mal: il est temps que cela change

A ce jour, nous collaborons peu, et nous nous vendons mal. Heureusement, face aux poussées populistes et protectionnistes de nos concurrents, des entreprises suisses comprennent qu’elles gagnent à s’ouvrir, à créer un écosystème innovant et attirer les meilleurs talents. Nestlé montre l’exemple: la multinationale s’ouvre aux start-up et fédère les principaux acteurs suisses dans un ambitieux projet pour la nutrition (lire notre article du 11 juin). Un exemple à suivre, à soutenir par la Confédération (Présence Suisse) et à développer dans tous nos domaines d’excellence, comme les sciences de la vie, la finance, ou la sécurité. Combiner par exemple notre neutralité, notre place bancaire et la Crypto Valley: la convergence de nos compétences scientifiques, financières, économiques et diplomatiques, a priori éloignées, nous permettraient de revendiquer un leadership naturel dans la confiance numérique. 

Bâtir l’infrastructure de la souveraineté numérique suisse

Mais pour cela, il faut se mobiliser. Le président de Microsoft, Brad Smith, réclame une « Convention de Genève du numérique », et il a raison – nous y travaillons. La Suisse a l’ADN pour cela. Mais elle doit faire plus qu’une simple déclaration, elle doit se doter d’une stratégie pour sa souveraineté numérique. Bâtir une infrastructure sécurisée avec nos responsables scientifiques, juridiques et économiques, un « cloud souverain » garantissant une sécurisation maximale de données soumises au droit suisse – pays neutre – et adapter la législation pour garantir l’inviolabilité de données sensibles, protégées par une protection diplomatique. Un service essentiel au CICR, par exemple. La Suisse développerait ainsi un espace numérique sécurisé pour ses entreprises, ses citoyens, et les victimes de guerres.

More than a Startup nation: a Trust nation

Agir à la fois pour notre prospérité et les droits de l’homme: ce serait une belle initiative pour marquer le 70e anniversaire des Conventions de Genève, que l’on célèbre cette année. Et ce n’est qu’un exemple de ce qu’on peut réaliser en rapprochant nos compétences économiques, financières, scientifiques et diplomatiques. Renforcer les collaborations entre nos multinationales, nos PME, nos Hautes Ecoles, nos start-up, et l’Etat, et ainsi faire de la Suisse une puissance du monde numérique. Et le faire savoir. More than a Startup nation: a Trust nation.

La Food Valley: un modèle pour la « Start-up Nation » suisse

La Suisse devient, lentement mais sûrement, une « Start-up Nation ». Les levées de fonds dépassent le milliard par année, une spin off de l’EPFZ (GetYourGuide) vient de lever 500 millions de dollars, l’arc lémanique apparaît dans le haut du classement Startup Genome, et à Berne, Présence Suisse lance une campagne #SwissTech pour promouvoir notre écosystème aux quatre coins du monde. Enfin, last but not least, nos multinationales s’engagent pour le développement de la région. A l’image de la plus importante d’entre elles, Nestlé, qui veut faire de la Suisse le laboratoire de l’alimentation de demain.

Bâtir en Suisse une « Food Valley », le laboratoire de référence de alimentation de demain

L’information est passée quasiment inaperçue. Il y a deux mois, Nestlé annonçait la création d’un accélérateur à start-up sur son site de Vers-chez-les-Blancs. Pas n’importe lequel: le plus grand accélérateur au monde dans le domaine de la nutrition. En collaboration avec l’EPFL, l’Ecole hôtelière (EHL), et d’autres acteurs économiques. Un signal fort: le premier groupe agroalimentaire mondial veut investir en Suisse. « La Suisse occupe une place centrale pour Nestlé, affirme le groupe dans un communiqué, avec environ 60% de son budget R&D global de 1,7 milliard investi dans le pays ». A Lausanne, Orbe, Avenches ou Konolfingen. Non seulement Nestlé investit dans la recherche en Suisse, mais elle veut fédérer les acteurs, attirer les meilleures start-up, les meilleurs chercheurs, et faire de la Suisse le principal centre de compétences au monde dans un domaine central de notre époque, une alimentation durable. Bâtir en Suisse une « Food Valley » de référence, de la production agricole à l’emballage, en passant par la nutrition de précision ou les alicaments. C’est réaliste: avec la force de frappe de Nestlé, associée aux EPF, à l’EHL et aux autres acteurs en Suisse (Firmenich, Givaudan, Tetrapak, Bühler, etc.), nous sommes imbattables. Je ne suis pas certain que tout le monde en ait pris conscience en Suisse. 

Renforcer la collaboration entre multinationales, PME, start-up et Hautes Ecoles

Lors d’un récent voyage en Israël – l’autoproclamée « Start-up Nation » – un investisseur de Tel Aviv m’a lancé, en souriant: « C’est bizarre que vous veniez voir comment ça marche chez nous. C’est nous qui devrions venir chez vous: vous avez tout! Les PME, les banques, les multinationales. Nous, nous n’avons que les start-up! ». Il a raison. La Suisse est une puissance économique. Il lui manquait, il est vrai, la force d’un écosystème à start-up capable de renouveler cette puissance. Bâtir les Nestlé de demain. A l’image de ce pharmacien allemand qui, en 1866, abandonne la production de gaz combustible pour inventer une farine lactée. Un pivot à 180° de son entreprise. Le startupper Henri Nestlé venait de poser les bases de la plus grande entreprise agroalimentaire mondiale.

Une start-up nation, en mieux

Aujourd’hui, à l’heure du numérique, les nouveaux géants de l’économie émergent aux Etats-Unis et en Chine. L’Europe est aux abonnés absents. Nous devons réagir. Nous en avons les moyens. Par une alliance de nos multinationales, comme Nestlé, avec nos start-up, nos PME et nos Hautes Ecoles. Un modèle à suivre. Une Start-up Nation, en mieux.

En Suisse, les castors existent, pas les start-up. Donc on ne fait rien pour les start-up

A Berne, les start-up n’existent pas. Je sais, je me répète. Je radote. Mais ce n‘est pas de ma faute, c’est le Parlement qui a commencé. Il radote, donc je radote. Mardi dernier à Berne, par exemple, après un long débat pour réguler les castors, un collègue proposait qu’on supprime l’obligation de timbrer dans les start-up. « Pas d’accord », a répondu un camarade à la tribune. Argument: « Le terme start-up n’est pas défini juridiquement ». Donc, elles n’existent pas. A l’inverse du castor. Donc, tout le monde timbre. Et puis c’est tout.

Tant que nous n’aurons pas défini les start-up, nous prendrons des décisions pour beurre 

Certes, le Conseil national a finalement soutenu l’idée d’abolir la saisie du temps de travail. Comme il l’a fait récemment pour moins taxer les plans de participation de collaborateurs de start-up. Deux signes de la révolution d’un Parlement qui a enfin compris l’importance d’une vraie politique d’innovation en Suisse. Mais nous sommes encore très loin de mettre en place quoi que ce soit. Ce sont même, pour l’instant, des décisions pour beurre. Car dans les deux cas, et dans tous ceux qui concernent les start-up, nous nous heurterons au final à l’inévitable refus d’obstacle de l’administration: pour elle, comme pour mon camarade en plénum, les start-up n’existent pas. Tant que nous ne réglerons pas cette question, nous radoterons.

La première priorité, avant toute modification de loi, est donc une définition des start-up. Pour éviter de radoter, d’une part, mais aussi pour une question stratégique: aucune proposition ne passera la rampe si elle concerne toutes les entreprises. Qu’il s’agisse de fiscalité ou de temps de travail, si une mesure touche tout le monde, elle n’a aucune chance. Par opposition de principe, d’une part, mais aussi pour de bonnes raisons: une start-up n’est pas une entreprise comme une autre. Ce n’est pas encore une entreprise. C’est un projet d’entreprise, à haut risque d’échec, et central dans notre processus d’innovation. Mais ce n’est pas une entreprise établie. Elle est précieuse et fragile. Elle mérite donc des mesures spécifiques. 

A Berne, on peut faire des lois pour les castors, mais pas les start-up. Cherchez l’erreur

Passons donc à la définition. Pas si compliquée que ça, en fait. Nous parlons d’un produit ou d’un service issu d’un travail de recherche, qu’une équipe veut commercialiser. Avec trois critères clés: l’âge, la légitimité scientifique, et une claire perspective de croissance. Une entreprise reposant sur la science, de moins de dix ans et visant plus de 20% de croissance. Par exemple. A discuter. La définition n’a de toute manière pas besoin d’être exhaustive: un organisme comme Innosuisse peut valider ensuite, au cas par cas, le statut d’un candidat. 

A Berne, on peut faire des lois sur tout. Les banques, les assurances, les paysans, les lapins ou les castors. Tout le monde existe. Mais pas les start-up. Cherchez l’erreur. Et… corrigeons l’erreur: les principales organisations de start-up du pays ont décidé de s’unir, et parler d’une seule voix. La Swiss Start-up Association voit le jour. Objectif: devenir le partenaire officiel de la Confédération pour toutes les questions relatives aux start-up. Car elles existent. Socialement, économiquement, et juridiquement. Question d’arrêter de timbrer, et de radoter.

Startupers de Suisse, exprimez-vous!

La Suisse prend enfin conscience de l’importance de ses start-up. L’administration fédérale a compris qu’elles méritent un soin particulier, et… elle demande leur assistance. Elle les consulte. Une petite révolution. Deux exemples récents illustrent cette nouvelle tendance salutaire.

Le Conseil fédéral veut aider les start-up, mais Economiesuisse n’en veut pas

D’abord, le Département des finances. Les fonctionnaires des impôts deviennent visionnaires… qui l’eut cru? Certes, le Parlement les a un peu bousculés, mais ils jouent le jeu. Ils nous ont donc consultés pour améliorer la fiscalité des start-up. Nous avons relayé vos revendications: défiscaliser l’investissement et les participations de collaborateurs. Etonnamment, lors de la séance, il a fallu se battre contre… économiesuisse. Qui estime qu’il faut aider tout le monde ou personne. L’administration veut soutenir les start-up, mais économiesuisse répond que ce n’est pas la peine… Le monde à l’envers. Il manque décidément une organisation faîtière des start-up suisses. Nous y travaillons. On a du pain sur la planche… 

Exporter nos start-up, importer des talents et du capital-risque 

Autre signe du réveil bernois: le soutien au développement international des start-up. Présence Suisse a lancé la campagne #SwissTech. Objectif: faire savoir que la Suisse n’est pas qu’un pays de banques et de montres, mais aussi le berceau des meilleures start-up dans la santé, la mobilité, la robotique ou la cybersécurité. Berne veut soutenir le développement international de nos start-up, et attirer en Suisse les meilleurs chercheurs, entrepreneurs, ou investisseurs. Exporter nos start-up et importer des talents. Et du capital-risque. Une remarquable initiative.

La campagne a démarré cette année au CES de Las Vegas. Elle passe aujourd’hui à la vitesse supérieure, avec une collaboration inédite entre les principaux acteurs du secteur: Présence Suisse, Switzerland Global Entreprise (S-GE), Innosuisse, et digitalswitzerland. Autour d’une même table, avec un objectif commun: la Suisse doit être visible dans les principaux salons internationaux avec ses meilleures start-up. 

Transformer l’usine à gaz en task force pour nos start-up

Reste à consolider la collaboration entre les acteurs publics. Présence Suisse, S-GE et Innosuisse dépendent de trois administrations différentes: les affaires étrangères, le secrétariat d’Etat à l’économie, et celui de la recherche. La coordination est faible (le mot est faible, lui aussi). Bien que chacun veuille mieux faire avec l’opération #SwissTech. Le Conseil fédéral lance justement une enquête de satisfaction sur S-GE à l’occasion du renouvellement de son mandat, c’est l’occasion d’améliorer le fonctionnement de l’ensemble. Renforcer le pilotage commun, et transformer l’usine à gaz actuelle en une vraie task force pour nos start-up. 

Une vraie politique d’innovation pour la Suisse

Définir une stratégie commune, avec un pilotage commun et un objectif commun. Soutenir nos start-up, les aider à s’exporter, et attirer en Suisse talents et investisseurs. Une politique d’innovation, en somme. Berne demande de l’aide? Aidons-là. Créons une organisation faîtière des start-up suisses. Participons aux consultations, et répondons aux questionnaires. Startupers de Suisse, exprimez-vous! 

 Participez à la consultation S-GE sur LeRéseau.ch

Hoi zäme, c’est quoi une start-up?

L’administration fédérale est une tête de mule (avec tout le respect que je lui dois). Voilà sept ans que je lui demande de définir une start-up en « bernois fédéral ». Pour la différencier, par exemple, d’une multinationale. Mais… comment dire? C’est compliqué. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) est convaincu que toutes les entreprises doivent être soumises au même traitement, qu’elles fassent un millier ou un milliard de chiffre d’affaires. Le Seco considère donc qu’une définition n’est ni possible, ni souhaitable, car une start-up est une entreprise comme une autre, point barre. Ce qui est faux: une start-up n’est pas une entreprise comme une autre. Car en fait, ce n’est pas une entreprise.

Il faut définir les start-up, des entreprises pas comme les autres…

Qu’est-ce qu’une start-up? Sans entrer dans un débat juridique inutile (on l’a déjà définie à Washington, Bruxelles ou Delémont, on devrait donc aussi y arriver à Berne), interrogeons-nous sur son utilité. A quoi sert une start-up? Essentiellement à développer l’innovation issue d’un laboratoire scientifique, en vue de la commercialiser. La start-up ambitionne donc de devenir une entreprise, mais elle ne l’est pas encore: elle est le véhicule économico-scientifique d’un chercheur entre son labo et le marché. La start-up occupe ainsi le terrain qu’aucune entreprise, PME ou multinationale, ne peut ou veut occuper. Elle est au cœur de la capacité d’innovation d’une économie. Centrale et fragile, elle mérite donc un soin particulier. Tous les pays développés l’ont compris.

Or, Berne ne veut pas définir les start-up…

En 2013, constatant que tous nos concurrents prenaient soin de leurs start-up, j’ai proposé au Conseil fédéral de se mettre à jour. Mon postulat a été adopté, et a servi de base à l’embryon de politique d’innovation naissant en Suisse. Ce qui est bien, à un détail près: le Seco a refusé de donner une définition des start-up (alors que le Parlement le lui demandait). Il n’a donc rien proposé pour elles, puisqu’elles n’existent pas. Logique. Deux ans plus tard, rebelote du Seco, en réponse à une autre motion. Argument: « Les start-up ont les mêmes soucis qu’une multinationale, car elles évoluent sur des marchés internationaux ». Les têtes de mule ont de l’humour. 

Pourtant, Berne devra quand même définir les start-up

L’année dernière, tout aussi têtes de mule, nous avons adopté une motion pour soutenir fiscalement les start-up. Le Parlement redemande donc une nouvelle fois à l’administration de les définir. Cette fois, le Département des finances prend la relève (sans les dogmes du Seco) et lance une procédure de consultation inédite, avec cet appel : « Comment distinguer les start-up des autres entreprises? » Nous sommes donc passés de: « C’est impossible », à « Dites-nous comment faire ». Un progrès notable. Profitons-en.

Les start-up doivent maintenant s’unir et mieux faire entendre leur voix

Les start-up doivent faire entendre leur voix, avec un discours clair. Le nouveau ministre de l’économie me demandait récemment qui parlait au nom de start-up à Berne. Bonne question. Ce n’est ni Economiesuisse, ni l’USAM. Cette consultation est donc une occasion unique de signaler que les start-up existent, parlent d’une seule voix, et sont un partenaire privilégié du Conseil fédéral.

Participez, zäme!

La consultation a lieu le 27 mars à Berne. Contributions bienvenues ci-dessous, ou par mail à info@lereseau.ch.

La Suisse n’est pas (encore) le paradis des start-up

« Les conditions sont parfaites pour les start-up, en Suisse! » Parfaites, ni plus ni moins. Dans le silence studieux d’une salle de commission bernoise, une élue lucernoise tranche: nos startuppers sont heureux, tout va bien, ne faisons rien. Une analyse toute en finesse reposant sur la lecture… d’un article. Aucun entrepreneur ne lui a dit ça, mais elle l’a lu dans le journal, dit-elle. C’est très flatteur pour le journal, moins flatteur pour la rigueur parlementaire. 

En vérité, ma collègue ne s’est volontairement pas renseignée. Elle dresse ce portrait idyllique par dogme: elle combat ma proposition, contraire à ses convictions. Devant la commission de l’économie du Conseil national, je propose de supprimer l’impôt sur l’outil de travail. Une taxe à la création d’emplois que tous les pays abandonnent. Même la France (c’est dire). Mais ma collègue tient mordicus à cette spécialité suisse. Au final, la commission me soutient à une large majorité. Une excellente nouvelle pour les entrepreneurs. Et un signe que tout n’est peut-être pas si parfait en Suisse. 

La Suisse peut devenir le paradis des start-up

Non, notre pays n’est pas le paradis des start-up. Je me suis ainsi permis de compléter les lectures de ma collègue, en lui remettant quelques témoignages de plus. Six cents témoignages, pour être précis, les six cents signataires du Manifeste pour les start-up suisses. Ils proposent dix mesures pour améliorer les conditions présumées parfaites. Dix mesures simples pour encourager l’investissement ou l’immigration de talents. Dix mesures neutres, sans idéologie ni dogme, pour créer davantage d’entreprises innovantes. Dix mesures soutenues par les principaux acteurs de l’écosystème: pas juste un témoignage lu dans le journal, mais six cents signatures de toute la Suisse. Six cents acteurs non politisés, unis pour dire: « Tout n’est pas parfait. Nous pouvons être meilleurs. Nous devons être meilleurs ».

Sortir des dogmes, et stimuler l’innovation

Et c’est possible. Notre pays n’est pas encore le paradis des start-up, mais il peut le devenir. Les choses bougent. Nos start-up ont ainsi levé plus de 1,2 milliards de capital-risque l’année dernière (un record absolu), et neuf entreprises suisses sont dans le classement des 50 scale up européennes les plus dynamiques du Tech Tour Growth 50 (un record absolu, encore), sans oublier le lancement du Swiss Entrepreneurs Fund. Ça bouge, tant mieux. Mais tout reste à faire. Accélérons le mouvement, car la concurrence est féroce. En Asie, aux Etats-Unis, ou en Israël, un pays de notre taille qui lève chaque année cinq fois plus de capital-risque que nous.

La Suisse est donc presque le paradis des start-up. Elle peut, et doit le devenir. En ce début d’année, tous les indicateurs sont au vert, transformons l’essai. En prenant des initiatives pragmatiques et rapides, loin des dogmes partisans. Notre défi est simple: il faut plus de talents et plus de capital-risque en Suisse. Pour un pays sans matière première, dans un monde bouleversé par la révolution numérique, c’est une urgente nécessité. Notre avenir en dépend. 

Quand la Confédération s’engage (enfin) pour ses start-up

L’Etat peut soutenir le développement de ses entreprises, même dans un pays libéral. Il peut le faire passivement, en simplifiant la vie des créateurs d’emplois. Mais il peut aussi le faire activement. Notamment quand ces entreprises sont fragiles, dans des secteurs hautement stratégiques, concurrentiels, et instables. La Suisse l’a compris, et brillamment démontré la semaine dernière au CES de Las Vegas. Une délégation officielle a permis à plus de 30 jeunes start-up d’accéder avec succès au plus grand salon tech du monde. Une réussite impensable il y a douze mois, et qui nous doit nous inciter à repenser l’ensemble de notre politique d’innovation.

Travailler tous ensemble… pour les entreprises!

Présence Suisse a emmené la délégation, fédérant les principaux acteurs de la promotion économique suisse derrière elle: Switzerland Global Entreprise (SGE), Innosuisse, Digitalswitzerland, et les acteurs régionaux. « On doit travailler tous ensemble, comme ici à Vegas, souligne Nicolas Bideau, le patron de Présence Suisse à l’heure du bilan. L’objectif est d’aider les entreprises, et elles l’apprécient! Je n’ai jamais vu autant d’entrepreneurs convaincus du soutien de l’Etat. Pour les start-up, un coup de pouce est nécessaire ». Comme le confirme, entre autres, Karim Choueriri, co-fondateur de Wecheer: « Nous ne serions jamais venus s’il n’y avait pas eu le pavillon suisse. Le résultat business est exceptionnel, et cela vient du travail de Nicolas Bideau et son équipe en amont ». Un constat positif partagé par l’essentiel des start-up sur place (lire les témoignages sur notre blog).

Sans oublier les romands, au coeur de l’écosystème

Tout n’est bien entendu pas encore parfait, mais le modèle est le bon. Fédérer les acteurs autour de Présence Suisse et SGE, dans une structure simple, légère et bon marché. En mode start-up. Et en intégrant la Suisse romande, un moteur central de l’écosystème à start-up suisse. Ce fut le cas à Las Vegas avec une majorité de romands, mais… le rappel s’impose quand on lit la mise au concours du futur patron de SGE, publiée dans le Temps le 4 janvier: une offre rédigée en allemand, dans un journal romand, pour une structure nationale financée par le Confédération. En précisant que de bonnes connaissance en français sont souhaitées. Surréaliste.

Un effet contagieux sur l’ensemble de notre politique d’innovation   

Restons positifs. Et il y a de quoi l’être. L’opération Las Vegas est une première, appelée à se répéter dans les cinq ou six plus grands salons mondiaux. C’est l’objectif de Nicolas Bideau, avec un signal fort: la Confédération veut soutenir ses start-up. Et si elle le fait pour la promotion économique, elle peut le faire dans d’autres domaines, comme nous le demandons dans notre manifeste (consultable et signable sur LeReseau.ch). Dix mesures. L’une d’entre elles est donc mise en oeuvre, c’est bien. Il en reste neuf, pour le capital-risque, la fiscalité ou les talents. Plus de 100 personnalités romandes l’ont déjà signé, dont les principales start-up, Mindmaze, Sophia Genetics, Bestmile, Abionic et beaucoup d’autres, ainsi que des personnalités comme Patrick Aebischer et Edouard Bugnion (EPFL). 

L’opération Las Vegas, et le Manifeste, peuvent ainsi avoir un effet contagieux sur l’ensemble de notre politique d’innovation. Une belle opportunité pour notre nouveau ministre de l’économie… romand.

« Magique », « génial », « incroyable »: l’enthousiasme de quatre start-up romandes au CES

Après 48 heures de CES, à Las Vegas, les start-up présentes au Pavillon suisse sont ravies. Les témoignages recueillis ce mercredi sont en fait… dithyrambiques! Que ce soit pour les contacts établis en si peu de temps, ou pour la visibilité du pavillon, son design chaleureux et feutré qui tranche avec le blanc froid de l’Eureka Park. Nous avons posé deux questions à quatre start-up. L’une sur le CES, l’autre sur le pavillon suisse. Leurs réponses… enthouisiastes.  

L’expérience CES est-elle à la hauteur de vos attentes? 

Laurence Besse et Pascal Zellner, co-fondateurs de BeCare

« Dès la première matinée on a fait carton plein, c’est magique! Des rendez-vous avec des entreprises, des multinationales, ou des contacts avec des entreprises électroniques intéressés à tester la méthodologie BeCare. Et à l’instant, nous sortons d’une séance avec un groupe chinois intéressé à acheter la techno. Il sont passés hier, ils ont semblé intéressés et ont envoyé un mail hier soir pour reprendre rendez-vous ce matin. Et maintenant, ils veulent aller de l’avant… Alors certes, il faut transformer l’essai, mais le salon permet une accélération phénoménale ».

Karim Choueriri, co-fondateur Wecheer

« C’est génial. Simplement génial. On ne savait pas du tout à quoi s’attendre, mais c’est mieux que tout ce que j’imaginais. On a des contacts totalement uniques. Ce matin, par exemple, deux personnes d’Amazon sont venues à notre stand, ils sont intéressés à mettre notre produit sur leur plateforme. Impossible à faire depuis Lausanne! Le calibre des gens que nous rencontrons est impressionnant. Je ne m’attendais pas à ça ». 

Matthias Vanoni, CEO Biowatch

« Je sors d’un rendez-vous avec une entreprise australienne dans le domaine médical, visiblement très très intéressée… au point de parler déjà de contrat! Ça, c’est l’effet CES! Des clients qui cherchent un objet précis, veulent aller vite et passer une pré-commande. En l’occurrence on parle de 5’000 devices… Si cela se concrétise, c’est cinq fois plus que ce que j’avais prévu pour l’année entière! Ce n’est pas encore gagné, mais on a des raisons d’espérer. Et ce qui est certain, c’est qu’on n’aurait jamais rencontré cette entreprise si nous n’étions pas venus au CES. »

Guillaume Catry, CEO de Windshape

« C’est absolument incroyable! On a déjà eu plusieurs contacts avec des partenaires existants et à venir, ainsi que des centres de tests pour drones ici aux Etats-Unis. On en a rencontré déjà un, et d’autres sont prévus. On a également eu de très bons contacts avec des investisseurs, c’est aussi pour ça qu’on est là. Notamment des grandes groupes, dont je ne peux pas vous donner le nom, mais c’est du lourd ». 

Et le Pavillon suisse? Est-il à la hauteur, lui?

Pascal Zellner et Laurence Besse Co-fondateurs BeCare

 « C’est magnifique. Le pavillon est très différent des autres, il est attractif, il y a de la place, les gens passent, c’est remarquable et très positif à tous les niveaux! ».

Karim Choueriri, co-fondateur Wecheer

« D’abord, nous ne serions jamais venus s’il n’y avait pas eu le pavillon suisse. Mais en plus, tout le travail fait par Nicolas Bideau et son équipe est génial. Ils nous ont aidé pour les contacts avec les médias, les personnes importantes… les trois quart du travail viennent du pavillon! ».

Matthias Vanoni, CEO Biowatch

« On apprécie que ce soit un des pavillons les plus luxueux, élégants. Ça donne le ton, pour des produits comme le nôtre c’est précieux. Cela permet de bien positionner la qualité et le Swiss made. C’est mieux que le côté « cage à poule » de nombreux stands… Les gens se sentent bien, et ça permet d’avoir de bonnes interactions. Et le drone show est précieux: il attire du monde, que nous captons à la fin du show. On « scanne » les badges, et on les arrête chez nous… »

Guillaume Catry, CEO de Windshape

« C’est simplement le plus beau stand de l’Eurekapark! Il est magnifique, très bien fait, et nous avons la chance d’être vraiment bien mis en valeur sur le stand ».

Une délégation suisse à Las Vegas, une première! Et le début d’une promotion internationale de nos start-up…

C’est une première: la Suisse officielle sera présente au plus grand salon de l’électronique de divertissement du monde, le Consumer Electronics Show (CES), à Las Vegas du 8 au 11 janvier 2019. Une première, initiée par Le Réseau et digitalswitzerland, organisée par Présence Suisse et Switzerland Global Enterprise. Un soutien précieux pour les start-up participant à ce gigantesque rendez-vous de la tech mondiale, que nous suivrons dès lundi. Toutes saluent l’opération, et les débuts d’une politique de promotion internationale de nos start-up. Témoignages.

Rencontrer des clients, des partenaires et des investisseurs

Présent pour la deuxième année à Las Vegas, Biowatch sera sur la pavillon suisse avec son premier produit, baptisé « Le Bracelet » (ndlr: toute votre identité numérique à votre poignet, pour ne plus avoir à vous souvenir de mots de passe, notamment).  « L’année dernière, nous sommes surtout venus comprendre le CES », explique Matthias Vanoni, CEO de Biowatch. « Cette année, c’est autre chose, avec Le Bracelet, le CES est crucial pour passer à la phase d’industrialisation ». En trouvant des investisseurs? « Ce n’est pas l’objectif, nous cherchons surtout des partenaires. Nous avons d’ailleurs déjà des rendez-vous hors salon. Cela dit, si nous devons rencontrer des investisseurs, ce serait une excellente nouvelle, mais ce n’est pas le but premier ». 

Rencontrer des partenaires, entretenir des relations existantes et en démarcher de nouvelles, c’est aussi l’objectif de l’expérimentée Bestmile (véhicules autonomes), déjà présente sur le marché américain. « Nous sommes ravis de venir nous présenter au pavillon suisse, explique le CEO Raphaël Gindrat. Cela dit, pour nous, l’essentiel du travail se fait hors salon, nous n’avons pas de stand, mais nous avons loué une salle de réunion dans un hôtel ». Et l’agenda est déjà plein: « Tous nos principaux partenaires sont présents au CES, nous avons jusqu’à 8 rendez-vous par jour du mardi au vendredi! ». 

Windshape (soufflerie pour drones) sera pour la première fois à Las Vegas, tout comme OneVisage (solutions de biométrie faciale). Pour les deux, le CES sera une découverte, avec l’espoir de rencontrer des partenaires, des clients et des investisseurs. Et pour Windshape, un stand visible est absolument essentiel: « Nous avons une technologie très visuelle et explicite lorsque nous faisons des démonstrations, explique le CEO Guillaume Catry. C’est pourquoi nous misons beaucoup sur des démonstrations en live, bien plus parlantes qu’une page sur internet ou même qu’une video. C’est lors d’événement comme celui-ci que nous avons le plus de facilité à faire des connections importantes ». 

« Sans cette opération, nous n’aurions pas pu venir à Vegas » 

Tous les acteurs présents saluent l’opération. « Les délégations nationales sont excellentes pour soutenir la logistique extrêmement chère d’une première participation » explique Patrick Thévoz, CEO de Flyability, une des vedettes du Drone Show du Pavillon suisse. Même constat pour Matthias Vanoni: « Pour moi c’est un immense soulagement. Je n’ai pas à m’inquiéter de toute l’organisation. Tout est bien en place, avec un stand qui s’annonce magnifique! Ça me libère du temps et l’esprit. On peut se concentrer sur le travail. En plus, ça générera un trafic qualifié ». 

Pour Guillaume Catry, c’est simple: Windshape ne serait pas venu à Vegas sans l’opération: « Sans le support de l’État de Genève et de Présence Suisse, nous ne pourrions pas nous permettre d’exposer aux États-Unis. Pour que ces soutiens continuent d’être adaptés aux besoins des start-up, il est crucial qu’une délégation suive l’évolution de la technologie à l’échelle internationale. À mon sens, WindShape est un potentiel atout économique et stratégique pour Suisse et je me réjouis de pouvoir le montrer à nouveau à la délégation Suisse qui sera présente au CES ».

Les prémisses d’une politique de promotion des start-up

La participation de la Suisse à Las Vegas s’inscrit dans une campagne de Présence Suisse visant à positionner le pays comme un pôle d’innovation et de technologie, et le rendre plus attrayant pour les investisseurs internationaux et les entreprises étrangères. Une démarche que salue Christophe Remillet, CEO de OneVisage: « La Suisse a une place à défendre. Nous devons faire savoir qu’on ne fabrique pas que des montres et du chocolat. Dans cette perspective, la campagne de Présence Suisse est une excellente initiative ». Pour attirer talents et investisseurs, au delà de la seule durée du salon. L’occasion, comme le disait Nicolas Bideau dans Le Temps, « de repenser notre capacité à promouvoir notre innovation ». Si possible de manière souple, rapide, agile. En mode start-up, en somme. A suivre.

Toutes les informations sur la délégation suisse au CES ici.

Startupers de Suisse et d’Europe, unissez-vous!

C’est l’histoire du verre à moitié plein. Ou vide. La Confédération en fait tellement peu pour nos start-up que le moindre geste est une fête. Il y a cinq ans, le Parlement demande au Conseil fédéral de lancer un fonds de capital-risque alimenté par les caisses de pension. La semaine dernière, le Conseil fédéral répond… qu’il veut bien autoriser un report fiscal illimité des pertes. Ce n’est pas sujet, mais c’est déjà ça – cette mesure fait partie de nos revendications depuis longtemps. Champagne. Et le fonds? Ça, désolé, mais « l’Etat ne peut pas inciter les caisses de pension à prendre des risques qu’elles ne sauraient supporter ». Texto. On classe la motion, et on oublie le fonds. Le verre est vide, rangez le champagne.

La Suisse refuse, par principe, de lancer un fonds de capital-risque

Soyons honnête, ce n’est pas une surprise. La Confédération n’a jamais manifesté la moindre intention de soutenir quelque fonds que ce soit. L’Etat n’intervient pas, par principe. Et quand le Parlement le lui demande, il fait comme si de rien n’était. Il affirme que « l’organisation et le financement d’un produit par l’État ne faisaient pas partie intégrante de la motion ». C’est faux, le texte demande bien au Conseil fédéral de « lancer un fonds ». Mais il l’ignore et conclut que, de toute manière, il n’est pas nécessaire d’intervenir car « les choses commencent à bouger ». Sans rire.

C’est vrai que des aventuriers se battent pour ce fonds depuis des années, sans résultat pour l’instant, dans le pays le plus riche du monde. Et l’Etat ne bronche pas. Alors qu’ailleurs, ça bouge. En 1993, il y a 25 ans, Israël a créé une des plus puissantes industries du capital-risque au monde en mettant 100 millions sur la table. De l’argent largement récupéré depuis, et multiplié par quelques millions, selon un modèle simple: l’Etat investit, attire des investisseurs privés, et se retire quand le fonds est mûr. Ce n’est pas compliqué, et ça reste libéral.

Notre pays reste peu attractif pour les talents

Interrogé, le Conseil fédéral reconnaît que la Suisse a pris du retard sur Israël. On admet qu’on a du retard, mais on ne fait rien pour le rattraper. Le capital-risque attendra. C’est pareil pour les talents, l’autre poumon des start-up. Dans une lettre ouverte publiée récemment, les principaux startupers européens dénoncent l’impossibilité d’attirer des talents sur le Vieux-Continent à cause de la fiscalité des options. Et la Suisse est pointée du doigt. Qu’en pense le Conseil fédéral? « Il n’y a aucune raison de prendre des mesures ». Point final.

Hasard du calendrier, le Parlement vient de lui demander de changer de stratégie. Mais il est probable que, dans quelques années, il décide… de ne rien faire. Parce « les choses commencent à bouger ». Et pendant ce temps, l’Asie et l’Amérique auront creusé l’écart. Heureusement, les start-up se mobilisent. Une lettre ouverte en Europe, et en Suisse notre manifeste. Dix revendications pour maintenir la pression sur nos autorités. Les startupers de Suisse et d’Europe doivent unir leurs discours, et les faire entendre. Pour éviter que notre continent ne prenne un retard irrattrapable. Et pour remplir nos verres, au passage.