Lucette Junod : une poésie en fusion avec le monde

Lucette Junod: mosaïque surexposée

« Fusion poème symphonique pour tire-lignes et corde à noeuds» peut-on lire à la fin d’un cahier, bref mais intense, publié en 1980 par les Éditions du Panorama fondées par Paul Thierrin. Le premier ouvrage de poésie de Lucette Junod, un texte discontinu d’un superbe équilibre , nous emmène dans un monde contemporain qui, finalement, a peu changé en presque quarante-ans. Des bribes de vies, des moments de télévision, des accès de colère féministe quand Chazot parle de Gisèle Halimi, des conversations au restaurant ou des rêves, tout prend une teinte noir-blanc vaguement surexposée qui brûle les yeux sans pour autant les détacher de la lecture. Que la poétesse et l’éditeur me pardonnent, je n’ai pas su résister à la tentation de publier deux pages afin de mieux plonger le lecteur dans les ambiances de Lucette Junod. A noter: ce sont deux pages qui ne se suivent pas.

 

 

Lucette Junod naît le 25 décembre 1932 à La Chaux-de-Fonds d’un père savoyard et d’une mère de la Broye fribourgeoise. Au Technicum du Locle – aujourd’hui CIFOM– elle obtient un diplôme de régleuse dans l’horlogerie, puis fait des études de comédienne aux conservatoires de Neuchâtel et de Genève avant de se consacrer à l’enseignement du théâtre et à son écriture. A partir de 1977, elle donne de nombreux récitals de poésie. En 1983 elle fonde les Rencontres poétiques internationales qu’elle organise à Yverdon-les-Bains et à Neuchâtel et qu’elle dirige jusqu’en 2004.

En 1980 paraît Fusion qui reçoit un excellent accueil de la critique. Suivent d’autres recueils de poèmes. Elle a également écrit plusieurs romans dont Les Grands-Champs qui reçoit le Prix Paul Budry en 1980.

Elle a également écrit des pièces de théâtre radiophoniques. D’autres, écrites pour la scène, ont été adaptées pour la radio.

Elle est une invitée régulière des soirées poétiques de Struga, en Macédoine, ainsi que des Congrés de littérature de Lesbois.

Lucette Junod a également été, de 1977 à 1989, la directrice du Service de Presse Suisse.

Elle était l’épouse de l’écrivain Roger-Louis Junod.

 

Sources :

AENJ

-Fusion, Editions du Panorama

-La nouvelle revue neuchâteloise

-Wikipédia

 

PJ Harvey et Seamus Murphy: la violente poésie du terrain

PJ Harvey et Seamus Murphy: un ouvrage à quatre mains

Réalisé par la musicienne et poétesse PJ Harvey et par le photographe, reporter et réalisateur Seamus Murphy, Au creux de la main The Hollow of the Hand- est un livre qui allie la poésie et la photographie. Entre 2011 et 2014, les deux artistes ont entrepris une série de voyages au Kosovo, en Afghanistan et à Washington où les quartiers défavorisés sont en pleine gentrification. PJ Harvey prend des notes et Seamus Murphy des photos. Ensemble, ils créeront un ouvrage où figurent ces trois lieux. Le poème qui suit a été inspiré par l’Afghanistan.

PJ Harvey: une artiste aux dons multiples

Polly Jean Harvey naît le 9 octobre 1969, dans une petite ville du Dorset au Royaume Uni où son père dirige une entreprise de matériaux de construction. Autant le père que la mère aiment la musique : Bob Dylan, Pink Floyd où Neil Young. Parfois, des musiciens viennent “jammer” chez eux, notamment Ian Stewart, le premier pianiste des Rolling Stones.

Adolescente, PJ suit des cours de sculpture. A 18 ans, elle sait aussi jouer un peu de saxo et de guitare. Elle se tourne vers la musique.

C’est la seule artiste britannique à recevoir à deux reprises, en 2001 puis en 2013, le Mercury Prize, qui distingue, outre-Manche, le meilleur album de l’année. En 2013, la reine Elizabeth lui remet les insignes de l’Ordre de l’Empire britannique (MBE) pour “services rendus à la musique”.

Fan de littérature, intriguée “par ce que les gens peuvent faire des mots” elle admire –entre autres- les poètes T. S. Eliot et W. B. Yeats et les écrivains James Joyce et Harold Pinter.

Seamus Murphy: un photographe du monde

Seamus Murphy est né en 1959. Il a grandi en Irlande et il vit à Londres. Il a reçu sept prix World Press Photo pour les images qu’il a réalisées en Afghanistan, à Gaza, au Liban, en Sierra Leone, au Pérou et en Irlande. Il a reçu le World Understanding Award de POYi, pour son travail en Afghanistan. Le film qu’il a réalisé autour de ce travail a été nominé pour un Emmy et a remporté le prix Liberty in Media en 2011. Ses travaux ont fait l’objet de nombreuses expositions et publications. Au Royaume-Uni, il a réalisé des films pour The New Yorker et Channel 4 Television. Il est l’auteur de quatre livres. L’un d’eux offre un rare aperçu de la vie des femmes afghanes.

 

Sources :

Au creux de la main, Editions L’Âge d’Homme

-L ‘OBS, article de Bernard Géniès et Frantz Hoez

Le site de Seamus Murphy

-Wikipédia

Marguerite Burnat-Provins : la passion à fleur de peau

Marguerite Burnat-Provins: l’exaltation de l’amour et de la volupté

En 1906 paraît, chez Säuberlin & Pfeiffer à Vevey, une publication intitulée Le Livre pour toi. S’ensuit un énorme scandale, non seulement sur la Riviera mais également en Valais. L’esclandre est rapidement étouffé, mais le livre est réédité à Paris en 1907 ce qui contribuera à donner de la visibilité à son auteure. Écrit par l’artiste peintre et dessinatrice Marguerite Burnat-Provins, une femme mariée à un notable veveysan, il s’adresse à l’amant de celle-ci, Paul Kalbermatten, un jeune ingénieur dont la famille réside à Sion. Ce livre, vibrant de passion et d’un désir sexuel que la bienséance et «l’honneur» interdit aux femmes de cette époque – de nos jours il ne sera pas moins malvenu et inconvenant qu’une personne mariée affiche publiquement son inclination pour une amante ou un amant – est une magnifique déclaration d’amour empreinte de lumière, que la jalousie et le manque de l’être aimé enténèbrent parfois.

Marguerite Burnat-Provins: de Paris à la Suisse

Marguerite Burnat-Provins naît à Arras en 1872, dans le Pas-de-Calais, en France, dans une famille riche et cultivée qui deviendra nombreuse. Soutenue par son père, elle s’adonne à l’écriture et la peinture. En 1891, elle monte à Paris suivre une formation artistique au sein d’institutions privées – l’École des beaux-arts étant encore fermée aux femmes. À vingt-quatre ans, elle se marie avec Adolphe Burnat, un architecte suisse. Le couple emménage à Vevey, d’où l’époux est originaire. De santé fragile, dès 1898, conseillée par l’artiste Ernest Biéler, l’un de ses amis, Marguerite fait de nombreux séjours à Savièse. Le soleil et le climat du Valais conviennent à sa santé. La créativité de Marguerite Burnat-Provins s’en trouve accrue. Elle réalise peintures, broderies, affiches et poursuit plusieurs projets littéraires.

Marguerite Burnat-Provins: amoureuse et libre à la folie

En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur de la région avec qui elle entretient une liaison extraconjugale passionnée dans la maison mise à disposition par Ernest Biéler. Leur liaison offusque et fait un tel tapage, que l’artiste se voit obligée de renoncer aux séjours valaisans qu’elle aime tant. Elle divorce d’Adolphe Burnat en 1908 et se remarie avec Paul. Le couple voyage puis vit à Bayonne. Lors de la Première Guerre mondiale Paul est mobilisé en Suisse. Marguerite reste en seule France. Un choc dont elle ne se remettra pas. Rongée par la maladie, saisie par des crises d’angoisses morbides, elle exécute une série d’œuvres picturales hallucinées qu’elle prétend réaliser sous dictée. Cette période est également perturbée par les problèmes qu’elle rencontre avec ses éditeurs et l’indifférence de sa famille envers sa carrière. Toutefois, elle fait de nombreux voyages qui l’amènent à rencontrer des gens de lettres en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud.

En 1925, Marguerite apprend que Paul est épris de Jeanne Cartault d’Olive. La mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus présents la perturbent beaucoup. Ébranlée par les monstrueuses retombées de la guerre, elle trouve un peu de consolation dans la religion. En parallèle à la publication de ses livres, Marguerite Burnat-Provins poursuit sa création picturale jusqu’à son décès en 1952, quinze ans avant Paul qui, entre temps s’est remarié avec Jeanne.

Une vidéo réalisée par L’UNIL et L’ECAL. Poèmes et œuvres picturales de Marguerite Burnat-Provins.

 

Sources :

-Le livre pour toi, Editions L’Aire bleue

Catherine Dubuis

Association des amis de Marguerite Burnat-Provins

Site de la Collection de L’art Brut, Lausanne

Alice de Chambrier : petite sœur de Rimbaud au talent hugolien

Alice de Chambrier : une vie consacrée à la poésie

Les poèmes d’Alice de Chambrier sont l’antithèse de ceux d’Arthur Rimbaud. Pourtant celles et ceux qui connaissent leurs deux œuvres n’hésitent pas à comparer la jeune poétesse au jeune poète.

Elle pourrait être sa petite sœur. Seulement six ans les séparent. Tous deux, hardis dans le thèmes abordés et précoces en littérature, ont commencé à écrire entre 15 et 16 ans. Tous deux ont cessé leur activité littéraire six ans plus tard. Arthur par décision propre. Alice emportée par la mort. Je présente les vers suivants car, bien qu’écrits au 19èmesiècle, le thème en est toujours d’actualité. Ils abordent la vanité de l’être humain, le mystère de la vie et surtout celui de la mort, comme si de Chambrier pressentait son départ prématuré. C’est dans « Poèmes choisis », livre consacré à la poétesse et préfacé par Guy de Chambrier – Editions L’Âge d’Homme 1998 – qu’est parue cette poésie.

 

 

Alice de Chambrier : une poétesse romantique

Née à Bevaix, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, le 28 septembre 1861, Alice de Chambrier écrit, très tôt, de nombreuses poésies, des contes et des nouvelles. En dépit de son jeune âge, selon Guy de Chambrier, elle soutient la comparaison avec les plus grands écrivains du romantisme français, à savoir Hugo ou Lamartine. Les poèmes d’Alice de Chambrier évoquent la nature et le cycle des saisons, l’homme et sa destinée, l’énigme de l’univers et de la divinité. Dans les dernières semaines de sa vie, la poétesse travaillait avec passion à un Eloge de Lamartine destiné au concours de l’Académie française. En effet, elle rêvait d’être couronnée par la vénérable institution. Malheureusement, elle tombe malade le samedi 16 décembre 1882. Elle continue de travailler avec acharnement à l’Eloge de Lamartine. Le dimanche rien n’indique que les choses se précipiteront. Elle reçoit une amie et lui fait part de son projet de voyager autour du monde. Le lundi son état s’aggrave mais elle continue son travail poétique. Après de longues heures consacrées à retoucher ses poèmes, elle doit se résoudre à se mettre au lit. A cinq heures, son agonie commence. Elle meurt le lendemain matin, à vingt-et-un ans à peine, d’un coma diabétique alors qu’un éditeur de Lausanne s’apprêtait à publier un recueil de poésies romandes – Chants du Pays– où devaient figurer quelques-uns de ses poèmes. Enfant prodige des lettres suisses de langue française, Alice de Chambrier a connu à titre posthume une réputation littéraire de dimension européenne.

Dans l’un de ses poèmes, elle avait écrit :

Oui la mort s’approche implacable et farouche,

La mort, noir ennemi grandit ce qu’elle touche.

 

Sources :

Alice de Chambrier par Philippe Godet

Poèmes choisis, Editions L’Âge d’Homme, préface Guy de Chambrier

-Wikipédia

 

Je vous propose également de découvrir le poème Qui es-tu? lu par le poète Yvon Jean.

Charline Lambert: le rappel de la chair dans le son des mots

Charline Lambert: poétesse de l’urgence

Charline Lambert, jeune poétesse plusieurs fois primée, a une inclination pour les formes denses, courtes et incisives. Le poème ci-dessous est tiré du recueil Désincarcération, paru aux éditions L’Âge d’Homme.

 

Charline Lambert: une poésie qui touche à l’essentiel

Charline Lambert est née en Belgique en 1989. Après Chanvre et lierre, publié aux éditions Le Taillis Pré, elle a sorti deux recueils à L’Âge d’Homme: Sous dialyses et Désincarcérations.

Page après page, les courts poèmes de Charline Lambert déploient une histoire avec la volonté d’enlever la mièvrerie que l’on inflige souvent à la poésie. Son désir c’est d’aller au but, de toucher à l’essentiel. Sa recherche c’est de donner à percevoir, à vibrer, afin que l’on soit plus sensible à des qualités sonores. Ce qu’elle aime c’est la séduction des mots. Se laisser emporter par un mot, sentir comment le mot peut nous emporter dans ce que nous sommes. Elle défend l’intention, le travail, la persévérance, la recherche à tous les niveaux. Au niveau sonore, au niveau du choix des mots.

Selon l’inclassable écrivain, poète et typoperformeur Vincent Tholomé  « Charline Lambert est affamée. Écrit. Aime. Se frotte aux autres. Elle sait qu’on peut, de temps à autre, sentir un souffle. Briser la glace. Raviver. Elle sait qu’on est des volcans en sommeil. »

Dans son ouvrage Désincarcération le corps est le hors sujet du livre. Tout autours, des éclats, des ruptures, des issues.

Ci-dessous une vidéo de la poétesse réalisée par Alice Khol.

Sources:

– Revue des Lettres belges francophones

Désincarcérations, éditions L’Âge d’Homme 2017

-Cinémathèque Fédération W-B

 

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya: littérature orale et interculturalité

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya : la tradition orale pour inspiration

Les premiers vers de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya, professeure, philosophe, écrivaine et poétesse kino-congolaise paraissent en 1967.

Sa poésie inspirée de la tradition orale, érotique, souvent voluptueuse, se réfère au pays natal, à la femme, la mère, l’amante et l’épouse. Elle décrit aussi certaines situations tragiques comme dans le poème ci-dessous :

 

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya est née à Tshofa le 21 janvier 1944 dans la province du Kasaï-Oriental, en République démocratique du Congo. Elle fait ses études à l’institut religieux du Sacré-Cœur, puis à l’École normale moyenne de Kinshasa. Au début des années 1960, elle obtient une licence en philologie africaine de l’Université nationale du Zaïre et commence sa carrière de poétesse. De 1964 à 1966, elle dirige le « cercle culturel de la Pléiade » à l’Université Lovanium. Son amour pour la poésie l’amène, en 1969, au Festival de Dakar où elle remporte le premier prix du concours de poésie Léopold Sédar Senghor. Elle réalise des études à l’Université de la Sorbonne Paris III et devient Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines. Elle enseigne les littératures orales et la stylistique africaines, d’abord à l’Université Nationale du Zaïre de 1972 à 1978, puis à l’Université de Niamey de 1978 à 1980. Depuis 1981, elle enseigne la linguistique, les littératures orales et les cultures africaines à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique.

De 1986 à 2016, elle a dirigé le Centre international des langues, littératures et traditions d’Afrique au service du développementCILTADE-  qu’elle avait fondé, et au sein duquel elle a poursuivi ses recherches dans les domaines de la linguistique bantu générale, et dans ceux de la symbologie, des tatouages et des scarifications. Cette organisation a été dissoute en 2016.

Actuellement, elle continue des recherches à titre personnel et collabore avec des institutions universitaires africaines, notamment avec la Faculté de Philosophie Saint-Pierre Canisius Kimwenza, à Kinshasa, RD Congo et à  l’IFAN – Institut fondamental d’Afrique noire- à Dakar au Sénégal. Elle est régulièrement invitée dans des institutions universitaires européennes pour des consultations et des expertises. Ses nombreuses publications scientifiques se regroupent essentiellement dans les domaines des littératures orales, de la symbolique africaines et de l’interculturalité. Ces recherches l’ont l’amenée à participer à de multiples rencontres scientifiques internationales, à donner de nombreuses conférences et à animer des séminaires sur ses thèmes de recherche.

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya a aussi été lauréate au Concours de nouvelles en langues africaines de l’Afrique centrale, organisé par l’Académie Royale des Sciences d’Outre-Mer -Belgique, 1987- et lauréate au Concours de la Meilleure Nouvelle de langue française organisé par Radio France-International à Paris en 1990.

 

Vous pouvez consulter le site de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya en cliquant ici.

Sources :

-Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

– Wikipédia

-Groupe culturel et artistique “Kamikaze”.

 

Mitsuhashi Takajo: l’une des créatrices du haïku expérimental

Mitsuhashi Takajo: pilier de la poésie moderne japonaise

Le 24 janvier 1899, naissait dans le village de Tabachi, près de Narita, l’une des plus grandes poétesses japonaises du haïku de la période Shōwa : Mitsuhashi Takajo.

 

 

 

Mitsuhashi Takajo, admiratrice et disciple de l’essayiste et poétesse Akiko Yosano, se marie, en 1922, à un dentiste qui s’adonne à la poésie. Sous l’influence de son mari, elle commence à écrire du haïku. Cependant, très vite elle se tourne, avec d’autres femmes poètes, vers le haïku expérimental. En 1936, elle devient membre du groupe qui fonde la publication éphémère de Kon (bleu foncé). En 1940, elle fait publier la collection Himawari ou Tournesols.

En 1953, elle s’engage dans Bara, un magazine composé de poètes d’avant-garde qui autorise le haïku expérimental.

Bien que ses haïku débordent d’imagination et de vitalité,  l’on considère Mitsuhashi Takajo comme une personne ascétique totalement concentrée sur la spiritualité. Dans ses œuvres l’ego disparaît dans le vide. Selon Kenneth Rexroth, la  spiritualité qui émane des poèmes de Takajo “ressemble à celle de Kierkegaard plutôt qu’au concept bouddhiste “. Seule et malade durant de longues années, ses dernières parutions, en 1970, se penchent sur la mort.

Elle est décédée le 7 avril 1972.

Takajo Mitsuhashi est, avec Tatsuko Hoshino, Teijo Nakamura et Takako Hashimoto, désignée comme l’une des « Quatre T » de la poésie féminine haïku moderne qu’elles ont créée ensemble.

Une statue d’elle a été placée au temple Shinshoji. Littéralement, son nom signifie femme faucon.

Sources:

-Introducing Haiku poets

-The living haïku anthology

-Wikipédia

Anne-Sophie Dubosson: une globe-trotteuse studieuse

Une poésie d’eau rage

Originaire de Troistorrents, en Valais, Anne-Sophie Dubosson, née en 1986, parcourt le monde en étudiant. Les poèmes qui suivent sont extraits de son recueil De rage et d’eau.

 

 

J’ai rencontré Anne-Sophie Dubosson, un peu par hasard, au Salon du Livre et de la Presse, à Genève, le printemps dernier. Après la lecture de son recueil de poèmes, j’ai eu envie de publier son travail sur ce blog. La biographie qu’elle m’a donné étant pleine d’allées-venues, je lui ai demandé des éclaircissements.

« J’ai obtenu un Bachelor en sociologie de la communication à Fribourg, puis je suis partie faire une maîtrise, aussi en communication, à Paris, pendant une année. Je suis par la suite allée vivre pendant un moment au Colorado, je suis revenue en Suisse puis repartie à nouveau aux USA où j’ai eu mon Master en littérature française en Ohio. J’ai enseigné par la suite en Floride et je suis revenue vivre en Suisse pendant 3 ans. Et me voilà à nouveau aux Etats-Unis où je vis avec mon mari américain ».

Comment est né De rage et d’eau ?

« Après avoir vécu quelques années aux Etats-Unis, j’ai ressenti le besoin de rentrer en Suisse et de me reconnecter à mes origines. J’ai donc passé du temps en Valais mais aussi à Fribourg et à Yverdon. Ce retour aux sources s’ouvre pour moi sur une période de réflexion et d’introspection. Le recueil De rage et d’eau en est le reflet ; il est imprégné de ces ponctuels émerveillements, d’un certain abandon face à la nature et à la vie. Ecrire ce recueil, c’était choisir quelque chose proche du dénuement. C’est ce que je recherchais à ce moment-là. Lorsque j’ai décidé de vivre à Yverdon, j’ai voulu écrire l’absence, ce sentiment d’absence, la difficulté à retrouver du sens dans ce pays qui est pourtant le mien. Un déchirement intérieur peut-être. Cette nécessité d’avoir ces montagnes et ces eaux, cette nature spectaculaire, d’entendre la parole des gens de chez moi et la difficulté d’y vivre complètement. J’ai fait cependant en Suisse, à cette période-là, de magnifiques rencontres. Fondamentales même. Ce retour en Suisse s’est révélé être extrêmement créatif. Et ce recueil en porte aussi la marque.

En décembre 2017,  De rage et d’eau est publié aux éditions Torticolis et frères et j’écris pour des revues littéraires, tels que Le Persil et La Cinquième Saison. Mais la nécessité de partir se fait à nouveau ressentir. Je quitte mon travail pour aller vivre pendant 5 mois au Vietnam. Je passe mes journées à écrire et prendre des photos entre Hanoï et Ho Chi Minh Ville. Je suis en train de réécrire l’histoire de ce séjour en Asie et j’espère que ces textes poétiques pourront faire l’objet d’une publication dans l’année à venir.

Je vis actuellement à Nashville, où j’ai commencé un doctorat qui porte sur la littérature francophone caribéenne et haïtienne ».

Sources:

Anne-Sophie Dubosson

 

Florbela Espanca : une scandaleuse poétesse admirée de Pessoa

L’âme sœur de Fernando

L’intense et brève vie de Florbela Espanca a largement inspiré son art et aura durablement marqué son temps en touchant un vaste public. Son œuvre a également influencé un grand nombre d’auteurs, de musiciens et de chanteurs, dont plusieurs, au Portugal comme au Brésil, ont mis ses textes en musique. L’une des plus importantes poétesses du Portugal, une femme avant-gardiste, scandaleuse pour son époque, est aussi l’une des premières féministes de son pays. Fernando Pessoa, dans un poème intitulé « A la mémoire de Florbela Espanca », l’évoque ainsi : « âme rêveuse / Âme sœur de mon âme ! » La poésie suivante est extraite du livre Poètes de Lisbonne, éditions lisbon poets & co.

La sensualité et le mordant des poèmes de Florbela Espanca scandalisaient les lusitaniens de l’époque.

Florbela Espanca est née le 8 décembre 1894 dans le centre-sud du Portugal de la relation extra-conjugale qu’un érudit antiquaire-photographe entretenait avec sa femme de chambre. Elle est enregistrée à l’état civil comme fille de père inconnu, mais après la mort de sa mère, alors qu’elle n’est encore qu’une enfant, son père biologique et son épouse les recueillent elle et son frère. Malgré cela, le père restera toujours absent.

A neuf ans, elle écrit ses premières poésies puis devient l’une des premières femmes du Portugal à entrer à l’école secondaire, habituellement réservée aux garçons.

En 1913, elle épouse un camarade de classe. La relation se dégrade rapidement. Elle termine ses études littéraires alors qu’elle est déjà mariée et travaille comme journaliste dans la publication “Modas & Bordados” ainsi que dans le journal “Voz Pública”.

Florbela Espanca, poétesse portugaise.

En 1917, elle s’éloigne du fiasco de son mariage en s’installant à Lisbonne où elle est la première femme à s’inscrire au cours de droit de l’université. Un comportement et des ambitions qu’au Portugal, à cette époque l’on ne tolère aucunement de la part d’une femme. Elle persiste en initiant un mouvement féminin d’émancipation littéraire dans une société de tradition patriarcale avec un groupe de femmes écrivaines qui cherche à s’imposer.

En 1919, elle publie “Livro de Mágoas” et tombe gravement malade après une fausse couche naturelle.

En 1921, elle divorce et se remarie avec un officier d’artillerie fruste et macho. En 1923, elle publie “Libro de Sóror Saudade”. La même année, elle subit une autre fausse couche et se sépare de son deuxième mari.

En 1925, elle épouse un médecin d’une grande culture.

En 1927, son frère, l’artiste peintre Apeles Espanca, décède dans un accident d’avion. Cette tragédie la mène à une tentative de suicide. La mort précoce de son frère lui inspire “As Máscaras do Destino”.

La moralisation à laquelle se livre la littérature destinée aux femmes de cette époque touchait des sujets sur lesquels Espanca tenait des positions diamétralement opposées ou du moins équivoques comme par exemple la subordination de la liberté personnelle des femmes et leur affirmation de soi à la moralité bourgeoise androcentrée, et le caractère sacré du mariage et de la vie elle-même. Tout au long de son existence, Florbela Espanca devra endurer les calomnies et le rejet de la société petite-bourgeoise dans laquelle elle évolue. Choquée qu’elle ait vécu en concubinage hors mariage, par ses épousailles et ses divorces successifs, parce qu’elle fume, ne porte pas de soutien-gorge et par ses œuvres à forte connotation sexuelle, elle l’accuse d’être une séductrice démoniaque, d’autant qu’avec le temps, l’utilisation de la première personne du singulier deviendra de plus en plus fréquente dans sa poésie, qui prendra toujours un tour plus amer et révolté, caractérisée par un fort engagement personnel où la passion conduit tout.

Cependant, son œuvre empreinte d’exaltation, de sensualité, et d’un érotisme jusqu’alors inconnu dans la poésie portugaise, s’approche davantage des courants littéraires du 19ème siècle que du mouvement moderne qui l’entoure.

A cause de sa condition de femme, et à son grand regret, Florbela Espanca publiera peu de son vivant.

La poétesse se suicide le 8 décembre 1930, le jour de ses 36 ans, en ingérant une forte dose de barbituriques après avoir écrit « La Mort », l’un de ses plus beaux sonnets.

Son chef-d’œuvre, “Charneca em Flor”, sera publié en janvier 1931.

Le travail de Florbela ne fait partie d’aucun courant mais il est imprégné de son vécu, de ses déboires sentimentaux, des drames qui ont parsemé son existence, notamment l’absence de ce père qui ne l’a reconnue que dix-neuf ans après sa mort sous la pression des « florabélistes » convaincus. Luxure, chagrin, érotisme, souffrance et joie sont quelques-uns des qualificatifs donnés à l’œuvre de Florbela par ses différents admirateurs. Actuellement, l’on ne mesure pas les efforts qu’il a fallu déployer pour affirmer les qualités de cette littérature : Antonio José Saraiva dans A História da Literatura la définira ainsi : « (…) précède de loin et stimule un mouvement plus récent d’émancipation littéraire des femmes, exprimant dans ses accents les plus pathétiques l’immense frustration féminine dans les traditions patriarcales oppressives. »

 

La version originale du poème Volupté.

Sources :

 -Poètes de Lisbonne, éditions lisbon poets & co.

-Biographie et résonance dans le travail de traduction de Florbela Espanca par Chris Gerry

-Catarina Oliveira, Ensino Superior em Comunicação (Universidade Metodista de São Paulo)

-Wikipédia

Patti Smith: amoureuse des poètes français du XIXe siècle

Passionnée par les Arts

Alliant poésie Beat et garage rock des années 1960 et 1970, l’on considère Patti Smith comme la « marraine » du mouvement punk. Toutefois, depuis son enfance, ses passions sont le dessin et la littérature, en particulier la poésie. Le poème qui suit est extrait du recueil Présages d’innocence.

 

Traduction de Jacques Darras.

 

Issue d’un quartier très pauvre du New-Jersey, rien ne destinait Patti Smith à devenir l’auteure-compositrice, interprète, poétesse, écrivaine, guitariste, chanteuse, humaniste… que l’on connaît, même si dès l’enfance elle sut qu’elle voulait faire de l’art.

Fille d’une serveuse et d’un ouvrier, Patti Smith – Patricia Lee Smith -, est née à Chicago en 1946, dans une famille extrêmement religieuse. A 18 ans, elle tombe enceinte : on la radie de l’Ecole Normale. Son projet de devenir institutrice prend fin. En 1967, elle part à New-York où elle rencontre le photographe Robert Mapplethorpe. Pendant la première partie des années 1970, Patti Smith se livre intensivement à la peinture et à l’écriture, se produit en tant qu’actrice au sein d’un groupe poétique.

Au cours des années suivantes, elle s’adonne à la musique, en conjuguant rock et performances poétiques. Les paroles de ses chansons font découvrir la poésie française du XIX siècle aux jeunes Américains. Conjointement, elle devient une icône de la scène underground new-yorkaise.

Durant les années 1980-90, parallèlement à ses créations musicales, elle poursuit son travail artistique, mêlant dessin, photographie et écriture.

En 2007, les éditions Christian Bourgeois publient, en bilingue, son premier recueil de poésie : Présages d’innocence.

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille, en 2008, à Paris, une grande exposition de ses œuvres, intitulée “Land 250”, comprenant des pièces réalisées entre 1967 et 2007.

En 2010, elle publie Just Kids, qui relate son amitié avec Robert Mapplethorpe, qui recevra le National Book Award.

Version originale.

 

Sources:

Éditions Christian Bourgeois

Just Kids, Patti Smith, éditions Denoël

-Wikipédia