Help! nos journées n’ont que 24 heures!

Depuis quelque temps, j’ai un peu l’impression d’être dans un mauvais remake du Jour sans fin, ce film où le héros recommence en boucle le même jour à chaque sonnerie de son réveil matin. Sa journée est différente, mais certaines choses recommencent, encore et encore.

Spirale infernale

Administrativement parlant, c’est ce qui arrive de plus en plus souvent.. et on se demande si on n’est pas devenus des hamsters qui font bêtement des kilomètres dans leur roue en croyant avancer.

Tout ce qu’on pense avoir réglé, avec telle ou telle instance (assurances, administration, contrats de téléphone, institutions, etc.) s’avère souvent inefficace. On passe des heures à écouter des musiques d’attente, à rédiger des mails à des boîtes anonymes dans des rectangles où on doit tout expliquer en détail, quoiqu’en en trois lignes maximum dans un cadre préconfiguré.

Mais ensuite, il ne se passe plus rien …Et on doit tout recommencer.

Dans un bref accès de parano, j’ai cru que ça tombait sur moi, que je n’avais pas de chance, mais après partage d’informations avec plusieurs personnes, je me suis vite calmée à cet égard. En fait bien sûr ça arrive à tout le monde. Et on peut se demander pourquoi c’est finalement assez généralisé.

Débordés et submergés

Les gens ne peuvent tout simplement plus faire leur travail correctement.

Ils sont emportés par un flux de plus en plus dense et de plus en plus rapide d’informations, de demandes, de mails qui submergent leur boîte aux lettres professionnelles et personnelles, de messages sur toutes sortes de canaux …

Alors, bien sûr, ils font des erreurs, ils oublient, ils omettent, ils disent :« Oui oui , pas de problème » et en fait ils sont souvent dépassés, au bord de la noyade… malgré toute leur bonne volonté. Et si en plus de tout cela, on rajoute les bugs informatiques somme toute assez fréquents,  chacun est soumis à un rythme  difficile à soutenir.

Plus de moyens mais moins de personnel

Le problème est que les effectifs de personnel ont été drastiquement réduits ou que les services ont été dispersés, parfois dans des pays très lointains, avec non seulement des décalages horaires importants mais aussi des problèmes liés au fractionnement de l’information et des responsabilités. Il y a multiplication des instances intermédiaires, et risque de  perte d’informations, accumulation de délais, etc. L’extraordinaire « portabilité » d’internet a parfois aussi ses mauvais côtés.

 Toujours plus vite ( mais moins bien …)

On va nous mettre la 5G (si l’Office fédéral de la santé publique l’autorise) pour que tout aille encore plus vite. Tous les flux s’accélèrent : images, transports, informations.  Parallèlement les éditeurs de méthodes de relaxation et de bien-être font fortune. On a de plus en plus de moyens de communication, de plus en plus puissants, on devrait être plus détendus et c’est le contraire. Nos « batteries » intérieures n’ont plus le temps de se recharger et trop nombreux sont celles et ceux que guette le burn out sévère.

Or nos journées n’ont toujours que 24 heures! Beaucoup de personnes ne peuvent tout simplement plus accomplir correctement leurs tâches professionnelles quotidiennes. Internet est un outil fabuleux, mais comme toute technologie, cela modifie profondément nos modes de fonctionnement, aussi bien positivement que négativement. La rapidité extraordinaire de communication a par exemple généré une impatience généralisée, une extension sans limites des horaires, et une charge de travail accrue.

Le travail est grandement facilité, mais il y en a davantage. Et il y a moins de gens pour le faire. Lire 250 mails par jour et y répondre au plus vite, accomplir tout le reste en plus, et ne pas commettre d’erreurs ou d’oublis est juste impossible. Cela demande plus de personnel, pas moins !

Dégâts collatéraux

Alors bien évidemment, ça fait effet domino: au lieu d’avancer dans notre travail, on perd un temps fou à pousser celui des autres à progresser. D’autant plus plus énervant que parallèlement, dans les systèmes informatiques (vous l’aurez sans doute  remarqué) les envois de rappels automatiques, eux, fonctionnent très bien et sans état d’âme et ne sont pas gérés par celles et ceux qui devraient pouvoir régler votre problème initial…

Et nous revoilà partis pour un tour: le problème A, toujours pendant, ayant à son tour généré un problème B, voire C ! Le hamster s’essouffle …

Je garde les Pieds sur Terre: Hélas, même si on le demandait, nos journées ne feront jamais 36 heures:

le bureau qui s’en occupe est sur répondeur…

 

 

Véronique Dreyfuss-Pagano

Véronique Dreyfuss-Pagano

Spécialisée dans les domaines de communication inter-humaine, de proxémie et de développement durable, Véronique Dreyfuss Pagano est professeur de géographie et de littérature. Mettre la pensée systémique au service de la résolution de problèmes complexes dans les sciences humaines est l'une de ses activités.

3 réponses à “Help! nos journées n’ont que 24 heures!

  1. Fort bel article que celui-ci. En effet, apprendre (ou ré-apprendre) la lenteur ne va pas de soi. Il existe pourtant une catégorie de gens qui en ont fait en quelque sorte un acte de foi: ce sont les modélistes amateurs. Construire un modèle réduit sans recourir à aucun élément préfabriqué prend du temps, parfois beaucoup de temps. La première qualité requise pour tout bon modéliste (il en vient de tous les horizons, de tout âge et de toutes les catégories sociales) est donc la patience. Jean Boudriot, fondateur de l’archéologie navale contemporaine et l’une des premières références dans le monde des modélistes, disait: “Le modélisme, essentiellement pratiqué par des hommes, conviendrait tout autant à des femmes. Il nécessite un lent et persévérant travail dans un “recueillement actif”, l’esprit accompagnant la main dans de délicats travaux, cela m’apparaît salutaire à notre époque.” (Jean Boudriot, préface à “L’art du modélisme” de Bernard Fröhlich, Editions de l’A.N.C.R.E 2002).

    Il est regrettable que le modélisme, qui offre pourtant de larges perspectives de recherches et touche aux disciplines et aux arts les plus divers, ne soit pas enseigné dans les écoles, et même à l’université. En France, l’Association des Amis du Musée de la Marine (AAMM), à Paris, publie une revue qui devrait figurer dans toute bibliothèque universitaire: “Neptunia”. De même, aux Etats-Unis, La “Nautical Research Guild”, éditrice de la revue “Nautical Research Journal”, a pour devise “Advancing Ship Modeling through Research”.

    Pour oublier les soucis et le stress quotidiens, rien de tel que de fabriquer un modèle réduit de ses propres mains. C’est un plaisir dont on ne se lasse pas. Et, comme la marche, ce passe-temps peu coûteux peut se pratiquer à tout âge et en tout lieu. Alors, le modélisme, un remède à un monde qui ne sait plus comment s’arrêter?

    1. Merci pour votre commentaire.En effet chacun-e doit trouver l’activité qui aura le don de lui calmer les nerfs et de lui rendre sa sérénité…
      Et nous devrions davantage réfléchir, collectivement ou individuellement,aux divers effets (gestion du temps entre autre ) générés par la mutation numérique et tenter d’en limiter les effets négatifs pour en valoriser les effets bénéfiques sur nos vies quotidiennes. C’est plus complexe qu’il n’y paraît et les entreprises pourraient (devraient) davantage en tenir compte.Beaucoup de gens sont soumis à un rythme professionnel dans ce domaine qu’ils ne peuvent soutenir sur le long terme sans en souffrir.L’erreur ayant été de réduire le nombre des postes de travail sous prétexte que l’informatique simplifie les démarches.

  2. Merci pour votre réponse. S’il est vrai que l’informatique supprime des emplois – le domaine de la presse en est peut-être l’exemple le plus criant, à l’heure actuelle -, il n’est pas moins vrai qu’elle en crée de nouveaux. A cet égard, “Le Temps” n’est pas en reste avec les stratégies qu’il met en oeuvre dans ce domaine.

    De plus, les premières victimes de la “révolution” numérique ne sont pas toujours celles que l’on croit. Ce sont souvent les innovateurs et, parmi les premiers, les informaticiens, qui en font les frais, et ceci pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les compétences de chacun(e), ni avec la complexité ou la difficulté d’apprentissage de l’outil informatique, mais d’abord pour des motifs de personnes. Le principe de Peter reste aussi valable, sinon plus, avec l’informatique que sans elle. Quelle entreprise, quelle institution peut-elle s’en dire à l’abri?

    La concurrence effrénée que se livrent les entreprises entre elles, comme en interne, a-t-elle pour autre effet que d’écarter les meilleurs et de promouvoir les médiocres, dont elle assure trop souvent la victoire?

    Merci encore d’avoir bien voulu répondre à mon commentaire.

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