Notre économie creuse la dette environnementale: une initiative des Jeunes Vert·e·s entend y remédier

C’est une des premières choses que l’adulte responsable apprend en grandissant: gérer son budget et ne pas vivre au dessus de ses moyens. On n’en attend pas moins d’un service étatique ou d’une entreprise: qu’ils gèrent et respectent les limites budgétaires.

On devrait, en toute logique, s’attendre à ce que notre civilisation respecte les ressources que la terre lui alloue. Or, c’est exactement le contraire que prône notre système capitaliste basé sur une économie “court termiste” qui favorise l’accumulation du capital et des biens matériels. En terme de ressources, les Suisses consomment l’équivalent de près de 3 planètes et le reste du monde nous emboîte le pas.

La capacité de renouvellement de notre planète n’est pas infinie. Conceptualisée en 2009 puis actualisée en 2015 par un groupe de chercheurs·euses internationaux·ales, la notion de limites planétaires définit les seuils à ne pas dépasser dans neuf domaines pour que la Terre reste durablement viable pour l’humanité. Une nouvelle initiative populaire des Jeunes Vert·e·s nous invite donc à respecter ces limites planétaires.

 

4 limites planétaires déjà dépassées

Quels sont les 9 domaines de ces limites planétaires? Il s’agit de 1. réchauffement climatique, 2. érosion de la biodiversité, 3. acidification des océans, 4. diminution de l’ozone stratosphérique, 5. charge en aérosols atmosphériques, 6. perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, 7. (sur)consommation mondiale d’eau douce, 8. changement d’usage des sols et 9. pollutions chimiques.

Limites planétaires selon le rapport de Rockström et al. publié dans Nature en 2009. Les zones en rouge représentent l’état actuel estimé et le cercle vert définit les limites estimées.

 

Ces domaines peuvent paraître lointains ou abstraits. Toutefois, ils sont les garants d’un environnement planétaire permettant la vie et l’épanouissement des sociétés humaines. Or, à l’échelle mondiale, au moins quatre limites ont déjà été dépassées (climat, biodiversité, cycles d’azote et de phosphore et utilisation des sols).

C’est dans ce contexte que les Jeunes Vert·e·s Suisse viennent de lancer une initiative populaire « Pour une économie responsable respectant les limites planétaires (initiative pour la responsabilité environnementale) ». Cette initiative demande que l’économie nationale respecte les limites planétaires les plus facilement quantifiables en Suisse, rapportées à l’échelle de notre pays. Ces limites concernent les domaines du climat, de la disparition des espèces, de la déforestation et de la pollution de l’air, de l’eau et du sol.

 

Une dette environnementale croissante

On l’a déjà dit, si la population mondiale consommait autant que la moyenne suisse, il faudrait près de trois planètes Terre pour garantir cet équilibre essentiel entre consommation des ressources et capacité de renouvellement de la nature. L’initiative exige que l’impact environnemental de la Suisse se réduise, dans les dix ans, de manière à respecter ces limites planétaires définies scientifiquement. Elle demande également que cet objectif soit atteint d’une manière socialement acceptable.

L’article 73 de notre Constitution fédérale pose certes déjà le principe de développement durable et insiste sur l’importance de la capacité de renouvellement de la nature. L’article 2 de cette même Constitution définit les buts de la Confédération et cite à son alinéa 4 le fait de s’engager « en faveur de la conservation durable des ressources naturelles ». Le principe de durabilité est donc au cœur de notre Constitution. Toutefois, lorsqu’il s’agit de véritablement le mettre en application au quotidien, les aspects écologiques sont trop souvent laissés au second plan au profit du développement économique à court terme.

Tant que nos activités économiques ne tiendront pas compte des limites planétaires, nous continuerons à creuser une dette environnementale toujours plus grande sur le dos des générations futures. Et sur le dos des populations des pays les plus pauvres qui subissent déjà, encore plus fortement que nous, les conséquences de cette crise environnementale alors qu’historiquement elles n’ont que très peu contribué à la détérioration des écosystèmes et du climat.

Signer l’initiative « Pour la responsabilité environnementale » c’est donc aussi opter pour plus de justice environnementale.

 

Climat: passer à un monde post-croissance et tendre vers la sobriété heureuse

Selon le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) il ne fait désormais plus aucun doute que les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine ont réchauffé le climat et sont également en partie responsables des récents phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes. Malgré cette évidence scientifique, elles ont continué à augmenter ces dernières années. La concentration de CO2 dans l’atmosphère est aujourd’hui plus élevée qu’elle ne l’a été depuis au moins 2 millions d’années.

 

Les coûts des événements météorologiques extrêmes vont prendre l’ascenseur

Très concrètement, cela se traduit par la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes pouvant provoquer des catastrophes géologiques comme des laves torrentielles, des chutes de pierres du fait notamment de la fonte du pergélisol (le sol gelé en permanence). Les glaciers, qui fondent à vue d’œil, auront tous quasiment disparus à la fin du siècle en Valais si on n’agit pas de manière déterminée. A l’avenir, les étés seront plus secs, les précipitations plus intenses et la limite du zéro degré va continuer à s’élever avec des conséquences, entre autres, sur la couverture neigeuse en hiver.

Le réchauffement climatique a déjà et aura un impact de plus en plus important pour des secteurs économiques importants comme l‘hydro-électricité, le tourisme ou l’agriculture. Dans les régions de montagne, ce sont aussi les coûts liés à la réparation des dégâts après les intempéries et événements météorologiques extrêmes qui vont prendre l’ascenseur. Ainsi que les coûts liés à la prévention et à la sécurisation contre les risques naturels.

 

La croissance n’est pas compatible avec les limites de l’écosystème planétaire

Mais la partie n’est pas encore perdue. Le 6ème rapport du GIEC précise bien que l’augmentation de la température mondiale pourrait être limitée à moins de 2 °C d’ici la fin du siècle par rapport aux valeurs préindustrielles si des mesures conséquentes de protection du climat sont prises. Qu’entend-on par “mesures conséquentes”?

Soutenir les énergies renouvelables? Favoriser les progrès technologiques favorisant la décarbonisation de l’économie? Développer l’économie circulaire? Oui bien sûr! mais ce ne sera pas suffisant.

Si l’on tient compte qu’une partie importante de la population mondiale cherche tout à fait légitimement à sortir de la pauvreté et par conséquent émettra plus de gaz à effet de serre à l’avenir, les pays industrialisés devront prendre leurs responsabilités et nous devrons changer nos modes de vie.

 

Une transition difficile qui passe par un nouvel imaginaire du bonheur

Moins de consommation, moins de déplacements, voilà la direction qu’il faut emprunter. Une transition difficile qu’il faut accompagner par l’invention d’un nouvel imaginaire du bien-vivre. A l’image de la sobriété heureuse prônée par le penseur Pierre Rabhi.

 

« Qu’est-ce que vivre ? Nous avons choisi la frénésie comme mode d’existence et nous inventons des machines pour nous la rendre supportable. Tandis que nous nous battons avec le temps qui passe, celui qu’il faut gagner, nos véhicules, nos avions, nos ordinateurs nous font oublier que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons. »
                                                       Pierre Rabhi, dans Vers la Sobriété Heureuse, Actes Sud Editions

 

La croissance économique et l’augmentation du PIB, aujourd’hui indicateurs de la réussite planétaire, ne peuvent pas servir à la lutte contre le réchauffement. La croissance n’est simplement pas compatible avec les limites de l’écosystème planétaire. Sans compter que les richesses que nous produisons, en Suisse et dans le monde, améliorent toujours plus notre confort, mais elles sont mal réparties et ne profitent pas à toute la population.

Si nous voulons que nos enfants et petits-enfants puissent encore voir un bout de glacier ou qu’ils puissent encore vivre dans nos vallées sans que les risques naturels les en empêchent, il faut non seulement des politiques étatiques fortes de protection du climat, mais aussi que nous changions nos valeurs. La publicité nous fait croire que le bonheur est assimilé à la possession de toujours plus de biens matériels. Mais la vraie richesse, c’est celle de nos relations sociales et du partage avec les plus démunis. La protection du climat passera certainement par ce nouvel imaginaire du bonheur.

 

Faire triompher l’amour sur la haine, le rejet, la discrimination et le conservatisme

Les opposant·e·s au Mariage pour toutes et tous se font actuellement remarquer par une campagne mêlant pseudo-vérités et affabulations qui ne correspondent ni au texte soumis au vote ni aux connaissances scientifiques sur le sujet. Des arguments fallacieux qui sont accompagnés par une campagne visuelle violente, agressive voire carrément choquante. J’aimerais apporter des clarifications sur ces points qui ont malheureusement un seul objectif, tromper pour convaincre.

 

Le bien-être de l’enfant dépend de l’amour qu’on lui donne, pas du sexe de ses parents

Dire OUI au mariage civil pour tous·tes c’est faire un pas nécessaire et bienvenu vers l’égalité entre couples de sexe opposé et couples de même sexe. Les couples d’hommes et les couples de femmes pourront accéder à l’adoption conjointe et la procréation médicalement assistée (PMA). Le don de sperme sera possible pour les couples de femmes. Les couples hétérosexuels et homosexuels bénéficieront des mêmes droits. Le mariage pour tous·tes entrainera aussi une diminution des préjugés et un renforcement de l’acceptation sociale des personnes LGBT+. Il n’est que l’évolution logique d’une société ouverte et désireuse de garantir une meilleure protection des familles et de leurs enfants.

 

L’intérêt de l’enfant sera davantage respecté dans une société tolérante et ouverte

Si un couple de parents hétérosexuels était un modèle parfait, cela se saurait! Combien sont-ils à consulter, enfants et adultes, pour des problèmes liés à une éducation déficiente, violente ou déséquilibrée?  Non, le bien-être d’un enfant ne dépend pas du sexe de ses parents, mais du fait qu’il dispose de figures d’attachement stables et aimantes! L’intérêt supérieur de l’enfant, qui est évidemment primordial, sera davantage respecté dans une société tolérante, ouverte et garantissant une protection suffisante aux minorités sexuelles et de genre. Avec le mariage pour tous·tes, les deux femmes d’un mariage lesbien seront en outre reconnues comme les parents de l’enfant dès sa naissance. De cette manière, les enfants bénéficieront d’une protection légale si l’une des deux mères décède, ce qui n’est pas le cas actuellement. Les droits des enfants seront donc mieux protégés avec le mariage pour tous·tes.

 

L’accès au sperme pour les couple de femmes n’est pas une discrimination

Ce n’est pas à cause d’un choix arbitraire discriminant que les hommes ne peuvent pas accéder au don de sperme, mais simplement à cause d’une réalité biologique. Le fait que les couples lesbiens puissent le faire, à l’instar des couples hétérosexuels, ne discrimine pas les couples d’hommes, qui soutiennent d’ailleurs cette avancée sociétale.

 

La gestation pour autrui (GPA) ne sera pas autorisée pour les couples homosexuels

Non, la gestation pour autrui (GPA) ne sera pas autorisée pour les couples homosexuels, de même qu’elle ne l’est pas pour les couples hétérosexuels. Le mariage pour tous·tes créé une situation d’égalité entre les couples et n’instaure aucuns droits aux couples homosexuels dont ne bénéficient pas déjà les couples hétérosexuels. Cet argument avançant que le Mariage pour Tous créera un “tourisme” de mère porteuses à l’étranger est donc complètement farfelu.

Le mariage pour tous·tes correspond bien plus au renforcement d’une Constitution moderne qui garantit les droits fondamentaux de tous·tes qu’à une transgression du droit supérieur par le Parlement

 

Non, le mariage pour tous·tes n’est pas anticonstitutionnel

Le droit au mariage est garanti par l’art. 14 de la Constitution fédérale. Il était certes majoritairement admis, dans une interprétation historique, qu’un droit au mariage pour les couples homosexuels ne pouvait pas être directement déduit de l’art. 14 Cst. En revanche, il est faux de prétendre qu’un tel droit irait à l’encontre de cet article. De plus, d’autres dispositions de la Constitution suisse vont dans le sens d’un mariage pour tous·tes. Par exemple, l’orientation sexuelle est protégée contre les discriminations en vertu de l’art. 8 al. 2 Cst. et les relations homosexuelles sont inclues dans le droit à la vie privée garanti par l’art. 13 al. 1 Cst. Ainsi, le mariage pour tous·tes correspond bien plus au renforcement d’une Constitution moderne qui garantit les droits fondamentaux de tous·tes qu’à une transgression du droit supérieur par le Parlement. Introduire le mariage pour les couples de même sexe dans le Code civil ne nécessite donc pas de modification constitutionnelle.

 

Au-delà des aspects techniques développés précédemment, la votation sur le mariage pour tous·tes pose surtout la question des valeurs de la société dans laquelle nous voulons vivre. L’institution civile du mariage a déjà connu des heureuses évolutions par le passé. Pensons notamment à l’égalité entre les deux membres du couple. Aujourd’hui, il est grand temps que le mariage soit en adéquation avec les valeurs sociétales d’égalité et de tolérance à l’égard des personnes LGBT+. Il est donc évident que le mariage et les droits qui en découlent doivent être possibles pour les couples de même sexe. Dire oui le 26 septembre, c’est préférer les visages souriants et aimants sur fond arc-en-ciel aux affiches mensongères, provocantes et violentes derrières lesquelles se cache un conservatisme obscurantiste. Dire oui le 26 septembre, c’est faire triompher l’amour sur la haine, l’inclusion sur le rejet, l’égalité des droits sur la discrimination.

 

Avenir du tourisme de montagne: Investir dans les processus collectifs de transition plutôt que dans de nouvelles infrastructures

Le Conseil des Etats a adopté en juin une motion demandant la mise en place d’un programme d’impulsion pour le tourisme. L’objectif est de renforcer les instruments existants comme la nouvelle politique régionale ou Innotour afin de redonner une capacité d’investissement à une branche durement touchée par la pandémie.

 

Quel redémarrage faut-il encourager? Faut-il profiter de la crise sanitaire pour revoir les orientations de notre tourisme basées jusqu’ici sur la croissance et l’acquisition de clientèle lointaine? Et favoriser ainsi une transition vers un autre modèle touristique?

 

Diversification et fidélisation de la clientèle “Covid”

Tout d’abord, les stations auront l’obligation  se diversifier car la saison d’hiver devient plus aléatoire, avec le changement climatique qui impacte fortement l’activité du ski, moteur ces dernières décennies de l’économie touristique en montagne. Il s’agit donc en particulier de proposer des activités estivales. Dans l’idéal, il faudrait se diversifier sur l’ensemble des saisons, hiver compris, afin de satisfaire les attentes de la clientèle avide d’expériences nouvelles, voire insolites. Ce besoin de diversification, déjà identifié avant la crise sanitaire, a encore gagné en importance.

En raison de la fermeture des frontières, des restrictions de voyage et des quarantaines, de nombreux Suisses ont (re)découvert leur pays depuis l’été dernier. Des personnes qui avaient l’habitude de se rendre régulièrement dans des pays lointains se sont soudainement rendu compte que la Suisse abonde en régions et lieux superbes offrant des expériences variées. L’enjeu pour les stations est de parvenir à fidéliser une partie de cette nouvelle clientèle indigène qui est venue presque « par obligation ».

 

Innovation sociale et  processus participatifs

Trop souvent on n’a pas demandé l’avis de la population sur le développement du tourisme, partant du principe que celui-ci ne pouvait que lui être profitable, directement ou indirectement. La pandémie peut aussi être l’occasion d’engager des processus participatifs incluant tous les habitants pour se poser des questions sur les limites à la croissance des infrastructures et de l’urbanisation, la mobilité, la qualité de vie des résidents permanents, le type d’activités touristiques souhaitées ou une meilleure redistribution des retombées économiques du tourisme.

En outre, les activités et offres touristiques peuvent encore être mieux coordonnées, notamment entre celles des vallées et celles de la plaine. Relier ces offres par un système de transports publics performant sera aussi un défi à relever, pour des raisons de protection du climat mais aussi parce que les jeunes générations en connaissent les codes et sont prêts à les utiliser si l’offre existe.

Enfin, l’Etat ne soutient pas assez les acteurs dans les processus collectifs de transition touristique. De nombreux soutiens publics existent pour financer les infrastructures, mais il faudrait davantage financer le savoir-faire nécessaire à la mise en place d’une nouvelle gouvernance qu’impliquent une vision et des projets touristiques 4 saisons. Dans ce sens, l’Etat devrait financer des postes de responsables de projet, sur une période relativement longue (3 ans au moins), qui seraient chargés d’organiser, dans les destinations, des processus participatifs avec les habitants, les prestataires touristiques et les résidents secondaires. Le développement touristique s’est beaucoup basé jusqu’ici sur la construction d’infrastructures: la transition touristique demande aujourd’hui que davantage de moyens soient consacrés à l’innovation sociale et aux ressources humaines.

 

Particules fines: un fléau sanitaire négligé!

Alors que nous vivons la pire pandémie de ces 50 dernières années et que la menace du réchauffement climatique apparaît de plus en plus tangible sur nos sociétés, un fléau bien souvent invisible et inodore continue de tuer prématurément chaque année plusieurs milliers de personnes en Suisse et plus de 7 millions dans le monde: la pollution de l’air.

 

Surmortalité évidente

En 2019, la société européenne de cardiologie publiait une importante étude qui mettait en lumière la nocivité sous-estimée de la pollution de l’air sur la santé des individus, notamment du fait de l’impact majeur et peu documenté des particules fines (PM 10 et PM2.5) sur le système cardio-vasculaire. Cette étude a mis en évidence une surmortalité induite par la pollution de l’air d’environ 5600 personnes par année en Suisse[1], soit environ la moitié des décès prématurés dus au coronavirus. De plus, un rapport récent s’intéressant aux coûts de la pollution de l’air pour les principales villes européennes est arrivé à la conclusion que l’impact de cette dernière s’élevait à 166 milliards d’Euro annuellement. Pour la Suisse, les coûts de la pollution de l’air étaient de 1,236 milliards, répartis entre les grandes villes du pays (Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Lugano, St-Gall, Winterthur et Zürich).[2] Finalement, on peut noter que la pollution de l’air est doublement liée au contexte pandémique actuel. En effet, les mesures de confinement prises pour lutter contre le virus ont eu un effet spectaculaire sur la réduction de pollution de l’air.[3] De plus, la pollution de l’air est responsable en Europe d’environ 19% de la mortalité induite par la maladie Covid-19.[4]

La pollution de l’air a aujourd’hui un peu disparu de l’agenda politique alors qu’elle amène chaque année autant de morts qu’une demi-Covid-19!

Bien que de nombreuses molécules soient sources de pollution de l’air (oxyde d’azote et de soufre, ozone, etc.), les particules fines sont de loin les principales responsables de la mortalité induite par la pollution de l’air. Et malgré les progrès certains réalisés depuis 1986 et l’entrée en vigueur de l’Ordonnance sur la pollution de l’air (OPair), leur concentration atmosphérique demeure excessive et dépasse régulièrement les normes journalières. De plus, les données récentes de la littérature scientifique démontrent que plus ces dernières sont de petites tailles, plus elles sont nocives pour la santé, car elles descendent plus profondément dans nos voies respiratoires, jusqu’aux alvéoles pulmonaires pour les plus petites d’entre elles.

 

Aligner les valeurs recommandées en Suisse sur celles de l’OMS

Ce constat m’a amené à déposer une série d’interventions parlementaires visant à mieux quantifier ces particules fines et identifier leurs sources d’émission, afin d’améliorer la qualité de l’air et en réduire les conséquences sanitaires.

Tout d’abord, l’ordonnance sur la pollution de l’air (OPair) ne contient pas de valeur limite d’immission journalière concernant les particules fines de diamètre inférieur à 2.5 micromètres (PM2.5), contrairement aux PM10, mais uniquement une valeur limite d’immission annuelle fixée à 10 microgrammes par m3. Dans son rapport annuel 2019 sur la qualité de l’air en Suisse, l’Office fédéral de l’environnement faisait pourtant état de dépassement sur plusieurs stations de mesures des valeurs annuelles d’immission concernant les PM2.5.[5] Il est par conséquent d’autant plus important de pouvoir identifier les zones et périodes de pic de pollution journalière aux PM2.5. D’ailleurs, dans ces lignes directrices, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise une valeur limite journalière concernant les PM2.5 de 25 microgrammes par m3. J’ai donc déposé une motion demandant une révision de l’OPair, afin d’y ajouter une valeur maximale journalière d’immission des PM2.5 en Suisse selon les valeurs recommandées par l’OMS.[6]

Chauffages à bois et abrasion des freins, gros émetteurs de particules fines

Ensuite, dans son dossier consacré à la protection de l’air paru dans le magazine « Environnement » (no 1/2021), l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) alertait sur une source importante de pollution de l’air aux particules fines (en particulier PM2.5) en Suisse: les quelques 500’000 chauffages à bois individuels, avec environ 1500 tonnes d’immissions en 2019. Toutefois, l’OFEV indiquait un manque de précision dans les données collectées et une absence de mesures des polluants de ces chauffages individuels. Dans ce même dossier, l’OFEV précisait également l’existence de solutions pertinentes pour réduire les émissions de PM2.5 par les chauffages à bois, à savoir la suppression des foyers ouverts, l’installation de filtres efficaces, la combustion étagée, la formation des propriétaires de chauffage à bois, etc.[7]

J’ai donc déposé un postulat pour demander au Conseil fédéral d’établir un rapport, afin de mieux quantifier la pollution de l’air induite par les chauffages à bois individuel en Suisse, ainsi que d’analyser et synthétiser les différentes alternatives aux foyers ouverts, leur coût et efficacité, ainsi que les mesures structurelles et législatives nécessaires à leur implémentation.[8]

La nocivité de l’abrasion des freins pourrait être comparable à celle induite par les moteurs à combustion.

Finalement, les données récentes recueillies par l’Empa (Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche) concernant les polluants induits par le freinage des véhicules sont inquiétantes. En effet, l’abrasion des freins produit des quantités importantes de particules fines PM10 et PM2.5, ainsi que des particules ultrafines inférieure à 1 micromètre. Ainsi, la nocivité de l’abrasion des freins pourrait être comparable à celle induite par les moteurs à combustion. Or, des fabricants développent actuellement des filtres capables de capter une importante partie de cette pollution émise par l’abrasion des freins et la commercialisation de ces filtres pourraient se faire dans le courant de l’année 2021.

Dans ce contexte, et en l’absence de données suffisantes, j’ai donc demandé un rapport sur la faisabilité et l’implémentation de filtre pour capter les poussières d’abrasion des freins sur les nouveaux véhicules et véhicules existants.[9] En effet, le succès de la législation sur les catalyseurs pour moteur Diesel doit nous amener à penser de la même manière en ce qui concerne l’abrasion des freins, car l’électrification du parc automobile ne changera pas ce problème.

 

En conclusion, la pollution de l’air est et demeurera un enjeu de santé publique majeur qui nécessite des adaptations régulières des normes et recommandations selon l’évolution des connaissances et les développements technologiques. Le rôle du politique est de veiller à ce que les politiques publiques en matière de pollution de l’air soient les plus efficaces possibles dans l’intérêt de la santé de la population.

La question de la pollution de l’air a aujourd’hui un peu disparu de l’agenda politique. Or elle amène chaque année autant de morts qu’une demi-Covid-19 ! Ce n’est pas une fatalité: des mesures existent pour améliorer la qualité de l’air.

 

 

[1] Lelieveld J, Klingmüller K, Pozzer A, Pöschl U, Fnais M, Daiber A, et al. Cardiovascular disease burden from ambient air pollution in Europe reassessed using novel hazard ratio functions. Eur Heart J. 21 mai 2019;40(20):1590‑6.

[2] https://www.cedelft.eu/en/publications/2534/health-costs-of-air-pollution-in-european-cities-and-the-linkage-with-transport

[3] Shrestha A, Shrestha U, Sharma R, Bhattarai S, Tran H, Rupakheti M. Lockdown caused by COVID-19 pandemic reduces air pollution in cities worldwide [Internet]. Life Sciences; 2020 avr [cité 29 oct 2020]. Disponible sur: https://eartharxiv.org/repository/view/304

[4] Pozzer A, Dominici F, Haines A, Witt C. Regional and global contributions of air pollution to risk of death from COVID-19. :7.

[5] OFEV (éd.) 2020 : La qualité de l’air en 2019. Résultats du Réseau national d’observation des polluants atmosphériques (NABEL). Office fédéral de l’environnement, Berne. État de l’environnement no 2020 : 28 p.

[6] https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20213858

[7] Office fédéral de l’environnement OFEV. Un danger invisible La protection de l’air nécessite un engagement sans relâche. l’environnement. 2021;(1):64.

[8] https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20213857

[9] https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20204088

La révision de la Loi CO2 protège les régions de montagne

Dans les Alpes, les températures augmentent deux fois plus vite qu’en moyenne mondiale, plus de 2 degrés depuis le début des mesures il y a 150 ans. Les effets du réchauffement climatique sont visibles presque à l’oeil nu, avec la diminution de l’enneigement naturel et la fonte de nos glaciers.

 

La vie dans les vallées pourrait être menacée

Le réchauffement climatique entraîne une augmentation des risques naturels qui, si rien n’est entrepris, pourraient menacer, d’ici la fin du siècle, la possibilité même de vivre dans nos vallées. Protéger nos villages, nos infrastructures et nos voies d’accès va coûter de plus en plus cher. En effet, l’effet de la fonte du pergélisol, ce processus de gel et de dégel, augmente le risque d’éboulement de grande ampleur.  En Valais, depuis plusieurs années, on constate des épisodes de plus en plus fréquents de lave torrentielle.

La nouvelle loi sur le CO2 en tient compte et protège particulièrement les Alpes. Elle permet notamment aux régions de montagne de recevoir des aides pour les mesures d’adaptation aux changement climatiques comme les ouvrages de protection. Elle prévoit également que la situation économique de l’espace rural et des régions de montagne soit prise en compte dans l’octroi des aides pour la réduction des émissions de CO2 des bâtiments. Des fonds plus élevés seront ainsi à disposition de ces régions, et je me suis fortement engagé pour cela au Parlement. Le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) soutient d’ailleurs la révision de la Loi.

Pourquoi continuer à dépenser 8 milliards de francs pour acheter de l’énergie fossile à l’étranger alors que nous pouvons mieux valoriser nos ressources locales

 

De nouveaux emplois en Suisse

Le nouveau fonds pour le climat permettra d’encourager les innovations en matière de protection climatique dans différents domaines comme l’assainissement énergétique des bâtiments, la mise en place de trains de nuit ou la construction de réseaux de bornes de recharge pour les véhicules électriques. Autant de projets qui amèneront des emplois en Suisse. Pourquoi continuer à dépenser 8 milliards de francs pour acheter de l’énergie fossile à l’étranger alors que nous pouvons mieux valoriser nos ressources locales, particulièrement dans les Alpes avec l’hydroélectricité et le solaire ?

La taxe sur les billets d’avion et sur les vols en jet privé permet enfin de donner un prix à l’impact climatique très important du trafic aérien. La taxe étant pour moitié redistribuée à la population, la grande majorité en sort gagnante financièrement, notamment parce que le montant des taxes payées par les touristes qui viennent dans notre pays en avion sera lui aussi redistribué pour moitié à la population.

Certes l’automobiliste devra payer un peu plus cher son plein d’essence ou de diesel, mais la loi obligera aussi les importateurs à mettre sur le marché des véhicules consommant moins. A court terme, c’est vrai, le litre de carburant coûtera un peu plus cher. Mais la perspective d’agir pour protéger nos glaciers, nos infrastructures et offrir la possibilité à nos enfants et petits-enfants de connaître eux aussi la joie des sports d’hiver en vaut largement la chandelle.

Loi sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme (MPT) : quand les droits fondamentaux cèdent leur place à l’arbitraire

Plus de 60 professeur·e·s de droit des différentes universités suisses ont écrit une lettre ouverte pour mettre en garde le Conseil fédéral et les Parlementaires contre l’adoption d’une loi en de nombreux points problématique.

Violation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH), incompatibilité avec la Convention des droits de l’enfant, mise à mal des garanties procédurales et instauration de l’arbitraire : la nouvelle Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme (MPT) ne laisse pas les professionnel·e·s du droit indifférent·e·s, également hors des frontières nationales.  Des expert·e·s de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en matière de droits humains ont critiqué différents aspects de la loi dans une lettre officielle de seize pages adressées au gouvernement helvétique[1]. Le Parlement a cependant décidé de ne pas tenir compte de ces différentes expertises, ce qui est à déplorer.

Si les États ont le devoir de protéger leur population et si des mécanismes de prévention du terrorisme (pris dans son sens large et ne s’arrêtant pas à la radicalisation de certains individus) sont nécessaires, nous pouvons nous demander quelle devrait être la nature de ces mécanismes. Faut-il céder à la peur et répondre à la violence par des atteintes aux droits humains ? Ou ne serait-il pas plus souhaitable de traiter la question du terrorisme en utilisant les garanties essentielles de notre société que sont les droits fondamentaux, la démocratie ou encore l’État de droit ? Mesures de prévention ne doit pas signifier dérive sécuritaire.

 

La Loi sur les MPT est appelée à devenir une tache sérieuse dans l’héritage par ailleurs fort de la Suisse en matière de droits de l’homme.

 

La Loi sur les MPT soumise à votation s’écarte considérablement des valeurs que de multiples textes nationaux et conventions internationales s’emploient à garantir. Elle ferme les yeux sur des atteintes aux droit fondamentaux. Elle sacrifie l’État de droit. De l’avis des expert·e·s du Haut-Commissariat aux droits humains (HCDH), elle « est appelée à devenir une tache sérieuse dans l’héritage par ailleurs fort de la Suisse en matière de droits de l’homme »[2]. Les explications en 5 points:

 

1.  Une définition du « terrorisme » ouvrant la porte à l’arbitraire

Une des principales problématiques que pose la Loi sur les MPT est la définition bien trop vague de ce qu’est le terrorisme. De par leur formulation excessivement imprécise, les définitions de « terroriste potentiel » (art. 23e, al. 1) et d’« activités terroristes » ( art. 23e, al. 2) introduisent une insécurité juridique propre à créer des situations d’arbitraire. Des actions politiques peuvent-elles être propres à « propager de la crainte » et ainsi devenir des « activités terroriste » ? L’arsenal de mesures policières préventives pourra-t-il être exercé contre des manifestant·e·s non violent·e·s ? Selon les expert·e·s de l’ONU, la loi pourrait créer un dangereux précédent pour la répression de la dissidence politique.

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L’interprétation de la notion d’activité terroriste étant si subjective, on s’attend naturellement à ce qu’elle soit analysée par un tribunal, afin que les mesures policières prononcées soient légitimes. Or la Loi sur les MPT confie cette tâche à la police fédérale(Fedpol), une autorité administrative et non judiciaire, qui de plus occupe un rôle dans la procédure, ce qui la rend juge et partie. Et hormis pour l’assignation à résidence, aucun contrôle judiciaire n’est prévu. On constate donc une violation des droits fondamentaux des personnes concernées et de l’État de droit.

 

2. Violation des droits de l’homme, des libertés fondamentales et de la Constitution

Les mesures policières de lutte contre le terrorisme sortent du cadre du droit pénal et les personnes à qui elles sont adressées ne bénéficient pas des importantes garanties prévues dans toute procédure pénale par la Constitution et les conventions internationales de protection des droits humains. Des mesures policières préventives instaurées sans conditions strictes et de façon insuffisamment déterminées constituent une atteinte frontale à l’État de droit. De plus l’art. 5 CEDH, garantissant le droit à la liberté et à la sûreté, n’est pas respecté en cas d’assignation à résidence résultant d’une décision administrative et non d’une procédure pénale. Et les mesures policières préventives sont précisément de nature administrative et non pénale. La Loi sur les MPT viole donc l’art. 5 CEDH.

Précisons encore que selon l’art. 36 al. 3 de la Constitution, toute restriction aux droits fondamentaux est contrainte de respecter le principe de proportionnalité, principe garanti également par l’art. 5 al. 3 de la Constitution. Et du fait de son cercle de destinataires trop vaste et imprécis, la Loi sur les MPT contreviendrait à ce principe élémentaire[3].

 

3. Instauration d’une présomption de dangerosité

Selon l’art. 23 al. 1 de la Loi sur les MPT, des mesures policières pourront être prises à l’encontre d’une personne sur la base « d’indices concrets et actuels qu’elle mènera des activités terroristes ». La notion de terrorisme ne suppose donc plus la commission d’un crime, mais la simple présence d’«indices» portant sur une activité future. Il reviendra ensuite à la personne contre laquelle les mesures policières sont ordonnées de prouver son innocence, ce qui sera tout sauf aisé. Ce renversement du fardeau de la preuve est extraordinaire et ne correspond pas à notre ordre juridique. Fini la présomption d’innocence, place à la présomption de dangerosité.

 

4. Violation de la Convention relative aux droits de l’enfant

Appliquer des mesures policières de lutte contre le terrorisme à des enfants dès 12 ans, de même qu’assigner à résidence des mineurs de 15 ans, n’est pas compatible avec la Convention relative aux droits de l’enfant[4]. La nature préventive et répressive des MPT est en effet en contradiction claire avec la préservation de l’intérêt supérieur de l’enfant telle que prévue dans la Convention. Une fois encore,  Jean Zermatten et Philip D. Jaffé, des spécialistes des droit de l’enfant, avaient tenté, en vain, de rappeler aux Parlementaires les obligations juridiques de la Suisse et avaient mis en garde contre les atteintes provoquées par la Loi sur les MPT[5].

 

5. Le droit pénal actuel est déjà suffisant

Pour finir, une étude récente de deux chercheurs de l’Université de Lausanne vient de démontrer que le droit pénal actuel est déjà suffisamment apte à traiter les enjeux terroristes sans que de nouvelles mesures policières préventives ne soient nécessaires[6]. Ainsi, évitons de céder à l’illusion de sécurité apportée par des mesures disproportionnées et gardons à l’esprit cette conclusion des expert·e·s du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits humains (HCDC) : « La protection des droits humains et les mesures efficaces de lutte contre le terrorisme ne sont pas des objectifs antagoniques, mais devraient être considérés comme des intérêts complémentaires et se renforçant mutuellement dans toute société démocratique »[7].

Le 13 juin, refusons donc une loi mal formulée aux allures de dérives sécuritaires qui n’est pas digne d’une société démocratique respectant l’État de droit.

 

 

[1]    https://spcommreports.ohchr.org/TMResultsBase/DownLoadPublicCommunicationFile?gId=25305

[2]    https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26224&LangID=F

[3]    Markus Mohler, PMT-Gesetz: Wichtige Bestimmungen sind weder verfassungs- noch EMRK-konform, sui generis 2021, p. 135.

[4]    Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989 (RS0.107).

[5]    Cf Jean Zermatten et Philip D. Jaffé, Les droits de l’enfant sacrifiés au profit de la lutte contre le terrorisme ?, in : Le Temps, 25.05.20.

[6]    Cf « L’étude qui décortique l’arsenal pénal antiterroriste en Suisse », Le Temps 10.05.21.

[7]    https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26224&LangID=F.

Initiative pesticides: mettre fin au monopole inadmissible des multinationales

Dans cette campagne agitée, mettant une nouvelle fois en évidence un clivage ville-campagne, il est nécessaire de rappeler que l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » a été créée par un groupe de citoyen·ne·s engagé·e·s. Parmi eux, des vigneron·ne·s, des médecins, et des scientifiques.  Des scientifiques qui ont clairement établi le lien entre la perte de la biodiversité et l’usage de produits phytosanitaires via une agriculture ultra-mécanisée et dépendante de multinationales. 

Agriculture suisse pas désavantagée

Cette initiative demande, avec une période de transition de 10 ans, d’interdire les pesticides de synthèse non seulement dans la production agricole et la transformation des produits agricoles, mais aussi dans l’entretien des sols et du paysage par les collectivités publiques, les entreprises et les privés et de les remplacer par des produits phytosanitaires naturels.

Elle entend également interdire l’importation d’aliments contenant des pesticides de synthèse ou produits avec leur aide. Elle crée ainsi des règles équitables pour l’agriculture suisse qui ne sera pas désavantagée par rapport à la concurrence étrangère, bien au contraire.  En effet, puisque seule l’importation de produits ne contenant pas de pesticides de synthèse sera autorisée.

Une agriculture sans pesticide de synthèse est déjà possible aujourd’hui, en témoignent les 7’500 exploitations bio.


Un levier pour repenser notre système agro-alimentaire

La période transitoire de 10 ans offre une véritable chance aux exploitations paysannes et à l’agriculture suisse pour programmer la sortie des pesticides de synthèse. Il s’agit de mettre à profit cette décennie pour intensifier la recherche agricole et lui mettre à disposition les ressources nécessaires. Une agriculture sans pesticide de synthèse est déjà possible aujourd’hui, en témoignent les 7’500 exploitations bio. L’initiative est aussi l’occasion de mettre en place un système agro-alimentaire qui profite véritablement aux paysan.ne.s, la politique actuelle profitant surtout à l’agro-chimie et à la grande distribution.

De nos jours, la production végétale est irrémédiablement associée aux traitements phytosanitaires. L’idée est devenue tout à fait commune qu’une plante cultivée sera fatalement malade ou qu’un ravageur viendra la détruire et qu’un recours aux pesticides est inévitable. Il faudrait “protéger” (avec des pesticides) les plantes pour qu’elles soient “saines”. Ce mécanisme fait les beaux jours de l’industrie agro-chimique qui entretient sournoisement cette pratique dans le but de maintenir son marché.

 

Un monopole inadmissible des multinationales sur la production de plantes

La sélection et la production des plantes et des semences est la chasse gardée de grandes multinationales. Ce secteur est cadenassé par l’industrie qui bénéficie d’un arsenal de lois absurdes pour le protéger. La recherche industrielle crée des plantes hypersensibles dont les semences sont stériles ou non reproductibles. L’agriculteur doit payer une redevance pour l’obtention végétale et doit racheter ses semences ou plants chaque année. Les semences libres de droits, reproductibles, comme les anciennes variétés résistantes ne sont autorisées à être cultivées seulement sur de petites surfaces. Ce monopole inadmissible rend captifs les producteurs et bien souvent ses obtentions industrielles nécessitent un recours massif aux pesticides. C’est un deal “gagnant-gagnant” entre multinationales.

Malgré les apparences, la mécanisation a contribué au gaspillage de terres agricoles

 

Agriculture, Weed Destruction, Pest Control
Image: Pixaby

La mécanisation a provoqué la dissociation des cultures. Ce processus a commencé il y a bien longtemps avec la traction animale. La grandeur des champs est passée d’une taille humaine à une taille animale. C’est la culture des céréales qui en est l’initiatrice. L’arrivée des machines a accéléré le phénomène dans des proportions inimaginables. Le paysage a été remodelé pour permettre cet essor, détruisant au passage les haies, forêts, bocages, marais et autres structures naturelles. De fil en aiguille, toutes les autres cultures ont suivi le même chemin. On aligne la vigne, les arbres, les légumes, qu’on cultive séparément, comme le blé. Si la mécanisation a permis d’augmenter la productivité du travail, elle a abaissé, en dissociant les cultures les rendements à la surface. L’espacement entre les rangs des cultures pour permettre le passage des machines ainsi que celui des outils de travail du sol a diminué la densité des cultures. Autrement dit, et malgré les apparences, la mécanisation a contribué au gaspillage de terres agricoles.

 

Régression continue des milieux naturel de grand valeur

« La biodiversité en Suisse est dans un état insatisfaisant. Rien n’arrête la régression continue de la qualité et de la superficie des milieux naturels de grande valeur. La plupart de ces milieux ne subsistent plus que sous forme de surfaces résiduelles isolées. De nombreux biotopes tendent à s’homogénéiser (p. ex. les prairies). Aujourd’hui, non seulement près de la moitié des milieux naturels en Suisse, mais aussi la moitié de toutes les espèces indigènes évaluées, sont menacés ou potentiellement menacés. Le déclin de la diversité biologique est principalement dû au mitage, à l’utilisation intensive des sols et des eaux, à la dissémination des espèces exotiques envahissantes et aux apports de pesticides et d’azote par l’agriculture. » Ce constat posé par l’OFEV sur son site internet est sans appel: la situation en matière de biodiversité en Suisse est très préoccupante. Et l’agriculture est clairement identifiée comme une des causes principales de cette situation.

La contamination de notre environnement par les pesticides contribue fortement à l’explosion des maladies chroniques


Les évidences scientifiques de contamination de notre environnement (sols, eau, air et organismes vivants) par les pesticides sont bien établies aujourd’hui. Cette contamination contribue aussi fortement à l’explosion des maladies chroniques, y compris chez les enfants, et aux coûts de la santé publique. On sait aussi que les pesticides de synthèse disséminés dans les sols et dans les eaux le restent pour des décennies, faisant peser une menace à long terme. Comme pour le climat, il est temps de prendre au sérieux le travail des scientifiques. De nombreuses études soulignent la dangerosité des pesticides de synthèse et leurs effets nocifs tant sur la biodiversité que sur notre santé.

Dire oui à l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » le 13 juin, c’est non seulement préserver nos sols, nos eaux, notre biodiversité et notre santé. Mais c’est aussi donner un signal fort en faveur d’un système agro-alimentaire repensé, où l’argent public finit dans la poche des agriculteurs.trices et pas dans celle des vendeurs de pesticides et de la grande distribution.

 

Convention d’Aarhus: un accord pour la démocratie environnementale peu connu

C’est quoi cette Convention d’Aarhus ? Signée le 25 juin 1998 par trente-neuf États, la Convention d’Aarhus est un accord international visant la « démocratie environnementale ». Entrée en vigueur en Suisse le 1er juin 2014, elle assure 3 éléments essentiels : l’information et la transparence sur l’environnement, la participation du public aux processus décisionnels touchant l’environnement et l’accès à la justice en matière d’environnement. Cette convention est-elle correctement mise en oeuvre en Suisse ?

La Convention prévoit des droits étendus de participation du public par rapport à certaines activités étatiques touchant l’environnement. Pour les processus décisionnels, tels que les procédures d’approbation des plans, la Convention d’Aarhus stipule notamment que « La procédure de participation du public prévoit la possibilité pour le public de soumettre (…) toutes observations, informations, analyses ou opinions qu’il estime pertinentes au regard de l’activité́ proposée » (art. 6, al. 7). Il est aussi précisé que la participation du public doit commencer au début de la procédure, « c’est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence » (art. 6, ch. 4).

J’ai interpellé le Conseil fédéral lors de la dernière session de mars pour savoir s’il considère que la Convention d’Aarhus est correctement mise en œuvre en Suisse.

 

La Convention d’Aarhus pas complètement appliquée

Or, on constate souvent que la possibilité pour le public de participer à la procédure de planification intervient à un stade où les fiches objets se rapportant à des projets concrets ont déjà été élaborées. Une participation de la population à un tel stade ne semble pas obéir aux exigences de la Convention d’Aarhus. En effet, le public ne peut alors que se prononcer sur un projet précis et l’alternative « zéro » (ne rien faire) n’est pas considérée. Concernant la procédure d’approbation des plans, hormis dans le domaine miliaire et celui de l’asile, aucune procédure de participation du public n’est prévue par la législation fédérale sectorielle. Seule une procédure d’opposition réservée aux personnes directement concernées et non pas, conformément à ce qu’exige la Convention, au public en général, est mise en place.

 

Jean-François Collin : « Quand la soif de justice environnementale se retourne contre la protection de l'environnement... » - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

© Chappatte dans The New York Times

Devant le fait accompli ?

En pratique, ces manquements ont une des effets négatifs comme le montrent les exemples de la ligne THT Chamoson-Chippis ou la route de contournement de Bienne, qui vient d’être abandonnée après 20 ans d’études. Ces derniers ont mis en évidence l’importance cruciale de permettre une consultation publique des projets dès leur conception, c’est-à-dire lorsque toutes les alternatives, y compris l’alternative dite « zéro », sont encore ouvertes. Une telle participation de la population à un stade précoce permettrait d’éviter d’importantes mobilisations citoyennes à leur encontre, diminuerait le nombre d’oppositions déposées au stade de la procédure d’approbation des plans et éviterait des dépenses inutiles. Ceci est non seulement souhaitable démocratiquement, mais permet également un processus délibératif beaucoup plus efficient, car ayant lieu très tôt dans la conception du projet. De plus, la durée de la procédure d’approbation des plans, souvent jugée excessive, pourrait être réduite.

Une mise en oeuvre complète de la Convention d’Aarhus n’est  pas qu’une question juridique, loin de là. Il s’agit bien de renforcer la participation de la population dès le début des grands projets afin de s’interroger sur leur opportunité, respectivement sur les meilleures variantes à mettre en œuvre.

 

Le sexe féminin est un atout de gouvernance politique

Ce dimanche nous connaîtrons la nouvelle composition du Grand Conseil et nous aurons les premières indications concernant celle du Conseil d’Etat valaisan et les chances, aussi minimes soient-elles, de voir une femme y être représentée.

 

Taux de succès des femmes reste inférieur à celui des hommes aux élections

Le Valais est un cancre en matière de représentation féminine avec seulement 19% de femmes siégeant au parlement cantonal. Il y a 4 ans, le nombre de candidates était de 27% . Les femmes ont donc un « taux de succès » inférieur aux hommes dans la compétition électorale. Cette année les femmes sont plus nombreuses et représentent 36% des candidatures. Mais on notera que les partis leur font davantage confiance pour la suppléance (40% des candidatures) que pour la députation (32% des candidatures). On peut ainsi espérer une légère augmentation, de quelques pourcents, de la représentation féminine mais pas d’avancée spectaculaire qui ferait remonter le Valais dans le classement intercantonal.

Il faut donner plus de place aux femmes pour qu’elles participent à la recherche de solutions adéquates aux problèmes qu’elles affrontent elles-mêmes. En suivant cette réflexion, le sexe devient un atout de gouvernance politique qu’il s’agit maintenant de mettre en avant.

Pour le Conseil d’Etat la situation s’annonce moins favorable: aucun des grands partis ne présente de femmes. On ne peut pas en faire le reproche au PS qui a été représenté ces 12 dernières années par une femme, Esther Waeber-Kalbermatten. Les autres grands partis, en particulier le PDC, n’ont pas été capables ou n’ont pas eu la volonté de trouver une femme pour accompagner leurs leaders. Seuls les Vert·e·s présentent deux femmes pour les deux parties linguistiques du canton, Magali Di Marco et Brigitte Wolf.

L’équité de représentation des régions et des langues est souvent soulignée comme une condition d’unité cantonale et une manière de respecter la diversité du canton. Ne faut-il pas demander la même équité et le même respect pour la moitié de la population, les femmes, qui souffrent toujours de nombreuses et importantes discriminations ?

Il serait temps que nos autorités s’emparent des inégalités qui pèsent sur la vie des femmes et qui constituent un frein à l’épanouissement général de notre société. Pour ce faire, il faut donner plus de place aux femmes au Grand Conseil et au Conseil d’Etat pour qu’elles participent à la recherche de solutions adéquates aux problèmes qu’elles affrontent elles-mêmes. En suivant cette réflexion, le sexe devient un atout de gouvernance politique qu’il s’agit maintenant de mettre en avant.

 

L’émancipation des femmes est un booster économique

Cette quête d’égalité n’est pas seulement – même si c’est primordial – une quête éthique. C’est aussi tout simplement du bon sens économique et social. En effet, on a démontré depuis longtemps que l’émancipation des femmes est un booster économique. Si les femmes étaient, par exemple, payées correctement, l’AVS serait en bien meilleure forme. Comme la majorité des travailleurs pauvres sont en fait des travailleuses, ce sont aussi nos besoins en aide sociale qui diminueraient. Plus encore, les entreprises, les instituts de recherche et les sociétés innovatrices réclament des solutions pour libérer les femmes du poids des tâches ménagères (qu’elles assument encore aux deux tiers). Ces employeurs ont compris qu’avec un marché du travail hostile aux femmes, ils étaient coupés de la moitié des forces de travail et des cerveaux.

Davantage de femmes au Grand Conseil et une représentation féminine au Conseil d’Etat valaisan : ce n’est pas une recette miracle, mais le gage d’une plus grande équité entre les genres et d’une plus grande disponibilité de la classe politique à trouver des solutions pour réduire les inégalités dont sont encore victimes les femmes.