Victoria Marchand, Madame communication romande 2.0

 

Présentez-vous en quelques mots…

Comme Don Draper, le héros de la série Mad Men, je crois que « le changement n’est ni bon ni mauvais. Il n’est que changement. » Raison de plus pour rester curieux et ne pas avoir d’habitudes ! Le reste n’est que du travail….

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Journaliste RP, rédactrice en chef et depuis le début de l’année, éditrice du magazine et du site Cominmag.ch

 

Votre rencontre avec le digital?

En 2005, lorsque j’ai ouvert mon premier blog en WordPress. Depuis c’est l’outil que j’utilise le plus…

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous?

Une femme qui a compris que la vie professionnelle, comme la vraie vie, n’est pas statique. Qui cherche, teste, et qui est capable de faire la synthèse entre le meilleur des deux mondes (pré et post-digital).

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre?

Le digital est un état d’esprit et non un genre.

 

La Suisse, un pays digital ?

Pourquoi pas ? Les Suisses prennent souvent leur temps et ce n’est finalement pas un mal. Mais lorsqu’ils partent dans une direction, ils le font sincèrement et à fond. La transformation digitale qui ne fait que commencer demande que l’on garde sa raison et son sang-froid. Des qualités très suisses…

 

Pour en savoir plus sur Victoria Marchand

Mark Zuckerberg, le nouveau petit père du peuple?

Mark Zuckerberg: la loi du plus fort?
Mark Zuckerberg: la loi du plus fort?

Je ne sais pas si vous avez regardé la magnifique présentation (dites “Keynote” pour faire plus tendance) du célèbre fondateur de Facebook: le sémillant trentenaire Mark Zuckerberg. A la fois homme 3.0 (il a pris congé lors de la naissance de sa fille et posté plein de photos attendrissantes de sa progéniture sur… Facebook, évidemment), humaniste (à la naissance de sa fille, toujours, il a décidé de donner 99% de ses actions à la Fondation qu’il a créée – lui permettant, accessoirement de profiter de quelques déductions fiscales (mais ne soyons pas cyniques…)), patron averti (il a développé en moins de 15 ans une des entreprises les plus performantes de tous les temps, révolutionnant nos interactions sociales du même coup), féministe (il a recruté Sheryl Sandberg, ancienne de chez Google et créatrice du mouvement Lean in, qui ne cesse de lui rendre grâce), Mark et ses t-shirts gris sont devenus le symbole de la réussite et de l’accélération de l’innovation technologique mises au service de l’Humanité.

Ainsi donc, si vous jetez un coup d’oeil sur son “show” (on y décèle quelques relents des efforts incommensurables que lui demande la prise de parole en public) vous aurez le privilège de découvrir la vision sur 10 ans de Mark pour Facebook, mais aussi, pour le Monde. Son leitmotiv? Permettre à n’importe qui de partager n’importe quoi avec tout le monde. Et c’est beau. Parce que sur le papier, Mark va s’évertuer dans les années à venir à connecter les 4 milliards de personnes qui naviguent pour l’instant dans les eaux troubles de l’ignorance, afin de leur permettre d’avoir, eux aussi, accès à la connaissance, à l’information, aux services, surtout.

D’ailleurs, il va non seulement les connecter techniquement, mais aussi leur offrir la possibilité de tester gratuitement des services, dont ceux de première nécessité, liés à la santé, par exemple. Toujours aussi beau. Le tout via des interfaces conçues pour être moins gourmande en données, afin de limiter les coûts pour des internautes au pouvoir d’achat relativement faible. Et bien sûr, il va aussi proposer aux entreprises de tester en version démo la présentation de leurs services et produits sur ces interfaces allégées. Car Mark veut bien offrir l’accès à l’information pour les populations moins bien loties, mais ces 4 milliards de connectés à venir sont surtout 4 milliards de consommateurs potentiels pour ses clients, et 4 milliards de producteurs de contenus supplémentaires pour alimenter ses canaux de distribution.

Non content de connecter les “Cosette du numérique”, Mark veut aussi nous permettre de rester en contact avec nos différents cercles de relation, et de façon plus confidentielle, plus privée. Whatsapp a récemment subi un encryptage de bout en bout pour nous protéger de l’ingérence de l’Etat (Facebook, lui saura avec qui vous avez communiqué, même s’il ne pourra probablement pas savoir sur quoi – le code source n’étant pas publié, nous n’avons que leur parole…), et hier c’était au tour de Messenger de déployer ses deux nouveaux atouts:

1. la possibilité, pour n’importe qui, d’entrer en contact avec une entreprise en direct via Messenger (et d’affiner ses demandes avec le soutien de l’intelligence artificielle)

2. la possibilité d’effectuer un nombre d’opérations (paiement, recherche, partage de documents, etc.) qui ressemblent davantage aux caractéristiques d’un Browser ++ que d’un service de messagerie pure et simple.

Vous serez donc à l’intérieur de Facebook, mais à l’intérieur de Messenger, avec de telles possibilités (et une captation stimulée par les réponses pertinentes des algorithmes) que vous n’aurez plus envie ou besoin de sortir de chez vous… pardon, de chez lui!

Je vous passe la partie sur le Live qui permet à tout le monde de publier directement ses vidéos sur Facebook, en direct (Periscope appartenant à Twitter, il fallait bien faire quelque chose), tout ça pour “fluidifier” l’expérience des gens, c’est à dire nous, et surtout, pour enquiquiner YouTube, propriété de Google. Bienvenue dans le monde intégré de Facebook, et surtout, dans un système fermé pouvant déjà s’appuyer sur 1,5 milliards d’utilisateurs aux réflexes conditionnés par les règles du géant bleu.

Résumons:

  • il y a donc un type seul sur scène, à la tête d’une des plus grosses fortunes mondiales et d’une communauté de 1,5 milliards de personnes, qui nous explique que nous allons tous continuer à travailler gratuitement pour lui,
  • que son seul objectif, c’est de nous permettre d’entrer en relation avec les personnes qui nous sont chères,
  • tout ça dans un environnement dont les règles sont définies par lui et
  • qui condense tout ce dont nous “aurions” besoin (selon lui) pour être heureux…

 “Travail, famille, patrie”, ça vous rappelle quelque chose?

Au passage, il accède à toutes nos données personnelles, fixe les prix d’entrées et les règles aux industries (qu’il se propose même d’uberiser, ni vu, ni connu, grâce à l’intelligence artificielle notamment) et nous soumet des contenus qu’il n’a pas créés selon ce qu’il détermine être pertinent pour nous afin de nous vendre des produits qu’il ne fabrique pas…

Naïvement, devant ce stakhanovisme assumé, je m’attendais à voir la foule se lever et crier “mort à la dictature” ou “nous ne sommes pas des esclaves”… que nenni: le coup de grâce est intervenu lorsque Mark a annoncé la remise d’un Samsung et d’un masque Gear VR à chaque participant et que l’audience s’est mise à applaudir à tout rompre, saluant la générosité sans borne de son bienfaiteur…

Du pain et des jeux, vous avez dit?