Emballages, justifications et communicants

Pas une entreprise d’envergure qui n’aie pas son équipe de communicants! Comme pour les pommes bio, ils (et elles) nous emballent avec leurs discours et leurs justifications. Petites omissions, arguments douteux, tout est permis pour vendre. Y compris de raconter des salades…

La stratégie commerciale ne connaît qu’une logique: celle de vendre toujours plus. Sans respecter aucune éthique, aucune autre valeur que celle qui s’inscrit en noir avec de nombreux zéros au bilan. Cela vaut aussi quand la clientèle devient regardante sur la qualité, la provenance et le mode de production des denrées qu’elle achète. A ce moment-là, les grands distributeurs ne s’en sortent qu’en engageant une flopée de communicants très doués.

C’est le cas de nos deux géants orange du duopôle “Migroop”. Les deux ont senti, puis suivi la tendance avec les produits bio. Avec grand succès. Les deux proposent une gamme de produits estampillés Bio Suisse pour l’un (le bourgeon) et Migros Bio pour l’autre. Chacun produit des lignes de produits bio “maison”: Alnatura pour l’un, Oecoplan, Naturaline pour l’autre.

D’autres tendances ont été récupérées: le très bon marché “générique”, les produits vegan, etc. Récupérer les tendances du moment et proposer des produits qui y répondent, ce n’est rien d’autre que de la segmentation de marché. L’objectif général est d’occuper le terrain et de conserver sa clientèle qui serait tentée d’aller voir ailleurs.

Labels: en veux-tu? en voilà!

Les attentes de la clientèle sont très diverses et souvent s’opposent. Certains ne veulent que du bon marché, sans aucune considération sur la qualité ou la provenance des aliments. D’autres, et ils sont toujours plus nombreux, ont d’autres exigences. Ils veulent des produits de qualité, issu de l’agriculture locale, durable, voire bio. Ils veulent du bon et du bien. Voici venu le temps des labels et des certifications. On les voit fleurir comme les pâquerettes au printemps. Ils sont si nombreux qu’il faut un guide pour savoir ce qu’ils recouvrent (ouf, la FRC en propose un!).

Que ces labels existent, c’est une bonne chose! Mais la démarche des grands distributeurs ne doit tromper personne. Seule la logique du marché et la volonté de vendre toujours plus sont à l’origine de toutes leurs actions. En soi, rien de plus normal pour un commerçant, me direz-vous. Juste! Sauf quand le dit-commerçant commence à surfer sur les valeurs qui sous-tendent les attentes de leurs clients et à en jouer. Sauf quand il mène sa clientèle en bateau. Il y a alors un décalage entre le discours et les faits qui est très mal perçu par le public.

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Pas assez efficace, le nettoyage sans déchets?

Changer ses habitudes. C’est le passage obligé quand on se rend compte des kilos de déchets inutiles que l’on produit chaque semaine. Les alternatives sont nombreuses. Certains se lanceront volontiers dans des préparations “maison”. Les recettes Do-it-yourself (DIY) sont légion sur internet et les réseaux sociaux. Mais on ne s’improvise pas formulateur ou formulatrice parce qu’on aurait, enfant, épuisé toutes les possibilités de la boîte du “Petit chimiste” reçue à Noël…! D’autres préfèreront acheter des produits de nettoyage ou cosmétiques en vrac tout prêts, au poids ou au litre.

S’il est bien une question récurrente, c’est celle du nettoyage, que ce soit de la vaisselle ou du linge. L’association ZeroWaste Switzerland se décline dans de nombreux cantons et ses ambassadeurs gèrent aussi les pages correspondantes sur Facebook principalement, sur Instagram parfois. On voit souvent passer cette question: tel produit, telle recette, ça ne lave pas aussi bien que le produit Z acheté en supermarché. Telle recette fonctionne très bien chez X, et laisse des traces blanches chez Y. Tout le monde se questionne sur le bon dosage des ingrédients de base (cristaux de soude, acide citrique, gros sel, percarbonate de soude…). On  se lamente de la dureté de l’eau de sa région…

Alors que bien souvent, le noeud du problème est ailleurs.

 

Du T.A.C.T, vous en avez ?

Dans son excellent bouquin “Greenwashing – fabriquer ses propres produits ménagers” (Editions La Plage), Cécile Berg  – docteur en chimie pharmaceutique, un gage de crédibilité – nous rappelle l’essentiel: pour laver correctement, toutes les formules jouent sur quatre facteurs (résumé par l’acronyme T.A.C.T):
– le temps
– l’agitation
– la chimie
– la température

En résumé, si on fait tremper (temps), mieux ça lave. Si on frotte (agitation), c’est plus efficace, etc. Le concept est simple à comprendre…! On l’aura deviné, les produits du commerce jouent essentiellement sur la chimie, au mépris de l’environnement… et de notre santé. On applique le produit, on attend une ou deux minutes, on rince et tout est propre, sans frotter. Magique! Mais le produit en question est souvent très toxique, pour soi et pour la nature. Il y a longtemps, j’ai cru mourir étouffée après avoir sprayé un nettoyant pour salle de bain dans la douche: les gaz du produit m’ont fait suffoquer et j’ai bien cru ne pas pouvoir atteindre la fenêtre pour reprendre une respiration normale. Depuis cette petite expérience assez traumatisante, j’ai commencé à me poser des questions sur la composition de ces sprays aux couleurs fluo censés nous faciliter la vie (et pas nous l’ôter prématurément)!

Pour en revenir aux principes T.A.C.T, il suffit souvent de laisser tremper et de frotter quand on utilise des produits DIY ou achetés en vrac, à la composition simple. Car pour ce qui est de la chimie, très peu d’ingrédients suffisent à tout faire. Par conséquent, si vous constatez que cela ne lave pas comme le produit X ou Y très chimique du supermarché, c’est sans doute que vous avez négligé le quatrième élément: la température. Votre eau de lavage n’est peut-être tout simplement pas… assez chaude!

Laver à froid: la fausse bonne idée écologique

Eh oui, la publicité des fabricants de chimie nous ont “vendu” le concept de lavage (vaisselle, linge) à basse température. Ce serait ainsi plus écologique car on consomme moins d’électricité. Oui, certes, mais qui dit basse température, dit chimie augmentée pour que cela fonctionne. On économise quelques centimes d’électricité, mais on pollue allégrement. Quel gain !

Donc oubliez cette fausse idée soi-disant écologique et choisissez un programme plus chaud avec votre poudre pour lave vaisselle ou votre lessive à base de savon de Marseille, de feuilles de lierre ou de cendres faite maison.

Au niveau chimie, les recettes de la poudre pour lave-vaisselle sont aussi simples et très économiques. Cécile Berg en donne deux dans son ouvrage. La première utilise du borax, qui se vend environ CHF 20.- par kilo en droguerie (en vrac). La seconde est plus économique et utilise du bicarbonate.

Recette mini-budget de poudre à lave-vaisselle

  • 1 verre et demi de bicarbonate de soude
  • 1 verre et demi de cristaux de soude déshydratée
  • 1/2 verre de gros sel

Utiliser 1 cs de ce mélange sel-bases, puis…
A conserver séparément (et à rajouter au moment de lancer la machine):

  • 1/2 verre d’acide citrique (à raison d’1 cc par machine)

[Mise  à jour: une seconde recette utilisant du borax est donnée par Cécile Berg dans son livre. Il semble que ce minéral ne soit pas en vente libre en Suisse, car classifié H360: il peut nuire à la fertilité et au foetus à haute dose. Cette recette est donc retirée de cet article. Merci à Aline pour son avertissement !]

J’ai essayé quantité de recettes, avec toujours l’impression que ce n’était pas vraiment propre à la longue, que les verres étaient voilés (malgré le vinaigre en rinçage, malgré une eau adoucie). Pire, un film s’était collé à la vaisselle.

Jusqu’au moment où je me suis rappelée le principe T.A.C.T. J’ai donc sélectionné le programme chaud. Et là, miracle, toutes les recettes sont hyper efficaces !

Acide et base: à mélanger au bon moment

Autre question récurrente: pourquoi ne pas mélanger l’acide citrique au reste des poudres ? Les cristaux de soude sont anhydres et basiques. Ils captent donc facilement l’eau environnante pour se réhydrater. Et en cuisine, comme en lessiverie, ce n’est pas l’eau qui manque! Et comme la soude sous cette forme est basique, elle va réagir avec l’acide citrique (ou tout autre acide): ça commence à gonfler, puis à mousser. La réaction effervescente achevée, le produit ne sera plus du tout efficace. C’est bien dommage, car cette réaction est intéressante pour décoller la saleté. Au prochain plat de lasagnes à nettoyer, essayez de saupoudrer du bicarbonate de soude, basique, sur les restes (qui auront d’abord été mis à tremper), puis sprayer dessus du vinaigre blanc (acide): vous verrez comme cette effervescence décrasse !

Acide et base, ça fait “pschtt”: pour faire rigoler vos enfants, réalisez une “limonade” minute en ajoutant un peu de bicarbonate de soude (basique) dans un verre d’eau additionné d’un jus de citron (acide)… Le même principe est à la base des galets pour WC ou “potty bombs” qui détartrent, nettoient et désodorisent. Mais là, il faut quand même manier la brosse…

Acide et base, ça fait “pschtt” et c’est bien sûr intéressant pour nettoyer, mais dans le lave-vaisselle, pas en dehors! D’où l’intérêt de procéder au mélange sel-bases et acide au moment de lancer la machine. Ou bien de ne préparer que de petites quantités de poudre à la fois.

Oui, on peut changer ses habitudes et ne plus utiliser tous ces produits chimiques du commerce traditionnel, vendus à grands renforts de publicité et d’arguments plus que discutables. On le peut, sans faire de compromis sur l’exigence de propreté moderne et sans produire de déchets inutiles. Pour le bien de l’environnement et de sa santé.

 

[update: Suite au commentaire d’Aline ci-dessous, je me dois de mettre en garde toute personne qui souhaite fabriquer ses produits ménagers. Même si les ingrédients de base sont naturels, ils se manipulent toujours avec précaution. On évitera aussi de dépasser les doses prescrites. Toujours procéder dans un local bien ventilé, porter des lunettes et des gants et ne pas respirer les vapeurs ou les poussières des produits. Bien entendu, il ne faut pas non plus laisser traîner les ingrédients ou les mélanges et les ranger hors de la portée des enfants.

Evitez aussi d’acheter des produits sur internet. D’une part parce qu’il n’y a aucune garantie sur la qualité des produits et leur origine, mais surtout, vous ne bénéficierez pas des conseils de prudence et d’usage des professionnel-le-s de la pharmacie ou de la droguerie.]

 

Journée mondiale de l’eau – Oui à la gourde, non au PET !

Depuis 1992, l’ONU attire l’attention de tous sur l’importance de l’eau et tente de promouvoir la gestion durable des ressources en eau douce grâce à la Journée mondiale de l’eau. En totale opposition à la privatisation de cette ressources essentielle, un des objectifs poursuivis par les Nations Unies est de garantir l’accès de tous à l’eau. Une eau qui mérite notre respect, à chaque bout de la conduite.

La Suisse est le château d’eau de l’Europe, ce qui explique que l’on n’a-t-on plus tellement conscience de la chance que l’on a d’y vivre! Chaque jour, sans interruption, nous ouvrons nos robinets et pouvons nous abreuver d’une eau de qualité. Chaque jour, nous prenons des douches sans devoir cracher tous les deux minutes pour éviter d’ingurgiter des bactéries nocives. Chaque semaine, nous pouvons laver notre linge dans une eau claire et propre. Et chaque jour, nous faisons nos besoins dans de l’eau potable! Malgré notre chance de veinards géographiques, les ventes d’eau en bouteille sont toujours aussi florissantes… Allez comprendre…

Chutes du Rhin

Comme l’écrivait le magazine Bon à savoir en septembre 2016, “en Suisse, hors considérations gustatives personnelles, il n’y a aucune bonne raison de consommer de l’eau en bouteille plutôt que de l’eau du robinet. Elle est moins chère, plus écologique et tout aussi saine.” Mettre de l’eau en bouteille et la vendre est un moyen assez simple de remplir les caisses. Une belle étiquette, beaucoup  de marketing pour faire croire que cette eau-là soignera toutes sortes de bobos et l’affaire est faite. Mais pour garantir de grands profits à moindre coût, encore faut-il avoir fait main basse sur les sources. C’est la stratégie poursuivie par de grands groupes alimentaires depuis des décennies, parfois au mépris des intérêts des populations locales.

L’eau, cette ressource indispensable à la vie, est devenu un bien privé, ici et ailleurs. Il semble que l’air pur non pollué soit aussi l’objet de tels appétits commerciaux du côté de la Chine

Les chères bouteilles d’eau en PET en décharge… Crédit photo: lemieuxetre.ch

Et pour goûter à ces eaux minérales, on va les acheter en bouteilles PET le plus souvent. L’ennui est que pour chaque kilo de polyéthylene terephthalate produit, il est nécessaire d’utiliser un demi kilo de pétrole. Pas très durable comme habitude de consommation.

De plus, au delà d’un certain temps de stockage, un phtalate probablement cancérigène pourrait s’y développer. Une étude américaine a analysé 250 eaux en bouteilles en provenance de 9 pays: publiée il y a une semaine, elle nous apprend que 93% des échantillons contenaient des micro-plastiques: polypropylène, nylon et polytéréphtalate d’éthylène. Pas très sain comme habitude de consommation.

 

Alors que faire?

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Refuser l’emballage, c’est bon pour la santé!

L’emballage est le propre de la nourriture industrielle ultra transformée. Refuser des produits emballés conduit à acheter des produits plus naturels, basiques. Et ceux-là sont bien meilleurs pour notre santé ! Un petit détour par quelques notions de diététique s’impose.

Diabète de type 2, hypertension, obésité, hypercholestérolémie, stéatose hépathique non alcoolique (le foie gras), mais aussi maladies cardiaques, maladie d’Alzheimer, athérosclérose, etc… Un inventaire à la Prévert, mais un Prévert triste: voilà quelques exemples de maladies chroniques non transmissibles qui marquent notre civilisation dite développée. Les spécialistes auront reconnu le syndrome métabolique qui regroupe les cinq premières de cette énumération. Ce syndrome explique l’explosion du nombre de personnes souffrant d’obésité ces cinquante dernières années.

L’obésité dans le monde en 2017 (c) care labs

Un livre récemment paru fait le point sur ces maladies dites de civilisation, sur leurs causes et sur… le remède. Ce remède est gratuit, ne s’achète pas, et est disponible à chacun naturellem

ent. Ce livre passionnant est rédigé par un médecin néphrologue canadien, le Dr. Jason Fung. Spécialiste des troubles liés aux reins, il a été amené à soigner des milllers de patients avec succès, dont la plupart étaient atteints de diabète de type 2 et d’obésité. Au début, le Dr. Fung les a d’abord aiguillé sur une alimentation de type “low carb”, soit avec un minimum d’hydrates de carbone, ayant constaté que l’hystérie collective ayant diabolisé les graisses ne reposait sur aucun fait scientifique. Sans grand succès: choisir ses hydrates de carbone s’avère plus compliqué que prévu. Puis, il a commencé à proposer la meilleure méthode pour diminuer leur taux d’insuline dans le corps, pour augmenter leur métabolisme de base, réguler leur taux de cholestérol (sans avoir recours aux statines controversées), et finalement, la seule méthode capable de faire maigrir durablement ses malades: le jeûne.

Dr. Jason Fung, auteur de l’ouvrage “Le guide complet du jeûne”, Editions Thierry Souccar, 2017

J’imagine déjà vos sourcils levés, chers lecteurs, chères lectrices, vos yeux incrédules qui se plissent de méfiance…! Quel rapport avec le mode de vie Zéro Déchet, me direz-vous ? Est-ce que subrepticement je vous conduirais vers l’abstinence totale d’alimentation tout en vous encourageant à réduire vos poubelles ? Viser le moins de déchets possible équivaudrait-il à adopter le menu des amoureux tous neufs (qui ne vivent, on le sait bien, que d’amour et d’eau fraîche) ? Non, je vous rassure tout de suite, loin s’en faut (même si je suis par ailleurs une adepte du jeûne annuel depuis plusieurs années pour des raisons thérapeutiques évidentes) ! (suite…)

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Bouder les magasins durant une année, une bonne idée ?

Ne plus rien acheter de neuf en 2018, voilà le défi lancé par ZeroWaste France. Déjà près de 8000 personnes se sont inscrites. Est-ce une bonne idée pour réduire la montagne de déchets ? A mettre tous les commerçants dans le même panier, ce n’est pas sûr !

Il est vrai que la volonté de réduire les déchets est associée à une certaine baisse du volume de la consommation d’un ménage, en ce sens qu’il va éviter d’acheter de l’inutile, du superflu et, au niveau alimentaire, des denrées qu’il n’aura pas l’occasion ou le temps de consommer. Du coup, ce ménage évite les déchets ET le gaspillage, ces deux sens se retrouvant dans le mot anglais “waste”. En faisant la chasse à l’emballage, les “zerowasteurs” évitent naturellement les grandes surfaces de distribution, là où le plastique est roi. “Moins, mais mieux et meilleur”, acheté dans des petites échoppes indépendantes, chez les artisans ou directement chez les producteurs : telle pourrait être la devise des adeptes du mode de vie Zéro Déchet, dont on ne voit que la pointe de l’iceberg, c’est-à-dire le sac poubelle (ou ce qu’il en reste).

Le défi lancé par l’association ZeroWaste France “Rien de neuf” va bien plus loin que de ne plus se rendre dans les supermarchés, ces temples de l’emballage et du plastique à jeter. Il serait dommage de ne s’arrêter qu’à son intitulé, car le défi propose surtout “d’essayer d’acheter le moins de produits neufs possibles pendant un an en se tournant vers des alternatives comme l’occasion, la location, le prêt, la mutualisation, etc… Seuls les produits de la vie courante tels que les vêtements, les livres, l’électroménager, les meubles ou encore le high tech sont concernés. “ En s’inscrivant, on reçoit alors régulièrement des conseils et des alternatives pour consommer autrement, car une année entière, c’est long !

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Trop cher pour moi ! Vraiment ?

Quand je parle du mode de vie Zéro Déchet et de mes achats en vrac, j’entends souvent la critique qui est de dire: “c’est trop cher d’acheter en vrac, c’est pas dans mes moyens! “.

Est-ce si cher que ça de refuser les produits emballés ? Pourtant, les différents ouvrages traitant de la question promettent des économies à la clé en réduisant ses déchets. J’aime particulièrement le livre de la Famille (presque) Zéro Déchet: chapitre après chapitre, on découvre des “battles” avant/après présentées en mode bande dessinée.

Famille presque Zéro Déchet – Ze guide. 2016, Thierry Souccar Editions.

Alors, comment se fait-il qu’on ait l’impression de devoir payer plus nos choix de consommateurs responsables ?

Aux Etats-Unis, où la vente en vrac existe depuis les années 70, les volumes écoulés dans les supermarchés spécialisés (par exemple les magasins de la chaîne Whole Foods Market) permettent de proposer les produits sans emballages moins chers à la vente. L’emballage à lui seul est responsable d’une plue-value du produit d’environ 30% en moyenne (entre 15 et 40% selon les produits). Logiquement, sans emballage, tout produit devrait être vendu moins cher. C’est vrai, mais à la condition que ce type de vente ne soit plus une pratique de niche.

En Suisse, la vente en vrac n’est pas encore assez répandue. Quand les grands distributeurs s’y mettront (et je n’ai aucun doute qu’ils s’y mettront très bientôt), les choses changeront. Aujourd’hui, une trentaine d’épiceries dédiées à la vente en vrac a vu le jour dans notre pays. Ce sont de petites structures, qui jouent à fond la carte “locale”, parfois “bio”, et se fournissent auprès des producteurs de leur région. Les volumes de marchandises achetés et vendus ne sont pas comparables à ceux que négocient les grands distributeurs: ces derniers ne négocient d’ailleurs plus, ils imposent bien souvent leurs prix. Ce qui révolte régulièrement certaines filières, comme celle du lait par exemple. Ce qui révolte aussi tout aussi régulièrement les consommateurs, dindons de la farce, qui ne voient que trop rarement se répercuter les baisses de prix obtenus sur les produits finaux à l’étalage.

Alors c’est vrai, le prix des amandes bio que j’achète à l’épicerie locale est plus élevé que celui des amandes conventionnelles vendues en sachet en supermarché, malgré le fait qu’il n’y ait pas d’emballage. Le pot de yaourt ou le litre de lait est deux fois plus élevé et il y a une consigne sur le verre. Mais il faut aussi comparer ce qui est comparable. L’épicerie où je fais mes courses a misé sur des produits 100% bio, la qualité est au rendez-vous. Ce choix a un prix. Mais ma santé n’en a pas.

Pourtant, mon budget consacré aux courses n’a pas changé malgré le prix plus élevé de certains produits alimentaires. C’est donc que j’ai réalisé quelques économies quelque part…?! Vous le verrez, la réponse à la question est d’une simplicité confondante !

Produire moins de déchets – Mais par où commencer ?

Chaque jour, chaque produit consommé génère ou a généré un déchet. Les éviter semble être un objectif irréaliste et inatteignable, surtout en Suisse, championne du recyclage et de la quantité de déchets produits. Quand j’ai débuté sur le chemin du mode de vie “Zéro Déchet”, j’étais un peu découragée devant l’ampleur des efforts à fournir. Ce sentiment déprimant mène souvent à une certaine résignation: “de toute façon, c’est peine perdue, cela ne sert à rien à mon échelle!”. Et il conduit à abandonner sa première bonne intention de faire baisser sa montagne de sacs poubelles. Comment faire pour passer cet écueil ?

Les Suisses sont champions du recyclage ! Plus de la moitié des déchets urbains (52%) est recyclée, selon l’Office fédéral de l’environnement OFEV. Ce taux avoisine la perfection pour le verre (96%), l’aluminium et le papier (91%), les bouteilles en PET (83%). Certes, mais ces médailles ont aussi leurs revers, de taille : d’une part, la quantité totale de déchets suit la croissance démographique et économique – elle augmente inexorablement, et d’autre part les coûts de leur traitement et de leur élimination ne cessent d’augmenter.

Le principe du pollueur-payeur s’en prend au budget des ménages : nos impôts paient une partie de ces coûts, et nous passons encore à la caisse avec des taxes annuelles forfaitaires et une taxe à l’élimination pour chaque cornet poubelle éliminé, au volume ou au poids. Effet collatéral à l’organisation du retraitement de nos déchets, le littering augmente : les gens abandonnent leurs déchets sur la voie publique. L’élimination de ces déchets dits “d’incivilité” se chiffre à 200 millions par an ! Je vois souvent des gens qui réussissent à faire entrer leur petit cornet de déchets quotidiens dans les rares poubelles publiques encore disponibles, poubelles dont les communes ont resserré les ouvertures… Triste humanité qui n’a plus les moyens de ses déchets !

Nous sommes aussi champions de la production de déchets en comparaison internationale. Chaque personne vivant dans notre beau pays produit presque 2 kg de déchets chaque … jour ! L’année passée, 715 kg par habitant ont dû être éliminés, recyclés, traités, payés… Ce chiffre nous place sur le podium des pays européens et industrialisés! En 2015 et en Europe, seul le Danemark nous devançait et nous nous placions devant l’Allemagne et la France. La même année, le World Economic Forum nous classait au quatrième rang des pays producteurs de déchets domestiques, derrière la Nouvelle Zélande, l’Irlande, la Norvège, mais devant … les Etats-Unis et la Chine ! Ce trophée de me rend pas particulièrement fière.

Qu’y a-t-il dans votre poubelle ? Regardez donc…!

On peut mieux faire, largement. L’administration fédérale s’est penchée sur le contenu de nos poubelles. On y trouve encore beaucoup trop de matières valorisables, donc qui pourraient éviter la case de l’incinération. Un cinquième des déchets que l’on produit en Suisse est concerné, dont les deux tiers sont des biodéchets, c’est-à-dire des déchets qui peuvent être compostés ou méthanisés. Non seulement ces biodéchets représentent la plus grande partie des ordures, mais leur quantité a encore fortement augmenté depuis 2001, nous dit l’OFEV.

(c) Tribune de Genève

A Genève, la poubelle standard est à l’image de la poubelle suisse. Trop de matières organiques valorisables s’y retrouvent.

Mais alors que faire ? Comment se fait-il qu’on doive éliminer autant de déchets chaque semaine ? Une démarche vers la réduction des déchets commence par une étape pas très glamour : ouvrir sa poubelle ! Pincette sur le nez, il faut commencer par en faire l’inventaire pour comprendre quelles sont nos habitudes de consommation.

Un mode de vie créateur de valeurs

Le mouvement “Zero Waste” ou “Zéro Déchet” qui vise à réduire puis à éliminer les déchets a le vent en poupe. Il est pourtant la cible de critiques: le “Zero Waste” serait une préoccupation de Bobos gâtés des villes qui, après avoir tout eu, sont en quête de sens. Et pourtant, les efforts des uns et des autres contre le gaspillage des ressources (dans les emballages, dans le portionnement des denrées et produits) sont payants. Adopter un mode de vie “Zéro Déchet” créé des valeurs. Reste à s’entendre sur ce qui signifie la notion de “valeur”…

Depuis quelques années, de célèbres blogueuses ont mis la question du gaspillage et des déchets à l’ordre du jour: la Française émigrée en Californie Bea Johnson, auteure du bestseller “Zero Waste Home” (www.zerowastehome.com) et serial-conférencière, la New-Yorkaise Lauren Singer (www.trashisfortossers.com), l’activiste Rob Greenfield qui a trimballé sur lui  tous ses déchets produits durant 30 jours (http://robgreenfield.tv/category/trashme), ou bien plus près de chez nous les Français Jérémie Pinchon ou Bénédicte Moret (www.famillezerodechet.com) se sont fait connaître sur le mode “je ne produis plus de déchets”. Ces pionniers ont convaincu des milliers de gens à changer de mode de vie.

Sur la toile et les réseaux sociaux, on ne compte plus les blogs et des pages traitant des déchets et de toutes les alternatives pour les éviter. Il s’en crée chaque jour. En Suisse, à la suite d’une émission “A Bon Entendeur” sur le sujet en 2014 et d’une première conférence donnée par Bea Johnson sur les rives du Léman, trois jeunes femmes décident de créer l’association “Zero Waste Switzerland”. C’était en 2015, c’était hier. Dans la foulée, boostées par le documentaire “Demain” (www.demain-lefilm.com) vu par plus d’un million de spectateurs, des initiatives locales de toutes sortes voient le jour. On assiste, entre autres exemples, à la création de dizaines d’épiceries dans tout le pays qui vendent leurs produits au poids et sans emballages.

Peut-on se permettre de réduire ce mouvement à des lubies d’extrémistes écologistes, à de douces utopies, à des rêves de nostalgiques du temps des cavernes qui refusent tout progrès? A ces “mises en boîte” confortables – parce qu’elles inhibent toute réflexion, il est pourtant facile de démontrer que le thème est intéressant à plus d’un titre.

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