25 mai, Journée mondiale de l’Afrique

L’Afrique célèbre le 25 mai sa journée mondiale en souvenir du congrès fondateur de ce qui était à l’époque l’Organisation de l’Union Africaine, devenue depuis  le 9 juillet 2002, à Durban en Afrique du Sud, l’Union Africaine. Seulement quelques initiés se souviennent de cette date. En effet, embourbée dans d’innombrables difficultés de toutes sortes, l’Afrique doit faire face à de nombreux défis pour assurer son développement. L’Union Africaine a-t-elle les moyens de remplir cette mission et de faire de cette Journée une fête, une Journée de l’espoir ?

C’est à Addis-Abeba, en Éthiopie, un certain 25 mai 1963 que l’Organisation de l’Union africaine (OUA), voyait le jour pour « rapprocher les peuples africains, raffermir leur foi en l’intégration et populariser l’idéal d’union du continent ».

Au lendemain de l’indépendance de 32 pays du continent au début des années 1960, on se rappelle que l’Organisation de l’Union Africaine naissait dans des conditions difficiles, mais avec la ferme volonté de faire de l’Organisation un espace d’échanges, de solidarité et de défense des intérêts du continent face aux puissances coloniales qui n’étaient pas encore disposés à libérer les autres pays africains qui étaient encore sous leur emprise. L’objectif de ces puissances était clairement de faire main basse sur les innombrables richesses du continent et de piller celles-ci le maximum possible.

Quelques dirigeants africains, visionnaires pour certains d’entre eux, avaient réfléchi, bien avant l’indépendance de leurs pays, à l’idée d’une confédération des états africains, un peu à l’image de ce que sont les états unis d’Amérique.

Sur invitation du leader du Ghana, Kwame Nkrumah, le Premier congrès des États africains indépendants se tint à Accra en 1958, dans le but de créer une « Journée de la liberté africaine », avec une très faible présence des dirigeants africains de l’époque. N’empêche, l’idée avait mûri dans la tête de certains leaders africains et rien ni personne ne pouvait freiner leur envie de lutter pour l’indépendance de leurs pays. C’est ainsi que, lors de ce congrès, le 25 mai a été retenu pour «marquer chaque année les progrès en cours dans le mouvement de libération et symboliser la détermination des peuples d’Afrique à se libérer de la domination étrangère et de l’exploitation, principalement européenne ».

Outre Kwame Krumah,les grands leaders africains de l’époque étaient Sylvanus Olympio du Togo, Modibo Keita (du Mali), Sékou Touré (de Guinée), Barthélemy Boganda (république centrafricaine), Houphouët Boigny (Côte d’Ivoire), Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Mohamed V (Maroc), Sékou Touré (Guinée), Ahmed Ben Bella (Algérie), Patrice Lumumba (Zaïre) et bien plus tard il y aura le colonel Mouammar Kadhafi (Libye), Thomas Sankara (Burkina faso) et bien sûr Nelson Mandela (Afrique du Sud).

Aujourd’hui tous décédés, l’Afrique leur doit beaucoup, tant ils ont eu le courage et la clairvoyance de se battre pour l’indépendance de leurs pays et d’avoir permis à leurs successeurs de mettre sur pied le projet d’unification de l’Afrique.

Plus de soixante ans plus tard, que peut-on retenir de l’œuvre des congressistes d’Accra ? l’Union Africaine a-t-elle réussi sa mission ? La question mérite qu’on s’y penche.

Vu les nombreuses crises politiques et sociales traversées par bien des pays du continent, et qui restent à ce jour non résolues, en plus d’une très mauvaise gestion de ses nombreuses richesses, on serait tenté de dire que l’Union Africaine a beaucoup de peine à jouer un des rôles qui est normalement le sien, à savoir la résolution de conflits et l’instauration d’une paix durable sur le continent.

Le 18 mai dernier, à l’initiative de la France, s’est tenu à Paris un sommet pour sortir l’Afrique de la crise économique en la soulageant de sa dette. En effet, jamais l’Afrique n’a été autant endettée que durant ces 20 dernières années. Selon le Fonds monétaire international, sur les 54 pays que compte le continent, un bon tiers est ou surendettée ou sur le point de rejoindre ce camp peu glorieux des pays asphyxiés par des dettes qui ne cessent de prendre l’ascenseur. Plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement africains et d’organisations internationales étaient invités à Paris. Et l’Union Africaine dans tout ça ? A-t-elle vraiment les moyens de venir en aide à ses membres dans la tourmente économique, sociale ou politique ? Nombre de spécialistes en doutent. À tort ou à raison. Entre des transmissions de pouvoir de père à fils (comme au Tchad dernièrement), et des coups d’état militaires (comme au mali il y a 9 mois), l’Organisation panafricaine peine à se faire entendre. Clin d’œil du sort, au même moment où quelques pays africains célébraient hier, mardi 25 mai, cette Journée, on apprenait qu’au Mali, un nouveau coup de force venait d’être perpétré par l’armée. L’Union africaine saura-t-elle user de son (apparente ?) influence pour garantir le retour à l’ordre constitutionnel dans ce pays ravagé par une grande instabilité politico-religieuse depuis plusieurs années ?

Rien n’est moins évident, selon beaucoup de connaisseurs du continent. Cependant de là à dire que l’UA n’a plus de raison d’être et que sa Journée mondiale n’a plus de sens à cause de l’incurie de ses dirigeants, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’oseraient pas franchir. Car, un peu partout sur le continent, une jeunesse de plus en plus éveillée, une société civile de plus en plus active, une diaspora très concernée par le devenir de son continent, l’émergence de quelques nouveaux leaders politiques qui se reconnaissent dans l’idée des pères fondateurs de l’Union Africaine, tentent de transformer l’essai. Cela prendra certainement du temps. Mais nous devons croire en la capacité des Africains à ’être résilients, à faire face à l’adversité. Malgré son histoire, parsemée de violentes secousses, l’Afrique est encore debout. Pas sûr que d’autres continents le seraient encore s’ils avaient connu les mêmes turbulences que l’Afrique à traversées. Continuons à célébrer le 25 mai. Bonne fête à tous les Africains et à tous les amoureux du continent du futur.

Tidiane Diouwara

Tidiane Diouwara est journaliste RP et spécialiste des sciences de l’information. Il est titulaire d’une maîtrise universitaire en linguistique, d’un doctorat 3 ème cycle en sciences de l’information. Il est Directeur du CIPINA (www.cipina.org), une association spécialisée dans la promotion de l'image de l'Afrique. Il est également Conseiller diplomatique et expert des Droits de l'Homme.

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