Drame de Morges. Entre incompréhension et indignation.

Un Zurichois de 37 ans, de couleur noire (il est bon de le signaler d’emblée) a été abattu par un policier à Morges le lundi 30 août dernier, sous le regard de ses collègues. Un de plus. Les Morgiens, avaient déjà connu un autre meurtre il y a environ une année, non loin de l’endroit où le Zurichois (noir) a trouvé la mort. Les habitants de cette tranquille ville suisse, située à quelques kilomètres de Lausanne, se posent bien des questions. Je me les pose aussi. Que se passe t-il dans notre chère Suisse (romande) pour que des citoyens noirs y soient souvent abattus par des forces de l’ordre qui, semble -t-il, agissent en légitime défense ?

Commençons par comprendre ce qu’est la légitime défense. Selon une définition généralement admise, « La légitime défense permet de se défendre, de protéger quelqu’un ou un bien, lors d’une attaque immédiate par une personne. Les moyens utilisés lors de cette défense sont interdits dans une autre situation. C’est la justice qui vérifie si la riposte, utilisée pour se défendre, est un cas de légitime défense. »

Sans attendre la décision de notre justice, en laquelle j’ai totale confiance, sur cette affaire dont les tenants et aboutissants sont loin d’être connus, j’ai été particulièrement frappé par la propension et la rapidité avec lesquelles plusieurs personnes se sont positionnées d’office, condamnant par avance le défunt, au prétexte qu’il détenait une arme blanche en se dirigeant vers l’agent de police, sans obtempérer aux ordres de ce dernier qui aurait fait usage d’un tir de sommation avant finalement de l’abattre.

J’ai même entendu quelques autorités plaider déjà pour la légitime défense, alors que l’enquête n’est pas encore terminée. Dans quel pays vit-on ? Sommes-nous en train de perdre nos bonnes vielles valeurs qui ont fait notre réputation à l’étranger ? Je pense notamment à notre légendaire neutralité que nous envient bien des pays. Où alors, celle-ci serait-elle sélective ? À la tête du client ? Les communiqués contradictoires de la police qui ont accompagné cette affaire ne devraient-elles pas nous inciter à la prudence ? Ou tout au moins à la retenue ? au recul ? à la distance ?

Serions-nous en train de perdre la raison au point de rendre justice avant la justice ?

En admettant que la justice conclut à la légitime défense, ce qui est de l’ordre du possible, pour ne pas dire plus, notre société s’en porterait-elle mieux ? Je ne le crois pas. Il existe un malheureux problème d’égalité de traitement entre les citoyens de ce pays. On peut être blanc et suisse, jaune et suisse, noir et suisse, mais notre dénominateur commun est le fait d’appartenir, tous, à ce pays. Qu’on le veuille ou non, à l’ère de la mondialisation et des libertés de toutes sortes, notre pays ne trouvera son salut que s’il est uni. Il ne sera plus fort que s’il est représenté par tous ses citoyens.

Je rappelle souvent à ceux qui veulent bien l’entendre que la seule victoire de la Suisse à l’échelle mondiale dans un sport collectif est celle de ses enfants issus de toutes les origines. Vous vous en souvenez ? C’était en Afrique, au Nigéria, en 2009. La Suisse sur le toit du monde, dignement représentée par des athlètes originaires de Lausanne, de Bâle, des Balkans, d’Italie, et même d’Afrique. Quelle belle image. C’est cette image gagnante que certains extrémistes essaient de bafouer. Un parti comme l’UDC, par exemple, fait honte à la Suisse. Ses positions dogmatiques, teintées de haine et de mépris n’honorent pas notre pays. Tenez, en parlant de mépris, j’ai lu avec beaucoup d’amusement l’article de son vice-président vaudois, paru sur son blog. À mes yeux, son torchon est pour le moins insultant pour les citoyens de ce pays et pour le militant des droits humains que je suis. En effet, le VP de l’UDC Vaud y manifeste sans détour son mépris profond à l’égard :

  1. Des manifestants de Morges
  2. De la conseillère communale verte Mathilde Marendaz
  3. De la juriste d’Unia et ancienne conseillère communale socialiste (qu’il ne nomme pas «en l’absence de fonction politique actuelle») l
  4. Des personnalités publiques (politiques et médiatiques), lorsque « celles-ci exploitent les drames qui ont eu lieu aux Etats-Unis pour justifier leurs actions politiques »

Puant. Nauséabond. No comment. Mon parti, (le PSV), n’a pas besoin de surfer sur le malheur des autres pour exister. Jusqu’à preuve du contraire, la liberté de manifester est un droit fondamental que la constitution suisse accorde à ses citoyens.

Pour en revenir à l’affaire proprement dite, les obsèques du défunt ont eu lieu ce weekend dans la plus grande dignité. Paix à son âme. Sa famille n’a pas souhaité s’exprimer pour l’instant. Plusieurs proches de la famille ainsi que des militants associatifs étaient présents. La colère et l’incompréhension étaient lisibles sur les visages des uns et des autres. À la justice de faire son travail et de situer les responsabilités. Selon le procureur général chargé de l’enquête, « l’impartialité de l’enquête sera garantie, malgré le fait que des policiers enquêtent sur des policiers ». On attend de voir.

De ma position de Président de la Commission sociale du Parti socialiste vaudois, je milite en faveur de plus de justice sociale dans ce pays, et dans mon canton plus particulièrement. Je ne méprise pas mes opposants, et encore moins mes contradicteurs. J’ai du respect pour eux. Je suis prêt à les entendre et à respecter leurs droits, y compris celui de manifester.

Génocides et crimes en Afrique. La France et l’Allemagne font leur coming out. Qu’en sera-t-il de la Suisse?

Hier, 27 mai 2021, le président français Emmanuel Macron, en visite de 48 heures au Rwanda, reconnaissait officiellement les lourdes responsabilités de son pays dans le massacre des Tutsis en 1994. Aujourd’hui, 28 mai 2021, c’est au tour de l’Allemagne d’emboîter le pas à la France en reconnaissant à son tour son rôle funeste dans le massacre de plus de 60 000 victimes namibiennes issues des tribus Herero et Nama.

Environ 800 000 victimes entre avril et juillet 1994 au Rwanda, 60 à 80 000 entre 1884 et 1915 en Namibie, tels sont les chiffres officiels des génocides survenus respectivement dans ces 2 pays africains avec une large part de responsabilités de la France et de l’Allemagne. Le président français a même qualifié « d’accablante » la responsabilité de la France dans le génocide rwandais.

En visite officielle hier au Rwanda pour 48 heures, le président Macron a déclaré en substance : «  Je suis venu reconnaître les responsabilités de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda ». Et de préciser «La France n’a pas été complice, mais elle a fait trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité. » Au final, « seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner » a-t-il ajouté. Ce discours fort du chef d’état français a été très bien accueilli par le président Kagamé et par le peuple rwandais en général, car il vient jeter les bases d’une nouvelle coopération fructueuse entre les 2 pays. En marge de sa visite et de cette reconnaissance, le président Macron a inauguré un centre culturel francophone au Rwanda et a annoncé la nomination d’un ambassadeur à Kigali. Pour rappel, les relations entre la France et le Rwanda ont été très tendues depuis le génocide de 1994, ce qui a conduit le Rwanda à s’éloigner de la Francophonie, et donc de la France. Conséquence directe de cette tension, en 1996, l’anglais devient une langue officielle du Rwanda et est introduit en 2010 dans les écoles et dans les universités du pays. Plus tard, en 2015, Kigali va même plus loin en exprimant son refus d’accréditer un nouvel ambassadeur de la France sur son sol. La visite de Macron à Kigali a révélé quelque chose d’autre que les Rwandais et les Africains en général ont bien magnifié. On se rappelle que lors de la visite du président Kagamé à Paris il y a une dizaine de jours, celui-ci avait eu « l’honneur » d’être accueilli à son arrivée par un des ministres de Macron et non par le président lui-même.

Pour lui rendre pareille, le président Kagamé a dépêché hier un de ses ministres également pour accueillir à l’aéroport international de Kigali un président français qui a très bien saisi le message que voulait lui transmettre son homologue rwandais. Désormais, plus rien ne sera comme avant. Le Rwanda entend bien traiter d’égal à égal avec l’ancienne puissance coloniale, sans que cela ne choque personne. Par ce geste, le président Kagamé a gagné en estime auprès de sa population qui, visiblement, n’attendait pas moins qu’une mesure de réciprocité vis-à-vis du président français. Le message est, semble-t-il, bien passé.

Après la France hier, l’Allemagne reconnaissait à son tour, aujourd’hui 28 mai, sa responsabilité dans le génocide namibien contre certaines des tribus de ce pays, notamment les Hereros et les Namas. Cette reconnaissance peut être qualifiée d’historique, car c’est la toute première fois que cette ancienne puissance coloniale exprimait officiellement son implication dans ce génocide qui a fait environ 80 000 victimes, si ce n’est plus, entre 1884 et 1915. Son ministre des Affaires étrangères Heiko Maas a déclaré : « A la lumière de la responsabilité historique et morale de l’Allemagne, nous allons demander pardon à la Namibie et aux descendants des victimes”. Le Ministre allemand a ajouté que son pays financera des projets de développement en Namibie à hauteur de 1 milliard 130 millions d’euros sur 30 ans. Histoire de réparer ce qu’il est possible de l’être, même si le terme de réparation n’est pas utilisé par les autorités allemandes.

D’une manière générale, ces reconnaissances renvoient à la responsabilité historique de plusieurs pays européens dans ce qu’il est convenu d’appeler un devoir de mémoire vis-à-vis du continent africain. Mis à part les génocides précités, des pays comme la Belgique et la Suisse ont joué un rôle important dans la maltraitance de ressortissants africains à un moment donné de leur histoire.

La Suisse, même si elle n’a pas eu des colonies africaines, doit tout de même se poser la question sur la participation de quelques-uns de ses citoyens au commerce triangulaire. Parmi eux, chose méconnue du grand public, on peut citer d’influents hommes de la finance qui se sont bien enrichis à travers des déportations honteuses d’Africains vers les Amériques. L’historien suisse Christophe Vuilleumier rappelle :

“Onze millions de personnes ont été déportées entre le 18e et 19e siècle d’Afrique vers les Amériques. Sur ce commerce-là, les financiers suisses ont joué un rôle estimé à environ 1,5%. On est à 165’000 personnes déportées avec des intérêts helvétiques”, explique t-il.

Suffisant pour que des voix s’élèvent en Suisse pour réclamer, par exemple le déboulonnement de la statue de David de Pury qui se trouve au cœur de la ville de Neuchâtel. Celui-ci, faut-il le rappeler, s’est largement enrichi grâce à ce commerce triangulaire et aux déportations d’Africains, originaires notamment du Mozambique et de l’Angola, entre autres, vers les Amériques. Ce débat en Suisse reste loin d’être clos, car l’enseignement du passé colonial de la Suisse n’est toujours pas obligatoire à l’école. Le sera-t-il un jour ?

C’est aussi le cas en Belgique, dont les écoliers ignorent tout ou presque du passé colonial de leur pays. Et pour cause. L’histoire coloniale de ce pays est pointée du doigt par de nombreuses organisations et militants des droits de l’Homme. Un roi belge, Léopold II en l’occurrence, est carrément cité par certaines associations comme génocidaire pour avoir exterminé, selon certaines sources, quelques 10 millions de Congolais.

Dans la même logique que le français Macron et l’allemand Heiko Maas, le roi Philippe de Belgique a exprimé le 30 juin 2020, à l’occasion des 60 ans de l’indépendance du Congo, ses « plus profonds regrets » pour les « souffrances » infligées aux Congolais durant la colonisation. Jamais avant cette déclaration du souverain belge, une quelconque autorité belge de ce niveau, n’avait dénoncé aussi ouvertement le massacre commis par la Belgique au Congo. Cela fait 3 pays européens qui ont eu le courage, ou la sagesse, de reconnaitre presque simultanément les souffrances qu’ils ont fait subir à leurs anciennes colonies. En attendant les autres.

Une chose est sûre. Une nouvelle ère des relations entre l’Afrique et les pays occidentaux qui l’ont pillée, colonisée, maltraitée, est en train de s’ouvrir. A l’instar du président Kagamé, les Africains, d’où qu’ils soient, ont ouvert les yeux et les oreilles. Il sera désormais difficile de les empêcher de réfléchir, de penser par eux-mêmes et de réclamer leurs droits. Quoi qu’il en coûte.

Crédit photo : Ludovic Marin (AFP)

25 mai, Journée mondiale de l’Afrique

L’Afrique célèbre le 25 mai sa journée mondiale en souvenir du congrès fondateur de ce qui était à l’époque l’Organisation de l’Union Africaine, devenue depuis  le 9 juillet 2002, à Durban en Afrique du Sud, l’Union Africaine. Seulement quelques initiés se souviennent de cette date. En effet, embourbée dans d’innombrables difficultés de toutes sortes, l’Afrique doit faire face à de nombreux défis pour assurer son développement. L’Union Africaine a-t-elle les moyens de remplir cette mission et de faire de cette Journée une fête, une Journée de l’espoir ?

C’est à Addis-Abeba, en Éthiopie, un certain 25 mai 1963 que l’Organisation de l’Union africaine (OUA), voyait le jour pour « rapprocher les peuples africains, raffermir leur foi en l’intégration et populariser l’idéal d’union du continent ».

Au lendemain de l’indépendance de 32 pays du continent au début des années 1960, on se rappelle que l’Organisation de l’Union Africaine naissait dans des conditions difficiles, mais avec la ferme volonté de faire de l’Organisation un espace d’échanges, de solidarité et de défense des intérêts du continent face aux puissances coloniales qui n’étaient pas encore disposés à libérer les autres pays africains qui étaient encore sous leur emprise. L’objectif de ces puissances était clairement de faire main basse sur les innombrables richesses du continent et de piller celles-ci le maximum possible.

Quelques dirigeants africains, visionnaires pour certains d’entre eux, avaient réfléchi, bien avant l’indépendance de leurs pays, à l’idée d’une confédération des états africains, un peu à l’image de ce que sont les états unis d’Amérique.

Sur invitation du leader du Ghana, Kwame Nkrumah, le Premier congrès des États africains indépendants se tint à Accra en 1958, dans le but de créer une « Journée de la liberté africaine », avec une très faible présence des dirigeants africains de l’époque. N’empêche, l’idée avait mûri dans la tête de certains leaders africains et rien ni personne ne pouvait freiner leur envie de lutter pour l’indépendance de leurs pays. C’est ainsi que, lors de ce congrès, le 25 mai a été retenu pour «marquer chaque année les progrès en cours dans le mouvement de libération et symboliser la détermination des peuples d’Afrique à se libérer de la domination étrangère et de l’exploitation, principalement européenne ».

Outre Kwame Krumah,les grands leaders africains de l’époque étaient Sylvanus Olympio du Togo, Modibo Keita (du Mali), Sékou Touré (de Guinée), Barthélemy Boganda (république centrafricaine), Houphouët Boigny (Côte d’Ivoire), Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Mohamed V (Maroc), Sékou Touré (Guinée), Ahmed Ben Bella (Algérie), Patrice Lumumba (Zaïre) et bien plus tard il y aura le colonel Mouammar Kadhafi (Libye), Thomas Sankara (Burkina faso) et bien sûr Nelson Mandela (Afrique du Sud).

Aujourd’hui tous décédés, l’Afrique leur doit beaucoup, tant ils ont eu le courage et la clairvoyance de se battre pour l’indépendance de leurs pays et d’avoir permis à leurs successeurs de mettre sur pied le projet d’unification de l’Afrique.

Plus de soixante ans plus tard, que peut-on retenir de l’œuvre des congressistes d’Accra ? l’Union Africaine a-t-elle réussi sa mission ? La question mérite qu’on s’y penche.

Vu les nombreuses crises politiques et sociales traversées par bien des pays du continent, et qui restent à ce jour non résolues, en plus d’une très mauvaise gestion de ses nombreuses richesses, on serait tenté de dire que l’Union Africaine a beaucoup de peine à jouer un des rôles qui est normalement le sien, à savoir la résolution de conflits et l’instauration d’une paix durable sur le continent.

Le 18 mai dernier, à l’initiative de la France, s’est tenu à Paris un sommet pour sortir l’Afrique de la crise économique en la soulageant de sa dette. En effet, jamais l’Afrique n’a été autant endettée que durant ces 20 dernières années. Selon le Fonds monétaire international, sur les 54 pays que compte le continent, un bon tiers est ou surendettée ou sur le point de rejoindre ce camp peu glorieux des pays asphyxiés par des dettes qui ne cessent de prendre l’ascenseur. Plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement africains et d’organisations internationales étaient invités à Paris. Et l’Union Africaine dans tout ça ? A-t-elle vraiment les moyens de venir en aide à ses membres dans la tourmente économique, sociale ou politique ? Nombre de spécialistes en doutent. À tort ou à raison. Entre des transmissions de pouvoir de père à fils (comme au Tchad dernièrement), et des coups d’état militaires (comme au mali il y a 9 mois), l’Organisation panafricaine peine à se faire entendre. Clin d’œil du sort, au même moment où quelques pays africains célébraient hier, mardi 25 mai, cette Journée, on apprenait qu’au Mali, un nouveau coup de force venait d’être perpétré par l’armée. L’Union africaine saura-t-elle user de son (apparente ?) influence pour garantir le retour à l’ordre constitutionnel dans ce pays ravagé par une grande instabilité politico-religieuse depuis plusieurs années ?

Rien n’est moins évident, selon beaucoup de connaisseurs du continent. Cependant de là à dire que l’UA n’a plus de raison d’être et que sa Journée mondiale n’a plus de sens à cause de l’incurie de ses dirigeants, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’oseraient pas franchir. Car, un peu partout sur le continent, une jeunesse de plus en plus éveillée, une société civile de plus en plus active, une diaspora très concernée par le devenir de son continent, l’émergence de quelques nouveaux leaders politiques qui se reconnaissent dans l’idée des pères fondateurs de l’Union Africaine, tentent de transformer l’essai. Cela prendra certainement du temps. Mais nous devons croire en la capacité des Africains à ’être résilients, à faire face à l’adversité. Malgré son histoire, parsemée de violentes secousses, l’Afrique est encore debout. Pas sûr que d’autres continents le seraient encore s’ils avaient connu les mêmes turbulences que l’Afrique à traversées. Continuons à célébrer le 25 mai. Bonne fête à tous les Africains et à tous les amoureux du continent du futur.

Classement mondial de la bonne gouvernance : Le Rwanda en tête des pays africains

Singapour a lancé le 26 avril 2021 l’Indice Chandler Good Government (CGGI) dont l’objectif est de dresser un classement concernant plus de 100 pays en termes de bonne gouvernance. Sans surprise, les pays occidentaux trustent les premières places. Aucun pays africain ne figure dans le Top 20, ce qui ne veut pas dire que des progrès ne sont pas à signaler sur le continent. Un pays comme le Rwanda, par exemple, figure à une honorable 53 ème place, ce qui en fait le meilleur représentant du continent.

Dans un rapport paru en 1992 et intitulé “Gouvernance et développement”, la Banque mondiale définit la bonne gouvernance comme « étant la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources nationales économiques et sociales consacrées au développement ». La bonne gouvernance présente les avantages d’être au coeur du développement durable et de la réduction de la pauvreté, tout en renforçant les facteurs de production tels que la main-d’oeuvre et le capital, et en accroît la productivité.

L’Afrique est un continent particulièrement touché par sa mauvaise gouvernance en général, ce qui constitue un frein à son développement. Confronté à la pauvreté, à un niveau de santé des plus bas, à des carences en éducation, à de la corruption et à des tensions sociales sources d’instabilité, le continent doit incontestablement faire des progrès en matière de bonne gouvernance.  Selon ce classement basé sur plus de 50 sources de données, la Finlande est le premier pays au monde en termes de gouvernance. L’indice se concentre sur sept piliers, à savoir, le leadership et la prospective; la robustesse des lois et des politiques publiques, la solidité des institutions, la gestion financière, l’attractivité du marché, l’influence et la réputation mondiale. L’indice utilise une méthodologie rigoureuse élaborée en consultation avec des praticiens du gouvernement, des dirigeants, des experts de l’indice et des chercheurs en gouvernance.

Au niveau mondial, la Finlande est donc le premier pays en termes de gouvernance. Le top 20 est dominé par l’Europe et l’Amérique à l’exception de l’Australie et du Japon. Derrière la Finlande, la Suisse (2ème) et Singapour (3ème) complètent le podium. Au niveau africain, le Rwanda sort son épingle du jeu, classé leader en Afrique et 53ème au classement mondial, suivi du Botswana (56), du Maroc (61e), de l’Afrique du Sud (70e), du Sénégal (71), du Ghana (72), de l’Egypte (73e), de la Tunisie (75e), de la Namibie (76e), Kenya (81e), Tanzanie (83e), Ouganda (84e), Malawi (90e), Ethiopie (93e), Algérie (94e), Zambie (95e), Burkina Faso (96e), Madagascar (98 e), Mali (100 e), Mozambique (101), Nigeria (102), Zimbabwe (103). Aucun pays de l’Afrique centrale ne figure sur ce classement dont la lanterne rouge est un pays latino-américain, le Venezuela en l’occurrence.

Selon Richard F. Chandler, fondateur du Chandler Institute of Governance, « les pays bien gouvernés attirent les capitaux et les talents, ce qui favorise l’innovation sur le marché, conduisant à des entreprises fortes et à des économies dynamiques. Cela permet à son tour un plus grand investissement dans les services publics, créant un cercle vertueux ». Quant à Wu Wei Neng, directeur exécutif du Chandler Institute of Governance, il déclare : «Nous avons conçu l’indice comme un moyen de mesurer un bon gouvernement qui est pratique, pertinent et axé sur les capacités. Des milliards de dollars de financement du développement ont été décaissés, mais relativement peu se sont concentrés sur le renforcement des capacités des gouvernements. Les capacités sont essentielles aux résultats qui comptent. Le monde doit investir dans des gouvernements plus compétents et plus fiables. ».

Pour rappel, le Chandler Institute of Governance (CIG) est une organisation internationale à but non lucratif, dont le siège est à Singapour. Il n’est affilié à aucun gouvernement et propose son aide aux  gouvernements qui souhaitent développer leurs talents, leadership et capacités de service public à travers des programmes de formation, d’initiatives de recherche et de travaux de conseil.

Concernant le Rwanda, il faut signaler que ce pays ambitionne de devenir une économie à revenu intermédiaire à l’horizon 2035 et à rejoindre les pays à revenu élevé en 2050. A son actif, on peut citer des réformes qui lui ont permis de mettre en place deux stratégies de développement économique et de réduction de la pauvreté de 2008 à 2018 avec d’excellents résultats économiques et sociaux. La croissance du pays était de 7,2 % en moyenne durant la dernière décennie alors que le PIB par habitant progressait de 5 % par an. Cependant, il est probable que les effets néfastes du Covid 19 viennent freiner cette progression, comme pour l’ensemble des pays du continent. À voir comment les dirigeants africains, d’une manière générale, vont gérer cette crise. Une chose est sûre. Ils devront améliorer leurs stratégies de bonne gouvernance pour propulser plus de pays africains dans le Top 100 des nations les mieux gouvernées. 

Élections communales vaudoises 2021 : A qui ira le vote des étrangers ?

Dans un peu plus d’un mois, les Vaudois iront aux urnes pour élire leurs représentants pour les cinq prochaines années. Ces élections, qui vont se dérouler dans un contexte très particulier, vont permettre de redistribuer les cartes aussi bien au sein des législatifs que des exécutifs des communes vaudoises. Elles auront la particularité de permettre à environ 20 % du corps électoral, soit 90 000 étrangers, au sens administratif du terme, de pouvoir voter mais aussi de se faire élire moyennant certaines conditions. Dans une commune comme Lausanne, ils pourront même jouer un rôle décisif.

Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution vaudoise du 14 avril 2003, les étrangers peuvent voter et candidater sur le plan communal s’ils sont au bénéfice d’un permis de séjour en Suisse depuis dix ans et s’ils résident dans le canton de Vaud depuis trois ans, pour autant qu’ils soient âgés d’au moins 18 ans révolus. La capitale vaudoise concentre la plupart des étrangers sur son territoire. Avec ses 160 nationalités qui cohabitent de manière plutôt réussie, Lausanne a, depuis quelques législatures, fait preuve d’ouverture et de tolérance vis-à-vis des personnes venant d’ailleurs. N’est-ce pas d’ailleurs à Lausanne que le premier bureau d’intégration des immigrés de Suisse a vu le jour en 1971 ? Curieusement, c’est aussi cette année là que les femmes obtinrent le droit de vote en Suisse.

Ce qui n’était pas possible avant 2003 est devenu, aujourd’hui, une réalité que bien des lausannois d’origine étrangère comptent rappeler le 7 mars prochain pour faire pencher la balance du côté de celles et ceux qui se positionneront le plus en faveur de davantage de justice sociale, de lutte contre l’exclusion et les inégalités de toutes sortes. Quelques thèmes, parmi d’autres, bien chers à cette communauté qui a longtemps eu l’impression de devoir prouver, plutôt deux fois qu’une, plus que les citoyens au passeport à la croix blanche, qu’elle méritait un autre regard que celui porté sur elle par les tenants d’une Suisse fermée sur elle-même. Pour preuve, au début de l’été 2020, le mouvement Black Lives Matter nous a rappelé, à suffisance, que la population lausannoise, toutes couleurs confondues, a soif de justice sociale. Tout comme le reste du pays d’ailleurs, qui s’était grandement mobilisée pour rejeter les discriminations envers ceux qu’on appelle désormais fièrement les Afro-suisses. Pour une fois, il n’y avait point de Röstigraben. L’indignation était de mise des deux côtés de la Sarine.

Dirigée jusqu’ici par une majorité de gauche, grâce à la magie d’une alliance réussie entre socialistes et d’autres partis de gauche, la course à la municipalité de Lausanne sera âprement disputée du fait du choix des Verts de se retirer de cette alliance. Ce qui fait que le PS et le POP devront composer sans leurs alliés d’hier pour rester au pouvoir. C’est dans cette configuration que le vote des étrangers pourrait peser bien plus lourd que ce que l’on croit. Passée du simple au double en 40 ans, la population étrangère de Lausanne est globalement bien intégrée dans cette ville qui abrite de grandes écoles et de nombreuses fédérations sportives internationales où les étrangers sont plutôt perçus comme une valeur ajoutée, ce qui est à mettre au crédit de la politique lausannoise en matière d’intégration. Mais aussi à celui de l’engagement de la société civile locale.

Actif depuis plus de 25 ans dans le domaine de l’intégration des populations étrangères en Suisse, d’origine africaine en particulier, j’ai pu observer la trajectoire, pas toujours rectiligne, de ces communautés établies dans le canton de Vaud et particulièrement dans la région lausannoise. En effet, si certaines d’entre elles, ont réussi à s’intégrer relativement facilement du fait qu’elles ont en partage avec la société lausannoise l’usage de la langue française, d’autres ressortissants, originaires d’Afrique anglophone, lusophone ou arabophone, ont eu plus de mal à s’intégrer dans la société de leur pays d’accueil.

Aujourd’hui, la Suisse compte à peu près quelques 120 000 personnes d’ascendance africaine sur son sol, dont environ 24 000 dans le seul canton de Vaud. L’écrasante majorité d’entre elles est naturellement très bien intégrée, à tel point qu’elle compte user de ce “nouveau” droit pour faire entendre sa voix. En jetant un oeil sur les différentes listes en course, je me suis aperçu que, d’une manière presque naturelle, plusieurs candidats d’ascendance africaine, toutes générations confondues, hommes et femmes, figurent sur certaines listes, qu’elles soient de gauche ou du centre, rarement de droite.

Cette prise de conscience citoyenne est le résultat d’un travail qui ne date pas d’aujourd’hui, car les associations africaines, en collaboration avec des partenaires tels que que le BLI (Bureau lausannois pour les immigrés) et le BCI (Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et de prévention du racisme), se mobilisent depuis de nombreuses années à Lausanne et dans le reste du canton pour permettre cette évolution. La participation citoyenne des étrangers est une nécessité pour la société lausannoise qui est de plus en plus multiculturelle. L’association CIPINA, www.cipina.org, que je préside et qui est reconnue par des organisations internationales telles que l’ONU (Organisation des Nations-Unies) et l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), entre autres, a fait plusieurs campagnes de sensibilisation à cet éveil citoyen de la communauté Afrodescendante du pays de Vaud qui fait partie des 90 000 personnes de nationalité étrangère qui peuvent voter et se faire élire également. Notre association continuera à promouvoir les droits civiques des quelques 24 000 Afrodescendants du canton de Vaud.

Cependant, d’une manière générale, dans notre pays, le taux de participation des étrangers à des élections est en moyenne de 10% inférieur à celui des Suisses. Lausanne et les autres communes vaudoises n’échappent pas à cette règle. Cette différence n’est pas due à un défaut d’intégration des étrangers, comme on pourrait le penser. Plusieurs autres facteurs, tels que le niveau de formation des étrangers et leurs revenus qui sont plus bas que la moyenne suisse, expliquent ce désintérêt à la chose politique. Pour ce qui est des Afrodescendants, le fait également qu’ils aient très peu ou pas de représentants dans les exécutifs communaux et cantonaux est aussi un facteur de découragement. Beaucoup d’entre eux ont un sentiment de résignation, convaincus qu’ils sont par le fait que participer à la vie politique ne va pas profondément changer leur situation, leur statut de laissés pour compte, de citoyens de seconde zone. La donne pourrait cependant changer lors des élections du 7 mars prochain où l’on peut être en droit de s’attendre à une amélioration du taux de participation des étrangers, si l’on s’en réfère à la forte implication des candidats d’origine africaine. Ces derniers, avec des parcours solides et des profils riches et variés, sont en effet très présents sur les plateformes digitales qui demeurent, par les temps qui courent, une arme essentielle pour convaincre les électeurs. A condition que ceux-ci usent massivement de leur droit de vote.

En ce qui me concerne et à titre personnel, je voterai et ferai voter socialiste à Lausanne pour les listes 1 (pour la municipalité) et 5 (pour le conseil communal) et appellerai à faire voter toutes les listes socialistes avec ses affiliés, le cas échéant, dans les autres communes de notre canton. A noter que Le PS est le seul parti à faire figurer sur ses listes des candidats d’origine africaine à la municipalité de quelques communes vaudoises, démontrant ainsi son attachement à la diversité. Ce fait unique mérite d’être souligné.

Black Friday versus Vendredi Fou, quel choix ?

Chaque année, le dernier vendredi du mois de novembre donne lieu à une ruée effrénée sur les magasins pour faire de bonnes affaires en profitant de rabais intéressants sur différents produits. Parti des États Unis, ce qu’on appelle le « Black Friday » est aussi devenu un rendez-vous incontournable en Afrique et en Europe. En Suisse, le mouvement connait également un réel engouement et s’apprête à connaître un important afflux des consommateurs dès ce vendredi 27 novembre. Mais plusieurs versions s’affrontent sur l’origine de ce nom qu’une rumeur associe à l’esclavage.

Le Black Friday est généralement connu comme le jour de l’année où les commerces baissent leurs prix pour inciter les clients à dépenser sans compter. Comme l’indique son nom, c’est un vendredi, noir paraît-il, que ces très bonnes affaires se font. Mais pourquoi alors l’adjectif noir est associé au substantif vendredi ? Les versions sont nombreuses et ne semblent guère mettre d’accord leurs auteurs. Selon l’une d’elles, il faut remonter en 1951 pour trouver trace de cette tradition commerciale qui apparaît pour désigner l’ennui pour les patrons américains de voir tous leurs employés se porter malades, ou en tout cas pâles, pour faire le pont entre Thanksgiving (fête traditionnelle américaine, qui couronne l’action de grâce de Dieu envers les humains) et le week-end. Une autre version voudrait que le concept soit né à Philadelphie en 1961 suite aux monstres embouteillages causés par les automobilistes qui allaient rendre visite au Père Noël et en profiter pour entamer leurs achats pour les fêtes de fin d’année. Une autre source soutiendrait que le concept vienne de la volonté des commerçants qui faisaient peu de chiffres d’affaires de profiter de la période de Noël pour augmenter leurs revenus, imposant par la même occasion le noir à leurs affaires qui devenaient florissantes par opposition au rouge, symbole de pertes financières.

Jusque là toutes ces versions ne semblaient guère susciter d’interrogations jusqu’à ce qu’une rumeur, parue dans la presse en 2017, fasse état du lien entre ce concept et la traite des Noirs. Selon cette rumeur, « le phénomène remonterait aux ventes d’esclaves noirs qui se tenaient jadis, en fin de semaine, sur la place publique».

Cette rumeur trouve de plus en plus de supporters dans certains milieux d’afro descendants qui croient dur comme fer que les « esclaves étaient bradés sur le marché de la place publique.» Comme pour l’affaire Georges Floyd sur les réseaux sociaux, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Afrique, la rumeur s’étend de plus en plus, à tel point que ses tenants parlent du « Original Black Friday», pour illustrer des images qui montrent des Noirs en vente aux Etats-Unis. Cet « original Black Friday » divise et fait sans aucun doute réfléchir nos sociétés de consommation qui se ruent dans les magasins à la recherche d’une bonne affaire. Il est vrai que, en ces temps de crise sanitaire non sans conséquences sur les bourses des uns et des autres, les consommateurs ne rechigneront pas à profiter de ces soldes pour des raisons purement financières.

En Afrique, le groupe Jumia travaille beaucoup à la promotion de ce concept désormais présent dans une trentaine de pays africains, depuis 2014. Ce géant du e-commerce en Afrique propose chaque année des soldes géantes avec des rabais pouvant aller jusqu’à 80 %. Malgré cette présence de plus en plus marquée sur le continent, beaucoup d’Africains se posent sérieusement la question sur la pertinence de l’utilisation du terme noir dans ce contexte si particulier de tensions raciales aux Etats -unis, En Europe, au Brésil et ailleurs.

En effet, quelles que soient les versions avancées par les uns et par les autres, la plupart des spécialistes affirment que l’expression reste liée à du négatif. D’ailleurs dans les années 1970 aux USA, les commerçants ont essayé de rebaptiser le Black Friday en Big Friday.

Mais vu la place qu’occupait déjà cette expression Outre-Atlantique, la tentative a rencontré peu de succès. Au contraire, elle a même gagné du terrain sur les autres continents au point qu’il sera difficile qu’elle disparaisse de notre vocabulaire durant les prochaines années. Ce qui n’empêchera sûrement pas certains mouvements de défense des droits des Noirs de continuer à faire des recherches approfondies sur la question et de militer pour l’abandon de cette expression. D’ailleurs au Québec, on utilise plutôt la terminologie «Vendredi Fou». Je trouve personnellement cette expression bien plus heureuse que “Vendredi Noir“. Qu’en sera-t-il en Suisse ? en France et ailleurs ? Sommes nous obligés d’importer des USA cette expression de « Black Friday » si controversée ?

En toute logique, l’utilisation d’une expression moins connotée pour ce grand rendez-vous des « bonnes affaires » pourrait mettre tout le monde d’accord. D’autant plus qu’il profite finalement à tout un chacun. Mais, c’est bien connu « l’argent n’a pas d’odeur » et sans doute pas de couleur non plus.

Multinationales occidentales en Afrique ou la prédation au détriment de l’éthique

La Suisse vote ce 29 novembre 2020 pour juger sur son sol les entreprises voyous qui violent les droits des enfants dans certains pays du Sud, principalement d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. En effet, plusieurs multinationales très connues, dont le siège est en Suisse, opèrent dans ces régions dans des activités controversées, engrangeant au passage des bénéfices considérables au mépris de la protection des enfants et de l’environnement de ces pays. Quelles seront les conséquences de ce vote sur l’Afrique qui compte 80 millions d’enfants obligés de travailler sur un total de 152 millions répertoriés dans le monde ? Partisans et opposants à cette initiative dite des multinationales responsables avancent leurs arguments sur fond d’une crise qui pourrait bien laisser des traces sur le plan politique, non seulement en Suisse, mais aussi au Burkina Faso.

Les chiffres fournis par les Nations-Unies sur le travail des enfants font froid dans le dos, à tel point que l’institution semble décidée à mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025. Ce ne sera pas une tâche facile, notamment en Afrique, où certaines multinationales peu scrupuleuses usent de leur toute puissance et influence pour faire régner leurs lois.

L’Afrique, il faut le rappeler, est le continent le plus touché par le travail des enfants, car plus de 40 % d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont sollicités, qui pour travailler dans des mines, qui dans des champs de coton, qui dans l’orpaillage, sans oublier les travaux domestiques, entre autres. Ce pourcentage, le plus élevé au monde, représente plus de 80 millions d’enfants sur qui l’Afrique ne pourra guère compter pour rattraper son énorme retard en matière de développement. Si rien n’est fait, ce chiffre devrait dépasser les 100 millions à la fin de l’année 2020. Pratiquement toute l’Afrique est touchée par le phénomène. C’est le Nigéria, pays le plus peuplé du continent africain, qui arrive en tête de ce triste classement, avec 12 millions d’enfants au travail, selon l’UNICEF. En Afrique du Sud, 400 000 enfants pauvres, issus des bidonvilles, ont été recensés dans des vergers, tandis qu’en Egypte on compte entre 500 000 et 1 million d’enfants qui travaillent dans des champs de jasmin, environ 10 000 au Maroc dans la fabrication de tapis, d’articles de cuirs, dans la poterie, etc. Le domaine de l’agriculture est également très concerné par le travail des enfants, par exemple dans les plantations de vanille à Madagascar et de cacaoyers en Côte d’Ivoire qui exploite jusqu’à 600 000 enfants.

Dans une étude sur le travail agricole publiée par des chercheurs au Cameroun, au Ghana, au Nigéria et en Côte d’Ivoire, il a été prouvé que des enfants, souvent très jeunes, étaient employés à des tâches qui mettaient en danger leur santé, voire leur vie, à travers la pulvérisation d’insecticides et le débroussaillage à l’aide de machettes, par exemple. L’étude a été réalisée avec la collaboration de l’USAID, du ministère américain du travail, de l’industrie chocolatière, du Programme international sur l’élimination du travail des enfants (IPEC), de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de gouvernements d’Afrique occidentale.

Le secteur agricole n’est, de loin, pas le seul à être en cause dans le travail des enfants. En effet, celui des mines, attire particulièrement l’attention des ONG et organisations de protection des droits des enfants. Plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire et ses mines d’or, le Zimbabwe et ses mines de chrome et la République Démocratique du Congo avec ses gisements de diamants et de coltan font l’objet de condamnations par ces ONG.

Après ce bref état des lieux de la situation dans certains pays d’Afrique, nous nous attarderons un peu plus sur le cas du Burkina Faso. Dans ce pays, des enfants à peine âgés de 8 ans passent leurs journées à creuser dans des mines d’or, se retrouvant dans des puits profonds de 60 mètres de profondeur, prenant ainsi des risques incommensurables.

Si nous nous intéressons précisément à ce pays, c’est qu’une polémique a été créée par la récente visite en Suisse de son ministre du commerce, M. Harouna Kaboré. Ce dernier, accompagné d’une parlementaire suisse au rôle pour le moins trouble dans ses rapports avec le gouvernement du Burkina Faso, s’est fendu d’un discours qui contredit une réalité pourtant constatée par plusieurs ONG, organisations des droits de l’homme et par l’OIT. Ce faisant, il s’oppose donc, tout comme la parlementaire suisse, Madame Isabelle Chevalley, à l’initiative qui vise à poursuivre en Suisse les multinationales dont le siège est en Suisse et qui favorisent le travail des enfants au Burkina Faso. A Berne, le ministre Harouna Kaboré, a déclaré en substance que « Au Burkina Faso, les formes les plus graves de travail infantile n’existent pas. Je suis moi-même producteur de coton et je peux vous affirmer que le travail des enfants n’est pas possible dans les champs de coton. »

Suite à ces propos, des organisations de la société civile du Burkina Faso et d’Afrique ont dénoncé les « déclarations irresponsables » du ministre qui est allé « à contresens des engagements internationaux de son propre pays en matière de protection des droits humains ». Voici, à ce propos, un large extrait du communiqué de deux d’entre elles bien connues au Burkina Faso et en Afrique. «Le CERDE et ACCA tiennent à rappeler l’évidence que représentent les méfaits de l’activité de  certaines multinationales sur les droits humains et l’environnement. C’est le lieu de rappeler que  dans le contexte du boom minier que connait le Burkina, l’activité extractive a suscité une série de problèmes liées au respect de l’environnement, à la (sur)vie des communautés locales ainsi  qu’au respect des droits des travailleurs. Cela a occasionné ces dernières années des tensions et  incidents malheureux entre communautés locales et entreprises minières. Ces problèmes ont été  pointés du doigt par la société civile burkinabé à maintes reprises, y compris lors de l’examen périodique universel dans le cadre des Nations Unies. Le CERDE et ACCA saluent l’engagement des autorités Burkinabé à protéger les droits des citoyens et souhaitent que cet engagement soit traduit de manière forte dans les faits. Considérant que la sortie malheureuse du ministre Harouna Kaboré ne constitue en aucun cas la position officielle du Burkina sur cette question, nos deux organisations encouragent le  gouvernement à communiquer pour rassurer la société civile et les populations burkinabé désireuses de plus de progrès, de justice sociale et davantage de responsabilité dans l’activité des acteurs économiques privés.»

A travers cette déclaration commune on ne peut plus limpide, le CERDE et ACCA condamnent sans réserve l’attitude du  ministre Burkinabé. Selon les 2 organisations, le ministre s’est discrédité en allant contre les positions officielles de son pays qui s’est positionné en faveur du respect par les  multinationales des droits humains et de l’environnement. Cette sortie constitue également une remise en cause des engagements internationaux du Burkina. Cette sortie malheureuse, selon ces organisations «affecte ainsi l’image et la respectabilité internationale du pays. »

Pour rappel, le Centre d’Études et de Recherches sur le Droit de l’Environnement (CERDE) est une association  de Droit Burkinabé spécialisée sur les questions environnementales. Quant à l’African Coalition for Corporate Accountability (ACCA), il s’agit de la plus grande coalition de la société civile  africaine qui regroupe plus de 130 organisations intervenant sur les sujets relatifs aux entreprises et aux droits humains. L’ACCA est basée au Centre for Human Rights à l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud.

Au niveau suisse, plusieurs centaines d’hommes et de femmes politiques, 650 paroisses, 300 dirigeants d’entreprises, des centaines de personnalités de la société civile, 130 organisations de la société civile sont engagés pour un OUI à l’initiative. La société civile africaine en Suisse n’est pas en reste. L’Association CIPINA (Centre d’Information et de Promotion de l’Image d’une Nouvelle Afrique, www.cipina.org) a appelé les Africains de Suisse à voter en faveur de l’initiative. Le Secrétaire exécutif de l’Association des Burkinabé de Suisse (environ 1 200 personnes), M. Désiré Yirsob Dabiré, s’est également exprimé à titre personnel sur cette affaire : « Je ne partage absolument pas les propos du ministre Harouna Kaboré, plusieurs membres de la communauté burkinabé en Suisse sont de mon avis. Le travail des enfants existe bel et bien au Burkina Faso. En venant en Suisse pour affirmer le contraire, on a plutôt l’impression que c’est le ministre qui est infantilisé par les opposants à l’initiative. Le Burkina Faso a pris des mesures pour condamner fermement l’exploitation des enfants sur son territoire. Si elle est adoptée, l’initiative contribuera sans doute à renforcer la protection de ces enfants et des populations vulnérables. Concernant Mme Chevalley, il est de notoriété publique qu’elle entretient d’excellents rapports avec les autorités actuelles de mon pays. Je m’interroge toutefois sur la légalité des conditions dans lesquelles elle a pu obtenir un passeport diplomatique burkinabé, un privilège dont peu de Burkinabé bénéficient, a fortiori des non Burkinabé. Il y a là certainement matière à enquête, aussi bien en Suisse qu’au Burkina Faso “.

Au-delà de cette polémique, il est urgent que les États africains protègent leurs enfants. Pour cela, il faudrait qu’ils disposent de plus de moyens financiers. Une des solutions pour accroître leurs ressources financières serait de taxer les multinationales qui échappent à l’impôt. Selon plusieurs spécialistes, l’Afrique perd chaque année entre 30 à 60 milliards de dollars, à cause de ces multinationales irresponsables qui échappent à l’impôt. Ce montant représente plus que l’aide internationale que l’Afrique perçoit.

A la lumière de toutes ces informations, un OUI massif est recommandé pour protéger les droits des enfants en général, Africains en particulier, ainsi que notre environnement qui est un objectif transversal pour toute notre planète.

Élections américaines et dérapages verbaux sur l’Afrique : Un peu de retenue please, Mister Donald Trump et Monsieur Charles Juillard

Dans l’attente des résultats définitifs des élections américaines, quelques voix s’élèvent deci delà pour fustiger l’attitude de Donald Trump qui a déclaré sa victoire avant même la proclamation des résultats. Suffisant pour s’attirer les foudres des partisans de Joe Biden et plus largement de la démocratie. Connu pour son langage très peu fleuri et son arrogance vis-à-vis des « petites » nations, africaines notamment, Donald Trump semble avoir fait des émules, y compris en Suisse.

En janvier 2018, Donald Trump entamait une discussion avec des sénateurs républicains et démocrates afin de limiter l’immigration aux USA, notamment en activant des mécanismes de limitation du regroupement familial et d’accès à la loterie pour la fameuse Green Card (carte de résident permanent).

On se souvient que lors de la campagne électorale de 2016, il avait promis d’ériger un mur entre les États-Unis et le Mexique pour juguler le flux d’immigrants illégaux vers les États-Unis. Pour convaincre les sénateurs de sa bonne foi, il n’a pas hésité à promettre de mettre fin à l’expulsion de plusieurs dizaines de milliers de jeunes immigrants, toutes origines confondues, vivant depuis leur tendre enfance aux États-Unis. Cette manœuvre machiavélique n’était que la première d’une longue série de provocations, d’insultes et de déclarations grossières visant certains pays, africains notamment, qu’il a qualifié de « pays de merde ». Dans sa rencontre avec les sénateurs dont Donald Trump voulait obtenir le soutien pour mettre un frein à l’immigration, il leur posait cette question : « Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de ces pays de merde viennent ici ? »

Selon plusieurs sources anonymes du Washington Post, Donald Trump aurait dit en anglais « Why are we having all these people from shithole countries come here ? ». Puants comme propos.

Les Africains étaient particulièrement visés par ces déclarations irrespectueuses de Donald Trump, même si d’autres pays caribéens étaient également ciblés. Ce langage ordurier et indigne d’un chef d’état n’est que le reflet de la condescendance de Donald Trump à l’égard de pays qu’il considère comme arriérés, selon sa lecture biaisée des situations, démontrant ainsi au monde entier sa très grande ignorance pour ne pas dire sa malhonnêteté intellectuelle. D’ailleurs, l’Union africaine (UA) a fermement condamné ses propos. Après ses sulfureuses sorties en 2018, Donald Trump récidive en 2020. En effet, son ancien avocat, Michael Cohen a, dans ses mémoires publiées le 8 septembre dernier, fait des révélations fracassantes en accusant Donald Trump de propos racistes à l’égard de plusieurs dirigeants noirs, et non des moindres, puisqu’il s’agit de Barack Obama et surtout de Nelson Mandela. Si l’on sait ce que représente ce dernier aux yeux des Africains, Donald Trump a franchi ce que beaucoup d’Africains qualifient de ligne rouge. Dans ses mémoires, l’ancien avocat, cité par Le Washington Post, raconte comment Donald Trump raille l’icône africaine en disant qu’il “n’est pas un vrai leader”.

Si les dérapages verbaux de Donald Trump sont désormais connus et condamnés de presque tous, il n’est pas cependant pas la seule personnalité occidentale à s’en prendre injustement aux Africains.

Dans le sillage des élections américaines, j’ai été assez choqué par les propos de M. Charles Juillard, vice-président du parti démocrate chrétien suisse qui déclarait avant-hier (mercredi 4 novembre 2020) à Keystone ATS que l’attitude de Donald Trump consistant à se déclarer vainqueur de l’élection présidentielle avant la proclamation des résultats « ressemble à des attitudes autocratiques dans certains pays d’Afrique.» M. Charles Juillard affirmait également que «Crier victoire avant les résultats est symptomatique et révélateur de la personnalité de M. Donald Trump ».

Si je partage cette dernière déclaration de M. Charles Juillard, je reste néanmoins pantois face à l’association entre la personnalité de Donald Trump et certains pays d’Afrique.

C’est insultant à double titre pour les Afro-descendants et pour les défenseurs des droits humains en général.

  1. S’il existe bien des autocraties en Afrique, je crois qu’il en existe également sur les autres continents. L’Asie est-elle plus respectueuse de la démocratie que l’Afrique ? Que dire de l’Amérique latine ? L’Europe elle-même, est elle exempte de tout reproche dans ce domaine ? Et les États-Unis sous Donald Trump ? C’est injuste de stigmatiser l’Afrique de la sorte
  2. Autant les États-Unis que la Suisse ont été fortement critiqués dans des rapports onusiens à cause de leurs violations des droits de leurs minorités d’origine africaine. Les manifestations du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis sont là pour nous le rappeler. Quant à la Suisse, de l’aveu même d’un rapport, réalisé en 2018 par la Commission fédérale contre le racisme (CFR), le racisme anti-noir est bien une réalité dans le pays.

Partant de ces constats, était-ce nécessaire d’avoir cette attitude méprisante vis-à-vis des Africains ?

Cette déclaration, venant de la part du vice-président d’un parti qui siège au gouvernement suisse, est pour le moins maladroite et n’honore pas la Suisse. J’ose espérer que M. Charles Juillard, sinon le parti qu’il représente, en l’occurrence le PDC, clarifiera sa position en retirant ces propos qui portent à polémique. Quant au pronostic de M. Charles Juillard, à savoir que Donald Trump remportera l’élection, l’évolution des votes semble indiquer que M. Charles Juillard se trompe d’analyse. Encore une autre maladresse.

Dans son ensemble, l’Afrique de 2020 est en nette progression dans tous les domaines, y compris dans celui de la consolidation de ses systèmes démocratiques. Sans nier les manquements qu’il peut y avoir dans certains pays, il serait plus sage d’accompagner la jeunesse africaine dans son apprentissage de la démocratie pour le bien du continent et de ses partenaires internationaux, dont les USA et même la Suisse. Les États africains sont pour la plupart très jeunes et ne sont confrontés aux processus démocratiques que depuis le début des années 1990. Au contraire des Etats-Unis dont, nous dit-on, la démocratie est vieille de 240 ans et celle de la Suisse de plus de 700 ans. Donc, MESSIEURS, un peu d’indulgence, de retenue et surtout de RESPECT envers l’Afrique. PLEASE.

Racisme anti-Noirs dans les grandes entreprises suisses

Dans la plupart des pays occidentaux, les discriminations liées à la couleur de peau, à la religion ou encore au nom de famille persistent toujours malgré les dénonciations d’organisations de lutte contre le racisme. Trouver de grands patrons, d’origine africaine, par exemple, dans de grandes entreprises européennes ou américaines, relève d’une gageure, tant ils sont rares. La Suisse ne fait pas exception à cette règle. Problème de compétences ou pratiques discriminatoires ? Les avis divergent.

La polémique née du licenciement de M. Tidjane Thiam, ancien patron de Crédit Suisse, continue d’enfler plusieurs mois après le départ de celui que l’on considère comme l’un des patrons les plus doués de sa génération. Arrivé à la tête de la banque en 2015, après être passé par Londres où il a dirigé un prestigieux groupe d’assurances de 2009 à 2015, M. Tidjane Thiam s’est très rapidement imposé dans la 2ème banque de Suisse. À tel point que cela dérangeait, semble t-il, au plus haut niveau de la hiérarchie de l’entreprise. Mais le plus surprenant est que son ascension aurait également déplu à la population zurichoise, voire suisse, qui, apparemment, n’aurait pas vu d’un bon œil un Africain à la tête de l’un de ses fleurons économiques. C’est du moins ce que l’on a appris dernièrement dans quelques médias suisses, qui se faisaient l’écho d’un article du New York Times paru le 6 octobre dernier. Dans ledit article, on apprenait que lors d’une fête organisée pour les 60 ans de la banque, un artiste noir habillé en concierge s’était adonné à des démonstrations de danse tout en balayant le sol pour égayer l’assemblée composée exclusivement de Blancs et de Tidjane Thiam. Le banquier, offensé, a manifesté son indignation en quittant les lieux, suivi par un couple (blanc évidemment) assis précédemment à sa table, avant de reprendre sa place dans la salle, un peu plus tard. Suffisant pour relancer le débat sur le racisme et sur la capacité des dirigeants noirs à manager de grandes entreprises du pays. Au fait, y en-a-t-il ? Si oui, combien sont-ils ? La problématique n’est pas simple, car le sujet est très sensible. Néanmoins, il faut le poser. En effet, à y regarder de plus près, on se rend compte que, toutes entreprises confondues, il n’existe quasiment pas de grands patrons noirs en Suisse. Que ce soit dans le domaine de la finance, des médias, des administrations publiques (cantons et confédération), des multinationales de toutes sortes, du sport,… Le constat peut également être élargi à la politique. À part quelques élus locaux, il n’existe aucun dirigeant noir d’envergure nationale, et encore moins à la tête d’un parti politique suisse.

Selon une enquête réalisée en France en mars 2020 par une agence de recrutement en ligne auprès de 4,5 millions de candidats à des emplois et 135 000 recruteurs, 95 % des personnes interrogées estiment que la discrimination est présente dans les entreprises. C’est assez extraordinaire de constater que, malgré plusieurs campagnes de lutte contre la discrimination en entreprises dans ce pays, ce constat est partagé par bien des pays qui se font passer pour des chantres de l’égalité des chances.

Si le racisme touche bien des personnes de diverses origines en Suisse, il n’en demeure pas moins que ce sont les Noirs et les musulmans qui en font le plus les frais. Il est souvent pratiqué dans les entreprises et dans les écoles, lieux où, en principe, il devrait être farouchement combattu. Pas moins de 278 cas de discrimination raciale ont été recensés en 2018 par les centres de conseil en Suisse, avec 58 cas dans le monde du travail et à peine 20 moins dans les écoles. Le rapport, réalisé en 2018 par la Commission fédérale contre le racisme (CFR) et l’organisation suisse humanrights, met en lumière des dizaines de cas concrets qui malheureusement ne sont pas tous dénoncés pour différentes raisons, au grand dam des victimes qui sont très souvent livrées à elles-mêmes. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique abondent dans le même sens que le rapport, confirmant ainsi qu’il existe bien un réel problème de discrimination à l’endroit des Noirs en Suisse, sans toutefois affirmer si le phénomène est plus prégnant en Suisse romande qu’en Suisse allemande ou l’inverse.

Une chose est cependant sûre. Que l’on soit en Suisse allemande ou romande, si on est noir, on a très peu de chances d’être PDG d’une grande entreprise, qu’elles que soient les compétences qu’on peut mettre en avant. La problématique est la même en France, dans la mesure où, selon l’enquête menée par l’agence de recrutement en ligne «78% des femmes et 69% des hommes interrogés n’ont jamais eu de dirigeants ou bien de supérieurs hiérarchiques de couleur. De même pour les postes de direction des Ressources Humaines, 89% des sondés n’ont jamais eu en face d’eux une personne typée lors d’un entretien d’embauche ».

Outre-Atlantique, la situation est légèrement différente. En effet, selon le réseau Black Enterprise, « 39 % des entreprises de l’indice S&P 500 (indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis) n’avaient aucun Afro-Américain à leur conseil d’administration en 2019, un chiffre en hausse de 2 points par rapport à l’année précédente ». Toujours selon le même réseau, « le nombre total d’administrateurs noirs a toutefois progressé, passant de 308 à 322 en 2019, dont une vingtaine est président ou administrateur principal ».

Quelques progrès sont à signaler aux USA, et non des moindres, puisque de grandes entreprises telles que Alphabet, Amazon, Apple ou Facebook comptent en leur sein un ou plusieurs administrateurs noirs qui occupent de très hautes fonctions, chose impensable il y a encore une dizaine d’années. Parmi les 500 plus grandes entreprises du pays, 5 seulement sont dirigées par des Afro-Américains. Sans compter Barack Obama, 1er et unique président noir des USA à ce jour.

En France, on a eu, pêle-mêle, Rama Yade (ancienne ministre), Harry Roselmack (20h de TF1), feu Pape Diouf (Président de l’Olympique de Marseille), et autres. En Italie, Cécile Kyenge, ministre pour l’Intégration du gouvernement Enrico Letta de 2013 à 2014. Au Canada, Michaëlle Jean a été Gouverneure générale avant de diriger l’organisation de la Francophonie. Sa compatriote Dominique Anglade, également d’origine haïtienne, est députée provinciale de la circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, cheffe du Parti libéral du Québec et cheffe de l’opposition officielle du Québec. En Suède, Nyamko Ana Sabuni, femme politique membre du parti Les Libéraux, originaire du Burundi, a été ministre de l’Égalité des genres et de l’Intégration entre 2006 et 2010. En Angleterre, NneNne Iwuji-Eme a été nommée ambassadeur britannique au Mozambique en 2018, après 16 ans de bons et loyaux services au ministère des affaires étrangères britanniques. Toujours dans ce même pays,  le présentateur vedette du journal télévisé le plus regardé de Grande-Bretagne, ITV Evening News à 18 h 30, s’appelle Trevor McDonald, noir et originaire de Trinidad. Consciente des inégalités qui existent dans sa rédaction, la BBC s’est imposée des quotas qui font qu’elle peut se vanter aujourd’hui d’avoir 8% de son personnel issu des minorités ethniques du pays, ce qui est révolutionnaire. Sauf que ces minorités sont confinées à des rôles plutôt secondaires. Ce qui fait dire à Janice Turner, l’une des responsables du syndicat des journalistes de télévision et porte-parole, «nombre de journalistes et producteurs restent enfermés dans des productions pour les minorités comme si les femmes devaient couvrir des questions féminines». «Les Noirs ou les Asiatiques ne veulent pas faire de la télé pour minorités, ils veulent simplement faire de la bonne télé, argumente le professeur Jim Pines, spécialiste des médias à l’université de Luton, qui se dit partisan d’une intervention du gouvernement pour améliorer la représentativité des minorités. Il y a dix ou quinze ans, la pression sur les médias était plus forte, maintenant ce n’est plus une priorité, il faut que le gouvernement joue son rôle.»

En Angleterre, comme en Suisse, quelques médias affirment faire des efforts pour recruter des journalistes et producteurs de couleur. Mais, dans les faits, les médias représentent-ils les Noirs dans la population ? La réponse est clairement non.

Au niveau onusien, il faut relever que le regretté Kofi Annan a dirigé l’ONU de 1997 à 2006. Aujourd’hui, l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus est à la tête de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Il sera peut-être rejoint par une autre africaine, la nigériane Ngozi Okonja-Iweala comme patronne d’une autre grande organisation internationale, en l’occurrence l’OMC (Organisation mondiale du commerce), dans une élection qui opposera cette dernière à la candidate de la république de Corée le 7 novembre 2020 à Genève. Si la candidate de l’Afrique l’emporte, elle sera la première directrice générale de l’OMC de l’histoire. Dans le domaine des grandes organisations sportives, la sénégalaise Fatma Samoura est secrétaire générale de la FIFA depuis mai 2016

Comme on le constate à travers ces différentes situations, malgré quelques timides avancées de-ci-delà, le plafond de verre pour les cadres supérieurs Noirs vivant en Occident reste bien une réalité. L’accès à certains postes à hautes responsabilités reste encore très compliqué, malgré quelques mesures visant à combattre le racisme. Depuis 1966, il existe bien une Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, célébrée le 21 mars. Plus d’un demi-siècle après sa proclamation par les Nations-Unies, force est de constater que le problème reste, malheureusement, entier.

Un Africain de la diaspora à l’origine de la création d’une ville futuriste au Sénégal

La diaspora africaine contribue au développement du continent en y transférant annuellement un montant estimé à plus de 60 milliards de dollars américains. Ce dernier, très important, ne suffit cependant pas à améliorer la qualité de vie des Africains qui connaissent toujours des difficultés à accéder à l’eau potable et à l’électricité, entre autres besoins de première nécessité. Pour donner un exemple d’innovation sans précédent, une icône de la musique américaine, d’origine sénégalaise, a décidé de créer une ville qui ressemblera aux plus grandes métropoles mondiales, et qui leur sera peut-être même supérieure dans bien des domaines. Dénommée Akon City, cette ville futuriste doit néanmoins faire face à quelques critiques. Sans décourager son promoteur.

Bien connu en Afrique, notamment pour son fameux projet d’électrification, le musicien sénégalais Akon a posé le 31 août 2020 la première pierre de la ville qui poussera, dans quelques années à Mbodiène, petit village situé sur les bords de l’océan Atlantique, à quelque 100 km de Dakar. La cérémonie n’était pas banale. Bien au contraire, elle a été supervisée par le ministre sénégalais du Tourisme et des Transports aériens, M. Alioune Sarr.

Le musicien, que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier d’hommes d’affaires redoutable, a réussi à mobiliser le 1/3 du montant extraordinaire de 6 milliards de dollars (soit 80% du budget de l’Etat sénégalais en 2020) qui seront nécessaires à la réalisation de ce rêve que beaucoup croyaient (et croient encore) impossible.

L’homme d’affaires a des idées, lui qui a été formé à la culture américaine d’entrepreneuriat, avec une volonté et une détermination qui lui permettent de ne reculer devant aucun obstacle, si complexe soit-il. En convainquant le gouvernement de son pays d’origine de l’originalité de son projet et de son impact sur l’amélioration des conditions de vie de nombreux Sénégalais, il a déjà gagné son premier pari. Le second consistait à faire valider les différentes modalités de la faisabilité du projet, ce qui fut fait sans beaucoup de difficultés. Le projet est réalisable en 2 étapes dont la première débutera au cours du premier trimestre de l’année 2021, pour s’achever normalement en 2023, et s’étendra sur une surface de 55 hectares. Mais le gros du travail s’effectuera dans la 2ème étape qui aura lieu de 2024 à 2029.

Celle-ci couvrira un total de 500 hectares qui abriteront une université, un stade multisports, des hôpitaux d’une capacité de 10 000 lits, des studios de cinéma, des centres d’affaires et de loisirs. Autant d’activités qui sont appelées à transformer la vie des habitants de Akon city qui n’aura rien à envier à celle des résidents de New York, Los Angeles, Paris, Londres, Genève, Milan ou autres. À Akon City, des domaines aussi importants que l’éducation, la santé et la culture, qui sont au cœur des préoccupations du Sénégal et de l’Afrique en général, seront mis en avant pour assurer le confort des 300 000 personnes qui habiteront cette ville du futur. Des bâtiments ultramodernes et des lieux qui symbolisent les spécificités africaines cohabiteront sans problème dans cette ville. Le promoteur affirmait à ce propos : « Je veux que l’architecture ressemble aux vraies sculptures africaines qu’ils font dans les villages. Les formes sont peut-être bizarres, mais au moins elles sont africaines ». La ville aura comme principale attraction la tour Akon Tower qui, comme le reste des autres endroits, sera naturellement éclairée par l’énergie solaire en conformité avec les engagements écologiques de l’entrepreneur, rendu célèbre par son immense projet Akon Lighting Africa.

Dans cette ville qui se veut écologique, une centrale solaire photovoltaïque sera la source d’énergie, tandis que l’économie sera basée sur l’Akoin, une cryptomonnaie lancée en 2018.

Mais le projet n’a pas encore vu le jour que des polémiques commencent à apparaître de-ci de-là. En effet, si Akon City a pour objectif d’attirer les nombreux Sénégalais qui vivent aux USA, et surtout ceux qui sont un tant soit peu fortunés, le Sénégalais moyen, avec des revenus beaucoup plus modestes, risque d’être purement et simplement exclu du confort qu’offrira cette ville du futur. Suffisant comme argument pour que le Forum civil, section sénégalaise de “Transparency international”, qui œuvre pour la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires publiques, demande des clarifications sur 11 points au ministre du Tourisme, M. Alioune Sarr, et au DG de la Sapco (Société d’Aménagement et de Promotion des côtes et zones touristiques du Sénégal), M. Alioune Sow, sur le projet “Akon City” à Mbodiène.

Pour le coordonnateur du forum, M. Birahim Seck, le projet est non seulement démesuré pour un pays très pauvre comme le Sénégal, mais il est surtout intimement lié à l’image d’une seule personne, ce qui risque de poser un problème d’appropriation de leur ville par les 300 000 futurs habitants, entre autres. D’autant plus qu’aucun critère précis n’a été établi pour désigner les futurs heureux résidents de la ville.

Toujours selon M. Birahim Seck, « le Forum civil veut des éclaircissements sur le montage financier, la propriété de l’assiette foncière sur laquelle sera bâtie la ville, les conditions de cession du foncier, les relations entre le projet et l’Etat du Sénégal, les études d’impact environnemental, social, l’ordre juridique qui sera applicable à la cité, le mode de gestion, de gouvernance et de fonctionnement de la cité, le système éducatif, etc. »

N’empêche. Faisant fi de tous ses griefs, l’homme d’affaires veut attirer les touristes internationaux au Sénégal, et faire de son pays l’épicentre du tourisme de loisirs et / ou d’affaires, en Afrique. Il affirme : « Lorsque vous arrivez d’Amérique, d’Europe ou de n’importe quel pays de la diaspora, et que vous avez envie de visiter l’Afrique, nous voulons que le Sénégal soit votre première étape ».

D’ailleurs, ce projet peut bien faire des émules sur le continent puisque M. Dris Elba, d’origine sierra-léonaise, célèbre acteur, scénariste, producteur de cinéma et DJ britannique, plancherait apparemment sur la réalisation d’un projet similaire dans son pays d’origine, pour apporter sa contribution à l’édification de ce pays meurtri par plusieurs années d’instabilité politique et sociale. L’apport des Africains de la diaspora devient de plus en plus indispensable au développement du continent. Rendez-vous à Akon City en 2029 pour découvrir cette ville qui va sûrement faire beaucoup parler d’elle.