La fin du salariat ou les mirages de l’indépendance

L’éclosion de l’économie de plateforme à partir de 2010 a entraîné une libéralisation des services délocalisables, et le retour en force du travail à la tâche. Freelancers ou auto-entrepreneurs, les travailleurs de cette nouvelle économie ne sont plus considérés comme des salariés au sens classique du terme, même si leur statut reste encore sujet à de vifs débats dans un grand nombre de pays.

 

 

Selon la sociologue française Sophie Bernard, auteur d’un livre intitulé Le nouvel esprit du salariat (PUF, 2020), les mutations actuelles du monde du travail s’inscrivent dans une dynamique d’effacement des frontières entre le travail salarié et le travail indépendant. D’un côté, il existe des situations croissantes de dépendance chez les indépendants, certains auto-entrepreneurs n’ayant qu’un seul client, ce qui les assimile à des salariés déguisés. De l’autre, les pratiques managériales actuelles favorisent l’autonomie et la responsabilisation des salariés, tendant à rapprocher leur condition de celle des travailleurs indépendants. 

 

 

De fait, depuis les années 1980, une concurrence exacerbée et la globalisation ont mené les entreprises à adopter des organisations plus flexibles. « Dorénavant, l’autonomie n’est pas accordée, mais exigée des salariés. Le contrôle ne disparaît pas, mais change de forme. Ce n’est plus tant l’exécution du travail qui est contrôlée que les résultats. Cette autonomie pour l’organisation, une autonomie mise au service de la performance de l’entreprise, participe ainsi d’une responsabilisation des salariés qui exonère l’employeur de contrôler le processus de travail en favorisant une intériorisation du contrôle et qui suscite une forte implication au travail. Dénier le lien de subordination en leur donnant le sentiment qu’ils travaillent pour eux est en effet un outil managérial pour favoriser un investissement au travail tout aussi conséquent que celui consenti par les indépendants travaillant à leur compte », souligne Sophie Bernard [1].

 

 

Pour la gauche politique, l’ubérisation du travail est souvent synonyme de sous-enchère et de concurrence déloyale. Ainsi, pour le juriste et ancien conseiller national socialiste Jean-Christophe Schwaab : « Les prestataires de ces nouveaux services sont les premières victimes, eux qui s’aperçoivent bien vite que cet auto-entrepreneuriat est surtout synonyme d’absence de protection et de revenu en cas de coup dur (maladie, accident), mais aussi d’une dépendance quasi totale envers la plate-forme qui monétise leurs services tout en leur promettant une « liberté d’entreprendre » qui se révèle bien vite être un leurre. »[2] Les organisations syndicales se battent donc pour que les plateformes numériques soient reconnues comme des « employeurs ». Et leurs pressions commencent à payer.  A Genève, par exemple, Uber Eats devra sans doute verser un salaire à ses travailleurs à l’avenir. Le 4 mars 2020, la Cour de cassation française a également requalifié le contrat de partenariat entre la firme californienne et un ex-chauffeur indépendant en contrat de travail, démontrant la dépendance professionnelle d’une part des travailleurs de ces plateformes.

 

Jean Christophe Schwaab siège à la Chambre basse depuis six ans – Keystone

Défendre ainsi le salariat est compréhensible et louable à bien des égards. Aujourd’hui, il offre en effet aux travailleurs et travailleuses des droits et des protections à nuls autres pareils. Cependant, des enjeux plus profonds apparaissent lorsque l’on s’intéresse à l’histoire de ce statut professionnel. Par le passé, en effet, la rémunération du travail sous forme de « salaire » a été critiquée par de nombreux auteurs socialistes. Ce fut notamment le cas de Karl Marx, le père de l’anti-capitalisme, en particulier dans son essai « Travail salarié et capital » (1849). Selon Marx, le salaire est la somme d’argent que « le bourgeois » verse aux travailleurs « pour un temps de travail donné ou pour un certain travail fourni. Ainsi, le bourgeois achète leur travail avec de l’argent. Eux, c’est pour de l’argent qu’ils lui vendent leur travail. (…) Le travail est donc une marchandise, ni plus ni moins que le sucre. »[3] « La valeur d’échange d’une marchandise, chiffrée en argent, c’est précisément ce qu’on appelle son prix. Le salaire n’est donc que le nom spécifique donné au prix du travail, au prix de cette marchandise particulière dont l’unique réservoir est la chair et le sang de l’homme. »[4]

 

 

Cette description de Marx est encore tout à fait d’actualité, même si le contexte socio-économique a évolué depuis en Occident avec la désindustrialisation et « l’ubérisation » de l’économie notamment. Dans le secteur tertiaire, cette relation de subordination et d’aliénation due à la marchandisation du travail est moins visible que dans les industries du 19e siècle, mais la création tous azimuts de départements de « ressources humaines » dans les entreprises et organisations employant du personnel, témoigne néanmoins de la survivance des fondamentaux analysés par Marx. En outre, il va sans dire que cette réalité est poussée à son extrême dans les usines de production établies dans les pays asiatiques, conséquence directe de la délocalisation des industries occidentales dans la deuxième moitié du 20e siècle, et de la division du travail entre les nations qui a résulté de ce processus.

 


La relation salariale, c’est-à-dire la marchandisation du travail, est née en Angleterre lors de la révolution industrielle. Auparavant, d’autres formes de domination existaient, mais le travail n’était pas en lui-même incorporé à l’économie, c’est-à-dire échangeable sur le marché du travail. Seuls les produits du travail l’étaient. C’est ce que reconnaît d’ailleurs Marx : « Le travail n’a pas toujours été une marchandise. Le travail n’a pas toujours été du travail salarié (…). L’esclave ne vend pas son travail au maître, non plus que le bœuf ses services au paysan. (…) Le serf appartient à la terre et il rapporte des fruits au maître. Le travailleur libre, en revanche, se vend lui-même, et se vend au détail. Il met aux enchères 8, 10, 12 ou 15 heures de sa vie, c’est-à-dire une journée que rien ne distingue d’une autre. Il l’adjuge à un propriétaire de matières premières, d’instruments de travail et de moyens de subsistance : ce sera le plus offrant des capitalistes. Le travailleur n’appartient ni au propriétaire, ni à la glèbe, mais 8, 10, 12 ou 15 heures de sa vie quotidienne sont à qui les achète. »[5]

Marx a sans doute décrit avec pertinence le processus de marchandisation du travail. Pour lui, il s’agissait d’un fait inhérent au système capitaliste, qui finirait par s’écrouler, miné par ses contradictions internes. Perspicace à bien des égards dans la description et l’analyse, Marx s’est cependant montré trop abstrait en matière d’imagination prospective. Il a donc été incapable de penser des solutions concrètes pour remédier aux problèmes qu’il observait.

Dans sa déclaration fondatrice de Philadelphie (1947), l’Organisation internationale du travail (OIT) stipule (dans son premier article) que : « Le travail n’est pas une marchandise ». Mais là encore, aucune réponse concrète n’est avancée sur la manière de s’y prendre pour « démarchandiser » le travail. C’est une réflexion qu’il faut désormais mener. 

 

 

L’émergence de l’économie de plateforme, parce qu’elle sape les fondements sur lesquels a été bâti le pacte social négocié entre la gauche et les détenteurs traditionnels du capital, offre en effet une nouvelle occasion de réfléchir en profondeur à la nature réelle du travail et à sa signification pour les êtres humains. Dans ce contexte, il est évident que l’ubérisation de l’économie crée de la précarité et que les plateformes numériques doivent être encadrées par un dispositif juridique digne de ce nom. Mais un retour pur et simple au salariat, n’est sans doute pas la solution la plus adéquate pour y parvenir, dans le sens où elle ne permet pas de véritablement abolir l’aliénation inhérente à la marchandisation du travail pointée du doigt par Marx et l’OIT.

Aujourd’hui, de nombreux salariés sont, au moins sur le principe, favorables à une plus grande autonomie dans leur profession, avec des taux de travail réduits mais aussi des rémunérations variables et individualisées. C’est l’expression d’une critique du salariat qu’il importe de ne pas occulter. Pour Sophie Bernard : « Les réflexions sur des combinaisons favorisant l’autonomie dans le travail et préservant les droits et protections associés à la condition salariale sont anciennes. C’est bien le principe des coopératives de production (…). Au moment où l’institution salariale est attaquée de toutes parts, il est certainement temps de renouer avec ces réflexions pour lui redonner une légitimité et peut-être, à terme, la dépasser. »

 

[1] Sophie Bernard, “Salariat et capitalisme, la nouvelle donne”, Contretemps, 23 septembre 2020. Url: https://www.contretemps.eu/salariat-uber-nouvel-esprit/ 

[2] https://www.schwaab.ch/archives/2016/12/09/l-uberisation-des-emplois-cest-de-la-sous-enchere-uber-dumping/

[3] Karl Marx, Œuvres complètes, éd. Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, 1965, p. 203.

[4] Ibid.

[5] Ibid., p. 205.

Les plateformes numériques révolutionnent le monde du travail

Les outils digitaux transforment en profondeur l’espace professionnel. Depuis les années 2010, de nouveaux acteurs, les plateformes numériques, se sont servis des dernières innovations pour accaparer des parts de marché toujours plus importantes. Trois révolutions techniques ont permis leur émergence : l’Internet et le développement de réseaux à haut débit ; le Big data, c’est-à-dire l’agglomération et l’analyse de masses gigantesques d’informations commerciales, personnelles ou géographiques directement exploitables ; l’extension fulgurante des appareils mobiles (smartphones), permettant l’accès en tout temps à des milliards de consommateurs captifs. En faisant disparaître les frontières nationales, l’économie de plateforme bouscule l’ensemble des cadres réglementaires nationaux, tandis que l’usage d’intermédiaires délocalisés vide la fiscalité existante de sa substance. 

L’entreprise Uber, créée en 2009 en Californie, est le symbole planétaire de cette nouvelle économie globalisée exportant dans le monde entier le modèle sociétal américain, dont les contours normatifs chamboulent l’encadrement juridique des relations de travail définies dans la douleur au 20e siècle. Les plateformes numériques peuvent être considérées comme le dernier avatar du modèle de la firme américaine, né au 19e siècle, qui a accompagné l’expansion de la puissance des États-Unis. Les entreprises multinationales ont en effet toujours été des pièces maîtresses de la stratégie de conquête et de maintien de l’hégémonie américaine dans le monde. Elles ont contribué à structurer le commerce international, les modes de production et les règles fiscales et comptables. Fondamentalement, elles constituent des dispositifs géopolitiques et géostratégiques transnationaux qui exercent une pression diffuse (“soft power”) sur la politique des Etats-nations, et jouent un rôle central dans l’élaboration d’un compromis marchand libéral et supranational, d’obédience anglo-saxonne.

 

 

L’entreprise de type fordien, née au début du 20e siècle, a ainsi permis le développement de la consommation de masse. Les techniques du marketing et de la publicité assurent alors une simulation de l’aval par l’amont. Elles débouchent sur une croissance continue des volumes de production et une baisse des prix. Ce modèle connaît cependant une crise profonde dans les années 1970 en raison de l’internationalisation croissante des marchés, du choc pétrolier, et de l’émergence de concurrents plus agiles et innovants.

Dans les années 1980, les grandes entreprises américaines réduisent la voilure, se désyndicalisent, flexibilisent leur modèle de gestion, sous-traitent et délocalisent leur production dans des régions plus permissives, où la main-d’œuvre est moins chère. Naissent alors des entreprises « maigres », performantes, maillées en réseau, se transformant structurellement au gré des demandes du marché. Cette nouvelle dynamique favorise un boom de l’innovation technologique dans les années 1990, et l’émergence des plateformes numériques une décennie plus tard. Aujourd’hui, tous les domaines de la vie sont touchés par l’explosion de ces plateformes au fonctionnement extrêmement souple, contournant les limitations légales traditionnelles et faisant fi des frontières géographiques.

 

Dans un important rapport publié début 2021, l’Organisation internationale du travail a décrypté quelles étaient les implications de ces transformations pour les employeurs et les travailleurs. Selon l’agence onusienne, le nombre de plateformes en ligne et par géolocalisation (taxi et livraison) est passé de 142 en 2010 à plus de 777 en 2020. Une grande partie d’entre elles sont concentrées dans quelques pays seulement, notamment aux États‑Unis (29%), en Inde (8%) et au Royaume‑Uni (5%).

 Deux catégories de plateformes numériques existent : celles qui proposent du travail en ligne et à distance (pour des tâches comme la traduction, les services juridiques, financiers et les services de brevets, la conception et le développement de logiciels), et celles qui proposent du travail localisé (pour des tâches comme le taxi, la livraison, les services à domicile – par exemple d’un plombier – le travail domestique et la prestation de soins).

 

 

Les entreprises qui utilisent les plateformes de travail en ligne le font pour trois grandes raisons : simplifier les processus de recrutement ; réduire les coûts et améliorer l’efficacité ; accéder aux connaissances et à l’innovation. En effet, les plateformes de travail numérique ont permis l’accès facile à un réservoir mondial de prestataires aux compétences diverses. Certaines entreprises ont pu ainsi réorienter leurs stratégies commerciales dans certains secteurs et accéder à de nouveaux marchés. Le secteur de l’externalisation des fonctions d’entreprise connaît lui aussi une transformation substantielle. Beaucoup d’entreprises technologiques sous-traitent des tâches, telles que la révision de contenu ou la transcription, à des travailleurs de pays en développement.

Les plateformes numériques proposent généralement deux types de relations de travail : l’embauche directe (relation de travail salarié) ou l’intermédiation (mise en relation de clients et de prestataires de services à l’aide d’algorithmes). La première catégorie concerne principalement les personnes responsables du fonctionnement et du développement de la plateforme, tandis que la seconde concerne généralement les travailleurs livrant les prestations de l’entreprise. La plateforme de travail indépendant PeoplePerHour compte par exemple environ 50 salariés, alors qu’elle sert d’intermédiaire pour le travail de 2,4 millions de travailleurs qualifiés. Upwork, de son côté, propose les services de plus de 10 millions de travailleurs, mais refuse de se considérer comme leur employeur. 

Sur la plupart des plateformes numériques, les conditions de travail (horaires, rémunérations, propriété des données, etc.) sont réglées par des « accords de services ». Il s’agit de contrats d’adhésion dont les termes sont fixés unilatéralement par les plateformes. Ces contrats impliquent donc souvent des relations de travail proches du salariat, sans que les prestataires de services puissent accéder  aux nombreuses protections sociales et droits s’appliquant  habituellement au travail salarié.  

La plupart du temps, le statut des travailleurs est donc hybride, à cheval entre le travail salarié et celui d’indépendant. Ils sont par exemple souvent évalués sur la base de critères définis par des algorithmes, comme le taux de rejet et d’acceptation des prestations. En cas de notes trop basses, un grand nombre de plateformes n’hésitent pas à se séparer des travailleurs, sans préavis. Dans les faits, cela limite donc la capacité et la liberté des prestataires de refuser un travail, qui est un pourtant l’un des critères déterminants du statut d’indépendant. Les syndicats n’ont pas manqué de soulever ces problèmes, faisant de la régularisation de l’économie des plateformes l’un de leurs chevaux de bataille. 

Cela n’empêche pas les plateformes numériques de prendre de plus en plus d’importance, et d’attirer un nombre croissant d’individus désireux de compléter leurs revenus, de travailler à domicile ou d’avoir un emploi plus flexible – le COVID n’ayant fait qu’augmenter cette tendance. Il est aujourd’hui difficile de quantifier l’ampleur du phénomène, tellement les réalités sont diverses. 

Dans le cas des plateformes numériques, les développements économiques ont précédé ceux des droits humains. Afin de prévenir les nombreuses injustices sociales liées à cette nouvelle économie, il sera donc indispensable à l’avenir de redéfinir les aspects juridiques encadrant ces pratiques commerciales. La question est de savoir quelle devrait être la nature de cet encadrement, et si un retour pur et simple au travail salarié permettra véritablement de répondre à tous les défis posés par cette nouvelle économie.

Les mirages de l’« économie des promesses »

Innovation. Ce mot est aux lèvres de tous les décideurs politiques et financiers, dont les discours sont abondamment relayés par les médias. 5G, intelligence artificielle, internet des objets, géo-ingénierie, thérapies géniques… Aujourd’hui, une fièvre de nouveautés permanentes accapare tous les aspects de notre existence. Ruptures sociétales partout, qui transforment nos existences, nos conceptions, triomphent dans les entreprises, bouleversent les organisations, institutions et pratiques sociales. L’innovation, quelle que soit sa typologie, est souvent intimement associée au progrès technique, censé fournir toutes les réponses aux problèmes complexes de notre temps, qu’il s’agisse de la pollution, du réchauffement climatique, de la faim dans le monde ou des questions que soulèvent les mégapoles. 

Pour le philosophe Thierry Ménissier, c’est dans les années 1980, au sein de sociétés occidentales encore secouées par les conséquences de la guerre du Vietnam et la fin des Trente Glorieuses, que le paradigme actuel de l’innovation, synonyme de réorganisation permanente et de rendements immédiats, s’est développé. Jusqu’à l’excès, et chacun fait croire qu’il invente, même s’il ressasse. Bien souvent, en effet, les innovations vendues à grand coup de campagnes marketing ne sont qu’un écran de fumée dissimulant des logiques de rentabilités plus prosaïques. Elles alimentent une « économie de la promesse » portée par des milliers de start-upeurs cherchant à séduire des business angels dont ils tentent de soutirer l’argent, à l’occasion de grandes conférences internationales ou de soirées mondaines.

 

Plusieurs sociologues ont étudié les formats les plus spectaculaires, désormais bien connus, de ce « tech-entertainement ». Ces rendez-vous de l’innovation « attirent des publics nombreux, avides de leçons de choses sur les technologies du futur et le futur des technologies. Les conférences Technology Entertainement Design (TED) illustrent cette dramaturgie. Elles ont installé la persona de l’entrepreneur charismatique, « inspirant », « évangéliste », qui s’incarne dans des role-models, comme aujourd’hui l’entrepreneur en série et « visionnaire » très médiatisé Elon Musk (président-directeur général de SpaceX et de Tesla entre autres), dont chaque prise de parole publique (notamment via Twitter) est dûment scrutée et commentée »[1].

 

Tout cet écosystème est orchestré par des intermédiaires, des analystes influents, think tanks et autres cabinets de conseil, qui doivent composer avec la surabondance de l’offre de promesses et optimiser les stratégies de captation de l’attention, rendue volatile par le bruit médiatique et la surenchère. La compagnie américaine de conseil Gartner, a décrit de façon schématique les différentes phases de l’intérêt pour une technologie émergente (« cycle du hype ») : le déclencheur d’innovation, le pic des attentes exagérées (ou « hype »), le gouffre de la désillusion, la pente de l’illumination et le plateau de productivité[2].

 

Ce cycle du hype est un modèle subjectif (non scientifique) d’analyse de l’émergence technologique, mais il reste intéressant pour penser l’engouement autour de l’innovation. En réalité, bien peu d’innovations techniques marketées comme disruptives atteignent un « plateau de productivité » suffisant pour devenir économiquement pérennes. D’autres, comme les tests sanguins de la très médiatique Theranos, sont simplement un miroir aux alouettes destiné à attirer l’attention de nouveaux investisseurs soucieux de rentabiliser leurs avoirs. Dans le lot, certaines innovations techniques parviennent néanmoins à devenir des standards de société, justifiant l’existence du socle idéologique sur lequel repose l’« économie des promesses ».

 

Bien plus que le néolibéralisme, abondamment critiqué depuis plusieurs années, l’idéal techno-scientifique est devenu en un siècle l’idéologie dominante des sociétés occidentales, adoptée et promue à des niveaux divers par tous les bords politiques. C’est lui qui sous-tend nos modes de vie, nos rêves de croissance matérielle et de progrès, dont le dernier avatar est le transhumanisme. Cette idéologie masque cependant toute la fragilité du système technicien, pourtant identifiée dès les années 1950 par plusieurs intellectuels. Jacques Ellul, par exemple, fut l’un des premiers à souligner à quel point la technique est intrinsèquement incertaine, imprévisible et ambivalente.

 

Ainsi, à chaque avancée technologique est associé un certain nombre d’effets indésirables, parfois plus graves que le problème initial à résoudre. La liberté de déplacement qu’offre l’automobile se paie par exemple d’heures perdues dans les embouteillages engendrés par la massification de son usage, de la stérilisation des sols désormais bitumés et de la pollution croissante de l’air. Même constat pour le smartphone. En 2018, à peine dix ans après la commercialisation du premier iPhone par Apple, 1,4 milliard d’unités étaient vendues, et trois milliards d’individus possédaient au moins un smartphone dans le monde (Statista, 2019). Opportunité de communiquer partout et en tout temps, mais également consommation accrue de ressources naturelles en raison d’une faible durée de vie (moins de deux ans en moyenne pour la France, selon une étude de Kantar Worldpanel, 2017), et surtout problèmes de dépendance, de comportements addictifs et d’isolation au monde et à autrui.

 

Toute innovation technologique génère donc des externalités et des dilemmes. Paradoxalement, pourtant, à mesure que ces dilemmes deviennent visibles, l’innovation se pare de plus en plus systématiquement d’un discours vertueux sur le bien commun et l’avenir de la planète. Comme le souligne Aurélien Acquier, professeur à l’ESCP Business School (Paris) : « À grand renfort d’anglicismes, les technologies multiplient les promesses : technologies pour le bien commun (tech for good), investissement à impact positif (impact investing et green bonds), les villes intelligentes (Smart Cities) dont le but est d’optimiser les systèmes urbains, les « green by IT » qui promettent de réduire l’empreinte écologique d’un service grâce aux technologies numériques, ou l’intelligence artificielle ouverte (open AI) promouvant officiellement une intelligence artificielle qui bénéficie à l’ensemble de l’humanité. Dans un contexte d’incertitude normative et technique, les entreprises qui promeuvent une technologie cherchent ainsi à construire le cadre de légitimité dans lequel elles souhaitent s’inscrire, en hiérarchisant les enjeux normatifs qui entourent leurs innovations. »[3]

 

Face à ce constat, il semble urgent de retrouver le sens des priorités, en sortant du tout technologique. Sans nier les nombreux avantages de la technologie, il s’agit, dans ce domaine, de développer une philosophie sociétale privilégiant la « sobriété heureuse » plutôt que la croissance à outrance. Il faudrait aussi découpler le processus d’innovation de la technologie. La complexité grandissante du monde nécessite en effet le développement d’une pensée complexe, qui ne peut reposer sur une logique binaire (pour un problème A, il faut trouver une réponse unique B). Ainsi, chaque problème devrait être étudié de façon holistique, au plus proche de la réalité, en étudiant le plus grand nombre de variables possible. Pour y parvenir, une idée serait d’encourager les échanges entre parties prenantes concernées par une même problématique sociétale. Beaucoup d’entrepreneurs, tous domaines confondus, se sont déjà engagés dans cette direction, bien loin des paillettes du monde des « scale up » et autres « licornes ». De nouvelles solutions de financement sont à imaginer pour soutenir leur développement. Des chantiers ambitieux, mais qui sont à la hauteur des défis auxquels il nous faut collectivement faire face aujourd’hui.

 

[1] Daniel Compagnon et Arnaud Saint-Martin, « La technique : promesse, mirage et fatalité », Socio [En ligne], 12 | 2019, mis en ligne le 25 avril 2019, consulté le 17 mai 2021. URL : http://journals.openedition.org/socio/4401

[2] https://www.gartner.com/en/research/methodologies/gartner-hype-cycle

[3] https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/276090-linnovation-technologique-lepreuve-de-lanthropocene

 

Introduction de la mutation de nos modes de vies et de nos croyances

Des heures sombres et imprévisibles surviennent. Elles nous secouent et  nous secoueront encore. Et au-delà de toute prescription, il est important de prendre un moment et de considérer l’impact de nos modes de vie et de nos habitudes au regard de l’histoire. Elle nous renseigne sur les conséquences de nos fébrilités, de notre rapport à autrui et de l’orientation qu’ont emprunté nos politiques économiques et sociales au fil des derniers siècles. Nous sommes actuellement dans une position privilégiée pour examiner précisément notre héritage historique, lui donner un sens plus profond et devenir les acteurs de notre destin commun.

Chaque crise conduit à une remise en question populaire et politique radicale. Des prises de conscience qui forgent la nécessité d’agir différemment et de préserver l’essentiel; la vie et tout ce qu’elle englobe. La Grande Peste du 14ème siècle fut l’un des facteurs de l’effondrement de la vision médiévale du monde. C’est en partie sous cette impulsion que nous avons perdu la sécurité morale que nous procurait l’explication de l’univers fournie par l’Église. Dénonçant la corruption politique et l’adhésion dogmatique, les réformateurs de la Renaissance ont ainsi cherché à se libérer des entraves intellectuelles fondées, selon eux, sur des spéculations et des superstitions. Le policier remplaça le prêtre, l’esprit scientifique surplomba le religieux comme seule forme efficace de protection de la vie des peuples.

À l’issue de cette bataille avec l’Église médiévale, les savants pouvaient librement étudier les phénomènes terrestres excluant la sphère spirituelle propre à l’Église. Quelques progrès techniques sont à l’origine d’une rupture avec le Moyen Âge marquant l’avènement d’une nouvelle ère. La découverte de l’artillerie donne une nouvelle forme à la guerre. L’invention de l’imprimerie, milieu du xve, accélère la diffusion des savoirs. L’introduction de la pomme de terre, en provenance d’Amérique, dans l’alimentation européenne, à partir de 1534 en Espagne, va atténuer le problème des famines. Parallèlement, des phénomènes sociaux importants touchent l’Europe. On remarque la sécularisation progressive des sociétés européennes. Un développement du protestantisme et de l’humanisme ainsi que les prémices des mutations radicales à venir que sont les révolutions, le capitalisme, le nationalisme et la rationalisation.

À partir du 18eme, l’Église exerçait moins d’influence. De nouvelles sources d’énergie ont été exploitées s’ajoutant aux découvertes de l’époque et provoquant l’émergence d’une révolution industrielle sans précédent. Le matérialisme scientifique remplaça les vieilles idées de l’Église sur la vie. L’accroissement de la production de marchandises a permis à une population de plus en plus nombreuse d’accéder à une certaine sécurité matérielle. La foi était donc placée sous la houlette des sciences et du progrès. Le médecin remplaça le policier comme le meilleur rempart contre la mort. Les penseurs de l’époque commencèrent à soutenir que les besoins humains, étant insatiables, nécessitaient une expansion illimitée des forces de production indispensables à leur satisfaction. Le désir insatiable, jadis condamné comme étant une source de frustration, de malheur et de désarroi spirituel, commença alors à être envisagé comme un puissant stimulant au développement économique. Nous sommes passés en quelques siècles d’une autorité fondée sur la foi, à une autorité fondée sur le respect de l’État de droit.

Au cours des 18, 19 et 20eme siècles, cette nouvelle vision du monde s’est élargie et s’est enracinée dans la psyché collective. L’Europe fut marquée par la naissance des États modernes qui fut traduite par les mutations techniques, économiques et sociales importantes de la deuxième révolution industrielle. Plus les hommes dressaient la carte des phénomènes physiques de l’univers et les nommaient, plus ils pouvaient sentir que le monde dans lequel ils vivaient était explicable, prévisible, voire ordinaire et banal. Les phénomènes religieux sont apparus progressivement comme tabou, jugés abstraits et désuets. Ainsi et pour nous sentir en sécurité, nous avons dû rétrécir notre conscience de la vie, adopter une vision étroite ancrée dans la philosophie cartésienne et le mercantilisme forgeant notre époque contemporaine. En se concentrant uniquement sur les aspects technologiques et économiques de la vie, on avait fait l’impasse sur toute une partie de l’expérience humaine. La vision esthétique et sensible de notre environnement était éclipsée par une conception purement utilitaire selon laquelle un arbre n’était pas apprécié pour sa beauté intrinsèque mais pour sa valeur monétaire. 

Une rupture profonde avait été entamée. La menace d’une annihilation nucléaire, l’amenuisement des ressources naturelles, les prédictions justifiées d’un désastre écologique furent les conséquences d’une course effrénée, toujours plus technique et inégalitaire. Un bagage historique, marquant l’avènement d’une époque de grand idéalisme mais aussi de conflits sans précédent. À partir des années 1960, on assista à l’abolition progressive de la ségrégation, la naissance et l’application de la discrimination positive. Nous sommes devenus suffisamment conscients pour qu’une masse d’individus ait l’intuition que la culture occidentale avait ignoré les dimensions les plus élevées de la vie humaine. La sécurité matérielle avait progressé à un tel point que nous pouvions nous occuper des problèmes sociaux fondamentaux. Mais, à cette même époque, l’économie industrielle classique s’essoufflait et les taux de profits avaient tendance à décroître.

Les décennies qui suivirent furent marquées par l’érosion de l’autorité des institutions, cristallisée notamment par le scandale du Watergate en 1974. On assista également aux prémices de la financiarisation du monde. L’indépendance des fonds de pension (Loi ERISA 1974) et la libéralisation des marchés financiers (mai 1975 – libéralisation des opérations sur le New York stock exchange) orientèrent l’épargne des ménages vers les entreprises cotées. La déviation de l’épargne de masse par les fonds de pension à travers les marchés financiers et vers le capital des entreprises permis ainsi d’obtenir des moyens considérables pour investir, à un moment critique de l’histoire. La quête des entreprises pour acquérir ses capitaux firent émerger l’impératif besoin de compétitivité des entreprises. Il fallait ainsi être plus innovant, plus rapide, plus flexible et moins coûteux pour recevoir les flux financiers des marchés et continuer d’assurer sa croissance. C’est sous cette impulsion que la financiarisation de l’économie créa une période de prospérité remarquable. 

Les innovations et les transformations économiques considérables qu’ont apportées l’informatique, l’internet, le génie génétique ou les matériaux composites témoignent de la vitalité de cette économie. L’implantation de la production dans des pays émergents, pour des questions de coûts, également. L’hyperconsommation fut prônée pour garantir des débouchés tangibles à l’innovation, absorber la masse de produits et leur rotation accélérée que représente l’obsolescence programmée. Elle fit place à une culture mondiale de la vitesse, de la facilité et du désir d’une abondance infinie sans prise en compte des limitations humaines et environnementales. La performance à outrance et la gouvernance d’objectifs financiers décorrélés des réalités humaines devinrent la norme. Ainsi, l’économie financiarisée produisit une immense roue dans laquelle chacun court pour attraper sa subsistance. Une course où l’on court plus vite que soit même, ou l’on s’épuise autant que nos ressources.

« Comment se fait-il que des gens sérieux continuent à croire au progrès alors que les évidences les plus massives auraient dû, une fois pour toutes, les conduire à abandonner cette idée ? » – Christopher Lasch

Certains y trouveront un blâme, d’autre un réquisitoire contre une logique libérale qui a coupé l’Homme de son semblable, et qui en a fait un outil, une machine à produire pour répondre à des abstractions financières. Il est indécent de croire que cet acharnement nous conduirait vers plus d’épanouissement et de satisfaction. Nos maux sont aussi nos signes. Des faits révélateurs de nos sources de dépendance comme l’illustre la manière dont nous avons organisé la globalisation marchande avec des chaînes de valeur internationale en flux tendu nous rendant extrêmement vulnérables et fragiles dans des contextes comme ceux que nous connaissons. Et c’est bien l’adversité qui révèle au grand jour nos manquements et le défaut de nos choix. Les États occidentaux cherchent à rompre leur dépendance chinoise. Les rapatriements des capacités de production ou leurs délocalisations chez des pays limitrophes sont des véritables sujets. Les politiques d’investissements autour de l’écologie et de la santé seront accélérées. 

Ne sommes-nous pas à l’apogée de notre propre progrès et paradoxalement à celui de notre propre perte ? Est-ce que nos technologies et notre incessante volonté d’automatiser, de trouver de nouvelles innovations productives pourraient recouvrir un sens plus profond, plutôt qu’un semblant de promesse ? Ne devrions-nous pas trouver de nouveaux relais de croyance durables plus que des relais de croissance ? 

L’histoire nous apprend que ce sont nos prises de conscience qui ont forgés l’histoire. Nos solidarités qui ont concrétisés nos modes de vie. Il ne tient qu’à nous d’orienter nos initiatives. Il ne tient qu’à nos institutions, si elles le peuvent encore, d’accompagner ce changement. Nous devons embrasser un autre système de valeur capable de nous libérer de l’obsession de la quête infinie de croissance. Les limites du bien-être matériel qui a caractérisé l’âge moderne nous poussent à ouvrir notre esprit à une nouvelle conception d’un monde plus juste.

Un changement de paradigme est urgent. Les spectres de la peur et du confort ne font pas bouger les lignes et restent cristallisés dans des débats et divagations qui trahissent notre nécessité d’action. Ce sont ainsi, des mesures obsolètes décorrélées des réalités de nos semblables, de nos économies et de notre environnement qui sont prises. 

Des crises nous subissons, des crises nous subiront dans les prochaines années. Qu’elles soit sanitaire, environnementale, sociale et économique. Ces événements plus fréquents marqueront notre époque et nous révéleront à nous-même. C’est bien cette époque qui nous demande de véritablement prendre conscience des défis qui sont les nôtres, de notre nécessité d’agir.

«  L’effort de la volonté individuelle ne peut vraiment porter des fruits que si cette volonté aspire en même temps à un ordre « supérieur » ou plus vaste. Philip Novak.

 

Sources:

Pierre Yves Gomez – Le travail invisible

La prophétie des Andes – James Redfield

Jacques Attali – Que naitra-t-il 

Jean-Marc Piotte – Les neuf clés de la modernité 

Christopher lasch – La culture du narcissisme

Des inégalités croissantes, une épidémie durable

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale et des abominations qu’elles ont suscitées, nous retrouvions la paix. Certes fragile, mais nous la souhaitions pour longtemps. C’est à ce moment précis que nous laissions la place à des États forts et à des institutions régaliennes, responsables de la reconstruction à venir.

S’en suivit une forte croissance accompagnée d’une croyance nouvelle en un avenir plein de promesses ou prospérité matérielle et stabilité nous firent oublier les maux du passé. La frénésie des modes et la soif de consommer suscitèrent l’absolu besoin de faire toujours plus et d’accroître son hégémonie. Ce fut d’abord celle des États, puis celle des entreprises de plus en plus globalisées, puis enfin celle des individus.

À la stabilité ainsi qu’aux décennies de prospérité et de progrès techniques, ne s’en suivirent pas moins de 60 années de régression: entre confrontation des états et libéralisation débridée. Et c’est ainsi que sur un échiquier globalisé, la politique a laissé la place à une dangereuse compétition aux orientations anglo-saxonnes du « winner takes all ». Une guerre économique débridée ou le politique semble, à tort, faible et impuissant.

Cette guerre économique et cette financiarisation du monde engendra ainsi un besoin inextricable d’innover, de devenir global, et de toujours s’engager sur ce que, de près ou de loin, permet de croître et de satisfaire l’appétit de l’Homme rassasié. Une psychologie ou l’environnement ou la diversité ne peut trouver de place que lorsqu’elle peut permettre de se différencier, d’acquérir de nouvelles parts de marché. Alors, sous cette frénésie, c’est toute une génération qui a emboîté le pas et qui veut faire différemment avec les mêmes codes et outils que leurs prédécesseurs sans considérer l’hérédité qui est la leur.

À l’heure du marasme économique, des pandémies qui se succèdent et de l’accroissement des inégalités que pouvons-nous espérer ? Que pouvons-nous demander ?

  • Que les artifices et la désinformation cessent pour laisser place à une action citoyenne fondée sur une compréhension réelle des enjeux qui sont les leurs.
  • Une réorientation des flux financiers et des ressources autour des secteurs essentiels à notre sécurité alimentaire, sanitaire, environnementale et technologique.
  • Une école qui forme aux enjeux de notre siècle.
  • Des entreprises qui coopèrent et agissent non plus selon ce besoin d’hégémonie globalisée, mais qui joue son rôle dans les maillons complexes de nos économies intérieurs.
  • C’est aussi se recentrer sur les intelligences, celles de la pensée, de la conception et de la production. Ainsi, rompre avec des chaînes de dépendances que nous avons optimisées depuis des décennies.

Les inégalités se creusent, l’économie fragilisée se heurte aux dettes souveraines, aux surendettements des entreprises et des ménages. Là où le FMI prévoyait un taux de croissance mondial de -3% en 2020. Cette estimation a été révisée à la baisse, à -4,9%, à cause des effets négatifs de la pandémie de Covid-19. Le Fond prévoit un taux de croissance mondial de 5,4% en 2021, alors qu’il prévoyait, dans le rapport précédent, un taux de 5,8%. Est-ce bien représentatif de nos réalités ?

Les faillites et les dépôts de bilan se multiplieront, non pas pour laisser place aux champions optimisés, digitaux et toujours plus globalisés mais pour laisser des pans entiers de nos économies vidés de leur substance par des politiques ou le mimétisme entre États est devenue la norme.

Quid du futur ? Quid du déclassement des peuples des pays développés jusqu’à présent préservés? Quid de l’économie et du besoin urgent d’entamer une rupture avant de heurter l’iceberg écologique ?

La pandémie rebat les cartes et encore une fois, les redistribue à ceux qui sauront faire fi des illusions et des calculs entretenus depuis plus de 60 ans.