Notre économie nécessite un soutien urgent

La deuxième vague de la pandémie touche de plein fouet les entreprises vaudoises, dont certaines craignent pour leur survie. Alors que les perspectives à moyen terme semblent sombres, des aides étatiques conséquentes doivent être versées sans attendre.

L’évolution des différents indicateurs de l’enquête conjoncturelle de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) publiée lundi le démontre: l’impact de la crise sanitaire actuelle est encore plus fort que lors des crises de 2009 et de 2015. La marche des affaires est ainsi jugée «mauvaise à médiocre» par 36% de nos membres sondés. Et si la situation est particulièrement difficile dans l’industrie, le secteur des services connaît un ralentissement inédit. Conséquence: seul 29% des entreprises envisagent de procéder à des investissements l’an prochain, un taux en nette diminution. De manière générale, les entrepreneurs se montrent très pessimistes concernant l’évolution de leurs affaires pour ces prochains mois.

Notre enquête, réalisée peu avant le deuxième semi-confinement, démontre l’urgence d’un soutien vigoureux à l’économie pour passer ce cap périlleux. Le Canton a annoncé la semaine dernière des aides qui seront malheureusement insuffisantes pour répondre aux besoins du tissu économique vaudois, en dépit du lobbying soutenu des associations économiques, dont la CVCI. Les montants articulés ne peuvent constituer qu’une première étape. Ils devront être réévalués au fur et à mesure de l’arrêt des activités, qu’il faut espérer le plus court possible.

Il est essentiel d’innover

Certes, la réactivation du fonds de soutien à l’industrie, que les milieux économiques appelaient de leurs vœux, va dans la bonne direction. La place industrielle a souffert avec la fin du taux plancher, et la fermeture des frontières a mis à mal son business. Si le canton de Vaud entend garder un secteur industriel de pointe, il est essentiel que ce dernier puisse continuer à innover. C’est dans cet esprit que le fonds doit aussi être utilisé, afin de financer la R&D, vecteur d’innovation et d’emplois.

La Confédération a débloqué ce printemps une aide d’urgence massive (40 milliards de francs) à laquelle toute les entreprises n’ont pas recouru. Certaines ont pu tenir jusqu’ici, mais la deuxième vague leur assène un coup rude qui nécessite de nouvelles aides. Les cantons dénoncent la pingrerie des nouveaux soutiens venus de Berne et renvoient la balle à la Confédération. Il reste que si les autorités décident de fermer des établissements pour raison sanitaire, elles doivent assumer leur décision en leur venant en aide.

L’économie vaudoise a permis à l’Etat de doubler ses recettes au fil de ces dernières années et de constituer ainsi un important trésor de guerre. Au plus fort de la crise actuelle, il paraît dès lors légitime de renvoyer l’ascenseur à ces entreprises qui ont permis un essor extraordinaire à notre canton.

Photo: AdobeStock

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

6 réponses à “Notre économie nécessite un soutien urgent

  1. Vous avez entièrement raison, un partenariat socio-économique doit être une réalité. Comme la parabole des 7 vaches grasses et des 7 vaches maigres. L’Etat a bien su employer la technique systémique du frein à l’endettement. En cette période si particulière, si dangereuse pour une bonne partie de nos PME fragilisées depuis la mi-mars 2020 sans qu’elles en soient responsables, elles ont déjà assumé le risque financier de ventes inexistantes ; elles se doivent d’être soutenues, portées sur une paume afin qu’elles puissent rester pérennes, surtout pour le marché de l’emploi qui est fortement menacé ces prochains trimestres 2021 ! Angelo Gervasi Economiste HEC ’83 Lausanne

  2. Je pense effectivement que personne de sensé ne saurait contester les besoins de support exprimés par les PME. Par contre personne ne discute de qui paiera l’addition. Par défaut ce sera le contribuable à qui on demandera à nouveau un effort financier conséquent alors qu’il serait plus que temps, dans le canton de Vaud, de relâcher un tant soi peu, la pression fiscale des personnes physiques. Pour en revenir au financement de ce support, il est notoire que certaines entreprises performent en ces temps de COVID, dès lors une approche solidaire inter-entreprise se devrait d’être envisagée. Le taux d’imposition du bénéfice ne devrait en aucun cas être un tabous dans toutes les discussions qui ont cours ces jours. Malheureusement, et paradoxalement, il se trouve que les intérêts des citoyens contibuables sont largement moins bien défendus au sein des divers parlements cantonaux et nationaux. J’en veux pour preuve une intervention d’un député PLR vaudois (Juin 2020) dont l’objectif visait à bien s’assurer que que le contribuable salarié sont tondu au plus ras (20_INT_504). Moi j’en suis resté un peu pantois…

    1. Nous nous battons depuis des années pour la baisse des impôts des personnes physiques, comme le démontre la campagne “vache à lait” que nous avons dû stopper ce printemps en raison de la pandémie. Il n’en reste pas moins que nous devons disposer d’une économie solide, qui crée des places de travail et, par conséquent, des rentrées fiscales.

      1. Au vu des interventions PLR qui ont cours au GC vaudois, vous avez encore pas mal de travail pour faire adhérer ces parlementaires cantonaux à votre campagne “vache à lait”.
        Pour en revenir au financement des aides aux entreprises, même moi avec ma modeste condition de citoyen salarié contribuable, dans le cadre de la gestion de mon ménage, avant d’engager une nouvelle dépense importante afin de bien jouer mon rôle de citoyen consommateur, je me pose la question du financement. De par ma position de cadre, je sais qu’il en est de même dans toute PME un tant soit peu responsable. Dès lors, je repose ma question : Quelles sont les options de financement de ces aides extraordinaires que les milieux patronaux proposent ? Y en a-t-il d’autres que de faire appel au portemonnaie des citoyens contribuables ?

        1. Les organisations économiques mesurent tout à fait que ces aides auront un coût important. Elles insistent ainsi pour que les excédents des comptes 2020 du Canton profitent aux entreprises durement touchées par cette crise inédite. C’est le seul moyen d’épargner des milliers d’emplois et d’éviter une crise sociale qui fragilisera durablement le tissu économique. Les acteurs économiques et les salariés ont effectivement largement contribué, ces quinze dernières années, au redressement des finances cantonales. Il est hautement probable que les comptes 2020 de l’Etat afficheront une nouvelle fois un excédent de revenus substantiel, pouvant s’élever à plusieurs centaines de millions. Ce bénéfice devrait être affecté à des mesures de soutien aux branches économiques mises en difficulté.
          Par ailleurs, d’autres propositions des organisations économiques ont plutôt pour levier la fiscalité des entrepreneurs ou des entreprises. Il serait également possible d’intervenir sur les taxes. Ce genre de mesures provoqueraient un soulagement pour les entreprises, n’appelleraient pas de dépenses pour l’Etat, mais induiraient en revanche des rentrées moindres dans les caisses cantonales.

    2. Très bon commentaire. Cette pandémie est révélatrice de l’utilité d’une forme d’Etat providence, que cela soit pour les individus ou les entreprises.

      Il est clair qu’aider les entreprises à passer le cap sera bien moins cher que la casse sociale qui suivrait la faillite d’entreprises parfaitement rentables en temps normal. Dans ce contexte, la politique de la bourse au cordon fermé que l’on voit venir de Berne pour cette deuxième vague est très inquiétante. On ne peut que saluer la vision plus éclairée du canton de Vaud.

      En ce qui concerne les impôts, quand on regarde ce que la droite fait, trop souvent l’accent est mis sur les baisses pour les entreprises et le premier quintile des contribuables, et laisse la note et les coupes sociales pour les autres. Les priorités sont clairement visibles quand on voit la différence de temps nécessaire pour la RIE3/RFFA par rapport la réforme de l’imposition des couples mariés…

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