Black Friday, un jour bien sombre…

Consternante nouvelle habitude, importée directement des USA, le Black Friday est une grand’messe consumériste qui va à l’encontre de tous les objectifs poursuivis par celles et ceux qui militent pour un développement durable.

Les origines de son nom sont l’objet de diverses versions: pour les uns cela ferait référence au fameux vendredi noir du Krach boursier de 1929 qui avait fait vertigineusement chuter les valeurs boursières et donc ruinés certains au profit de ceux qui avaient su et pu profiter des biens bradés dans l’urgence.

Pour d’autres cela daterait des années 60 où ces pré-soldes avaient attiré tant de monde que le trafic avait été qualifié de «journée noire», ou encore où les rues étaient «noires de monde».

Et pour d’autres cela serait une référence aux chiffres noirs des comptables, toujours heureux d’échapper aux désastreux chiffres rouges des déficits. Bref, cela reste assez approximatif mais on saisit bien l’idée générale.

Tout et n’importe quoi

La plus grande anarchie règne dans ses pratiques: certaines enseignes font des pré-soldes et annoncent des baisses de 10 à 70% sur des articles qui étaient déjà présents dans les rayons, d’autres commandent des produits  spécifiquement destinés à cette super-vente et qui sont présentés comme des affaires à saisir de toute urgence. D’autres jouent sur le «deux pour trois» ou encore sur le rabais progressif de plus en plus attrayant selon le nombre d’articles achetés.

Mais bien sûr le résultat est toujours le même: faire acheter et consommer encore et encore, écouler les productions pour mieux les augmenter sans cesse, justifier les chiffres de la sacro-sainte croissance d’un modèle économique en roue libre.

L’urgence anesthésie la raison

Les mails qui tombent en rafale dans nos boîtes de réception, commencent  tous par des textes alarmistes  «Attention plus que 24 heures pour profiter de … !» ou «N’attendez plus, bientôt il sera trop tard … » ou encore «J moins 1 !!  ne manquez pas …».

Une des clés de ce modèle aberrant c’est bien sûr de créer un permanent sentiment d’urgence: il faut que les consommateurs-trices cessent de réfléchir posément, il faut les maintenir en état d’alerte et de compétition, qu’ils aient peur d’avoir manqué quelque chose.

«Courez! Précipitez-vous AUJOURD’HUI, achetez vite, payez vite, et lassez-vous au plus vite. C’est bon pour la croissance mondiale, c’est bon pour vous.»

Argument qui n’a pas de sens puisque nous retrouverons à peu de chose près les mêmes offres dans quelques semaines, sous l’appellation soldes, ou ventes privées.

Jour de régression: la résistance s’organise

Oui, le Black Friday, c’est bien une journée noire, c’est l’apogée symbolique d’une fébrilité de masse. Le tout  “légitimé” par une  pseudo tradition de bons procédés commerciaux. « Pas de cerveaux, un porte-monnaie ou une carte  de crédit suffiront! Nous aimons tant vous faire plaisir! ».

Heureusement, la résistance s’organise, sous forme d’humour et de slogans dénonciateurs, et surtout de boycott par tous celles et ceux qui en ont assez de cet impérialisme, dont on sait pertinemment déjà combien il est dévastateur, partout et dans tous les domaines: humain, environnemental, social, économique et politique.

On n’a jamais autant produit de textiles, et surtout on n’en a jamais autant incinérés …Chez les grands distributeurs par correspondance qui dominent le marché, on n’a même plus le temps de vérifier les colis de retour: on les détruit.. cela coûte moins cher.

Comment rester indifférents devant un tel gâchis, devant ce cynisme sans limites?

Notre responsabilité

Cette journée -en passe de devenir une semaine d’ailleurs- devrait nous inciter à nous définir dans nos pratiques, à y réfléchir, à en débattre.

Au fond c’est un jour très politique pour tous les citoyen-nes: quels consomm –acteurs sommes-nous? Quels consomm-acteursvoulons-nous être?

Nous avons intérêt à y penser aujourd’hui car je vous le rappelle, c’est bientôt Noël … !

Les calendriers de l‘Avent sont là déjà, rivalisant d’inventivité pour écouler des marchandises dont nous n’avons pas besoin: certains farcis de bières ( heureusement que Noël tombe au 24 décembre, ça en fera déjà 7 en moins…) d’autres de produits de beauté (qui a besoin de 24 produits de beauté ??),  ou de liqueurs. Ils font fureur paraît-il …

Ah non, vous voyez, le cirque ne va pas s’arrêter de sitôt …Et je ne vous parle même pas des soldes de janvier! On en a déjà la nausée…

Je garde les pieds sur Terre: tout le monde le sait, le premier remède pour éviter l’indigestion, c’est de consommer moins! N’attendons pas le 1er janvier pour prendre nos nouvelles bonnes résolutions.

Smartphones dernière génération: nos photos «transnormées» ?

Parmi les dernières innovations sur le marché des smartphones, on peut s’intéresser à l’appareil de photo embarqué. Ce sujet m’interpelle en effet: les caméras de nos téléphones, devenues incroyablement performantes, ont peut-être atteint leur limite en matière de miniaturisation. Pourtant la qualité de nos photos semble ne cesser de s’affiner.

Contrastes, luminosité, colorimétrie et netteté (HDR) étaient déjà automatiquement optimisés par ce que l’on appelle communément le Machine Learning et l’apprentissage par les algorithmes. Jusqu’ici rien de nouveau.

Les innovations

On en est maintenant au stade suivant, celui du Deep Learning (ou apprentissage approfondi) qui permet des hiérarchisations dans cet apprentissage, et s’apparente à l’activité neuronale humaine.

C’est le domaine de l’intelligence artificielle et de ce que l’on appelle la photo computationelle (photo numérique de pointe) qui reconnaît le type d’images prises, c’est l’image processing.

La réalité codifiée: le problème des normes

Ainsi, non seulement nos photos prises depuis nos téléphones continuent-elles d’être  automatiquement modifiées pour une meilleure précision, ce qui est très  appréciable j’en conviens, mais elles seront – dans les derniers modèles- modifiées sur le plan esthétique, et c’est là que cela devient moins plaisant à mes yeux, si c’est automatique.

Par exemple, si le paysage que vous prenez en photo est « atypique » parce que ce jour-là il faisait un peu gris, le processeur se charge de la modifier et la transforme en ce que le Deep Learning aura déterminé comme « idéal » (ciel bleu azur, mer turquoise, etc.) selon un standard de généralisation déterminé par les avis ou les sélections du plus grand nombre des utilisateurs pour ce type de sujet.

Nos photos transnormées ?

Vous obtiendrez la « Photo Parfaite » de plage, ou de montagne, ou bientôt le portrait « amélioré » de votre grand-mère qui ressemblera à une vraie pub pour les grands-mères. Mais sera-t-elle VOTRE grand-mère, ce fameux après-midi –là, avec ses rides du sourire et ses cernes assorties à l’ombre mauve de son pommier sur la terrasse… ?

J’avoue, ça me perturbe et j’en suis arrivée à créer ce néologisme, photos transnormées pour: transformées selon des normes.

Car ces normes sont en quelque sorte le lieu le plus commun, le mainstream (ou courant général) le plus consensuel qui soit en matière de représentation de la réalité visuelle.

Le syndrome « Cartes postales »

Je n’ai aucune envie que mes photos aient toutes ce côté léché , kitsch –parce que redondant- du «beau» des cartes postales. Je les veux aussi proches que possible de ce que j’ai essayé de rendre par ma photo de la plage un peu triste , un peu grise sous le ciel brumeux et si évocatrice pour moi, peut-être ratée pour les autres.

Je ne souhaite pas vivre dans un catalogue de vacances, où l’on va me montrer sans cesse des clichés d’une réalité aseptisée et formatée. Ou en d’autres termes, je ne veux pas être leurrée en permanence.

Une question se pose: à terme, n’allons-nous pas  être en quelque sorte conditionnés à ne plus accepter autre chose de la réalité elle-même que ces «clichés» ?

Ne serons-nous pas déçus si ce que nous voyons « en vrai » ne correspond  pas à cette représentation factice?

La réalité est mutiple, variable, inattendue, perturbante parfois, voire alarmante, ou à l’inverse rassurante, bref, elle ne cesse de nous surprendre. En modifier drastiquement la restitution en fonction de standards, c’est la réduire et l’appauvrir.

Pour la liberté de perception!

On peut donc espérer que ces réglages ne nous seront pas imposés systématiquement et automatiquement et que nous pourrons choisir ou non cette option dans nos smartphones, au gré de notre fantaisie.

Car il y a aussi de la beauté dans ce qui est laid, flou, inattendu, différent, imparfait. Et je réclame le droit imprescriptible à décider moi-même ce que je veux restituer esthétiquement par mes photos.

L’imperfection est souvent bien plus parlante que la perfection, plus évocatrice, plus proche de nos sens. Elle raconte plus d’histoires …

Je garde les pieds sur Terre: les appareils de photos à réglage manuel et les réflex ont encore de beaux jours devant eux pour les passionnés. Bref, gardons l’œil ouvert!

 

 

 

Street art: de la rue au salon, une dérive?

Cet été à Genève a eu lieu un Summer Street Art festival, qui exposait 4 artistes: Banksy, Pimax, M.CHAT et Być dans un lieu de type industriel. Cela a remporté un franc succès, et parfois suscité le commentaire suivant : «oui super, mais alors si c’est des tableaux ou des objets présentés et vendus dans une galerie, c’est plus vraiment du street art !»

Peut-on définir le street art simplement?

Cela fait apparaître combien il est difficile – et comme on va le voir, contre nature- de vouloir réduire le street art à une seule définition.

Pour beaucoup de gens, c’est avant tout le lieu où il s’exprime – à savoir la ville, ses bâtiments, ses rues et ses infrastructures- qui le définirait, ce qui, bien souvent, est synonyme d’acte illégal et donc de danger couru volontairement par l’artiste lors de son exécution.

Ce serait ainsi avant tout un acte de rébellion, une sorte de hooliganisme revendicatoire. Cela implique aussi l’aspect furtif, nocturne, risqué (ceux qui se sont fait surprendre et arrêter pour dégradation de biens publics ou privés en ont fait la pénible expérience pénale et financière).

Et, par la force des choses, cela explique l’anonymat soigneusement préservé derrière un pseudo ou des initiales, un logo ou un personnage récurrent qui identifie, quoique sans le nommer, le street artist (tel le fameux chat souriant de M.CHAT).

Cet aspect de la prise de risque prend parfois plus de place que ce qui est graffé chez certains performers, pour qui l’objectif consiste alors avant tout à  laisser leur « marque » sans se faire « choper » et à couvrir une surface interdite, inaccessible et improbable en un temps record. Comme une sorte de sport extrême. Le faire, pour eux, c’est aussi un message.

Il y a également ceux qui ne prendront pas ces risques et qui assument leur travail solitaire en atelier traditionnel.

Pour les uns c’est le style, souvent à la bombe spray, qui primerait. Pour d’autres, c’est le graffiti de textes, le lettrage ; pour d’autres encore l’affichage, le pochoir ou le graff à main levée.

Pour certains est primordiale la qualité du dessin et le message qu’il véhicule, mais aussi la poésie ou l’humour décalé ; bref vous l’avez compris: il y a en fait autant de définitions qu’il y a d’acteurs et de spectateurs. Ce qui fait du monde…et autant d’avis.

Pas « d’école », la liberté totale

Le seul vrai dénominateur commun, comme me le disait Być, c’est qu’il n’y a pas de diplôme ni d’école du street art.Chacun peut en faire, comme il veut, où il veut, quand il le veut et sur les supports qu’il veut. Cela existe depuis la nuit des temps (on connaît les graffiti romains de Pompéï et ce ne sont pas les plus anciens témoignages que l’on ait de ce type de démarche.) C’est avant tout un art de la liberté totale pour celui qui le pratique.

Toute technique est acceptée, n’importe quel support est possible, tout format (les street invaders sont petits mais certaines fresques d’autres artistes sont immenses). On est libre aussi de le faire comme un pur hobby ou comme un métier artistique.

Le street art « récupéré » ?

Alors, bien sûr, aussitôt que certains émergent et que leurs oeuvres prennent une valeur chiffrée, qu’ils les vendent dans des galeries, ou qu’ils peuvent en vivre, cela génère le doute sur la question « est-ce encore du street art » ? La réponse est oui !

Dans un autre domaine, quand Jean de Brunhoff a écrit Babar pour ses enfants, il ne savait pas que cela deviendrait un best seller et qu’il toucherait des droits d’auteur. Mais cela reste et restera toujours ce que c’est: une merveilleuse série d’histoires pour les enfants avec des illustrations.

A Denver le RiNo Art district est un exemple parmi beaucoup d’autres qui montre que le street art peut être un moteur incroyable pour d’autres projets, qu’il peut générer des synergies positives et inattendues et que le fait qu’il rapporte de l’argent n’est pas un signe de sa corruption.

Il est “récupéré”? Tant mieux ! Vous l’invitez dans votre salon ? Pourquoi pas ? Il permet à des artistes d’en vivre et de dire ce qu’ils ont à dire ? Good!

C’est le signe que justement c’est bien du street art, il est à tout le monde, pour tout le monde, gratuit ou pas, dehors ou dedans, anonyme ou non, public ou privé, drôle, tragique ou poétique.

Donc non, (et c’est tant mieux) nous ne pourrons pas l’enfermer dans une définition, ou une catégorie, ni l’empêcher d’évoluer sans cesse. Il est multiforme par nature, c’est  justement ce qui en fait l’originalité. Il ouvre en grand le champ des possibles et n’est pas toujours là où l’on croit.

Pour le suivre, restons souples, laissons-le nous surprendre, même où on ne l’attendait pas… même au salon!  Et n’en doutons pas: il a sa place dans l’art contemporain.

Help! nos journées n’ont que 24 heures!

Depuis quelque temps, j’ai un peu l’impression d’être dans un mauvais remake du Jour sans fin, ce film où le héros recommence en boucle le même jour à chaque sonnerie de son réveil matin. Sa journée est différente, mais certaines choses recommencent, encore et encore.

Spirale infernale

Administrativement parlant, c’est ce qui arrive de plus en plus souvent.. et on se demande si on n’est pas devenus des hamsters qui font bêtement des kilomètres dans leur roue en croyant avancer.

Tout ce qu’on pense avoir réglé, avec telle ou telle instance (assurances, administration, contrats de téléphone, institutions, etc.) s’avère souvent inefficace. On passe des heures à écouter des musiques d’attente, à rédiger des mails à des boîtes anonymes dans des rectangles où on doit tout expliquer en détail, quoiqu’en en trois lignes maximum dans un cadre préconfiguré.

Mais ensuite, il ne se passe plus rien …Et on doit tout recommencer.

Dans un bref accès de parano, j’ai cru que ça tombait sur moi, que je n’avais pas de chance, mais après partage d’informations avec plusieurs personnes, je me suis vite calmée à cet égard. En fait bien sûr ça arrive à tout le monde. Et on peut se demander pourquoi c’est finalement assez généralisé.

Débordés et submergés

Les gens ne peuvent tout simplement plus faire leur travail correctement.

Ils sont emportés par un flux de plus en plus dense et de plus en plus rapide d’informations, de demandes, de mails qui submergent leur boîte aux lettres professionnelles et personnelles, de messages sur toutes sortes de canaux …

Alors, bien sûr, ils font des erreurs, ils oublient, ils omettent, ils disent :« Oui oui , pas de problème » et en fait ils sont souvent dépassés, au bord de la noyade… malgré toute leur bonne volonté. Et si en plus de tout cela, on rajoute les bugs informatiques somme toute assez fréquents,  chacun est soumis à un rythme  difficile à soutenir.

Plus de moyens mais moins de personnel

Le problème est que les effectifs de personnel ont été drastiquement réduits ou que les services ont été dispersés, parfois dans des pays très lointains, avec non seulement des décalages horaires importants mais aussi des problèmes liés au fractionnement de l’information et des responsabilités. Il y a multiplication des instances intermédiaires, et risque de  perte d’informations, accumulation de délais, etc. L’extraordinaire « portabilité » d’internet a parfois aussi ses mauvais côtés.

 Toujours plus vite ( mais moins bien …)

On va nous mettre la 5G (si l’Office fédéral de la santé publique l’autorise) pour que tout aille encore plus vite. Tous les flux s’accélèrent : images, transports, informations.  Parallèlement les éditeurs de méthodes de relaxation et de bien-être font fortune. On a de plus en plus de moyens de communication, de plus en plus puissants, on devrait être plus détendus et c’est le contraire. Nos « batteries » intérieures n’ont plus le temps de se recharger et trop nombreux sont celles et ceux que guette le burn out sévère.

Or nos journées n’ont toujours que 24 heures! Beaucoup de personnes ne peuvent tout simplement plus accomplir correctement leurs tâches professionnelles quotidiennes. Internet est un outil fabuleux, mais comme toute technologie, cela modifie profondément nos modes de fonctionnement, aussi bien positivement que négativement. La rapidité extraordinaire de communication a par exemple généré une impatience généralisée, une extension sans limites des horaires, et une charge de travail accrue.

Le travail est grandement facilité, mais il y en a davantage. Et il y a moins de gens pour le faire. Lire 250 mails par jour et y répondre au plus vite, accomplir tout le reste en plus, et ne pas commettre d’erreurs ou d’oublis est juste impossible. Cela demande plus de personnel, pas moins !

Dégâts collatéraux

Alors bien évidemment, ça fait effet domino: au lieu d’avancer dans notre travail, on perd un temps fou à pousser celui des autres à progresser. D’autant plus plus énervant que parallèlement, dans les systèmes informatiques (vous l’aurez sans doute  remarqué) les envois de rappels automatiques, eux, fonctionnent très bien et sans état d’âme et ne sont pas gérés par celles et ceux qui devraient pouvoir régler votre problème initial…

Et nous revoilà partis pour un tour: le problème A, toujours pendant, ayant à son tour généré un problème B, voire C ! Le hamster s’essouffle …

Je garde les Pieds sur Terre: Hélas, même si on le demandait, nos journées ne feront jamais 36 heures:

le bureau qui s’en occupe est sur répondeur…

 

 

Les cigales bientôt au tribunal ?

Il y a quelque temps un coq a été à l’origine d’un procès initié par un couple de citadins fraîchement installés à la campagne dans un petit village français. Procès très médiatisé, qui a suscité levées de boucliers et force signatures de pétitions en faveur du Sieur Coq répondant au doux prénom de Maurice. Sous les cieux hélvétiques, je me souviens d’avoir lu également des situations similaires, mais pour des vaches qui (quelle surprise n’est-ce pas?) avaient commis le crime de meugler, ou pour des cloches qui sonnaient à l’église du village ….

Plus récemment, la Provence et le Périgord ont hésité entre le rire, l’indignation et la consternation devant la demande à une entreprise spécialisée de certains habitants d’une maison de Dordogne d’éliminer purement et simplement les cigales des arbres environnants, par trop bruyantes à leur oreilles urbaines.

Enfin, d’autres ont accusé les abeilles de « souiller » des infrastructures par des dépôts de pollen …

Ces histoires, aussi grotesques qu’affligeantes, nous rappellent que l’opposition ville-campagne qui inspira tant d’écrivains (Maupassant, Balzac, Flaubert, pour ne citer qu’eux) est, pour quelques-uns, plus vivace que jamais.

A toutes les époques, le citadin s’est cru supérieur au campagnard, incarnant (pensait-il fièrement) le progrès, l’essor vers plus de civilisation. Le campagnard, autrefois souvent contraint à l’exode vers les villes pour y chercher du travail, a dû s’adapter (sans protester, lui !) à ces lieux souvent gris, sales, bruyants de cliquetis et de vombrisssements de toutes sortes.

Or, certains citadins qui, aujourd’hui, migrent vers la campagne pour une vie plus plaisante, exigent sans vergogne que leur nouvel environnement soit soumis à leur sensibilité, sous prétexte qu’ils n’y sont pas habitués, dans une attitude de colonisateurs conquérants. Ils sont ignorants (et comptent manifestement le rester) de tout ce qui caractérise les territoires ruraux mais trouvent parfaitement normal de vouloir soumettre cet espace à leur seule loi, celle du  prétendu « dominant » qui débarque.

Ce sont les mêmes probablement qui s’extasieront devant des reconstitutions de jardins paradisiaques, artificiels ou virtuels, dans des films ou des parcs d’attractions bétonnés, à la faune et à la flore plastifiées et outrageusement colorées .

Pourtant ils seront bien aise, le moment venu, sur le coup de midi au clocher du village, de manger une bonne salade et des fruits juteux, en buvant un verre de vin ou un frappé au lait de vache ou d’amandes. Comme tout colonisateur, le citadin irascible sait ce qui est bon et compte bien en profiter au maximum.

Mais il n’a toujours pas compris, le pauvre, que son œuf provient d’une poule!

Et Ciel ! c’est sûr, elle va caqueter demain à l’aube! Mais que fait la police?

Humeur festive

En été, s’ils sont chanceux – petite pensée pleine d’empathie pour les autres-  les Homo sapiens se muent sous l’effet du soleil en Homo touristicus vacancius et prennent quelques jours de repos. Ils s’adonnent avec bonheur et inventivité à des activités diverses, improbables parfois, frivoles souvent, sportives ou futiles.

Rares sont ceux qui ne fréquentent pas une fois ou l’autre un lieu culturel. Certains trouvent un plaisir tout estival à  découvrir des concerts en plein air, des festivals de toutes sortes. J’en fais partie.

Et plutôt que d’apprendre à faire la recette de la tarte pissaladière provençale, j’ai préféré aujourd’hui tenter de rendre un modeste mais très sincère hommage aux si nombreux artistes qui animent ou enchantent nos beaux moments d’été, par une petite fable, hélas sûrement plus indigeste qu’une bonne ratatouille…

L’été, l’artiste et le festivalier

Petite fable sans prétention.(Fait moins grossir qu’un aïoli)

Chaque été, avec ou sans cigales,

Partout, partout, fleurissent les festivals,

Et avec eux tous les festivaliers,

Enthousiastes, souriants, pleins de curiosité.

 

Théâtre, danse et musique,

Rapp, jazz, électro, classique,

Expos, ciné, ou bien visites,

En tous lieux la culture s’invite:

Montagnes, terrasses, lacs, ruines romaines,

Tout concourt à effacer les haines,

A redonner espoir dans la nature humaine

 

Capable ainsi de nous encourager,

De nous réconforter au soleil de l’été.

Et d’oublier un peu, instants rares et précieux,

Les tragédies d’ailleurs,

Commises sous d’autres cieux.

 

Remercions les artistes, leurs visions, leurs talents,

Qui redonnent à l’Homme quelque chose de plus grand.

 

Et puisons grâce à eux

Du courage pour lutter,

Plus braves, plus heureux.

Nous toujours, certes,

Mais en mieux….

 

Morale de cette histoire :

La critique est aisée mais l’art est difficile…

Offrons aux vrais artistes

Les lauriers qu’ils méritent!

 

Et nous, simples touristes, modestes vacanciers,

Amusons-nous un peu,

Cessons d’être sérieux,

Soyons peintres d’un jour, musiciens ou poètes

Même si, et cela saute aux yeux,

N’est vraiment pas- hélas-  La Fontaine qui veut !

Qu’importe!

Après tout, c’est l’été, soyons légers !

Faisons la fête!

 

Seconde morale :

Comme vous le constatez, lecteurs courageux,

Le ridicule tue moins quand on n’est pas sérieux… !

 

 

 

Etes-vous flexitarien-ne?

Au cinéma, l’autre soir, je découvre une pub vantant une viande bovine et nous incitant à être « flexitariens » (ou, dans cette pub: régalez-vous d’une bonne côte de bœuf).

Je connaissais bien des termes déjà, comme tout le monde, de carnivore à végétaliste en passant par végétarien pour ne citer que les plus connus.

Mais alors, j’avoue, flexitarien m’était inconnu … Il n’est pas compliqué d’en entrevoir le sens général, devant les images de la pub, mais moi je pensais naïvement que le mot « omnivore » suffisait pour décrire celui qui mange raisonnablement de tout… et qui semble avoir été oublié aujourd’hui.

Grave erreur ! Voyez plutôt mon ignorance: reconnu et défini par le Petit Robert depuis 2018 déjà flexitarien-ne, nom et adjectif signifie «qui limite sa consommation de viande, sans être exclusivement végétarien». (Ni exclusivement végétalien.)

En cherchant un peu, je découvre aussi que je pourrais choisir d’être « pollotariste », c’est-à-dire que je ne mangerais aucune chair animale, sauf de la volaile, ou « pesco-végétarienne », soit ne mangeant pas de chair animale sauf du poisson (ce qui me trouble: sont-ils exclus du monde animal ?… comme les poulets …?) ou semi-végétarienne si le mot flexitarienne ne me plaît pas.

En quoi ce terme méritait-il d’entrer dans le dictionnaire ?

En ce qu’il insiste sur l’idée d’une prise de conscience éthique et environnementale, qui souhaite un traitement plus acceptable des animaux, un plus grand respect de l’environnement et de la santé des consommateurs. Un omnivore mesuré et responsable, en somme, ce que nous devrions en effet tous tenter d’être (si nous voulons manger de tout). Bon, ça me va. J’adhère pleinement à tous ces aspects.

Alors qu’est-ce qui m’agace dans tout ça ?

 A la réflexion, ce qui m’agace, c’est ce courant de rectitude proclamée partout et à tout moment (auto-proclamée: « Moi, je suis …etc. etc. »), cette obligation de se définir sans cesse comme appartenant à telle ou telle catégorie fermée, exclusive, connotée, référencée, jugée, notée à l’aune de telle ou telle morale. Cette exigence de justification publique (qui sous-entend quand même l’idée d’une culpabilité à expier). Je devrais donc, si je suivais cette tendance aux profils déclarés qui m’agace, me présenter dorénavant comme la flexitarienne que je suis, si j’en crois la définition!

J’avoue, l’orthorexie (pratique qui se préoccupe, parfois jusqu’à l’obsession, de manger sainement) et tous les dogmes en général me consternent, car souvent ils dérivent et mènent à une sorte de fanatisme.

Qui ne souhaite pas manger sainement ? Pourquoi préconiser des régimes spéciaux pour tous (contradiction interne évidente) ?

Zut ! Parfois on a envie de se sentir libres de mal manger, et dans tous les cas de choisir individuellement, de ne pas être jugés pour autant comme des déviants, ou des marginaux. Je ne vais donc rien proclamer du tout …et faire au mieux.

Pour moi, l’éthique, le respect des animaux (sans exceptions !), de l’environnement et de la santé est un ensemble qui devrait en tout temps nous préoccuper toutes et tous.

 Et un seul terme devrait pouvoir suffire à nous décrire dans nos pratiques alimentaires  diverses et fluctuantes, plutôt qu’à nous définir et à nous catégoriser, ce qui revient trop souvent à nous opposer sur des détails au lieu de nous réunir sur le fond.

Omnivore signifie qui mange de tout et non pas qui DOIT manger de tout, ce qui implique le libre choix.

Néanmoins, puisqu’hélas il faut aujourd’hui encore (et plus que jamais) insister sur l’éthique et la co-responsabilité, alors le terme flexitarien a du moins le mérite de nous en faire parler … !

Gardons les pieds sur Terre…la division en sous–catégories est rarement efficace lorsqu’il s’agit de lutter, ensemble essayons d’être des flexi-terriens, ce qui, vous en conviendrez, est plus acceptable que bons à rien ….

 

 

 

 

Téléphones portables: une question de taille ….

Pour qui ne peut (ou ne veut) pas dépenser une fortune pour un nouveau téléphone, mais a un budget tout de même confortable, se pose aujourd’hui le problème de la taille des nouveaux modèles proposés. Et si vous ne disposez pas d’une main XXL , vous ne pouvez guère prétendre à une utilisation qui ne mobilise pas en permanence vos deux mains.

Plus larges, plus longs (et pas qu’un peu), ils sont de surcroît beaucoup plus lourds, avoisinants pour certains les …200 grammes! L’argument de vente étant principalement que «vous pourrez visionner confortablement vos films».

Certes… Néanmoins, quant à moi, je téléphone et j’écris davantage de messages ou de mails que je ne passe de temps à visionner mes séries préférées sur ce support, censé -rappelons-le tout de même- tenir dans une seule main (je me vois mal maintenir mon téléphone à deux mains sur mon oreille) !

Que dire de la place envahissante qu’il prend alors dans un sac ou dans une poche ?

Et je ne parle pas encore des effets du poids: trop grand et trop lourd, comme on le tient par sa partie basse, il pique de la tête vers le sol, pour le plus grand bonheur des réparateurs d’écrans brisés…

Quoiqu’ayant réduit la taille du clavier, je peine à le tenir et écrire d’une seule main, mon pouce est décidément trop court … Aujourd’hui il vaut donc mieux avoir le pouce long que le bras long …

Alors bien sûr, je peste :  décidément big is not always beautiful.

En fait, il s’agit d’un paradoxe, où les fonctions secondaires d’un appareil prennent tellement l’ascendant sur sa fonction première (pouvoir téléphoner !) qu’elles la relèguent du coup à un simple accessoire.

D’ailleurs cela apparaît clairement dans les publicités, où les caractéristiques multimédia des  téléphones portables (photos, films, réseaux sociaux, mails, etc.) ont pris toute la place.

Un peu comme certains couteaux suisses qui, devenus énormes, entre leurs tire-bouchon, pince à épiler et autres ciseaux, ne tiennent plus dans une poche, et pourront bientôt proposer une tronçonneuse pliable… !

Aujourd’hui donc, la mode est aux téléphones de moins en moins portables, et qui prétendent à grand renfort de publicités pompeuses et lyriques nous faire voir la réalité, les films et le monde plus grands, et prennent  effectivement de plus en plus de place  et de poids dans nos vies.

Bref, je garde les pieds sur Terre… et les mains (!) sur mon nouveau téléphone, dont comme tout le monde, je ne saurais me passer ! Mais quand même,… je râle!

 

 

Lobbyiste: une insulte?

A l’occasion de la fracassante démission de Nicolas Hulot du gouvernement français, ou du désir forcené de Trump de faire son mur, il a beaucoup été question de lobbyisme et des lobbyistes. Lors d’une émission radio, j’ai  par exemple entendu une représentante d’une importante ONG environnementale confrontée à la question provocatrice du journaliste : « Mais vous aussi, à Bruxelles, vous faites du lobbyisme! »

En quoi il avait raison… si l’on s’en tient à la définition théorique du lobbysme (ou lobbying) : pratique consistant à organiser un groupe de pression directe ou indirecte auprès d’autorités politiques afin de défendre des intérêts économiques, professionnels ou personnels et de chercher à influencer les décisions (lois, réglementations, normes). On est dans le domaine de ce qu’on appelle les mécanismes d’influence.

Un bon et un mauvais lobbyisme ?

Après une seconde d’hésitation, la représentante de l’ONG en est d’ailleurs convenue. Mais avec une réticence compréhensible.

Puis, très clairement, elle a nuancé sa réponse, en mettant de sérieux bémols à la définition qui lui était imposée. Elle a cité trois grandes différences entre les lobbyistes dont Nicolas Hulot a en effet eu à se plaindre, et le type d’influence qu’elle exerce pour son ONG .

Voici ces différences: l’importance des moyens financiers et logistiques mis en œuvre, les intentions réelles qui président aux actions, et enfin les destinataires –bénéficiaires visés par l’action menée.

Ou, pour faire simple, les comment ? pour quoi ? et pour qui ?

Bien sûr, à cela s’ajoute forcément la question : avec quelles conséquences ?

D’emblée on repère le problème si fondamental, de l’éthique

Or, l’image que nous avons du lobbyisme et des lobbyistes, dans la réalité (ou telle qu’elle nous est montrée dans les fictions) n’inspire en effet pas vraiment l’admiration béate.

Le comment? met  souvent en œuvre la grosse artillerie de moyens financiers considérables, le pour quoi? obtient trop fréquemment la réponse: pour augmenter le profit à court terme, sans tenir compte des effets négatifs induits, et le pour qui? ne concerne pas toujours le plus grand nombre, ni la société civile dans toute sa diversité.

Lobbyisme et corruption

Quant à l’éthique, elle est dès lors forcément bafouée par un cynisme pervers, par des techniques manipulatoires, souvent mensongères et mystificatrices, le «tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.»

Les diverses techniques de « corruption » ne sont jamais très loin …Et ce qui définit le plus le « mauvais » lobbyisme, c’est bien le bras de levier de la corruption, car il démontre à quel point les gens visés sont effectivement corruptibles …

Les universités qui ont une chaire de lobbyisme cherchent d’ailleurs par tous les moyens à communiquer positivement pour redonner un certificat de virginité à cette formation. C’est donc bien que cette image est très endommagée… On voudrait réguler le lobbyisme. Louable projet, nécessaire en effet, mais malmené par la dure réalité .

Un « vilain mot » ?

Il y aurait du bon et du mauvais lobbysime. Je crois cependant qu’à force de mauvais usages, certains mots ne peuvent être revalorisés.

A mon avis, il est trop tard pour prétendre modifier cette image si abîmée. Et pour distinguer le bon grain de l’ivraie, seule la distinction entre deux mots pour décrire deux pratiques si opposées (bien qu’appartenant toutes deux aux mécanismes d’influence) offrirait une solution qui permette de préserver dignement la bonne foi, voire la noblesse, des actions menées honnêtement à des fins défendables sur le plan éthique. Peu importe que l’action s’exerce dans le domaine public ou privé.

Le lobbyiste aujourd’hui est considéré comme le courtisan sans scrupules, d’ailleurs le mot lobby ne veut-il pas dire antichambre ?

On n’est pas si loin des sollicteurs de tout poil qui gravitaient autour du pouvoir en place et intriguaient sans cesse, attendant leur tour pour une audience royale. Pourtant eux aussi avaient parfois de bonnes causes à défendre.

Il serait grand temps de trouver le mot qui convienne pour désigner les lobbyistes aux buts respectables et aux méthodes avouables… J’avoue, je sèche pour le trouver…Militant? Activiste? Influenceur? Aucun ne me paraît convenir.

Je garde hélas les pieds sur Terre, aujourd’hui le lobbyisme est de fait généralement criticable, et souvent révoltant, dans ses buts , dans ses méthodes et surtout dans ce qu’il nous fait découvrir de ses destinataires, si aisément corrompus. Aujourd’hui, c’est donc plutôt un «vilain mot ».

Trouvons-en un autre pour celles et ceux qui ne méritent pas d’ y être associés.

Le piano descend de son estrade!

A Paris, Genève ou ailleurs, trônent parfois des pianos dans les halls de gare, invitant le voyageur de passage à en jouer. Cette belle initiative produit des situations diverses, allant de la cacophonie à la magie éphémère.

On voit ainsi certains adultes pianoter pour la première fois, et ce qui est beau alors, ce n’est pas les sons mais le geste d’avoir osé s’asseoir là, et devant des gens pour essayer ….Car le piano, c’est intimidant, ça fait sérieux, c’est imposant. Comment, lorsqu’il est placé en évidence dans un lieu public, ne pas l’associer aux salles de concerts, aux virtuoses classiques ou jazzy?

Et là, parce qu’il est dans un endroit somme toute incongru, ça devient accessible et ludique. Ici pas des sièges alignés, pas de scène, pas de queue de pie ni de robe du soir, juste des gens qui passent. On ne les connaìt pas, on ne les reverra jamais, ils passent : pour le pianiste d’occasion le risque du ridicule est quasi nul. Voilà précisément ce qui attire : ce mélange entre espace public et anonymat, entre instrument solennel et instants fugitifs, sans programme ni vedette.

Des personnes très diverses se mettent alors devant le clavier. Comme spectateur on comprend parfois que c’est aussi pour celui qui s’y essaie l’occasion de toucher enfin cet objet précieux. Un peu comme de se mettre au volant d’une voiture de luxe au Salon de l’Auto, « pour voir comment ça fait ». Et on voit poindre un plaisir d’enfant sur le visage du pianiste de gare.

Parfois, quoique plus rarement, se produit un petit moment magique: l’autre jour, comme je marchais en direction du quai avec ma valise, j’ai entendu peu à peu la mélodie d’un morceau admirablement joué … Au piano, un jeune homme blouson, baskets, et casquette jouait une pièce classique romantique plutôt difficile. Un cercle s’était formé autour de lui, et ceux qui ne pouvaient s’arrêter par manque de temps, ralentissaient tout de même leurs pas et regardaient en passant. J’aurais voulu rester mais mon train ….

J’ai aimé cette bulle de savon musicale qui tordait le cou aux stéréotypes hélas trop répandus des apparences et des catégories: très jeune, vêtu comme un rappeur rebelle et jouant merveilleusement Chopin sur un splendide piano à queue noir dans un hall de gare. Il y avait là de la poésie tout à coup.

Aujourd’hui je ne vais pas garder les pieds sur terre ou du moins, je vais marcher sur la pointe des pieds, histoire de laisser encore un peu la musique adoucir nos mœurs ….et souhaiter que vivent longtemps les pianos de gare !