Lindsey Vonn peut-elle se prévaloir de l’égalité des sexes?

Lindsey Vonn n’en démord pas: elle souhaite participer à une descente avec les hommes avant de mettre un terme à sa brillante carrière. Par sa fédération nationale, elle a adressé une requête formelle à la Fédération Internationale de Ski (FIS) au début de cette saison 2017/18, son but étant de participer à la descente de Lake Louise en novembre 2018 avec ses congénères masculins. Une requête similaire avait déjà été rejetée il y a 5 ans et il y a à vrai dire peu de chances que la FIS change de point de vue. C’est l’occasion de faire le point sur le sport et l’égalité.
Selon la Charte olympique, le principe de non-discrimination est l’un des principes fondamentaux de l’Olympisme:  “La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Charte olympique doit être assurée sans discrimination d’aucune sorte, notamment en raison de la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.”
Malgré une telle déclaration, personne ne peut soutenir que le sport est égalitaire. En réalité, s’il y a bien un domaine où il n’y a pas d’égalité, notamment entre les sexes, c’est bien le sport: il y a le sport masculin et le sport féminin. Une femme n’a pas accès à une compétition masculine et vice-versa. Et c’est bien normal : la femme n’est physiquement pas l’égale de l’homme. Il est donc légitime que le sport soit organisé différemment selon le sexe de l’athlète. Il en va de l’égalité des chances. Si Lindsey Vonn a le plus grand palmarès féminin de tous les temps, avec 77 courses de coupe du monde remportées, elle n’en aurait vraisemblablement jamais gagné aucune si elle devait se mesurer à ses homologues masculins.
Maintenant, si Lindsey Vonn estime qu’elle a des chances de battre quelques hommes, pourquoi finalement ne pas la laisser participer à une descente masculine?
Il paraît acquis que Lindsey Vonn ne remplit pas plusieurs critères du règlement de la FIS pour participer à une course masculine; je pense que la FIS ne pourra pas répondre favorablement à sa demande, sauf à faire une exception, ce qui serait du reste un coup de maître sous l’angle du marketing. Les américains l’ont bien compris. Par contre, si un juge devait un jour trancher la question, il lui serait certainement difficile de donner tort à Lindsey Vonn sur le principe. Refuser l’accès à une compétition du seul fait que l’on est une femme ressemble en effet furieusement à une discrimination, non?
Il n’y pas qu’en matière d’égalité des sexes que le sport est discriminant. C’est aussi le cas en matière de nationalité, quoiqu’en dise la Charte olympique. En effet, les grandes compétitions internationales, comme les Jeux Olympiques, ne regroupent pas les meilleurs athlètes. La raison est simple: on veut que les cinq continents soient représentés. Un tel but est louable: cela évite que les nations trop fortes soient surreprésentées. Imaginez un seul instant que seuls des critères sportifs soient pris en compte: le marathon olympique serait sûrement composé que d’athlètes kényans ou éthiopiens. Et la moitié des participants des courses de ski seraient autrichiens.
La règle de la représentativité donne par ailleurs des images sympathiques, pour ne pas dire mémorable. On a tous en tête les Jeux de Sydney où “Eric l’anguille”, nageur de Guinée équatoriale, réalisa son 100m nage libre avec un style, comment dire, peu orthodoxe (allez voir les images ici).
Quoi qu’en dise la Charte Olympique, il existe bien dans le sport une discrimination fondée sur la nationalité puisque le critère sportif n’est pas suffisant pour se qualifier à une compétition internationale, comme les Jeux Olympiques ou un championnat du monde. Un marathonien kényan peut être l’un des meilleurs au monde, il ne sera pas qualifié s’il est le 4ème dans la hiérarchie de son pays. Il y a bien discrimination car la seule raison pour laquelle il n’ira pas aux Jeux Olympiques n’est pas qu’il n’est pas assez fort, mais simplement qu’il est ressortissant du Kenya.
Le sacro-saint principe d’égalité ancré dans la Charte olympique est donc très relatif et n’a certainement pas la même portée que le principe d’égalité tel qu’il est inscrit dans la Convention européenne des droits de l’homme et dans la constitution d’un état démocratique. Le CIO risque d’être bien embêté le jour où une skieuse autrichienne contestera sa non-qualification en faisant valoir qu’elle est discriminée du fait de sa nationalité, en violation flagrante d’un des grands principes de l’Olympisme.
En inscrivant le principe de non-discrimination dans sa Charte olympique, le CIO tente peut-être de redorer son blason car il ne faut pas oublier que malgré tous ses mérites, le Baron Pierre de Coubertin, père de l’Olympisme moderne, était un misogyne convaincu, sans parler de ses idées colonialistes et racistes. Au sujet des femmes, il déclarait par exemple:
«Le rôle de la femme reste ce qu’il a toujours été: elle est avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille, et doit être élevée en vue de cet avenir immuable».
Les féministes apprécieront! “O tempora, o mores”

Affaire Constantin: à Fr. 100’000.- l’amende, ça fait combien la baffe?

“Double sanction contre Christian Constantin”. Tels sont les termes du titre du communiqué de presse du 12 octobre 2017 de la Swiss Football League. Double sanction car le bouillant président sédunois écope d’une amende de 100’000 francs et d’une interdiction de terrain de 14 mois.

C’est complétement insensé pour ceux qui estiment que Constantin a bien fait de régler ses comptes à l’ancienne, un peu à la manière d’Obélix donnant quelques baffes à un pauvre légionnaire romain; c’est bien trop peu pour ceux qui pensent qu’un président de club doit montrer l’exemple ou, à tout le moins, se montrer plus intelligent que le plus benêt de ses supporters.

Je ne disserterai pas sur le caractère adéquat des sanctions imposées par la ligue. Le sentiment de justice est propre à chacun; de surcroît, le sport déchaine de telles passions qu’il est impossible de réconcilier les avis de tous.

Pour sa défense, le président Constantin soutient que la ligue est incompétente (au sens juridictionnel) pour le sanctionner. Quelle que soit la valeur de l’argument, il a au moins le mérite de poser une question intéressante: et si c’était la justice ordinaire qui devait trancher le cas, que risquerait Christian Constantin?

Vraisemblablement, une poignée de jours-amende avec sursis et sûrement une amende de quelques centaines de francs pour faire bon poids!

Un arrêt rendu ces tous derniers jours par le Tribunal fédéral dans un fait divers permet de jauger les sanctions pénales: un cycliste visiblement énervé par des gendarmes selon lui trop zélés les traite de  “connards”, crache sur le capot de leur véhicule avant de prendre la fuite et de leur faire un doigt d’honneur. Résultat des courses? Une peine pécuniaire de 20 jours-amende avec sursis pour injure et opposition aux actes de l’autorité.

Alors, trop sévère la justice sportive?

A vrai dire, comme toute association, l’Association Suisse de Football (ASF) est libre d’adopter ses propres règles. Ces règles peuvent être discutées démocratiquement lors des assembles générales par ses membres, c’est à dire les clubs de football, dont le FC Sion fait bien entendu partie. Les règles associatives peuvent être sévères mais elles sont légitimes en ce sens qu’elles sont approuvées par les membres.

Dans le cas d’espèce, le règlement disciplinaire de l’ASF prévoit une amende jusqu’à Fr. 100’000.- contre des personnes physiques et prévoit aussi dans son arsenal de sanctions l’interdiction de terrain. Certes, l’amende maximale est dix fois plus élevée que celle prévue par le Code pénal, mais les clubs suisses l’ont voulu ainsi et l’ASF n’a pas de comptes à rendre à ceux qui ne sont pas ses membres.

Cela étant, il me paraît dangereux de comparer sanctions sportives (ou plus exactement disciplinaires) et sanctions pénales car les enjeux ne sont pas les mêmes. Prenons le football professionnel: les salaires de certains joueurs sont tellement astronomiques que vouloir appliquer des amendes de droit commun n’aurait aucun effet dissuasif. Toutefois, le système n’est pas sans limite: dans le fameux arrêt Matuzalem, le Tribunal fédéral a jugé que l’interdiction qui avait été faite à ce joueur brésilien de jouer jusqu’à ce qu’il rembourse près de 12 millions d’euros à son ancien club constituait une entrave inacceptable à sa liberté économique (le droit d’exercer son métier en l’occurrence).

En matière de dopage aussi, les règles sont impitoyables: la sanction de base pour un sportif dopé volontairement est une suspension de 4 ans! Imaginez ce que cela donnerait si l’on appliquait de telles sanctions en matière d’alcool au volant. “Via Secura” deviendrait alors une loi clémente. Mais lorsque la régularité des compétitions est en jeu, le monde du sport doit taper fort, sous peine de renier ses valeurs les plus fondamentales.

Il est ainsi bien difficile de faire des parallèles entre les règles sportives et les règles civiles ou pénales car les valeurs à protéger sont parfois différentes. Pour en revenir à Christian Constantin, ou plutôt à Rolf Fringer, “il a pris sa paire de baffes et son coup de pied au cul”, comme dans une cour d’école ou un camp de légionnaires du temps de la Gaule, 50 ans av. J.-C.

Le prix d’une baffe doit-il vraiment être si différent selon qu’elle est donnée par un président de club sur un terrain de football ou par un simple pékin dans la rue?

Le débat n’est pas prêt de s’arrêter, mais une chose est sûre: lorsqu’on est président de club, il faut bien accepter les règles du jeu ou, plus exactement, les règles de l’association à laquelle on appartient.

Le cas Ben Arfa et le droit de jouer à haut niveau

Après les transferts retentissants de Neymar et Mbappé, le Paris Saint Germain continue d’alimenter l’actualité dans un autre registre. C’est cette fois Ben Arfa qui est à l’ordre du jour puisque l’on apprend qu’il est écarté sans ménagement de l’équipe première pour être relégué en CFA (le championnat de France amateur). Il aurait semble-t-il court-circuité son entraîneur ainsi que le président du club pour aller plaider directement sa cause (et sûrement son mécontentement) auprès de l’Emir du Qatar, propriétaire du club. Cela aurait déplu. (suite…)

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Le transfert de Neymar au PSG: un joli passement de jambes

Il semblerait donc bien que Neymar puisse se libérer de son contrat avec Barcelone pour rejoindre le Paris Saint-Germain, moyennant paiement de la clause de départ de 222 millions d’euros.

Au-delà du montant qui est inimaginable et dont Le Temps a déjà fait état dans un excellent article du 25 juillet, c’est le montage financier de la transaction qui interpelle. En substance, le PSG ne dépensera formellement pas un centime car c’est le joueur lui-même qui va racheter sa clause libératoire… grâce à la rémunération qu’il perçoit par le Qatar pour devenir ambassadeur de la Coupe du Monde 2022. (suite…)

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Football – la comédie du marché des transferts

Les compétitions sont (presque) terminées, l’été est là, les agents de joueur s’agitent, les rumeurs les plus folles circulent. Pas de doute, nous voilà à nouveau en pleine période des transferts. Le “mercato” a commencé. Ou plutôt la “commedia dell’arte“, tant certaines négociations virent à la comédie. Va-t-on assister au transfert du siècle? A quelle rumeur puis-je me fier? Quel sera le feuilleton de l’été? Et comme chaque année, on a droit à notre lot d’agacements. Certains joueurs se comportent comme des divas, mais ont-ils des circonstances atténuantes? (suite…)

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Faisons de Sion 2026 un symbole d’unité nationale

Hier soir, plus de 350 invités se sont réunis au Convention Center de l’EPFL pour assister à l’une des premières présentations publiques du projet de candidature de Sion pour les Jeux Olympiques d’hiver 2026. Après une présentation de haut vol et une table-ronde qui a permis à Christian Constantin de divertir la foule, l’auditoire s’est rapidement montré conquis. Le projet est déjà extrêmement abouti, comme en témoigne le dossier de présentation, et on peut déjà facilement se projeter dans ces jeux alpins même si neuf ans nous séparent encore de la cérémonie d’ouverture. (suite…)

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Maria Sharapova à Roland Garros, avec quelle légitimité?

Dans dix jours, la direction de Roland Garros fera savoir si Maria Sharapova est invitée au tournoi parisien. Pour rappel, cette championne a été suspendue pendant 15 mois à la suite d’une infraction aux règles antidopage et n’a plus un classement suffisant pour entrer dans le tournoi; la logique des chiffres voudrait donc qu’elle ne joue pas, à moins de recevoir une invitation. Serait-il juste que la double tenante du titre (2012 et 2014) puisse fouler la terre battue parisienne du fait de la magnanimité des organisateurs? (suite…)

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Quand un petit kazakh incarne les valeurs de l’Olympisme

Les opinions que vous trouverez habituellement dans cette rubrique ont pour objet de décortiquer ce qui fait débat dans le sport. Entre les incessantes affaires de dopage, les basses manœuvres politiques, les comportements parfois révoltants des sportifs, dirigeants et supporters, on est servi! Il n’y a pas une semaine sans que le sport fasse parler de lui dans le plus mauvais sens du terme. Ces derniers jours nous l’ont encore montré: que penser des agissements honteux de ces abrutis qui se prétendent fans de sport qui ont récemment envahi la pelouse du stade maudit de Furiani pour agresser les joueurs de l’équipe adverse ou, plus près de chez nous, de ceux qui ont caillassé le bus du Servette FC?

En cette période de fêtes de Pâques, mon billet du jour ne relatera un de ces tristes épisodes; il sera plus personnel, mon souhait étant de montrer que le sport peut encore servir d’exemple. (suite…)

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Les réanalyses d’échantillons : un instrument de lutte équitable contre le dopage ?

Dans le cadre de son plan de lutte contre le dopage, le Comité International Olympique (CIO) a décidé de procéder à de nouvelles analyses sur plus de 1’500 échantillons prélevés lors des Jeux Olympiques de Pékin (2008) et de Londres (2012). Le but de ces réanalyses est de déceler de nouveaux cas positifs grâce à des méthodes d’analyses plus performantes qui n’existaient pas encore au moment des premiers tests. En clair, la volonté du CIO est d’attraper les tricheurs qui étaient passés entre les mailles du filet grâce à des méthodes de dopage alors indécelables.

Les dernières décisions disciplinaires du CIO sont tombées au début du mois de février 2017 ; certaines d’entre elles sont d’ores et déjà contestées devant le Tribunal Arbitral du Sport. On pense notamment à l’appel déposé par le sprinter jamaïcain Nesta Carter qui s’est vu retirer la médaille d’or obtenue lors du relais 4x100m des Jeux Olympiques de Pékin, avec pour conséquence de privé ses trois coéquipiers, dont Usain Bolt, du métal gagné.

A ce jour, 101 athlètes, dont 52 médaillés, ont été disqualifiés rétroactivement. Deux sports comptent un triste palmarès : l’haltérophilie recense 47 cas positifs et l’athlétisme 43. 29 haltérophiles se sont vus intimer l’ordre de retourner leurs médailles, ce qui représente un tiers des médailles attribuées lors de ceux deux olympiades ! Autant dire que les podiums sont décimés.

Un coup d’œil aux nations concernées permet de réaliser que la grande majorité des athlètes qui se sont fait attraper provient de l’ancien bloc de l’Est, les russes arrivant en tête avec près d’un tiers des cas. (suite…)

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Lutte contre le dopage: l’heure des sanctions collectives a-t-elle sonné?

Depuis le 13 novembre 2015, la Fédération Russe d’Athlétisme est suspendue de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) à la suite de multiples affaires de corruption et de dopage. Les effets de cette suspension se sont notamment fait ressentir lors des derniers jeux olympiques à Rio lors desquels aucun athlète russe n’a été admis à participer, à l’exception de la seule Darya Klishina, finalement repêchée par le Tribunal Arbitral du Sport dans des circonstances rocambolesques.

Il y a quelques jours, le 6 février dernier, l’IAAF a annoncé que la Russie demeurait suspendue ; toutefois, un programme est mis en place pour que les athlètes russes les plus honorables puissent participer aux compétitions internationales, notamment aux prochains championnats du monde, sous couleurs neutres. L’intérêt individuel de ceux qui peuvent établir leur innocence est ainsi préservé.

La suspension d’une fédération nationale est une sanction sans précédent et qui marque les esprits dans la mesure où la Russie est un acteur de premier plan en athlétisme, le sport roi du programme olympique. Toutefois, que la Russie demeure suspendue est loin d’être une surprise compte tenu des révélations qui ont fait l’effet d’une bombe l’été dernier. La bombe en question est le fameux « Rapport McLaren » qui a révélé un vaste système de falsification destiné à protéger des athlètes russes dopés. (suite…)

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