Communications politiques: le grand écart révélateur

Entre pédagogie et démagogie, information et propagande: comment communiquer efficacement pour être compris, se maintenir au pouvoir et se protéger des réactions de l’après-crise?

Parce qu’elle touche tout le monde, et le monde entier, la crise sanitaire fait apparaître en simultané les diversités de discours des politiques des pouvoirs en place. En effet, si les difficultés sont communes, et le thème identique, en revanche les contextes et les objectifs diffèrent fortement.

Prises de parole et colorations politiques: les différences de styles

La problématique est semblable, sa gestion, on le sait, ne l’est pas. Il est frappant de constater que le discours de gouvernance sur ce thème est un exercice totalement inédit pour les politiciens. Ils n’y étaient (hélas …) pas du tout préparés.

Etre investi(e)s de la responsabilité de la destinée et de la survie, au sens littéral du terme, de leur population dans sa totalité est un défi qu’ils ou elles peinent à relever. On le constate chaque jour et partout.

A ce titre, quelques-unes des prises de parole publiques, telles que rediffusées aux informations par exemple, sont intéressantes à comparer et donnent un ou deux points de départ pour des observations, et peut-être pour de futures réflexions plus largement documentées.

Ménager la chèvre et le chou, en temps réel et sans visibilité: comment parler aux foules ?

Lorsqu’on regarde les infos télévisuelles, la tendance générale dans les démocraties (ex: Suisse, France, Italie, etc.) est au mélange entre l’explicatif et le déclaratif, mais avec de sérieux dérapages vers l’exclamatif chez les gouvernants des démocraties ultra-libérales (ex :Etats-Unis, Brésil).

Dans les régimes à caractère soit autoritaire soit totalitaire (du type Corée du Nord, Philippines,Turkménistan, Biélorussie, Erythrée, etc.), pour ce que l’on peut en savoir du moins, on naviguerait entre l’omission, le silence, le mensonge et les ordres.

La longueur des phrases comme indicateur?

A première vue, plus la démocratie est active et plus le discours tend à être long et cherche à développer les explications. Avec le risque éventuel (et que les enseignants connaissent bien) que, parfois, trop d’informations tue l’information.

En effet les phrases et les explications trop longues peuvent égarer l’auditeur et le décourager. L’impact du message est alors dilué, voire perdu. Fusent alors, les « c’est à n’y rien comprendre ! » ou les «  je ne sais plus quoi penser ! » ou les «  bon, mais alors on est censés faire quoi au juste ? ».

Certes, faire la synthèse des informations devient difficile pour les destinataires, mais au moins on a fait appel à leur compréhension et à leur intelligence ! Et ils restent libres d’en débattre et de poser des questions.

Les gouvernants font le difficile exercice de la pédagogie. Ils cherchent à être entendus et compris.

Actuellement ils doivent encore y ajouter les éléments, heureusement inhabituels dans nos démocraties, de décrets et de sanctions associés à l’état d’urgence sanitaire. Tout cela rallonge d’autant les discours et complique l’exercice.

Slogans démagogiques

Ailleurs, comme aux Etats-Unis ou au Brésil, c’est beaucoup plus bref: on profère des slogans, dénués de tout contenu utilisable et destinés avant tout à dissimuler la réalité des faits. On laisse notamment aux populations la prétendue « liberté » de faire de mauvais choix en toute ignorance puis d’en assumer seules les conséquences …

Donald Trump ne fait pas à proprement parler de discours de gouvernance, il se contente de lâcher des petites phrases, certes pendant deux heures, mais décousues et dont la particularité est d’être hyper subjectives : « je pense que …, je vois .., cela me paraît…, j’ai entendu dire que …, je crois que…, . Et truffées de « peut-être », ou de « vous pourriez …, il faudrait … » et de toutes sortes de verbes au conditionnel. L’approximation et la généralité sont de mise.

A cet égard le tristement célèbre point presse du 23 avril est un modèle du genre :

“Et puis je vois le désinfectant qui neutralise le virus en une minute… Est-ce qu’on pourrait faire quelque chose comme ça ? Avec une injection dans le corps, presque comme un nettoyage… Car vous voyez, le virus fait des dommages dans les poumons chez un grand nombre de personnes, ce serait intéressant d’examiner ça.”

“Il faudrait voir avec des docteurs en médecine si c’est possible, mais ça me semble être une piste intéressante. Donc nous allons voir, mais tout le concept de la lumière et de la disparition du virus en une minute, c’est assez puissant.”

« Peut-être que vous le pouvez, peut-être que vous ne le pouvez pas (…) Je ne suis pas médecin. »

(traduction et transcription, Xavier Demagny France inter, 24 avril 2020, https://www.franceinter.fr/monde/du-desinfectant-et-des-uv-pour-traiter-le-covid-la-declaration-irresponsable-de-donald-trump)

Trump pratique le sensationalisme des suppositions vagues, assorties d’adjectifs suggestifs « intéressant, puissant » comme pour vendre un produit. Il est clairement dans une démarche d’auto–publicité électoraliste.

Et, forcément, il y ajoute un slogan : après le Make America Great Again , voici le nouveau:  America Strong !

On est bien plus dans la démagogie que dans la pédagogie.

Ordres menaçants

Pour finir, dans les dictatures, la tendance est au minimalisme: on ne dit presque rien, hormis des ordres, des interdits et des menaces. Il n’est pas prévu d’expliquer. Le citoyen doit croire et obéir sans broncher, on est dans la propagande. On pratique les injonctions impératives et les slogans fortement incarnés par le chef politique.

Le mirage séduisant du “simplisme”

Ne nous y trompons pas, de manière générale, il peut parfois être tentant de céder aux communications simplifiées et péremptoires qui ne demandent aucun effort de réflexion. Il est si facile de régresser vers une attitude infantile, et d’obtempérer sans se poser de questions. En effet, cela peut donner la fausse impression que ceux qui dirigent sont en maîtrise totale de la situation. Cela paraît rassurant.

Les slogans dans ces cas-là sont malheureusement séduisants et percutants mais très souvent inversement proportionnels aux intérêts collectifs.

C’est donc une illusion de s’y fier ou de s’en contenter quand il s’agit du destin des citoyens. Comme tous les mirages, ils s’évanouissent quand on s’en approche….

Informations, explications, rectifications, questions: c’est bon pour nous!

La réalité est toujours complexe, dans tous les cas, tout le temps et pour tout le monde. Elle ne peut être réduite à une ou deux phrases. Elle est mouvante, imprévisible, difficile à décrire ou à expliquer. Cela demande sans cesse de savoir s’adapter, de questionner, et, plus difficile encore, d’accepter de se tromper et de corriger la compréhension.

Alors bien sûr, parfois on est un peu paumés, ce n’est pas toujours clair, ça nous irrite, et les interventions politiques de nos démocraties nous paraissent souvent bien longues ou confuses …

Mais c’est quand même le moyen le plus acceptable de communiquer pour rechercher ensemble le bien commun.

En conclusion, pour garder l’équilibre et Les pieds sur Terre la pédagogie démocratique, même imparfaite, est sans conteste plus enviable que la démagogie simpliste ou que la propagande.

 

 

 

Télétravail ou canapé: comment éviter les « sitting diseases »? Homo plus assez Erectus …

Ces dernières semaines nous ont tenus enfermés plus que nous n’aimerions, et nous avons usé nos chaises de télétravail (souvent inadaptées) et nos canapés, et, par la force des choses, limité nos multiples petits mouvements quotidiens.

 Le confinement nous a encore davantage cloués sur nos sièges; finis les trajets à pied jusqu’à la gare, les montées dans le train, les parcours de couloir vers la cafétéria. Et ça ne nous fait pas de bien: on a les jambes lourdes, la nuque raide, des maux de tête, et on engraisse … Beaucoup d’entre nous se trouvent anormalement fatigués, même celles et ceux qui ne font pas de télétravail.

Dès 2010 déjà, divers chercheurs alertaient le monde du travail sur les « sitting diseases », méfaits de la sédentarité, maladie de nos civilisations due à nos interminables heures de chaises quotidiennes.

Parmi les premiers, le Dr James Levine * avait étudié les maladies diverses provoquées ou aggravées par la position assise de longue durée: obésité, maladies cardio-vasculaires, accidents vasculaires cérébraux (ACV), diabète, et tous les soucis du squelette sont concernés.

Comment réagir ?

Des bienfaits largement sous-estimés : les petits mouvements

Il a été démontré que c’est l’ensemble de tous nos petits efforts et mouvements, ainsi que l’alternance entre position assise (si possible brève) et position debout, associée à des mouvements de jambes adaptés qui nous maintiennent en forme dans la durée. Toutes les positions statiques sont malsaines pour nos cellules, y compris celles du cerveau!

 Bon pied, bon œil: un peu de « plomberie » humaine

Le sport est un plaisir utile, certes, mais il ne peut satisfaire seul les besoins d‘oxygène permanent des cellules. Comme on le sait, notre cœur est placé dans la partie haute de notre corps, et la gravité terrestre attire notre sang veineux vers nos pieds. C’est à nous, par nos mouvements, de le recycler sans cesse.

Pour qu’il soit réoxygéné par le cœur et la respiration pulmonaire, nous devons faire fonctionner, en bons plantigrades verticalisés que nous sommes, la pompe mécanique qui se trouve dans nos pieds et nos mollets pour le faire remonter. Jusque-là, ça paraît évident.

Mais ce n’est pas si évident en fait ! oui, il y a un gros « Mais » ici :

Marcher correctement est inné, mais se perd facilement

Comme le dit joliment la Dr Anne Taquet **, angiologue française qui milite pour la marche en propulsion depuis des années, « c’est à nous de remplir notre cœur ».

Pour elle, « l’Homme actuel s’est trop éloigné des lois physiques de la nature et du vivant qui le constituent ».

« C’est le flux sanguin qui sculpte les vaisseaux et les remodèle en permanence, pas l’inverse ». Si nous ne faisons pas le nécessaire, notre cœur se fatigue. Et nos cellules manquent d’oxygène. « Or notre marche et notre respiration sont des automatismes inconscients, que l’on n’utilise pas toujours à bon escient » dit-elle.

Pour Léonard de Vinci, l’anatomie et la mécanique du pied tient du chef d’œuvre,  c’est un petit bijou d’ingénierie. Pour Hipocrate, la marche est régénérative.

Cette bipédie performante caractérise l’espèce humaine. Nous l’avons exercée seuls, sans apprentissage, lors de nos premiers pas. Pourtant il arrive trop souvent que l’on en perde le bon mode d’emploi en cours de vie. Il deviendrait alors nécessaire de nous la ré-enseigner.

Le ré-expliquer aux jeunes et aux adultes permettrait de faire un grand pas (si j’ose dire!) vers la prévention des maladies chroniques. En d’autres termes, c’est aussi un vrai sujet de santé publique.

C’est le pied!

Et en ces temps de sédentarité forcée, pour aller de l’avant (encore une métaphore encourageante) nous pourrions donc, avec peu de moyens mais avec les techniques adéquates, entretenir et reconquérir notre « bonne marche » et nous mettre sur ON plutôt que sur OFF. Et mieux poser nos pieds sur Terre !

*James Levine https://www.nytimes.com/2011/04/17/magazine/mag-17sitting-t.html

** Dr Anne Taquet https://vimeo.com/17150057

Interviewée dans plusieurs magazines:

  1. in Marianne avril mai 2012 ,Ma chaise m’a tué, article de Clotilde Cadu. https://www.marianne.net/societe/ma-chaise-ma-tue
  2. in Rebelle -Santé N°217, Les pas qui nourrissent le coeur, article de Christophe Guyon.https://www.rebelle-sante.com/les-pas-qui-nourrissent-le-coeur
  3.  in Le Monde, Sens et Santé N°7, avril 2018 La meilleure façon de marcher, article de Sylvaine Frézel Article_Sens_&_Santé_A4.pdf

 

 

 

Imaginations vagabondes et échappées belles

Xavier de Maistre, alors jeune officier, rédigea Voyage autour de ma chambre en 1794 lors d’un confinement de 42 jours dans sa chambre de la citadelle de Turin, puni et assigné à résidence pour s’être battu en duel.

Ce fut un bestseller. (Publié à Lausanne à l’initiative de son frère).

Il avait voulu se distraire -et distraire les autres – en laissant libre cours à son imagination:

« Toutes les fois qu’une pensée agréable, gaie et même un peu folle se présente, je lui ouvre à deux battants toutes les portes de mon imagination, (…), je me jette à corps perdu dans ses bras et je m’en trouve bien. N’est-ce pas elle en effet, qui fait disparaître le temps et la distance, qui réalise le passé et l’avenir pour cacher le présent, ce présent qui nous obsède sans cesse comme un mauvais coucheur ? »*

 Nous aussi, à l’étroit dans nos chambres et dans nos inquiétudes, nous rêvons… pour ne pas cauchemarder. Nous rêvons éveillés, nous redonnons de la place à nos imaginations, nous rappelons nos souvenirs à notre mémoire, nous contemplons chaque fois que nous le pouvons ce qui pourrait nous réconforter. Le chant des merles à lui seul, si printanier, déroule dans nos oreilles ses mélodies inventives et joyeuses. Il contient des visions de jours meilleurs.

Arts et cultures à la rescousse

Depuis le début du confinement qui, selon les pays et les situations peut être plus ou moins difficile ou tragiquement cruel, nous cherchons à repousser les murs, à élargir nos perspectives, et à nous projeter dans le temps et dans l’espace.

Tout ce qui nous vient en aide est bienvenu. Et pour celles et ceux qui ont l’immense chance d’y avoir accès, les arts et les cultures sont là pour nous rassurer et pour nous émerveiller.

Arts et cultures au pluriel, loin des classements et sans frontières, passés et présents, toutes les oeuvres humaines parlent à notre imaginaire et ainsi, accroissent nos univers intérieurs.

Nous devenons créateurs à notre tour, nous partageons nos visions et nos joyeux délires car, selon Nancy Huston, nous appartenons à L’espèce fabulatrice **.

 La création partout, l’humour toujours

Je suis émerveillée ces jours par l’inventivité, la drôlerie, la beauté de toutes les créations qui circulent sur les réseaux sociaux, créations éphémères parfois et si généreusement offertes et partagées.

L’humour est délicieusement subversif, il nous fait reprendre pied, il crée des communautés de rigolade, il se déploie à tout instant, et tel Figaro dans Le Barbier de Séville  se « presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer ».

Ainsi, comme me l’a écrit une amie sous une photo de la Victoire de Samothrace, « la culture ne baisse pas les bras ! »

On se demande avec admiration où les gens vont chercher tout ça, et on reçoit leurs créations avec reconnaissance.

On partage des lectures, des comédiens lisent des textes sur Instagram, des peintres organisent des concours, Le Théâtre de la Ville à Paris offre des « consultations poétiques, les orchestres, quoique disloqués par la distance, nous jouent des airs, ou nous redonnent leurs spectacles.

On admire des machines infernales construites avec des bouts de ficelle, qui ne servent à rien et qui sont de la poésie mécanique en chambre, on relit des récits d’aventures,on récrit des chansons.

Echappons-nous!

Partons au théâtre pour Berlin voir les pièces de la Schaubühne (sous-titrées en français), à l’Opéra de Paris voir des ballets, visitons Versailles, suivons des humoristes, des DJ, bref, échappons-nous!

La bonne nouvelle, c’est que, heureusement, notre imagination est sans limites! Il suffit de la nourrir un peu …

Parfois, avoir la tête dans les nuages, ça permet de garder les Pieds sur Terre , non?

 

https://www.theatredelaville-paris.com/fr

https://pad.philharmoniedeparis.fr/?_ga=2.166323254.928046181.1586696699-97878625.1586696699

https://www.schaubuehne.de/en/seiten/online-spielplan.html ,

https://www.operadeparis.fr/actualites/spectacles-de-lopera-de-paris-a-redecouvrir-en-ligne ,

http://www.chateauversailles.fr/

 

*Saint Pétersbourg, 25 décembre 1840, correspondance

** L’espèce fabulatrice, Nancy Huston, éd. Actes Sud, 2008

Pratiquez-vous la zététique?

En cette période si troublée hélas, où toutes sortes de théories fumeuses et douteuses surgissent à chaque minute sur la Toile, et comme nous sommes confinés, nous pourrions en profiter pour nous intéresser de plus près à la pensée critique.

J’en veux pour illustration cette vidéo récente au sujet du Covid19, vue par des millions d’internautes plus ou moins crédules, et qui prétendait, avec force mystères et sensationnalisme, dans le ton comme dans la forme, nous ouvrir les yeux sur « l’origine du virus Covid19 » et sur le « complot » dont nous serions soi-disant les victimes ignorantes.

Elle a pris une telle ampleur, que l’Institut Pasteur et les media français ont dû la démentir très officiellement et avec la plus grande fermeté.

C’est ici qu’intervient la zététique :

 Définition rapide

La zététique, ça ne date pas d’hier, le mot vient du grec zetetikos et signifie qui aime chercher, qui recherche, qui examine. Après les Grecs anciens, on le voit réapparaître dès le 16e siècle puis à plusieurs moments de l’Histoire.

Parfois définie comme l’art du doute, la zététique préconise le recours à la raison. Elle questionne notamment les théories de pseudosciences, des phénomènes paranormaux, ou des thérapies étranges , et par conséquent tout ce qui est susceptible de générer les fake news, les rumeurs et les propagandes…

Appelée aussi pensée critique, elle les soumet à la méthode scientifique d’analyse afin d’en vérifier les fondements et la fiabilité.

Pour le biologiste Jean Rostand, c’est «l’hygiène préventive du jugement ».

En quoi est-elle nécessaire ?

La zététique consiste à analyser systématiquement et méthodiquement (*), les thèses qui surgissent et ne semblent pouvoir se rattacher à aucune théorie ou faits communément acceptés.

Elle se méfie de tout ce qui est de l’ordre des arguments prétendument «irréfutables» c’est-à-dire qu’on ne peut pas soumettre à la vérification par l’expérimentation, ni à la démonstration par des faits attestés et vérifiables .

Elle montre ce qui est contestable puisque annoncé comme « vrai  et irréfutable» et s’avère en fait incomplètement expliqué ou décrit.

La méthode critique de la zététique traque tout ce qui se pare d’un pseudo discours scientifique généralisant et qui dissimule plus ou moins bien, sous ce vernis, des croyances et des opinions, relayées sans preuves de leur exactitude. Ce qui, rappelons-le, est l’art des charlatans de tout poil.

« De grands experts ont dit » (lesquels?)

Ou : «  cela a été prouvé mais les auteurs veulent garder l’anonymat » (pourquoi ? normalement les chercheurs sérieux signent leurs recherches et les assument).

Ou : « ce serait trop long à expliquer mais c’est certain »(ah ? nous devrions donc gober ça sans plus d’explications ?) sont autant d’exemples de ce qui devrait toujours nous alerter.

La pratique de la zététique met en garde contre les idées reçues, les préjugés et tout ce qui est à caractère dogmatique, sectaire ou qui exerce des mécanismes d’influence à partir de théories invérifiables, orientées ou partielles .

Ajoutons que nous aurions trop souvent tendance à céder aux effets du « secret dévoilé », de l’exagération ou du sensationnalisme. Ceci nous amène à évoquer l’Effet Barnum :

L’effet Barnum

P.T.Barnum était un entrepreneur de spectacles et propriétaire d’un cirque américain (le fameux Cirque Barnum) connu pour ses publicités tapageuses et son sens de la formule exagérée. Génie de la publicité, il passe pour un mystificateur, un manipulateur, sorte de roi du bluff et de l’imposture commercialisée.

Il avait compris que plus c’est énorme et improbable et plus les gens vont tomber dans le panneau avec crédulité.

En psychologie sociale, il a été démontré que nous accréditons volontiers comme vraies les affirmations suffisamment fortes, vagues et généralisantes. Ainsi, ce qui nous donne raison et va dans notre sens, selon nos biais de confirmation (**), ce qui nous inclut dans un cercle qui « saurait mieux que les autres et avant les autres », bref, ce qui nous flatte ou nous impressionne nous rend plus crédules.

La tentation …

Le danger c’est qu’il est très tentant de se laisser embarquer trop vite, sans réfléchir et sans exercer notre esprit critique. C’est plus facile et tellement plus immédiat! ça ne demande aucun effort ni aucun travail…

Mais cela peut nous rendre « complices ». Car la plupart du temps, nous aurons envie de partager ces nouvelles sans les vérifier. Nous devenons parfois ainsi des relais moutonniers, qui donnent sans réfléchir de la visibilité à des imposteurs de toutes sortes.

La pensée critique permet de l’éviter.

Pour conclure, et si vous voulez en savoir un peu plus sur ce sujet, voici un lien qui pourrait vous amuser et vous intéresser :

https://www.youtube.com/user/fauxsceptique  : Les deux vitesses de la pensée

Et un ou deux articles  qui en montrent l’importance:

https://www.lemonde.fr/campus/article/2015/02/11/l-universite-de-grenoble-rehabilite-l-art-du-doute_4574498_4401467.html

https://www.lesinrocks.com/2018/01/14/actualite/actualite/qui-sont-les-zeteticiens-ces-chasseurs-de-fake-news-sur-youtube/

Faisons un peu de zététique!

Oui, c’est bon pour les neurones et ça en vaut la peine: ça permet de garder les Pieds sur Terre et la tête sur les épaules !

Notes:

* par exemple par recoupements et fusion d’informations émanant de sources diversifiées et vérifiées, par calcul, par expériences ou examen des faits.

** « Le biais de confirmation est la tendance, très commune, à ne rechercher et prendre en considération que les informations qui confirment les croyances et à ignorer ou sous-estimer l’importance de celles qui les contredisent. » (www.psychomedia.qc.ca)

 

L’optimisme, notre planche de salut

Le 5 février, dans l’émission Quotidien, l’actrice Marion Cotillard et le Directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard étaient invités par Yann Barthès.

Il y était question de leurs actions en faveur de la lutte pour le climat. En effet Marion Cotillard milite depuis plusieurs années déjà aux côtés de l’ONG. Au cours de l’entretien, Yann Barthès lui demande si elle est optimiste pour les effets de leurs luttes.

Marion Cotillard, manifestement étonnée par cette question, se tourne vers J.-F.Julliard, puis répond par l’affirmative en développant un peu sa réponse.

Je crois avoir compris la raison de sa surprise, ayant, pour ma part, enseigné à des générations d’élèves des problématiques environnementales et de développement durable, ce qui est une forme quotidienne de militantisme de proximité. Pour elle, comme pour moi ou d’autres, la question en effet ne se pose même pas, voici pourquoi :

Sans optimisme, pas de lutte possible

L’optimisme est en effet une condition absolument nécessaire à toute action en vue d’un changement positif.

Ce n’est pas une naïveté ridicule mais un bras de levier. Sans optimisme, pas de motivation, pas d’engagement pour une lutte constructive, pas d’espoir. Si on n’était pas optimistes, on ne ferait rien pour changer les choses, ni pour éduquer, ni pour enseigner, ni pour améliorer quoi que ce soit.

Le refus du fatalisme

Ce serait prendre la posture du défaitiste, qui s’avoue vaincu avant même d’avoir rien entrepris. Cet «à quoi bon ?!» découragé mène non seulement au pessimisme (cette inertie auto justifiée) mais, pire encore, au fatalisme.

Or l’issue « fatale » est toujours tragique: c’est le désespoir et la mort. Le fatalisme est une sorte de lâcheté, d’abandon, de refus de participer à toute tentative.

Demander à Marion Cotillard et J.-F.Julliard s’ils sont optimistes, c’est comme leur demander (ainsi qu’on l’entend si souvent hélas…): « mais vous êtes sûrs que ça sert à quelque chose ce que vous faites ?». On comprend leur étonnement (quoique discret et bien élevé) à l’énoncé de la question. Yann Barthès, qui connaît son métier, l’a  probablement posée pour les pousser à réagir…

Alors non, on n’est pas sûrs que tout va aboutir, mais au moins, on essaie !!

En revanche, on est absolument certains que si on baisse les bras, on a une part de responsabilité dans un désastre annoncé depuis longtemps et déjà en cours, par manque de réactivité collective.

Le « devoir » d’être optimistes

De même que nous avons un devoir d’assistance à personne en danger, il me semble que nous avons un évident devoir d’êtres plus que jamais « optimistes » pour pouvoir agir vraiment.

Nous ne sommes pas de doux rêveurs, des idéalistes déjà dépassés, nous voulons, tout comme Marion Cotillard  “être confiants en l’espèce humaine” et ne pas laisser à ses pires représentants le champ libre pour exercer leurs méfaits, leur cupidité et leur cynisme.

C’est affirmer la volonté d’avoir la perspective d’un avenir possible à court, moyen, long et même très long terme, pour le vivant sous toutes ses formes. C’est aussi s’accorder les moyens nécessaires pour agir ensemble.

Enfin, c’est bâtir le présent et soutenir l’avenir au lieu de ressasser la nostalgie d’un passé souvent idéalisé, ou de reproduire encore et encore les mêmes erreurs dont on connaît déjà les conséquences néfastes.

Etre optimistes, c’est aussi lutter contre le catastrophisme ambiant qui démobilise et justifie les « après nous le déluge » et leurs abus, sans jamais offrir de solutions positives.

Alors c’est certain, ça exige de chacun(e) un effort constant, un encouragement permanent, ça demande de la persévérance, de la ténacité et de l’endurance. Bref, c’est pas facile et c’est fatigant, mais c’est exaltant aussi: tout progrès est gratifiant.

Pour bien garder Les pieds sur Terre, posons les diagnostics puis cherchons des solutions et des avancées, réjouissons-nous de toutes les réalisations déjà effectuées, des recherches dans tous les domaines, des initiatives prometteuses, de toutes les victoires et des projets en cours. Soyons donc résolument optimistes!

Bref donnons-nous au plus vite des raisons d’espérer! c’est bon pour notre moral et c’est bon pour la planète!

Et vous, entre le radeau de la Méduse et la planche de salut, sur quoi voulez-vous voguer ?

 

 

Black Friday, un jour bien sombre…

Consternante nouvelle habitude, importée directement des USA, le Black Friday est une grand’messe consumériste qui va à l’encontre de tous les objectifs poursuivis par celles et ceux qui militent pour un développement durable.

Les origines de son nom sont l’objet de diverses versions: pour les uns cela ferait référence au fameux vendredi noir du Krach boursier de 1929 qui avait fait vertigineusement chuter les valeurs boursières et donc ruinés certains au profit de ceux qui avaient su et pu profiter des biens bradés dans l’urgence.

Pour d’autres cela daterait des années 60 où ces pré-soldes avaient attiré tant de monde que le trafic avait été qualifié de «journée noire», ou encore où les rues étaient «noires de monde».

Et pour d’autres cela serait une référence aux chiffres noirs des comptables, toujours heureux d’échapper aux désastreux chiffres rouges des déficits. Bref, cela reste assez approximatif mais on saisit bien l’idée générale.

Tout et n’importe quoi

La plus grande anarchie règne dans ses pratiques: certaines enseignes font des pré-soldes et annoncent des baisses de 10 à 70% sur des articles qui étaient déjà présents dans les rayons, d’autres commandent des produits  spécifiquement destinés à cette super-vente et qui sont présentés comme des affaires à saisir de toute urgence. D’autres jouent sur le «deux pour trois» ou encore sur le rabais progressif de plus en plus attrayant selon le nombre d’articles achetés.

Mais bien sûr le résultat est toujours le même: faire acheter et consommer encore et encore, écouler les productions pour mieux les augmenter sans cesse, justifier les chiffres de la sacro-sainte croissance d’un modèle économique en roue libre.

L’urgence anesthésie la raison

Les mails qui tombent en rafale dans nos boîtes de réception, commencent  tous par des textes alarmistes  «Attention plus que 24 heures pour profiter de … !» ou «N’attendez plus, bientôt il sera trop tard … » ou encore «J moins 1 !!  ne manquez pas …».

Une des clés de ce modèle aberrant c’est bien sûr de créer un permanent sentiment d’urgence: il faut que les consommateurs-trices cessent de réfléchir posément, il faut les maintenir en état d’alerte et de compétition, qu’ils aient peur d’avoir manqué quelque chose.

«Courez! Précipitez-vous AUJOURD’HUI, achetez vite, payez vite, et lassez-vous au plus vite. C’est bon pour la croissance mondiale, c’est bon pour vous.»

Argument qui n’a pas de sens puisque nous retrouverons à peu de chose près les mêmes offres dans quelques semaines, sous l’appellation soldes, ou ventes privées.

Jour de régression: la résistance s’organise

Oui, le Black Friday, c’est bien une journée noire, c’est l’apogée symbolique d’une fébrilité de masse. Le tout  “légitimé” par une  pseudo tradition de bons procédés commerciaux. « Pas de cerveaux, un porte-monnaie ou une carte  de crédit suffiront! Nous aimons tant vous faire plaisir! ».

Heureusement, la résistance s’organise, sous forme d’humour et de slogans dénonciateurs, et surtout de boycott par tous celles et ceux qui en ont assez de cet impérialisme, dont on sait pertinemment déjà combien il est dévastateur, partout et dans tous les domaines: humain, environnemental, social, économique et politique.

On n’a jamais autant produit de textiles, et surtout on n’en a jamais autant incinérés …Chez les grands distributeurs par correspondance qui dominent le marché, on n’a même plus le temps de vérifier les colis de retour: on les détruit.. cela coûte moins cher.

Comment rester indifférents devant un tel gâchis, devant ce cynisme sans limites?

Notre responsabilité

Cette journée -en passe de devenir une semaine d’ailleurs- devrait nous inciter à nous définir dans nos pratiques, à y réfléchir, à en débattre.

Au fond c’est un jour très politique pour tous les citoyen-nes: quels consomm –acteurs sommes-nous? Quels consomm-acteursvoulons-nous être?

Nous avons intérêt à y penser aujourd’hui car je vous le rappelle, c’est bientôt Noël … !

Les calendriers de l‘Avent sont là déjà, rivalisant d’inventivité pour écouler des marchandises dont nous n’avons pas besoin: certains farcis de bières ( heureusement que Noël tombe au 24 décembre, ça en fera déjà 7 en moins…) d’autres de produits de beauté (qui a besoin de 24 produits de beauté ??),  ou de liqueurs. Ils font fureur paraît-il …

Ah non, vous voyez, le cirque ne va pas s’arrêter de sitôt …Et je ne vous parle même pas des soldes de janvier! On en a déjà la nausée…

Je garde les pieds sur Terre: tout le monde le sait, le premier remède pour éviter l’indigestion, c’est de consommer moins! N’attendons pas le 1er janvier pour prendre nos nouvelles bonnes résolutions.

Smartphones dernière génération: nos photos «transnormées» ?

Parmi les dernières innovations sur le marché des smartphones, on peut s’intéresser à l’appareil de photo embarqué. Ce sujet m’interpelle en effet: les caméras de nos téléphones, devenues incroyablement performantes, ont peut-être atteint leur limite en matière de miniaturisation. Pourtant la qualité de nos photos semble ne cesser de s’affiner.

Contrastes, luminosité, colorimétrie et netteté (HDR) étaient déjà automatiquement optimisés par ce que l’on appelle communément le Machine Learning et l’apprentissage par les algorithmes. Jusqu’ici rien de nouveau.

Les innovations

On en est maintenant au stade suivant, celui du Deep Learning (ou apprentissage approfondi) qui permet des hiérarchisations dans cet apprentissage, et s’apparente à l’activité neuronale humaine.

C’est le domaine de l’intelligence artificielle et de ce que l’on appelle la photo computationelle (photo numérique de pointe) qui reconnaît le type d’images prises, c’est l’image processing.

La réalité codifiée: le problème des normes

Ainsi, non seulement nos photos prises depuis nos téléphones continuent-elles d’être  automatiquement modifiées pour une meilleure précision, ce qui est très  appréciable j’en conviens, mais elles seront – dans les derniers modèles- modifiées sur le plan esthétique, et c’est là que cela devient moins plaisant à mes yeux, si c’est automatique.

Par exemple, si le paysage que vous prenez en photo est « atypique » parce que ce jour-là il faisait un peu gris, le processeur se charge de la modifier et la transforme en ce que le Deep Learning aura déterminé comme « idéal » (ciel bleu azur, mer turquoise, etc.) selon un standard de généralisation déterminé par les avis ou les sélections du plus grand nombre des utilisateurs pour ce type de sujet.

Nos photos transnormées ?

Vous obtiendrez la « Photo Parfaite » de plage, ou de montagne, ou bientôt le portrait « amélioré » de votre grand-mère qui ressemblera à une vraie pub pour les grands-mères. Mais sera-t-elle VOTRE grand-mère, ce fameux après-midi –là, avec ses rides du sourire et ses cernes assorties à l’ombre mauve de son pommier sur la terrasse… ?

J’avoue, ça me perturbe et j’en suis arrivée à créer ce néologisme, photos transnormées pour: transformées selon des normes.

Car ces normes sont en quelque sorte le lieu le plus commun, le mainstream (ou courant général) le plus consensuel qui soit en matière de représentation de la réalité visuelle.

Le syndrome « Cartes postales »

Je n’ai aucune envie que mes photos aient toutes ce côté léché , kitsch –parce que redondant- du «beau» des cartes postales. Je les veux aussi proches que possible de ce que j’ai essayé de rendre par ma photo de la plage un peu triste , un peu grise sous le ciel brumeux et si évocatrice pour moi, peut-être ratée pour les autres.

Je ne souhaite pas vivre dans un catalogue de vacances, où l’on va me montrer sans cesse des clichés d’une réalité aseptisée et formatée. Ou en d’autres termes, je ne veux pas être leurrée en permanence.

Une question se pose: à terme, n’allons-nous pas  être en quelque sorte conditionnés à ne plus accepter autre chose de la réalité elle-même que ces «clichés» ?

Ne serons-nous pas déçus si ce que nous voyons « en vrai » ne correspond  pas à cette représentation factice?

La réalité est mutiple, variable, inattendue, perturbante parfois, voire alarmante, ou à l’inverse rassurante, bref, elle ne cesse de nous surprendre. En modifier drastiquement la restitution en fonction de standards, c’est la réduire et l’appauvrir.

Pour la liberté de perception!

On peut donc espérer que ces réglages ne nous seront pas imposés systématiquement et automatiquement et que nous pourrons choisir ou non cette option dans nos smartphones, au gré de notre fantaisie.

Car il y a aussi de la beauté dans ce qui est laid, flou, inattendu, différent, imparfait. Et je réclame le droit imprescriptible à décider moi-même ce que je veux restituer esthétiquement par mes photos.

L’imperfection est souvent bien plus parlante que la perfection, plus évocatrice, plus proche de nos sens. Elle raconte plus d’histoires …

Je garde les pieds sur Terre: les appareils de photos à réglage manuel et les réflex ont encore de beaux jours devant eux pour les passionnés. Bref, gardons l’œil ouvert!

 

 

 

Street art: de la rue au salon, une dérive?

Cet été à Genève a eu lieu un Summer Street Art festival, qui exposait 4 artistes: Banksy, Pimax, M.CHAT et Być dans un lieu de type industriel. Cela a remporté un franc succès, et parfois suscité le commentaire suivant : «oui super, mais alors si c’est des tableaux ou des objets présentés et vendus dans une galerie, c’est plus vraiment du street art !»

Peut-on définir le street art simplement?

Cela fait apparaître combien il est difficile – et comme on va le voir, contre nature- de vouloir réduire le street art à une seule définition.

Pour beaucoup de gens, c’est avant tout le lieu où il s’exprime – à savoir la ville, ses bâtiments, ses rues et ses infrastructures- qui le définirait, ce qui, bien souvent, est synonyme d’acte illégal et donc de danger couru volontairement par l’artiste lors de son exécution.

Ce serait ainsi avant tout un acte de rébellion, une sorte de hooliganisme revendicatoire. Cela implique aussi l’aspect furtif, nocturne, risqué (ceux qui se sont fait surprendre et arrêter pour dégradation de biens publics ou privés en ont fait la pénible expérience pénale et financière).

Et, par la force des choses, cela explique l’anonymat soigneusement préservé derrière un pseudo ou des initiales, un logo ou un personnage récurrent qui identifie, quoique sans le nommer, le street artist (tel le fameux chat souriant de M.CHAT).

Cet aspect de la prise de risque prend parfois plus de place que ce qui est graffé chez certains performers, pour qui l’objectif consiste alors avant tout à  laisser leur « marque » sans se faire « choper » et à couvrir une surface interdite, inaccessible et improbable en un temps record. Comme une sorte de sport extrême. Le faire, pour eux, c’est aussi un message.

Il y a également ceux qui ne prendront pas ces risques et qui assument leur travail solitaire en atelier traditionnel.

Pour les uns c’est le style, souvent à la bombe spray, qui primerait. Pour d’autres, c’est le graffiti de textes, le lettrage ; pour d’autres encore l’affichage, le pochoir ou le graff à main levée.

Pour certains est primordiale la qualité du dessin et le message qu’il véhicule, mais aussi la poésie ou l’humour décalé ; bref vous l’avez compris: il y a en fait autant de définitions qu’il y a d’acteurs et de spectateurs. Ce qui fait du monde…et autant d’avis.

Pas « d’école », la liberté totale

Le seul vrai dénominateur commun, comme me le disait Być, c’est qu’il n’y a pas de diplôme ni d’école du street art.Chacun peut en faire, comme il veut, où il veut, quand il le veut et sur les supports qu’il veut. Cela existe depuis la nuit des temps (on connaît les graffiti romains de Pompéï et ce ne sont pas les plus anciens témoignages que l’on ait de ce type de démarche.) C’est avant tout un art de la liberté totale pour celui qui le pratique.

Toute technique est acceptée, n’importe quel support est possible, tout format (les street invaders sont petits mais certaines fresques d’autres artistes sont immenses). On est libre aussi de le faire comme un pur hobby ou comme un métier artistique.

Le street art « récupéré » ?

Alors, bien sûr, aussitôt que certains émergent et que leurs oeuvres prennent une valeur chiffrée, qu’ils les vendent dans des galeries, ou qu’ils peuvent en vivre, cela génère le doute sur la question « est-ce encore du street art » ? La réponse est oui !

Dans un autre domaine, quand Jean de Brunhoff a écrit Babar pour ses enfants, il ne savait pas que cela deviendrait un best seller et qu’il toucherait des droits d’auteur. Mais cela reste et restera toujours ce que c’est: une merveilleuse série d’histoires pour les enfants avec des illustrations.

A Denver le RiNo Art district est un exemple parmi beaucoup d’autres qui montre que le street art peut être un moteur incroyable pour d’autres projets, qu’il peut générer des synergies positives et inattendues et que le fait qu’il rapporte de l’argent n’est pas un signe de sa corruption.

Il est “récupéré”? Tant mieux ! Vous l’invitez dans votre salon ? Pourquoi pas ? Il permet à des artistes d’en vivre et de dire ce qu’ils ont à dire ? Good!

C’est le signe que justement c’est bien du street art, il est à tout le monde, pour tout le monde, gratuit ou pas, dehors ou dedans, anonyme ou non, public ou privé, drôle, tragique ou poétique.

Donc non, (et c’est tant mieux) nous ne pourrons pas l’enfermer dans une définition, ou une catégorie, ni l’empêcher d’évoluer sans cesse. Il est multiforme par nature, c’est  justement ce qui en fait l’originalité. Il ouvre en grand le champ des possibles et n’est pas toujours là où l’on croit.

Pour le suivre, restons souples, laissons-le nous surprendre, même où on ne l’attendait pas… même au salon!  Et n’en doutons pas: il a sa place dans l’art contemporain.

Help! nos journées n’ont que 24 heures!

Depuis quelque temps, j’ai un peu l’impression d’être dans un mauvais remake du Jour sans fin, ce film où le héros recommence en boucle le même jour à chaque sonnerie de son réveil matin. Sa journée est différente, mais certaines choses recommencent, encore et encore.

Spirale infernale

Administrativement parlant, c’est ce qui arrive de plus en plus souvent.. et on se demande si on n’est pas devenus des hamsters qui font bêtement des kilomètres dans leur roue en croyant avancer.

Tout ce qu’on pense avoir réglé, avec telle ou telle instance (assurances, administration, contrats de téléphone, institutions, etc.) s’avère souvent inefficace. On passe des heures à écouter des musiques d’attente, à rédiger des mails à des boîtes anonymes dans des rectangles où on doit tout expliquer en détail, quoiqu’en en trois lignes maximum dans un cadre préconfiguré.

Mais ensuite, il ne se passe plus rien …Et on doit tout recommencer.

Dans un bref accès de parano, j’ai cru que ça tombait sur moi, que je n’avais pas de chance, mais après partage d’informations avec plusieurs personnes, je me suis vite calmée à cet égard. En fait bien sûr ça arrive à tout le monde. Et on peut se demander pourquoi c’est finalement assez généralisé.

Débordés et submergés

Les gens ne peuvent tout simplement plus faire leur travail correctement.

Ils sont emportés par un flux de plus en plus dense et de plus en plus rapide d’informations, de demandes, de mails qui submergent leur boîte aux lettres professionnelles et personnelles, de messages sur toutes sortes de canaux …

Alors, bien sûr, ils font des erreurs, ils oublient, ils omettent, ils disent :« Oui oui , pas de problème » et en fait ils sont souvent dépassés, au bord de la noyade… malgré toute leur bonne volonté. Et si en plus de tout cela, on rajoute les bugs informatiques somme toute assez fréquents,  chacun est soumis à un rythme  difficile à soutenir.

Plus de moyens mais moins de personnel

Le problème est que les effectifs de personnel ont été drastiquement réduits ou que les services ont été dispersés, parfois dans des pays très lointains, avec non seulement des décalages horaires importants mais aussi des problèmes liés au fractionnement de l’information et des responsabilités. Il y a multiplication des instances intermédiaires, et risque de  perte d’informations, accumulation de délais, etc. L’extraordinaire « portabilité » d’internet a parfois aussi ses mauvais côtés.

 Toujours plus vite ( mais moins bien …)

On va nous mettre la 5G (si l’Office fédéral de la santé publique l’autorise) pour que tout aille encore plus vite. Tous les flux s’accélèrent : images, transports, informations.  Parallèlement les éditeurs de méthodes de relaxation et de bien-être font fortune. On a de plus en plus de moyens de communication, de plus en plus puissants, on devrait être plus détendus et c’est le contraire. Nos « batteries » intérieures n’ont plus le temps de se recharger et trop nombreux sont celles et ceux que guette le burn out sévère.

Or nos journées n’ont toujours que 24 heures! Beaucoup de personnes ne peuvent tout simplement plus accomplir correctement leurs tâches professionnelles quotidiennes. Internet est un outil fabuleux, mais comme toute technologie, cela modifie profondément nos modes de fonctionnement, aussi bien positivement que négativement. La rapidité extraordinaire de communication a par exemple généré une impatience généralisée, une extension sans limites des horaires, et une charge de travail accrue.

Le travail est grandement facilité, mais il y en a davantage. Et il y a moins de gens pour le faire. Lire 250 mails par jour et y répondre au plus vite, accomplir tout le reste en plus, et ne pas commettre d’erreurs ou d’oublis est juste impossible. Cela demande plus de personnel, pas moins !

Dégâts collatéraux

Alors bien évidemment, ça fait effet domino: au lieu d’avancer dans notre travail, on perd un temps fou à pousser celui des autres à progresser. D’autant plus plus énervant que parallèlement, dans les systèmes informatiques (vous l’aurez sans doute  remarqué) les envois de rappels automatiques, eux, fonctionnent très bien et sans état d’âme et ne sont pas gérés par celles et ceux qui devraient pouvoir régler votre problème initial…

Et nous revoilà partis pour un tour: le problème A, toujours pendant, ayant à son tour généré un problème B, voire C ! Le hamster s’essouffle …

Je garde les Pieds sur Terre: Hélas, même si on le demandait, nos journées ne feront jamais 36 heures:

le bureau qui s’en occupe est sur répondeur…

 

 

Les cigales bientôt au tribunal ?

Il y a quelque temps un coq a été à l’origine d’un procès initié par un couple de citadins fraîchement installés à la campagne dans un petit village français. Procès très médiatisé, qui a suscité levées de boucliers et force signatures de pétitions en faveur du Sieur Coq répondant au doux prénom de Maurice. Sous les cieux hélvétiques, je me souviens d’avoir lu également des situations similaires, mais pour des vaches qui (quelle surprise n’est-ce pas?) avaient commis le crime de meugler, ou pour des cloches qui sonnaient à l’église du village ….

Plus récemment, la Provence et le Périgord ont hésité entre le rire, l’indignation et la consternation devant la demande à une entreprise spécialisée de certains habitants d’une maison de Dordogne d’éliminer purement et simplement les cigales des arbres environnants, par trop bruyantes à leur oreilles urbaines.

Enfin, d’autres ont accusé les abeilles de « souiller » des infrastructures par des dépôts de pollen …

Ces histoires, aussi grotesques qu’affligeantes, nous rappellent que l’opposition ville-campagne qui inspira tant d’écrivains (Maupassant, Balzac, Flaubert, pour ne citer qu’eux) est, pour quelques-uns, plus vivace que jamais.

A toutes les époques, le citadin s’est cru supérieur au campagnard, incarnant (pensait-il fièrement) le progrès, l’essor vers plus de civilisation. Le campagnard, autrefois souvent contraint à l’exode vers les villes pour y chercher du travail, a dû s’adapter (sans protester, lui !) à ces lieux souvent gris, sales, bruyants de cliquetis et de vombrisssements de toutes sortes.

Or, certains citadins qui, aujourd’hui, migrent vers la campagne pour une vie plus plaisante, exigent sans vergogne que leur nouvel environnement soit soumis à leur sensibilité, sous prétexte qu’ils n’y sont pas habitués, dans une attitude de colonisateurs conquérants. Ils sont ignorants (et comptent manifestement le rester) de tout ce qui caractérise les territoires ruraux mais trouvent parfaitement normal de vouloir soumettre cet espace à leur seule loi, celle du  prétendu « dominant » qui débarque.

Ce sont les mêmes probablement qui s’extasieront devant des reconstitutions de jardins paradisiaques, artificiels ou virtuels, dans des films ou des parcs d’attractions bétonnés, à la faune et à la flore plastifiées et outrageusement colorées .

Pourtant ils seront bien aise, le moment venu, sur le coup de midi au clocher du village, de manger une bonne salade et des fruits juteux, en buvant un verre de vin ou un frappé au lait de vache ou d’amandes. Comme tout colonisateur, le citadin irascible sait ce qui est bon et compte bien en profiter au maximum.

Mais il n’a toujours pas compris, le pauvre, que son œuf provient d’une poule!

Et Ciel ! c’est sûr, elle va caqueter demain à l’aube! Mais que fait la police?