Classement mondial de la bonne gouvernance : Le Rwanda en tête des pays africains

Singapour a lancé le 26 avril 2021 l’Indice Chandler Good Government (CGGI) dont l’objectif est de dresser un classement concernant plus de 100 pays en termes de bonne gouvernance. Sans surprise, les pays occidentaux trustent les premières places. Aucun pays africain ne figure dans le Top 20, ce qui ne veut pas dire que des progrès ne sont pas à signaler sur le continent. Un pays comme le Rwanda, par exemple, figure à une honorable 53 ème place, ce qui en fait le meilleur représentant du continent.

Dans un rapport paru en 1992 et intitulé “Gouvernance et développement”, la Banque mondiale définit la bonne gouvernance comme « étant la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources nationales économiques et sociales consacrées au développement ». La bonne gouvernance présente les avantages d’être au coeur du développement durable et de la réduction de la pauvreté, tout en renforçant les facteurs de production tels que la main-d’oeuvre et le capital, et en accroît la productivité.

L’Afrique est un continent particulièrement touché par sa mauvaise gouvernance en général, ce qui constitue un frein à son développement. Confronté à la pauvreté, à un niveau de santé des plus bas, à des carences en éducation, à de la corruption et à des tensions sociales sources d’instabilité, le continent doit incontestablement faire des progrès en matière de bonne gouvernance.  Selon ce classement basé sur plus de 50 sources de données, la Finlande est le premier pays au monde en termes de gouvernance. L’indice se concentre sur sept piliers, à savoir, le leadership et la prospective; la robustesse des lois et des politiques publiques, la solidité des institutions, la gestion financière, l’attractivité du marché, l’influence et la réputation mondiale. L’indice utilise une méthodologie rigoureuse élaborée en consultation avec des praticiens du gouvernement, des dirigeants, des experts de l’indice et des chercheurs en gouvernance.

Au niveau mondial, la Finlande est donc le premier pays en termes de gouvernance. Le top 20 est dominé par l’Europe et l’Amérique à l’exception de l’Australie et du Japon. Derrière la Finlande, la Suisse (2ème) et Singapour (3ème) complètent le podium. Au niveau africain, le Rwanda sort son épingle du jeu, classé leader en Afrique et 53ème au classement mondial, suivi du Botswana (56), du Maroc (61e), de l’Afrique du Sud (70e), du Sénégal (71), du Ghana (72), de l’Egypte (73e), de la Tunisie (75e), de la Namibie (76e), Kenya (81e), Tanzanie (83e), Ouganda (84e), Malawi (90e), Ethiopie (93e), Algérie (94e), Zambie (95e), Burkina Faso (96e), Madagascar (98 e), Mali (100 e), Mozambique (101), Nigeria (102), Zimbabwe (103). Aucun pays de l’Afrique centrale ne figure sur ce classement dont la lanterne rouge est un pays latino-américain, le Venezuela en l’occurrence.

Selon Richard F. Chandler, fondateur du Chandler Institute of Governance, « les pays bien gouvernés attirent les capitaux et les talents, ce qui favorise l’innovation sur le marché, conduisant à des entreprises fortes et à des économies dynamiques. Cela permet à son tour un plus grand investissement dans les services publics, créant un cercle vertueux ». Quant à Wu Wei Neng, directeur exécutif du Chandler Institute of Governance, il déclare : «Nous avons conçu l’indice comme un moyen de mesurer un bon gouvernement qui est pratique, pertinent et axé sur les capacités. Des milliards de dollars de financement du développement ont été décaissés, mais relativement peu se sont concentrés sur le renforcement des capacités des gouvernements. Les capacités sont essentielles aux résultats qui comptent. Le monde doit investir dans des gouvernements plus compétents et plus fiables. ».

Pour rappel, le Chandler Institute of Governance (CIG) est une organisation internationale à but non lucratif, dont le siège est à Singapour. Il n’est affilié à aucun gouvernement et propose son aide aux  gouvernements qui souhaitent développer leurs talents, leadership et capacités de service public à travers des programmes de formation, d’initiatives de recherche et de travaux de conseil.

Concernant le Rwanda, il faut signaler que ce pays ambitionne de devenir une économie à revenu intermédiaire à l’horizon 2035 et à rejoindre les pays à revenu élevé en 2050. A son actif, on peut citer des réformes qui lui ont permis de mettre en place deux stratégies de développement économique et de réduction de la pauvreté de 2008 à 2018 avec d’excellents résultats économiques et sociaux. La croissance du pays était de 7,2 % en moyenne durant la dernière décennie alors que le PIB par habitant progressait de 5 % par an. Cependant, il est probable que les effets néfastes du Covid 19 viennent freiner cette progression, comme pour l’ensemble des pays du continent. À voir comment les dirigeants africains, d’une manière générale, vont gérer cette crise. Une chose est sûre. Ils devront améliorer leurs stratégies de bonne gouvernance pour propulser plus de pays africains dans le Top 100 des nations les mieux gouvernées. 

Élections communales vaudoises 2021 : A qui ira le vote des étrangers ?

Dans un peu plus d’un mois, les Vaudois iront aux urnes pour élire leurs représentants pour les cinq prochaines années. Ces élections, qui vont se dérouler dans un contexte très particulier, vont permettre de redistribuer les cartes aussi bien au sein des législatifs que des exécutifs des communes vaudoises. Elles auront la particularité de permettre à environ 20 % du corps électoral, soit 90 000 étrangers, au sens administratif du terme, de pouvoir voter mais aussi de se faire élire moyennant certaines conditions. Dans une commune comme Lausanne, ils pourront même jouer un rôle décisif.

Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution vaudoise du 14 avril 2003, les étrangers peuvent voter et candidater sur le plan communal s’ils sont au bénéfice d’un permis de séjour en Suisse depuis dix ans et s’ils résident dans le canton de Vaud depuis trois ans, pour autant qu’ils soient âgés d’au moins 18 ans révolus. La capitale vaudoise concentre la plupart des étrangers sur son territoire. Avec ses 160 nationalités qui cohabitent de manière plutôt réussie, Lausanne a, depuis quelques législatures, fait preuve d’ouverture et de tolérance vis-à-vis des personnes venant d’ailleurs. N’est-ce pas d’ailleurs à Lausanne que le premier bureau d’intégration des immigrés de Suisse a vu le jour en 1971 ? Curieusement, c’est aussi cette année là que les femmes obtinrent le droit de vote en Suisse.

Ce qui n’était pas possible avant 2003 est devenu, aujourd’hui, une réalité que bien des lausannois d’origine étrangère comptent rappeler le 7 mars prochain pour faire pencher la balance du côté de celles et ceux qui se positionneront le plus en faveur de davantage de justice sociale, de lutte contre l’exclusion et les inégalités de toutes sortes. Quelques thèmes, parmi d’autres, bien chers à cette communauté qui a longtemps eu l’impression de devoir prouver, plutôt deux fois qu’une, plus que les citoyens au passeport à la croix blanche, qu’elle méritait un autre regard que celui porté sur elle par les tenants d’une Suisse fermée sur elle-même. Pour preuve, au début de l’été 2020, le mouvement Black Lives Matter nous a rappelé, à suffisance, que la population lausannoise, toutes couleurs confondues, a soif de justice sociale. Tout comme le reste du pays d’ailleurs, qui s’était grandement mobilisée pour rejeter les discriminations envers ceux qu’on appelle désormais fièrement les Afro-suisses. Pour une fois, il n’y avait point de Röstigraben. L’indignation était de mise des deux côtés de la Sarine.

Dirigée jusqu’ici par une majorité de gauche, grâce à la magie d’une alliance réussie entre socialistes et d’autres partis de gauche, la course à la municipalité de Lausanne sera âprement disputée du fait du choix des Verts de se retirer de cette alliance. Ce qui fait que le PS et le POP devront composer sans leurs alliés d’hier pour rester au pouvoir. C’est dans cette configuration que le vote des étrangers pourrait peser bien plus lourd que ce que l’on croit. Passée du simple au double en 40 ans, la population étrangère de Lausanne est globalement bien intégrée dans cette ville qui abrite de grandes écoles et de nombreuses fédérations sportives internationales où les étrangers sont plutôt perçus comme une valeur ajoutée, ce qui est à mettre au crédit de la politique lausannoise en matière d’intégration. Mais aussi à celui de l’engagement de la société civile locale.

Actif depuis plus de 25 ans dans le domaine de l’intégration des populations étrangères en Suisse, d’origine africaine en particulier, j’ai pu observer la trajectoire, pas toujours rectiligne, de ces communautés établies dans le canton de Vaud et particulièrement dans la région lausannoise. En effet, si certaines d’entre elles, ont réussi à s’intégrer relativement facilement du fait qu’elles ont en partage avec la société lausannoise l’usage de la langue française, d’autres ressortissants, originaires d’Afrique anglophone, lusophone ou arabophone, ont eu plus de mal à s’intégrer dans la société de leur pays d’accueil.

Aujourd’hui, la Suisse compte à peu près quelques 120 000 personnes d’ascendance africaine sur son sol, dont environ 24 000 dans le seul canton de Vaud. L’écrasante majorité d’entre elles est naturellement très bien intégrée, à tel point qu’elle compte user de ce “nouveau” droit pour faire entendre sa voix. En jetant un oeil sur les différentes listes en course, je me suis aperçu que, d’une manière presque naturelle, plusieurs candidats d’ascendance africaine, toutes générations confondues, hommes et femmes, figurent sur certaines listes, qu’elles soient de gauche ou du centre, rarement de droite.

Cette prise de conscience citoyenne est le résultat d’un travail qui ne date pas d’aujourd’hui, car les associations africaines, en collaboration avec des partenaires tels que que le BLI (Bureau lausannois pour les immigrés) et le BCI (Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et de prévention du racisme), se mobilisent depuis de nombreuses années à Lausanne et dans le reste du canton pour permettre cette évolution. La participation citoyenne des étrangers est une nécessité pour la société lausannoise qui est de plus en plus multiculturelle. L’association CIPINA, www.cipina.org, que je préside et qui est reconnue par des organisations internationales telles que l’ONU (Organisation des Nations-Unies) et l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), entre autres, a fait plusieurs campagnes de sensibilisation à cet éveil citoyen de la communauté Afrodescendante du pays de Vaud qui fait partie des 90 000 personnes de nationalité étrangère qui peuvent voter et se faire élire également. Notre association continuera à promouvoir les droits civiques des quelques 24 000 Afrodescendants du canton de Vaud.

Cependant, d’une manière générale, dans notre pays, le taux de participation des étrangers à des élections est en moyenne de 10% inférieur à celui des Suisses. Lausanne et les autres communes vaudoises n’échappent pas à cette règle. Cette différence n’est pas due à un défaut d’intégration des étrangers, comme on pourrait le penser. Plusieurs autres facteurs, tels que le niveau de formation des étrangers et leurs revenus qui sont plus bas que la moyenne suisse, expliquent ce désintérêt à la chose politique. Pour ce qui est des Afrodescendants, le fait également qu’ils aient très peu ou pas de représentants dans les exécutifs communaux et cantonaux est aussi un facteur de découragement. Beaucoup d’entre eux ont un sentiment de résignation, convaincus qu’ils sont par le fait que participer à la vie politique ne va pas profondément changer leur situation, leur statut de laissés pour compte, de citoyens de seconde zone. La donne pourrait cependant changer lors des élections du 7 mars prochain où l’on peut être en droit de s’attendre à une amélioration du taux de participation des étrangers, si l’on s’en réfère à la forte implication des candidats d’origine africaine. Ces derniers, avec des parcours solides et des profils riches et variés, sont en effet très présents sur les plateformes digitales qui demeurent, par les temps qui courent, une arme essentielle pour convaincre les électeurs. A condition que ceux-ci usent massivement de leur droit de vote.

En ce qui me concerne et à titre personnel, je voterai et ferai voter socialiste à Lausanne pour les listes 1 (pour la municipalité) et 5 (pour le conseil communal) et appellerai à faire voter toutes les listes socialistes avec ses affiliés, le cas échéant, dans les autres communes de notre canton. A noter que Le PS est le seul parti à faire figurer sur ses listes des candidats d’origine africaine à la municipalité de quelques communes vaudoises, démontrant ainsi son attachement à la diversité. Ce fait unique mérite d’être souligné.

Black Friday versus Vendredi Fou, quel choix ?

Chaque année, le dernier vendredi du mois de novembre donne lieu à une ruée effrénée sur les magasins pour faire de bonnes affaires en profitant de rabais intéressants sur différents produits. Parti des États Unis, ce qu’on appelle le « Black Friday » est aussi devenu un rendez-vous incontournable en Afrique et en Europe. En Suisse, le mouvement connait également un réel engouement et s’apprête à connaître un important afflux des consommateurs dès ce vendredi 27 novembre. Mais plusieurs versions s’affrontent sur l’origine de ce nom qu’une rumeur associe à l’esclavage.

Le Black Friday est généralement connu comme le jour de l’année où les commerces baissent leurs prix pour inciter les clients à dépenser sans compter. Comme l’indique son nom, c’est un vendredi, noir paraît-il, que ces très bonnes affaires se font. Mais pourquoi alors l’adjectif noir est associé au substantif vendredi ? Les versions sont nombreuses et ne semblent guère mettre d’accord leurs auteurs. Selon l’une d’elles, il faut remonter en 1951 pour trouver trace de cette tradition commerciale qui apparaît pour désigner l’ennui pour les patrons américains de voir tous leurs employés se porter malades, ou en tout cas pâles, pour faire le pont entre Thanksgiving (fête traditionnelle américaine, qui couronne l’action de grâce de Dieu envers les humains) et le week-end. Une autre version voudrait que le concept soit né à Philadelphie en 1961 suite aux monstres embouteillages causés par les automobilistes qui allaient rendre visite au Père Noël et en profiter pour entamer leurs achats pour les fêtes de fin d’année. Une autre source soutiendrait que le concept vienne de la volonté des commerçants qui faisaient peu de chiffres d’affaires de profiter de la période de Noël pour augmenter leurs revenus, imposant par la même occasion le noir à leurs affaires qui devenaient florissantes par opposition au rouge, symbole de pertes financières.

Jusque là toutes ces versions ne semblaient guère susciter d’interrogations jusqu’à ce qu’une rumeur, parue dans la presse en 2017, fasse état du lien entre ce concept et la traite des Noirs. Selon cette rumeur, « le phénomène remonterait aux ventes d’esclaves noirs qui se tenaient jadis, en fin de semaine, sur la place publique».

Cette rumeur trouve de plus en plus de supporters dans certains milieux d’afro descendants qui croient dur comme fer que les « esclaves étaient bradés sur le marché de la place publique.» Comme pour l’affaire Georges Floyd sur les réseaux sociaux, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Afrique, la rumeur s’étend de plus en plus, à tel point que ses tenants parlent du « Original Black Friday», pour illustrer des images qui montrent des Noirs en vente aux Etats-Unis. Cet « original Black Friday » divise et fait sans aucun doute réfléchir nos sociétés de consommation qui se ruent dans les magasins à la recherche d’une bonne affaire. Il est vrai que, en ces temps de crise sanitaire non sans conséquences sur les bourses des uns et des autres, les consommateurs ne rechigneront pas à profiter de ces soldes pour des raisons purement financières.

En Afrique, le groupe Jumia travaille beaucoup à la promotion de ce concept désormais présent dans une trentaine de pays africains, depuis 2014. Ce géant du e-commerce en Afrique propose chaque année des soldes géantes avec des rabais pouvant aller jusqu’à 80 %. Malgré cette présence de plus en plus marquée sur le continent, beaucoup d’Africains se posent sérieusement la question sur la pertinence de l’utilisation du terme noir dans ce contexte si particulier de tensions raciales aux Etats -unis, En Europe, au Brésil et ailleurs.

En effet, quelles que soient les versions avancées par les uns et par les autres, la plupart des spécialistes affirment que l’expression reste liée à du négatif. D’ailleurs dans les années 1970 aux USA, les commerçants ont essayé de rebaptiser le Black Friday en Big Friday.

Mais vu la place qu’occupait déjà cette expression Outre-Atlantique, la tentative a rencontré peu de succès. Au contraire, elle a même gagné du terrain sur les autres continents au point qu’il sera difficile qu’elle disparaisse de notre vocabulaire durant les prochaines années. Ce qui n’empêchera sûrement pas certains mouvements de défense des droits des Noirs de continuer à faire des recherches approfondies sur la question et de militer pour l’abandon de cette expression. D’ailleurs au Québec, on utilise plutôt la terminologie «Vendredi Fou». Je trouve personnellement cette expression bien plus heureuse que “Vendredi Noir“. Qu’en sera-t-il en Suisse ? en France et ailleurs ? Sommes nous obligés d’importer des USA cette expression de « Black Friday » si controversée ?

En toute logique, l’utilisation d’une expression moins connotée pour ce grand rendez-vous des « bonnes affaires » pourrait mettre tout le monde d’accord. D’autant plus qu’il profite finalement à tout un chacun. Mais, c’est bien connu « l’argent n’a pas d’odeur » et sans doute pas de couleur non plus.

Multinationales occidentales en Afrique ou la prédation au détriment de l’éthique

La Suisse vote ce 29 novembre 2020 pour juger sur son sol les entreprises voyous qui violent les droits des enfants dans certains pays du Sud, principalement d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. En effet, plusieurs multinationales très connues, dont le siège est en Suisse, opèrent dans ces régions dans des activités controversées, engrangeant au passage des bénéfices considérables au mépris de la protection des enfants et de l’environnement de ces pays. Quelles seront les conséquences de ce vote sur l’Afrique qui compte 80 millions d’enfants obligés de travailler sur un total de 152 millions répertoriés dans le monde ? Partisans et opposants à cette initiative dite des multinationales responsables avancent leurs arguments sur fond d’une crise qui pourrait bien laisser des traces sur le plan politique, non seulement en Suisse, mais aussi au Burkina Faso.

Les chiffres fournis par les Nations-Unies sur le travail des enfants font froid dans le dos, à tel point que l’institution semble décidée à mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025. Ce ne sera pas une tâche facile, notamment en Afrique, où certaines multinationales peu scrupuleuses usent de leur toute puissance et influence pour faire régner leurs lois.

L’Afrique, il faut le rappeler, est le continent le plus touché par le travail des enfants, car plus de 40 % d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont sollicités, qui pour travailler dans des mines, qui dans des champs de coton, qui dans l’orpaillage, sans oublier les travaux domestiques, entre autres. Ce pourcentage, le plus élevé au monde, représente plus de 80 millions d’enfants sur qui l’Afrique ne pourra guère compter pour rattraper son énorme retard en matière de développement. Si rien n’est fait, ce chiffre devrait dépasser les 100 millions à la fin de l’année 2020. Pratiquement toute l’Afrique est touchée par le phénomène. C’est le Nigéria, pays le plus peuplé du continent africain, qui arrive en tête de ce triste classement, avec 12 millions d’enfants au travail, selon l’UNICEF. En Afrique du Sud, 400 000 enfants pauvres, issus des bidonvilles, ont été recensés dans des vergers, tandis qu’en Egypte on compte entre 500 000 et 1 million d’enfants qui travaillent dans des champs de jasmin, environ 10 000 au Maroc dans la fabrication de tapis, d’articles de cuirs, dans la poterie, etc. Le domaine de l’agriculture est également très concerné par le travail des enfants, par exemple dans les plantations de vanille à Madagascar et de cacaoyers en Côte d’Ivoire qui exploite jusqu’à 600 000 enfants.

Dans une étude sur le travail agricole publiée par des chercheurs au Cameroun, au Ghana, au Nigéria et en Côte d’Ivoire, il a été prouvé que des enfants, souvent très jeunes, étaient employés à des tâches qui mettaient en danger leur santé, voire leur vie, à travers la pulvérisation d’insecticides et le débroussaillage à l’aide de machettes, par exemple. L’étude a été réalisée avec la collaboration de l’USAID, du ministère américain du travail, de l’industrie chocolatière, du Programme international sur l’élimination du travail des enfants (IPEC), de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de gouvernements d’Afrique occidentale.

Le secteur agricole n’est, de loin, pas le seul à être en cause dans le travail des enfants. En effet, celui des mines, attire particulièrement l’attention des ONG et organisations de protection des droits des enfants. Plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire et ses mines d’or, le Zimbabwe et ses mines de chrome et la République Démocratique du Congo avec ses gisements de diamants et de coltan font l’objet de condamnations par ces ONG.

Après ce bref état des lieux de la situation dans certains pays d’Afrique, nous nous attarderons un peu plus sur le cas du Burkina Faso. Dans ce pays, des enfants à peine âgés de 8 ans passent leurs journées à creuser dans des mines d’or, se retrouvant dans des puits profonds de 60 mètres de profondeur, prenant ainsi des risques incommensurables.

Si nous nous intéressons précisément à ce pays, c’est qu’une polémique a été créée par la récente visite en Suisse de son ministre du commerce, M. Harouna Kaboré. Ce dernier, accompagné d’une parlementaire suisse au rôle pour le moins trouble dans ses rapports avec le gouvernement du Burkina Faso, s’est fendu d’un discours qui contredit une réalité pourtant constatée par plusieurs ONG, organisations des droits de l’homme et par l’OIT. Ce faisant, il s’oppose donc, tout comme la parlementaire suisse, Madame Isabelle Chevalley, à l’initiative qui vise à poursuivre en Suisse les multinationales dont le siège est en Suisse et qui favorisent le travail des enfants au Burkina Faso. A Berne, le ministre Harouna Kaboré, a déclaré en substance que « Au Burkina Faso, les formes les plus graves de travail infantile n’existent pas. Je suis moi-même producteur de coton et je peux vous affirmer que le travail des enfants n’est pas possible dans les champs de coton. »

Suite à ces propos, des organisations de la société civile du Burkina Faso et d’Afrique ont dénoncé les « déclarations irresponsables » du ministre qui est allé « à contresens des engagements internationaux de son propre pays en matière de protection des droits humains ». Voici, à ce propos, un large extrait du communiqué de deux d’entre elles bien connues au Burkina Faso et en Afrique. «Le CERDE et ACCA tiennent à rappeler l’évidence que représentent les méfaits de l’activité de  certaines multinationales sur les droits humains et l’environnement. C’est le lieu de rappeler que  dans le contexte du boom minier que connait le Burkina, l’activité extractive a suscité une série de problèmes liées au respect de l’environnement, à la (sur)vie des communautés locales ainsi  qu’au respect des droits des travailleurs. Cela a occasionné ces dernières années des tensions et  incidents malheureux entre communautés locales et entreprises minières. Ces problèmes ont été  pointés du doigt par la société civile burkinabé à maintes reprises, y compris lors de l’examen périodique universel dans le cadre des Nations Unies. Le CERDE et ACCA saluent l’engagement des autorités Burkinabé à protéger les droits des citoyens et souhaitent que cet engagement soit traduit de manière forte dans les faits. Considérant que la sortie malheureuse du ministre Harouna Kaboré ne constitue en aucun cas la position officielle du Burkina sur cette question, nos deux organisations encouragent le  gouvernement à communiquer pour rassurer la société civile et les populations burkinabé désireuses de plus de progrès, de justice sociale et davantage de responsabilité dans l’activité des acteurs économiques privés.»

A travers cette déclaration commune on ne peut plus limpide, le CERDE et ACCA condamnent sans réserve l’attitude du  ministre Burkinabé. Selon les 2 organisations, le ministre s’est discrédité en allant contre les positions officielles de son pays qui s’est positionné en faveur du respect par les  multinationales des droits humains et de l’environnement. Cette sortie constitue également une remise en cause des engagements internationaux du Burkina. Cette sortie malheureuse, selon ces organisations «affecte ainsi l’image et la respectabilité internationale du pays. »

Pour rappel, le Centre d’Études et de Recherches sur le Droit de l’Environnement (CERDE) est une association  de Droit Burkinabé spécialisée sur les questions environnementales. Quant à l’African Coalition for Corporate Accountability (ACCA), il s’agit de la plus grande coalition de la société civile  africaine qui regroupe plus de 130 organisations intervenant sur les sujets relatifs aux entreprises et aux droits humains. L’ACCA est basée au Centre for Human Rights à l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud.

Au niveau suisse, plusieurs centaines d’hommes et de femmes politiques, 650 paroisses, 300 dirigeants d’entreprises, des centaines de personnalités de la société civile, 130 organisations de la société civile sont engagés pour un OUI à l’initiative. La société civile africaine en Suisse n’est pas en reste. L’Association CIPINA (Centre d’Information et de Promotion de l’Image d’une Nouvelle Afrique, www.cipina.org) a appelé les Africains de Suisse à voter en faveur de l’initiative. Le Secrétaire exécutif de l’Association des Burkinabé de Suisse (environ 1 200 personnes), M. Désiré Yirsob Dabiré, s’est également exprimé à titre personnel sur cette affaire : « Je ne partage absolument pas les propos du ministre Harouna Kaboré, plusieurs membres de la communauté burkinabé en Suisse sont de mon avis. Le travail des enfants existe bel et bien au Burkina Faso. En venant en Suisse pour affirmer le contraire, on a plutôt l’impression que c’est le ministre qui est infantilisé par les opposants à l’initiative. Le Burkina Faso a pris des mesures pour condamner fermement l’exploitation des enfants sur son territoire. Si elle est adoptée, l’initiative contribuera sans doute à renforcer la protection de ces enfants et des populations vulnérables. Concernant Mme Chevalley, il est de notoriété publique qu’elle entretient d’excellents rapports avec les autorités actuelles de mon pays. Je m’interroge toutefois sur la légalité des conditions dans lesquelles elle a pu obtenir un passeport diplomatique burkinabé, un privilège dont peu de Burkinabé bénéficient, a fortiori des non Burkinabé. Il y a là certainement matière à enquête, aussi bien en Suisse qu’au Burkina Faso “.

Au-delà de cette polémique, il est urgent que les États africains protègent leurs enfants. Pour cela, il faudrait qu’ils disposent de plus de moyens financiers. Une des solutions pour accroître leurs ressources financières serait de taxer les multinationales qui échappent à l’impôt. Selon plusieurs spécialistes, l’Afrique perd chaque année entre 30 à 60 milliards de dollars, à cause de ces multinationales irresponsables qui échappent à l’impôt. Ce montant représente plus que l’aide internationale que l’Afrique perçoit.

A la lumière de toutes ces informations, un OUI massif est recommandé pour protéger les droits des enfants en général, Africains en particulier, ainsi que notre environnement qui est un objectif transversal pour toute notre planète.

Élections américaines et dérapages verbaux sur l’Afrique : Un peu de retenue please, Mister Donald Trump et Monsieur Charles Juillard

Dans l’attente des résultats définitifs des élections américaines, quelques voix s’élèvent deci delà pour fustiger l’attitude de Donald Trump qui a déclaré sa victoire avant même la proclamation des résultats. Suffisant pour s’attirer les foudres des partisans de Joe Biden et plus largement de la démocratie. Connu pour son langage très peu fleuri et son arrogance vis-à-vis des « petites » nations, africaines notamment, Donald Trump semble avoir fait des émules, y compris en Suisse.

En janvier 2018, Donald Trump entamait une discussion avec des sénateurs républicains et démocrates afin de limiter l’immigration aux USA, notamment en activant des mécanismes de limitation du regroupement familial et d’accès à la loterie pour la fameuse Green Card (carte de résident permanent).

On se souvient que lors de la campagne électorale de 2016, il avait promis d’ériger un mur entre les États-Unis et le Mexique pour juguler le flux d’immigrants illégaux vers les États-Unis. Pour convaincre les sénateurs de sa bonne foi, il n’a pas hésité à promettre de mettre fin à l’expulsion de plusieurs dizaines de milliers de jeunes immigrants, toutes origines confondues, vivant depuis leur tendre enfance aux États-Unis. Cette manœuvre machiavélique n’était que la première d’une longue série de provocations, d’insultes et de déclarations grossières visant certains pays, africains notamment, qu’il a qualifié de « pays de merde ». Dans sa rencontre avec les sénateurs dont Donald Trump voulait obtenir le soutien pour mettre un frein à l’immigration, il leur posait cette question : « Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de ces pays de merde viennent ici ? »

Selon plusieurs sources anonymes du Washington Post, Donald Trump aurait dit en anglais « Why are we having all these people from shithole countries come here ? ». Puants comme propos.

Les Africains étaient particulièrement visés par ces déclarations irrespectueuses de Donald Trump, même si d’autres pays caribéens étaient également ciblés. Ce langage ordurier et indigne d’un chef d’état n’est que le reflet de la condescendance de Donald Trump à l’égard de pays qu’il considère comme arriérés, selon sa lecture biaisée des situations, démontrant ainsi au monde entier sa très grande ignorance pour ne pas dire sa malhonnêteté intellectuelle. D’ailleurs, l’Union africaine (UA) a fermement condamné ses propos. Après ses sulfureuses sorties en 2018, Donald Trump récidive en 2020. En effet, son ancien avocat, Michael Cohen a, dans ses mémoires publiées le 8 septembre dernier, fait des révélations fracassantes en accusant Donald Trump de propos racistes à l’égard de plusieurs dirigeants noirs, et non des moindres, puisqu’il s’agit de Barack Obama et surtout de Nelson Mandela. Si l’on sait ce que représente ce dernier aux yeux des Africains, Donald Trump a franchi ce que beaucoup d’Africains qualifient de ligne rouge. Dans ses mémoires, l’ancien avocat, cité par Le Washington Post, raconte comment Donald Trump raille l’icône africaine en disant qu’il “n’est pas un vrai leader”.

Si les dérapages verbaux de Donald Trump sont désormais connus et condamnés de presque tous, il n’est pas cependant pas la seule personnalité occidentale à s’en prendre injustement aux Africains.

Dans le sillage des élections américaines, j’ai été assez choqué par les propos de M. Charles Juillard, vice-président du parti démocrate chrétien suisse qui déclarait avant-hier (mercredi 4 novembre 2020) à Keystone ATS que l’attitude de Donald Trump consistant à se déclarer vainqueur de l’élection présidentielle avant la proclamation des résultats « ressemble à des attitudes autocratiques dans certains pays d’Afrique.» M. Charles Juillard affirmait également que «Crier victoire avant les résultats est symptomatique et révélateur de la personnalité de M. Donald Trump ».

Si je partage cette dernière déclaration de M. Charles Juillard, je reste néanmoins pantois face à l’association entre la personnalité de Donald Trump et certains pays d’Afrique.

C’est insultant à double titre pour les Afro-descendants et pour les défenseurs des droits humains en général.

  1. S’il existe bien des autocraties en Afrique, je crois qu’il en existe également sur les autres continents. L’Asie est-elle plus respectueuse de la démocratie que l’Afrique ? Que dire de l’Amérique latine ? L’Europe elle-même, est elle exempte de tout reproche dans ce domaine ? Et les États-Unis sous Donald Trump ? C’est injuste de stigmatiser l’Afrique de la sorte
  2. Autant les États-Unis que la Suisse ont été fortement critiqués dans des rapports onusiens à cause de leurs violations des droits de leurs minorités d’origine africaine. Les manifestations du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis sont là pour nous le rappeler. Quant à la Suisse, de l’aveu même d’un rapport, réalisé en 2018 par la Commission fédérale contre le racisme (CFR), le racisme anti-noir est bien une réalité dans le pays.

Partant de ces constats, était-ce nécessaire d’avoir cette attitude méprisante vis-à-vis des Africains ?

Cette déclaration, venant de la part du vice-président d’un parti qui siège au gouvernement suisse, est pour le moins maladroite et n’honore pas la Suisse. J’ose espérer que M. Charles Juillard, sinon le parti qu’il représente, en l’occurrence le PDC, clarifiera sa position en retirant ces propos qui portent à polémique. Quant au pronostic de M. Charles Juillard, à savoir que Donald Trump remportera l’élection, l’évolution des votes semble indiquer que M. Charles Juillard se trompe d’analyse. Encore une autre maladresse.

Dans son ensemble, l’Afrique de 2020 est en nette progression dans tous les domaines, y compris dans celui de la consolidation de ses systèmes démocratiques. Sans nier les manquements qu’il peut y avoir dans certains pays, il serait plus sage d’accompagner la jeunesse africaine dans son apprentissage de la démocratie pour le bien du continent et de ses partenaires internationaux, dont les USA et même la Suisse. Les États africains sont pour la plupart très jeunes et ne sont confrontés aux processus démocratiques que depuis le début des années 1990. Au contraire des Etats-Unis dont, nous dit-on, la démocratie est vieille de 240 ans et celle de la Suisse de plus de 700 ans. Donc, MESSIEURS, un peu d’indulgence, de retenue et surtout de RESPECT envers l’Afrique. PLEASE.

Racisme anti-Noirs dans les grandes entreprises suisses

Dans la plupart des pays occidentaux, les discriminations liées à la couleur de peau, à la religion ou encore au nom de famille persistent toujours malgré les dénonciations d’organisations de lutte contre le racisme. Trouver de grands patrons, d’origine africaine, par exemple, dans de grandes entreprises européennes ou américaines, relève d’une gageure, tant ils sont rares. La Suisse ne fait pas exception à cette règle. Problème de compétences ou pratiques discriminatoires ? Les avis divergent.

La polémique née du licenciement de M. Tidjane Thiam, ancien patron de Crédit Suisse, continue d’enfler plusieurs mois après le départ de celui que l’on considère comme l’un des patrons les plus doués de sa génération. Arrivé à la tête de la banque en 2015, après être passé par Londres où il a dirigé un prestigieux groupe d’assurances de 2009 à 2015, M. Tidjane Thiam s’est très rapidement imposé dans la 2ème banque de Suisse. À tel point que cela dérangeait, semble t-il, au plus haut niveau de la hiérarchie de l’entreprise. Mais le plus surprenant est que son ascension aurait également déplu à la population zurichoise, voire suisse, qui, apparemment, n’aurait pas vu d’un bon œil un Africain à la tête de l’un de ses fleurons économiques. C’est du moins ce que l’on a appris dernièrement dans quelques médias suisses, qui se faisaient l’écho d’un article du New York Times paru le 6 octobre dernier. Dans ledit article, on apprenait que lors d’une fête organisée pour les 60 ans de la banque, un artiste noir habillé en concierge s’était adonné à des démonstrations de danse tout en balayant le sol pour égayer l’assemblée composée exclusivement de Blancs et de Tidjane Thiam. Le banquier, offensé, a manifesté son indignation en quittant les lieux, suivi par un couple (blanc évidemment) assis précédemment à sa table, avant de reprendre sa place dans la salle, un peu plus tard. Suffisant pour relancer le débat sur le racisme et sur la capacité des dirigeants noirs à manager de grandes entreprises du pays. Au fait, y en-a-t-il ? Si oui, combien sont-ils ? La problématique n’est pas simple, car le sujet est très sensible. Néanmoins, il faut le poser. En effet, à y regarder de plus près, on se rend compte que, toutes entreprises confondues, il n’existe quasiment pas de grands patrons noirs en Suisse. Que ce soit dans le domaine de la finance, des médias, des administrations publiques (cantons et confédération), des multinationales de toutes sortes, du sport,… Le constat peut également être élargi à la politique. À part quelques élus locaux, il n’existe aucun dirigeant noir d’envergure nationale, et encore moins à la tête d’un parti politique suisse.

Selon une enquête réalisée en France en mars 2020 par une agence de recrutement en ligne auprès de 4,5 millions de candidats à des emplois et 135 000 recruteurs, 95 % des personnes interrogées estiment que la discrimination est présente dans les entreprises. C’est assez extraordinaire de constater que, malgré plusieurs campagnes de lutte contre la discrimination en entreprises dans ce pays, ce constat est partagé par bien des pays qui se font passer pour des chantres de l’égalité des chances.

Si le racisme touche bien des personnes de diverses origines en Suisse, il n’en demeure pas moins que ce sont les Noirs et les musulmans qui en font le plus les frais. Il est souvent pratiqué dans les entreprises et dans les écoles, lieux où, en principe, il devrait être farouchement combattu. Pas moins de 278 cas de discrimination raciale ont été recensés en 2018 par les centres de conseil en Suisse, avec 58 cas dans le monde du travail et à peine 20 moins dans les écoles. Le rapport, réalisé en 2018 par la Commission fédérale contre le racisme (CFR) et l’organisation suisse humanrights, met en lumière des dizaines de cas concrets qui malheureusement ne sont pas tous dénoncés pour différentes raisons, au grand dam des victimes qui sont très souvent livrées à elles-mêmes. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique abondent dans le même sens que le rapport, confirmant ainsi qu’il existe bien un réel problème de discrimination à l’endroit des Noirs en Suisse, sans toutefois affirmer si le phénomène est plus prégnant en Suisse romande qu’en Suisse allemande ou l’inverse.

Une chose est cependant sûre. Que l’on soit en Suisse allemande ou romande, si on est noir, on a très peu de chances d’être PDG d’une grande entreprise, qu’elles que soient les compétences qu’on peut mettre en avant. La problématique est la même en France, dans la mesure où, selon l’enquête menée par l’agence de recrutement en ligne «78% des femmes et 69% des hommes interrogés n’ont jamais eu de dirigeants ou bien de supérieurs hiérarchiques de couleur. De même pour les postes de direction des Ressources Humaines, 89% des sondés n’ont jamais eu en face d’eux une personne typée lors d’un entretien d’embauche ».

Outre-Atlantique, la situation est légèrement différente. En effet, selon le réseau Black Enterprise, « 39 % des entreprises de l’indice S&P 500 (indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis) n’avaient aucun Afro-Américain à leur conseil d’administration en 2019, un chiffre en hausse de 2 points par rapport à l’année précédente ». Toujours selon le même réseau, « le nombre total d’administrateurs noirs a toutefois progressé, passant de 308 à 322 en 2019, dont une vingtaine est président ou administrateur principal ».

Quelques progrès sont à signaler aux USA, et non des moindres, puisque de grandes entreprises telles que Alphabet, Amazon, Apple ou Facebook comptent en leur sein un ou plusieurs administrateurs noirs qui occupent de très hautes fonctions, chose impensable il y a encore une dizaine d’années. Parmi les 500 plus grandes entreprises du pays, 5 seulement sont dirigées par des Afro-Américains. Sans compter Barack Obama, 1er et unique président noir des USA à ce jour.

En France, on a eu, pêle-mêle, Rama Yade (ancienne ministre), Harry Roselmack (20h de TF1), feu Pape Diouf (Président de l’Olympique de Marseille), et autres. En Italie, Cécile Kyenge, ministre pour l’Intégration du gouvernement Enrico Letta de 2013 à 2014. Au Canada, Michaëlle Jean a été Gouverneure générale avant de diriger l’organisation de la Francophonie. Sa compatriote Dominique Anglade, également d’origine haïtienne, est députée provinciale de la circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, cheffe du Parti libéral du Québec et cheffe de l’opposition officielle du Québec. En Suède, Nyamko Ana Sabuni, femme politique membre du parti Les Libéraux, originaire du Burundi, a été ministre de l’Égalité des genres et de l’Intégration entre 2006 et 2010. En Angleterre, NneNne Iwuji-Eme a été nommée ambassadeur britannique au Mozambique en 2018, après 16 ans de bons et loyaux services au ministère des affaires étrangères britanniques. Toujours dans ce même pays,  le présentateur vedette du journal télévisé le plus regardé de Grande-Bretagne, ITV Evening News à 18 h 30, s’appelle Trevor McDonald, noir et originaire de Trinidad. Consciente des inégalités qui existent dans sa rédaction, la BBC s’est imposée des quotas qui font qu’elle peut se vanter aujourd’hui d’avoir 8% de son personnel issu des minorités ethniques du pays, ce qui est révolutionnaire. Sauf que ces minorités sont confinées à des rôles plutôt secondaires. Ce qui fait dire à Janice Turner, l’une des responsables du syndicat des journalistes de télévision et porte-parole, «nombre de journalistes et producteurs restent enfermés dans des productions pour les minorités comme si les femmes devaient couvrir des questions féminines». «Les Noirs ou les Asiatiques ne veulent pas faire de la télé pour minorités, ils veulent simplement faire de la bonne télé, argumente le professeur Jim Pines, spécialiste des médias à l’université de Luton, qui se dit partisan d’une intervention du gouvernement pour améliorer la représentativité des minorités. Il y a dix ou quinze ans, la pression sur les médias était plus forte, maintenant ce n’est plus une priorité, il faut que le gouvernement joue son rôle.»

En Angleterre, comme en Suisse, quelques médias affirment faire des efforts pour recruter des journalistes et producteurs de couleur. Mais, dans les faits, les médias représentent-ils les Noirs dans la population ? La réponse est clairement non.

Au niveau onusien, il faut relever que le regretté Kofi Annan a dirigé l’ONU de 1997 à 2006. Aujourd’hui, l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus est à la tête de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Il sera peut-être rejoint par une autre africaine, la nigériane Ngozi Okonja-Iweala comme patronne d’une autre grande organisation internationale, en l’occurrence l’OMC (Organisation mondiale du commerce), dans une élection qui opposera cette dernière à la candidate de la république de Corée le 7 novembre 2020 à Genève. Si la candidate de l’Afrique l’emporte, elle sera la première directrice générale de l’OMC de l’histoire. Dans le domaine des grandes organisations sportives, la sénégalaise Fatma Samoura est secrétaire générale de la FIFA depuis mai 2016

Comme on le constate à travers ces différentes situations, malgré quelques timides avancées de-ci-delà, le plafond de verre pour les cadres supérieurs Noirs vivant en Occident reste bien une réalité. L’accès à certains postes à hautes responsabilités reste encore très compliqué, malgré quelques mesures visant à combattre le racisme. Depuis 1966, il existe bien une Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, célébrée le 21 mars. Plus d’un demi-siècle après sa proclamation par les Nations-Unies, force est de constater que le problème reste, malheureusement, entier.

Un Africain de la diaspora à l’origine de la création d’une ville futuriste au Sénégal

La diaspora africaine contribue au développement du continent en y transférant annuellement un montant estimé à plus de 60 milliards de dollars américains. Ce dernier, très important, ne suffit cependant pas à améliorer la qualité de vie des Africains qui connaissent toujours des difficultés à accéder à l’eau potable et à l’électricité, entre autres besoins de première nécessité. Pour donner un exemple d’innovation sans précédent, une icône de la musique américaine, d’origine sénégalaise, a décidé de créer une ville qui ressemblera aux plus grandes métropoles mondiales, et qui leur sera peut-être même supérieure dans bien des domaines. Dénommée Akon City, cette ville futuriste doit néanmoins faire face à quelques critiques. Sans décourager son promoteur.

Bien connu en Afrique, notamment pour son fameux projet d’électrification, le musicien sénégalais Akon a posé le 31 août 2020 la première pierre de la ville qui poussera, dans quelques années à Mbodiène, petit village situé sur les bords de l’océan Atlantique, à quelque 100 km de Dakar. La cérémonie n’était pas banale. Bien au contraire, elle a été supervisée par le ministre sénégalais du Tourisme et des Transports aériens, M. Alioune Sarr.

Le musicien, que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier d’hommes d’affaires redoutable, a réussi à mobiliser le 1/3 du montant extraordinaire de 6 milliards de dollars (soit 80% du budget de l’Etat sénégalais en 2020) qui seront nécessaires à la réalisation de ce rêve que beaucoup croyaient (et croient encore) impossible.

L’homme d’affaires a des idées, lui qui a été formé à la culture américaine d’entrepreneuriat, avec une volonté et une détermination qui lui permettent de ne reculer devant aucun obstacle, si complexe soit-il. En convainquant le gouvernement de son pays d’origine de l’originalité de son projet et de son impact sur l’amélioration des conditions de vie de nombreux Sénégalais, il a déjà gagné son premier pari. Le second consistait à faire valider les différentes modalités de la faisabilité du projet, ce qui fut fait sans beaucoup de difficultés. Le projet est réalisable en 2 étapes dont la première débutera au cours du premier trimestre de l’année 2021, pour s’achever normalement en 2023, et s’étendra sur une surface de 55 hectares. Mais le gros du travail s’effectuera dans la 2ème étape qui aura lieu de 2024 à 2029.

Celle-ci couvrira un total de 500 hectares qui abriteront une université, un stade multisports, des hôpitaux d’une capacité de 10 000 lits, des studios de cinéma, des centres d’affaires et de loisirs. Autant d’activités qui sont appelées à transformer la vie des habitants de Akon city qui n’aura rien à envier à celle des résidents de New York, Los Angeles, Paris, Londres, Genève, Milan ou autres. À Akon City, des domaines aussi importants que l’éducation, la santé et la culture, qui sont au cœur des préoccupations du Sénégal et de l’Afrique en général, seront mis en avant pour assurer le confort des 300 000 personnes qui habiteront cette ville du futur. Des bâtiments ultramodernes et des lieux qui symbolisent les spécificités africaines cohabiteront sans problème dans cette ville. Le promoteur affirmait à ce propos : « Je veux que l’architecture ressemble aux vraies sculptures africaines qu’ils font dans les villages. Les formes sont peut-être bizarres, mais au moins elles sont africaines ». La ville aura comme principale attraction la tour Akon Tower qui, comme le reste des autres endroits, sera naturellement éclairée par l’énergie solaire en conformité avec les engagements écologiques de l’entrepreneur, rendu célèbre par son immense projet Akon Lighting Africa.

Dans cette ville qui se veut écologique, une centrale solaire photovoltaïque sera la source d’énergie, tandis que l’économie sera basée sur l’Akoin, une cryptomonnaie lancée en 2018.

Mais le projet n’a pas encore vu le jour que des polémiques commencent à apparaître de-ci de-là. En effet, si Akon City a pour objectif d’attirer les nombreux Sénégalais qui vivent aux USA, et surtout ceux qui sont un tant soit peu fortunés, le Sénégalais moyen, avec des revenus beaucoup plus modestes, risque d’être purement et simplement exclu du confort qu’offrira cette ville du futur. Suffisant comme argument pour que le Forum civil, section sénégalaise de “Transparency international”, qui œuvre pour la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires publiques, demande des clarifications sur 11 points au ministre du Tourisme, M. Alioune Sarr, et au DG de la Sapco (Société d’Aménagement et de Promotion des côtes et zones touristiques du Sénégal), M. Alioune Sow, sur le projet “Akon City” à Mbodiène.

Pour le coordonnateur du forum, M. Birahim Seck, le projet est non seulement démesuré pour un pays très pauvre comme le Sénégal, mais il est surtout intimement lié à l’image d’une seule personne, ce qui risque de poser un problème d’appropriation de leur ville par les 300 000 futurs habitants, entre autres. D’autant plus qu’aucun critère précis n’a été établi pour désigner les futurs heureux résidents de la ville.

Toujours selon M. Birahim Seck, « le Forum civil veut des éclaircissements sur le montage financier, la propriété de l’assiette foncière sur laquelle sera bâtie la ville, les conditions de cession du foncier, les relations entre le projet et l’Etat du Sénégal, les études d’impact environnemental, social, l’ordre juridique qui sera applicable à la cité, le mode de gestion, de gouvernance et de fonctionnement de la cité, le système éducatif, etc. »

N’empêche. Faisant fi de tous ses griefs, l’homme d’affaires veut attirer les touristes internationaux au Sénégal, et faire de son pays l’épicentre du tourisme de loisirs et / ou d’affaires, en Afrique. Il affirme : « Lorsque vous arrivez d’Amérique, d’Europe ou de n’importe quel pays de la diaspora, et que vous avez envie de visiter l’Afrique, nous voulons que le Sénégal soit votre première étape ».

D’ailleurs, ce projet peut bien faire des émules sur le continent puisque M. Dris Elba, d’origine sierra-léonaise, célèbre acteur, scénariste, producteur de cinéma et DJ britannique, plancherait apparemment sur la réalisation d’un projet similaire dans son pays d’origine, pour apporter sa contribution à l’édification de ce pays meurtri par plusieurs années d’instabilité politique et sociale. L’apport des Africains de la diaspora devient de plus en plus indispensable au développement du continent. Rendez-vous à Akon City en 2029 pour découvrir cette ville qui va sûrement faire beaucoup parler d’elle.

Les « Oscars » africains 2020 de la finance dominés par les femmes

La Banque africaine de développement (BAD) a tenu son assemblée générale le 26 août à Abidjan et reconduit à sa tête le nigérian M. Akinwumi Ademola. L’assemblée a aussi été l’occasion de décerner les Trophées African Banker 2020, qui sont les « Oscars » de la communauté bancaire africaine. Les banquières ont été les grandes gagnantes de cette cérémonie.

Dans une période chahutée à cause de la situation sanitaire qui prévaut dans le monde et en Afrique en particulier, la BAD a organisé son assemblée générale à Abidjan le 26 août dernier. C’était l’occasion pour tous les grands financiers, banquiers en particulier, du continent, de se donner rendez-vous et de promouvoir leurs entreprises. Si ce secteur a toujours été monopolisé par les hommes, au fil de ces dernières années, les femmes leaders se sont positionnées en véritables cheffes d’entreprises dans ce domaine. En effet, toute l’Afrique reconnaît les talents de banquiers tels que Tidjane Thiam, qui a notamment dirigé le Crédit Suisse, 2ème banque suisse, ou encore du brillantissime dirigeant sud-africain, Daniel Mminele, CEO d’ABSA, anciennement Barclay Africa.

Mais depuis quelques années, des femmes entrepreneures africaines s’illustrent par leurs impressionnantes capacités de dirigeantes de grandes banques, au point de figurer dans les classements des meilleurs de la profession en Afrique. L’assemblée générale d’Abidjan était l’occasion de vérifier et éventuellement de confirmer cette réalité. Cette année, pandémie du coronavirus oblige, les Trophées ont été décernés à travers une cérémonie virtuelle, en marge de l’assemblée générale annuelle de la Banque africaine de développement qui accorde son haut patronage à la remise des Trophées. La cérémonie est très bien suivie en Afrique et représente l’occasion pour certaines entreprises d’accroître leur visibilité à travers du sponsoring. C’est le cas notamment du Fonds africain de garantie qui en est le sponsor platine, de la Banque de l’industrie, sponsor or et de la société Moza Banco, sponsor associé.

Les résultats de ces « Awards » étaient très attendus en cette année particulière de coronavirus, même si le continent africain est moins touché que les autres continents, avec « seulement » un peu plus de 22 000 décès pour un peu plus d’un million de cas de contaminations. Les gagnants de cette édition sont nombreux. Les principaux sont le groupe nigérian Access Bank ainsi que les femmes du secteur bancaire et financier. Concernant les femmes, leur ascension est-elle due aux fortes protestations qui ont suivi l’édition de 2019 ? L’on se rappelle que certains responsables africains avaient regretté la marginalisation des femmes. Il est fort probable que les organisateurs aient entendu cette plainte, vu que cette année, ils ont décidé de récompenser les entreprises qui ont fait de l’inclusion féminine une forte priorité.

Résultat : Les femmes ont été les grandes gagnantes des Trophées, cette année. À titre d’exemple, Mme Caroline Abel, des Seychelles, a été nommée Gouverneur de la Banque centrale de l’année. Quant à la Nigériane, Mme Zainab Ahmed, elle a reçu le prix de ministre des Finances de l’année. Elle doit son titre à ses grandes compétences qui lui ont permis d’avoir réussi à faire passer des réformes ambitieuses dans son pays, sans compter le fait qu’elle ait pu mobiliser des partenaires internationaux qui se sont engagés à soutenir le Nigéria dans sa lutte contre une crise économique des plus graves.

Une autre femme a également été récompensée à travers le trophée de African Banker Icon. Il s’agit d’une autre Nigériane, Mme Vivien Shobo, qui occupait jusqu’en décembre 2019 le poste de directrice générale de l’agence de notation et de conseil Agusto & Co. Elle doit sa récompense à son excellent travail de développement des marchés du crédit au Nigeria.

À côté de ces femmes leaders, la cérémonie a aussi été l’occasion pour certains hommes de recevoir des honneurs. C’est le cas du directeur général du groupe nigérian Access Bank, M. Herbert Wigwe qui a été élu Banquier africain de l’année.

Quant au pionnier tunisien de la finance, M. Ahmed Abdelkefi, il a reçu le trophée de Carrière exemplaire pour l’ensemble de son oeuvre. Fort d’une très riche expérience, l’homme d’affaires s’est distingué par la fondation de plusieurs entreprises à succès spécialisées dans les domaines du crédit-bail, du courtage et de la banque d’investissement. Il est aussi à l’origine de la création du groupe de capital-investissement Tuninvest, rapidement suivi par celle d’une autre entreprise qui fait la fierté des Tunisiens, et aussi des Africains en général, l’ Africinvest, laquelle est aujourd’hui l’une des sociétés de capital-investissement les plus prospères d’Afrique, de surcroit gérée par des Africains.

Celui qui courait le plus de risques à l’occasion de cette assemblée générale de la BAD est sans doute son président sortant, M. Akinwumi Ademola, qui briguait un nouveau mandat de 5 ans après avoir fait l’objet d’accusations de mauvaise gestion. Des influenceurs lui reprochaient « la nomination ou la promotion de personnes soupçonnées ou reconnues coupables de corruption, ou d’avoir accordé des indemnités de départ démesurées à certains cadres. » Mais les avocats du président sortant ont visiblement apporté des preuves suffisantes pour disculper leur client qui a été finalement blanchi de toute accusation, à la fin du mois de juillet, par un comité d’experts.

Ceci a eu une conséquence directe sur sa reélection à la tête de l’auguste institution financière africaine. Le candidat de 60 ans a obtenu ni plus ni moins que la totalité des suffrages, soit 100 % des votes, ce qui lui permettra de relever son prochain grand défi, à savoir, faire face aux conséquences économiques de la pandémie sur le continent. Mais ceci ne sera possible que si les grandes banques africaines, notamment celles dirigées par des femmes, mettent leur expertise à disposition. Vu le rôle capital que devront jouer les banques africaines dans la relance post-Covid, il est vital que le leadership féminin africain soit mis à contribution.

Le 31 juillet, Journée internationale de la femme africaine. De combattantes pour la décolonisation de l’Afrique, elles sont devenues actrices du développement du continent

Dans un contexte assez particulier marqué par une crise sanitaire de grande ampleur, la femme africaine a célébré hier 31 juillet 2020 sa journée internationale. Ce jour  a été consacré “Journée de la femme africaine” à l’occasion du premier congrès du Pan-African Women’s Organisation (PAWO) qui s’était tenu à Dakar, au Sénégal, le 31 juillet 1974. Cependant, les historiens évoquent le la date du 31 juillet 1962 comme étant le point de départ de cette reconnaissance historique. Dans une réunion organisée à Dar es Salaam, en Tanzanie, des femmes de grande envergure représentant plusieurs pays africains avaient décidé de créer la première organisation de femmes, la “Conférence des Femmes Africaines”  Depuis, les femmes africaines ont parcouru bien du chemin et jouent aujourd’hui un rôle prépondérant dans le développement économique de leurs pays, en plus d’occuper des postes politiques de premier plan.

L’événement passerait presque inaperçu, parce que peu médiatisé, mais la Journée internationale de la femme africaine est bien une réalité qui a plus de 50 ans d’existence. Cette reconnaissance n’est pas le fruit du hasard, car quelques figures emblématiques féminines africaines se sont particulièrement illustrées dans leurs combats contre la colonisation et l’esclavage. Quelques unes d’entre elles sont des fiertés dans leurs pays pour avoir joué un rôle de pionnières dans le combat pour l’émancipation de la femme africaine

Parmi ces pionnières, le Sénégal peut se targuer d’avoir vu naître sur son sol une certaine  Aline Sitoé Diatta, née en 1920 et décédée en1944, non sans avoir mené des luttes dont se remémorent bien des historiens. Originaire de la Casamance, région du sud du Sénégal, connue aujourd’hui pour ses verts paysages et son potentiel touristique, Aline Sitoé Diatta est notamment réputée pour avoir lutté contra la pénétration et la domination française au Sénégal.

Son histoire n’est pas très simple, elle a perdu très tôt ses parents et s’est retrouvée toute seule avec son oncle paternel qui l’a élevée. Elle perdra également cet oncle, ce qui lui valut des moments très difficiles. Mais en véritable guerrière, Aline se rendit à Ziguinchor pour travailler d’abord comme docker avant de rejoindre la grande ville de Dakar. Dans la capitale sénégalaise, les colons français étaient légion. L’économie était entre leurs mains, et très naturellement, l’un d’entre eux employa Aline comme domestique. Mais c’était sans compter avec la nature révolutionnaire d’Aline, qui en 1942, décida de résister aux colons pour sauver le Sénégal d’une soumission à la France qui lui aurait été fatale. En pleine guerre, la France, en manque de guerriers, demande à ses colonies de participer à l’effort de guerre, mais Aline, révoltée par le ponctionnement par la France de la moitié de ses récoltes de riz en Casamance, s’oppose à l’idée de défendre la France à cause de cette injustice. Résultat, les Casamançais refusent d’être enrôlés dans l’armée française, ce qui fit rentrer dans l’histoire cette femme dont on dit qu’elle avait certains pouvoirs surnaturels. Elle est arrêtée par les autorités coloniales le 8 mai 1943 pour être envoyée en prison dans différents pays voisins du Sénégal. Elle décède finalement au Mali, une année exactement après son arrestation, soit en mai 1944. Aujourd’hui, elle demeure présente dans tous les esprits au Sénégal, à tel point que plusieurs artistes lui ont dédié des chansons où son courage et son charisme sont évoqués comme étant supérieurs à ceux de ses compatriotes masculins.

Une autre femme africaine a également marqué son époque par sa lutte pour la décolonisation de la Guinée par la France. M’balia Camara, née en 1929, était connue pour avoir accéléré le processus d’indépendance de son pays en s’attaquant le 9 février 1955 au représentant local de la France, le chef Almamy David Sylla. Lors d’une bataille avec ce dernier, elle fut gravement blessée alors qu’elle était enceinte. Finalement elle meurt le 18 février 1955, après avoir perdu son enfant mort-né une semaine plus tôt.

Les populations de la Guinée ont très mal vécu la nouvelle de son décès et plus de 10000 personnes ont assisté à son enterrement. Cette mobilisation a joué un rôle prépondérant dans l’indépendance de la Guinée qui sera acquise le 2 octobre 1958.

Après avoir contribué grandement à l’indépendance de leurs pays, ces femmes de la période coloniale ont ouvert la voie aux nouvelles générations de femmes africaines de la période d’après la colonisation. Aujourd’hui, elles sont de brillantes intellectuelles ou femmes d’affaires à succès.

Elles sont des actrices majeures du développement et de la croissance économique du continent. Chaque jour qui passe, elles démontrent leurs aptitudes à participer à la construction de leur pays à différents niveaux de responsabilité. D’ailleurs elles sont de plus en plus nombreuses à être présentes au sein des instances dirigeantes des entreprises de leurs pays, même si elles doivent encore faire face à de nombreuses inégalités sous des formes différentes.

Á titre d’exemple, Public Investment Corporation (PIC), le plus grand gestionnaire d’actifs en Afrique, a à sa tête une jeune Sud-Africaine de 37 ans. Microsoft for Africa est dirigée par l’Éthiopienne Amrote Abdella; Facebook Afrique par la Sud-Africaine Nunu Ntshingila; Google au Nigeria par Juliet Ehimuan.

Autre exemple très symbolique, celui de Hewlett-Packard qui jusqu’à récemment était dirigée par la Franco-Capverdienne Elisabeth Moreno (photo) en tant que vice présidente et directrice générale Afrique. Celle-ci vient de connaître une nouvelle consécration avec son entrée dans le gouvernement français le 7 juillet dernier comme Ministre chargée de l’Ẻgalité entre les femmes et les hommes.

Plusieurs études font état de l’excellent apport des Africaines dans la prospérité de plusieurs entreprises de renom. Celle menée par la London Stock Exchange (LSE) intitulée «Compagnies to inspire Africa», publiée en janvier 2019 indique que les sociétés comptant le plus grand nombre de femmes dans leurs conseils d’administration ont connu une augmentation de leurs bénéfices de 20% par rapport à la moyenne générale des entreprises. Une autre étude similaire menée par le cabinet McKinsey avait également démontré que la moyenne de femmes africaines membres de conseils d’administration, cheffes ou cadres d’entreprise dans le secteur privé en Afrique était supérieure à la moyenne mondiale, ce qui place l’Afrique en très bonne position avec 5% de femmes cheffes d’entreprise, soit un peu plus que la moyenne mondiale qui est de 4%.

Cependant, toutes les réussites évoquées ci-dessus ne sont pas à mettre sur le compte de la simple féminité. Loin  s’en faut, car la compétence de ces femmes est unanimement reconnue, y compris par leurs pairs masculins, chose plutôt encourageante. De toute évidence, cette nouvelle génération de femmes africaines dirigeantes de grandes entreprises peut faire évoluer les mentalités et influer positivement sur les générations futures.

Néanmoins, même si le continent connaît des avancées significatives en matière de parité dans le leadership au sein des entreprises, il n’en demeure pas moins que leur autonomisation et intégration professionnelle dans les conseils d’administration de grandes entreprises locales ou internationales demeurent encore un défi à relever quotidiennement. Mais l’espoir est permis. Après avoir lutté contre les puissances coloniales pour l’indépendance du continent, elles ont obtenu leur Journée internationale au début des années 1960. Aujourd’hui, elles sont reconnues comme de véritables architectes du développement du continent.

Lutte pour l’égalité raciale dans le monde, le mouvement Black Lives Matter fait bouger les lignes

Depuis la mort de Georges Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis, les manifestations de Black Lives Matter se sont généralisées dans le monde entier au point de briser les chaînes du silence aux 4 coins du monde. En Afrique, non seulement les populations se sont très largement mobilisées, mais certains chefs d’état ont fait également entendre leurs voix sur la question de l’égalité raciale. Les Afro-descendants des Amériques, d’Europe et d’ailleurs ont lancé des projets de revendication mémorielle de la communauté noire et de dénonciation de l’esclavage économique.

Aux USA, le racisme systémique continue de faire l’objet d’une forte dénonciation de la part de la communauté afro-américaine qui entend saisir l’opportunité offerte par l’extraordinaire médiatisation de la mort de Georges Floyd pour revendiquer pleinement ses droits. Sur le plan culturel, le président Obama avait inauguré, en septembre 2016, le Musée d’histoire et de culture afro-américaine pour précisément favoriser une revendication mémorielle de la communauté noire. Ce Musée, situé en plein cœur de la capitale américaine, a pour objectif d’expliquer aux jeunes générations l’histoire de la communauté afro-américaine qui reste encore très méconnue. Avec la création de ce National Museum of African American History and Culture (NMAAHC), le président Obama est entré dans les annales de l’histoire afro-américaine en donnant à celle-ci une nouvelle dimension jamais atteinte jusqu’à présent. Il existe bien environ  200 musées consacrés à l’histoire afro-américaine aux États-Unis, mais aucun d’entre eux n’a attiré autant de monde que le NMAAHC qui a enregistré des records de fréquentation, depuis son inauguration. On parle de plusieurs millions de visiteurs, toutes origines confondues. De quoi rendre fier le président qui déclarait que le Musée était destiné à « raconter une part essentielle de notre histoire américaine, une part qui a souvent été négligée ».

Mais la création de ce Musée aux allures gigantesques ne s’est pas faite sans laisser sceptiques certains spécialistes de l’histoire américaine qui pensent qu’il faudrait s’entendre sur l’identité noire américaine elle-même. Une chose est certaine, l’histoire des Afro-Américains est intimement liée à celle de la déportation, de l’esclavage et donc de l’Afrique. Il Il y a 42 millions d’Afro-Américains dans le monde qui sont le fruit direct de cette triste page de l’histoire. Beaucoup d’entre eux sont très fiers de leurs racines africaines et ont lancé des initiatives à vocation pédagogique qui servent aujourd’hui de référence. A l’instar des Afro-Américains, les Afro-Européens également se distinguent également dans ce domaine. L’Anglo-Ghanéenne Sylvia Arthur met en avant la littérature africaine à travers une impressionnante collection de livres. Sa bibliothèque située à Accra, et non à Londres, capitale de son autre pays, démontre sa volonté de revenir aux sources pour mieux expliquer l’histoire noire.

Fondatrice de la Bibliothèque de l’Afrique et de la diaspora africaine (LOATAD), elle qui est partie de presque rien, peut se targuer aujourd’hui de compter 4000 ouvrages à son actif. Ce qui devrait permettre d’avoir des archives sur l’histoire qui est jusqu’ici « mal expliquée » Elle salue le rôle joué par le mouvement Black Lives Matter qui a donné encore plus de sens à son projet. Sa prochaine préoccupation est de mettre en place des discussions et des débats autour de l’histoire de la diaspora africaine et du racisme qu’elle subit où qu’elle se trouve. Elle ajoute : “Je crois vraiment que nous avons besoin d’une initiative comme celle du mouvement Black Lives Matter. Cela montre que notre peuple est intelligent, sophistiqué et doué pour les arts… le contraire de tout ce que l’on nous enseigne à l’école”.

La déportation et l’esclavage n’ont pas eu que des conséquences culturelles néfastes sur les Afro-descendants. Les dégâts économiques sont aussi désastreux pour la grande majorité du milliard et 200 millions d’Africains qui vivent dans une grande précarité. Les peuples africains ont certes survécu à l’esclavage et au colonialisme, mais un autre grand défi reste également à surmonter, en l’occurrence l’esclavage économique dont ils souffrent. Le mouvement Black Lives Matter a permis de mettre le doigt sur cette réalité, un peu reléguée au second plan à un moment donné, à cause des violences policières dont sont victimes les Afro-Américains aux USA. À travers la mobilisation mondiale que le mouvement a suscité, il est devenu évident qu’il est impossible de créer une justice raciale sur la base d’une injustice économique. Que l’on soit noir aux USA, en Europe ou en Afrique. La vie des Noirs compte partout.

Il existe un peu partout en Afrique des initiatives visant à promouvoir une certaine justice économique. Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la duplicité de certains dirigeants africains qui copinent avec des puissances étrangères au détriment de leurs populations, participant ce faisant grandement à la perpétuation des inégalités économiques en Afrique, où existe aujourd’hui  une grande prévalence de l’esclavage moderne qui coûte très cher à l’Afrique en termes de pertes en vies humaines, en plus bien sûr de prospérité économique.

Historiquement, il est prouvé que la dette africaine a été utilisée comme arme par les pays et organisations occidentales les plus riches pour rançonner les pays africains. C’est dans ce contexte que de plus en plus de leaders africains demandent l’annulation pure et simple de la dette africaine pour permettre à l’Afrique de repartir du bon pied et de ne plus dépendre de l’Occident.

À la faveur de la mobilisation mondiale provoquée par la mort de Georges Floyd, on est en droit de penser que le Mouvement Black Lives Matter a, à n’en pas douter, réussi son pari d’attirer l’attention de la communauté internationale sur ce qu’il a appelé le racisme systémique aux USA dans un premier temps. Le débat s’est aussi imposé en France, où le traitement de l’affaire Adama Traoré et le passé colonial français ont été largement critiqués. La Suisse n’est pas en reste, en effet de nombreuses associations ont également pointé du doigt le rôle de commerçants suisses  dans les déportations de 50 000 Africains vers les Amériques entre 1773 et 1830.

Comme on le constate, partout maintenant, les langues se délient, de grandes manifestations ont été organisées à Paris, Londres, Zurich et bien sûr en Afrique. Plus que ces démonstrations de force, ce sont surtout les remises en question de symboles historiques, tels que des statues glorifiant des esclavagistes, des livres d’histoire occultant certains faits liés à l’histoire coloniale et à l’esclavage, sans parler évidemment du pillage des ressources économiques de l’Afrique, souvent au détriment de leurs citoyens. Sans aucun doute, le mouvement Black Lives Matter a fait bouger les lignes dans bien des pays. Pourvu qu’il n’y ait pas de phénomène d’essouflement ni de récupération politicienne de groupuscules passés maîtres dans l’art de tirer avantage des succès de mouvements aux moyens limités.

(Photo : Alan Karchmer)