Décoder le livre de la vie : des personnes et de la médecine

La génomique n’hésite pas à solliciter le livre comme métaphore pour penser l’écriture de l’ADN : le colloque Wright 2016 a été placé sous le slogan «décoder le livre de la vie». L’impact symbolique

@ C. Clivaz; colloque Wright 2016, Genève, 8 novembre
@ C. Clivaz; colloque Wright 2016, Genève, 8 novembre

de l’expression a été souligné par l’un des conférenciers, Peter Sloterdijk, rappelant dans les pixels du Temps qu’on a souvent considéré que «Dieu écrivait le monde», et que «chez les généticiens, il y a une intuition spontanée, presque irrésistible, à parler du travail sur le génome comme d’une ‘écriture’». Il en va donc encore une fois de «l’écriture au risque du code».

De fait, le «livre de vie» est une expression issue du livre biblique de l’Apocalypse, aux allures plutôt inquiétantes : le livre de vie, on peut en être effacé (Ap 3,5), et un «étang de feu» est promis à ceux qui en seraient retirés (Ap 20,15), selon le langage imagé de ce récit digne des plus belles scènes du Seigneur des anneaux. Proclamer qu’on décode le livre de (la) vie pourrait donc trahir en négatif notre crainte profonde devant cette génomique apprentie sorcière. Conférencier du 8 novembre, Michael Snyder nous disait avec humour que nous pourrions «tous devenir hypocondriaques» avec les possibilités qui s’offrent à nous de connaître notre patrimoine génétique, bientôt dès la naissance, précisait-il.

Alors que les américains étaient en train de voter, Snyder a su donner à son auditoire la mesure du gigantisme des données accumulables à propos d’un seul individu : sur 10 trillons de cellules humaines et 100 trillons de bactéries (l’individu «noir de monde» pour reprendre Alain Bashung !), tout semble mesurable en nous désormais. Et je songeais que nous troquions allégrément l’adage du philosophe antique Protagoras, «l’homme est la mesure de toute chose» pour en arriver à «l’homme est mesurable en toutes choses»… sans savoir encore ce qui nous sera réellement profitable dans l’aventure. On a le droit de prendre la mesure de ce gigantisme, un sentiment que Frédéric Schütz nous communique clairement dans un eTalk sur la médecine personnalisée : il faudrait publier le journal Le Temps pendant quinze ans pour rendre accessible sous ce format le code génétique d’une seule personne, explique-t-il !

Décoder le génome, vouloir la médecine encore plus personnalisée qu’avant, conduit à de multiples réflexions, et en tous les cas à repenser encore le concept de «personne». Si un individu peut être traduit comme un ensemble de 10 trillons de cellules humaines et 100 trillons de bactéries, n’y a-t-il finalement plus «personne» dans cette personne ? La question philosophique de la personne aujourd’hui est posée par Jean-Paul Fragnière à l’Université de Fribourg en décembre prochain : «Y a personne ?! La personne dans la pensée d’Emmanuel Lévinas». Je ne suis pas sûre que les avancées génomiques seront convoquées dans cette conférence, au demeurant sans doute passionnante. Il est pourtant temps de réunir les discours, puisque l’humanisme est radicalement décentré via la génomique : l’homme n’est plus la mesure de toutes choses, il devient mesurable en toutes choses, sans être assuré de demeurer mesuré.

La semaine prochaine va s’ouvrir sur le campus EPFL le salon planète santé, riche de mille événements. Si l’on cherche sur son site le terme de «philosophie», on ne le trouvera toutefois mentionné qu’une fois à propos de la Fédération Romande des Consommateurs qui rend compte de sa propre philosophie. Espérons que l’an prochain, un Jean-Paul Fragnière ou d’autres philosophes seront associés aux débats sur la santé, pour rassembler les discours sur la personne, à l’heure où il devient de plus en plus évident que nous avons tous besoin de (re)faire nos «humanités».

L’Ecriture au risque du code : Réforme, an 501

Depuis ce 1er novembre, nous voici entrés dans ce 500ème anniversaire de la Réforme qui se conclura le 31 octobre 2017. On me permettra ici de prendre un peu d’avance pour penser la suite, la Réforme an 501, en ouvrant la réflexion via l’un des points forts de cette confession chrétienne : sa volonté d’être en prise à la culture. L’illustration en est vite choisie, car les protestants, qui ont tant misé sur le rapport au livre – ou du moins à l’écriture selon leur adage phare sola scriptura, «par l’écriture seule» –, sont aujourd’hui fortement provoqués par la mutation digitale de l’écriture, en exode depuis les pages papier jusque sur l’écran d’ordinateur. En choisissant comme étandard le sola scriptura, on peut dire que les protestants ont poussé à l’extrême une intuition liée dès l’origine à l’émergence du christianisme. En effet, tant le professeur au collège de France Roger Chartier que le papyrologue américain Roger Bagnall, avec d’autres, ont démontré la synergie  établie entre

Pragmata used for coding; auteur: Fabrizio Schiavi; © CC BY-SA 3.0, wikicommons
Extrait de code; auteur: Fabrizio Schiavi; © CC BY-SA 3.0, wikicommons

l’émergence du livre, le codex avec ses pages, et la naissance du christianisme, aux premiers siècles de notre ère [1]. Qu’arrivera-t-il donc au christianisme, et qui plus est à la Réforme, si nous sortons du livre ? Répondre en réformée à cette question, c’est d’abord se demander ce qu’il arrive à la culture occidentale quand l’écriture sort du livre.

L’écriture digitale représente un choc culturel qu’il n’est désormais plus besoin de démontrer : Le Temps a ouvert le débat ces jours sur la place de l’apprentissage informatique à l’école. A mon sens, Jean Romain illustre fort bien comment «prêcher le faux pour signaler le vrai», en pointant sur deux thématiques clés, qu’il conduit toutefois dans une impasse. Premièrement, le virtuel : il considère «qu’il ne remplace pas la fiction», qui, elle, permettrait de «rendre tangible la réalité», alors que le virtuel songerait à la remplacer. Avant lui, Umberto Eco a montré une difficulté similaire avec le virtuel, estimant que le Web conduit à l’indistinction entre la vérité et l’erreur [2]. La couverture du livre, certifié par une collection reconnue, semblait garantir le réel, mais c’est précisément de cette illusion que le virtuel nous fait revenir. Quand une information est jetée sur le web, il nous faut certes sans cesse la vérifier, la confronter, mais nous pouvons souvent le faire au vu de la multiplicité des sources à disposition. Nous ne faisons alors rien d’autre que mettre en œuvre le jugement de la communauté qui assure les frontières du réel, telle que décrite en son temps par le philosophe Charles S. Peirce comme «sans limite et capable d’augmenter indéfiniment la connaissance» [3]. Le numérique nous provoque, c’est vrai, à adopter une autre posture pour établir des limites du réel, mais elle est tellement plus passionnante. Elle se prête très bien à être mise en œuvre collectivement dans la salle de classe, pour peu qu’on se distancie d’une perception verticale de l’enseignement. Qu’on écrive au silex ou à l’ordinateur, que l’école serve d’abord à former des esprits citoyens, critiques et solidaires, membres la communauté peircéenne, le reste suivra.

Expected wave of data showing the growth of audiovisual data (video, images, audio). Source: IBM Market Insights 2013. Quoted by AVINDH SIG
Projection de l’augmentation attendue des données audio-visuelles (video, images, audio). Source: IBM Market Insights 2013. Cité par AVINDH SIG

Deuxièmement, Jean Romain se plaint du fait que le numérique nous entraînerait dans une «pulsion scopique. Il s’agit de voir, de visualiser, de mettre l’accent sur l’écran qu’on a sous les yeux, de satisfaire notre appel au spectacle», dit-il. Et c’est vrai qu’à considérer certains chiffres, on ne pourrait que penser qu’il a raison : depuis le milieu des années 2000, le volume des données qui transitent online concernent surtout des vidéos et des images, et cela ne va faire sans doute qu’augmenter. Mais c’est là qu’il nous faut serrer de près le rôle et l’impact de l’écriture digitale. En effet, en régime informatique, l’interface en ligne de commande (CLI) l’emporte en précision et efficacité sur l’interface graphique (GUI). Autrement dit, lorsqu’on commence à «regarder ce qui se trouve sous le capot», pour reprendre l’expression de Martin Vetterli, l’écrit l’emporte encore bel et bien sur l’image, si on s’aventure dans les langages de programmation : ce que vous pouvez faire en écrivant via le terminal de votre ordinateur sera toujours plus précis et rapide qu’en utilisant l’interface graphique de votre ordinateur, toute Mac fût-elle.

Alors oui, je suis absolument convaincue que tous les élèves doivent avoir des notions basiques de codage et de programmation, pour précisément devenir conscients de leurs apriori et développer leur sens critique. Nous aurons alors intégré l’approche décapante de la mathématicienne diplômée de Harvard, Cathy O’Neil, dans Weapon of Math Destruction (2016) : elle y explique de quelle manière les “big data augmentent les inégalités et manipulent la démocracie”. Emmener les élèves dans les dédales du code, même basique, ne fait toutefois pas encore l’unanimité. Dans son blog du Temps, Blaise Reymondin rappelle qu’au début des années 80, les jeunes ados que nous étions ont pu suivre des cours de programmation, mais ne croit «pas que ce soit un prérequis aujourd’hui». Or c’est justement parce qu’on a cessé ensuite d’enseigner des bribes de programmation à l’école que nous nous sommes tous éloignés – et les femmes en particulier – des apriori de cette culture informatique. Et nous voici à ranger bien poliment ce monde qui nous ne maîtrisons pas dans un cloud, une «nuée» aux relents célestes.

Et oui, chassez la théologie et les aspirations au divin, elle reviennent au galop, surtout dans nos perceptions du monde informatique, comme je l’avais souligné dans un blog du 4 juin dernier. Dans le contexte culturel de l’écriture au risque du code, la première tâche d’une théologie réformée, toujours prompte à la chasse aux idoles, devrait être de collaborer à dédiviniser l’informatique. Et donc soutenir un enseignement basique à tous des apriori de ce langage, pour développer une conscience

© C. Clivaz, Eglise St-Jean de Malte, 31.10.16
© C. Clivaz, Eglise St-Jean de Malte, 31.10.16

critique face à lui. La seconde devrait être d’entretenir encore et toujours un dialogue critique avec la liturgie catholique  qui a ce beau geste de présenter le «livre» des Evangiles bibliques lors de leur lecture communautaire. Mais un geste qui va inexorablement devenir de plus en plus en décalage avec notre contexte culturel. Je ne crois pas une seconde que les prêtres de demain tendront à bouts de bras un ipad ! Par contre, ce geste va devenir en partie obsolète, et signaler une mémoire du passé au cœur du christianisme, tout comme le sont les rouleaux de la Torah à la synagogue. Ce n’est pas grave en soi : il faut juste prendre conscience de ce décalage culturel qui s’instaure, et se tenir prêt à repondérer l’équilibre entre parole, image et écriture dans la théologie chrétienne. Un beau défi.

Par ailleurs, la veine réformée aura la liberté d’innover, de construire ses cultes autour d’applications qui pourraient favoriser les interactions entre le/la célébrant/e et l’assemblée, si les protestants ne restent pas prisonniers d’une nostalgie du livre. S’ils acceptent, dans la foulée du roman de Ray Bradbury Fahrenheit 451, que c’est bien les êtres humains qui sont les vrais porteurs des Ecritures et leurs couvertures livresques de chair et de sang. Enfin, il faudra encore compter avec cet immense défi pour la Réforme an 501 : reconsidérer le rapport au corps, alors que d’une emprunte de pouce nous pouvons désormais payer via nos smartphones ; alors que nous serons soulagés de bénéficier, le cas échéant, d’une prothèse bionique. Car l’Ecriture n’est pas la seule qui se voit livrée à la sphère digitale : le corps l’est aussi, ce corps incrusté au cœur des rites de la foi chrétienne. En effet, à chaque fois qu’on partage le pain et le vin dans une église, Cène protestante ou Eucharistie catholique, on répète ces mots bibliques de Jésus de Nazareth : «ceci est mon corps donné pour vous». Cet homme a pris le risque de livrer son corps pour les autres. Il n’aurait pas craint, je crois, de voir le corps des Ecritures livré au codage électronique, tant que la parole peut encore s’y faufiler et garder la lettre algorithmique de vouloir devenir Esprit.

 

[1] Voir C. Clivaz, «The New Testament at the Time of the Egyptian Papyri. Reflections Based on P12, P75 and P126 (P. Amh. 3b, P. Bod. XIV-XV and PSI 1497)», dans Reading New Testament Papyri in Context – Lire les papyrus du Nouveau Testament dans leur contexte (BETL 242), C. Clivaz – J. Zumstein (eds.), with Jenny Read-Heimerdinger and Julie Paik; Leuven : Peeters, 2011, p. 15-55.

[2] U. Eco, Le vertige de la liste, M. Bouhazer, Paris : Flammarion, 2009, p. 360.

[3] N. Houser et alii (éd.), The Essential Peirce. Selected Philosophical Writings, vol. 1, Bloomington/Indianapolis: Indiana University Press, 1992, p. 52. Ma traduction.

Ces livres à délivrer

Unbound, littéralement «délivré», est une entreprise éditoriale qui ne peut que fasciner. Intégrant le meilleur de la culture collective et interactive du Web, Unbound se décrit comme un éditeur permettant de donner vie à des idées, via le financement participatif.

Jusqu’à aujourd’hui, 97’521 personnes de 158 pays se sont engagées à verser 2,9 millions de livres sterling pour subventionner 169 livres, dont 5 ont gagné des prix littéraires et 4 sont devenus des best-sellers. On se réjouit de voir ici moult livres délivrés, unbound, dans un bel élan collectif.

Alors que nos auteurs tentent de rassembler de quoi payer leur ticket de train pour aller au salon du livre du coin, c’est ici le 50% des bénéfices qui vont à l’auteur. Synopsis, extrait, possibilité de discuter avec l’auteur sur un forum, tout est mis en oeuvre pour promouvoir une idée d’écriture. Mais c’est surtout la vidéo de présentation qui est en charge de faire la promotion de l’ouvrage à subventionner. Rêvez-vous de lire cette nouvelle post-apocalyptique, Tatterdemalion? C’est une vidéo qui vous en convaincra, musique et dosage émotionnel à l’appui. Et c’est là sans doute la pointe d’humour de l’entreprise: c’est le voir et l’entendre, l’image et le son, qui vendent l’écriture.

Unbound est peut-être en train de tellement bien «délivrer» le livre, que la plateforme pourrait conduire à aller plus loin qu’elle, de fait. Car, j’en suis convaincue, l’enjeu des transformations de la lecture n’est pas ce binôme tristounet «paper or not paper», qu’on nous rappelle régulièrement pour s’en réjouir ou s’en lamenter. Le digital nous met face à une autre radicalité: voir l’écriture devenir une forme d’expression parmi d’autres, provoquée sans cesse par l’image et le son, au sein d’une “littératie multimodale” pour le dire savemment, ou au sein d’une culture qui marie texte, image et son, pour le dire rapidement.

Sans flagornerie, je soulignerai ici combien ce journal qui accueille nos blogs se montre être à temps via les applications multimédia qu’il développe, les «labs». Elles me sont un excellent objet d’étude, à voir les journalistes à l’oeuvre de cette production multimodale: tantôt ils maintiennent ferme le leadership de la voix de l’auteur et conservent un goût pour la linéarité malgré tout, tantôt ils se livrent à des concurrences de points de vue, par exemple dans cette série où l’audio et l’écrit décidément ne vous brossent pas le même tableau. Je fais le pari qu’Unbound, ou son petit frère, offriront bientôt à leurs auteurs de pouvoir créer ce type d’objet culturel. Du côté artistique, certains foncent: allez donc voir/lire/entendre «où le monde double s’effondre» de l’écrivain François Bon. J’y reviendrai dans un autre blog.

Parler plutôt qu’écrire?! Suite de la saga

Qu’il est fascinant et déroutant de suivre les joutes de l’oral et de l’écrit dans la culture digitale, une saga déjà évoquée sur ce blog au mois de mai. Parler va plus vite qu’écrire, on le sait : les systèmes d’écriture rapide – tachygraphie – existaient déjà dans l’Antiquité, lorsque les esclaves lettrés prenaient les notes des discours des orateurs. Il en ira ainsi jusqu’à la sténographie, remplacée inexorablement par les moyens technologiques: c’est en 2005 que l’assemblée nationale française abandonnera ses sténographes pour des «rédacteurs de débat» [1].

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© Claire Clivaz

Le parler prend chaque jour un plus de court l’écriture. L’OBS/Rue 89 racontait récemment avec emphase que la petite Asmine, 5 ans, avait trouvé seule la fonction micro pour faire rédiger son courriel en le dictant à la machine, alors que sa maman n’épelait les mots pas assez vite à son goût. Quant aux quarantennaires, ils sont susceptibles de passer du jour au lendemain des What’s up écrits aux What’s up oraux, reformatés par leurs ados : la graphie en devient à l’évidence bien différente et franchement sibylline si on n’a pas… le son. Dans les What’s up oraux, la voix est là avec son émotionnalité et on a d’un coup beaucoup plus d’infos sur l’état d’âme de l’autre que via quelques mots écrits, abrégés en vitesse.

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Portrait du Fayoum, 160-170 CE; domaine public USA; wikicommons: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fayum_portrait_BM_EA_65346.jpg

On le pressent déjà, garder le rythme d’une écriture lente, reprise, pondérée, sera de plus en plus un défi, et aussi une nécessité. Tôt ou tard, nous ne ferons plus que rêver de moments de retrait loin du rythme continu de la production et de la communication digitales. A voir cet incroyable journal rédigé entièrement à la main par des prisonniers politiques en Turquie, on se sent aussi prêt à tous les combats pour maintenir l’enseignement de l’écriture à la main, si tant est qu’une fois il est menacé, parce qu’on aura considéré que cela ne va assez pas vite…

Mais toujours est-il que le parler tiendra de plus en plus la dragée haute à l’écrit. Dans cette perspective, on a tout avantage à se rappeler que dans l’Antiquité, à peine 10% des personnes savaient lire, et encore moins lire et écrire. Mais que cela n’empêchait pas ceux que nous nommerions aujourd’hui «illettrés» de produire une culture à nulle autre pareille: un ancien papyrus d’Egypte nous parle d’Artémidore, un peintre qui n’avait pas besoin d’être lettré pour faire des portraits magnifiques [2], dans le style de ceux du Fayoum [3].

[1] Delphine Gardey, « Scriptes de la démocratie : les sténographes et rédacteurs des débats (1848‑2005) », Sociologie du Travail, vol. 52, n° 2, avril‑juin 2010, p. 195‑211.

[2] Il s’agit du Papyrus Oxyrhynque VI 896; voir C. Clivaz, “Literacy, Greco-Roman Egypt”, in The Encyclopedia of Ancient History, First Edition, Roger S. Bagnall, Kai Brodersen, Craige B. Champion, Andrew Erskine, and Sabine R. Huebner (ed.), Blackwell Publishing Ltd., Oxford, 2013, p. 4097–4098 ; DOI: 10.1002/9781444338386.wbeah07056

[3] Elle reste superbe à écouter sur youtube cette conférence de Jacques Berger sur le Fayoum, malgré le temps qui passe, et le style avec.

Penser la terreur, quinze ans plus tard

La philosophe new-yorkaise Giovanna Borradori réussira un coup de génie pour penser et dire le «9/11», les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Elle saisit l’occasion d’interviewer rapidement à New-York ses collègues Jacques Derrida et Jürgen Habermas, lors de rencontres déjà agendées auparavant, et en fait un ouvrage publié en 2003. Philosophy in a time of terror – Philosophie pour un temps de terreur – est resté mon regard de référence sur ces événements, précisément parce que les trois voix qui y discutent le font avec leurs émotions, sans chercher à rejoindre un impossible espace neutre, mais sans cesser non plus de penser, à chaque instant.

Oeuvre d'art sur le 9/11 (12.04.03); auteur: Robert Schnitzler; CC BY-SA 3.0, wikicommons
Oeuvre d’art sur le 9/11 (12.04.03); auteur: Robert Schnitzler; CC BY-SA 3.0, wikicommons

D’abord cette remarque aussi simple que judicieuse d’Habermas: l’ampleur de l’événement se mesure au fait que chacun se souvient de ce qu’il faisait à ce moment-là (p. 26). Cela fonctionne-t-il pour vous? Beaucoup de personnes m’ont confirmé se souvenir absolument du cadre et de l’instant où ils ont appris la nouvelle. J’étais occupée pour ma part à aller chercher deux de mes enfants à l’école, la troisième en poussette. Dans la rue ensoleillée d’un paisible bourg vaudois, j’ai rencontré un garçon d’une dizaine d’années qui courait en criant la nouvelle de l’attentat. Nous étions presque dix heures plus tard. C’était un autre temps, un autre monde, tout allait plus lentement: on le réalise à voir, dans le flash spécial de la TSR, une assistante amener une feuille de papier après l’autre, sans doute avec les dernières infos, au journaliste Xavier Colin. Pas d’écran virtuel devant lui, juste du papier.

Absorbée dans mes tâches familiales, je n’ai découvert les images des attentats que le lendemain, je crois. Peut-être ce décalage né de ma vie concrète avait-il contribué à me faire sentir d’entrée en opposition à cette autre déclaration d’Habermas: «Le 11 septembre pourrait peut-être être appelé le premier événement historique mondial au sens strict: l’impact, l’explosion et le lent écroulement […] ont littéralement pris place devant ‘le témoignage oculaire universel’ (the universal eyewitness) d’un public global» (p. 28). De fait, cette impression très «fin de millénaire» d’une télévision qui se fait oeil universel a très vite été reconfigurée par l’avènement des réseaux sociaux, démultipliant les points de vue, et donnant à voir ce qu’on ne voyait pas. Nous n’en étions pas encore là en 2001.

Reste en deuxième partie d’ouvrage l’appel passionné de Jaques Derrida à l’hospitalité  inconditionnelle plutôt qu’à la tolérance, dont on a fait des maisons, précise-t-il (p. 128). Quinze ans plus tard, il faut continuer à oser lever le regard vers le sommet des tours et vers l’hospitalité inconditionnelle. Même si depuis 2001, et au cours des quinze dernières années, toutes les conditions ont été réunies pour que nous ayons de quoi écrire un deuxième tome, qu’on pourrait nommer Theology in a time of terror. Des volontaires pour les interviews?

Renverser son point de vue sur le monde? Une question de temps

Un article récent de la RTS a rappelé un projet mené par la Haute Ecole des Arts de Berne (HKB) en 2012-2013, «View points. The World in Perspective». Dans ce projet, un site simple mais efficace vous permet de choisir une entrée pour vous entraîner à voir le monde autrement qu’avec l’Europe au centre. On se prend vite au jeu de ces mondes qu’on peut faire varier à l’infini, sauvegarder sur son ordinateur ou partager sur Facebook.

http://worldmapgenerator.com, projet HKB
http://worldmapgenerator.com, projet HKB

A faire le monde autrement, on pourrait espérer libérer nos esprits des limites imposées par la cartographie occidentale moderne, qui a créé des «positions sans identité» selon les termes de Gayatri Chakravorty Spivak [1]. Daniel Rosenberg and Anthony Gratton ont fait une critique similaire des chronologies qui, depuis 250 ans à peine, ont formaté nos représentations du temps et de l’histoire [2]. La culture digitale, avec sa diversité d’instruments souvent ludiques, va-t-elle permettre l’émergence de la diversité des mondes, ou tout au moins de la diversité de nos représentations du monde?

A lire l’enthousiaste compte-rendu par Carole Kouassi de l’invention d’un «téléphone sans fil, sans carte SIM et plus important encore, sans crédit» par Simon Petrus, Namibien de 19 ans, on se prend presque à croire qu’avec peu de choses, on pourrait renverser jusqu’à l’égalité des chances dans ce monde, qui sait. L’annonce de cette invention m’a rappelé qu’en 2008, un jeune Texan, Zacary Brown, avait gagné 20’000$ de la fondation Rockefeller pour construire un prototype de routeur solaire sans fil, dans le cadre d’un challenge InnoCentive, à destination d’une région en Inde. Le projet avait enthousiasmé Michael Nielsen qui y consacrait tout un passage dans son ouvrage Reinventing Discovery [3]. Que s’est-il passé depuis? Zacary Brown a fait ce à quoi il s’était engagé, et créé deux prototypes de routeurs solaires sans fil, prêts à être testés. Mais je n’ai pas trouvé plus d’information passé ce stade. L’outil a-t-il été efficace? Et si oui, où est la firme qui s’en est emparée et a recouvert les bidonvilles, d’Inde ou d’ailleurs, du précieux instrument? On attend de voir, tout comme pour ce téléphone sans crédit ni opérateur. Le point de vue occidento-centré, qu’il soit cartographique ou économique, ne laisse pas si aisément que cela renverser. A moins que nous n’ayons d’autre raisons plus impératives que les cartes de l’HKB pour devoir nous rendre compte que la culture occidentale n’est plus le centre du monde.

[1] Haring Yan et Gayatri Chakravorty Spivak, “Position without Iden­tity: An Interview with Gayatri Chakravorty Spivak”, Positions: East Asia Cultures Critique 15 (2007/2), pp. 429­448; ici p. 430-431.

[2] Daniel Rosenberg et Anthony Grafton, Cartographies of Time. A His­tory of the Timeline, New York, Princeton Architectural Press, 2010; notamment p. 14.

[3] Michael Nielsen, Reinventing Discovery: the New Era of Networked Science, Princeton, N.J.: Princeton University Press, 2012; kindle 320-355.

Automatisation, subalternes et for intérieur

Dans le flou des informations diverses nous arrivant de Rio, le Washington Post signale “qu’il utilisera des robots pour écrire des récits sur les Jeux Olympiques”. Et ce depuis le 6 août, devenu D-day de l’automatisation journalistique olympique. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes: les “journalistes humains” (on se réjouit de la précision) pourront “travailler à des tâches plus intéressantes et complexes”, alors que se rédigent des comptes-rendus automatiques de scores et résultats. Et le responsable des projets digitaux du journal d’affirmer qu’on ne cherche pas à remplacer les reporters, mais “à les libérer”.

Reviennent alors en tête de nombreux récits de science-fiction, à commencer par le célèbre Littératron de Roger Escarpit (1964) qui racontait, déjà, la machine à écrire des textes. Ironie des situations, un véritable Littératron sera créé au début de notre millénaire par Isabelle Audras et Jean-Gabriel Ganascia, sous la forme analytique d’un logiciel textuel prompt à “extraire automatiquement des motifs syntaxiques à partir de textes écrits en langage naturel”. Le chercheur français m’a attesté de vive voix ne pas avoir consciemment repris le nom du Littératron d’Escarpit. De quoi donner envie de relire le roman, pour nous interroger sur la manière dont une culture peut tous nous imprégner, plus ou moins consciemment.

Gayatri Chakravorty Spivak au Goldsmiths College; CC BY-SA 3.0; auteur: Shih-Lun Chang
Gayatri Chakravorty Spivak au Goldsmiths College; CC BY-SA 3.0; auteur: Shih-Lun Chang

Dans le Littératron (le roman donc) domine la critique féroce des élites quelles qu’elles soient, littéraires, militaires, économiques ou académiques. Je ne crois pas que l’automatisation provoque d’elle-même une somnolence intellectuelle qui conduirait de facto à devenir des “subalternes”, selon le terme mis en scène par Antonio Gramsci. L’auteure indienne Gayatri Chakravorty Spivak, faisant mémoire de Gramsci et Jacques Derrida, nous invite à cultiver une “familiarité critique”, une critical intimacy, avec ce à quoi nous voulons précisément résister.

On nous veut “heureux humains” libérés par l’automatisation? Qu’à cela ne tienne: à nous de cultiver une familiarité critique à ces conditions, au sein-même de ce nouveau bonheur concocté pour nous. En rendant robuste ce qui nous constitue à l’intime: le for intérieur.

 

 

«Mais par quel corps on commence ?». Des carnages en parallèle

«Mais par quel corps on commence ?» s’écrie Francesco, pompier de Syracuse, au moment d’entamer la tâche impensable. Avec son collègue il doit commencer à collecter les restes des 500 corps sénégalais encastrés dans un navire qui a sombré au large de la Sicile, et que les autorités italiennes ont décidé de remonter des eaux. Le Grand Format RTS du 22 juillet nous explique que les motivations sont multiples à l’origine d’une telle opération, menée sur 12 jours, 24 heures sur 24, et qui a déjà coûté dix millions : la scientifique de service nous fait bien comprendre l’importance de ce qui va être une base de donnée unique au monde. Mais la douleur des familles motivent les gestes de la plupart.

La RTS a eu le courage de glisser au début du reportage deux photos des corps dans le navire, prises par un anonyme : vous les voyez, et votre cerveau immédiatement croit voir des images couleur de Nuit et Brouillard (1956). Cette impression, aussi fulgurante que violente, est confirmée peu après par les commentaires des pompiers qui comparent ce qu’ils ont découvert aux charniers des camps de concentration.

Max Slevogt: Einfahrt in den Hafen von Syrakus, 1914, domaine public
Max Slevogt: Arrivée dans le port de Syracuse, 1914, domaine public, wikicommons

Dans cet été de plus en plus rouge, il est sans doute urgent de se demander «par quels corps on commence», car cette question relie de manière incisive nos divers désarrois suscités par des charniers résultants de folies meurtrières disjointes : charniers des vaisseaux naufragés, charniers des attentats terroristes, ou des folies meurtrières individuelles, ou encore charniers des violences militaires. Dans notre mémoire collective, les amas de corps sur sol européen commencent à s’entasser, à s’inscruster, au risque de nous faire oublier les monceaux des dépouilles de ceux qui rêvaient d’y venir, dans cette Europe. Alors qu’il est encore impossible de commencer à comprendre ce qui nous arrive, en Europe et au seuil de l’Europe, je saisis la question de Francesco comme une invitation urgente à ne détourner les yeux d’aucun de ces carnages en parallèle, jusqu’aux tréfonds de la câle du navire sénégalais. C’est là que les pompiers de Syracuse ont commencé pour nous.

Vous avez dit «dématérialisation»? Diagnostic d’une panne culturelle

Soupir. Un article du Temps, par ailleurs probant, associe une fois encore la culture digitale et le cloud à la dématérialisation: «Pour les «digital natives», la voiture n’est plus synonyme de liberté et dans leur Cloud les suivent, aux quatre coins du monde, leurs objets dématérialisés» (Aïna Skjellaug, 25.06.16). Cette association est si courante, si envahissante, qu’elle n’est plus un refrain, mais une rengaine usée.

© CC BY 2.0: auteur: Yoichi Ochiai / University of Tsukuba, DNG
© CC BY 2.0: auteur: Yoichi Ochiai / University of Tsukuba, DNG

Les meilleurs s’y vouent: l’Ecole Nationale des Chartres offre une formation continue intitulée «Dématérialisation et fiabilité numérique», liant cette impression de sortie de la matérialité à un sentiment de défiance. Du côté des universités suisses, on a fait une étude sur la «dématérialisation des diplômes» (2014) – entendez leur numérisation – qui elle-même s’appuie sur une évaluation juridique intitulée «Dématérialisation et archivage probant. Des documents électroniques dans le contexte juridique suisse» (2011). Et même la jeune association francophone en Humanités Digitales, Humanistica, estime que son assemblée 2016, qui a regroupé des membres principalement présents online, a fait une «expérience originale de dématérialisation»!

Pendant pas mal de temps, j’ai usé moi aussi de ce vocable, et à voir ce raz-de-marée «dématérialisant», il est peut-être totalement illusoire de vouloir attirer l’attention sur ce que les anglo-saxons qualifieraient si adéquatement de misconception, un «concevoir fallacieux». En effet, rien ne nous assigne plus à la résidence du matériel que la digitalité: qui ne s’est pas escrimé à faire mettre ses données sur un site? qui n’a pas constaté que c’est le jour où on est inscrit dans le système informatique qu’on est entré dans l’entreprise? et que dire des études biologiques qui commencent à montrer que l’usage du smartphone interagit avec notre cerveau, pour le meilleur ou le pire ? Sans oublier, bien sûr, l’impact écologique de ce beau monde numérique.

Câble, carbonne, électricité: c’est en fait une hyper-matérialité que nous fuyons à chaque fois que nous la qualifions de «dématérialisée». Tel ce cloud qui de manière paradoxale nous fait situer au ciel ce qui conditionne si drastiquement notre vie terrestre. Osons un diagnostic: nous faisons ici l’expérience d’une panne culturelle. D’une impossibilité à voir et à penser cette matérialité différente dans laquelle nous baignons désormais. Où on peut même toucher des images, des hologrammes.

Cette panne culturelle va sans doute encore durer, d’ici qu’on arrive à la reconnaître et à l’apprivoiser. L’un de ses ressorts importants me paraît être la provocation faite à nos corps mêmes par les nouvelles technologies. S’il est encore charmant de pouvoir toucher du bout du doigt une fée en hologramme, «nous nous bouchons les oreilles et nous nous voilons les yeux», comme chantait Brel, lorsqu’il s’agit de faire face à cette nouvelle matérialité en cours de réalisation: le projet du génome humain synthétique. Sortir de la panne culturelle cristallisée par le terme de «dématérialisation» impliquera de faire face à cette matérialité synthétique qui projette de s’inviter coeur même de notre code humain. Un nouveau chapitre s’ouvre: «Des matérialisations».

 

En complément, à lire/écouter/parcourir, un eTalk: Claire Clivaz, «Mais où est le corps? L’Homme augmenté comme lieu des Humanities Digitales», dans Philippe Bornet, Claire Clivaz, Nicole Durisch Gauthier et Étienne Honoré (éd.), L’Homme Augmenté, Lausanne: VITAL-DH/Swiss Institute of Bioinformatics, 2015, http://etalk2.vital-it.ch/?dir=Clivaz; 34min13

Vidéo de démonstration d’un eTalk (2min27).

«Il n’y a plus ni homme, ni femme» (1er s. ap. JC) : commémorer la fragilité du 1er juillet 1996

La date de 1981, je la connaissais bien : l’inscription dans la loi suisse de l’égalité entre hommes et femmes. Mais ce n’est qu’à l’occasion des manifestations prévues pour ce mardi 14 juin à l’Université de Lausanne que j’ai réalisé que cette loi n’était entrée en vigueur que 15 ans plus tard, le 1er juillet 1996. Cette toute petite vingtaine d’années me paraît aujourd’hui d’une fragilité déconcertante. Car rien ne semble acquis d’un rapport harmonieux entre les genres, quels qu’ils soient.

Domaine public; auteur: Mutxamel (wikicommons)
Domaine public; auteur: Mutxamel (wikicommons)

L’impensable, en effet, se produit. On a appris le 5 juin dernier que le Synode luthérien de Lettonie avait décidé de mettre fin à l’ordination des femmes pasteurs, inaugurée dans cette Eglise en 1975. De fait, 30 Eglises luthériennes sur 145 ont aboli la possibilité d’ordonner des femmes pasteurs, apprend-t-on dans un article de Protestinter qui précise qu’à l’occasion de la discussion en Lettonie, des théologiennes ont «été violemment insultées par des pasteurs sur leur site web, si bien que les commentaires ont dû être désactivés». Du côté de Bâle, on a failli accepter qu’on ne serre plus la main d’une femme en raison de son genre. Et nous tremblons de la tuerie de ce week-end dans une discothèque gay d’Orlando sous revendication d’extrêmisme religieux. Oppression des femmes et des minorités sexuelles se nourrissent souvent des mêmes discours.

Et pourtant dans ma mémoire culturelle résonnent avec obstination ces mots bibliques, sous le style de l’apôtre Paul qui plus est: «en Christ, il n’y a plus ni homme, ni femme» (Lettres aux Galates 3,28). Des femmes courageuses s’inspireront de cette parole jusqu’au 4ème siècle pour former une église minoritaire avec des femmes prêtres et évêques, raconte – courroucé – le père de l’Eglise Epiphane (voir son ouvrage Panarion 2,1-3). Mais l’évêque luthérien de Lettonie avance en 2016 d’autres passages du même apôtre Paul pour interdire aux femmes la prise de parole ministérielle. Le religieux entretient de mémoire millénaire des relations bien souvent désolantes avec les questions de genre, encore que certaines avancées demeurent possibles, comme le rite pour couples partenariés voté à la quasi unanimité par le Synode de l’Eglise évangélique réformée vaudoise en 2012 et 2013.

Si tout est à repenser et à fonder sur de nouvelles bases dans les rapports de genre, c’est qu’il aura fallu deux générations pour prendre la pleine mesure des transformations provoquées par ce tournant décisif : l’invention de la pillule contraceptive dans les années 50. La possibilité de dissocier la sexualité de la procréation, et de pouvoir envisager la vie de couple sans enfants, redistribuent les cartes des rapports entre individus. Jusqu’à l’imposition individuelle qu’on commence enfin à discuter. L’heure est à l’alliance entre individus autonomes pour vivre le couple : c’est de là que pourra peut-être naître la complète mise en oeuvre de l’égalité. Ce n’est que depuis le 1er juillet 1996 que les filles naissent vraiment libres et autonomes dans notre pays, sans encore qu’on leur garantisse un salaire égal à conditions égales. Elève Helvétie, contrôle d’études genre 2016 : se donne de la peine et en a.