Le sport : bon ou mauvais pour l’immunité? – 1ère partie

Les athlètes et les personnes pratiquant du sport ou une activité physique régulière sont en règle générale en meilleure santé, vivent mieux et plus longtemps, ce sont des faits bien établis. Leur niveau de condition physique fournit une relative protection contre les maladies chroniques, la perte fonctionnelle et cognitive liée à l’âge, ET contre les infections (virales en particulier). C’est bien évidemment ce dernier point qui nous occupe prioritairement et urgemment. Que faire en période de pandémie de coronavirus, et de confinement relatif? Dans cette première partie, je vais résumer les liens connus entre l’exercice et l’immunité.

Avant toute chose, je ne suis ni immunologue, ni virologue spécialisé, mais je vais tenter de résumer simplement ce que les experts du domaine de l’immunologie et de l’exercice ont découvert ces 30 dernières années. Pour ceux qui veulent consulter les sources, veuillez trouver les références en bas de page.

Dès les années 80, plusieurs observations ont été faites sur une augmentation des cas d’infections virales des voies aériennes supérieures (les “rhumes”) chez les personnes qui s’entraînaient intensément pour une compétition type marathon, ou dans les semaines immédiates après la course. Ceci a déclenché un intérêt croissant chez les chercheurs.

Quels sont les effets de l’activité et du sport?

Il convient de différencier les effets aigus (dans les minutes et heures qui suivent une activité), pour lesquels l’intensité et la durée de l’activité sont des paramètres fondamentaux, des effets chroniques et durables. Le tableau ci dessous résume les différents scénarios et les effets connus.

 

 

Qu’en est-il alors de la réalité des infections avec le sport?

Une des premières études épidémiologiques autour des grandes manifestations sportives (marathon de Los Angeles) il y a 30 ans avait montré que les coureurs et coureuses avaient 6 fois plus d’infection virale des voies aériennes supérieures comparé à des non-coureurs. Si on regardait parmi les coureurs, le risque doublait encore chez ceux qui couraient régulièrement plus de 60 km dans la semaine d’entrainement. Depuis lors, de nombreuses autres études ont montré une incidence plus élevée des infections après des épreuves d’endurance, ou en lien avec une pratique sportive très intensive (athlètes préparant des compétitions, avec une augmentation des niveaux d’entrainement).

Il existe toutefois d’autres raisons pour expliquer aussi ces infections plus fréquentes: les compétitions et les grands événements sportifs (marathon, Jeux Olympiques, championnats du Monde, etc.) réunissent beaucoup de personnes au même endroit, demandent de voyager, perturbent le sommeil et la capacité de récupération, amènent des changements alimentaires, et génèrent un stress considérable sur les organismes. Tous ces éléments en soit peuvent contribuer à l’incidence plus élevée d’infections.

A l’inverse, on observe chez les personnes pratiquant une activité physique ou sportive régulière, sans intensité et durée élevées systématiques, une réduction du nombre et de la durée des épisodes d’infection. Cette “protection” relative conférée par l’activité est de l’ordre de 50% par rapport aux personnes plutôt sédentaires. D’autres études ont aussi montré dans cette population une réduction de la sévérité de la grippe et des pneumonies bactériennes. On parle depuis lors de la courbe en “J” des infections avec le niveau d’activité physique, comme sur l’image ci-dessous.

Courbe en “J” de l’incidence d’infection. Les sédentaires sont plus atteints que les actifs, mais les super actifs et fatigués présentent un risque plus important.

Il faut noter que chez les athlètes, la gestion du sommeil et de la récupération est souvent optimisée, et la conscience des mesures usuelles d’hygiène (mains, partage de gourdes, etc.) est bien présente. Finalement, les amateurs qui cumulent plus de fatigue, de stress et de manque de récupération seront plus atteints.

Les personnes actives bénéficieront en plus des effets sur le système inflammatoire en général, ce qui est probablement un des mécanismes par lesquels ils présentent moins de maladies métaboliques, chroniques et dégénératives.

Les événements actuels entraînent de nombreuses modifications des activités possibles, et de questionnement sur le risque avec les activités sportives. Dans le prochain billet du 16 mars, nous explorerons les recommandations qu’il est possible de faire, ainsi que les opportunités à ne pas négliger dans cette situation mondialement particulière.

Références

  1. Nieman DC et Wentz LM. The compelling link between physical activity and the body’s
    defense system. Journal of Sport and Health Science. 2019;8:201-217.
  2. Williams PT. Dose-response relationship between exercise and respiratory
    disease mortality. Med Sci Sports Exerc. 2014;46:711–7.
Boris Gojanovic

Boris Gojanovic

Boris Gojanovic est médecin du sport à l'Hôpital de La Tour à Meyrin (GE). Son credo: la santé pour et par le mouvement. Sa bête noire: l'immobilisme. Il s'occupe de tous ceux, jeunes ou moins jeunes, sportifs ou non, qui pensent que bouger mieux les mènera plus loin. Il espère être un facilitateur, tout en contribuant au transfert et à l'échange de connaissances, tant dans la communauté que dans les auditoires.

5 réponses à “Le sport : bon ou mauvais pour l’immunité? – 1ère partie

  1. En effet article interressant, même s’il me semble qu’il ne faut pas bannir l’intensité. Si j’ai bien lu certaines conclusions des travaux de Niemans, il me semble que le travail ou l’exercice de type intermittent peut avoir des effets bénéfiques.

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