De #metoo à #musictoo

Qui peut encore ignorer aujourd’hui les effets de la campagne lancée sur les réseaux sociaux en 2017 #metoo ?

Partie d’abord du milieu du cinéma autour d’actions portées contre de gros producteurs de cette industrie, la vague a poursuivi son chemin en passant par les milieux de l’université ou encore du sport.

En juillet 2020, un collectif issu du milieu de la musique principalement en France a lancé, à son tour, un #musictoo pour briser l’omerta régnant dans ce milieu et rendre visible la thématique.

300 témoignages et deux enquêtes de mediapart plus tard, la problématique est posée, les professionnel-le-s s’expriment et la parole des victimes de harcèlement n’est pas irrémédiablement remise en doute ou invisibiliser, ces témoignages et cette légitimité accordée donnent suite à plusieurs renvois et démissions au sein de label et d’agence de la scène française. Le #musictoo du classique vient d’apparaître en ligne suite également à une enquête de mediapart.

Un manifeste signé par plus de 1000 femmes de l’industrie, F.E.M.M, femmes engagées des métiers de la musique, dénonce les violences sexistes et sexuelles, monnaie trop courante de ce secteur et appelle toute une série de changements pour que cette scène devienne égalitaire et exempte de violences ; violences rappelons-le qui vont de l’objectivation des corps des femmes, à la sous-représentation de celles-ci aux postes décisionnels, elles s’illustrent également à l’aide de blagues sexistes, des attouchements non désirés, ou encore à travers la nécessité de devoir toujours justifier de sa compétence notamment en ce qui concerne la technique, et elles vont jusqu’au harcèlement sexuel et aux agressions.

L’étude Cura publiée en 2019 par le collectif de la Gam (Guilde des artistes de la musique), portant sur l’état de santé physique et mental des professionnel-le-s de l’industrie, rend compte que 31% de femmes subissent ou ont subi du harcèlement sexuel au cours de leur carrière.

 

Les causes

Bien qu’aucunes raisons ne puissent rendre acceptable cet état de fait et ces violences, il y a toutefois certains facteurs qui facilitent et entretiennent ce terreau sexiste.

Tout d’abord, la précarité des conditions de travail pour une large majorité des professionnel-le-s de ce milieu rend d’autant plus complexe l’établissement de charte de travail et ne favorisent pas l’émergence de plaintes ; la peur de ne plus pouvoir travailler l’emporte sur la nécessité de s’exprimer sur des violences vécues. Le milieu est très compétitif, les places sont chères et difficiles à garder sur le long terme. La conciliation des vies privées et professionnelles n’est quasiment jamais thématisée, résultat un grand nombre de femmes disparaissent dès qu’elles ont un enfant.

Les horaires de travail également, irréguliers,  dans des moments où la vie professionnelle se déroule dans un cadre festif, un mélange des genres et une tendance à affirmer que c’est super et que tout le monde est cool. Les tournées de concerts éloignent aussi les artistes de leur entourage et les rendent plus vulnérables, à la merci parfois des accueils réservés par les structures organisatrices.

Enfin, le paysage reste encore majoritairement masculin, d’autant plus au sein des postes à responsabilité, à la programmation des clubs et des festivals, à la tête des agences et des labels et parmi les médias qui couvrent la musique.

 

Que faire ?

Le milieu musical doit pouvoir se remettre en question collectivement et travailler de concert sur des solutions visant, d’une part, à lutter contre les abus liés aux harcèlement sexuel, et d’autre part, à s’en prémunir par de la formation et de la sensibilisation des structures employeuses.

Les collectivités publiques ont un rôle à jouer dans l’établissement de guideline en ce qui concerne les soutiens attribués aux projets artistiques et dans le soutien à des initiatives visant à promouvoir la diversité dans cette industrie. Un effort doit aussi être fourni par les écoles qu’elles soient professionnelles ou non, afin d’une part de ne pas reproduire sans cesse des rôles stéréotypés (les garçons à la batterie et les filles au chant) et encourager l’inscription de plus de femmes notamment dans les filières de la technique.

 

Des ressources:

La Diversityroadmap, le site Musicdirectory géré par l’association HelvetiaRockt, les outils et formations du label We Can Dance iT  pour la Suisse romande et de Flirt don’t hurt pour la Suisse alémanique.

Le Grand format réalisé par les journalistes Cecilia Mendoza et Sarah Jelassi diffusé le 6 juin dernier par la rédaction du 19h30, radio télévision suisse, “Du sexisme dénoncé dans l’industrie musicale suisse”

« L’humain au centre, en tout temps » 24 heures au sein du SIS

Avertissement: L’intervention du jour ne concerne pas la musique mais bien mon expérience d’immersion au sein du Service d’Incendie et de Secours de la Ville de Genève.

 

Cela fait bientôt un an que j’ai la chance de présider le Conseil municipal de la Ville de Genève. J’ai pris cette année de présidence dans un moment chamboulé, incertain. L’expérience de ces derniers mois nous a poussé à reconsidérer notre manière de travailler, à faire preuve de plus de flexibilité, et comme l’ensemble de la population et des institutions, s’adapter au contexte provoqué par la gestion de la pandémie.

Dans cette optique, j’ai souhaité rencontrer les personnes se situant aux premières loges des interventions de planification et d’interventions sur le terrain, afin de mieux comprendre et saisir une partie de la signification réelle des notions d’urgence et de gestion de crise.

S’en suit 24 heures de beaucoup de choses ; information, concentration, organisation, communication et identification des rôles de chaque membre de l’équipe. Du départ d’une alarme, à un feu de poubelles, à une alerte au colis piégé, à un accident de chantier ou de la route, aux noyades, au relevage de personnes âgées à leur domicile, aux ascenseurs bloqués, en passant par des interventions sur animaux ou insectes jusqu’à l’incendie de bâtiment, d’appartement, de meule de foin ou de véhicule; la liste des opérations pratiquées par ce service est longue.

Le flux de communication est continu ; de l’appel à la centrale, au message envoyé aux sapeuses pompières et sapeurs pompiers, ininterrompu durant le trajet, à l’arrivée sur le lieu de l’intervention, il se développe avec les entités engagées sur place, et avec la victime et son entourage.

Ce que j’ai retenu de ces 24 heures d’immersion c’est qu’au bout de cette chaîne d’actions se trouve l’humain, la personne victime, réelle ou potentielle. Le Commandant Nicolas Schumacher a d’ailleurs une devise centrale à son action, déclinée et affichée jusqu’au mur de son bureau:

« la victime au centre, en tout temps ».

La réflexion, la planification et l’action sont orientées autour de ce leitmotiv. La prestation rencontre sa cible finale avec le moins de détour possible. Si cette posture m’a moins surprise, j’ai été en revanche plus marquée par la déclinaison de ce slogan au sein des équipes.

Au milieu de ce corps hiérarchisé, extrêmement codifié, aux procédures strictes, se trouve cette capacité de communication, cette empathie qui permet de développer la chaîne, du remplissage d’une cellule d’un logiciel jusqu’à la personne. Les membres du service ont par ailleurs accès à un suivi psychologique de gestion du stress qu’il soit post traumatique ou non, car certaines scènes ne laissent pas indemnes et nécessitent de pouvoir être extériorisées. Une équipe de débriefing est présente 24h/24.

L’empathie, la bienveillance et une aptitude à connaître son rôle et rester à sa place constituent les ingrédients qui rendent possibles toutes ces opérations. La notion de rester à sa place est souvent considérée négativement mais, dans ce service, au cœur des équipes, dans les relations avec la hiérarchie et les autres services de l’administration publique, elle détient toutes sa valeur et rend possible la déclinaison de stratégie vers le concret, la cible, la victime ou tout simplement l’humain.

 

« L’humain au centre, en tout temps »

 

Je remercie vivement l’ensemble des membres de la compagnie de m’avoir accueillie, le Commandant Nicolas Schumacher et le Capitaine David Mautone pour leurs explications et leur ouverture d’esprit et d’échanges sur leur métier, et l’adjudant Miguel Kupper qui m’a si bien encadrée durant ce stage.

Site du SIS Ville de Genève 

Les Musiques actuelles, un secteur plébiscité mais peu soutenu

La scène des musiques actuelles en Suisse s’est constituée d’abord dans une opposition aux valeurs dominantes de la société, à la culture dite bourgeoise dès les années 70. Elle a connu un essor dans les années 80 et 90 avec la création d’une scène musicale, alternative, en dehors des circuits institutionnels ou commerciaux.

La scène a grandi, de nombreux clubs ont ouvert, souvent grâce au soutien des communes, l’arc lémanique compte un nombre incommensurable de festivals sur la période estivale. Les individus, collectifs ayant ouvert ces structures se sont également professionnalisés, des entités se sont implantées aux différents endroits de la chaîne de création, des labels, des agences de booking, des producteurs d’événements mais aussi des entreprises vouées à la communication, à la production de merchandising et bien sûr des structures d’accompagnement, de formation et de soutien.

En parallèle, la pression s’est accentuée au niveau des loyers, notamment dans les centres ville et la densification de celles-ci a suscité de nombreux conflits d’usage (habitat, commerces, lieux de vie nocturne).

A son entrée dans le 21ème siècle, la scène marque une incursion dans le monde politique et revendique une meilleure considération qui se traduit par des possibilités d’accès à des locaux en marge du marché, à une souplesse administrative et juridique, à une reconnaissance de son caractère culturel et parfois à des demandes de soutiens financiers. De manière générale, nous représentons un secteur de la culture qui a tardé à se fédérer, comparé aux autres disciplines, et qui a encore du chemin à faire sur les questions de structuration et de conditions de travail.

Nombreuses et nombreux sont les artistes qui considèrent leur activité artistique comme un gain accessoire même s’ils et elles passent de nombreuses heures en processus de création, de représentation et en gestion administrative. Il en va de même pour des personnes travaillant au sein de structures de développement et de promotion de ces artistes.

A l’instar des conditions de travail des professionnel-le-s du secteur, la consommation de musiques pop, rock, hip hop, rap, chanson ou encore musique électronique ne fait qu’augmenter. La période que nous vivons dope les chiffres du streaming et les statistiques de consommation de musiques en concert démontre que les genres les plus fréquentés sont les musiques pop, rock, suivies de près par les musiques classiques, opéra[1]. L’objectif ici n’est pas de mener un combat réducteur, à mon avis, de musiques classiques élitistes versus musiques populaires ; une grande partie de la musique classique est accessible à tout le monde et les pratiques de la musique sont diverses et variées et touchent aussi bien des jeunes que des personnes d’un âge plus avancé. Par contre, ce qui est juste de souligner ici, c’est que les soutiens des collectivités publiques se dirigent en masse vers ces musiques ; les soutiens de fondations privées également.

Alors que l’on observe un engouement sur ces quarante dernières années pour les musiques pop, les soutiens et la représentation de ces musiques dans les politiques publiques de soutien à la culture n’ont pas suivi ce mouvement. Il serait donc légitime aujourd’hui de questionner cette répartition des soutiens et de redimensionner ceux-ci en fonction des professionnels concernés, des métiers et des publics.

Le contexte amené par cette pandémie rend d’autant plus visibles ces déséquilibres et la nécessité de soutenir mieux le secteur des musiques actuelles ; ces derniers mois ont conduit les différentes actrices et acteurs institutionnels, associatifs, politiques à plus d’échanges, de concertation et de compréhension des réalités des unes, des uns et des autres. A travers les échanges sur les mesures de soutien, les indemnisations des artistes et des entreprises ou à travers les projets de transformation, une meilleure compréhension des enjeux se met en place, grâce aussi au travail des faîtières qui remontent les problématiques de terrain.

Il s’agira également de s’attaquer à la juste rémunération des artistes en ligne, sur les plateformes de streaming tels que Spotify, à travers l’élaboration d’une politique de taxation plus équitable pour les créateurs et créatrices de musiques. Le domaine du cinéma a lancé ce chantier il y a déjà quelques années et des discussions sont en cours pour introduire une taxe sur les diffuseurs de contenu, afin de réinjecter le produit de cette taxe dans de la création. J’espère que la Suisse, en première visée notre gouvernement fédéral, va sortir de son positionnement très libéral sur cette question et comprendre qu’il en va de l’avenir et des conditions de vie de tout un secteur. Que l’on soit de sensibilité de droite ou de gauche, il ne me paraît pas dogmatique de penser que la matière première d’un produit doit être rémunérée à sa juste valeur.

J’ai donc bon espoir que ce travail puisse continuer sereinement et de manière cohérente, sans mener des guerres de clans, ni entre les secteurs musicaux, ni entre les couleurs politiques.

[1] Statistique de poche de la Culture en Suisse, 2016

 

Les conditions de travail dans le secteur des musiques actuelles : Mythes, fantasmes et précarité

La pandémie et la crise économique et sociale qu’elle provoque dans le monde et dans notre pays accentue les inégalités et la précarisation de certains métiers. Dans un contexte où les possibilités de rencontres et de liens sont réduites voire proscrites, les métiers de la culture avancent sur un territoire miné de contradictions quand ce n’est pas d’interdits.

Le secteur des musiques actuelles, qui a mis du temps à se structurer et à s’organiser, montre d’autant plus sa fragilité dans cette période difficile.

En effet, le manque de structuration a exclu certains artistes, certaines structures des programmes d’indemnités ; ainsi, au final, les pertes réellement subies par notre secteur seront au moins trois fois plus conséquentes que ce qui aura été répertorié. On parle de perte de valeur monétaire, des cachets en moins, des subventions qui ne seront pas attribuées à la musique, des droits d’auteurs et droits voisins qui ne seront perçus ni par les auteurs, ni par les éditeurs, mais également une perte de capital social ; le milieu des musiques actuelles bénéficie d’un nombre conséquent de bénévoles, qui s’engagent au sein de structures en échanges de contrepartie comme des places de concerts pour découvrir ou voir leurs artistes préféré-e-s. Une contrepartie réside également dans l’apprentissage formel ou informel que ces personnes acquièrent tout au long de leur engagement. Il s’agit aussi de structures, notamment les clubs de musiques, qui favorisent la cohésion sociale au sein des communes et des villes, voire au sein d’une région pour des grands événements comme Paléo.

 

Un univers hautement concurrentiel qui s’illustre dans un flux continu de contenu

Surabondance, saturation ?

La digitalisation de la musique au tournant des années 2005-2006, la démocratisation qu’elle engendre et même sa surabondance rend complexe le travail d’un-e artiste. Sans arrêt confronter à l’injonction du nouveau, de la sortie, du contenu. S’il ou elle doit produire et sortir sans arrêt, la production de contenu ne s’arrête pas là, il s’agit ensuite de poster les à côté, d’exister, de réagir sur la toile, « feed the beast ». Le media n’occupe plus sa fonction de medium, d’outil, mais devient une fin en soi. Exister.

Nos sociétés n’ont jamais autant consommé de musiques, on trouve de la musique partout des centres commerciaux, aux compagnies aériennes. Les individus n’ont jamais eu autant accès à de la musique en un clic partout dans les transports, dans la rue…la démocratisation de la musique via le digital a nourri le mythe du « nous sommes toutes et tous des artistes », puisque nous pouvons partager de la musique en trois clics.

Paradoxalement, la valeur monétaire de la musique n’a jamais été aussi faible que sur ces canaux. Si les chiffres du streaming augmentent de manière linéaire depuis 2014 à nouveau, le bien être des artistes, lui, n’augmente pas, du moins pas dans la même proportion que les recettes des distributeurs de contenu, Apple Music et Spotify en tête.

Il s’agit bien d’un cas appliqué de la théorie de l’abondance, versus le rare, qui dévalue le bien en raison de sa surproduction et de sa disponibilité exacerbée.

Ce qui pose la question essentielle de la redistribution de la valeur générée aux productrices et producteurs de la matière première.

Vie privée/vie professionnelle- le problème de la disponibilité et des feed-back constants

L’un des corollaires de cette présence incessante sur les réseaux est la difficulté de séparer les temps de vie personnels et professionnels. L’injonction de poster presque 7j/7 soumet aussi l’artiste aux retours, feedbacks de son audience, on parle dans certains cas d’une sollicitation exacerbée.

Cependant le digital n’est de loin pas l’unique facteur de ce manque de séparation ; le fait de travailler, la plupart du temps, dans un contexte festif, dans des espaces de détente à côté des schémas du « métro-boulot-dodo » classique a tendance à réduire les distances entre ce qui appartient à la vie professionnelle en la mêlant avec des affects personnels. La difficulté aussi de se trouver dans un timing différent du public qui assiste au concert rend cette séparation difficile, sans compter les addictions facilitées par le terreau de l’industrie musicale.

Certains auteurs parlent également de l’injonction du « smile economy[1] » ; c’est tellement cool d’être un-e artiste qu’on ne montre que la partie positive et sympathique du job et moins les côtés anxiogènes de ne pas savoir si on aura du travail demain et si on pourra payer ses factures à la fin du mois.

Une étude menée par la fondation caritative « Help Musicians UK [2]» en 2014, démontre que sur un panel de 500 personnes interrogées, 71% des personnes développent des comportements et attitudes d’anxiété et 68,5% des états de dépression : à noter que ce ratio est plus de trois fois supérieur au ratio de personnes souffrant de ces symptômes parmi le total de la population anglaise de plus de 16 ans (19%).

Une même étude menée à Stockholm par la « Record Union » reporte que 73% des musiciens indépendants annoncent des états d’anxiété et de dépression[3]. Choquée par cette donnée, la compagnie a lancé une opération « 73percent » visant à soutenir financièrement des projets répondant à ce besoin de partager les expériences dans le secteur de la musique et trouver des solutions pour aider les personnes en souffrance.

Plus proche de chez nous, l’étude Cura[4] conduite en France également sur un panel de 500 professionnel-le-s en 2019, affirme que 4 individus sur 5 dans ce panel souffre de troubles anxieux et/ou dépressifs et 1 individu sur 4 s’est déjà fait diagnostiquer un état de dépression, contre 1 personne sur 10 parmi la population française prise dans son ensemble.

Ce qui se cache également derrière cette proportion très élevée de personnes atteintes d’anxiété marquée ou de dépression, c’est le tabou reproduit derrière ces chiffres ; évidemment que si personne ne parle, la situation ne risque pas de s’améliorer comme par magie.

Les causes de ces troubles sont de plusieurs ordres ; la pression de devoir produire en permanence, de devoir être disponible en tout temps pour ses fans, pour des opportunités, des contrats, des offres, la peur de ne pas s’en sortir financièrement. A cela s’ajoute les rythmes de vie décalés, avec une forte propension à la consommation régulière d’alcool et de stupéfiants. Les phénomènes d’addictions sont également très représentés dans ce milieu, ainsi que les tentatives de suicide ; le fameux « club des 27 [5]» au-delà du côté mythique de ces parcours de vie, met le doigt sur un des aspects du métier que l’on peine parfois à percevoir sous son angle négatif, tant le fantasme a été entretenu.

Les femmes sont plus touchées par des troubles dépressifs, notamment à travers des relations professionnelles compliquées et/ou des problèmes de harcèlement, voire d’agressions sexuelles. Toujours selon l’étude française, 31% des femmes interrogées ont été victimes à un moment ou à un autre de harcèlement sexuel durant leur carrière contre 20% dans la société française, le chiffre est de 3% pour les hommes victimes de harcèlement sexuel dans l’industrie musical.

La notion de « travail »

Si les professionnels de la musique sont souvent confronté-e-s à la question « c’est quoi ton vrai métier » et que ces anecdotes nous font beaucoup rire au sein de notre secteur, il n’empêche que ce jugement sociétal a un impact considérable sur la façon dont les artistes perçoivent voire défendent leur travail comme étant un « vrai travail ». La notion de valeur économique est intimement liée à la valorisation de ce qui est considéré comme relevant d’un travail- au sens d’un emploi. Si notre activité ne nous permet pas à elle seule de vivre, de pourvoir à nos besoins fondamentaux, peut-elle être considérée comme un travail ? Si une grande partie des revenus des artistes de musiques actuelles est assimilée à une part du revenu accessoire, est-elle pour autant dénuée de tout caractère professionnel ?

Ces derniers mois, depuis mars de cette année, nous avons été témoin de ce que ces termes renferment, et de ce que des années de système D et de DIY a pu provoquer comme retombées, notamment au regard des aides mises en place par les cantons.

Il apparaît donc primordial que les artistes des musiques actuelles s’organisent et acquièrent des statuts solides qui leur permettent de déclarer et valoriser leur travail artistique. Pour valoriser ce travail, la question de la rémunération doit évidemment se poser ; sous deux facteurs. D’une part, la rémunération des groupes doit pouvoir être augmentée et cela passe par une évaluation des soutiens dans l’ensemble de l’écosystème, ensuite le travail de création doit pouvoir être soutenu à un endroit ou à un autre de manière plus régulière. En effet, il existe des programmes de bourses qui permettent à des projets de recevoir des soutiens sur 1 an ou plus dans l’optique de développer des plans de carrière ; en plus de ces bourses, il faudrait pouvoir valoriser ce travail de création lors des engagements des artistes.

La protection et la prévention du travail

Pour que le travail des artistes de musiques actuelles soit mieux valorisé, il serait judicieux d’encourager globalement ces artistes à souscrire à une caisse de prévoyance vieillesse.

Si l’un des objectifs est d’augmenter les salaires et créer des cadres d’engagement plus réguliers, la question des inégalités salariales doit également être résolues dans cette même étape ; selon les chiffres publiés par l’OFSP sur l’année 2018[6] concernant le secteur de la culture dans son ensemble, les inégalités salariales entre les hommes et les femmes se montent à 17% d’écart et les fonctions de direction, de programmation sont globalement encore trop peu occupées par des femmes.

Il serait aussi recommandé de cibler les besoins en termes de prévention santé que ce soit au niveau de la pratique physique du jeu musical que du bien-être mental et social. Les études mentionnées dans cet article démontrent bien l’urgence d’aborder ces enjeux.

 

[1] « Can Music Make You Sick ?Measuring the Price of Musical Ambition », Sally Anne Gross and George Musgrave, University of Westminster Press 2020

[2] https://www.helpmusicians.org.uk/news/publications

[3] https://www.the73percent.com/

[4] « Enquête exploratoire sur la santé et le bien-être dans l’industrie musicale- Un secteur de passionné-e-s sous pression », Par le collectif CURA et la Guilde des Artistes de la Musique – GAM, 2019

[5] Kurt Cobain, Janis Joplin, Jim Morrison et Amy Winehouse, respectivement décédé-e-s à l’âge de 27 ans des suites de consommation abusive de stupéfiants et d’alcool, et qui pour certain.e.s ont donné lieu à un suicide.

[6] « L’économie culturelle en Suisse », Office fédéral de la statistique, 13 octobre 2020

2020 de vrais engagements en faveur de l’Egalité

Merci le confinement, j’ai pu rattraper mes lectures et faire un petit survol de ce qui se pratique chez nos pays voisins en matière d’action visant à atteindre l’égalité dans la culture et particulièrement dans la musique.

Sur nos scènes, dans nos clubs, dans nos associations et entreprises, dans nos théâtres et même au sein des fondations de soutien ou des services de l’administration, où en sommes-nous ? Quelles sont les mesures mises en place par les autorités politiques, par les structures mêmes qu’elles que soient leur taille et leur fonctionnement ?

Est-ce que l’on parle d’actions insurmontables tant en termes de ressources humaines que de moyens financiers alloués? Pour tenter de répondre à cette question, je prendrai le thème des chiffres, de la donnée.

On entend souvent que le manque de statistiques sur l’état des scènes culturelles au regard de leur diversité, est la raison pour laquelle des politiques plus volontaires ne sont pas mises en place ; je parle de politique au sens large, ce qui signifie que j’inclus autant les collectivités publiques, que les groupements de défense des intérêts du secteur, que les structures et leur gouvernance propre.

En ce sens la Fédération Wallonie-Bruxelles a mis en place un projet entre différents opérateurs institutionnels ou semi institutionnels, Scivias, qui a commencé justement par de la collecte de données. C’est intéressant, car plutôt que d’attendre d’avoir et l’ensemble des budgets et la légitimité scientifique de conduire une telle étude, le groupe de pilotage a assumé de récolter des données dans un cadre différent.

En effet, les mêmes données ne pouvaient pas être récoltées de façon identique auprès de chaque partenaire, ni sur les mêmes années. Chaque structure a dès lors précisé les chiffres qu’elle a pu récolter ; le tout ne donne pas un ensemble comparable, toutefois les tendances sont quand même parlantes et l’on peut en tirer des conclusions ; conclusions qui ne sont pas bien différentes de celles des études menées en France de façon peut-être plus systématique par la Fedelima ou par le VPNF aux Pays Bas, toutes deux faîtières des clubs de musiques actuelles:

La proportion de femmes dans l’industrie tout secteur compris varie entre 32 et 40% ;  40 étant le chiffre fourni au niveau européen sur le nombre de femmes présentes dans les équipes des clubs- lire pour cela le rapport 2020 basé sur les chiffres 2017 de Live Dma.

Si on lit cette information de manière brute, on pourrait tirer comme conclusion que le secteur n’est pas paritaire mais reste meilleur en termes de mixité que d’autres secteurs économiques. Toutefois si l’on gratte un peu les couches de ces stats, et qu’on l’analyse en termes de tâches et de métiers occupés par les unes et les autres, c’est là qu’on trouve le poteau rose.

Les postes dits administratifs ou de communication atteignent de magnifiques scores, voire même inversent la tendance, près de 70% de femmes ont une fonction au sein du volet administratif et 60% côté communication.

Par contre, dès que l’on arrive sur les tâches de programmation, de management et de technique, la tendance se renverse de façon brutale, les femmes ne représentent plus que 12% de postes de programmation, 3% dans les métiers techniques chez nos voisins français!

De quel enjeu parle-t-on ici ?

La programmation- qui décide de la couleur et de la tenue des événements, le management- qui décide du comment, à quel moment et la technique- qui a les compétences sur les outils et les consoles, éléments indispensables à la bonne tenue d’un concert et de façon plus global qui détient le savoir du son ?  C’est à ces endroits que le travail reste à faire.

 

Image tirée du rapport sur les statistiques de LiveDma 2020

 

Assez parlé chiffres, que faire chez nous en Suisse ?

Des structures se sont établies pour sensibiliser l’industrie et les pouvoirs publics à cette inégalité ; des regroupements de professionnelles du cinéma, SWAN Swiss Women’s Audiovisual Network par exemple, se sont fédérées pour porter leurs valeurs plus loin. Dans la musique, l’association HelvetiaRockt fournit un magnifique travail d’empowerment via des workshops donnés par et pour des musiciennes.

A Genève, nous avons lancé en 2016 notre label de promotion d’une vie nocturne festive et égalitaire We Can Dance it , à Fribourg c’est le collectif Mille sept sans qui a mis sur pied une charte Aretha à destination des clubs, bars et festivals.

En 2018, nous avons également lancé conjointement PETZI, HelevetiaRockt, We Can Dance iT, la Diversity Roadmap qui donne des pistes et des recommandations, afin de rendre les lieux de musiques plus accessibles et égalitaires. Ce document a également été rédigé sous un angle intersectionnel*, pour aller encore plus loin dans cette notion d’accessibilité des espaces.

 

Quelles mesures peut-on prendre chacun.e à notre échelle?

 

  • Récolter des chiffres selon les moyens de chacun.e et la pertinence de ces derniers

Le moment du constat est passé, tous les chiffres supplémentaires peuvent aider à orienter notre action mais surtout, pourquoi récolter des chiffres ? Pour mesurer les améliorations ou non d’année en année et se donner, pourquoi pas, des objectifs quantitatifs ambitieux.

Dans cette lignée on peut mentionner Keychange une action internationale rejointe par près de 200 structures dont des festivals comme Reeperbahn, Eurosonic ou le MaMA, des agences, des médias, des clubs, qui ont pris l’engagement d’arriver à une parité des genres dans leurs programmes d’ici à 2022.

 

  • Améliorer qualitativement la mixité au sein des équipes

° Intégrer ces questions dans les annonces d’emploi, réfléchir à la complémentarité des postes mais aussi des personnes, intégrer différentes sensibilités, profils, genres…

° Faciliter la conciliation des vies personnelles et professionnelles, notamment pour les jeunes parents.

 

  • Langage épicène et communication inclusive

° Varier les représentations dans l’utilisation des images ;

° Utiliser un langage épicène*, surtout lorsque l’on s’adresse aux artistes ou au public ;

° Eviter les stéréotypes associés aux artiste masculin/féminin sur l’esthétisme de leur musique ou sur des considérations d’ordre physiques.

 

  • Lutter contre les attitudes et les violences sexistes au sein de son équipe

° Avoir une ou plusieurs personnes identifiées pour répondre à ces questions (varier les profils, femme, homme, âge…) et développer un dispositif en cas de harcèlement moral et sexuel ;

° Si la création d’un dispositif interne n’est pas possible, prendre contact avec un service de l’état ou une association qui puisse faire office de « personne de confiance ».

 

  • Améliorer la représentation des femmes sur scène

° Travailler avec une plus grande diversité de partenaires ;

° Lancer des appels ou solliciter des associations qui font ce travail d’empowerment ;

° Nommer des jurys paritaires lors d’attribution de bourses, de soutien ou de concours.

 

Autres actions ? Commencer dès demain.

L’égalité s’illustre aussi dans le nom de nos rues

Je souhaitais partager avec vous lectrices et lecteurs ma lettre envoyée à la commission de la nomenclature du Canton de Genève. Cette commission valide les nouveaux noms des rues et des places publiques dans tout le canton et va devoir se prononcer en fin de semaine sur les nouvelles dénominations proposées par la Ville de Genève.

Le langage est pouvoir, les mots employés, les images utilisées créent du sens et renseignent sur le contexte et les enjeux d’une société en un lieu et à une époque donnée.

Chères, Chers membres de la commission cantonale de la nomenclature,

Vous allez bientôt devoir vous prononcer sur une décision concernant des noms de rues attribuées à des femmes politiciennes, scientifiques, militantes et révolutionnaires.

Vous avez reçu de nombreuses prises de positions négatives sur cette question, ainsi que de nombreux messages positifs, auxquels vient s’ajouter le mien aujourd’hui.

Tout d’abord en tant qu’élue de ma commune et militante dans différents collectifs et associations féministes, je tiens à préciser que cette action ne ressort pas de la seule volonté ou idée de la Ville de Genève et de ses services mais concrétise le travail de nombreuses personnes, associations actives dans le domaine de la prévention, des droits des femmes, des personnes LGBTQI et de l’égalité.

Elle s’inscrit dans un plan plus large de lutte contre les violences sexistes et le harcèlement dans les espaces publics, action politique validée par une large majorité du Conseil municipal de la Ville de Genève. C’est donc au nom de ce consensus politique et de ces luttes de terrain des associations féministes que je vous demande d’accueillir ces changements de noms de rues de manière positive.

La lutte pour rendre les espaces publics sûrs, agréables et accueillants pour toutes et tous passe par la représentation, par les images et les modèles ; de qui parle-t-on, qui occupe et définit les espaces ?

Le débat portant autour du nom d’une rue peut sembler anodin. Le changement de dénomination d’un lieu dans lequel on vit, travaille où l’on a ces habitudes peut être source de critiques négatives, voire d’une certaine angoisse, je le comprends bien et il s’agit d’avoir cette ouverture et ce dialogue pour expliquer le bien-fondé de ces mesures.

Toutefois la motivation égalitaire qui sous tend cette mesure est, à mon sens et au sens de nombreuses personnes, prépondérante sur certaines réactions sans doute légitimes de quelques individus. Il en va d’un projet de société, de la concrétisation en partie de la loi sur l’égalité promulguée en 1996 ; c’est une question d’intérêt général et du respect de nos valeurs et d’une vision plus juste de notre société.

La Ville de Genève a fait un large pas en avant, salué par de nombreuses autres communes en Suisse et à l’étranger. Cette mesure marque l’entrée de notre Ville, et pourquoi pas de notre Canton, dans le 21ème siècle. Continuons cette progression toutes et tous ensemble. Un retour en arrière serait perçu comme une violence, comme une remise en question des engagements pris par de nombreuses collectivités publiques, par la Ville de Genève et par le Canton.

Au regard de ces arguments et en appelant à votre bon sens, j’espère que vous vous positionnerez de manière favorable pour cette action précise et globalement pour plus d’égalité dans nos communes, dans nos quartiers, dans notre Canton, dans notre pays.

En vous souhaitant bonne réception de ce message, je vous adresse mes meilleurs messages.

Albane Schlechten, Conseillère municipale Ville de Genève

Bas les masques, vive les nouveaux panneaux de signalisation de la Ville !

Je me permets de rebondir un peu plus à froid sur la polémique qui s’est développée autour de l’instauration en Ville de Genève d’une nouvelle signalétique comportant des images diversifiées des individu-e-s composant la société dans laquelle nous vivons ; une opération qui aura coûté finalement beaucoup moins cher que ce que certains partis investissent en budget communication pour envoyer leurs champions à l’exécutif de la Ville !

Nous parlons bien ici d’une représentation diversifiée de profils ; des personnages à caractéristiques féminines de corpulences différentes se déplaçant avec une canne, seules ou à deux. Rappelons également que cette action fait partie d’un plan d’action développé sur trois ans et visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les espaces publics. Ce plan a été validé par une majorité des partis du délibératif de la Ville moins les traditionnels partis sexistes, la sainte trinité du statu quo PLR en tête, MCG et une partie de l’UDC. Ce plan présente une liste d’actions allant de la formation des agent-e-s de la police municipale, à des campagnes de sensibilisation et des outils d’action dans les lieux voués au Sport, ainsi qu’à la Culture et au débit de boissons.

Si on s’intéresse un tout petit peu à la thématique ou si l’on veut bien écouter les expertes dont c’est le sujet de doctorat*, ou vos amies, voisines, collègues…les violences sexistes se déclinent sous la forme, peu subtile, d’un continuum de violences : dans la rue, au travail, à l’école, dans les lieux publics, les transports et au domicile. Ces violences nourrissent une stratégie d’exclusion, une non-légitimation des femmes dans l’espace public et son corollaire un manque de liberté de mouvement. Elle se traduit par des réflexions sur les chemins à emprunter, notamment le soir, des trajectoires à contourner, des changements de trottoir ; une panoplie de stratégie d’évitement de conflits ou de situations qui vont nous affliger de manière plus ou moins forte selon leur degré et selon l’énergie que nous avons à disposition pour les contrer ou les contourner.

*je citerais les travaux de Marylène Lieber, professeure en étude genre à L’UNIGE, sur les violences de genre dans les espaces publics.

Les hommes qui agissent de manière sexiste que ce soit à par l’usage de mots, de sifflements, d’attouchements, de contraintes ou d’agressions physiques et verbales se sentent légitimes de la faire car, de manière consciente ou non, durant des siècles, ils ont pensé, et à juste titre puisque les fondements de la société allaient dans leur sens, qu’ils en avaient le droit. On entend aujourd’hui pléthore d’idées reçues autour du harcèlement sexiste et sexuel « les femmes l’aiment secrètement » c’est faux- les femmes ne l’apprécient guère et si elles ne disent souvent rien, c’est pour ne pas envenimer la situation ou parce que -réflexe de survie- elles les ignorent.

Ces panneaux détrônent cette suprématie du masculin dans l’espace public.

En Ville de Genève, sur la moitié des emplacements dévolus à de la signalétique, ce n’est pas le masculin qui l’emporte, comme dans le langage d’ailleurs, mais la diversité des modèles et des représentations. Ces panneaux changent notre manière collective de penser l’usage de l’espace public et achemine à cet endroit un peu d’égalité.

Je ne peux pas croire en toute honnêteté que les personnes qui critiquent ces panneaux n’aient pas saisi l’enjeu et le message sous-jacent qu’ils contiennent ou alors c’est qu’elles n’en souffrent pas et appartiennent donc à la catégorie des privilégiés qui déambulent partout librement ; ou encore, qu’elles ne désirent pas le voir.

Pourtant la logique même de la pose de signalétique est de délivrer un message « sens interdit », « attention travaux » ces messages simples sont faciles à comprendre ; celui des « panneaux de la discorde » l’est aussi ; il requiert juste de réfléchir un poil plus, de s’extraire de ses propres réalités pour saisir l’enjeu sociétal.

Une consultation rapide du nombre de femmes ayant déjà été agressées sexuellement en Suisse- 1 sur 5- aide à comprendre l’objectif de ces panneaux. Si les femmes sont mieux représentées dans l’espace public, elles deviennent légitimes et le rapport de pouvoir s’estompe. Vous savez cette fameuse liberté d’importuner, de siffler, de déranger.

Mais la véritable question est bien là. Sous prétexte d’argent mal dépensé, d’action qui ne sert à rien et j’en passe, ces personnes là ne souhaitent en réalité pas que cet état de fait change.

En fixant ces panneaux aujourd’hui, nous regardons tomber les masques ; les masques des illustrations du sexisme parmi nos concitoyens et concitoyennes, collègues, politiques.

D’ailleurs si vous êtes un parti conservateur, la meilleure des stratégies est encore d’envoyer une femme, certes convaincue par la bien fondé de vos propos, défendre le bout de gras. Comme cela vous comptez les points et vous pouvez affirmer haut et fort « regardez ces femmes elles n’arrivent pas à se mettre d’accord ». Félicitations vous venez de comprendre que toutes les femmes ne sont pas féministes, d’ailleurs tous les hommes n’harcèlent pas sexuellement les femmes, ça fait du bien aussi de le rappeler, j’y penserai en passant à côté du Monsieur à chapeau au rond-point de Plainpalais.

La semaine prochaine je reviendrai avec les noms des places et des rues, quoi que pour m’épargner du temps et de l’énergie je pourrais copier-coller le précédent texte, la logique, les objectifs recherchés et les cibles sont les mêmes, à celles-ci s’ajoutent toutefois le geste délectable de rendre honneur à des femmes artistes, scientifiques, politiciennes, révolutionnaires.

Le parking des Clés-de-Rive, un projet- trois bonnes raison de dire NON !

Un problème de génération, une stratégie de mobilité au centre-ville détournée de ses ambitions, le refus d’être mis en pied du mur.

 

Depuis quelques années, le Canton et la Ville de Genève élaborent de manière conjointe des stratégies d’évitement des quartiers du centre-ville. Ces stratégies s’articulent autour du tracé d’axes dits prioritaires visant à désengorger la circulation dans les quartiers de la Ville.

Cette redirection de la circulation permet d’offrir de l’espace aux habitants-tes, commerçants-tes, et de rendre le quotidien des personnes, de plus en plus nombreuses à choisir la ville comme lieu de vie, plus agréable. Cette stratégie apporte un peu de quiétude dans ces quartiers à la densité d’habitantes et d’habitants très élevée.

En Ville de Genève on commence à voir progressivement ces plans de circulation se dessiner ; les axes de la moyenne ceinture, la nouvelle place Cornavin dont le projet a été présenté dernièrement, ces modifications de tracés routiers ayant pour but de fluidifier, d’apaiser le trafic au centre-ville. A ces actions, s’ajoutent celles en faveur de l’encouragement à la mobilité douce ; la voie verte, le U Cyclable autour de la rade et le Léman express.

Et là, à peine quitté le pont du Mont Blanc, toujours en plein cœur de la ville, on buterait sur …une entrée de parking !

Donc d’un côté on détourne le trafic du centre-ville, on favorise l’évitement des quartiers, on draine les flux autour de ces axes de circulation, mais en fin de compte, le parcours du jeu de l’oie se termine en son centre par un parking…

Rappelons également qu’un autre parking est en préparation, lui à la gare des Eaux-Vives et qu’il proposera plus de 700 places.

Il y a derrière ce projet, un clivage sans doute générationnel ; aujourd’hui il faut impérativement faire le deuil de la place de parc devant sa boutique, sa librairie, son magasin d’électroménager et privilégier les alternatives ; des livraisons en vélo cargo, des circuits de proximité, des programmes de réparation au sein des quartiers qui visent aussi à lutter contre l’obsolescence programmée. Le présent et l’avenir ce sont les transports en commun, le vélo, la marche à pied et pourquoi pas les véhicules- électriques- partagés.

En abordant ce projet sous l’axe générationnel, on fait aussi, bien sûr, allusion à une vision à long terme ; on parle sur cet objet de la construction d’un parking bénéficiant d’un droit de superficie de 65 ans avant un retour à la Ville de Genève.

Quel message portons-nous lorsque la vision de la Ville

est véhiculée par un parking ?

 

Chacun-e sa voiture, chacun-e sa place de park c’est fini !

Enfin, sur le contenu politique; le projet est ficelé de manière à nous laisser croire que nous n’avons pas le choix : pour jouir des aménagements piétons, des espaces de rencontre, de déambulation, des terrasses, il faudrait dire oui à un parking…c’est comme si la Ville perdait son droit d’aménager sa propre voirie ou le faisait sous conditions…cette manière de lier les objets et d’exercer une forme de chantage est très déplaisant.

Bien évidemment, ces espaces publics, ce rond-point de Rive- odieux aujourd’hui, aménagé demain, donnent à rêver… l’image est attrayante ; oui c’est tentant mais que valent des espaces de rencontres, des zones piétonnes si le fluide général des voitures ne baisse pas, notre centre-ville peut-il être attractif avec tous ces véhicules qui le traversent chaque jour ?

Aujourd’hui, en 2019, alors que la Ville de Genève, dans le mouvement lancé par différentes villes et états à travers le monde, a déclaré l’urgence climatique, nous devons refuser que le nombre de voitures augmentent. Nous ne devons pas céder à des pressions, des lois à peine votées, déjà dépassées.

Afin de préserver une paix sociale de la mobilité, on arrive à Genève à voter des lois qui disent oui à tous les modes de transport, pour ne froisser personne et surtout ne satisfaire personne. La question n’est plus de savoir si les voitures roulant aux énergies fossiles vont disparaître mais à quelle échéance celles-ci vont disparaître.

Préparer la transition écologique c’est voter aujourd’hui les changements de demain ; c’est fâché sans doute aujourd’hui le lobby automobile pour le bien des générations à venir.

Tant que le trafic ne baissera pas de manière conséquente, les espaces du centre-ville seront pris entre deux feux, les zones d’embouteillage seront toujours condensées aux mêmes endroits et les utilisatrices et utilisateurs toujours fâchés et agressifs les uns envers les autres, les piétons avec les voitures, les vélos contre les voitures et parfois les piétons également envers les cyclistes.

Enfin, les parkings qui évitent qu’un nombre insupportable de voitures circulent dans nos rues du centre cela existe, on les appelle des P+R.

Le Canton a pour ambition d’ailleurs d’en construire de nouveaux dans le cadre de la stratégie entourant le Léman Express ; pour ces réalisations on ne parle pas d’échéance à 2030, on parle d’un train qui va être inauguré le mois prochain !

Il s’agit aujourd’hui de dire stop et de changer de paradigme, oui à des zones piétonnes, oui à des espaces de rencontre, NON à un projet d’aménagement hors de son temps, NON à un parking à l’hyper centre de Genève !

Netflix-Spotify, Cinéma-Pop Music: Même combat?

Taxer les plateformes de diffusion de contenus et soutenir ainsi la création et le développement des artistes suisses?

Après l’excellente idée du Conseil fédéral qui introduit dans son message culture 2021-2024 le principe de prélèvement d’une partie du chiffre d’affaires de distributeur de contenu tel que Netflix, pourquoi ne pas intégrer également cette procédure en ce qui concerne la musique ?

Cela passerait par l’obligation pour les plateformes de streaming telles que Spotify, Deezer ou encore Apple/Google music de redistribuer 5% du chiffre d’affaires réalisé en Suisse via la publicité et le nombre d’abonnements à travers un fonds de soutien à la création et au développement de carrière, afin de contribuer à rendre notre scène encore plus attractive.

Le sujet est d’actualité alors que le message culture est mis en consultation jusqu’en septembre, que la modification de la loi sur le droit d’auteur est discutée actuellement à Bern et que l’état français peine à convaincre ses partenaires de l’UE d’introduire une taxe sur les GAFA*.

Pour rappel, selon la Statistique de poche de la culture 2017, le segment du streaming en Suisse représente 34,4 mio de chiffre d’affaire et le téléchargement 18,1 mio.

Les fonds ainsi récoltés iraient aux structures de soutien et de développement des artistes ; telles que la Fondation Cma côté Suisse romand par exemple, et les labels, en fonction du nombre d’artistes qu’ils soutiennent.

Cette proposition répond à deux ambitions du message ; le soutien à la création et le pas restant à faire vers le numérique.

En se dotant d’outil de pilotage du digital, on peut se (ré) approprier des droits, avoir un impact et développer une réelle politique de consommation de la musique en ligne favorisant un système plus juste de rétribution des œuvres et des artistes.

 

*Google, Amazon, Facebook et Apple

Le sexisme se loge dans les détails…attention aux mots!

Une polémique a éclos ces derniers jours autour d’une campagne de publicité d’un salon de services de prostitution dont je tairai le nom, sa promotion ayant jusque là très bien fonctionné. Cette affiche est une réponse directe à la mobilisation des femmes et des féministes du 14 juin; jusque là on peut être d’accord ou non, s’offusquer de la réappropriation mais rien à signaler. Cette entreprise a tout à fait le droit de jongler sur un fait d’actualité.

Le message est problématique sous deux aspects; une question de statut du travail d’un côté et une question de langage sexiste de l’autre.

Deux mots “nos femmes”.

Premièrement les employées de ce salon se verrait privées de leur droit de grève; s’il y a bien un domaine invisibilisé qui mérite de s’exprimer le 14 c’est bien celui du travail du sexe. Deuxièmement, cette expression”nos femmes” est une une dénomination sexiste, issu d’un autre temps, qui véhicule une violence, symbolique dans le cadre d’une affiche, mais qui reste malheureusement le point d’entrée de nombreuses violences faites aux femmes jour après jour; l’appropriation du corps de la femme est une forme d’objectivation et de déni d’individualité à part entière. “Nos femmes” on se croirait dans un mauvais remake de la guerre du feu et autres réjouissances préhistoriennes…il faut protéger, défendre nos femmes….le langage est une arme, le choix des mots est important.

Si ces personnes travaillant dans ce salon bénéficient, au dires de beaucoup, de meilleures conditions de travail qu’ailleurs dans ce milieu, alors raison de plus pour ne pas les enfermer dans un rapport de domination machiste et déplacé; pourquoi ne pas parler de “nos employées” voire “notre équipe”. On les mentionne dans cette pub dans le cadre de leur activité professionnelle uniquement, alors autant employer le bon terme…bordel!