Élections vaudoises : Pour une majorité de gauche au Conseil d’état et au Grand Conseil

Plus que quelques jours et les Vaudoises et Vaudois éliront leur parlement et leur gouvernement pour les 5 prochaines années. En effet, c’est ce dimanche 20.03.2022 à l’occasion du 1er tour des élections cantonales qu’on saura si la gauche vaudoise conservera sa majorité, acquise depuis 10 ans. Créditée d’un solide bilan et d’un programme très ambitieux, la gauche présentera 4 excellents candidats au Conseil d’état, mes camarades socialistes Nuria Gorrite, Cesla Amarelle, Rebecca Ruiz et le vert Vassilis Venizelos. Dotée de solides compétences et d’une grande maîtrise de leurs dossiers respectifs, cette équipe oeuvrera à conduire de solides politiques publiques qui contribueront à améliorer la condition des Vaudoises et des Vaudois sans exclusive aucune. Passons en revue ce qu’elle propose pour bien comprendre pourquoi on doit lui confier les destinées de notre canton pour la législature prochaine.

Depuis l’apparition du Covid, notre pays traverse une crise qui a beaucoup affecté ses secteurs économiques, culturels et sociaux, au point de nous plonger dans une certaine incertitude qui a miné le moral de bien de nos concitoyennes et concitoyens. Durant cette législature qui arrive à son terme, notre gouvernement a, dans l’ensemble, très bien géré cette crise sanitaire, grâce à sa vision stratégique et à sa capacité d’adaptation et d’anticipation. C’est pour cette raison principalement que je pense nécessaire et indispensable de reconduire la gauche au pouvoir pour la bonne continuité des choses. D’autant plus qu’elle propose un ambitieux programme, articulé autour de 4 axes forts, garant d’une politique promotrice de la solidarité et du développement durable.

1.Pour un service public fort partout dans le Canton

Nos quatre candidat.e.s s’engagent pour :Elections

°Offrir un accès en transports publics efficace partout dans le Canton

°Baisser le prix des transports publics

°Investir un demi-milliard pour des pistes cyclables séparées du trafic

°Permettre aux jeunes parents de travailler

°Investir pour soutenir notre tissu économique local

°Défendre la souveraineté numérique

°Développer les infrastructures sportives

°Garantir un droit au logement abordable pour toutes et tous

2.Pour un Etat à la hauteur du défi climatique

Nos quatre candidat.e.s s’engagent pour le :

°Renforcement les efforts pour lutter contre le réchauffement climatique

°L’accélération de la transition énergétique

°La lutte contre l’érosion de la biodiversité en établissant un véritable réseau écologique cantonal

°Le développement d’une politique agricole ambitieuse, protectrice et respectueuse du vivant et

soutenir les exploitations agricoles familiales

°Une alimentation saine, durable et respectueuse du bien-être animal

°La promotion d’une économie durable et circulaire

3.Pour un Etat dynamique et solidaire

Nos quatre candidat.e.s s’engagent pour :

°Faire du vieillissement de la population une opportunité.

°Renforcer la première ligne de soins et la coordination

°Favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap

°Réduire les inégalités en santé bucco-dentaire.

°Adapter le système des bourses d’études pour renforcer l’égalité des chances

°Augmenter le soutien à la coopération internationale

4.Pour un Etat garant de l’égalité

Nos quatre candidat.e.s s’engagent pour :

°Offrir un système de formation de qualité et accessible

°Offrir une perspective certifiante à chaque jeune de notre canton

°Poursuivre l’effort d’innovation et de création de nouvelles places d’apprentissage

°Accompagner et favoriser la reconversion professionnelle et la formation continue

°Défendre des conditions de travail digne

°Lutter contre les violences

°Soutenir une culture riche, participative et accessible à toutes et tous

Avec ces axes forts et les mesures qui les accompagnent, il est incontestable que la gauche est la mieux outillée d’un point de vue programmatique à diriger le canton pour la législature prochaine. Par conséquent, je recommande fortement à toutes les vaudoises et à tous les Vaudois, soucieux d’une politique juste et égalitaire pour tous, sans privilèges ni exclusion, d’aller voter massivement pour la liste de gauche au Conseil d’état, ainsi que pour toutes nos listes de candidats au Grand Conseil sur tout le territoire vaudois. En tant que membre de la section lausannoise, je suis particulièrement attaché à la liste 7 du PS lausannois. L’objectif à atteindre est double : Conserver la majorité de gauche au Conseil d’état et renverser la majorité de droite au parlement. Pour cela, nous serons SUR TOUS LES FRONTS, en disant oui à une Suisse qui rassemble et non à une Suisse qui exclut.

Vous pouvez trouver plus d’informations sur ce que nous proposons en vous rendant sur : ps-vd.ch/actualites/programmecommun

Instabilité politique en Afrique de l’Ouest : Quelles en sont les raisons ?

Depuis deux ans, on assiste à une série de coups d’état ou de tentatives en Afrique de l’Ouest, ce qui n’est pas sans inquiéter les voisins qui se méfient de plus en plus de leurs « armées ». En effet, le Mali, par deux fois (août 2020 et mai 2021), la Guinée Conakry en septembre 2021, le Burkina Faso en janvier 2022, ont connu des renversements de pouvoir à la faveur de putschs militaires, dont les auteurs sont en général de jeunes soldats qui gravitent autour des présidents dont ils sont censés assurés la protection. La Guinée-Bissau, elle aussi, a failli connaître une révolution de palais en février 2022. Il s’en est fallu de peu pour que le président Umaro Sissoco Embalo ne soit renversé. Mais pourquoi donc cette partie de l’Afrique vit-elle aujourd’hui cette période de déstabilisation?

Plusieurs raisons me viennent à l’esprit. La 1ère est d’ordre historique. En effet, depuis 1960, année de l’indépendance de la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, les puissances coloniales ont continué à exercer une sorte de mainmise sur leurs anciennes colonies, au point de favoriser d’une manière ou d’une autre l’avènement de leurs « poulains » à la tête de leurs anciennes colonies. De plus, à la fin de la guerre froide, suivie de l’éclatement de l’URSS et de la naissance des blocs Est et Ouest, on a assisté à une lutte d’influence entre ces deux blocs qui a contribué à la fragilisation des régimes africains de façon générale. La Russie, d’un côté, certains pays occidentaux de l’autre côté, se sont évertués à maintenir sous leurs jougs respectifs les pays qu’ils jugeaient utiles de contrôler pour des raisons inavouées.

La 2ème raison est liée à l’incapacité des présidents de ces pays à faire face au défi du terrorisme, à assurer la sécurité de leurs concitoyens. Sentant la faiblesse des moyens militaires et matériels des pays africains, notamment dans la zone sahélienne, les groupes terroristes n’ont pas eu beaucoup de peine à s’installer et à affronter, parfois brutalement, les régimes en place. Dépassés, ces derniers ont souvent compté sur quelques puissances étrangères, la France notamment, pour assurer leur sécurité. Avec des résultats plus que mitigés. La France, malgré le déploiement de quelques 4800 de ses soldats depuis 2013, n’a pu ramener la paix et la sécurité totale dans le Sahel, au grand dam des populations de la région.

Ce triste constat a favorisé l’émergence d’une nouvelle élite militaire africaine qui s’est arrogée le « droit d’agir au nom de ses concitoyens » afin de montrer les limites des accointances de certains dirigeants africains avec la France et de finalement prendre les choses en mains. Ce faisant, les nouveaux maîtres de ces pays ont trouvé grâce aux yeux des populations, des jeunes notamment qui voient en eux des « sauveurs ». Cette légitimation, en apparence, a bouleversé la donne politique dans la sous-région, symbolisée par la décision d’expulsion de l’ambassadeur de la France au Mali intervenue le 31 janvier dernier. Cette décision est intervenue alors que les nouvelles autorités maliennes ont reproché à quelques dirigeants français d’avoir tenu des propos peu respectueux à leur égard.

La 3éme raison tient à l’absence d’une bonne gouvernance dans presque tous les pays concernés par ces coups d’état. Les populations, dans leur ensemble, ont soi f d’une véritable démocratie, porteuse d’espoir pour la jeunesse qui représente l’écrasante majorité des habitants du continent africain. Cette jeunesse, de plus en plus éveillée, n’accepte plus que son avenir soit hypothéqué par des gouvernements qui font de la corruption, de l’impunité et du népotisme des pratiques courantes.

La 4ème raison est à trouver dans l’appétit vorace du pouvoir de certains dirigeants africains qui n’hésitent à violer la constitution de leurs pays pour s’éterniser au sommet de leurs états. Cette cécité politique de ces dirigeants a conduit à des impasses politiques, et par conséquent sociales et économiques, qui ont plongé leurs pays dans une situation d’extrême pauvreté. Ces coups d’état « constitutionnels », sous la forme d’une modification des constitutions en vue de s’offrir un troisième mandat, ne passent plus tellement aux yeux des populations, même si certains les comprennent. C’était le cas en Guinée où le président Alpha Condé avait fait modifier la constitution de son pays pour pouvoir se présenter à un 3ème mandat qu’il a obtenu sans trop de peine. Mais face à la grogne grandissante des populations, il a été déposé par sa propre armée le 5 septembre dernier. D’autres pays comme la Tunisie, le Tchad, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin ont également connu des coups d’état « constitutionnel » ces dernières années.

Comment arrêter cette mauvaise spirale ?

Il est indispensable voire vital que des institutions fortes voient le jour partout en Afrique, en particulier dans des régions très fragiles comme l’Afrique de l’Ouest. Au lendemain des indépendances de la plupart des pays africains en 1960, la priorité des dirigeants était plutôt orientée vers le développement économique, ce qui était compréhensible, car il fallait améliorer le quotidien des populations qui vivaient dans des conditions très austères. Mais les choses ont évolué depuis. Aujourd’hui, les Africains veulent vivre en paix et libres. Ils exigent plus de démocratie dans leurs pays.

C’est à partir du discours de La Baule, prononcé par François Mitterrand en 1990 que les processus démocratiques ont vu le jour dans la plupart des pays d’Afrique francophone. Le président français disait dans ce discours que « La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis par les gouvernements africains pour aller vers plus de liberté ». Autre discours important qui allait dans le même sens, celui du président Barack Obama, de passage à Accra en 2009, qui affirmait devant des parlementaires du Ghana que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ». J’ajouterai qu’elle a besoin des 2, car ce sont des hommes forts comme le président Abdou Diouf, du Sénégal, qui ont ouvert la voie à des alternances pacifiques en Afrique de l’Ouest. C’était en mars 2000 lorsque le président Abdou Diouf reconnaissait sa défaite face à son adversaire de l’opposition, Maître Abdoulaye Wade. Comme quoi, il est bien possible d’instaurer le multipartisme et le respect des institutions en Afrique, conditions sine qua non pour assurer la stabilité des pays africains et, partant, leur développement économique.

PHOTO / JOHN WESSELS / AFP

Prix Goncourt 2021 en novembre. Prix Nobel de littérature en octobre 2021. La littérature africaine se porte très bien.

Il est des événements qui tombent à pic. La littérature africaine francophone, riche en talents, avait besoin d’un coup de pouce du destin pour confirmer sa tradition d’excellence. Celui-ci est arrivé le mercredi 3 novembre dernier. En effet, à travers Mohamed Mbougar Sarr, brillant jeune auteur de 31 ans seulement, l’Afrique a remporté le Prix Goncourt, considéré comme la plus prestigieuse des récompenses littéraires du monde francophone.

Cette distinction, comme une bénédiction, a été annoncée presque en même temps que se tenait à Dakar une réunion préparatoire de la journée internationale de l’écrivain africain, célébrée ce dimanche 7 novembre.

Cette réunion était organisée par l’AES (association des écrivains sénégalais) qui joue un rôle prépondérant dans la promotion de la littérature africaine d’expression française. En effet depuis le président poète, Léopold Sédar Senghor, le Sénégal a produit d’excellents écrivains dont Boubacar Boris Diop qui a obtenu tout dernièrement le prix américain Neustadt, sans oublier d’autres excellents auteurs comme le Dr Birago Diop (auteur des célèbres “Contes d’Amadou Koumba”), Aminata Sow Fall (auteur de “La grève des battus”), le poète Amadou Lamine Sall, président de la Maison Africaine de Poésie Internationale, Cheikh Hamidou Kane (auteur de l’Aventure ambigüe), entre autres. Dans la même veine, je pourrai également citer le malien Amadou Hampaté Bâ, membre du Conseil exécutif de l’Unesco de 1962 à 1970, auteur de la célèbre citation qui a fait le tour du monde : «En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle»

Le parcours de Mohamed Mbougar Sarr est assez édifiant sur sa qualité de jeune écrivain très prometteur. On apprend que, très tôt, il avait déjà remporté dans le cadre d’un concours général le premier prix de philosophie, d’histoire-géographie avant d’être décoré et élevé au grade de chevalier national de l’ordre du mérite par le président de la République du Sénégal. Après avoir reçu son prix, le jeune lauréat a déclaré : «Je salue ce geste littéraire de la part de l’Académie Goncourt qui envoie un signal très fort à tous les milieux littéraires de l’espace francophone ». Il a enchaîné « Ce n’est pas une faveur que l’on fait à un écrivain africain », rappelle-t-il tout en précisant ne pas ignorer «  les questions politiques qu’il peut y avoir derrière une récompense semblable».

Le président de l’Académie Goncourt, Didier Decoin, très élogieux à l’égard de l’écrivain a montré son admiration pour son roman et a reconnu que «c’est un très beau livre » et un «hymne à la littérature». «Ce que j’aime dans la littérature, c’est quand elle ouvre ses fenêtres. Je l’ai lu d’une traite», a-t-il déclaré. Un membre du jury, en la personne de Philippe Claudel n’y est pas allé par quatre chemins pour magnifier l’œuvre de Mohamed Mbougar Sarr : « Avec ce jeune auteur, on est revenu aux fondamentaux du testament du Goncourt. 31 ans, quelques livres devant lui. Espérons que le Goncourt ne lui coupera pas son désir de poursuivre  ». Un autre membre du jury, Paul Constant, a également affirmé. «Ça c’est fait au premier tour. C’est écrit de façon flamboyante. C’est un hymne à la littérature». 

Il y a tout juste un mois, le romancier Abdulrazak Gurnah, né en Tanzanie mais habitant au Royaume-Uni, recevait le prix Nobel de littérature. Il est le premier auteur noir à recevoir la plus prestigieuse des récompenses littéraires depuis 1993. Le Tanzanien, connu notamment pour son roman Paradise a été récompensé pour son récit « empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents », selon le jury.

Bref, au-delà du Sénégal et la Tanzanie, c’est toute l’Afrique qui est fière de ces prix qui, certainement en appelleront d’autres.

Pour rappel, Mohamed Mbougar Sarr est aussi le premier écrivain d’Afrique subsaharienne à recevoir ce Prix. A noter que la publication de son roman est le fruit d’une co-édition entre les éditions Philippe Rey et la maison d’édition sénégalaise Jimsaan.

La presse occidentale a souvent omis? de citer cette dernière. D’où cette précision.

Drame de Morges. Entre incompréhension et indignation.

Un Zurichois de 37 ans, de couleur noire (il est bon de le signaler d’emblée) a été abattu par un policier à Morges le lundi 30 août dernier, sous le regard de ses collègues. Un de plus. Les Morgiens, avaient déjà connu un autre meurtre il y a environ une année, non loin de l’endroit où le Zurichois (noir) a trouvé la mort. Les habitants de cette tranquille ville suisse, située à quelques kilomètres de Lausanne, se posent bien des questions. Je me les pose aussi. Que se passe t-il dans notre chère Suisse (romande) pour que des citoyens noirs y soient souvent abattus par des forces de l’ordre qui, semble -t-il, agissent en légitime défense ?

Commençons par comprendre ce qu’est la légitime défense. Selon une définition généralement admise, « La légitime défense permet de se défendre, de protéger quelqu’un ou un bien, lors d’une attaque immédiate par une personne. Les moyens utilisés lors de cette défense sont interdits dans une autre situation. C’est la justice qui vérifie si la riposte, utilisée pour se défendre, est un cas de légitime défense. »

Sans attendre la décision de notre justice, en laquelle j’ai totale confiance, sur cette affaire dont les tenants et aboutissants sont loin d’être connus, j’ai été particulièrement frappé par la propension et la rapidité avec lesquelles plusieurs personnes se sont positionnées d’office, condamnant par avance le défunt, au prétexte qu’il détenait une arme blanche en se dirigeant vers l’agent de police, sans obtempérer aux ordres de ce dernier qui aurait fait usage d’un tir de sommation avant finalement de l’abattre.

J’ai même entendu quelques autorités plaider déjà pour la légitime défense, alors que l’enquête n’est pas encore terminée. Dans quel pays vit-on ? Sommes-nous en train de perdre nos bonnes vielles valeurs qui ont fait notre réputation à l’étranger ? Je pense notamment à notre légendaire neutralité que nous envient bien des pays. Où alors, celle-ci serait-elle sélective ? À la tête du client ? Les communiqués contradictoires de la police qui ont accompagné cette affaire ne devraient-elles pas nous inciter à la prudence ? Ou tout au moins à la retenue ? au recul ? à la distance ?

Serions-nous en train de perdre la raison au point de rendre justice avant la justice ?

En admettant que la justice conclut à la légitime défense, ce qui est de l’ordre du possible, pour ne pas dire plus, notre société s’en porterait-elle mieux ? Je ne le crois pas. Il existe un malheureux problème d’égalité de traitement entre les citoyens de ce pays. On peut être blanc et suisse, jaune et suisse, noir et suisse, mais notre dénominateur commun est le fait d’appartenir, tous, à ce pays. Qu’on le veuille ou non, à l’ère de la mondialisation et des libertés de toutes sortes, notre pays ne trouvera son salut que s’il est uni. Il ne sera plus fort que s’il est représenté par tous ses citoyens.

Je rappelle souvent à ceux qui veulent bien l’entendre que la seule victoire de la Suisse à l’échelle mondiale dans un sport collectif est celle de ses enfants issus de toutes les origines. Vous vous en souvenez ? C’était en Afrique, au Nigéria, en 2009. La Suisse sur le toit du monde, dignement représentée par des athlètes originaires de Lausanne, de Bâle, des Balkans, d’Italie, et même d’Afrique. Quelle belle image. C’est cette image gagnante que certains extrémistes essaient de bafouer. Un parti comme l’UDC, par exemple, fait honte à la Suisse. Ses positions dogmatiques, teintées de haine et de mépris n’honorent pas notre pays. Tenez, en parlant de mépris, j’ai lu avec beaucoup d’amusement l’article de son vice-président vaudois, paru sur son blog. À mes yeux, son torchon est pour le moins insultant pour les citoyens de ce pays et pour le militant des droits humains que je suis. En effet, le VP de l’UDC Vaud y manifeste sans détour son mépris profond à l’égard :

  1. Des manifestants de Morges
  2. De la conseillère communale verte Mathilde Marendaz
  3. De la juriste d’Unia et ancienne conseillère communale socialiste (qu’il ne nomme pas «en l’absence de fonction politique actuelle») l
  4. Des personnalités publiques (politiques et médiatiques), lorsque « celles-ci exploitent les drames qui ont eu lieu aux Etats-Unis pour justifier leurs actions politiques »

Puant. Nauséabond. No comment. Mon parti, (le PSV), n’a pas besoin de surfer sur le malheur des autres pour exister. Jusqu’à preuve du contraire, la liberté de manifester est un droit fondamental que la constitution suisse accorde à ses citoyens.

Pour en revenir à l’affaire proprement dite, les obsèques du défunt ont eu lieu ce weekend dans la plus grande dignité. Paix à son âme. Sa famille n’a pas souhaité s’exprimer pour l’instant. Plusieurs proches de la famille ainsi que des militants associatifs étaient présents. La colère et l’incompréhension étaient lisibles sur les visages des uns et des autres. À la justice de faire son travail et de situer les responsabilités. Selon le procureur général chargé de l’enquête, « l’impartialité de l’enquête sera garantie, malgré le fait que des policiers enquêtent sur des policiers ». On attend de voir.

De ma position de Président de la Commission sociale du Parti socialiste vaudois, je milite en faveur de plus de justice sociale dans ce pays, et dans mon canton plus particulièrement. Je ne méprise pas mes opposants, et encore moins mes contradicteurs. J’ai du respect pour eux. Je suis prêt à les entendre et à respecter leurs droits, y compris celui de manifester.

Génocides et crimes en Afrique. La France et l’Allemagne font leur coming out. Qu’en sera-t-il de la Suisse?

Hier, 27 mai 2021, le président français Emmanuel Macron, en visite de 48 heures au Rwanda, reconnaissait officiellement les lourdes responsabilités de son pays dans le massacre des Tutsis en 1994. Aujourd’hui, 28 mai 2021, c’est au tour de l’Allemagne d’emboîter le pas à la France en reconnaissant à son tour son rôle funeste dans le massacre de plus de 60 000 victimes namibiennes issues des tribus Herero et Nama.

Environ 800 000 victimes entre avril et juillet 1994 au Rwanda, 60 à 80 000 entre 1884 et 1915 en Namibie, tels sont les chiffres officiels des génocides survenus respectivement dans ces 2 pays africains avec une large part de responsabilités de la France et de l’Allemagne. Le président français a même qualifié « d’accablante » la responsabilité de la France dans le génocide rwandais.

En visite officielle hier au Rwanda pour 48 heures, le président Macron a déclaré en substance : «  Je suis venu reconnaître les responsabilités de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda ». Et de préciser «La France n’a pas été complice, mais elle a fait trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité. » Au final, « seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner » a-t-il ajouté. Ce discours fort du chef d’état français a été très bien accueilli par le président Kagamé et par le peuple rwandais en général, car il vient jeter les bases d’une nouvelle coopération fructueuse entre les 2 pays. En marge de sa visite et de cette reconnaissance, le président Macron a inauguré un centre culturel francophone au Rwanda et a annoncé la nomination d’un ambassadeur à Kigali. Pour rappel, les relations entre la France et le Rwanda ont été très tendues depuis le génocide de 1994, ce qui a conduit le Rwanda à s’éloigner de la Francophonie, et donc de la France. Conséquence directe de cette tension, en 1996, l’anglais devient une langue officielle du Rwanda et est introduit en 2010 dans les écoles et dans les universités du pays. Plus tard, en 2015, Kigali va même plus loin en exprimant son refus d’accréditer un nouvel ambassadeur de la France sur son sol. La visite de Macron à Kigali a révélé quelque chose d’autre que les Rwandais et les Africains en général ont bien magnifié. On se rappelle que lors de la visite du président Kagamé à Paris il y a une dizaine de jours, celui-ci avait eu « l’honneur » d’être accueilli à son arrivée par un des ministres de Macron et non par le président lui-même.

Pour lui rendre pareille, le président Kagamé a dépêché hier un de ses ministres également pour accueillir à l’aéroport international de Kigali un président français qui a très bien saisi le message que voulait lui transmettre son homologue rwandais. Désormais, plus rien ne sera comme avant. Le Rwanda entend bien traiter d’égal à égal avec l’ancienne puissance coloniale, sans que cela ne choque personne. Par ce geste, le président Kagamé a gagné en estime auprès de sa population qui, visiblement, n’attendait pas moins qu’une mesure de réciprocité vis-à-vis du président français. Le message est, semble-t-il, bien passé.

Après la France hier, l’Allemagne reconnaissait à son tour, aujourd’hui 28 mai, sa responsabilité dans le génocide namibien contre certaines des tribus de ce pays, notamment les Hereros et les Namas. Cette reconnaissance peut être qualifiée d’historique, car c’est la toute première fois que cette ancienne puissance coloniale exprimait officiellement son implication dans ce génocide qui a fait environ 80 000 victimes, si ce n’est plus, entre 1884 et 1915. Son ministre des Affaires étrangères Heiko Maas a déclaré : « A la lumière de la responsabilité historique et morale de l’Allemagne, nous allons demander pardon à la Namibie et aux descendants des victimes”. Le Ministre allemand a ajouté que son pays financera des projets de développement en Namibie à hauteur de 1 milliard 130 millions d’euros sur 30 ans. Histoire de réparer ce qu’il est possible de l’être, même si le terme de réparation n’est pas utilisé par les autorités allemandes.

D’une manière générale, ces reconnaissances renvoient à la responsabilité historique de plusieurs pays européens dans ce qu’il est convenu d’appeler un devoir de mémoire vis-à-vis du continent africain. Mis à part les génocides précités, des pays comme la Belgique et la Suisse ont joué un rôle important dans la maltraitance de ressortissants africains à un moment donné de leur histoire.

La Suisse, même si elle n’a pas eu des colonies africaines, doit tout de même se poser la question sur la participation de quelques-uns de ses citoyens au commerce triangulaire. Parmi eux, chose méconnue du grand public, on peut citer d’influents hommes de la finance qui se sont bien enrichis à travers des déportations honteuses d’Africains vers les Amériques. L’historien suisse Christophe Vuilleumier rappelle :

“Onze millions de personnes ont été déportées entre le 18e et 19e siècle d’Afrique vers les Amériques. Sur ce commerce-là, les financiers suisses ont joué un rôle estimé à environ 1,5%. On est à 165’000 personnes déportées avec des intérêts helvétiques”, explique t-il.

Suffisant pour que des voix s’élèvent en Suisse pour réclamer, par exemple le déboulonnement de la statue de David de Pury qui se trouve au cœur de la ville de Neuchâtel. Celui-ci, faut-il le rappeler, s’est largement enrichi grâce à ce commerce triangulaire et aux déportations d’Africains, originaires notamment du Mozambique et de l’Angola, entre autres, vers les Amériques. Ce débat en Suisse reste loin d’être clos, car l’enseignement du passé colonial de la Suisse n’est toujours pas obligatoire à l’école. Le sera-t-il un jour ?

C’est aussi le cas en Belgique, dont les écoliers ignorent tout ou presque du passé colonial de leur pays. Et pour cause. L’histoire coloniale de ce pays est pointée du doigt par de nombreuses organisations et militants des droits de l’Homme. Un roi belge, Léopold II en l’occurrence, est carrément cité par certaines associations comme génocidaire pour avoir exterminé, selon certaines sources, quelques 10 millions de Congolais.

Dans la même logique que le français Macron et l’allemand Heiko Maas, le roi Philippe de Belgique a exprimé le 30 juin 2020, à l’occasion des 60 ans de l’indépendance du Congo, ses « plus profonds regrets » pour les « souffrances » infligées aux Congolais durant la colonisation. Jamais avant cette déclaration du souverain belge, une quelconque autorité belge de ce niveau, n’avait dénoncé aussi ouvertement le massacre commis par la Belgique au Congo. Cela fait 3 pays européens qui ont eu le courage, ou la sagesse, de reconnaitre presque simultanément les souffrances qu’ils ont fait subir à leurs anciennes colonies. En attendant les autres.

Une chose est sûre. Une nouvelle ère des relations entre l’Afrique et les pays occidentaux qui l’ont pillée, colonisée, maltraitée, est en train de s’ouvrir. A l’instar du président Kagamé, les Africains, d’où qu’ils soient, ont ouvert les yeux et les oreilles. Il sera désormais difficile de les empêcher de réfléchir, de penser par eux-mêmes et de réclamer leurs droits. Quoi qu’il en coûte.

Crédit photo : Ludovic Marin (AFP)

25 mai, Journée mondiale de l’Afrique

L’Afrique célèbre le 25 mai sa journée mondiale en souvenir du congrès fondateur de ce qui était à l’époque l’Organisation de l’Union Africaine, devenue depuis  le 9 juillet 2002, à Durban en Afrique du Sud, l’Union Africaine. Seulement quelques initiés se souviennent de cette date. En effet, embourbée dans d’innombrables difficultés de toutes sortes, l’Afrique doit faire face à de nombreux défis pour assurer son développement. L’Union Africaine a-t-elle les moyens de remplir cette mission et de faire de cette Journée une fête, une Journée de l’espoir ?

C’est à Addis-Abeba, en Éthiopie, un certain 25 mai 1963 que l’Organisation de l’Union africaine (OUA), voyait le jour pour « rapprocher les peuples africains, raffermir leur foi en l’intégration et populariser l’idéal d’union du continent ».

Au lendemain de l’indépendance de 32 pays du continent au début des années 1960, on se rappelle que l’Organisation de l’Union Africaine naissait dans des conditions difficiles, mais avec la ferme volonté de faire de l’Organisation un espace d’échanges, de solidarité et de défense des intérêts du continent face aux puissances coloniales qui n’étaient pas encore disposés à libérer les autres pays africains qui étaient encore sous leur emprise. L’objectif de ces puissances était clairement de faire main basse sur les innombrables richesses du continent et de piller celles-ci le maximum possible.

Quelques dirigeants africains, visionnaires pour certains d’entre eux, avaient réfléchi, bien avant l’indépendance de leurs pays, à l’idée d’une confédération des états africains, un peu à l’image de ce que sont les états unis d’Amérique.

Sur invitation du leader du Ghana, Kwame Nkrumah, le Premier congrès des États africains indépendants se tint à Accra en 1958, dans le but de créer une « Journée de la liberté africaine », avec une très faible présence des dirigeants africains de l’époque. N’empêche, l’idée avait mûri dans la tête de certains leaders africains et rien ni personne ne pouvait freiner leur envie de lutter pour l’indépendance de leurs pays. C’est ainsi que, lors de ce congrès, le 25 mai a été retenu pour «marquer chaque année les progrès en cours dans le mouvement de libération et symboliser la détermination des peuples d’Afrique à se libérer de la domination étrangère et de l’exploitation, principalement européenne ».

Outre Kwame Krumah,les grands leaders africains de l’époque étaient Sylvanus Olympio du Togo, Modibo Keita (du Mali), Sékou Touré (de Guinée), Barthélemy Boganda (république centrafricaine), Houphouët Boigny (Côte d’Ivoire), Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Mohamed V (Maroc), Sékou Touré (Guinée), Ahmed Ben Bella (Algérie), Patrice Lumumba (Zaïre) et bien plus tard il y aura le colonel Mouammar Kadhafi (Libye), Thomas Sankara (Burkina faso) et bien sûr Nelson Mandela (Afrique du Sud).

Aujourd’hui tous décédés, l’Afrique leur doit beaucoup, tant ils ont eu le courage et la clairvoyance de se battre pour l’indépendance de leurs pays et d’avoir permis à leurs successeurs de mettre sur pied le projet d’unification de l’Afrique.

Plus de soixante ans plus tard, que peut-on retenir de l’œuvre des congressistes d’Accra ? l’Union Africaine a-t-elle réussi sa mission ? La question mérite qu’on s’y penche.

Vu les nombreuses crises politiques et sociales traversées par bien des pays du continent, et qui restent à ce jour non résolues, en plus d’une très mauvaise gestion de ses nombreuses richesses, on serait tenté de dire que l’Union Africaine a beaucoup de peine à jouer un des rôles qui est normalement le sien, à savoir la résolution de conflits et l’instauration d’une paix durable sur le continent.

Le 18 mai dernier, à l’initiative de la France, s’est tenu à Paris un sommet pour sortir l’Afrique de la crise économique en la soulageant de sa dette. En effet, jamais l’Afrique n’a été autant endettée que durant ces 20 dernières années. Selon le Fonds monétaire international, sur les 54 pays que compte le continent, un bon tiers est ou surendettée ou sur le point de rejoindre ce camp peu glorieux des pays asphyxiés par des dettes qui ne cessent de prendre l’ascenseur. Plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement africains et d’organisations internationales étaient invités à Paris. Et l’Union Africaine dans tout ça ? A-t-elle vraiment les moyens de venir en aide à ses membres dans la tourmente économique, sociale ou politique ? Nombre de spécialistes en doutent. À tort ou à raison. Entre des transmissions de pouvoir de père à fils (comme au Tchad dernièrement), et des coups d’état militaires (comme au mali il y a 9 mois), l’Organisation panafricaine peine à se faire entendre. Clin d’œil du sort, au même moment où quelques pays africains célébraient hier, mardi 25 mai, cette Journée, on apprenait qu’au Mali, un nouveau coup de force venait d’être perpétré par l’armée. L’Union africaine saura-t-elle user de son (apparente ?) influence pour garantir le retour à l’ordre constitutionnel dans ce pays ravagé par une grande instabilité politico-religieuse depuis plusieurs années ?

Rien n’est moins évident, selon beaucoup de connaisseurs du continent. Cependant de là à dire que l’UA n’a plus de raison d’être et que sa Journée mondiale n’a plus de sens à cause de l’incurie de ses dirigeants, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’oseraient pas franchir. Car, un peu partout sur le continent, une jeunesse de plus en plus éveillée, une société civile de plus en plus active, une diaspora très concernée par le devenir de son continent, l’émergence de quelques nouveaux leaders politiques qui se reconnaissent dans l’idée des pères fondateurs de l’Union Africaine, tentent de transformer l’essai. Cela prendra certainement du temps. Mais nous devons croire en la capacité des Africains à ’être résilients, à faire face à l’adversité. Malgré son histoire, parsemée de violentes secousses, l’Afrique est encore debout. Pas sûr que d’autres continents le seraient encore s’ils avaient connu les mêmes turbulences que l’Afrique à traversées. Continuons à célébrer le 25 mai. Bonne fête à tous les Africains et à tous les amoureux du continent du futur.

Classement mondial de la bonne gouvernance : Le Rwanda en tête des pays africains

Singapour a lancé le 26 avril 2021 l’Indice Chandler Good Government (CGGI) dont l’objectif est de dresser un classement concernant plus de 100 pays en termes de bonne gouvernance. Sans surprise, les pays occidentaux trustent les premières places. Aucun pays africain ne figure dans le Top 20, ce qui ne veut pas dire que des progrès ne sont pas à signaler sur le continent. Un pays comme le Rwanda, par exemple, figure à une honorable 53 ème place, ce qui en fait le meilleur représentant du continent.

Dans un rapport paru en 1992 et intitulé “Gouvernance et développement”, la Banque mondiale définit la bonne gouvernance comme « étant la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources nationales économiques et sociales consacrées au développement ». La bonne gouvernance présente les avantages d’être au coeur du développement durable et de la réduction de la pauvreté, tout en renforçant les facteurs de production tels que la main-d’oeuvre et le capital, et en accroît la productivité.

L’Afrique est un continent particulièrement touché par sa mauvaise gouvernance en général, ce qui constitue un frein à son développement. Confronté à la pauvreté, à un niveau de santé des plus bas, à des carences en éducation, à de la corruption et à des tensions sociales sources d’instabilité, le continent doit incontestablement faire des progrès en matière de bonne gouvernance.  Selon ce classement basé sur plus de 50 sources de données, la Finlande est le premier pays au monde en termes de gouvernance. L’indice se concentre sur sept piliers, à savoir, le leadership et la prospective; la robustesse des lois et des politiques publiques, la solidité des institutions, la gestion financière, l’attractivité du marché, l’influence et la réputation mondiale. L’indice utilise une méthodologie rigoureuse élaborée en consultation avec des praticiens du gouvernement, des dirigeants, des experts de l’indice et des chercheurs en gouvernance.

Au niveau mondial, la Finlande est donc le premier pays en termes de gouvernance. Le top 20 est dominé par l’Europe et l’Amérique à l’exception de l’Australie et du Japon. Derrière la Finlande, la Suisse (2ème) et Singapour (3ème) complètent le podium. Au niveau africain, le Rwanda sort son épingle du jeu, classé leader en Afrique et 53ème au classement mondial, suivi du Botswana (56), du Maroc (61e), de l’Afrique du Sud (70e), du Sénégal (71), du Ghana (72), de l’Egypte (73e), de la Tunisie (75e), de la Namibie (76e), Kenya (81e), Tanzanie (83e), Ouganda (84e), Malawi (90e), Ethiopie (93e), Algérie (94e), Zambie (95e), Burkina Faso (96e), Madagascar (98 e), Mali (100 e), Mozambique (101), Nigeria (102), Zimbabwe (103). Aucun pays de l’Afrique centrale ne figure sur ce classement dont la lanterne rouge est un pays latino-américain, le Venezuela en l’occurrence.

Selon Richard F. Chandler, fondateur du Chandler Institute of Governance, « les pays bien gouvernés attirent les capitaux et les talents, ce qui favorise l’innovation sur le marché, conduisant à des entreprises fortes et à des économies dynamiques. Cela permet à son tour un plus grand investissement dans les services publics, créant un cercle vertueux ». Quant à Wu Wei Neng, directeur exécutif du Chandler Institute of Governance, il déclare : «Nous avons conçu l’indice comme un moyen de mesurer un bon gouvernement qui est pratique, pertinent et axé sur les capacités. Des milliards de dollars de financement du développement ont été décaissés, mais relativement peu se sont concentrés sur le renforcement des capacités des gouvernements. Les capacités sont essentielles aux résultats qui comptent. Le monde doit investir dans des gouvernements plus compétents et plus fiables. ».

Pour rappel, le Chandler Institute of Governance (CIG) est une organisation internationale à but non lucratif, dont le siège est à Singapour. Il n’est affilié à aucun gouvernement et propose son aide aux  gouvernements qui souhaitent développer leurs talents, leadership et capacités de service public à travers des programmes de formation, d’initiatives de recherche et de travaux de conseil.

Concernant le Rwanda, il faut signaler que ce pays ambitionne de devenir une économie à revenu intermédiaire à l’horizon 2035 et à rejoindre les pays à revenu élevé en 2050. A son actif, on peut citer des réformes qui lui ont permis de mettre en place deux stratégies de développement économique et de réduction de la pauvreté de 2008 à 2018 avec d’excellents résultats économiques et sociaux. La croissance du pays était de 7,2 % en moyenne durant la dernière décennie alors que le PIB par habitant progressait de 5 % par an. Cependant, il est probable que les effets néfastes du Covid 19 viennent freiner cette progression, comme pour l’ensemble des pays du continent. À voir comment les dirigeants africains, d’une manière générale, vont gérer cette crise. Une chose est sûre. Ils devront améliorer leurs stratégies de bonne gouvernance pour propulser plus de pays africains dans le Top 100 des nations les mieux gouvernées. 

Élections communales vaudoises 2021 : A qui ira le vote des étrangers ?

Dans un peu plus d’un mois, les Vaudois iront aux urnes pour élire leurs représentants pour les cinq prochaines années. Ces élections, qui vont se dérouler dans un contexte très particulier, vont permettre de redistribuer les cartes aussi bien au sein des législatifs que des exécutifs des communes vaudoises. Elles auront la particularité de permettre à environ 20 % du corps électoral, soit 90 000 étrangers, au sens administratif du terme, de pouvoir voter mais aussi de se faire élire moyennant certaines conditions. Dans une commune comme Lausanne, ils pourront même jouer un rôle décisif.

Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution vaudoise du 14 avril 2003, les étrangers peuvent voter et candidater sur le plan communal s’ils sont au bénéfice d’un permis de séjour en Suisse depuis dix ans et s’ils résident dans le canton de Vaud depuis trois ans, pour autant qu’ils soient âgés d’au moins 18 ans révolus. La capitale vaudoise concentre la plupart des étrangers sur son territoire. Avec ses 160 nationalités qui cohabitent de manière plutôt réussie, Lausanne a, depuis quelques législatures, fait preuve d’ouverture et de tolérance vis-à-vis des personnes venant d’ailleurs. N’est-ce pas d’ailleurs à Lausanne que le premier bureau d’intégration des immigrés de Suisse a vu le jour en 1971 ? Curieusement, c’est aussi cette année là que les femmes obtinrent le droit de vote en Suisse.

Ce qui n’était pas possible avant 2003 est devenu, aujourd’hui, une réalité que bien des lausannois d’origine étrangère comptent rappeler le 7 mars prochain pour faire pencher la balance du côté de celles et ceux qui se positionneront le plus en faveur de davantage de justice sociale, de lutte contre l’exclusion et les inégalités de toutes sortes. Quelques thèmes, parmi d’autres, bien chers à cette communauté qui a longtemps eu l’impression de devoir prouver, plutôt deux fois qu’une, plus que les citoyens au passeport à la croix blanche, qu’elle méritait un autre regard que celui porté sur elle par les tenants d’une Suisse fermée sur elle-même. Pour preuve, au début de l’été 2020, le mouvement Black Lives Matter nous a rappelé, à suffisance, que la population lausannoise, toutes couleurs confondues, a soif de justice sociale. Tout comme le reste du pays d’ailleurs, qui s’était grandement mobilisée pour rejeter les discriminations envers ceux qu’on appelle désormais fièrement les Afro-suisses. Pour une fois, il n’y avait point de Röstigraben. L’indignation était de mise des deux côtés de la Sarine.

Dirigée jusqu’ici par une majorité de gauche, grâce à la magie d’une alliance réussie entre socialistes et d’autres partis de gauche, la course à la municipalité de Lausanne sera âprement disputée du fait du choix des Verts de se retirer de cette alliance. Ce qui fait que le PS et le POP devront composer sans leurs alliés d’hier pour rester au pouvoir. C’est dans cette configuration que le vote des étrangers pourrait peser bien plus lourd que ce que l’on croit. Passée du simple au double en 40 ans, la population étrangère de Lausanne est globalement bien intégrée dans cette ville qui abrite de grandes écoles et de nombreuses fédérations sportives internationales où les étrangers sont plutôt perçus comme une valeur ajoutée, ce qui est à mettre au crédit de la politique lausannoise en matière d’intégration. Mais aussi à celui de l’engagement de la société civile locale.

Actif depuis plus de 25 ans dans le domaine de l’intégration des populations étrangères en Suisse, d’origine africaine en particulier, j’ai pu observer la trajectoire, pas toujours rectiligne, de ces communautés établies dans le canton de Vaud et particulièrement dans la région lausannoise. En effet, si certaines d’entre elles, ont réussi à s’intégrer relativement facilement du fait qu’elles ont en partage avec la société lausannoise l’usage de la langue française, d’autres ressortissants, originaires d’Afrique anglophone, lusophone ou arabophone, ont eu plus de mal à s’intégrer dans la société de leur pays d’accueil.

Aujourd’hui, la Suisse compte à peu près quelques 120 000 personnes d’ascendance africaine sur son sol, dont environ 24 000 dans le seul canton de Vaud. L’écrasante majorité d’entre elles est naturellement très bien intégrée, à tel point qu’elle compte user de ce “nouveau” droit pour faire entendre sa voix. En jetant un oeil sur les différentes listes en course, je me suis aperçu que, d’une manière presque naturelle, plusieurs candidats d’ascendance africaine, toutes générations confondues, hommes et femmes, figurent sur certaines listes, qu’elles soient de gauche ou du centre, rarement de droite.

Cette prise de conscience citoyenne est le résultat d’un travail qui ne date pas d’aujourd’hui, car les associations africaines, en collaboration avec des partenaires tels que que le BLI (Bureau lausannois pour les immigrés) et le BCI (Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et de prévention du racisme), se mobilisent depuis de nombreuses années à Lausanne et dans le reste du canton pour permettre cette évolution. La participation citoyenne des étrangers est une nécessité pour la société lausannoise qui est de plus en plus multiculturelle. L’association CIPINA, www.cipina.org, que je préside et qui est reconnue par des organisations internationales telles que l’ONU (Organisation des Nations-Unies) et l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), entre autres, a fait plusieurs campagnes de sensibilisation à cet éveil citoyen de la communauté Afrodescendante du pays de Vaud qui fait partie des 90 000 personnes de nationalité étrangère qui peuvent voter et se faire élire également. Notre association continuera à promouvoir les droits civiques des quelques 24 000 Afrodescendants du canton de Vaud.

Cependant, d’une manière générale, dans notre pays, le taux de participation des étrangers à des élections est en moyenne de 10% inférieur à celui des Suisses. Lausanne et les autres communes vaudoises n’échappent pas à cette règle. Cette différence n’est pas due à un défaut d’intégration des étrangers, comme on pourrait le penser. Plusieurs autres facteurs, tels que le niveau de formation des étrangers et leurs revenus qui sont plus bas que la moyenne suisse, expliquent ce désintérêt à la chose politique. Pour ce qui est des Afrodescendants, le fait également qu’ils aient très peu ou pas de représentants dans les exécutifs communaux et cantonaux est aussi un facteur de découragement. Beaucoup d’entre eux ont un sentiment de résignation, convaincus qu’ils sont par le fait que participer à la vie politique ne va pas profondément changer leur situation, leur statut de laissés pour compte, de citoyens de seconde zone. La donne pourrait cependant changer lors des élections du 7 mars prochain où l’on peut être en droit de s’attendre à une amélioration du taux de participation des étrangers, si l’on s’en réfère à la forte implication des candidats d’origine africaine. Ces derniers, avec des parcours solides et des profils riches et variés, sont en effet très présents sur les plateformes digitales qui demeurent, par les temps qui courent, une arme essentielle pour convaincre les électeurs. A condition que ceux-ci usent massivement de leur droit de vote.

En ce qui me concerne et à titre personnel, je voterai et ferai voter socialiste à Lausanne pour les listes 1 (pour la municipalité) et 5 (pour le conseil communal) et appellerai à faire voter toutes les listes socialistes avec ses affiliés, le cas échéant, dans les autres communes de notre canton. A noter que Le PS est le seul parti à faire figurer sur ses listes des candidats d’origine africaine à la municipalité de quelques communes vaudoises, démontrant ainsi son attachement à la diversité. Ce fait unique mérite d’être souligné.

Black Friday versus Vendredi Fou, quel choix ?

Chaque année, le dernier vendredi du mois de novembre donne lieu à une ruée effrénée sur les magasins pour faire de bonnes affaires en profitant de rabais intéressants sur différents produits. Parti des États Unis, ce qu’on appelle le « Black Friday » est aussi devenu un rendez-vous incontournable en Afrique et en Europe. En Suisse, le mouvement connait également un réel engouement et s’apprête à connaître un important afflux des consommateurs dès ce vendredi 27 novembre. Mais plusieurs versions s’affrontent sur l’origine de ce nom qu’une rumeur associe à l’esclavage.

Le Black Friday est généralement connu comme le jour de l’année où les commerces baissent leurs prix pour inciter les clients à dépenser sans compter. Comme l’indique son nom, c’est un vendredi, noir paraît-il, que ces très bonnes affaires se font. Mais pourquoi alors l’adjectif noir est associé au substantif vendredi ? Les versions sont nombreuses et ne semblent guère mettre d’accord leurs auteurs. Selon l’une d’elles, il faut remonter en 1951 pour trouver trace de cette tradition commerciale qui apparaît pour désigner l’ennui pour les patrons américains de voir tous leurs employés se porter malades, ou en tout cas pâles, pour faire le pont entre Thanksgiving (fête traditionnelle américaine, qui couronne l’action de grâce de Dieu envers les humains) et le week-end. Une autre version voudrait que le concept soit né à Philadelphie en 1961 suite aux monstres embouteillages causés par les automobilistes qui allaient rendre visite au Père Noël et en profiter pour entamer leurs achats pour les fêtes de fin d’année. Une autre source soutiendrait que le concept vienne de la volonté des commerçants qui faisaient peu de chiffres d’affaires de profiter de la période de Noël pour augmenter leurs revenus, imposant par la même occasion le noir à leurs affaires qui devenaient florissantes par opposition au rouge, symbole de pertes financières.

Jusque là toutes ces versions ne semblaient guère susciter d’interrogations jusqu’à ce qu’une rumeur, parue dans la presse en 2017, fasse état du lien entre ce concept et la traite des Noirs. Selon cette rumeur, « le phénomène remonterait aux ventes d’esclaves noirs qui se tenaient jadis, en fin de semaine, sur la place publique».

Cette rumeur trouve de plus en plus de supporters dans certains milieux d’afro descendants qui croient dur comme fer que les « esclaves étaient bradés sur le marché de la place publique.» Comme pour l’affaire Georges Floyd sur les réseaux sociaux, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Afrique, la rumeur s’étend de plus en plus, à tel point que ses tenants parlent du « Original Black Friday», pour illustrer des images qui montrent des Noirs en vente aux Etats-Unis. Cet « original Black Friday » divise et fait sans aucun doute réfléchir nos sociétés de consommation qui se ruent dans les magasins à la recherche d’une bonne affaire. Il est vrai que, en ces temps de crise sanitaire non sans conséquences sur les bourses des uns et des autres, les consommateurs ne rechigneront pas à profiter de ces soldes pour des raisons purement financières.

En Afrique, le groupe Jumia travaille beaucoup à la promotion de ce concept désormais présent dans une trentaine de pays africains, depuis 2014. Ce géant du e-commerce en Afrique propose chaque année des soldes géantes avec des rabais pouvant aller jusqu’à 80 %. Malgré cette présence de plus en plus marquée sur le continent, beaucoup d’Africains se posent sérieusement la question sur la pertinence de l’utilisation du terme noir dans ce contexte si particulier de tensions raciales aux Etats -unis, En Europe, au Brésil et ailleurs.

En effet, quelles que soient les versions avancées par les uns et par les autres, la plupart des spécialistes affirment que l’expression reste liée à du négatif. D’ailleurs dans les années 1970 aux USA, les commerçants ont essayé de rebaptiser le Black Friday en Big Friday.

Mais vu la place qu’occupait déjà cette expression Outre-Atlantique, la tentative a rencontré peu de succès. Au contraire, elle a même gagné du terrain sur les autres continents au point qu’il sera difficile qu’elle disparaisse de notre vocabulaire durant les prochaines années. Ce qui n’empêchera sûrement pas certains mouvements de défense des droits des Noirs de continuer à faire des recherches approfondies sur la question et de militer pour l’abandon de cette expression. D’ailleurs au Québec, on utilise plutôt la terminologie «Vendredi Fou». Je trouve personnellement cette expression bien plus heureuse que “Vendredi Noir“. Qu’en sera-t-il en Suisse ? en France et ailleurs ? Sommes nous obligés d’importer des USA cette expression de « Black Friday » si controversée ?

En toute logique, l’utilisation d’une expression moins connotée pour ce grand rendez-vous des « bonnes affaires » pourrait mettre tout le monde d’accord. D’autant plus qu’il profite finalement à tout un chacun. Mais, c’est bien connu « l’argent n’a pas d’odeur » et sans doute pas de couleur non plus.

Multinationales occidentales en Afrique ou la prédation au détriment de l’éthique

La Suisse vote ce 29 novembre 2020 pour juger sur son sol les entreprises voyous qui violent les droits des enfants dans certains pays du Sud, principalement d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. En effet, plusieurs multinationales très connues, dont le siège est en Suisse, opèrent dans ces régions dans des activités controversées, engrangeant au passage des bénéfices considérables au mépris de la protection des enfants et de l’environnement de ces pays. Quelles seront les conséquences de ce vote sur l’Afrique qui compte 80 millions d’enfants obligés de travailler sur un total de 152 millions répertoriés dans le monde ? Partisans et opposants à cette initiative dite des multinationales responsables avancent leurs arguments sur fond d’une crise qui pourrait bien laisser des traces sur le plan politique, non seulement en Suisse, mais aussi au Burkina Faso.

Les chiffres fournis par les Nations-Unies sur le travail des enfants font froid dans le dos, à tel point que l’institution semble décidée à mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025. Ce ne sera pas une tâche facile, notamment en Afrique, où certaines multinationales peu scrupuleuses usent de leur toute puissance et influence pour faire régner leurs lois.

L’Afrique, il faut le rappeler, est le continent le plus touché par le travail des enfants, car plus de 40 % d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont sollicités, qui pour travailler dans des mines, qui dans des champs de coton, qui dans l’orpaillage, sans oublier les travaux domestiques, entre autres. Ce pourcentage, le plus élevé au monde, représente plus de 80 millions d’enfants sur qui l’Afrique ne pourra guère compter pour rattraper son énorme retard en matière de développement. Si rien n’est fait, ce chiffre devrait dépasser les 100 millions à la fin de l’année 2020. Pratiquement toute l’Afrique est touchée par le phénomène. C’est le Nigéria, pays le plus peuplé du continent africain, qui arrive en tête de ce triste classement, avec 12 millions d’enfants au travail, selon l’UNICEF. En Afrique du Sud, 400 000 enfants pauvres, issus des bidonvilles, ont été recensés dans des vergers, tandis qu’en Egypte on compte entre 500 000 et 1 million d’enfants qui travaillent dans des champs de jasmin, environ 10 000 au Maroc dans la fabrication de tapis, d’articles de cuirs, dans la poterie, etc. Le domaine de l’agriculture est également très concerné par le travail des enfants, par exemple dans les plantations de vanille à Madagascar et de cacaoyers en Côte d’Ivoire qui exploite jusqu’à 600 000 enfants.

Dans une étude sur le travail agricole publiée par des chercheurs au Cameroun, au Ghana, au Nigéria et en Côte d’Ivoire, il a été prouvé que des enfants, souvent très jeunes, étaient employés à des tâches qui mettaient en danger leur santé, voire leur vie, à travers la pulvérisation d’insecticides et le débroussaillage à l’aide de machettes, par exemple. L’étude a été réalisée avec la collaboration de l’USAID, du ministère américain du travail, de l’industrie chocolatière, du Programme international sur l’élimination du travail des enfants (IPEC), de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de gouvernements d’Afrique occidentale.

Le secteur agricole n’est, de loin, pas le seul à être en cause dans le travail des enfants. En effet, celui des mines, attire particulièrement l’attention des ONG et organisations de protection des droits des enfants. Plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire et ses mines d’or, le Zimbabwe et ses mines de chrome et la République Démocratique du Congo avec ses gisements de diamants et de coltan font l’objet de condamnations par ces ONG.

Après ce bref état des lieux de la situation dans certains pays d’Afrique, nous nous attarderons un peu plus sur le cas du Burkina Faso. Dans ce pays, des enfants à peine âgés de 8 ans passent leurs journées à creuser dans des mines d’or, se retrouvant dans des puits profonds de 60 mètres de profondeur, prenant ainsi des risques incommensurables.

Si nous nous intéressons précisément à ce pays, c’est qu’une polémique a été créée par la récente visite en Suisse de son ministre du commerce, M. Harouna Kaboré. Ce dernier, accompagné d’une parlementaire suisse au rôle pour le moins trouble dans ses rapports avec le gouvernement du Burkina Faso, s’est fendu d’un discours qui contredit une réalité pourtant constatée par plusieurs ONG, organisations des droits de l’homme et par l’OIT. Ce faisant, il s’oppose donc, tout comme la parlementaire suisse, Madame Isabelle Chevalley, à l’initiative qui vise à poursuivre en Suisse les multinationales dont le siège est en Suisse et qui favorisent le travail des enfants au Burkina Faso. A Berne, le ministre Harouna Kaboré, a déclaré en substance que « Au Burkina Faso, les formes les plus graves de travail infantile n’existent pas. Je suis moi-même producteur de coton et je peux vous affirmer que le travail des enfants n’est pas possible dans les champs de coton. »

Suite à ces propos, des organisations de la société civile du Burkina Faso et d’Afrique ont dénoncé les « déclarations irresponsables » du ministre qui est allé « à contresens des engagements internationaux de son propre pays en matière de protection des droits humains ». Voici, à ce propos, un large extrait du communiqué de deux d’entre elles bien connues au Burkina Faso et en Afrique. «Le CERDE et ACCA tiennent à rappeler l’évidence que représentent les méfaits de l’activité de  certaines multinationales sur les droits humains et l’environnement. C’est le lieu de rappeler que  dans le contexte du boom minier que connait le Burkina, l’activité extractive a suscité une série de problèmes liées au respect de l’environnement, à la (sur)vie des communautés locales ainsi  qu’au respect des droits des travailleurs. Cela a occasionné ces dernières années des tensions et  incidents malheureux entre communautés locales et entreprises minières. Ces problèmes ont été  pointés du doigt par la société civile burkinabé à maintes reprises, y compris lors de l’examen périodique universel dans le cadre des Nations Unies. Le CERDE et ACCA saluent l’engagement des autorités Burkinabé à protéger les droits des citoyens et souhaitent que cet engagement soit traduit de manière forte dans les faits. Considérant que la sortie malheureuse du ministre Harouna Kaboré ne constitue en aucun cas la position officielle du Burkina sur cette question, nos deux organisations encouragent le  gouvernement à communiquer pour rassurer la société civile et les populations burkinabé désireuses de plus de progrès, de justice sociale et davantage de responsabilité dans l’activité des acteurs économiques privés.»

A travers cette déclaration commune on ne peut plus limpide, le CERDE et ACCA condamnent sans réserve l’attitude du  ministre Burkinabé. Selon les 2 organisations, le ministre s’est discrédité en allant contre les positions officielles de son pays qui s’est positionné en faveur du respect par les  multinationales des droits humains et de l’environnement. Cette sortie constitue également une remise en cause des engagements internationaux du Burkina. Cette sortie malheureuse, selon ces organisations «affecte ainsi l’image et la respectabilité internationale du pays. »

Pour rappel, le Centre d’Études et de Recherches sur le Droit de l’Environnement (CERDE) est une association  de Droit Burkinabé spécialisée sur les questions environnementales. Quant à l’African Coalition for Corporate Accountability (ACCA), il s’agit de la plus grande coalition de la société civile  africaine qui regroupe plus de 130 organisations intervenant sur les sujets relatifs aux entreprises et aux droits humains. L’ACCA est basée au Centre for Human Rights à l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud.

Au niveau suisse, plusieurs centaines d’hommes et de femmes politiques, 650 paroisses, 300 dirigeants d’entreprises, des centaines de personnalités de la société civile, 130 organisations de la société civile sont engagés pour un OUI à l’initiative. La société civile africaine en Suisse n’est pas en reste. L’Association CIPINA (Centre d’Information et de Promotion de l’Image d’une Nouvelle Afrique, www.cipina.org) a appelé les Africains de Suisse à voter en faveur de l’initiative. Le Secrétaire exécutif de l’Association des Burkinabé de Suisse (environ 1 200 personnes), M. Désiré Yirsob Dabiré, s’est également exprimé à titre personnel sur cette affaire : « Je ne partage absolument pas les propos du ministre Harouna Kaboré, plusieurs membres de la communauté burkinabé en Suisse sont de mon avis. Le travail des enfants existe bel et bien au Burkina Faso. En venant en Suisse pour affirmer le contraire, on a plutôt l’impression que c’est le ministre qui est infantilisé par les opposants à l’initiative. Le Burkina Faso a pris des mesures pour condamner fermement l’exploitation des enfants sur son territoire. Si elle est adoptée, l’initiative contribuera sans doute à renforcer la protection de ces enfants et des populations vulnérables. Concernant Mme Chevalley, il est de notoriété publique qu’elle entretient d’excellents rapports avec les autorités actuelles de mon pays. Je m’interroge toutefois sur la légalité des conditions dans lesquelles elle a pu obtenir un passeport diplomatique burkinabé, un privilège dont peu de Burkinabé bénéficient, a fortiori des non Burkinabé. Il y a là certainement matière à enquête, aussi bien en Suisse qu’au Burkina Faso “.

Au-delà de cette polémique, il est urgent que les États africains protègent leurs enfants. Pour cela, il faudrait qu’ils disposent de plus de moyens financiers. Une des solutions pour accroître leurs ressources financières serait de taxer les multinationales qui échappent à l’impôt. Selon plusieurs spécialistes, l’Afrique perd chaque année entre 30 à 60 milliards de dollars, à cause de ces multinationales irresponsables qui échappent à l’impôt. Ce montant représente plus que l’aide internationale que l’Afrique perçoit.

A la lumière de toutes ces informations, un OUI massif est recommandé pour protéger les droits des enfants en général, Africains en particulier, ainsi que notre environnement qui est un objectif transversal pour toute notre planète.