Avenir du tourisme de montagne: Investir dans les processus collectifs de transition plutôt que dans de nouvelles infrastructures

Le Conseil des Etats a adopté en juin une motion demandant la mise en place d’un programme d’impulsion pour le tourisme. L’objectif est de renforcer les instruments existants comme la nouvelle politique régionale ou Innotour afin de redonner une capacité d’investissement à une branche durement touchée par la pandémie.

 

Quel redémarrage faut-il encourager? Faut-il profiter de la crise sanitaire pour revoir les orientations de notre tourisme basées jusqu’ici sur la croissance et l’acquisition de clientèle lointaine? Et favoriser ainsi une transition vers un autre modèle touristique?

 

Diversification et fidélisation de la clientèle “Covid”

Tout d’abord, les stations auront l’obligation  se diversifier car la saison d’hiver devient plus aléatoire, avec le changement climatique qui impacte fortement l’activité du ski, moteur ces dernières décennies de l’économie touristique en montagne. Il s’agit donc en particulier de proposer des activités estivales. Dans l’idéal, il faudrait se diversifier sur l’ensemble des saisons, hiver compris, afin de satisfaire les attentes de la clientèle avide d’expériences nouvelles, voire insolites. Ce besoin de diversification, déjà identifié avant la crise sanitaire, a encore gagné en importance.

En raison de la fermeture des frontières, des restrictions de voyage et des quarantaines, de nombreux Suisses ont (re)découvert leur pays depuis l’été dernier. Des personnes qui avaient l’habitude de se rendre régulièrement dans des pays lointains se sont soudainement rendu compte que la Suisse abonde en régions et lieux superbes offrant des expériences variées. L’enjeu pour les stations est de parvenir à fidéliser une partie de cette nouvelle clientèle indigène qui est venue presque « par obligation ».

 

Innovation sociale et  processus participatifs

Trop souvent on n’a pas demandé l’avis de la population sur le développement du tourisme, partant du principe que celui-ci ne pouvait que lui être profitable, directement ou indirectement. La pandémie peut aussi être l’occasion d’engager des processus participatifs incluant tous les habitants pour se poser des questions sur les limites à la croissance des infrastructures et de l’urbanisation, la mobilité, la qualité de vie des résidents permanents, le type d’activités touristiques souhaitées ou une meilleure redistribution des retombées économiques du tourisme.

En outre, les activités et offres touristiques peuvent encore être mieux coordonnées, notamment entre celles des vallées et celles de la plaine. Relier ces offres par un système de transports publics performant sera aussi un défi à relever, pour des raisons de protection du climat mais aussi parce que les jeunes générations en connaissent les codes et sont prêts à les utiliser si l’offre existe.

Enfin, l’Etat ne soutient pas assez les acteurs dans les processus collectifs de transition touristique. De nombreux soutiens publics existent pour financer les infrastructures, mais il faudrait davantage financer le savoir-faire nécessaire à la mise en place d’une nouvelle gouvernance qu’impliquent une vision et des projets touristiques 4 saisons. Dans ce sens, l’Etat devrait financer des postes de responsables de projet, sur une période relativement longue (3 ans au moins), qui seraient chargés d’organiser, dans les destinations, des processus participatifs avec les habitants, les prestataires touristiques et les résidents secondaires. Le développement touristique s’est beaucoup basé jusqu’ici sur la construction d’infrastructures: la transition touristique demande aujourd’hui que davantage de moyens soient consacrés à l’innovation sociale et aux ressources humaines.

 

Christophe Clivaz

Christophe Clivaz est le premier conseiller national vert valaisan. Il a été auparavant député (2013-2016) et conseiller municipal à Sion (2009-2019). Politologue de formation (Dr. en administration publique), il s'est spécialisé dans l'étude du tourisme alpin. Il est professeur associé à mi-temps à l'Institut de géographie et durabilité de l'Université de Lausanne, sur le site de Sion.

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