Le cas Ben Arfa et le droit de jouer à haut niveau

Après les transferts retentissants de Neymar et Mbappé, le Paris Saint Germain continue d’alimenter l’actualité dans un autre registre. C’est cette fois Ben Arfa qui est à l’ordre du jour puisque l’on apprend qu’il est écarté sans ménagement de l’équipe première pour être relégué en CFA (le championnat de France amateur). Il aurait semble-t-il court-circuité son entraîneur ainsi que le président du club pour aller plaider directement sa cause (et sûrement son mécontentement) auprès de l’Emir du Qatar, propriétaire du club. Cela aurait déplu.

Le précédent de Xamax

Au-delà de l’immense gâchis sportif que représente cette mise à ban, ce nouvel épisode n’est pas sans rappeler une affaire qui avait occupé les instances judiciaires suisses il y a quelques années. On ne parle plus du PSG mais de Neuchâtel Xamax, saison 2005-2006, alors que l’entraîneur Blazevic était aux commandes.

Les faits sont les suivants: à la mi-temps d’un match, le capitaine de l’équipe critique ouvertement une option tactique du coach. Mal lui en prend car son intervention lui vaudra son exclusion immédiate de l’équipe première. Ce joueur, rétrogradé ensuite dans l’équipe des moins de 21 ans, décide alors de résilier son contrat avec effet immédiat, avant d’ouvrir action en justice contre son ancien club. Avec succès.

Sur le plan pénal d’abord, le joueur obtient la condamnation de l’entraîneur qui l’avait qualifié dans la presse de “traître” et d'”imbécile”. Sur le plan civil ensuite, il a également gain de cause en obtenant des dommages-intérêts, notamment une indemnité pour tort moral. Certes, on est bien loin des millions du dernier mercato (l’indemnité pour tort moral a été fixée à CHF 15’000), mais les enseignements à tirer de ce litige sont importants.

Le droit de jouer à haut niveau

Dans un arrêt du 28 avril 2011 (ATF 137-III-303), le Tribunal fédéral confirme les décisions rendues à l’échelon cantonal en faveur du joueur. Il était dans son bon droit de résilier son contrat de travail et son éviction de la première équipe a été jugée excessive. Le considérant suivant est particulièrement digne d’intérêt:

“Il est évident qu’un footballeur professionnel jouant en première division doit, pour conserver sa valeur sur le marché du travail, non seulement s’entraîner régulièrement avec des joueurs de son niveau, mais aussi disputer des matchs avec des équipes du niveau le plus élevé possible. Or, l’intimé n’avait plus aucun espoir de disputer un match et n’était plus admis qu’à s’entraîner avec une équipe d’un niveau inférieur au sien. Fondée sur une réaction disproportionnée, l’attitude du club lésait gravement l’intérêt de l’intimé à exercer l’activité pour laquelle il avait été engagé. A cela s’ajoute que l’entraîneur – qui était son supérieur hiérarchique et représentait l’employeur – s’était exprimé, par la voie de la presse, en qualifiant l’intimé de traître et en montrant qu’il le tenait pour un imbécile. La situation était ainsi devenue insupportable pour l’intimé, de sorte que l’on peut aisément comprendre qu’il n’ait pas voulu continuer de rester, jusqu’à l’échéance du contrat, dans un club où il était méprisé et où il n’avait plus la possibilité d’être sélectionné pour un match. L’attitude adoptée par le club vidait le contrat de son sens. Dans ce contexte, on ne pouvait pas exiger de l’intimé la continuation du rapport de travail. Les conditions d’une résiliation immédiate pour justes motifs au sens de l’art. 337 al. 1 CO étaient donc réunies.”
En d’autres termes, les juges fédéraux consacrent pour les joueurs de football professionnels un véritable droit à travailler (pourtant, un employé normal voit plutôt dans le travail qu’il accomplit une obligation plutôt qu’un droit…). Mieux, ils ont le droit de pratiquer le football au niveau qui est le leur et non pas dans une équipe de réserve.

Moralité

Pour revenir au cas Ben Arfa, il a annoncé qu’il allait saisir les instances du football pour réintégrer la première équipe. Si l’affaire devait être résolue selon le droit suisse, nul doute qu’il pourrait se prévaloir du précédant du Neuchâtel Xamax. Personnellement, si j’étais le joueur, et à la lumière de la jurisprudence citée plus haut, je résilierais mon contrat avec effet immédiat pour m’engager dans un club qui n’évoluerait pas en CFA, ce qui aurait aussi le mérite de priver mon club de toute indemnité de transfert. A tout le moins, j’utiliserai l’argument pour négocier un transfert et sortir de l’impasse.

 

Le transfert de Neymar au PSG: un joli passement de jambes

Il semblerait donc bien que Neymar puisse se libérer de son contrat avec Barcelone pour rejoindre le Paris Saint-Germain, moyennant paiement de la clause de départ de 222 millions d’euros.

Au-delà du montant qui est inimaginable et dont Le Temps a déjà fait état dans un excellent article du 25 juillet, c’est le montage financier de la transaction qui interpelle. En substance, le PSG ne dépensera formellement pas un centime car c’est le joueur lui-même qui va racheter sa clause libératoire… grâce à la rémunération qu’il perçoit par le Qatar pour devenir ambassadeur de la Coupe du Monde 2022.

Voici donc une belle feinte, digne des plus beaux gestes de Neymar lui-même: le montage est implacable puisqu’il n’implique pas le PSG; il doit permettre à ce club de ne pas violer les règles de l’UEFA sur le fair-play financier. Pour rappel, le fair-play financier doit éviter que les clubs vivent au-dessus de leur moyens et qu’ils dépensent plus que ce qu’ils ne gagnent. L’un des objectifs de ce système est de faire diminuer la pression exercée par les salaires et les transferts, et limiter l’inflation. Savoir si un tel but est atteint est un autre débat mais on aura vite compris que le PSG ne pouvait que très difficilement payer le montant astronomique de la clause libératoire, tout en respectant les règles financières adoptées par les instances du football européen.

En Espagne, on ne l’entend du reste pas de cette oreille. Les propos du président de la Liga espagnole sont percutants:

“Non, nous n’acceptons pas l’argent d’un club comme le PSG. Ce club enfreint des règles et des lois, celles de l’UEFA, le fair-play financier, les lois de l’Union européenne et de la concurrence en Suisse. (…) Le PSG est un exemple clair de dopage financier”. 

La Liga est passée de la parole aux actes puisque, effectivement, elle a refusé le chèque que lui a amené triomphalement le représentant du joueur.

Admettons que l’UEFA empoigne le dossier Neymar et qu’elle estime que le montage trouvé constitue un abus de droit destiné à contourner les règles sur le fair-play financier, comme d’aucuns le pensent. Que risque le PSG?

Selon l’article 29 des Règles de procédure régissant l’Instance de contrôle financier des clubs de l’UEFA, les mesures disciplinaires suivantes peuvent être imposées:
a) la mise en garde,
b) le blâme,
c) l’amende,
d) la déduction de points,
e) la rétention de recettes provenant d’une compétition de l’UEFA,
f) l’interdiction d’inscrire de nouveaux joueurs à des compétitions de l’UEFA,
g) une restriction du nombre de joueurs qu’un club peut inscrire pour participer aux compétitions de l’UEFA, y compris une limitation financière des coûts globaux des prestations en faveur du personnel pour les joueurs inscrits sur la liste A aux fins des compétitions interclubs de l’UEFA;
h) la disqualification de compétitions en cours et/ou l’exclusion de compétitions à venir,
i) le retrait d’un titre ou d’un mérite

Il est fréquent que des arrangements soient trouvés entre les clubs et l’UEFA lorsqu’une mise en conformité est mise en œuvre, mais il arrive aussi fréquemment que des clubs écopent de sanctions sévères comme l’exclusion de toute participation aux compétitions de clubs de l’UEFA pendant une ou plusieurs saisons.

Dans le pire des scénarios, le PSG pourrait goûter au comble de l’ironie puisque le transfert de Neymar pourrait lui coûter la participation à des compétitions européennes, alors qu’il est censé lui permettre de gagner (enfin) la Ligue des Champions après plusieurs échecs. Affaire à suivre, mais quoi qu’il en soit, je salue l’ingéniosité du montage.

Football – la comédie du marché des transferts

Les compétitions sont (presque) terminées, l’été est là, les agents de joueur s’agitent, les rumeurs les plus folles circulent. Pas de doute, nous voilà à nouveau en pleine période des transferts. Le “mercato” a commencé. Ou plutôt la “commedia dell’arte“, tant certaines négociations virent à la comédie. Va-t-on assister au transfert du siècle? A quelle rumeur puis-je me fier? Quel sera le feuilleton de l’été? Et comme chaque année, on a droit à notre lot d’agacements. Certains joueurs se comportent comme des divas, mais ont-ils des circonstances atténuantes?

Quand les contrats ne valent plus rien

En football, les contrats sont en général conclus pour un nombre déterminé de saison. A priori, chacun devrait y trouver son compte: le footballeur obtient la garantie d’avoir un club pour une certaine durée; quant à l’équipe, elle sait qu’elle peut compter sur un joueur pour plusieurs saisons et peut ainsi construire un effectif sur la durée.

En théorie, tant les clubs que les joueurs doivent respecter les contrats jusqu’à leur échéance. En bonne logique, un transfert ne devrait être évoqué qu’en fin de contrat. En pratique toutefois, on s’assied sur les contrats et on assiste à de belles parties de poker menteur. Les rumeurs vont bon train, les médias s’en régalent et les fans peuvent disserter sans fin sur le visage que présentera leur équipe lors de la nouvelle saison.

Le cas d’école est le suivant: un joueur prolonge son contrat pour quelques saisons supplémentaires en obtenant au passage quelques millions en plus. Or, la signature du contrat n’est pas encore sèche que ce même joueur émet soudainement le souhait de changer d’air. Son salaire n’est plus à la hauteur de ses dernières prouesses, les supporters se montrent ingrats, l’équipe n’est pas au niveau de ses ambitions, une nouvelle recrue a mieux négocié que lui, etc… Le club lui manquerait donc de “respect” en ne lui offrant pas un meilleur salaire, même si le contrat a déjà été renégocié à la hausse il y a juste quelques mois. Pour mettre toutes les chances de son côté, ce joueur pourra compter sur son agent pour obtenir des offres d’autres clubs pour négocier en position de force et, si cela ne suffit pas, il passera au boycott de la reprise de l’entraînement. Toute ressemblance avec un cas réel est bien sûre involontaire.

Dans ce grand jeu, chacun prend grand soin de véhiculer des rumeurs et de promulguer de fausses informations. Alors certes, cela anime la période estivale, mais le spectacle est souvent pathétique. Franchement, est-ce trop demander à un joueur qui gagne des millions de faire preuve de loyauté?

Les plus romantiques voudraient que ces vedettes montrent un peu d’attachement à leur maillot. Plus prosaïquement, le moins que l’on puisse attendre d’un joueur est qu’il respecte son contrat. N’est-ce pas là son devoir le plus élémentaire? Si on s’engage pour jouer pour un club pour une durée déterminée, alors on respecte la parole donnée et on ne fait pas de chantage en cours de contrat pour obtenir d’avantage. Aussi puissants peuvent-ils être, les footballeurs restent des employés, avec les obligations que cela entraîne.

Des footballeurs mercenaires

Depuis l’adoption de la libre-circulation des travailleurs en Europe et le fameux arrêt Bosman, les footballeurs sont devenus des mercenaires. On ne joue plus pour le club de sa ville, de sa région ou de son pays, comme au temps où les frontières existaient encore. Désormais, le marché est globalisé et on joue pour le club qui paie le plus.

A vrai dire, ce n’est pas là que le bât blesse; franchement, nous sommes tous comme les footballeurs: si une entreprise nous offre de meilleures conditions, on change d’employeur. Business is business. On peut difficilement reprocher à quelqu’un d’accepter une offre d’un employeur plus généreux, surtout lorsque l’on a que quelques années pour gagner sa vie comme les sportifs professionnels.

Ce qui interpelle est que les engagements ne sont plus respectés, à tout le moins par les footballeurs qui sont suffisamment puissants pour imposer leurs propres règles. C’est la loi du plus fort alors que les contrats sont précisément conclus pour éviter de tels dérapages.

A la décharge des footballeurs, le problème peut aussi être vu sous un autre angle: les carrières sportives sont courtes. S’engager par exemple pour cinq saisons, soit un tiers de sa carrière, peut paraître excessif. Imaginez qu’on vous demande de travailler un tiers de votre carrière pour le même employeur, sans possibilité de changement. Qu’en penseriez-vous? On sait que si le cadre est trop rigide, il finira par éclater.

Un club est comme une entreprise: le patron et les collègues peuvent changer; l’ambiance peut devenir mauvaise, etc… Dans un tel cas, l’employé a la liberté de résilier son contrat. Le footballeur doit avoir cette même liberté. La décision d’un joueur de quitter son club peut être légitime, par exemple à la suite d’un changement d’entraîneur. On voit bien que des contrats de durée déterminée, conclus pour plusieurs saisons, ne sont pas la panacée.

Un modèle à changer

Dès lors que le football (professionnel) n’est devenu qu’un grand business, que l’amour du maillot ne signifie plus grand chose et que la parole donnée n’a plus aucune valeur, allons jusqu’au bout de la libéralisation. Plutôt que d’offrir des contrats de durée déterminée, que le monde du foot passe à des contrats de travail de durée indéterminée, résiliables à la fin de chaque saison, moyennant un préavis.

Au moins, on n’assisterait plus à des prolongations de contrat qui virent parfois à la mascarade et on arrêterait d’assister à des parties de poker insupportables pour renégocier des contrats, au mépris de la parole donnée.

Avec de tels contrats, qui sont la règle en droit suisse du travail, les négociations seraient plus équilibrées entre les clubs et les joueurs. Les indemnités de transfert deviendraient raisonnables, voire seraient carrément abandonnées, puisque le joueur ne serait plus considéré comme un actif comptable que le club peut amortir sur la durée du contrat prévue. Des contrats de durée indéterminée seraient aussi conformes à la réalité puisque l’expérience montre qu’un club ne peut de toute façon pas retenir un joueur qui ne veut plus jouer, même s’il s’y était engagé contre quelques millions.

Mais bien évidemment, beaucoup auraient à perdre avec un tel système et la fin des indemnités de transfert, si bien que le jour n’est pas encore venu où la FIFA passera à un modèle basé sur le marché du travail que nous connaissons en Suisse et qui a pourtant fait ses preuves.

Faisons de Sion 2026 un symbole d’unité nationale

Hier soir, plus de 350 invités se sont réunis au Convention Center de l’EPFL pour assister à l’une des premières présentations publiques du projet de candidature de Sion pour les Jeux Olympiques d’hiver 2026. Après une présentation de haut vol et une table-ronde qui a permis à Christian Constantin de divertir la foule, l’auditoire s’est rapidement montré conquis. Le projet est déjà extrêmement abouti, comme en témoigne le dossier de présentation, et on peut déjà facilement se projeter dans ces jeux alpins même si neuf ans nous séparent encore de la cérémonie d’ouverture.

Même si les Jeux Olympiques d’hiver sont loin d’être aussi gigantesques que les jeux d’été, le débat qui va s’installer ces prochains mois autour de la candidature de Sion se cristallisera immanquablement sur les coûts, ce qui est légitime. La déconfiture de Rio continue de faire des vagues (cf. Le Temps), les derniers jeux d’hiver à Sotchi peuvent être vus comme les dérives d’un Etat totalitaire, et chacun peut se nourrir de divers exemples pour démontrer que Jeux Olympiques riment le plus souvent avec coûts pharaoniques.

A ce stade, il est trop tôt pour prétendre que le budget de Sion 2026 sera équilibré, comme l’indique le dossier de présentation : 1.65 milliard de francs de dépenses pour des recettes équivalentes. Mais un constat peut d’ores et déjà être fait: toutes les infrastructures sportives sont déjà existantes, sous réserve d’un centre de glace pour le patinage de vitesse, qui devrait voir le jour à Aigle, et d’un grand tremplin prévu à Kandersteg. Et il y a bien sûr le village olympique à réaliser à Collombey-Muraz, solution qui offre au moins l’avantage de recycler le site abominable de la raffinerie Tamoil. Personne ne s’en plaindra. A première vue, les coûts devraient pouvoir être maîtrisés car on ne part pas de zéro.

Au-delà de l’aspect financier, la candidature de Sion 2026 doit permettre à la Suisse de se doter d’un projet fort et rassembleur. En ce sens, l’enthousiasme affiché par les organisateurs, Jean-Philippe Rochat en tête, est absolument admirable. En découvrant le site sion2026.ch, les premiers mots que l’on peut lire sont les suivants:

“Rendre la Suisse fière en relevant le défi d’organiser en 2026 des Jeux rafraîchissants, incitant à la pratique du sport pour tous, exploitant le savoir-faire helvétique pour créer un moment magique et un héritage durable qui permettront de revaloriser l’expérience des sports d’hiver.”
Ce n’est pas seulement de la communication car le projet se veut fédérateur. Les compétitions se déroulement dans cinq cantons : Valais, Vaud, Fribourg, Berne et les Grisons. Certes, la ville hôte est Sion, mais le projet a une véritable dimension nationale en associant les romands et les suisses-allemands. Quel meilleur moyen que de redonner une fierté nationale à tous les concitoyens helvétiques? Quel meilleur moyen pour se forger une identité nationale? Car c’est bien à travers ce genre de projet que l’on se sent suisse et que l’on peut dépasser nos frontières linguistiques. Il faut bien admettre qu’il est parfois bien difficile de nous identifier les uns aux autres, surtout à l’issue de certains scrutins. Dans un pays comme le nôtre où quatre groupes linguistiques doivent vivre ensemble, un projet fédérateur comme l’est Sion 2026 est un ciment nécessaire. Il doit permettre au fermier appenzellois de se rapprocher du banquier genevois, tous deux pouvant s’enorgueillir d’un événement qui mettra en valeur la beauté et le savoir-faire helvétique.

A une autre échelle, cela me rappelle la Coupe du Monde de football en 1994. A l’époque, j’avais 17 ans et franchement, il était difficile de se sentir suisse. Pire encore, je ne voyais franchement pas ce que nous, les romands, avions de commun avec nos voisins suisses-allemands. Le fameux “Dimanche Noir” du 6 décembre 1992 était encore frais et la Suisse était alors vraiment divisée. En se qualifiant enfin pour une Coupe du Monde, après 28 ans de disette, tout en pratiquant un jeu spectaculaire, cette équipe de suisse a réussi à nous rassembler. Avant 1994, il était ringard de porter une casquette ou un t-shirt avec la croix suisse. Mais depuis cet événement, à la moindre compétition sportive internationale, on arbore fièrement le rouge et le blanc. En 1994, c’est Georges Bregy et Alain Sutter qui nous faisaient dire que ces suisses-allemands n’étaient pas si mauvais que ça. Maintenant, ce sont nos fantastiques joueurs de tennis qui nous font tous vibrer, de Niederbipp à Biolley-Orjulaz, et qui nous rendent fiers d’être suisses.

Alors oui, je veux croire que des jeux d’hiver peuvent rendre la Suisse fière. Fière de son savoir-faire, fière de  sa technologie, fière de ses transports publics, fière de ses Alpes et fière de ses champions! Ce sera l’occasion de montrer à 2 milliards de téléspectateurs que le Swiss made mérite sa renommée. Que la qualité suisse n’est pas un mythe. Pour un tout petit pays comme le nôtre, par ailleurs malmené par ses affaires bancaires, il faut saisir l’occasion de briller sur le plan international pour que la Suisse continue à symboliser l’excellence.

Que signifie être Suisse? Chacun a sa propre réponse mais nul doute que la candidature de Sion 2026 a tous les atouts pour rendre la Suisse fière.

La cohésion nationale se forge autour de grands projets. Faisons preuve d’enthousiasme et montrons au monde entier qu’un petit pays comptant plusieurs langues, plusieurs religions, d’innombrables traditions locales peut s’unir pour organiser un événement grandiose, qui marquera les esprits pendant des générations.

Maria Sharapova à Roland Garros, avec quelle légitimité?

Dans dix jours, la direction de Roland Garros fera savoir si Maria Sharapova est invitée au tournoi parisien. Pour rappel, cette championne a été suspendue pendant 15 mois à la suite d’une infraction aux règles antidopage et n’a plus un classement suffisant pour entrer dans le tournoi; la logique des chiffres voudrait donc qu’elle ne joue pas, à moins de recevoir une invitation. Serait-il juste que la double tenante du titre (2012 et 2014) puisse fouler la terre battue parisienne du fait de la magnanimité des organisateurs?

Sharapova est-elle une tricheuse?

Pour beaucoup de ses concurrentes, Maria Sharapova n’est qu’une tricheuse et ne mérite plus aucune considération. Si elle veut revenir sur les plus grands tournois du circuit, qu’elle gagne sa place à la sueur de son front plutôt qu’on lui déroule le tapis rouge. La canadienne Elodie Bouchard s’est distinguées par ses propos et n’a pas été tendre avec sa rivale russe:

“She’s a cheater and … I don’t think a cheater in any sport should be allowed to play that sport again. It’s so unfair to all the other players who do it the right way and are true. I think from the WTA it sends the wrong message to young kids: ‘cheat and we’ll welcome you back with open arms”

Une telle opinion est compréhensible. Il est somme toute assez naturel de se montrer sans merci à l’égard d’une concurrente qui a été prise par la patrouille antidopage, mais il faut se garder de tout amalgame. Avant de coller à Maria Sharapova l’étiquette de tricheuse, il convient de s’attarder quelques instants sur les circonstances qui lui ont valu une suspension.

Qu’en dit le Tribunal arbitral du Sport?

Prenons les faits à la source, soit ceux qui ont été retenus par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) dans sa sentence du 30 septembre 2016:

  • Pendant plus de dix ans, Maria Sharapova a pris un médicament appelé mildronate qui contient du meldonium; ce médicament traite les maladies cardiaques;
  • Ce médicament était initialement prescrit par son médecin, lequel était naturellement bien conscient qu’aucune substance prohibée ne devait être donnée à sa patiente du fait de son statut de sportive d’élite;
  • Ce médicament, commercialisé dans les pays de l’Est, était pris – en parfaite légalité – par de très nombreux sportifs, semble-t-il en vue de mieux récupérer;
  • Dès le 1er janvier 2016, l’Agence Mondiale Antidopage a inscrit le meldonium sur la liste des produits interdits; auparavant, cette substance pouvait être prise en toute impunité;
  • Comme de très nombreux athlètes, Maria Sharapova ne s’est pas aperçue de ce changement de régulation. Le membre de son entourage qui avait pourtant pour instruction de vérifier que tous les produits qu’elle prenait étaient autorisés est lui aussi tombé dans le panneau;
  • Au moment où elle a pris son médicament, en janvier 2016, elle était sûre d’être dans son bon droit puisqu’elle prenait du mildronate depuis de très nombreuses années sans le moindre problème;
  • Lors du contrôle antidopage qu’elle a subi durant l’Australian Open 2016, du meldonium a été décelé (certainement comme durant toute sa carrière…), sauf que cette fois-ci la présence de cette substance constituait une violation des règles!

On voit donc bien que la faute de Maria Sharapova n’est pas tant d’avoir voulu tricher mais d’avoir ignoré un changement de règles, elle qui bénéficiait pourtant d’un staff qui était censé la conseiller à cet égard. C’est dans ce contexte que la formation arbitrale du TAS a retenu:

“The Panel wishes to emphasize that based on the evidence, the Player did not endeavour to mask or hide her use of Mildronate and was in fact open about it to many in her entourage and based on a doctor’s recommendation, that she took the substance with the good faith belief that it was appropriate and compliant with the relevant rules and her anti-doping obligations, as it was over a long period of her career, and that she was not clearly informed by the relevant anti-doping authorities of the change in the rules”

Sharapova a bien sa place à Roland Garros

Tous les cas de dopage ne se ressemblent pas et il est très réducteur de penser que chaque sportif déclaré “positif” à une substance interdite devrait être radié à vie. Par exemple, il y a un monde entre un Ben Johnson, gonflé aux stéroïdes anabolisants, et un sportif dont la seule négligence est d’avoir consommé un supplément alimentaire contaminé, comme cela arrive fréquemment. Ce n’est pas parce qu’un sportif enfreint une règle antidopage qu’il doit être considéré comme un tricheur.
Maria Sharapova a aujourd’hui purgé sa peine – quinze mois de suspension quand même – et son image a été pour le moins écornée par cette triste affaire. Autant dire que la sanction a été lourde même si elle a été en définitive blanchie de toute tricherie par le TAS.
Au vu de sa carrière et de ses récents résultats (demi-finale à Stuttgart), il serait parfaitement légitime que Maria Sharapova participe à Roland Garros, peut-être en devant passer par les qualifications comme cela se murmure. Il est naturel qu’un tournoi du grand chelem regroupe les meilleures joueuses de tennis et Maria Sharapova en fait assurément partie.
Qu’en pensez-vous?

Quand un petit kazakh incarne les valeurs de l’Olympisme

Les opinions que vous trouverez habituellement dans cette rubrique ont pour objet de décortiquer ce qui fait débat dans le sport. Entre les incessantes affaires de dopage, les basses manœuvres politiques, les comportements parfois révoltants des sportifs, dirigeants et supporters, on est servi! Il n’y a pas une semaine sans que le sport fasse parler de lui dans le plus mauvais sens du terme. Ces derniers jours nous l’ont encore montré: que penser des agissements honteux de ces abrutis qui se prétendent fans de sport qui ont récemment envahi la pelouse du stade maudit de Furiani pour agresser les joueurs de l’équipe adverse ou, plus près de chez nous, de ceux qui ont caillassé le bus du Servette FC?

En cette période de fêtes de Pâques, mon billet du jour ne relatera un de ces tristes épisodes; il sera plus personnel, mon souhait étant de montrer que le sport peut encore servir d’exemple.

Il y a quelques jours, mon épouse m’a fait voir cette vidéo de ce petit garçon kazakh qui va jusqu’au bout de lui-même pour faire triompher son équipe dans une épreuve de tirer à la corde. Quelle joie de découvrir ces images! Du sport et de l’émotion à l’état pur. Mieux que la plupart de ces grands évènements retransmis par les télévisions du monde entier. Ce garçon très attachant nous rappelle ce que le sport incarne: la persévérance, le dépassement de soi, l’abnégation, la solidarité et la bravoure. Sans oublier la satisfaction inégalable que procure le sentiment d’avoir absolument tout donné pour atteindre son but, et triompher dans le meilleur des cas.

Ces valeurs devraient être transmises lors des “cours de gym” qui sont le plus souvent perçus comme une simple occasion pour les écoliers de se dépenser alors qu’ils devraient aussi permettre de leur inculquer les valeurs inhérentes au sport. De telles valeurs sont essentielles et figurent du reste en bonne place au début de la Charte Olympique qui définit ainsi le premier principe olympique: “L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels”.

Il serait judicieux que les professeurs de gym sacrifient de temps en temps quelques heures de balle brûlée ou de tchoukball pour enseigner à nos enfants quelques notions d’Olympisme. Et mieux encore, que les entraîneurs de football inculquent de telles valeurs à leurs joueurs, car on en a marre de voir ces divas jouer la comédie en prétendant souffrir le martyr à chaque faute avant de repartir de plus belle ou simuler de façon grotesque une faute pour obtenir par la triche un pénalty au moindre petit contact dans les seize mètres. Les dérives du sport professionnel faisait déjà dire à Orwell:
“Serious sport has nothing to do with fair play. It is bound up with hatred, jealousy, boastfulness, disregard of all rules and sadistic pleasure in witnessing violence. In other words, it is war minus the shooting.”
Merci à ce petit garçon de nous servir d’exemple et de nous rappeler pourquoi nous aimons tant le sport et les valeurs qu’il incarne. Il est beau qu’un petit kazakh redonne ses lettres de noblesse à l’Olympisme. Désormais, je vais militer pour que le tirer à la corde devienne sport olympique, à la place du football et son ballet de comédiens.

Les réanalyses d’échantillons : un instrument de lutte équitable contre le dopage ?

Dans le cadre de son plan de lutte contre le dopage, le Comité International Olympique (CIO) a décidé de procéder à de nouvelles analyses sur plus de 1’500 échantillons prélevés lors des Jeux Olympiques de Pékin (2008) et de Londres (2012). Le but de ces réanalyses est de déceler de nouveaux cas positifs grâce à des méthodes d’analyses plus performantes qui n’existaient pas encore au moment des premiers tests. En clair, la volonté du CIO est d’attraper les tricheurs qui étaient passés entre les mailles du filet grâce à des méthodes de dopage alors indécelables.

Les dernières décisions disciplinaires du CIO sont tombées au début du mois de février 2017 ; certaines d’entre elles sont d’ores et déjà contestées devant le Tribunal Arbitral du Sport. On pense notamment à l’appel déposé par le sprinter jamaïcain Nesta Carter qui s’est vu retirer la médaille d’or obtenue lors du relais 4x100m des Jeux Olympiques de Pékin, avec pour conséquence de privé ses trois coéquipiers, dont Usain Bolt, du métal gagné.

A ce jour, 101 athlètes, dont 52 médaillés, ont été disqualifiés rétroactivement. Deux sports comptent un triste palmarès : l’haltérophilie recense 47 cas positifs et l’athlétisme 43. 29 haltérophiles se sont vus intimer l’ordre de retourner leurs médailles, ce qui représente un tiers des médailles attribuées lors de ceux deux olympiades ! Autant dire que les podiums sont décimés.

Un coup d’œil aux nations concernées permet de réaliser que la grande majorité des athlètes qui se sont fait attraper provient de l’ancien bloc de l’Est, les russes arrivant en tête avec près d’un tiers des cas. (suite…)

Lire la suite

Lutte contre le dopage: l’heure des sanctions collectives a-t-elle sonné?

Depuis le 13 novembre 2015, la Fédération Russe d’Athlétisme est suspendue de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) à la suite de multiples affaires de corruption et de dopage. Les effets de cette suspension se sont notamment fait ressentir lors des derniers jeux olympiques à Rio lors desquels aucun athlète russe n’a été admis à participer, à l’exception de la seule Darya Klishina, finalement repêchée par le Tribunal Arbitral du Sport dans des circonstances rocambolesques.

Il y a quelques jours, le 6 février dernier, l’IAAF a annoncé que la Russie demeurait suspendue ; toutefois, un programme est mis en place pour que les athlètes russes les plus honorables puissent participer aux compétitions internationales, notamment aux prochains championnats du monde, sous couleurs neutres. L’intérêt individuel de ceux qui peuvent établir leur innocence est ainsi préservé.

La suspension d’une fédération nationale est une sanction sans précédent et qui marque les esprits dans la mesure où la Russie est un acteur de premier plan en athlétisme, le sport roi du programme olympique. Toutefois, que la Russie demeure suspendue est loin d’être une surprise compte tenu des révélations qui ont fait l’effet d’une bombe l’été dernier. La bombe en question est le fameux « Rapport McLaren » qui a révélé un vaste système de falsification destiné à protéger des athlètes russes dopés. (suite…)

Lire la suite

Coupe du Monde de football : doit-elle être élitiste ?

A tout seigneur tout honneur! Pour cette première rubrique de ce blog qui a pour ambition de décoder les manœuvres politiques dans le sport, le football sera à la une.

Le 10 janvier 2017, la FIFA a annoncé que la Coupe du Monde allait passer, dès l’édition 2026, de 32 à 48 équipes. Si la décision a été prise à l’unanimité par le Conseil de la FIFA, le moins que l’on puisse dire est que cette réforme fait l’objet de critiques nourries, principalement en Europe. La FIFA est ainsi accusée d’avoir pris une décision servant avant tout ses intérêts économiques, contre les intérêts du jeu. Nombreux sont ceux qui pensent que le niveau de jeu de la compétition sera affaibli avec ce nouveau format ;  48 participants c’est beaucoup trop ! La Coupe du Monde doit rester une compétition élitiste. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde.

L’image de la FIFA est écornée depuis les nombreux scandales qui l’ont touchée. Cette fédération sportive, dont le président a quasiment le statut d’un chef d’Etat, est le symbole de la dérive du sport-business. On parle presque autant de corruption, de magouilles, de petits arrangements entre amis que de football. Dans ce contexte, il est de bon ton de critiquer toutes les décisions prises par l’instance dirigeante du football. La réforme de la Coupe du Monde ne fait pas exception; on y voit qu’une décision politique destinée à ramener plus d’argent dans les caisses de la FIFA, pour ne pas dire de ses dirigeants.

Pourtant, à y regarder de plus près, il n’y a pas à hurler avec les loups. (suite…)

Lire la suite