Une nouvelle salve malvenue contre notre économie

L’initiative qui vise à interdire le financement des producteurs de matériel de guerre dans le monde part d’un bon sentiment, mais ses effets sur les PME seraient extrêmement néfastes, surtout en pleine pandémie. Un rejet s’impose.

Entre la crise sanitaire du Covid-19 et les vifs débats relatifs à l’initiative sur les «Entreprises responsables», elle ne fait pas beaucoup de bruit, en dépit du thème qu’elle aborde. Et pourtant: l’initiative populaire «Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre», qui figure également au menu des votations du 29 novembre, mérite que l’on s’y attarde. Elle fait partie de ces textes bien-pensants mais pas bien pensés, dont les utopistes de ce pays ont, hélas, pris l’habitude de nous gratifier.

Cette initiative, qui émane évidemment du Groupe pour une Suisse sans armée, n’est pas anodine: elle vise à interdire aux fondations et aux institutions de prévoyance, ainsi qu’à la Banque nationale suisse, de financer les entreprises réalisant plus de 5% de leur chiffre d’affaires annuel avec ce matériel. De fait, l’octroi de crédits, de prêts et de donations, ainsi que la prise de participation et l’acquisition de titres, figureraient parmi les types de financements interdits. Pour couronner le tout, le texte demande que la Confédération s’engage afin que les banques et les assurances soient soumises à des conditions analogues.

PME pénalisées

Ce texte aurait un effet dommageable sur notre économie: de nombreuses entreprises qui produisent principalement des biens civils, mais aussi des pièces détachées ou des éléments d’assemblage pour l’industrie d’armement, seraient directement touchées par l’interdiction. La proportion de 5% inscrite dans ce texte pénaliserait des PME – productrices ou sous-traitantes – actives dans le domaine civil, comme des firmes aéronautiques et celles œuvrant dans le secteur spatial. En pleine crise économique, voilà qui constituerait encore un coup malvenu porté contre notre prospérité. Dans leur réflexion, les citoyens doivent comprendre que le matériel de guerre est avant tout vendu pour la défense. La Suisse interdit déjà par la loi le financement de matériel de guerre prohibé, à savoir les armes atomiques, biologiques et chimiques, ainsi que les armes à sous-munition et les mines anti-personnel.

Et puis, soyons réalistes: une interdiction mondiale de financement relève de l’utopie. Elle n’aurait aucun impact sur la production d’armes. Veut-on, comme c’est le cas pour l’initiative sur les «Entreprises responsables», d’un cavalier seul de la Suisse? Si notre pays agit de manière non coordonnée à l’échelle internationale, l’initiative n’atteindra assurément pas son but. Dernier point à ne pas négliger: une industrie axée sur la haute technologie, comme peut l’être celle qui serait touchée par l’initiative, contribue au progrès du pays, et lui permet d’éviter une dépendance par rapport à l’étranger.

Cette initiative ne constitue pas la première salve que doit essuyer l’industrie dans son ensemble. La dernière initiative en date, qui voulait interdire toute exportation de matériel de guerre, a été rejetée par 68,2% des votants en 2009. C’était un 29 novembre. On ne peut que souhaiter un sort identique à celle qui nous occupera ce même dimanche.

Photo: AdobeStock

L’accord-cadre mérite mieux qu’une cacophonie nationale

L’accord institutionnel avec l’Union européenne (UE) est en… berne. Devant les doutes émis par les partis politiques et les citoyens, le Conseil fédéral tergiverse. Il s’agit pourtant d’un texte essentiel pour la consolidation de la voie bilatérale.

La pandémie et ses conséquences désastreuses sur la société et l’économie masquent une réalité politique de première importance pour notre pays: la signature de l’accord institutionnel avec Bruxelles devient urgente. Ce texte, en discussion depuis… 2008, doit permettre la mise à jour régulière des accords bilatéraux et leur application harmonieuse entre les partenaires. Il traîne cependant sur le bureau du Conseil fédéral et semble ne plus contenter personne, à part les milieux économiques.

Le gouvernement vient de renvoyer son négociateur en chef avec l’UE, Roberto Balzaretti, et de nommer à sa place Livia Leu, actuelle ambassadrice de Suisse à Paris. Il s’agit du cinquième diplomate en douze ans. Changer le messager ne modifie pas le message: c’est bel et bien le gouvernement qui fixe les objectifs de cette négociation. Cela nécessite du courage, car rien n’est simple dans le domaine de la diplomatie, a fortiori dans le contexte sanitaire actuel.

Il faut le rappeler ici, les enjeux de cet accord sont considérables. Un exemple très concret illustre son importance. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies publie depuis mi-octobre une carte sur l’état de la pandémie dans les régions de l’Union européenne. Elle permet d’identifier le taux de contamination au coronavirus au moyen de codes couleurs. La Suisse y figure, mais en blanc…. tout simplement parce qu’elle n’est pas prise en compte. L’application SwissCovid pourrait être intégrée dans ce processus, mais comme notre pays ne dispose pas encore d’accord sur la santé avec les 27, il n’existe pas de base légale pour participer à ce traçage européen. Bruxelles a rappelé à ce propos que seuls des «progrès sans ambiguïté sur la signature de l’accord institutionnel» permettraient sa prise en considération.

L’industrie serait pénalisée

Pour economiesuisse, sans accord institutionnel, notre industrie souffrirait d’un accès toujours plus difficile au marché d’exportation européen, et l’économie de notre pays en pâtirait largement. L’UE pourrait perdre patience, on l’a vu avec la question délicate de l’équivalence boursière. Après le Brexit, Boris Johnson, premier ministre britannique, a appris à ses dépens que bomber le torse face à Bruxelles n’était guère avisé. A force de blocages, il a fini par se retrouver avec un accord moins favorable que celui négocié au début. Comme l’a rappelé l’ancien diplomate François Nordmann dans les colonnes du «Temps», hier, «la Suisse ne peut à la fois réclamer un accès privilégié au marché commun – l’essence des bilatérales – et se prévaloir de sa qualité de non-membre de l’UE dès que celle-ci lui demande une contrepartie».

La population suisse a donné un signal positif à l’égard de l’Europe en rejetant avec clarté l’initiative de résiliation le 27 septembre dernier. Elle a ainsi réaffirmé sa volonté de poursuivre une voie qui a largement contribué à notre prospérité ces vingt dernières années. Il faut impérativement conclure l’accord-cadre sous peine de voir nos relations privilégiées avec l’UE s’éroder inexorablement, dans une lente agonie. Adieu équivalences à l’exportation, bonjour coopération graduellement réduite à celle d’un État lambda. Un tel destin est inconcevable avec notre premier partenaire commercial. Au Conseil fédéral de montrer la voie.

Photo: AdobeStock

Une fausse bonne idée dommageable pour l’économie suisse

L’initiative «Entreprises responsables», sous couvert de bonnes intentions, pose de nombreux problèmes d’applicabilité et met en péril la compétitivité des PME. Le contre-projet, davantage adapté aux réalités économiques, va dans le bon sens.

C’est l’archétype de la fausse bonne idée! Le 29 novembre prochain, nous voterons sur une initiative enjoignant les entreprises qui ont leur siège en Suisse à respecter les droits de l’Homme et les normes environnementales à l’étranger. La démarche est louable, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ce texte extrême rendrait les entreprises suisses responsables directement – et sans faute de leur part – du comportement de toutes les sociétés contrôlées sous quelque forme que ce soit et pour l’ensemble de leur chaîne de valeur. Une perspective porteuse d’instabilité pour notre économie. C’est pourquoi la CVCI recommande de le rejeter et de lui préférer le contre-projet indirect, qui renforcerait les obligations des entreprises, sans aller aussi loin que l’initiative.

La conseillère fédérale Karin Keller-Suter l’a martelé hier devant la presse: «L’initiative va clairement trop loin: elle est dommageable pour la place économique suisse et menace les emplois et les investissements en Suisse et à l’étranger.» Il faut en avoir conscience: aucune firme ne connaît tous ses fournisseurs et leurs sous-traitants. Les grandes entreprises en comptent parfois des milliers. On réalise alors le nombre de relations impossibles à contrôler. Les audits permettent certes d’évaluer la qualité des produits, mais dans de nombreux pays instables et gangrénés par la corruption, les clients se heurtent aux limites de ce que leurs fournisseurs veulent bien leur montrer, sans possibilités de mener des investigations plus loin.

Compétitivité mise à mal

Autre défaut rédhibitoire de ce texte: contrairement à ce qu’affirment ses initiants, les PME seraient elles aussi impactées. Les obligations de contrôle et les risques de responsabilité auxquels elles seraient confrontées entraîneraient une augmentation considérable du travail administratif et des frais qu’elles ne pourraient assumer, tout cela au préjudice de leur compétitivité. Pour couronner le tout, l’initiative est unique au niveau international et ne vise que les entreprises suisses, d’où un désavantage concurrentiel extrêmement pénalisant. Il s’ensuivrait une insécurité juridique qui pourrait pousser des entreprises de négoce de matières premières à déplacer leur siège de l’autre côté de la frontière, avec les conséquences que cela impliquerait pour l’emploi, a fortiori dans le contexte pandémique compliqué que nous vivons depuis des mois.

Dans les colonnes du «Temps» d’hier, Jean-Pascal Bobst, CEO de la société éponyme, l’affirme en connaissance de cause: «Oui, nous devons être responsables comme multinationales, non, ne pouvons pas détruire notre compétitivité en Suisse en votant des lois.» Il est ridicule de penser que les entreprises sont des prédatrices sans foi ni loi: la grande majorité d’entre elles ont pris conscience ces dernières années de leurs responsabilités envers l’humanité, même s’il existe évidemment des brebis galeuses. Les sociétés ont tout à craindre des dégâts d’image que pourrait leur causer le non-respect d’un comportement éthique.

Pour autant, rejeter l’initiative ne reviendrait pas à abandonner la préoccupation légitime qu’elle porte. Le contre-projet élaboré par les Chambres fédérales, qui entrerait en vigueur en cas de non à l’initiative, soumettrait les entreprises suisses à des exigences de transparence et de diligence élevées, et placerait la Suisse au rang des pays les plus avancés dans ces domaines. Ce contre-projet va dans la bonne direction. Une voie à suivre dès le 29 novembre prochain.

Photo: AdobeStock

Une politique de repli sonnerait le glas de notre prospérité

Les accords bilatéraux, c’est un million de places de travail créées en Suisse, plus de 1% de croissance annuelle du PIB réel, un taux de chômage bas et un salaire moyen deux fois plus élevé que dans l’Union européenne (UE). Renoncer aux bilatérales serait plus que hasardeux à l’heure de la reprise. 

Le matériel de vote pour l’échéance cruciale du 27 septembre est arrivé dans les boîtes aux lettres. Les sondages prédisent un rejet de la dangereuse initiative de résiliation, qui veut mettre fin aux accords bilatéraux I avec Bruxelles. Chacun a pourtant en mémoire le scrutin du 9 février 2014 contre l’immigration de masse, qui avait vu les partisans du repli l’emporter sur le fil. Ne jouons pas avec le feu: le moment est venu d’écrire avec détermination un grand non sur ce bulletin!

A celles et ceux qui en douteraient encore, il est bon de rappeler que la Suisse a connu une période de grande prospérité depuis l’entrée en vigueur des bilatérales I, en juin 2002. Une étude du groupe de réflexion Avenir Suisse, parue la semaine dernière, le confirme: depuis l’introduction de la libre circulation des personnes, «de nombreux indicateurs économiques tels que le produit intérieur brut (PIB) réel par habitant, la productivité du travail et le volume des exportations ont évolué positivement. La croissance moyenne du PIB par habitant pour les années 2002 à 2018 était de 1,02% (1992 à 2002: 0,66%).» Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

La Suisse exporte 1 franc sur 2 vers l’UE, qui est de très loin notre principal client (52% de nos exportations, bien avant les Etats-Unis, 15%, et la Chine, 5%). Nos entreprises ont besoin d’un accès facilité à ce grand marché aussi bien pour vendre leurs biens directement aux plus de 400 millions de consommateurs qu’en tant que sous-traitants de l’industrie européenne. L’initiative de résiliation détruirait la voie bilatérale et n’offrirait aucune alternative viable.

Pas de substitut équivalent

Dans son étude, Avenir Suisse assure qu’un nouvel accord de libre-échange (ALE) global entre la Suisse et l’UE ne constituerait pas un substitut équivalent aux accords bilatéraux, «car un simple accès au marché est moins intéressant pour les entreprises suisses qu’une intégration complète dans le marché intérieur de l’UE. Un ALE augmenterait également la charge réglementaire pesant sur les entreprises. Comme ces nouvelles charges administratives présentent des caractéristiques de coûts fixes, cela affecterait davantage les PME exportatrices que les grandes entreprises.»

On le voit bien, ce n’est pas le moment d’ajouter une crise institutionnelle à celle, sanitaire et économique, que le Covid-19 nous a infligé. Nous avons plus que jamais besoin de partenaires pour relancer notre économie. La Suisse est l’un des pays les plus interconnectés et globalisés au monde. Selon une étude de la Fondation Bertelsmann, notre pays est celui qui bénéficie le plus de la mondialisation à l’échelle planétaire. L’ouverture au monde reste un gage de prospérité. Confirmons-le dans les urnes le 27 septembre.

Photo: Photo: AdobeStock

L’ouverture sur le monde reste le meilleur gage de notre prospérité

L’accès au marché européen dont bénéficie la Suisse aidera au redémarrage de notre économie dans le contexte sanitaire actuel. Le repli qu’implique l’initiative dite «de limitation» nous empêcherait d’attirer les talents dont nous avons besoin.

La conseillère fédérale Karin Keller-Suter, qui sera l’hôte de la CVCI demain soir pour présenter les enjeux liés à cette initiative, l’a martelé hier matin à la radio: perdre les accords bilatéraux I provoquerait un choc à long terme pour l’économie suisse. Ce n’est pas le moment d’ajouter une crise de longue durée à celle consécutive à la pandémie de Covid-19. Le marché européen, auquel nos entreprises ont accès librement, absorbe plus de 50% de nos exportations. Couper les ponts avec notre partenaire économique principal hypothéquerait lourdement le redémarrage de l’activité et, par voie de conséquence, notre prospérité. S’ensuivrait alors une longue période d’incertitude porteuse de dangers.

Renégocier des accords avec l’Union européenne (UE) dans la foulée serait utopique, car le texte proposé le 27 septembre prochain stipule qu’«aucun nouveau traité international ne sera conclu et aucune autre nouvelle obligation de droit international ne sera contractée qui accorderaient un régime de libre circulation des personnes à des ressortissants étrangers». On a vu avec le Brexit quelles difficultés la Grande-Bretagne rencontre pour recoller les pots cassés avec ses 27 anciens alliés. Voulons-nous vraiment prendre le risque de jeter au rebut une voie bilatérale qui nous a beaucoup apporté?

Sept accords essentiels

La querelle des chiffres fait rage, mais un fait est incontestable: notre pays connaît une grande prospérité depuis le renforcement de notre partenariat avec l’UE. Les entreprises installées en Suisse ont plébiscité, au gré de diverses enquêtes, l’accord sur la libre circulation. Les six autres accords du paquet des bilatérales I n’en sont pas moins importants, car l’adoption de cette initiative sonnerait leur glas en raison de la clause guillotine. Or ces accords assurent aux entreprises suisses un accès largement non discriminatoire au marché intérieur de l’UE dans des secteurs importants, comme les accords sur les obstacles techniques au commerce, sur le commerce de produits agricoles, sur les transports terrestres et aérien, sur les marchés publics et sur la recherche. La fin de ce dernier nous ferait perdre l’accès à des programmes dotés de plusieurs milliards d’euros.

La voie bilatérale a permis de recruter un personnel qualifié que l’on ne trouve pas forcément sur notre territoire. La main-d’œuvre européenne est indispensable à la Suisse, en particulier dans les services, l’industrie et l’agriculture. Le secteur de la santé ne pourrait pas davantage se passer du personnel bien formé venant des pays voisins, comme on l’a constaté depuis le début de la pandémie.

Depuis quinze ans, le système des mesures d’accompagnement a été continuellement développé afin de garantir le niveau élevé des salaires en Suisse. Les diverses adaptations légales et nombreuses améliorations en matière d’exécution ont permis de mettre en place un niveau de protection efficace des conditions salariales et de travail.

Le matériel de vote va arriver sous peu dans les boîtes aux lettres. Il sera alors temps d’apposer un non ferme et sans réserve sur le bulletin de l’initiative dite de limitation.

Photo: Photo: AdobeStock

Notre défense aérienne doit rester crédible

Renouveler notre flotte d’avions de combat est indispensable pour assurer la sécurité de notre pays dans un contexte international toujours plus incertain. Les affaires compensatoires qui en découlent constituent une formidable opportunité pour les entreprises.

Six milliards de francs pour l’acquisition de nouveaux avions de combat! Nul doute que le débat sur cet objet, soumis au vote le 27 septembre prochain, sera passionné. En ces temps de pandémie, certains estiment que cet argent serait plus utile dans d’autres secteurs. A cet égard, l’échec du Gripen en votation populaire, en 2014, est encore dans les mémoires. La situation est toutefois fort différente en 2020. Il y a six ans, il fallait remplacer une partie de la flotte vieillissante des Tiger. Aujourd’hui, il s’agit de renouveler tous les moyens de notre défense aérienne. Avoir la maîtrise de notre ciel est indispensable pour assurer la sécurité de la population, de nos infrastructures et de notre économie.

Au cœur de l’Europe, notre pays peut sembler en sécurité. Or, les tensions internationales s’accroissent ces derniers mois, comme on le voit entre la Chine et les États-Unis. L’Ukraine et la Biélorussie, qui vivent des heurts récurrents, sont à moins de trois heures d’avion d’ici. Et rappelons-nous que les Balkans se sont entredéchirés dans un conflit meurtrier dans les années 1990, presque à nos portes. Assurer la souveraineté de notre espace aérien et avoir les capacités de résister à des tensions qui peuvent dégénérer en conflit est une nécessité doublée d’un devoir.

Souveraineté en jeu

La neutralité nous interdit de déléguer la défense de notre territoire. Le cosmonaute et pilote militaire Claude Nicollier l’a rappelé dans la presse dominicale: «C’est justement parce que nous ne sommes pas dans l’OTAN que nous avons la responsabilité d’assurer la souveraineté de notre espace aérien. Souvenez-vous de l’avion d’Ethiopian Airlines détourné sur Genève en 2014. Ce sont des pilotes italiens qui ont dû l’escorter, car nos Forces aériennes n’étaient pas actives en dehors des heures de bureau, déclenchant un scandale.» Il ajoute que ces futures acquisitions ne sont pas des jets de luxe, mais des avions qui ont des spécifications élevées et un prix: «Un avion de combat moderne et performant, ce n’est pas bon marché.»

L’argument du gouffre financier absurde brandi par les adversaires de ces acquisitions ne tient pas la route. La somme de six milliards ressortit au budget ordinaire de l’armée, et sa dépense sera étalée sur dix ans. Acquérir des avions de combat constitue un exercice complexe qui dure plusieurs années. Les FA-18 seront obsolètes en 2030, il faut donc anticiper et planifier nos besoins.

A tous ces arguments sécuritaires s’ajoute un volet commercial non négligeable: les affaires compensatoires, également appelées Offset. A l’échelle suisse, 30% de ces participations industrielles sont destinées à la Suisse romande. Il s’agit clairement d’une opportunité pour nos entreprises dans leur diversité en termes de transfert de technologie. Elles permettent d’accroître les compétences et l‘efficience de l‘industrie suisse, favorisent l’innovation, ainsi que la création de relations commerciales à long terme et l’acquisition de nouveaux marchés.

Dire oui à ces futurs avions de combat le 27 septembre, c’est contribuer à la sécurité et à la prospérité de notre pays.

Photo: AdobeStock  

Les perspectives financières en ligne de mire

Après les couacs communicationnels de l’OFSP sur la pandémie, il est nécessaire de couper court à ces atermoiements pour permettre une rentrée sereine. Les autorités auront un rôle central à jouer pour redonner confiance et visibilité, en communiquant clairement et en effectuant des choix budgétaires judicieux.

Quel pataquès! L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a publié vendredi dernier des données erronées concernant les sources de contamination du Covid-19. Mises au pilori, les boîtes de nuit totalisent moins de 10% des infections, alors que ce sont bien le cadre familial et le lieu de travail qui sont les sources principales. Pire: l’origine de la transmission du virus reste inconnue dans 40% des cas! Penaud, l’office s’est confondu en excuses pour avoir affecté des chiffres aux mauvais endroits (sic) et a assuré qu’il allait revoir ses procédures.

Ce couac est déplorable, car les atermoiements fédéraux désécurisent la population. Les chiffres publiés, quand ils ne sont pas faux…, font le yoyo et inquiètent dans la mesure où les explications et les mises en perspective font largement défaut. Des chiffres bruts, comme ceux présentés chaque jour par le canton de Vaud au fin fond de son site internet, ne donnent pas vraiment d’indication claire sur la situation sanitaire. Les Genevois, eux, ont pu compter sur l’omniprésence médiatique du conseiller d’État Mauro Poggia pour être renseignés.

Flottements préjudiciables

Depuis que la Confédération a mis fin à la situation extraordinaire, le 19 juin dernier, les cantons prennent des mesures disparates, sans vraiment se soucier d’harmonisation. Il est difficile, pour les Chablaisiens, de comprendre qu’ils doivent porter un masque dans les commerces d’Aigle et pas dans ceux de Monthey. Le retour en classe se fera-t-il masqué, pour qui, et jusqu’à quel niveau d’enseignement? Les flottements qui s’ensuivent ne sont assurément pas bons pour la confiance.

Les vacances touchent bientôt à leur terme et, déjà, la reprise suscite son lot d’inquiétudes et d’interrogations, d’autant que la pandémie semble hélas partie pour durer. Dans ce contexte incertain, les collectivités publiques vont devoir prendre des décisions qui engagent l’avenir de la société, autrement plus complexes que le déploiement à la hâte de pistes cyclables. Une première orientation sera donnée le 12 août prochain, date de la conférence de presse de rentrée du Conseil fédéral.

Au plan vaudois, également, le retour aux affaires sera chargé. Le Canton devra notamment empoigner la question du budget et des perspectives financières. Tout cela nécessitera des arbitrages sérieux et il s’agira de ne pas entasser la poussière sous le tapis. Le Conseil d’État devra par ailleurs communiquer de manière soutenue, ne serait-ce que pour tordre le coup aux fake news qui ne cessent de polluer les réseaux et les esprits. La confiance dans les autorités est aussi à ce prix.

Photo: AdobeStock  

Un vent d’optimisme qui plaide pour l’ouverture

Un sondage révèle que près de 40% des PME vaudoises se disent optimistes quant aux perspectives de reprise après la pandémie. Pérenniser la voie bilatérale avec l’Europe ne pourrait que renforcer ce message encourageant de l’économie.

C’est une bonne nouvelle dans le contexte chahuté de l’après-crise sanitaire. Selon les résultats d’un sondage réalisé par la BCV entre le 15 et le 29 mai, près de quatre PME vaudoises sur dix sont optimistes ou très optimistes en ce qui concerne les perspectives de reprise. Dans le même temps, celles qui se disent pessimistes et très pessimistes sont deux fois moins nombreuses. Si 48% des PME anticipent une baisse de leurs ventes sur l’année, elles sont en revanche 41% à envisager une stabilité de leur chiffre d’affaires et même 11% à attendre une progression dans l’année à venir. L’appréciation varie naturellement d’un secteur économique à l’autre, mais le message envoyé n’en est pas moins encourageant.

Ce vent d’optimisme est d’autant plus bienvenu qu’une échéance capitale se profile le 27 septembre, avec la votation sur l’initiative dite de «limitation». C’est une évidence: la suppression de la libre circulation avec les pays de l’Union européenne, que ce texte prône, porterait un coup terrible à notre économie. Plus de la moitié de notre production est exportée vers l’Europe. Des relations stables avec ces nombreux voisins sont indispensables, a fortiori en cette période d’incertitude, si nous voulons maintenir les dizaines de milliers d’emplois qui dépendent de ces échanges. Maintenir les accords existants avec Bruxelles donnerait en outre la visibilité nécessaire aux entreprises pour aller de l’avant. L’incertitude n’est jamais favorable au commerce.

L’instabilité qui règne depuis plusieurs années sur le plan géopolitique constitue une source d’inquiétude. Un certain protectionnisme refait surface, notamment chez les grandes puissances économiques, qui disposent toutes d’un grand marché intérieur. Ce n’est pas le cas de notre pays, qui gagne deux francs sur cinq grâce aux exportations. Des relations fortes et durables avec notre principal marché sont essentielles dans cette période pour le moins incertaine. Rompre avec notre premier partenaire commercial serait irresponsable au moment où les droits de douane et les barrières commerciales se multiplient un peu partout dans le monde.

Le front uni qui défend la voie bilatérale – le Conseil fédéral, la quasi-totalité des partis, les associations économiques et les organisations syndicales – ne s’y trompe pas: la Suisse a tout à gagner en pérennisant le partenariat fécond avec l’UE. Certains ironisent sur l’union de façade qui prévaut entre patronat et syndicat dans cette bataille. Il n’y a là rien d’incongru: tous se battent pour une juste cause, l’emploi. Après les tourments sanitaires et économiques que nous venons de traverser, il serait fou d’ajouter une crise institutionnelle aux conséquences dévastatrices.

Dire non à cette initiative, c’est dire oui à l’avenir de notre pays.

Photo: AdobeStock

L’innovation sera l’une des clés pour sortir de la crise

La pandémie du Covid-19 va durablement impacter notre économie. Pour poursuivre leurs activités, les entreprises de notre pays devront s’adapter et, surtout, innover. Disposer de bonnes conditions-cadres favorisera aussi le redémarrage.

Sans mauvais jeu de mots dans le contexte du coronavirus, aujourd’hui, c’est bel et bien l’économie qui est au creux de la vague. Les aides fédérales et cantonales ont certes permis à beaucoup d’entreprises de surmonter le choc de la pandémie, mais l’incertitude demeure en raison d’un manque de visibilité à terme. Et toutes les sociétés ne parviendront hélas pas à s’en sortir.

Les soutiens financiers sont une condition nécessaire, mais pas suffisante pour permettre un redémarrage. Pour espérer aller de l’avant, l’économie aura besoin, encore plus que par le passé, de conditions-cadres favorables. De ce point de vue, la mise en œuvre rapide de la RFFA dans les cantons permettra aux entreprises de profiter des nouvelles mesures fiscales visant à promouvoir l’innovation (déduction pour la R&D, patent box), pour peu, évidemment, qu’elles soient en mesure de payer des impôts. L’octroi de ressources supplémentaires pour la recherche compétitive, par le biais d’Innosuisse, notamment, donnerait également des perspectives aux entrepreneurs innovants. La participation au programme-cadre européen de recherche (Horizon Europe) constituerait elle aussi un vecteur de rebond important pour certaines entités.

Préserver le secteur R&D

A côté des conditions-cadres, l’innovation reste le principal moteur du développement économique en Suisse. L’étude «Vaud innove», cosignée par la CVCI et dont la version imprimée vient de sortir de presse, montre que l’écosystème d’innovation du canton a favorablement évolué ces dernières années. Les branches à forte composante technologique, comme la pharma, ont connu une progression réjouissante. Cette orientation vers des activités à haute valeur ajoutée constitue un atout pour l’économie vaudoise, et elle a contribué à la rendre moins sensible aux aléas de la conjoncture. Il n’en demeure pas moins que cette situation enviable est loin d’être acquise. D’autant plus, comme le conclut l’étude, que la crise actuelle pourrait voir le flux d’investissements quelque peu fléchir, provisoirement du moins. Aussi, à l’heure de revoir leurs budgets, les entreprises devront se garder de couper dans la recherche et le développement.

Confrontés aux grandes difficultés actuelles, les entrepreneurs devront donc se montrer inventifs et prendre des risques. Les modèles d’affaires devront être repensés, de nouveaux produits et des processus plus efficaces devront émerger. Réactives, beaucoup d’entre elles se sont adaptées rapidement et ont déjà intégré les nouvelles pistes de développement que la pandémie a révélées, comme l’accélération de la numérisation, les changements de consommation et de production, le développement de la créativité, de nouvelles organisations de travail ou, encore, la simplification des procédures.

Innover rime plus que jamais avec opportunité.

Photo: AdobeStock

Prolonger les RHT pour conserver les compétences

Restaurer la confiance des acteurs économiques n’est guère aisé en ces temps de pandémie mondiale. Cela passe notamment par une extension des réductions d’horaire de travail, instrument qui a largement fait ses preuves ces dernières années.

Le Baromètre de l’emploi au 1er trimestre 2020, publié hier par l’Office fédéral de la statistique (OFS), indique que le nombre de places de travail a reculé de 0,1% par rapport au trimestre précédent. Une baisse infime. Mais cela, c’était avant que le Covid-19 déferle sur la planète. Calculé sur la base de ces données, l’indicateur des prévisions d’évolution de l’emploi n’avait plus été aussi bas depuis le 3e trimestre 2009, poursuit l’OFS. Les perspectives sont particulièrement pessimistes dans l’industrie (–7,5%), dans l’hébergement et la restauration (–12,0%).

Ces chiffres ne vont pas contribuer à redonner confiance aux acteurs de l’économie au moment où le redémarrage des activités est encore plombé par moult incertitudes. La pandémie a poussé d’innombrables entreprises à demander des réductions d’horaire de travail (RHT). Plus de 1,5 million d’actifs en bénéficient aujourd’hui. Actuellement limité à 12 indemnités mensuelles (en 24 mois), ce régime fait craindre à certains secteurs que cette durée ne soit pas assez longue pour garantir le maintien des postes de travail. En première ligne figurent l’hôtellerie, le tourisme, l’horlogerie et l’industrie des machines. Swissmem, faîtière des entreprises de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux, a averti hier que les entrées de commandes dans le secteur risquaient de s’effondrer.

Extension indispensable

Dans ce contexte urgent, une extension de la durée de l’indemnisation des RHT à 18, voire à 24 mois, me paraît indispensable vu le caractère particulier et exceptionnel de la crise actuelle. Notre tissu économique dépend souvent de sous-traitants et de matériel provenant de l’étranger. Or, aujourd’hui, de nombreux clients annulent des achats en cours. La prospection, donc la perspective de garnir les carnets de commandes, reste difficile, et pour ne rien arranger, le franc reste fort. De plus, la relance des chaînes de productions mondiales prendra du temps. Etendre les indemnités mensuelles permettrait à de nombreuses entreprises de maintenir, dans la mesure du possible, leurs effectifs en dépit des perspectives économiques préoccupantes qui se dessinent. Conserver des compétences au lieu de licencier constitue un pas important vers la restauration de la confiance.

Une telle prolongation ne constituerait d’ailleurs pas une première: la Confédération y a eu recours en 2009 après la crise des «subprimes», et en 2016 lors de celle du franc fort. Cet instrument conjoncturel a fait ses preuves. Le Conseil fédéral devrait se pencher sur cette question dans le courant du mois de juin. Différentes démarches ont déjà été entreprises par des organisations économiques nationales auprès de Berne, ce que la CVCI salue. Celle-ci ne manquera pas d’apporter sa contribution à ce nécessaire travail de lobbyisme.

Photo: AdobeStock