Violences policières, racisme, droits de l’homme : la communauté noire de Suisse se mobilise

Les images de l’arrestation de Georges Floyd aux USA ont fait le tour du monde, démontrant les graves violences policières dont sont victimes les Afro Américains. La colère s’est répandue partout aux USA, mais pas seulement. En Europe également, les Noirs se sentent en danger lors des contrôles de police. Qu’en est-il de la situation en Suisse ?

La communauté africaine de Suisse est estimée à environ 120 000 personnes. Elle est récente puisqu’elle a commencé à se faire connaître au milieu des années 80. Donc beaucoup plus tard que celles issues d’Europe, notamment de France, d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie qui sont beaucoup plus anciennes. C’est véritablement au début des années 90, à cause des guerres civiles au Rwanda, en Ethiopie, en Somalie, et dans d’autres pays, que le nombre d’Africains en Suisse a vraiment augmenté. Au départ, la communauté était composée de fonctionnaires internationaux, d’étudiants, d’hommes d’affaires, et plus tard, de demandeurs d’asile et de réfugiés.

Cette présence en Suisse ne s’est pas faite sans douleurs pour les primo arrivants africains. Différences culturelles, préjugés, problèmes d’intégration, et autres, ont d’abord jalonné leur parcours parsemé d’embûches. Une fois ces premières étapes franchies, difficilement, est alors arrivée la dure réalité de la lutte contre les discriminations de toutes sortes.

L’Office fédéral de la statistique a examiné en 2017 l’attitude de la population envers les Noirs : si les Suisses estiment que les personnes noires sont discriminées, ils pensent cependant que ce problème n’est pas leur priorité première. En d’autres termes, c’est aux Noirs de se débrouiller avec.

Le constat de l’Office vient quelque part conforter le rapport d’un expert onusien, d’origine africaine, qui avait osé affirmer haut et fort devant le Conseil des droits de l’homme à Genève « qu’il existe dans la société suisse des partis politiques avec une plate-forme raciste et xénophobe qui cherchent à imposer leur programme ».

Le rapporteur, Monsieur Doudou Diène, qui avait enquêté en Suisse du 9 au 13 janvier 2006, avait regretté une «résistance culturelle profonde au multiculturalisme, notamment à l’égard des étrangers d’origine non européenne. ».

Parmi ses recommandations, il avait émis le souhait de voir les autorités suisses exprimer «une volonté politique ferme pour combattre la dynamique du racisme dans la société suisse ». Il avait plaidé pour un programme national d’action contre le racisme et la xénophobie.

Le Conseil fédéral n’avait pas tardé à réagir en indiquant que “le racisme est malheureusement aussi présent en Suisse et qu’il faut mener un combat permanent contre cette atteinte inacceptable aux droits de l’homme”. Le communiqué ajoutait que “la Confédération est consciente que des efforts supplémentaires doivent être développés aux niveaux fédéral, cantonal et communal pour sensibiliser la population”.

La Commission fédérale contre le racisme (CFR) avait aussi appelé la Confédération et les cantons à suivre les recommandations du rapport présenté par Monsieur. Doudou Diène, en arguant du fait .que l’expert de l’ONU avait mis très justement le doigt sur les points sensibles.

Pour tenter de rectifier le tir, lors d’une votation suisse organisée le 25 septembre 1994, le peuple approuvait à presque 55% l’introduction d’une norme pénale antiraciste qui était censée permettre à la Suisse d’adhérer à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Cette norme, appelée article 261 bis du Code pénal, « interdit toute discrimination raciale ayant lieu dans le domaine public. Elle rend illégal tout comportement qui rabaisse de façon implicite ou explicite une personne à cause de sa couleur de peau, de sa religion ou de son appartenance ethnique ou culturelle, de même que tout comportement qui nie son droit à l’existence. Ces comportements ne sont cependant interdits que dans la mesure où il n’existe entre les personnes concernées aucune relation personnelle ou empreinte d’une confiance particulière. »

Pourquoi donc, plus de 25 ans plus tard, le racisme d’une manière générale, anti-Noirs en particulier, continue d’être une tare de notre société ? Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme estiment que l’article ne permet pas de lutter contre la discrimination raciale qui correspond à la pratique même du racisme et à ses conséquences dans la vie de tous les jours. Les violences policières contre les Noirs existent en Suisse et les quelques plaintes pénales qui ont été déposées par les victimes n’aboutissent pas généralement pour plusieurs raisons.

Une procédure pénale contre la police en Suisse coûte cher. Elle peut être très longue, si elle va jusqu’au Tribunal fédéral, sans garantie de succès qui plus est. D’autre part, les avocats se plaignent du manque de collaboration des services d’aide aux victimes de profilage racial et de leur hésitation à prendre en charge les frais d’avocats des victimes.

Dès lors, la police suisse doit se poser les bonnes questions dans le cadre de sa mission. L’une d’entre elles, centrale, me vient à l’esprit : Quelle évaluation la police doit-elle faire avant toute intervention sur des personnes de couleur noire ? Quels sont les indices objectifs qui justifieraient son intervention ? A-t-elle bien mesuré les conséquences d’une intervention basée uniquement sur le profilage racial ?

Bien des questions auxquelles les autorités devront apporter des réponses satisfaisantes pour éviter des drames à la Georges Floyd, en Suisse. Leur responsabilité est de prévenir les comportements racistes et de sensibiliser la population aux méfaits du racisme. D’autant plus que la société suisse est de plus en plus métissée et que trois quarts des Suisses estiment que le racisme anti-Noirs est un problème. C’est dans ce contexte que plusieurs mouvements de protestation, regroupant des personnes de toutes origines, s’organisent ces jours en Suisse pour dénoncer les violences infligées aux personnes noires vivant en Suisse. No justice, no peace.

COVID-19 : L’Afrique doit elle se déconfiner de la même manière que les autres ?

Alors que plusieurs pays européens se sont lancés en ordre dispersé depuis le 4 mai dans une procédure d’assouplissement du confinement pour relancer leurs économies, tout en essayant de limiter le nombre de leurs morts qui dépasse désormais la barre des 170 000, l’Afrique, elle aussi, a commencé à procéder à un allègement des mesures de confinement de sa population. D’autant plus qu’elle est moins durement frappée par la pandémie, avec quelques 3030 décès officiellement recensés. Mais les réalités africaines sont différentes de celles des autres continents, et les méthodes de sortie du confinement également.

Les travailleurs des pays européens ont la chance de pouvoir compter partiellement sur des mécanismes conventionnels de protection sociale et sur certains dispositifs de stabilisation des revenus, mis en place par leurs gouvernements, ce qui n’est de loin pas le cas des pays africains où la situation est beaucoup plus préoccupante à cause du grand nombre de personnes actives dans le secteur informel.

A cause de ce dernier, communément appelé marché noir en Afrique, il est donc très difficile d’évaluer avec précision l’impact économique de la pandémie de Covid-19 sur les Africains. Ce qui est certain, c’est que les mesures actuellement mises en œuvre dans un grand nombre de pays africains pour empêcher la propagation de la maladie (distanciation sociale, fermeture des marchés, confinement, interdiction des rassemblements, instauration de couvre-feux, fermeture des frontières, etc.) ont des incidences profondes sur les marchés du travail et, à travers elles, sur les conditions de vie des ménages. En général, ces travailleurs « au noir » sont des commerçants, des artisans, des couturiers, des ferrailleurs, des mécaniciens, des plombiers, des maçons, des chauffeurs de taxis, entre autres petits métiers. Sans formation précise, ces métiers représentent une véritable bouée de sauvetage pour bien des familles vivant dans la précarité.

Pour éviter de plonger leurs pays dans un chaos économique qui serait dramatique pour leurs populations, plusieurs pays africains ont déjà commencé à assouplir les interdictions. Cependant, ce qui fonctionne ailleurs, n’est pas nécessairement reproductible sur le sol africain, pour les raisons suivantes.

Premièrement, la structure démographique du continent est très singulière. Elle est bien différente de celle des autres continents dans le sens où l’âge médian du 1,3 milliard d’Africains est de 19,7 ans. En comparaison, celui de la Chine est de 38,4 ans, alors que celui de l’Europe est plus de 2 fois plus élevé que celui de l’Afrique, soit 43,1.ans. Le bilan provisoire du nombre de morts du COVID-19 a démontré que les personnes de plus de 60 ans, et celles ayant des problèmes de santé importants, sont les plus vulnérables et susceptibles de subir de graves complications. Ce constat a été fait notamment en Asie et en Europe. Cependant, la jeunesse de la population africaine ne saurait être un rempart indestructible contre la pandémie, car le virus évolue et on n’en contrôle pas encore toutes les manifestations.

Deuxièmement, la population africaine connaît toujours une forte prévalence du taux de malnutrition, d’anémie, de paludisme, de sida, de diabète, d’hypertension et de tuberculose. Ces maladies ne protègeront pas forcément les jeunes Africains du COVID-19.  

Troisièmement, de par leur histoire, les Africains ont plus facilement tendance à se regrouper en grand nombre que la plupart des ressortissants des autres régions du monde. La culture africaine d’hospitalité et de convivialité est très souvent prétexte à de des rassemblements, d’où la difficulté d’observer strictement les mesures de distanciation sociale.

Ces 3 principales raisons font que le déconfinement en Afrique se fera d’une manière très différente de l’Europe afin de préserver des vies et de permettre au secteur informel de continuer avec, très souvent, la bénédiction des pouvoirs publics. Ceux-ci d’ailleurs ont toutes les peines du monde à faire observer à leurs populations les mesures de distanciation sociale et physique, pour la simple raison que les habitudes ne se perdent pas du jour au lendemain, sans oublier les impératifs économiques évoqués plus haut.

En Afrique, le déconfinement doit se faire par étapes, comme partout ailleurs, mais en continuant à sensibiliser les populations à travers des messages très clairs et réguliers, favorisant un confinement ciblé et adapté aux réalités locales. L’approche préventive qui a permis à l’Afrique de limiter la propagation du virus jusqu’à maintenant doit continuer afin d’éviter cette fameuse 2ème vague tant redoutée, alors que l’Afrique n’a pas encore connu le pic de la pandémie.

Cette approche permettra à l’économie informelle de tourner dans un continent où la majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour, en sachant que selon l’OIT (Organisation internationale du travail), en Afrique, 85,8 pour cent des emplois sont informels. Avec de tels chiffres, il est très difficile de demander aux populations africaines de rester chez elles, au risque de paralyser les économies. La prévention, par la sensibilisation continue, reste le meilleur moyen de procéder à un déconfinement responsable et efficace. En attendant qu’un vaccin ou autre remède puisse être disponible sur le marché. La bonne nouvelle, dans cet océan de catastrophes humaines, est que l’Afrique continue, tant bien que mal, à être le continent le moins touché par la pandémie. Pourvu que ça dure.

REMĖDE CONTRE LE COVID-19 : ET SI LA SOLUTION VENAIT D’AFRIQUE ?

Alors que les pays occidentaux travaillent à la mise sur le marché d’un vaccin contre le COVID-19 dans un délai de 12 à 18 mois, la solution pourrait peut-être provenir de l’Afrique. Á Madagascar, il semblerait qu’un remède soit trouvé contre la pandémie, pour le plus grand bonheur des Africains, qui voient en cette trouvaille un motif de fierté retrouvée. Cependant, mis à part quelques pays africains, le produit malgache ne semble pas faire l’unanimité ailleurs.

L’heure n’est pas encore au bilan, loin de là, mais il est important de constater que le monde est impuissant pour l’heure, face à l’avancée de la pandémie. On dénombre aujourd’hui environ 264 000 morts et 3,76 millions de cas officiellement recensés dans le monde. Face à ces chiffres glaçants, l’Afrique s’en tire plutôt pas mal avec 52175 cas confirmés de coronavirus et un peu plus de 2 000 décès. Avec en prime, certains pays, comme la Mauritanie, qui ne comptent aujourd’hui aucun cas de contamination officiellement reconnu.

A contrario, d’autres pays sont bien touchés par la pandémie. L’Afrique du Sud et l’Égypte sont en tête, suivis par le Maroc, l’Algérie, le Nigeria et le Ghana. Face à cette situation, les Africains se mobilisent pour faire front, d’autant plus que les éventuelles conséquences économiques de la pandémie seraient désastreuses pour le continent, si la pandémie venait à s’y répandre davantage. C’est dans ce contexte que la grande Île de Madagascar va peut-être se faire connaître du monde entier à travers son Covid-Organics (CVO). Cette solution se présentant sous la forme d’un liquide brun caramel, à base d’artemisia qui est un arbuste bien connu à Madagascar et dont la substance active est déjà utilisée en antipaludéen, est déjà largement utilisée par les Malgaches pour prévenir ou lutter contre le COVID-19. Il est distribué dans des bouteilles en plastique, dans des bidons de cinq litres ou encore sous la forme de sachets de tisane à infuser. Le président malgache, Andry Rajoelina, en fait personnellement la promotion tant il est incroyable qu’un pays, classé parmi les plus pauvres de la planète, soit à l’origine d’une telle découverte. Ses apparitions publiques, avec la bouteille en main, sont très suivies, et font l’objet de commentaires de toutes sortes, selon les régions. En Afrique, ce remède miracle, puisqu’il serait efficace en sept jours, fait la fierté du continent, à tel point que le président malgache compte le proposer à plusieurs de ses pairs africains.

Mis au point par un centre de recherche malgache, l’Institut malgache de recherche appliquée (IMRA), le Covid-Organics est cependant décrié par la communauté scientifique internationale qui n’est aucunement convaincue par son efficacité. Si ses valeurs préventives sont moins source de polémiques, ses vertus curatives font largement débat dans le monde.

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) met en garde contre l’achat sur internet de produits à base d’artémisia qui, selon elle, sont d’origine douteuse. Dans la même logique, le bureau Afrique de l’OMS s’est également fendu d’un communiqué qui ne semble pas décourager les Africains et encore moins le président de Madagascar qui croit dur comme fer en sa précieuse découverte. Ce communiqué précise que “l’utilisation de produits destinés au traitement du COVID-19, mais qui n’ont pas fait l’objet d’investigations strictes, peut mettre les populations en danger… (…) Des plantes médicinales telles que l’Artemisia annua sont considérées comme des traitements possibles du COVID-19, mais des essais devraient être réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables ». L’UA (Union Africaine) a également sorti un communiqué dans lequel elle demande des preuves scientifiques.

Le président malgache, Andry Rajoelina, qui joue sur la solidarité africaine, a offert ce produit à une quinzaine de pays de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), même si cette dernière a démenti avoir passé commande auprès du président malgache. N’empêche, quelques chefs d’état lui ont formellement exprimé leur solidarité, et non des moindres.

En effet, le «Covid-Organics» vient d’être validé par le comité scientifique du Sénégal, pays du président Macky Sall. Dans un entretien avec une radio locale (la RFM), le professeur Daouda Ndiaye, chef de l’équipe des scientifiques, confirme la nouvelle. «Nous allons vers l’utilisation de l’artemisia. De notre côté sur le plan scientifique, notre feu est vert». Le Sénégal se dirige vers la rédaction du protocole de recherche sur le Covid-Organics, « nous allons travailler sur un protocole pour voir comment le donner aux Sénégalais ».

Ce protocole sénégalais aura pour but d’être « préventif et curatif », a précisé l’épidémiologiste, par ailleurs chef du Service de Parasitologie-Mycologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ajoutant que son équipe est « en train d’accélérer les procédures ». Á noter que le ministère sénégalais de la Santé a donné hier jeudi son aval à l’utilisation du Covid-Organics. D’autres ministres africains de la santé devraient lui emboîter le pas dans les prochaines semaines.

Ce produit typiquement “made in Africa”, qui représente une sérieuse menace pour les multinationales pharmaceutiques internationales, fait le buzz sur les réseaux sociaux car les Africains y voient la capacité africaine à créer, innover, inventer et imposer un produit 100% local. De quoi rendre à l’Afrique une fierté longtemps bafouée par l’Occident. Loin des clichés habituels, l’Afrique a  de beaux jours devant elle. Avec une moyenne d’âge de 20 ans (continent le plus jeune) et seulement 1,3 % des cas de contamination au COVID-19 au plan mondial, et maintenant une communauté scientifique de mieux en mieux formée, les Africains ont le droit de croire en leur continent, et partant, en leur Covid-Organics.

Covid 19 : Racisme anti-Noirs en Chine, que faire ?

Alors que le Covid 19 fait des ravages dans le monde entier avec plus de 190 000 morts à ce jour, dont 1300 en Afrique, les Africains résidant en Chine se plaignent de racisme à leur encontre. Plusieurs états africains ont exprimé leur indignation en condamnant les actes racistes dont sont victimes leurs ressortissants. La Chine a promis aux dirigeants africains de faire des efforts pour lutter contre tout comportement raciste envers les Africains sur son sol. Sera-ce suffisant pour décrisper la situation ?

Depuis quelques jours, on assiste à une inquiétante montée du racisme anti-Noirs  en Chine dans un contexte assez particulier de lutte contre le coronavirus. Selon les chiffres dont je dispose, environ 400 000 Africains, venant principalement de l’Afrique anglophone, vivent dans le pays de l’Empire du Milieu. Si on ajoute à ce chiffre les noirs venant des Caraïbes et de l’Amérique du Nord, le nombre de noirs vivant en Chine est vraisemblablement largement supérieur à 400 000. Que vivent exactement les noirs en Chine ces jours? Selon mes informations, ils reprochent aux autorités de la Chine des placements en quarantaine abusifs, des dépistages à tout va, des expulsions de leurs appartements, des interdictions d’aller faire leurs courses, d’aller chez le médecin,…

Les témoignages d’Africains dans ce sens sont nombreux. Parmi eux, celui d’un jeune guinéen qui a posté sur les réseaux sociaux une vidéo qui a fait le tour du continent où il explique en long et en large comment les Africains sont maltraités en Chine.

Une autre vidéo circulant sur les réseaux sociaux a montré un avis expliquant en anglais à la porte d’un restaurant que les Noirs n’ont pas le droit d’entrer dans un McDonald’s du sud de la Chine. Suite à la protestation de plusieurs associations africaines, McDonald’s a été contraint de présenter ses excuses et a précisé que l’établissement avait été fermé temporairement pour une séance de formation du personnel. Soit.

Les Chinois, nous apprend-on, qui sont sortis dernièrement du confinement, redoutent dangereusement une deuxième vague de la pandémie. Donc, ils s’en prennent aux Africains. C’est extraordinaire. Comment peut-on stigmatiser autant une population en raison de ses origines dans une période où la solidarité internationale doit être de mise ? Les Chinois oublient-ils qu’un nombre non négligeable de leurs ressortissants vivent et travaillent en Afrique ? En effet, on estime à environ 1 million leur nombre en Afrique, dont la moitié en Afrique du Sud. C’est tout de même quatre fois plus que la communauté française, ancienne puissance coloniale en Afrique.

Face à ces comportements inacceptables, plusieurs associations et organisations non gouvernementales africaines ont dénoncé les violences subies par les Africains et personnes noires, d’une manière générale, en Chine actuellement. Je rappelle que la Chine est assez coutumière du fait. Déjà en décembre 2008, les étudiants noirs avaient été victimes d’attaques ciblées sur tout le territoire chinois.

Devant de telles récidives inacceptables, l’Union africaine a également exprimé son « extrême préoccupation » et appelé Pékin à « des mesures rectificatives immédiates ». Une vingtaine d’ambassadeurs africains ont été reçus le 13 avril à Pékin au ministère des Affaires étrangères par un secrétaire d’État, Chen Xiaodong.

Même les ÉtatsUnis, ont dénoncé la « xénophobie des autorités chinoises » et déconseillé aux Afro-américains de se rendre à Canton notamment. Le diplomate chinois a promis de lever les mesures sanitaires concernant les Africains, à l’exception des patients confirmés du Covid-19. Ce qui est un minimum de mon point de vue.

Les noirs africains, je le rappelais plus haut, ne sont pas les seuls à subir la discrimination des Chinois. Les Antillais subissent également de plein fouet le racisme, non seulement des autorités, mais aussi des populations chinoises. Les associations antillaises parlent même “d’un apartheid qui ne dit pas son nom”. Huit d’entre elles, le MIR (Mouvement International pour les Réparations) Guadeloupe, Martinique, Guyane, Afrique et Sénégal, le FKNG (FOS POU NOU KONSTWUI NASYON GWADLOUP), le CIPN (Le Comité International des Peuples Noirs) et le CNR (Le Conseil national de la Résistance), ont interpellé l’ambassadeur de Chine en France sur le traitement réservé aux noirs dans le pays.

Dans le passé, la Chine s’est souvent illustrée par sa violation massive des droits de l’Homme. On se rappelle notamment de la répression qui avait suivi les manifestations de la place Tian’anmen en 1989 et qui avait fait à peu près 2 000 morts et de 7 000 à 10 000 blessés selon certaines estimations. Aujourd’hui, on constate que la Chine continue encore de violer les droits de l’Homme, en s’attaquant sans raison à de paisibles populations africaines, et noires en général, vivant sur son territoire.

Les dirigeants africains ont les moyens d’exercer de réelles pressions sur le géant asiatique pour protéger leurs concitoyens. Même si comme le dit le professeur Liu Hongwu, directeur de l’Institut des études africaines de l’université du Zhejiang, « la Chine est l’un des plus importants contributeurs au grand bond en avant économique réalisé par l’Afrique ces dix dernières années », il n’en demeure pas moins qu’elle a besoin grandement de ses partenaires africains pour devenir un acteur majeur de la mondialisation, puisque c’est son but ultime.

Vaccin contre le Covid-19: non, l’Afrique n’est pas un laboratoire à tests

Quand deux “scientifiques” français échangent sur la possibilité d’expérimenter en Afrique un vaccin contre le COVID-19, les Africains expriment leur colère et dénoncent ce qui serait un complot contre les populations vulnérables d’Afrique. Depuis cet échange sur une chaîne de TV française le 1er avril dernier, la tension semble être légèrement tombée, mais la vigilance et la méfiance restent de rigueur sur le continent.

J’ai regardé le 3 avril dernier l’échange entre M. Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm à Lille, et M. Jean-Paul Mira, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin. Le moins que je puisse dire est que j’en étais complètement renversé, non pas de colère, mais d’incompréhension. Je me demandais : Mais pourquoi ces « spécialistes » tiennent-ils absolument à intuber les Africains ? Leur démarche est-elle réellement scientifique ou répondait-elle à d’autres motivations ? Comment, en 2020, peut-on encore prendre les Africains pour les éternels dindons d’une farce médico-impérialiste de très mauvais goût ? En effet, je pense que tout a des limites. L’heure est grave, elle n’est pas à la plaisanterie, en tous cas pas sur le dos des Africains. Pour ceux qui n’ont pas suivi l’échange entre les 2 « experts » français, voici un condensé de leurs échanges :

Jean-Paul Mira : “Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées : on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées. Qu’est-ce que vous en pensez ?”

Camille Locht : “Vous avez raison. D’ailleurs, on est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approches. 

PROVOCATION. Le mot est lâché. Et il traduit une certaine vision qu’ont certains grands penseurs Occidentaux de l’Afrique d’aujourd’hui. Celle d’hier, avec tout ce qu’elle a subi comme horreurs, n’a pas encore pansé toutes ses plaies, et voilà que ses descendants continuent de subir les rodomontades de soi-disant spécialistes en mal de reconnaissance internationale et obnubilés par les effets d’annonces. On nous fait croire que la vie d’un Africain est moins dommage que celle d’un Occidental. Ben voyons. C’est abominablement puant. L’imbécilité n’a décidément pas de limites. Les Africains l’ont heureusement compris. Pour une fois, ils se sont mis d’accord (ça n’a pas toujours été le cas, malheureusement) et ont décidé de déjouer ce complot contre leurs populations. Du Nord au Sud du continent des voix se sont élevées pour exprimer leur indignation. Le Club des avocats au Maroc a annoncé sur sa page Facebook son intention de “porter plainte pour diffamation raciale”.

Le mercredi 8 avril, le président du Sénégal Macky Sall déclarait que «L’Afrique, berceau de l’humanité et terre de vieille civilisation, n’est pas un no man’s land. Elle ne saurait, non plus, s’offrir comme terre de cobayes. » Un autre indigné : “L’Afrique n’est pas un laboratoire”, a lancé la star ivoirienne du football Didier Drogba en dénonçant des “propos graves, racistes et méprisants”. D’autres célébrités africaines ont abondé dans le même sens. Les médias africains ont également dénoncé ce mépris pour les Africains. Sentant que l’affaire risquait de ternir dangereusement son image, et donc ses intérêts, disons-le économiques, la France, à travers son ministère français des Affaires étrangères a déclaré que de tels propos “ne reflétaient pas la position des autorités françaises”. N’empêche, le mal était déjà fait. Les Africains, de l’intérieur comme de l’extérieur, ont réagi comme un seul homme.

Les propos tenus sont “à la fois injurieux et discriminatoires, et caractérisent deux délits à caractère racial”, estime M’jid El Guerrab, député (ex-LREM) des Français du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, membre du groupe Libertés et Territoires, dans un communiqué, où il a annoncé samedi 4 avril qu’il saisirait le procureur de Paris.

Venons-en au vaccin en question. Il s’agirait du bon vieux BCG, bien connu des Africains, puisqu’utilisé contre la tuberculose depuis plusieurs dizaines d’années. Cette parade du BCG, qui n’est rien d’autre qu’une supercherie, n’aura pas suffi à éteindre la colère des Africains. Ils refusent que des soi-disant “spécialistes” occidentaux  leur administrent un quelconque vaccin par les temps qui courent. Les excuses de Mira, présentées le 3 avril dernier, n’y feront rien. Comparer l’Afrique à des « prostituées sur qui il faut essayer des choses, en l’occurrence le BCG, en raison de leur forte exposition aux maladies », en dit long sur l’amoralité de M. Mira.

Les Africains de tous bords (hommes politiques, organisations de la société civile, simples citoyens et leaders d’opinion) continuent de marquer leur indignation. Pendant ce temps le COVID-19 continue de faire des ravages en Europe, avec plus de 60 000 morts. Outre Atlantique, on dénombre pas moins de 16 500 victimes. Dans le monde on en est à plus de 96 000 morts, bilan qui est appelé à évoluer inévitablement.

En Afrique, le bilan est moins catastrophique (550 décès) et les stratégies des gouvernements semblent gagnantes pour l’instant. Jusqu’à aujourd’hui, 52 des 54 pays que compte le continent sont touchés. Seuls les Comores et le Lésotho sont officiellement épargnés de toute contamination. Espérons que la situation soit contenue le plus rapidement possible et que les marchands d’illusions soient tenus loin de l’Afrique qui ne les intéresse que pour des raisons mercantilistes.

Comme je le répète dans toutes les langues depuis quelques temps, Stay safe, Soyez prudents, Cuidate, Tenha cuidado, Pass auf dich auf, كن حذرا للغاية

Rendez-vous le vendredi 24 avril prochain pour un nouvel Afroptimisation

COVID-19, l’Afrique doit-elle s’attendre au pire ?

COVID-19, l’Afrique doit-elle s’attendre au pire ?

Alors que je me suis auto confiné dans mon chez moi à Lausanne, comme presque tout un chacun dans cette belle ville presque désertée de jour comme de nuit, je n’en observe pas moins la situation de la pandémie dans mon cher continent africain. Jusqu’ici l’Afrique semble épargnée par ce fléau pendant que d’autres régions sont durement touchées par la propagation galopante du virus, avec des chiffres qui sont tous les jours de plus en plus glaciaux.

Au vu des drames constatés dans les pays riches, les Africains, à juste titre, se demandent quel serait leur sort si le virus venait à se répandre comme une traînée de poudre dans un continent où ni les moyens techniques, ni le personnel soignant, ni les infrastructures et encore moins les moyens financiers ne sauraient endiguer une vague qui pourrait être terrible. Je pense très sincèrement que les gouvernements africains ont tout intérêt à appliquer le vieil adage « Mieux vaut prévenir que guérir ». Pour ce faire, plusieurs pays n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, en appliquant d’une manière générale les recommandations de l’OMS (lavage régulier des mains, distanciation sociale, interdiction de rassemblements, …). Mais deux autres mesures ont particulièrement retenu mon attention. La première consiste en la fermeture des frontières terrestres de la plupart des pays, les obligeant ainsi à ne pas prendre de risques démesurés, même vis-à-vis de voisins qui leur font face, s’ils ne sont pas carrément dans le ventre du voisin, je pense ici à des pays comme le Sénégal et la Gambie. La deuxième mesure qui a frappé mon attention est l’application du couvre-feu dans plusieurs pays. Pour qui connaît l’Afrique, cette mesure rappelle de tristes souvenirs, comme des tentatives de coup d’état, des guerres civiles, des risques de déstabilisation depuis l’extérieur des frontières des pays, etc.

Mais pourquoi donc des couvre-feux ? Sommes-nous en temps de guerre ? Si oui, contre qui ? Avec quelles armes lutter ? Il semblerait que les dirigeants africains aient pris conscience de la vulnérabilité de leurs systèmes, qu’ils soient sanitaires et / ou économiques, et cela me réjouit énormément. La plupart des chaînes de radio et de TV passent en boucle des messages de lutte contre le coronavirus. Une véritable campagne d’information et de sensibilisation est menée à large échelle, et même les enfants africains, qui sont également à la maison, se font les relais des autorités publiques pour faire passer le message. C’est tout de même très rassurant dans un continent où les enfants ne sont pas tous scolarisés. En Afrique du sud, pays le plus touché en Afrique par la pandémie avec presque 1000 cas de contamination et 2 décès, le gouvernement a décrété le confinement de ses 56 millions d’habitants dès hier soir, jeudi 26 mars, à minuit. Selon le bilan le plus récent, qui est évidemment amené à évoluer, le continent africain compterait un peu plus de 2 800 cas de coronavirus et 75 morts dans 46 pays sur les 54 que compte le continent.

Alors que le continent africain compte un nombre de décès relativement bas, comparé à l’Europe qui compte plus de 16 000 morts, les autorités sanitaires mondiales ont appelé l’Afrique à “se réveiller” face à la menace du nouveau coronavirus, soulignant que le continent devrait se préparer au “pire”. “Le meilleur conseil pour l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui”, avait lancé le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus (Africain lui-même par ailleurs), lors d’une conférence de presse virtuelle.

Au chapitre des mesures de solidarité en faveur des pays africains, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) suit avec beaucoup d’attention, la propagation du COVID-19 à l’échelle mondiale et les risques potentiels sur le continent africain. Tenant compte de la gravité de la situation, le Conseil d’Administration de la BADEA a décidé d’allouer une enveloppe de 100 millions de dollars américains pour soutenir les efforts des pays de l’Afrique subsaharienne afin de prévenir et/ou minimiser la propagation de la pandémie. D’autres gestes de solidarité dans le monde ont également éveillé ma curiosité. Par exemple, en Italie, pays le plus durement frappé par la pandémie, on a pu observer l’arrivée de 50 médecins (tous afro-cubains d’ailleurs, c’était assez frappant), dépêchés par le gouvernement du Cuba, pour venir en aide aux populations complètement désemparées.

En attendant d’autres gestes de solidarité de ce type (les élans de solidarité auront été une des heureuses conséquences de cette situation, dans tous les continents d’ailleurs), l’Afrique pleure un de ses dignes fils, décédé (en France) le mardi dernier à cause du coronavirus. En l’occurrence Manu Dibango. C’est la première grande célébrité mondiale à décéder du COVID-19. J’espère la dernière. Certains pensent d’ailleurs qu’il aurait peut-être pu être sauvé s’il avait pu faire usage de la Chloroquine, cette molécule qui suscite la controverse. D’ailleurs quelques pays africains croient, comme le Sénégal, en l’efficacité de la Chloroquine, ce fameux médicament qui suscite tant d’espoirs et de polémiques en même temps. L’usage de cette molécule pourrait rapidement se généraliser sur le continent, surtout que la France semble également être favorable à son utilisation désormais. En tout cas, le principal défenseur de cette molécule, le Pr Didier Raoult, africain de naissance puisque né au Sénégal, faut-il le rappeler, est plus que jamais convaincu de l’efficacité de son traitement. Quoi qu’il en soit, soyons généreux et solidaires, nul n’a intérêt à ce que le COVID-19 perdure dans quelque endroit que ce soit. Même si l’Afrique a l’expérience de lutte contre la propagation d’autres épidémies (Ebola, la rougeole, le choléra), ce qui est un atout non négligeable aujourd’hui, il importe plus que jamais que toutes les précautions soient prises par ses dirigeants. Le seul conseil qui vaille par ces temps est le suivant :

Stay safe, Soyez prudents, cuidate, tenha cuidado, pass auf dich auf, كن حذرا للغاية

Le dire dans toutes les langues ne sera pas de trop. Pour l’heure, restons à la maison et croyons en la vie. Et pour ceux qui vivent en Europe, n’oubliez pas de régler vos horloges demain soir et de profiter d’une heure de plus à la maison.

Élections en Afrique : Entre alternances politiques contestées et troisièmes mandats, que choisir ?

Élections en Afrique : Entre alternances politiques contestées et troisièmes mandats, que choisir ?

Depuis quelque temps, c’est la psychose un peu partout autour de nous, à cause du coronavirus qui a été finalement déclaré officiellement comme pandémie par l’OMS. Pour une fois, l’Afrique est moins touchée que l’Occident (pour l’instant seulement 140 cas de contamination) par ce fléau qui bouleverse bien des habitudes dans les pays dits riches. Au lieu de rajouter à la psychose ambiante qui règne autour de ce virus, dont ni l’ampleur ni la durée ne sont prévisibles pour l’instant, j’ai choisi d’aborder dans cet article un autre sujet, tout aussi sérieux, mais moins traumatisant. En principe. C’est celui des alternances pacifiques en Afrique et des prolongations de mandats présidentiels.

L’Afrique, d’une manière générale, a souvent été indexée pour ses alternances ratées, à cause de plusieurs raisons qu’il serait très complexe de développer ici. Plutôt que de m’attarder sur la situation de l’ensemble du continent, je mettrai l’accent ici sur l’Afrique de l’Ouest. Pourquoi cette partie de l’Afrique ? Elle a connu ces derniers temps une série de scrutins pour élire ou réélire des présidents qui, en principe, arrivaient au terme de leur deux mandats. D’autres pays de cette région connaîtront en cette année 2020 des consultations populaires, annoncées périlleuses pour certains, et jouées d’avance pour d’autres. Les spécialistes rappellent souvent que les pays d’Afrique, francophones notamment, sont assis sur une poudrière de scrutins à haut risque de déstabilisation, comparativement aux pays d’Afrique anglophone, qui semble-t-il, ont une longueur d’avance en matière d’avancées démocratiques. Cette assertion, défendable à bien des égards, est tout de même à relativiser, eu égard à quelques « bons élèves » qu’on peut recenser en Afrique francophone, dans sa partie Ouest plus particulièrement. Tentons d’y voir un peu plus clair pour comprendre les enjeux dans quelques pays choisis, qu’ils soient lusophones, anglophones ou francophones.

Commençons par la Guinée-Bissau, petit pays lusophone situé entre le Sénégal et la Guinée. Ce pays a organisé une élection présidentielle, en décembre 2019, qui l’a plongé dans un certain chaos, à tel point que les deux candidats à la présidence ont revendiqué chacun la victoire. D’un côté, Umaro Sissoco Embalo, donné vainqueur par la commission nationale électorale, avec 53,55 % des suffrages, de l’autre, l’ex-premier ministre Domingos Simoes Pereira, arrivé second avec 46,45 % des voix.  Dans un climat de forte tension, Umaro Sissoco Embalo a entamé depuis ce 10 Mars une tournée régionale au Sénégal, au Niger et au Nigeria, sans doute pour rassurer ces pays et s’assurer de leur soutien. Au final, la situation devrait rentrer dans l’ordre et Umaro Sissoco Embalo devrait exercer la réalité du pouvoir, lui qui a déjà prêté serment.

Chez l’autre Guinée voisine, francophone celle là, les élections législatives et le référendum constitutionnel n’auront pas lieu le 15 mars contrairement à ce qu’avait annoncé le président Alpha Condé à la fin du mois de février dernier. Ce dernier est soupçonné par ses détracteurs de vouloir tripatouiller la constitution et se présenter pour un troisième mandat. Le flou règne dans le pays et nul ne peut prévoir ce qui va se passer dans un avenir proche.

En Gambie, pays anglophone qui se trouve dans le ventre du Sénégal, le président Adama Barrow connaît des difficultés avec son ancien parti, lui qui a décidé de passer outre sa promesse de ne rester au pouvoir que trois ans avant de remettre son fauteuil en jeu. Vraisemblablement, il ira donc jusqu’en 2021. Après la période Yahya Jammeh, prédécesseur de Barrow, ce petit pays pourra-t-il survivre à une crise politique d’envergure ? Rien n’est mois sûr.

Au Bénin, au lendemain de son élection à la tête du pays, le président Patrice Talon avait promis de rester le temps d’un unique mandat. Or, les choses ont changé depuis et il n’a toujours pas dit s’il comptait s’arrêter à cinq ans ou non. Au Togo voisin, l’élection présidentielle a eu lieu le 22 février 2020 et a permis au président sortant Faure Gnassingbé d’être réélu, après avoir fait modifier la constitution, pour un quatrième mandat consécutif. Il a obtenu plus de 70 % des suffrages, un résultat contesté par l’opposition qui accuse le gouvernement de fraude électorale. A coté de ces incertitudes qui prévalent dans ces pays, d’autres ont choisi, tout au moins de se donner des chances d’organiser des élections sans avoir recours au classique tripatouillage constitutionnel. Il s’agit de deux pays leaders en Afrique de l’Ouest.

D’abord, la Côte d’Ivoire. En octobre 2020, ce pays va organiser une élection présidentielle à hauts risques. Avec la question de savoir si le président Alassane Ouattara va rempiler pour un troisième mandat ou non. La réponse est non semble t-il. Le président Ouattara ne sera pas candidat. Il l’a déclaré le jeudi 5 mars dernier, mettant fin à d’interminables polémiques autour de sa volonté de se représenter à une nouvelle élection présidentielle. Pour Jobst Von Kirchmann, ambassadeur de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, la décision d’Alassane Ouattara de ne pas rempiler pour un troisième mandat est un signal fort de démocratie qui devrait servir d’exemple aux autres acteurs politiques ivoiriens.

Enfin, au Sénégal, tous les regards sont rivés sur le président Macky Sall, dont le mandat arrive à échéance en 2024. Mais déjà, ses adversaires lui prêtent l’ambition de vouloir bricoler la constitution pour un passage en force à la fin de son second et dernier mandat. Mais en fin tacticien, Macky Sall a clos le débat dernièrement en se prononçant en faveur d’un respect de la limite à deux mandats. Cette clarification a été plutôt très bien accueillie par le peuple sénégalais qui, comme on le sait, est habitué à des alternances pacifiques, ce qui fait du Sénégal une référence en la matière en Afrique. Mais la prochaine élection présidentielle est loin. Elle est prévue pour 2024 et d’ici là bien des rebondissements pourraient avoir lieu.

Une chose est sûre. La jeunesse africaine d’une manière générale n’est plus prête à cautionner les magouilles de ses dirigeants qui veulent s’éterniser au pouvoir. Pour cela, elle est prête à y laisser sa peau, comme on l’a vu dans d’autres pays africains. Dans un prochain article, nous reviendrons sur la situation dans les pays du Maghreb.

Parlements africains : les femmes prennent leurs places

J’ai le plaisir d’inaugurer ce blog bimensuel qui paraîtra tous les 2 vendredis sur le site du journal LE TEMPS, référence médiatique incontestable en Suisse francophone, par un sujet qui me tient particulièrement à cœur, à savoir le rôle que joue la femme africaine dans le développement du continent noir. Je mettrai l’accent ici plus particulièrement sur le rôle politique qu’elle peut et doit jouer pour affirmer son énorme potentiel qui est jusque là, sinon méprisé, en tout cas méconnu.

Depuis une bonne dizaine d’années, les experts en « entrepreneurship » se sont évertués, à juste titre, à organiser des événements autour de la capacité de la femme africaine à « entreprendre », à créer des entreprises, et donc des emplois, et à mettre en avant l’impact sur l’économie africaine des femmes de ce continent qui ont osé se lancer dans des aventures risquées financièrement et qu’on pensait exclusivement réservées aux hommes. J’ai moi-même été invité à une multitude de fora, en Afrique ou en Europe, sur cette thématique de l’entrepreneuriat féminin africain, et j’ai été séduit par le dynamisme de la femme africaine. Mais il existe une autre réalité, certes nouvelle, que beaucoup ignorent et qui concerne le rôle politique que la femme africaine assume aujourd’hui dans la plupart des pays africains, notamment au niveau des parlements. C’est à s’y méprendre : l’Afrique est très loin d’être à la traîne dans ce domaine.

6 pays africains dans le top 20

Pour illustrer mes propos, il suffit de regarder certains chiffres qui sont très évocateurs. En effet, parmi les 20 pays comportant le plus de femmes au parlement, on n’en comptabilise pas moins de 6 pays africains, avec même, et c’est plutôt surprenant, un pays comme le Rwanda qui domine le classement mondial. Ce pays, avec 61 % de femmes députées contre une moyenne mondiale de 24 %, fait figure de référence. D’autres pays comme la Namibie, l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Mozambique et l’Ethiopie, figurent également en bonne position dans ce classement. Jusqu’à une période récente, l’Afrique faisait figure de mauvaise élève en la matière. Les références étaient à chercher plutôt en Scandinavie et en Amérique latine où la parité hommes / femmes était une réalité qui faisait envie même à certaines démocraties bien plus anciennes.

Le mythe de la femme africaine, bonne à s’occuper de son « intérieur » ou à concocter de bons petits plats à son mari, est bel et bien rompu, si on en croit le classement établi en 2019, par l’Union interparlemantaire, un organisme suisse qui n’est rien d’autre que l’organisation mondiale des parlements  des États souverains. Vieille de plus d’un siècle, (elle a été créée en 1889), cette auguste organisation est la plus ancienne des institutions internationales à caractère politique. C’est dire si son classement fait la fierté des femmes parlementaires africaines, et d’une façon plus générale, de la femme africaine.

Dans une dizaine de jours, le 8 mars prochain, les femmes du monde entier célèbreront leur journée et les Africaines ne seront pas en reste. Plusieurs événements seront organisés en leur faveur dans les 54 pays du continent.

Selon les Nations Unies, l’édition 2020 de la Journée internationale de la femme aura pour thème : Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes. Ce thème coïncidera avec la nouvelle campagne plurigénérationnelle d’ONU Femmes, Génération  Égalité, qui marque le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing qui est considéré, jusqu’à aujourd’hui, comme la feuille de route la plus progressiste en matière d’autonomisation des femmes et des filles, partout dans le monde. Ce thème sera sûrement l’objet de débats à l’occasion de la Journée internationale de la femme africaine (oui, elle a aussi son jour). En effet, le 31 juillet a été consacré « Journée de la femme africaine », à l’occasion du premier Congrès de l’Organisation Panafricaine des Femmes (PAWO) tenu à Dakar, au Sénégal, le 31 juillet 1974.

La lutte pour l’égalité des sexes et le partage du pouvoir, politique notamment, continue pour ces vaillantes femmes. Mais ce qui semblait impensable il y a de cela une cinquantaine d’années, est devenu de nos jours une réalité, à tel  point que l’Afrique a compté en tout et pour tout une dizaine de femmes chefs d’Etat. Aujourd’hui, elle en compte 3, derrière l’Europe certes, mais bien devant les autres continents. Ce qui est de très bon augure pour la suite. Rendez-vous le 13 mars prochain pour un nouvel « AfrOptimisation ».