« Heureusement que c’était le Tohoku ! »

Tout a commencé, fin avril, avec une allocution maladroite de Masahiro Namamura, alors Ministre de la Reconstruction. S’adressant à des membres de son parti, celui-ci avait affirmé au sujet du grand tremblement de terre de mars 2011 que le Japon avait encore été chanceux que la catastrophe aie touché la région du Tohoku (le nord-est du pays) et non les environs de la capitale, où les dégâts auraient été beaucoup plus importants.

On peut comprendre son raisonnement, mais ces paroles montraient très peu d’égards aux habitants du Tohoku, que M. Namamura semblait prêt à sacrifier simplement parce que leur région est moins peuplée et moins développée économiquement. La réaction ne s’est pas fait attendre. Le Premier Ministre, Shinzo Abe, qui s’exprimait directement après M. Namamura, a immédiatement condamné les remarques inappropriées de ce dernier et a offert ses excuses. M. Namamura a présenté sa démission le jour suivant.

 

Le pouvoir de Twitter

Ce n’était cependant pas la fin de l’affaire. Des utilisateurs de Twitter ont vite récupéré la formule « heureusement que c’était le Tohoku » dans un but plus positif, l’apposant à des images célébrant la région, ses sites culturels, sa beauté naturelle et sa nourriture délicieuse (l’image ci-dessus est un exemple utilisant une statue de Date Masamune, personnage historique célèbre, dans la ville de Sendai capitale du Tohoku). Le hashtag a vite pris et reste très populaire, apposé à toute sorte de tweets évoquant des bonnes expériences liées à la région.

Une bourde d’un politicien a donc été transformée en célébration du Tohoku par le pouvoir de l’internet. Ses habitants ne pouvaient que s’en réjouir, d’autant plus qu’ils se sont souvent sentis négligés suite à la catastrophe de mars 2011.

 

Sentiment d’abandon

Après le grand mouvement initial de solidarité nationale, le reste du pays est en effet vite retourné à ses propres affaires. C’est particulièrement vrai pour l’ouest de l’archipel (d’où vient M. Namamura), pour lequel le Tohoku est bien lointain et qui s’est plusieurs fois retrouvé opposé à l’est dans les luttes politiques du passé. Quoi qu’il en soit, les communautés affectées par le tsunami et par la catastrophe nucléaire de Fukushima ont du s’atteler seules à la tâche de reconstruire leur vie tant bien que mal.

 Le gouvernement national a investi beaucoup d’argent dans la reconstruction mais ses efforts ont été entravés par une direction instable (M. Namamura était le sixième Ministre de la Reconstruction en six ans), un manque de consultation avec les communautés locales et un excès de projets d’infrastructures grandioses mais peu utiles (comme une nouvelle « route de la renaissance » aujourd’hui peu fréquentée). Le traitement des personnes évacuées suite à l’accident de Fukushima a aussi beaucoup laissé à désirer.

 

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Un autre problème est que le Tohoku, déjà moins populaire parmi les touristes que les régions plus connues autour de Tokyo, de Kyoto ou d’Hiroshima, a eu de la peine à attirer les visiteurs après mars 2011. Pour les touristes étrangers, cela est en partie dû à l’association fausse de tout le nord-est du Japon avec la catastrophe nucléaire de Fukushima, alors qu’en réalité seule une partie de la province en question a été affectée.

Le mouvement spontané de célébration des attraits du Tohoku sur internet ne peut qu’être bénéfique de ce point de vue en rappelant aux Japonais (et espérons-le aux touristes étrangers) que la région est magnifique et accueillante. Pour ma part, je m’y rends souvent et peut attester de tous ses charmes.

Antoine Roth

Antoine Roth

Antoine Roth suit des études doctorales à l’Université de Tokyo, Japon. Il a auparavant obtenu un Bachelor en Relations Internationales à l’Université de Genève ainsi qu'un Master en Etudes Asiatiques à l’Université George Washington, et effectué un stage de six mois à l'Ambassade de Suisse au Japon. Il se passionne pour les questions sociales et politiques qui touchent le Japon et l’Asie de l’Est en général.

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