Le durcissement de la politique monétaire va aggraver la situation

Les banques centrales des pays occidentaux, y compris la Suisse, continuent à imposer une trajectoire à la hausse pour les taux d’intérêt directeurs, qui dès lors poussent les banques à augmenter leurs propres taux d’intérêt sur les crédits octroyés aux agents économiques, à savoir les ménages, les entreprises et le secteur public.

La doxa monétariste veut (faire croire) que cette hausse permettra de juguler la forte augmentation des prix à la consommation, devenue problématique au vu du renchérissement engendré par différents facteurs parmi lesquels la guerre en Ukraine et les goulots d’étranglement dans les chaînes de production suite à la pandémie du Covid-19.

Si les banques centrales persistent à durcir la politique monétaire dans les économies soi-disant «avancées», elles risquent en réalité d’aggraver le renchérissement qu’elles prétendent combattre; les firmes qui doivent payer des charges d’intérêts plus élevées sur les emprunts bancaires dont elles ont besoin pour financer leurs coûts de production répercuteront cela sur les prix de vente de leurs produits, qui par conséquent augmenteront davantage. De l’autre côté, les collectivités publiques seront aussi contraintes à payer davantage d’intérêts pour (re)financer leurs propres dettes, qui d’ailleurs devraient augmenter de manière considérable afin de soutenir l’ensemble du système économique en cette période fort troublée à l’échelle globale.

Les gagnants (à court terme) de ces politiques monétaires restrictives seront donc les banques, qui pourront augmenter leurs profits grâce à des recettes d’intérêts plus élevées. Or, le secteur bancaire dans son ensemble risque de se retrouver en graves difficultés financières à plus long terme, si le nombre de faillites d’entreprises explose conséquemment aux problèmes grandissants au niveau macroéconomique.

Il n’y a qu’une solution à cet état de fait: augmenter les dépenses publiques pour mettre de l’argent dans la poche des personnes n’arrivant pas à mener une vie digne avec leur propre revenu, soit-il celui gagné sur le marché du travail ou reçu par les assurances sociales (l’assurance-chômage et les systèmes de retraite). La solution n’est donc pas technique (aux mains des banques centrales) mais politique (aux mains des autorités législatives et exécutives). C’est la raison pour laquelle la crise continue de s’aggraver et ne sera vraisemblablement pas résolue dans l’intérêt général et pour le bien commun.

Il en a d’ailleurs été de même avec la pandémie du Covid-19: l’État a mis l’accent sur la responsabilité individuelle et les personnes faibles et vulnérables en ont par conséquent souffert davantage que les autres, en Suisse comme dans le reste du monde. Il n’en sera pas autrement avec la crise énergétique et la perte de bien-être de la classe moyenne suite au renchérissement et aux problèmes conséquents sur le marché du travail, qui ne tarderont à s’avérer. Plutôt que d’agir par une politique de l’offre – comme les crédits «Covid-19» que les banques en Suisse pouvaient offrir aux entreprises avec le cautionnement de la Confédération –, il faudrait agir par une politique de la demande visant à soutenir et relancer les dépenses de consommation des ménages, considérant les problèmes climatiques pour inciter l’ensemble des agents économiques à entamer un virage radical en faveur d’une transition écologique devenue d’autant plus urgente après l’éclatement de la guerre en Ukraine.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

35 réponses à “Le durcissement de la politique monétaire va aggraver la situation

  1. SVP Sergio, quid du remboursement des crédits COVID aux entreprises, qui je crois étaient la première année à taux zéro, mais que les banques Cantonales pouvaient ensuite ajuster avec leurs coûts réels.
    Connais tu la situation actuelle?
    Merci
    Serge

        1. En effet Serge, car le Conseil fédéral a décidé de ne pas adapter les taux d’intérêt des crédits COVID-19 “à la fin du mois de mars 2022 pour les 12 mois à venir, c’est-à-dire jusqu’en mars 2023″. Le taux d’intérêt pour les crédits jusqu’à 500’000 francs reste donc à zéro et celui pour la part cautionnée par les organisations de cautionnement au-dessus de 500’000 francs à 0,5%. Ces prêts doivent être entièrement amortis en l’espace de huit ans à compter de leur octroi. Il est toutefois possible de prolonger ce délai de deux années supplémentaires au maximum”.

          Bien à vous

  2. Oui, la fameuse relance par l’investissement (dépenses de l’Etat).

    Mais, vous oubliez certains paramètres dans la situation actuelle: la hausse des prix provient surtout de l’énergie et des matières premières donc d’importations (souvent fixés en USD).

    Si le taux d’intérêt de votre monnaie stagne alors que celles des autres monnaies augmente, alors votre monnaie se dévalue: le prix des matières premières explose et l’inflation s’accélère encore. C’est un cercle vicieux.

    De plus, pour financer les investissements, vous augmentez la dette donc vous affaiblissez encore votre monnaie. Et si le risque devient trop grand pour vous refinancer alors les taux risquent d’exploser de toute façon.

    Or, deux ans de Covid ont déjà passablement dégradé la situation financière des Etats. En pratique, seuls les USA pourraient se permettre une telle politique.

    Je pense qu’une grande partie de cette hausse des coûts est purement spéculative car elle n’a aucun rapport avec les fondamentaux. Il devrait certes y avoir une hausse mais une amplitude de 60 à 100 % est insensée (électricité, gaz, pétrole). Tout cela fait penser aux achats de papier toilette au début de la pandémie. D’ailleurs, le prix du baril est retombé mais pas le prix à la pompe.

    Le marché ne fonctionne pas dans de tels cas. Il faudrait introduire des méchanismes de régulation temporaires dans de tels cas pour éviter des dérives qui peuvent détruire le système durablement.

    1. Vous n’imaginez même pas la solution la plus probable: la pénurie réelle.

      “Je pense qu’une grande partie de cette hausse des coûts est purement spéculative car elle n’a aucun rapport avec les fondamentaux.” C’ets quoi les fondamentaux ?

      L’Europe n’a pas de problème d’approvisionnement en gaz et en électricité, car les gros consommateurs industriel ont arrêté de produire et donc de consommer de l’énergie (voir https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/10/03/choc-gazier-a-travers-l-europe-ces-industries-qui-risquent-la-delocalisation_6144125_3234.html). SI les fondamentaux étaient bons, pourquoi l’arrêt des gros consommateurs n’a pas permis de faire redescendre les prix ? Parce qu’il n’y a pas assez d’énergie.

      Le gaz russe permettait de faire tourner l’économie européenne, en fournissant combustible et matière première, même la production d’électricité était dépendante de cette énergie primaire.

      Et il ne faut pas espérer que la situation va s’améliorer: dans 10 ans, le pétrole va connaître la même situation que le cause, car l’extraction n’arrive pas à atteindre les volume des années précédentes. En 2018 et début 2020, on a atteint une consommation de plus de 100 millions de baril par jour. Et malgré une hausse des prix du pétrole de puis fin 2021, on n’arrive toujours pas ce volume, malgré le fait que l’on privilégie autant que possible la consommation de mazout au lieu du gaz. Et on doit remercier les Chinois avec leur politique zero Covid: si l’industrie chinoise tournait à plein régime, on ne sait pas où s’arrêterait la hausse des prix des énergies.

      Les fondamentaux énergétiques ne sont pas bons en Europe particulièrement mais dans le monde aussi. Le pire, c’est que l’on ferme des unités de production électriques (centrales nucléaires en Belgique et en Allemagne) sans compensation équivalente. Le future est très gris tout a coup.

      1. Vous avez mal interpreté mes propos. Je n’ai pas dit qu’il y avait moins d’énergie à disposition mais que, comme toujours, le marché surréagit créant ainsi un effet domino dangereux sans relation avec la situation à l’instant “T”.

        La future sur le baril est monté à près de 130 et est revenue autour de 80 (niveau 2021). Une simple nouvelle sur le front de la guerre fait varier le prix de 10 %. Les grands gagnants sont les companies pétrolières dont les coût de prodution restent similaires mais les profits explosent. L’offre est d’ailleurs maintenant trop importante et la baisse des cours ne plaît pas:

        https://www.latribune.fr/economie/international/avec-une-baisse-de-son-offre-l-opep-veut-reprendre-le-controle-du-marche-petrolier-935214.html

        Ce yoyo qui enrichi certains acteurs et met le reste de la société en faillite est invivable. Il faut alors une régulation des prix (offre et demande) pour éviter des faillites totalement artificielles.

        Il ne faut donc pas confondre le court terme avec le fait que le prix de l’énergie sera probablement plus élevé à moyen/long terme. Mais quand on a le temps de s’adapter, il est alors possible d’équillibre le système.

        Cela ne change rien à ma thèse: en cas de pénurie de matières premières importées, la relance par l’investissement public au niveau national est peu utile. Ce qui “sauve” la Suisse actuellement, c’est la force actuelle de son franc. La situation est bien moins enviable dans certains pays voisins (chute EUR vs. USD).

        La dimension géopolitique introduite par votre article mérite par contre un autre blog. A part l’Europe, le reste du monde ne semble pas avoir trop de problèmes d’approvisionnement énergétique. Le Moyen Orient et la Chine achète l’énergie Russe à prix cassé. Si ce conflit devait se prolonger, les cartes pourraient effectivement être redistribuées.

        Mais l’article révèle une situation de dépendance particulière au gaz en Europe (utilisé pour la fabrication d’engrais) que l’on ne peut pas généraliser. Une lecture trop superficielle de l’article (le titre ) pourrait donc amener à des conclusions exagérées.

        Par contre, dans ce contexte, le sabotage irréversible des deux gazoducs est un évènement majeur très inquiétant car il va affecter durablement l’approvisionement en gaz en Europe. Si je reprend l’exemple de votre usine d’engrais, c’est plutôt cela qui m’inciterait à délocaliser. Il reste cependant les autres sources d’énergies qui dépendent d’autres facteurs (renouvelable, nucléaire, etc).

        Mais l’Europe est souveraine et a choisi sa voie, n’est-ce-pas ?

      2. Désolé, j’ai oublié de répondre sur les fondamentaux: offre et demande.

        La Russie, c’est 17 % de la production mondiale de gaz et 13 % du pétrole.

        Vu que la Russie augmente ses volumes avec la Chine, le volume global à compenser est moindre. C’est donc gérable: d’autre pays (Moyen Orient, Algérie, USA, etc) ont augmenté leurs volumes pour compenser.

        Il y a donc une baisse temporaire de 15 % de l’offre et la demande est constante voire en baisse à cause du Covid. Pas de quoi de faire exploser les prix de 162 % (de 80 à 130 le baril) – surtout en ‘été !

        Il s’agit donc plus de “changements de fournisseurs” que d’une pénurie globale. C’est surtout l’Allemagne qui est rappelée à l’ordre vu sa forte dépendance au gaz Russe.

        A noter que les USA sont No 1 dans tous les domaines et disposent encore d’une forte marge de manoeuvre pour vendre leur énergie. Ce sont donc les grands gagnants de ce “rééquilibrage” énergétique.

        La France dépend à près de 80 % du nucléaire pour l’électricité (2ème mondial en terme de production 61 GW derrière les USA 96 GW). La Chine produit 50 GW. Corée du Sud, 23 et la Japon 32.

        Mais l’Ukraine se classe très bien pour la production nucléaire (2ème en terme de nucléaire pour sa consommation). Le hasard ?

        1. CQFD: l’OPEP vient de décider de réduire sa production de 2 mio de barils pour maintenir les prix hauts.

          Injecter de l’argent ne sert à rien: vous ne faites qu’augmenter la demande donc alimenter l’inflation. Le problème est d’ordre géo-politique.

  3. En effet, à force de réciter inlassablement leurs mantras, il ne fait désormais plus aucun doute que les “ayatollahs du néolibéralisme” ont perdu la tête. Mais le plus grave ne réside-t-il pas au fait que la plupart des technocrates de la politique-politicienne ont fini par les croire? Et si le “syndrome de Stokholm” s’inscrit plus que jamais dans les gènes de nos “sociétés développées”, il serait enfin venu le temps de réhabiliter les experts hétérodoxes, car même la politique de l’offre reste toujours dévoyée par les monétaristes (orthodoxie).
    —-
    RAYMOND
    5 septembre 2022 à 19 h 52 min

    Revenons sur la façon de penser l’économie de l’offre, si les lecteurs le veulent bien, puisqu’elle navigue à l’envers de son fonctionnement réel. Dans l’économie réelle, c’est la demande anticipée par les entreprises qui détermine leur production et donc aussi le volume de travail et de biens d’équipement dont elles ont besoin dans le présent et à l’avenir: c’est la demande espérée qui engendre à la fois l’offre de produits, l’emploi et l’investissement. Si les entreprises ont besoin d’argent pour financer leur production et leurs investissements, elles pourront emprunter les fonds nécessaires d’autant plus aisément que leurs perspectives de ventes futures seront bonnes, c’est-à-dire dans une phase d’expansion et de confiance en l’avenir. Une banale évidence? Effectivement, mais c’est aussi un moyen de démontrer l’incongruité du modèle qui inspire nos élites dirigeantes depuis 40 ans.

    En réalité, l’économie de l’offre prend en effet le circuit économique élémentaire, comme décrit ci-dessus, en sens exactement inverse. Elle raisonne comme si les entreprises employaient les gens tant que ceux-ci sont disponibles et non pas tant qu’elles peuvent vendre ce que ces gens produisent; comme si elles investissaient tant que l’on peut emprunter des fonds à des taux d’intérêt raisonnables, sans se soucier de la clientèle future qui sera nécessaire pour rentabiliser les investissements et rembourser la dette; comme si elles vendaient leurs biens ou services parce qu’elles les ont produits, et non pas parce qu’elles ont des acheteurs! Tout se passe donc comme si “chaque offre engendrait sa propre demande”.

    Par quelle magie? Par la magie des marchés parfaitement concurrentiels et des marchés financiers parfaitement efficients selon la logique néolibérale. Or, c’est très loin d’être le cas dans nos économies globalisées et totalement financiarisées. Est-il utile de préciser que cette logique s’inscrit dans le (profit à) très court terme et ne tolère que peu de marge de manœuvre, comme ces grandes entreprises qui seront tout de suite enclines à augmenter les prix de leurs biens ou services au premier aléa majeur (tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement des matières premières et confinements durant la pandémie et rupture des chaînes d’approvisionnement énergétique et agricole avec le conflit géopolitique).

    L’économie de l’offre, chère aux économistes mainstream – au détriment de l’économie par la demande chère aux économistes hétérodoxes -, révèle à présent et plus que jamais ses affres au grand jour.

  4. Hormis que pour le monde politique la classe moyenne ne correspond pas à la réalité
    La vrai classe moyenne aujourd’hui travaille pour un couple a deux pour s’en sortir et n’a droit à aucun aide, est dans fourchette d’imposition qui monte le plus vite (taux marginal) et va rapidement ne plus pouvoir s’en sortir

    Ce n’est pas d’aide et de social complémentaire qui au final ne change rien pour la grande majorité des gens….mais d’une vrai politique qui arrête de prendre des décisions à court terme sans vouloir accepter ce que ceci implique

    Décision Covid totalement stupide (pas qu’en Suisse) qui est une part important de l’inflation actuel…décision des banques centrales absurde, décision politique et géostratégique avec la Russie

    En fait, je crois que le bouchon est allez aussi loin et aussi bêtement que seul n électrochoc terrible permettra de remettre à zéro les compteurs et ceci ne se fait jamais dans la douceur

  5. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Nouvelle saison (1) : Ils ont déjà tout oublié !

    En effet, rappelons-nous les chocs pétroliers des années 70 qui auront – au final – sonné le glas des différents dispositifs imaginés par la Banque Nationale Suisse (BNS) pour réduire dès lors l’augmentation du cours du franc suisse (monnaie forte/valeur refuge). Les difficultés économiques de la Suisse auront ainsi persisté au-delà de cet autre choc en devenir – avec la mauvaise maîtrise des injections de liquidités (relance monétaire en l’absence de la courroie de transmission budgétaire) dans l’économie pour réduire les effets du krach de 1987. Avant ce point fatidique, un vent d’optimisme soufflait à nouveau aux États-Unis à l’ère du changement de paradigme par les monétaristes. N’est-ce pas avec le slogan “America is Back” que le populaire Ronald Reagan achevait son deuxième mandat? Le même acteur hollywoodien qui -“grâce à sa révolution ultra-libérale” – avait restauré la confiance dans son pays en éloignant les vieux démons des chocs pétroliers des années 70. Toujours ce même “cowboys” qui affirmait dans son discours d’investiture, le 20 janvier 1981 : “l’Etat n’est pas la solution à notre problème, l’Etat est notre problème” ! Il n’en faudra pas moins, comme pain béni, à l’économiste Eugène Fama – un des pères du monétarisme et de l’idéologie néolibérale – pour affirmer péremptoirement “que l’hypothèse des marchés efficients est une affirmation simple qui dit que les prix des titres et des actifs reflètent toutes les informations connues” (ce qui deviendra un dogme). Car, en effet, c’est suite aux travaux d’économistes comme Fama, Friedman et Malkiel que les marchés financiers subirent dès le début des années 1980 une authentique transfiguration. Avec la participation active des plus hauts responsables politiques de l’époque.

    L’économie américaine tournait par la vélocité d’une “régime miraculeux” avec ce qui allait devenir la financiarisation débridée de nos économies “modernes”. Dans cette euphorie toute relative, les États-Unis (Wall Street) ont d’ailleurs été les premiers à innover l’ingénierie financière avec les “junk bonds” (obligations pourries) et autre “LBO” ou “leveraged buyouts” (rachats d’entreprise avec effet de levier) etc. Résultat? Wall Street battait record sur record grâce à cette main divine (des monétaristes) arguant que les marchés financiers sont efficients et qu’ils peuvent en ce sens s’autoréguler (ce fantasme mené par une caste de fanatique). La conjoncture économique mondiale sera ainsi portée jusqu’à la fin des années 1980 par un cycle “d’investissements favorables” (ai-je dis à court terme?) et le reflux de l’inflation (mais pas l’inflation sous-jacente, loin de là!) dans les grands pays industrialisés. Cependant, cette “bonne conjoncture” s’accompagnait inévitablement de la formation de bulles spéculatives sur les marchés financiers et immobiliers. D’ailleurs, le retour de bâton du 19 octobre 1987 sera extrêmement violent (krach) après une remontée vive des taux d’intérêt à long terme par la Fed, ayant culminé en ce lundi d’automne 1987. L’onde de choc se propagera immédiatement sur les places financières internationales.

    Tandis que du côté helvétique, la Banque Nationale Suisse (BNS) avec sa mauvaise conduite de la politique monétaire – et des politiciens coulés dans le même moule qu’aujourd’hui – les secteurs de la construction et de l’immobilier se retrouvent eux aussi en surchauffe – et pour contrer ce phénomène – la BNS augmentera également ses taux d’intérêt et plongera alors l’économie du pays dans une forte récession.

    Ceci étant rappelé, pour l’anecdote, la banque Credit Suisse (CS) – “too big to prosecute”; “too big to jail” ou “too big to fail”? – est passée en “sell-off” d’une partie non négligeable de ses actifs. Je dis ça, je ne dis rien.

  6. Alors que la FINMA (régulateur Suisse des marchés financiers) est en “discussion officieuse” avec le régulateur Britannique (Financial Services Authority) au sujet du cas CS, ceci m’a inspiré à dépoussiérer mon hémérothèque pour un autre épisode dans l’Univers de Gödel.

    “Voyage dans le temps et l’espace”

    Nouvelle saison (2) : L’abécédaire des menteurs !

    Il n’est désormais plus déraisonnable d’affirmer que les propos tenus par les dirigeants et les directeurs financiers sur leurs résultats trimestriels soient de meilleurs révélateurs de la santé réelle de leur entreprise que les états comptables. Telle était, tout du moins, la conclusion de l’étude menée par deux chercheurs de l’université de Stanford, David Larcker et Anastasia Zakolyukina, en 2010:

    [Le 16 mars 2008, la Bear Stearns, une des plus grandes banques américaines d’investissement, pionnière dans les produits de titrisation, largement exposée à la crise des subprimes est rachetée in-extremis par la banque J.P. Morgan à un prix de 10$ l’action (celle-ci s’évaluait à 133$ l’action 5 mois plus tôt).

    Quelques jours après, Erin Callan, la directrice financière de Lehman Brothers, rassurait les analystes financiers lors d’une conférence téléphonique de présentation des résultats trimestriels en indiquant que le volume d’affaires de la banque était resté “fort”. Dans cette conversation, elle utilisa ce mot 24 fois et foisonna son discours d’expressions dithyrambiques comme “formidable” 14 fois, “incroyablement” 8 fois, “challenge” 6 fois et une fois seulement le mot “difficile”. La suite, on la connait : la banque se déclarait en faillite 6 mois plus tard et alors même que son patron avait déclaré peu de temps avant “le pire est derrière nous” !

    Les analystes et actionnaires de la banque auraient certainement eu une autre vision des résultats et des perspectives de l’entreprise s’ils avaient eu connaissance de l’étude “détecter les présentations trompeuses lors de conférences téléphoniques” menée par les deux chercheurs de l’université de Stanford.

    “Il est difficile de savoir lorsqu’il y a une manipulation comptable dans les livres (à l’instar par exemple de la position “Repo 105″ chez Lehman Brothers). Alors, nous avons construit un modèle prédisant la probabilité d’une supercherie dans la présentation orale des comptes trimestriels” indique le Professeur David Larcker.

    Les auteurs ont analysé, entre 2003 et 2007, près de 30.000 transcriptions de conférences téléphoniques (16.000 émanant de CEO et 14.000 émanant de CFO) issues de présentation de résultats trimestriels. Ils se sont plus particulièrement focalisés sur les séances des questions réponses avec les analystes estimant les propos alors échangés plus libres et moins préparés que ceux prononcé lors de la présentation des résultats. Ils ont ensuite comparé ces propos avec les corrections comptables intervenues ultérieurement jusqu’en 2009 en introduisant toutes leurs données dans les systèmes informatiques de l’université de Stanford.
    90% des sociétés ainsi passées au crible étaient cotées au NYSE ou au NASDAQ, près de 14% d’entre-elles avaient présenté des résultats trimestriels erronés et parfois de manière récurrente. Les auteurs ont ainsi relevé dans les propos des tournures de langage et l’utilisation d’expressions qui selon eux doivent constituer des signaux d’alerte.

    ♟L’utilisation de formules dilatoires faussement conciliantes:

    Ces formules qui renforcent la crédibilité sans donner d’information réelle : “comme vous le savez tous”, “il est bien connu que”, “tout le monde est d’accord sur”, …

    ♟La désappropriation personnelle de la situation:

    Le “je” est remplacé par des pronoms impersonnels comme “la société”, “l’équipe”, ou des pronoms pluriel comme “nous”. “L’usage d’un pronom à la première personne signifie qu’un individu s’implique dans ce qu’il dit, alors que les menteurs essayent de se distancer de ce qu’ils affirment” indique l’étude.

    ♟L’utilisation de phrases courtes avec peu de mots marquant l’hésitation:

    Des phrases courtes semblant marquer une certaine préparation dans les réponses aux questions attendues avec peu de ponctuation d’hésitation de type “euh”, “ah”, …

    ♟L’usage des superlatifs et des expressions exprimant des émotions positives extrêmes:

    Les mots comme “bon”, “prometteur”, “solide”, sont remplacés par “fantastique”, “extraordinaire”, “exceptionnel” comme pour donner plus de véracité aux propos tenus. Les auteurs notent que l’usage de ces superlatifs est plus fréquent dans la population des CEO que dans celle des CFO.

    ♟L’absence de certaines expressions:

    Les références à “la création de valeur”, “la valeur pour l’actionnaire”, normalement couramment utilisés par les dirigeants ne le sont que très peu lors de discours trompeurs. La raison en serait qu’une fausse déclaration de promesse de création de valeur actionnariale pourrait leur être ensuite reprochée et faire l’objet de poursuites.

    ♟Rappelons-nous ce que Kennet Lay, alors PDG du courtier en énergie ENRON, déclarait à ses employés au moment où la société était sur le point de s’effondrer : “Notre cœur d’activité est extrêmement fort, nous avons un avantage compétitif important”]

    Les deux chercheurs ont créé un modèle informatique permettant d’emettre des signaux d’alerte mais David Larcker admettait déjà que ces recherches ont besoin d’être poursuivies et affinées pour être efficace.

    https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1572705

  7. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Nouvelle saison (3) : Le Quiz

    ♟Quelle différence y a-t-il entre un faucon, un banquier, un assureur et un politicien?
    —-
    Entrée en matière avec l’appel de marge. L’appel de marge peut se définir comme étant une manière de requérir un dépôt de garantie (une couverture) de la part d’un intervenant sur un marché dérivé. Généralement, une banque qui fournit un levier (un prêt) dans une opération spéculative; cette couverture peut ainsi prendre la forme de fonds ou encore de titres financiers. Dans le cadre d’un prêt hypothécaire (crédit adossé à une hypothèque ou une cédule hypothécaire) destiné aux propriétaires immobiliers, l’hypothèque (titre) deviendra ainsi la couverture du prêt immobilier (et par analogie la garantie d’un gage immobilier) rendu mobilisable au travers de ces titres – permettant ainsi à l’organisme de crédit de saisir le bien immobilier, voir poursuivre la créance sur la fortune mobilière du débiteur si le bien immobilier (mis en gage) se dévalue au-delà de la norme prudentiel vs éclatement d’une bulle par exemple – et en cas de défaillance de remboursement (ou de perte de solvabilité significative du débiteur) qui – par effet de manche – augmentrait de facto le risque du créancier-gagiste si aucune solution amiable n’a été trouvée. Par exemple, la livraison d’autres garanties consécutives à un appel de marge de son créancier-gagiste (organismes de crédit).

    Tout ceci afin de nous rappeler que dans sa politique de gestion des risques, “nos membres du conseil d’administration de la Confédération” continuent d’agir comme de parfaits assureurs, banquiers, ou d’opérateurs de marchés totalement décorrellés de la balance risque/bénéfice: “- Un jour, tu prends de gros pari pour offrir une illusion de réussite à ton entité mais un autre, tu plombes l’économie réelle en sabordant ton entité !” En effet, si d’une part nos “membres du conseil d’administration de la Confédération” ont accordé (comme actionnaires par procuration de la Banque Nationale Suisse, c-à-d au titre de la représentation du peuple) – cas unique au monde – la couverture légale (garantie) nécessaire à la conduite d’une “politique non conventionnelle” explosive du “hedge fund” BNS, qui a massivement mis à contribution (appel de marge) le système bancaire suisse – ainsi que diverses institutions de prévoyance pour financer la très coûteuse politique d’affaiblissement du franc…

    https://mobile.payot.ch/Detail/le_crepuscule_de_la_banque_nationale_suisse-vincent_held-9782888922124

    Aujourd’hui, malheureusement, nos “membres du conseil d’administration de la Confédération” ne sont toujours pas plus futés qu’hier. Sans aucun doute bornés par les dogmes, et comme le précise très bien le dr. et prof. Sergio Rossi, “la solution n’est donc pas technique (aux mains des banques centrales) mais politique (aux mains des autorités législatives et exécutives). C’est la raison pour laquelle la crise continue de s’aggraver et ne sera vraisemblablement pas résolue dans l’intérêt général et pour le bien commun”. Alors même que la dette de la Confédération s’est effectivement accrue en raison des mesures prises aux fins de la lutte contre la pandémie de COVID-19 et atteint presque 110 milliards de francs, malgré tout – avec cette augmentation – le niveau d’endettement de la Suisse reste extrêmement faible et enviable en comparaison internationale. Et si d’un côté la Confédération doit sa bonne santé budgétaire – en partie* – à sa politique du frein à l’endettement, cette orthodoxie a néanmoins permis en parallèle la *déliquescence* des outils de la protection sociale, à savoir la santé (LAmal); les services publiques de la santé (hôpitaux – moyens matériels et personnels) ; les retraites (AVS); l’assurance chômage (LACI); l’assurance invalitité (AI)…qui ont été sabrés à coups de réformes néolibérales. N’oublions surtout pas qu’en 2005, la dette de la Confédération helvétique ne s’élevait qu’à quelque 130 milliards de francs, toujours à un niveau supérieur qu’à ce jours. Pourtant, nos “membres du conseil d’administration de la Confédération” persistent et signent une fuite en avant dans le dangereux pari de l’orthodoxie, surtout dans un contexte disruptif plus que préoccupant. Ne songent-ils qu’à tracer leurs intérêts personnels (Public Choice Theory) sur la pente glissante de l’économie réelle en attendant un prochain recyclage dans un conseil d’administration du secteur privé? On serait amenés à le croire.
    —-

    Réponse: Aucune différence, les quatre savent voler!

  8. A priori les politiques monétaires restrictives menées de concert par les deux principales banques centrales de la zone OCDE ( FED et BCE) ne sembleraient pas appropriées au contexte inflationniste actuel. Il est à cela plusieurs raisons .

    les conjonctures économiques ne sont pas synchrones du fait que les mesures budgétaires mises en œuvre et destinées à neutraliser les conséquences délétères de la crise sanitaire, et donc à créer les conditions favorables à une croissance vigoureuse, ne sont pas de la même ampleur aux Etats-Unis et dans la zone euro. Malgré cette différence de situations conjoncturelles, la BCE vient d’emboiter le pas à la FED, certes, avec beaucoup de retard en durcissant sa politique monétaire avec le risque toutefois de provoquer une récession sévère avec une remontée du chômage, alors que l’inflation salariale est loin d’être une menace sérieuse en Europe, et ce, en dépit des tensions sur certains segments du marché du travail.

    A ce propos, il n’est pas inutile de rappeler ce que nous dit l’analyse keynésienne et ce que confirme l’évidence empirique : les pressions inflationnistes émergent quand les tensions apparaissent sur les capacités de production et sur le marché du travail ; autrement dit, quand l’économie converge vers une situation de plein-emploi. Bien évidemment, une telle situation n’exclut pas l’éventualité d’une inflation par les coûts de production dûs à des chocs exogènes ou celle de la diffusion des hausses salariales induites par les gains de productivité de certains secteurs vers les secteurs à faible productivité notamment à cause du poids de la tertiarisation de l’économie.

    Par ailleurs, si l’inflation salariale n’est pas un souci majeur dans la zone euro, c’est sans doute à cause du fait que le taux de participation de la main-d’œuvre n’ y ait pas subi la même régression qu’aux Etats-Unis. En toute hypothèse, la contagion de l’inflation salariale dans la zone euro ne semblerait pas, pour l’instant, être un scénario probable qui devrait inquiéter outre mesure la BCE, et donc légitimer une politique monétaire restrictive, vu que la croissance en Europe reste molle et que le taux de chômage y demeure relativement élevé, en vertu de l’hétérogénéité des marchés du travail européens. Ainsi le taux de chômage est plus élevé dans le Sud que dans le Nord de l’Europe, alors que tous les pays de la zone euro sont affectés de manière uniforme et simultanée par le choc de l’inflation importée, bien qu’il faille noter en passant que le vent est en train de tourner sur le front du chômage en Allemagne, à cause principalement de la crise énergétique.

    A présent il convient d’expliquer brièvement pourquoi la politique monétaire restrictive n’est pas appropriée quand l’inflation résulte des tensions sur le marché du travail, ce qui semble être le cas actuellement aux Etats-Unis, en raison notamment de la relance de l’économie par le plan pharaonique de Biden et d’autres facteurs dus à la crise sanitaire.

    Ainsi, selon une étude de la FED de Saint-Louis, l’économie étasunienne est confrontée à une pénurie de main-d’œuvre : le taux de participation est passé de 63% avant la crise du Covid-19 à 61,5% en 2021. Ce phénomène s’explique, d’une part par les départs de plus de 3 millions de salariés à la retraite anticipée plus rapides que prévus par les courbes démographiques ; d’autre part par le retrait de 5 millions de personnes du marché du travail du fait, semble-t-il, d’un effet de richesse dû à la spéculation en bourse et sur les cryptomonnaies. Dans le même temps, l’économie a créé, grâce à la relance budgétaire, des emplois à tour de bras dont plus de 10 millions sont vacants.

    C’est pourquoi les entreprises rencontrent des difficultés à recruter et certaines n’hésitent pas en pareil cas à augmenter les salaires, dans l’espoir de réduire la vacance des postes de travail. Inutile de préciser que cette situation est favorable à l’amélioration du pouvoir de négociation des salariés.
    En clair, le marché du travail américain se caractérise par un excès de demande de travail émanant du secteur privé. Un tel déséquilibre ne semble pas justiciable d’une mesure macroéconomique en l’occurrence une politique monétaire restrictive via la hausse des taux d’intérêts directeurs de la FED. Cependant l’offre de travail pourrait être accrue au moyen de diverses mesures spécifiques : assouplissement de la politique migratoire, même si celle-ci n’est pas en odeur de sainteté dans la société américaine, mise en place d’un programme de formation pour réaliser l’appariement entre les offreurs de travail et les postes de travail à pourvoir, encouragement du travail féminin grâce à des aides en faveur de la garde des enfants, aides à la mobilité géographique et professionnelle, etc.

    Comme on peut le constater, face à une inflation salariale, la solution la mieux adaptée serait d’ordre microéconomique et non une mesure globale dont les effets ont toutes les chances d’induire des résultats contraires à ceux qui sont escomptés par les autorités monétaires, à savoir la maîtrise des anticipations d’inflation par le biais d’une cure d’austérité infligée à l’économie.

    En tout cas, comme l’a souligné le professeur Rossi, une politique monétaire restrictive fait à court terme la fortune et le délice des banques commerciales, mais cette aubaine pourrait rapidement tourner au cauchemar, car de nombreuses entreprises, faisant face au renchérissement du crédit bancaire et des contraintes sur leurs ventes à cause d’une demande des ménages en berne, pourraient devenir insolvables. Cela aurait immanquablement des répercussions systémiques sur le secteur bancaire dont le sauvetage nécessiterait le recours à l’argent des contribuables, comme lors de la crise financière de 2008.

    En ce qui concerne la zone euro, l’inflation n’est pas d’origine salariale, elle s’explique par la flambée des prix des produits énergétiques et des matières premières importées. En outre, elle est aggravée par la dépréciation de l’euro face au dollar américain, vu que les importations sont payées en devise étasunienne. Dans un tel contexte, les marges de manœuvre de la politique monétaire sont réduites. En effet, si la BCE entendait juguler l’inflation importée, elle n’aurait d’autres choix que de rendre sa politique monétaire plus agressive que celle de la FED. En clair, les taux d’intérêt européens devraient être supérieurs à ceux de la banque centrale américaine afin de mettre un terme à la dégringolade de l’euro, et in fine espérer inverser la tendance sur le front des mouvements des capitaux, sachant que ceux-ci sont régis par une logique d’arbitrage perpétuelle entre le rendement et le risque.
    Or, en appliquant un remède de cheval à l’économie, à défaut de guérir la maladie on risque de supprimer le malade. C’est pourquoi, une politique budgétaire avec ses taxes et ses aides sous forme de soutien au pouvoir d’achat des ménages les moins aisés et à l’investissement pour résorber les contraintes sur l’offre en matière d’énergie, par exemple, semblerait tout à fait appropriée à la situation de l’économie européenne. Sachant qu’une hausse des taux d’intérêt excessive motivée par le souci de la banque centrale de rester dans les clous de son mandat, à savoir ramener l’inflation à 2%, pourrait déclencher une crise des dettes souveraines au sein de la zone euro.

    Enfin, une remarque d’ordre théorique. Selon la vulgate monétariste, les délais de la politique monétaire sont longs et variables et l’incertitude pénalise les autorités monétaires en matière de stabilisation conjoncturelle. En effet, Celles-ci n’auraient pas une connaissance parfaite de la structure de l’économique. Sans mentionner les erreurs de diagnostic. C’est pourquoi, face l’incertitude, la banque centrale devrait faire preuve de conservatisme. Autrement dit, la politique monétaire devrait être moins agressive quand ses effets multiplicateurs sont incertains, que quand elle est conduite dans un contexte déterministe où les instruments monétaires pourront être dosés de manière maximale.

    En fait, il s’agit d’ une vieille idée qui a été développée initialement par le professeur Wiliam Brainard de l’université Yale, « Uncertainty and the Effectiveness of Policy » (1967), et qui continue à influencer le comportement des banques centrales, comme en témoigne la stratégie graduelle qui consiste à augmenter les taux d’intérêt par étapes dans le but d’atténuer les anticipations inflationnistes du secteur privé. Mais une telle conception de la politique monétaire me semble passer sous silence la dimension stratégique qui est consubstantielle à la communication de la banque centrale . En effet, quand la BC répété ses hausses des taux d’intérêt à des intervalles de temps très rapprochés et que le résultat escompté, à savoir la modération des anticipations inflationnistes, n’est pas au rendez-vous, elle risque de transmettre un message négatif aux agents
    privés sur sa capacité à maîtriser l’inflation.
    Il va sans dire que la politique monétaire joue un rôle de premier plan en matière de stabilisation conjoncturelle, mais parfois on a tendance à oublier qu’elle n’est pas omnipotente, comme on l’a vu dans le cas de la Suisse, lorsque le franc était arrimé à l’euro et que la BNS défendait la parité franc/euro en achetant à tour de bras les dollars et les euros pour contrer l’appréciation du franc. Mais même si le pire n’est jamais certain, il faut s’attendre à ce que le monde du futur soit inflationniste, compte tenu de la relocalisation des activités, la transition énergétique, le vieillessement démographique, la rareté des matières premières, les tensions géopolitiques…

    1. Bonjour cher Noël,

      Merci beaucoup pour votre pertinente analyse et vous savez déjà que j’ai toujours un plaisir à vous lire.

      Vous soulignez justement:
      “(…) En clair, le marché du travail américain se caractérise par un excès de demande de travail émanant du secteur privé. Un tel déséquilibre ne semble pas justiciable d’une mesure macroéconomique en l’occurrence une politique monétaire restrictive via la hausse des taux d’intérêts directeurs de la FED (…)”

      Données officielles U6 du BLS américain; puis officieuses de Shadowstats:
      https://www.bls.gov/news.release/empsit.t15.htm

      http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

      Toutefois, si vous me le permettez, selon ma perception quant à l’intervention de la Fed – motivée par mes analyses succinctes figurant dans le billet précédent du dr et prof Sergio Rossi – le mal m’apparait ailleurs et bien plus profond. Voici d’ailleurs un extrait de ma “note de synthèse” lui étant personnellement adressée le 19 mai 2022:

      “(…) Pour ce qui a trait au pilotage de la politique monétaire de J. Powell, je suis également d’accord avec toi, tout en craignant que la Fed ne réitère ses travers, à savoir que la formation des bulles – suivie de leurs éclatements – a très souvent – par le passé – été la condition sine qua non du redressement économique américain. En l’état, J. Powell – en bon “faucon” et via son comité – ne va-t-il pas, finalement, chercher à expurger les marchés (bulles) avec l’appui de cette fausse croyance que l’inflation galopante s’inscrit sur le court terme? (…)”

      Ensuite, cher Noël, lorsque vous écrivez avec bienveillance dans votre analyse:

      “(…) aurait immanquablement des répercussions systémiques sur le secteur bancaire dont le sauvetage nécessiterait le recours à l’argent des contribuables, comme lors de la crise financière de 2008 (…)”

      Bien que vous faites référence à un bail-out (à juste titre), toutefois les lecteurs seront peut-être intéressés de prendre connaissance des nouvelles dispositions de sauvetage du secteur financier post 2008, à savoir: le Bail-in (avant le bail-out).

      Pour la Suisse:
      https://www.finma.ch/fr/mise-en-oeuvre/recovery-et-resolution/too-big-to-fail-et-stabilit%C3%A9-du-syst%C3%A8me/le-bail-in-des-banques/

      Pour la zone euro:
      https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4047044

      Tout en étant précisé qu’en cas de réalisation du risque systémique, la “garantie des déposants – respectivement les épargnants – jusqu’à hauteur de 100’000 euros ou 100’000 francs par tête de pipe est un leurre dans la pratique.

      Bien à vous, cher Noël, avec toute ma gratitude

      1. Bonjour Raymond,
        Je tiens à vous remercier pour vos contributions qui constituent une vraie valeur ajoutée au blog du professeur Rossi dont les chroniques sont très stimulantes pour la réflexion. Sachez que je lis attentivement vos commentaires, qui m’ont permis d’apprendre quantité de choses.
        J’apprécie également la clarté de votre style et votre humour. Ainsi, je sais désormais quel est le dénominateur commun entre un faucon, un assureur, un banquier et un politicien. Avec toutefois une indulgence pour le faucon, mais à condition qu’il ne participe pas au comité de la politique monétaire de la FED ou de la BCE. Sachant que le faucon à plumes a été programmé pour voler dans un souci de survie. Ce qui n’est évidemment pas le cas du banquier escroc qui fuyait avec la caisse de sa banque dans le film de John Ford,” la chevauchée fantastique” dont Paul Krugman a consacré des pages savoureuses dans son livre sur la crise financière de 2008.

        Permettez-moi de vous remercier à nouveau pour le partage de votre culture et des précisions apportées à certaines affirmations de mon commentaire. Heureux d’apprendre que la réglementation a évolué depuis le choc endogène de 2008 et que dorénavant les banques sont protégées contre leurs propres excés et donc contre la tentation de prendre des risques démesurés avec l’argent de leurs clients. Même si d’aventure, elles franchissent le Rubicon et au cas où les choses tourneraient mal, ce sont les actionnaires et dans une moindre mesure les créanciers qui seront mis à contribution et non les contribuables comme je l ai ‘affirme à tort dans mon texte.

        En ce qui concerne ce dernier point, j’avoue que j’ai eu des doutes. Mais malheureusement ma paresse l’a emporté sur la curiosité et le souci de rigueur. Néanmoins, je me suis souvenu d’un article que j’avais lu dans le journal “Le Temps” à propos du soutien apporté par la BNS aux deux géants bancaires suisses (UBS et CS) qui étaient impliqués jusqu’au cou dans la crise des subprime. Le dirigeant d’UBS d’alors s’est félicité que sa banque ait remboursé  au dernier centime la BNS pour son soutien financier.
        Sans doute la reglementation est-elle la meilleure méthode qui puisse exister pour doter les banquiers d’une ceinture de sécurité afin de les protéger contre eux-mêmes, et donc pour éviter une crise systémique à tout le monde. De surcroît, la reglementation offre  la possibilité au banquier de gérer rationnellement son irrationalité, un peu à la manière D’Ulysse , ce dernier ordonne à ses compagnons de se boucher les oreilles avec de la cire pour ne pas entendre ses ordres et de l’attacher au mât de son bateau pour ne pas céder au chant des sirènes.  Autrement dit, Homère a trouvé la parade pour qu’un individu résiste à la tentation de devenir ce qu’il ne veut pas être. La méthode a de bonnes chances de se réveler efficace si elle est appliquée à une institution .

        Enfin, les statistiques  concernant le chômage américain corroborent le fait que le marché du travail est bel et bien en tension et que le taux de chômage effectif est bien en -deça du taux de plein emploi,  estimé à 5%. Même n’étant pas dans les arcanes du comité de la politique monétaire de la FED, on peut s’interroger sur l’effacité de la méthode utilisée par monsieur Powel et les membres du comité de la politique monétaire pour enrayer l’inflation salariale. Car celle-ci  ressemble davantage  au marteau piqueur pour tuer une mouche. Mais ce n’est pas tout, elle porte les germes d’une récession avec une forte probabilité d’engendrer des turbulences sur les marchés financiers.
        Cependant, la seule vertu d’une politique monétaire restrictive est d’éradiquer les bulles spéculatives et de réduire la taille du bilan de la BC en substituant le quantitative tightening au quantitative easing, comme on dit en bon français.
        Bien à vous.
        Amicalement.

        [  ]

        1. Bonsoir cher Noël,

          Merci infiniment pour vos touchantes appréciations et je suis très heureux si mes modestes contributions parviennent d’une manière ou l’autre à ouvrir quelques volets sur un véritable Far-West. D’ailleurs, déjà à l’époque du grounding de Swissair et des chaises musicales, j’aurais volontiers passé la cravate de chanvre à une “cavalerie”♟ de coquins…

          https://www.swissinfo.ch/fre/d%C3%A9b%C3%A2cle-de-swissair–il-y-avait-pourtant-eu-des-avertissements/2305292

          Mais qui donc a nettoyé les écuries d’Augias avec les sauvetages d’UBS (ère Marcel Ospel) et Credit Suisse (ère Brady Dougan)? L’histoire préfère toujours, ou presque, les contes de fées…

          https://www.bilan.ch/opinions/myret-zaki/ce_n_est_pas_la_suisse_qui_a_sauve_ubs

          https://www.letemps.ch/economie/revelations-sauvetage-credit-suisse

          ♟”La cavalerie est un processus financier où de nouveaux emprunts servent sans cesse à rembourser les emprunts antérieurs. Le système s’écroule lorsque l’emprunteur n’obtient pas le énième prêt : il sait alors qu’il ne pourra pas rembourser l’emprunt précédent”
          —-
          Vos précieux apports sont également une réelle valeur ajoutée pour nous tous, cher Noël, soyez en assuré. Bien à vous

          Amicalement

          P.R

  9. L’OPEP+ baisse ses extractions de 2 millions de barils de pétrole par jour – mais une baisse de 1.1mb/j en net, selon le Premier ministre d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane – alors que le conflit géopolitique n’est (peut-être?) que l’arbre qui vient cacher la forêt. Ceci confirmerait alors (peut-être?) mes sentiments postés sur le billet précédent (19.09.2022) du dr et prof Sergio Rossi. À savoir, un futur effondrement du dollar comme monnaie de réserve mondiale et porterait ainsi la légitimité vers nouveau régime de Bretton Woods (ordre monétaire mondial), telle pourrait-être la question.

    En effet, si la seule réponse de l’Occident à la pénurie de matières premières créée par l’ axe Russie-Chine-Afrique-Amérique latine serait de provoquer une compression mondiale du financement en dollars au détriment des “alliés amis” – tels que la BOJ et la BOE – en inondant le monde de monnaie fiat, ce ne serait plus seulement l’axe anti-occidental qui s’attaquerait à la Fed, selon Goldman Sachs, mais comme à l’heure actuelle, aussi le cartel le plus important du monde: l’OPEP+

    Dans une note publiée par l’équipe des matières premières (disponible pour les “sous-marins” professionnels), les stratèges de Goldman Sachs ont récapitulés les derniers développements qui ont contribué aux derniers événements […] Ce que les stratèges de la banque Goldman Sachs concluent, effectivement, c’est que l’OPEP+ reprend le combat contre la Fed, qui, en augmentant et en poussant le dollar à des niveaux record, a envoyé le prix du pétrole à de nouveaux creux de 2022. Eh bien, tout comme la Fed peut limiter l’offre de “billets en dollars”, qu’ils soient physiques ou électroniques, l’OPEP peut étrangler et couper l’offre trop physique de pétrole en représailles. Mais ” (…) comment l’OPEP+ compterait-elle exactement contester le rendement attractif du dollar américain? Simple, comme l’anticipait les stratèges de GS : “(…) une baisse de l’OPEP+ en renforçant le niveau de déport augmenterait encore le portage offert par une position longue glissante passive sur les contrats à terme sur le Brent, qui offre déjà un portage annualisé de 24 % (…)”

    Alors, le resserrement de la politique monétaire de la Fed a-t-il comme premier objectif la maîtrise de l’inflation galopante, ou tout entreprendre afin de préserver l’hégémonie du dollar comme monnaie de réserve mondiale (y compris les pétrodollars) et purger en parallèle les bulles des marchés financiers et immobiliers afin de préparer son économie domestique à un nouveau départ? Ceci au prix du sang et des larmes!

  10. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (4) : La question qui fâche

    Déjà, faudrait-il que je sache à qui la poser, sachant que notre chère banque nationale “too big to fail” – le Credit Suisse – traverse une très sérieuse crise intestine. Alors je commence avec Thomas Gottstein, cet ancien d’UBS et “dernier boss” du CS = abonné absent! Bon, alors je tente avec Ulrich Körner de l’UBS, lui qui a été CEO du Credit Suisse entre 2006 à 2009, avant d’embarquer à l’UBS comme COO et lieutenant de Oswald Grübel au directoire de la banque aux Trois-Clés. Mmmm? Que je réfléchisse! En 2001, à la suite d’un désaccord avec son patron de l’époque (Lukas Mühlemann du CS), Oswald Grübel quittera effectivement le Credit Suisse pour embarquer à l’UBS. Il sera rappelé par la banque aux deux voiles en 2002 et, en 2003 il sera co-CEO, puis en 2004, CEO du Crédit Suisse, poste qu’il quittera en 2007 (?) Oui, alors c’est juste! Bon, je reviens donc au lieutenant Körner qui a pris du grade entre temps, comme nous le savons bien, en revenant à son premier amour (après McKinsey & Compagny à Zurich) la banque aux deux voiles – le Credit Suisse – pour endosser son dernier costard de nouveau patron du Credit Suisse. Bon, ça devient compliqué pour obtenir une réponse à une seule question!

    Je vais tenter ma chance ailleurs avec un expert des marchés financiers anglo-suisse et ancien directeur de banque – Mark Branson – vous savez bien le même qui avait prêté serment la main levée: “- Promis, juré, si je mens, je vais en enfer!” – devant la sous-commission du Sénat américain présidé par le grand pourfendeur des paradis fiscaux, le sénateur Carl Levin. Cet ancien banquier d’UBS devrait ainsi pouvoir me dire la vérité d’autant plus qu’il fut ensuite recyclé en trois temps, en 2010 (?) d’abord, avant d’endosser son costume de directeur de l’Autorité fédérale de surveillance financière (le régulateur helvétique) FINMA. Puis prendra du galon dès le 1er août 2021 où il officiera comme Président.

    J’appelle!!!

    ♟”Bonjour Madame, c’est le monsieur qui a une question qui fâche pour le Président Branson, svp!”

    ♟”Oui, mais monsieur à la question qui fâche, mon Président a depuis hissé les voiles pour l’Autorité fédérale de supervision financière BaFin (autorité de régulation de la finance en Allemagne)!”

    Bon, je retourne vers le “nouveau boss” du Credit Suisse – Ulrich Körner – avec ma question qui fâche. Enfin, il me répond en déclarant :

    ♟”Je sais qu’il n’est pas facile de garder la tête froide face aux nombreuses histoires que vous lisez dans les médias ; en particulier compte tenu des nombreuses déclarations inexactes. Cela dit, j’espère que vous ne confondez pas la performance quotidienne de notre cours en bourse avec la solide base de capital et la position de liquidité de la banque” (extrait média)

    ♟”Oui, mais je ne suis toujours pas convaincu si je me réfère au p’tit lexique du Professeur David Larcker. Et les prêts Covid? Et les prêts immobiliers? Et les […]?

    Tut…tut…tut…il a raccroché !

    https://www.finma.ch/fr/news/2022/01/20220126-mm-azp/

    1. Qui se souvient de l’américain Brady Dougan – ex CEO du Credit Suisse (CS) qui – en 2014 – prêtait serment comme un enfant de cœur devant la sous-commission d’enquête du Sénat américain au sujet du démarchage industriel de blanchiment de fraude fiscales?

      ♟”- Promis, juré, craché, si j’mens j’vais en enfer! Main levée (manquerait plus qu’elle soit posée sur la bible).

      ♟”- Juré, la direction n’était pas informée des missions secrètes de nos “Hunter” opérant depuis la Suisse. Des méchants garnements isolés dont soyez assurés que nous vous livrerons les noms avec la bénédiction de “notre autorité supérieure”, le Conseil Fédéral.

      Eh bien, le Credit Suisse ne peut tout simplement pas faire une pause car, en plus de toute la fragilité systémique et de l’instabilité financière qui la frappe, Bloomberg vient de rapporter que le ministère américain de la Justice enquête pour savoir si le Credit Suisse (CS) a continué à aider les clients américains à cacher des actifs aux autorités, huit ans après que la banque ait payé un règlement d’évasion fiscale de 2,6 milliards de dollars et s’est engagée à s’attaquer au problème. Le ministère de la Justice a examiné les allégations soulevées par des lanceurs d’alerte qui ont déclaré que les banquiers du Credit Suisse “ont continué à aider d’autres Américains à dissimuler des actifs aux États-Unis après 2014”, selon un dossier en main du tribunal.

  11. Aujourd’hui, la pensée dominante de matrice néolibérale a toujours une tendance autistique à faire abstraction de l’origine de la “Modern Monetary Theory” (MMT) qui s’inspire – par sa substance – des théories de Keynes qui, dès les années de la Grande Dépression, suggérait aux États de mettre de l’huile dans les rouages économiques. D’ailleurs, les quelques éléments de l’économiste de Cambrige que l’on retrouve dans sa lettre ouverte du mois de décembre 1933, via le New York Times, pressant Roosevelt de recourir au déficit budgétaire massif sont déjà révélateurs : “Vous vous êtes fait le mandataire de tous ceux qui, dans tous les pays, cherchent à mettre fin aux démons de notre condition par une expérience raisonnée, envisagée à l’intérieur de la structure du système social existant. Si vous échouez, le changement rationnel subira un préjudice grave, à travers le monde, laissant à l’orthodoxie et à la révolution le champ libre pour le combattre. Mais si vous réussissez, des méthodes nouvelles et plus audacieuses pourront être partout expérimentées et nous pourrons dater de votre accession à cette charge le premier chapitre d’une ère économique nouvelle (…)”. Pour enchérir en se plaçant lui-même (Keynes) à la première personne de sa propre missive adressée au président Roosevelt: “Je mets au premier rang un vaste programme de dépenses à crédit sous les auspices du gouvernement”.

    Comprenons bien que selon la théorie monétaire moderne (MMT), les déficits n’ont pas autant d’importance que nous le pensons (pour autant qu’ils soient employés à bon escient) et ne sont pas systématiquement le signe d’une économie totalement chancelante.

    Or, 90 ans plus tard, l’expression latine issue des Epîtres d’Horace, “Sapere aude!”, qui signifie “Ose savoir!” est toujours considérée blasphématoire par les économistes orthodoxes (mainstream). Pourtant, Emmanuel Kant, lui-même, n’a-t-il pas redéfini cette injonction comme étant la devise du siècle des Lumières en la traduisant par “Aie le courage de te servir de ta propre intelligence”. Autant dire que la géométrie variable occupant les biais cognitifs de nos extrémistes demeure tout aussi affligeante que dévoyée, puisque ces derniers ne peuvent toutefois se dédouaner du “Paradoxe de la tranquillité” (et ses effets?) théorisé par l’économiste hétérodoxe, Hyman Minsky. Ainsi, faute de mesures trop longtemps émasculées sur l’autel des idéologies dominantes, l’on constatera (encore une fois de plus?) ô combien de temps fut perdu au réenchantement de notre monde, à l’instar de l’idiot se bornant à focaliser son attention sur le marqueur tandis que la lune lui est continuellement désignée.

  12. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (5) : Pinocchio n’a plus qu’à bien se tenir

    Il faut tout de même admettre qu’ils sont géniaux les américains. Le ministère du travail a annoncé vendredi que l’économie américaine avait créé 263’000 nouveaux emplois en septembre 2022, car le taux de chômage aurait baissé de 3,7 % en août à 3,5 % le mois dernier, “au plus bas depuis cinquante ans, renforçant l’idée que le marché de l’emploi reste robuste”, notait le New York Times…

    https://www.bls.gov/news.release/empsit.t15.htm

    Mais le prestigieux quotidien omet de préciser que le BLS ne considère plus dans ses chiffres officiels (U3/U6) – depuis 1994 (Oui 1994!) – la population des chômeurs découragés à long terme, alors que le taux de chômage réel aux Etats-Unis est aujourd’hui de 24,6%.

    http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

    Sachant encore que la création d’emplois débouche surtout vers des emplois précaires, non durables, dans le secteur des services. Il y a ainsi très peu de jobs permanents, productifs, créés dans le secteur manufacturier aux États-Unis. D’autant plus que l’on doit à présent considérer le phénomène andémique de “la grande démission” (The big Quit) où près de 50 millions de salariés ont quitté leur employeur l’an dernier aux Etats-Unis, par exemple.

    Ainsi, en affirmant que 2 et 2 font 3, certains objectifs sont remplis. Le premier étant tout bénéfice pour les élections de mi-mandat. Le second, offrir implicitement du grain à moudre à la Fed qui pourra ainsi relever prochainement ses taux directeurs sans sourciller et, enfin, un coup de semonce à Wall-Street qui va mal digérer la prochaine intervention du “faucon” Powell.

    1. Le taux d’intérêt des comptes de carte de crédit aux États-Unis vient de sauter au plus haut depuis le début de la tenue des registres de la Fed au quatrième trimestre 1994…

      https://www.federalreserve.gov/releases/g19/HIST/cc_hist_tc_levels.html

      …pourtant ils accompagnent cette ruée sans précédent sur les crédits à la consommation qui arrivent à un moment où il n’y avait pas de vacances notables…

      https://www.zerohedge.com/s3/files/inline-images/total%20revolving%20credit%20out_0.jpg?itok=bahqL-Zb

      …et où le taux d’épargne des particuliers plonge à un plus bas jamais enregistré…

      https://www.zerohedge.com/s3/files/inline-images/personal%20savings%20rate.jpg?itok=ShFxDDmd

      Faut-il croire que les consommateurs américains ne peuvent tout simplement plus se permettre d’acheter quoi que ce soit avec leur revenu disponible à cause de l’inflation et “la récession”? Ou parce que personne n’a l’intention de rembourser sa carte de crédit avant d’être échec et mat !? Les conséquences de l’une ou l’autre de ces alternatives sont stupéfiantes et suggèrent que l’économie américaine serait sur le point d’imploser… mais pas avant les élections de mi-mandat bien sûr : la fausse impression que tout va bien ne doit-elle pas être maintenue jusqu’au 8 novembre 2022 au moins.

  13. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (6) : La cour des miracles

    En Suisse, le taux de chômage (mais lequel?) serait resté en août 2022 à un niveau historiquement bas, à 2,0%, pour le troisième mois d’affilée. “- Sapristi, le génie des chiffres s’est à nouveau échappé de la lampe magique du Secrétariat d’État à l’économie (SECO)” pour nous indiquer le plein emploi!

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/04/01/les-statistiques-du-chomage-sont-un-leurre-redoutable/#comments
    —-
    RAYMOND
    3 avril 2019 à 13 h 54 min
    (…) Dans une tribune de 2016, Michael Siegenthaler – spécialiste du Centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ (KOF) – dénonçait déjà la méthode du SECO. Pour ce spécialiste, non seulement le nombre de personnes à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an (chômeurs de longue durée) a explosé depuis le début de la crise financière en 2008, mais beaucoup de chômeurs de longue durée ont disparu des écrans radars du SECO (Office Fédéral de la Statistique) avec la révision de la loi sur l’assurance-chômage, en application depuis 2011. Et selon l’OFS, la part des chômeurs inscrits dans un ORP avant l’entrée en vigueur de la réforme se situait autour de 54,3%. En 2016, elle a baissé à 46,4% (Quid). Par ailleurs, «l’influence fut déjà particulièrement remarquée sur le chômage de longue durée, car plus de 16’000 chômeurs sont brusquement arrivés en fin de droits en mars 2011 dans le cadre de la réforme.» Ainsi, seulement un tiers des chômeurs de longue durée étaient encore inscrits auprès d’un ORP en 2016. Ne plus avoir droit aux indemnités semble être un facteur de démotivation évident pour s’y présenter, comme le fait aussi remarquer ce spécialiste du KOF. Par contre, le plus inquiétant avec cette évidence, le SECO, lui, estimait que le chômage de longue durée restait stable depuis plusieurs années (Quid)….
    —-
    Les statistiques sont au Secrétariat d’État à l’économie (SECO) ce que le lampadaire est à l’ivrogne: Elles le soutiennent plus qu’elles ne l’éclaire !!!

  14. En faisant notamment un clin d’oeil au livre majeur d’Hyman Minsky (“Stabilizing an Unstable Economy”) – aujourd’hui, il me semblait à propos d’aborder le “Minsky Moment” illustré par une délicieuse métaphore de l’économiste Paul Krugman mais transposée à l’indice l’IPC américain*. C-à-d l'”IPC Moment”. Ce moment est décrit par Krugman comme celui de “Vil Coyote”. Pour être plus précis, c’est la “Théorie du Coyote suspendu” qui fait aussi référence aux travaux de Galilée. Et, est illustrée dans les dessins animés de Tex Avery (Warner Bros.) par le personnage créé par Chuck Jones : “Vil Coyote” qui, emporté par son élan en pourchassant Bip Bip, poursuit sa course au-delà du bord d’une falaise dans les nuages, il ralentit, s’immobilise, reste un court instant suspendu en l’air et, prenant conscience soudainement de sa situation qu’il courrait dans le vide, nous regarde l’air incrédule, cherche à tâter la terre ferme avant la une chute vertigineuse…

    https://www.zerohedge.com/s3/files/inline-images/2022-10-13_05-52-56_0.jpg?itok=PQn3Ki93

    * L’indice des prix à la consommation (IPC) est l’instrument de mesure de l’inflation. Il permet d’estimer, entre deux périodes données, la variation moyenne des prix des produits consommés par les ménages.

  15. Aujourd’hui, face au retour de l’inflation qui n’est pas temporaire, n’en déplaise aux dirigeants des banques centrales, la politique monétaire se trouve dans l’impasse. En effet, il n’est pas possible de mener une croisade contre la flambée des prix due à de multiples facteurs sans provoquer une récession ou une instabilité du système financier, et partant infliger des coûts économiques et sociaux à toute la société, avec toutefois des résultats douteux en matière de stabilité des prix.

    Sur ce point, il n’est pas excessif d’affirmer que la plupart des banques centrales sont confrontées à une situation totalement inédite qui ressemble, par bien des côtés, à la conjoncture des années 1970 avec ses chocs d’offre (hausse des prix du pétrole). Sauf que cette fois-ci de multiples événements sont intervenus concomitamment pour compliquer la donne, et donc la tâche des banques centrales : transition énergétique donnant lieu à un monde de rareté, ruptures des chaînes d’approvisionnement et de production en raison de la pandémie, facteurs géopolitiques avec des sanctions et contre-sanctions, tensions sur les marchés du travail constatées un peu partout, notamment dans le monde « avancé ».

    Face à cette situation exceptionnelle par son caractère endémique, avec la bonne foi de charbonnier de défendre coûte que coûte leur crédibilité en se focalisant sur la maîtrise de l’inflation, qui est au cœur de leur mandat, les banques centrales ont commis des erreurs dans leur diagnostic et par conséquent dans leur tâtonnement à déterminer le niveau du taux d’intérêt adéquat, au point d’encourir le risque de ruiner leur crédibilité.

    Je me propose ici de passer en revue succinctement ces erreurs, puis je présenterai dans ses grandes lignes la théorie de la politique économique afin de montrer la complémentarité entre la politique monétaire et la politique budgétaire dans la lutte contre l’inflation. A cette occasion, je tenterai de faire quelques remarques sur cette complémentarité qui me semble de nature à exacerber paradoxalement le conflit entre l’autorité budgétaire et l’autorité monétaire, en particulier si celle-ci interprète son mandat au pied de la lettre et que le soutien du pouvoir d’achat des ménages par le biais des mesures budgétaires peut se traduire par des gains temporaires du pouvoir d’achat, et un coût définitif pour les finances publiques, et donc une explosion de la dette publique en l’absence d’une taxation appropriée comme mesure de financement afin de neutraliser en partie ou en totalité l’impact inflationniste sur les consommateurs.
    Les banques centrales ont annoncé urbi et orbi que l’inflation est temporaire et que par conséquent il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure. Ce diagnostic erroné a induit un comportement de passivité de leur part, alors qu’en réalité elles se trouvaient face à une situation inédite qui aurait dû susciter un peu plus d’imagination et d’innovation en lieu et place de l’attitude paresseuse mais confortable qui consiste à répéter comme un mantra que leur premier devoir est de défendre leur crédibilité.

    Face à l’envolée des prix des produits énergétiques et alimentaires, des matières premières et les tensions sur le marché du travail, elles ont changé leur fusil d’épaule sur fond de cafouillage. En effet, elles ont affiché une détermination inébranlable face à la montée des tensions inflationnistes en entamant un cycle de hausses de leurs taux d’intérêt directeurs dans le but de calmer les ardeurs des entreprises à augmenter leurs prix et des employés à réclamer des hausses de salaires.

    La troisième erreur est celle qui consiste à ramener l’inflation à un objectif de 2% sans provoquer une spirale récessive. Une telle annonce est tout bonnement irréaliste, car les banques centrales, malgré leur expertise, sont lourdement handicapées par l’incertitude. De ce point de vue, on peut donner raison à Milton Friedman qui a mis un accent particulier sur cette dimension de l’incertitude : les banques centrales ne sont en mesure de savoir ni le rythme de la décélération de l’inflation, ni l’évolution des prix sur le marché des matières premières, ni la tournure que le conflit russo-ukrainien pourra prendre avec le risque qu’il s’enkyste.

    En tout cas le cafouillage dont les banques centrales ont fait preuve en matière de communication est de nature à nuire à leur crédibilité. Car leur versatilité pourrait transmettre au public un message extrêmement destructeur pour leur réputation en matière d’expertise : le tâtonnement dans la recherche du taux d’intérêt qui devrait calmer la flambée inflationniste sans casser la dynamique de la croissance, pourrait être perçu par les acteurs économiques comme une politique de gribouille, voire de l’amateurisme. Par ailleurs, les banques centrales ont affiché leur intention de ramener le taux d’intérêt aux environs de 3%, mais le problème est que cette cible risque de se révéler notoirement insuffisante pour modérer les tensions inflationnistes. Ainsi, on voit mal la BCE, avec un tel niveau de taux d’intérêt, vaincre l’inflation quand celle-ci avoisine les 10% actuellement au sein de la zone euro. En vérité, les banques centrales sont incapables de déterminer le taux d’intérêt qui devrait remplir la fonction de la pierre philosophale, à savoir réduire l’inflation sans engendrer une récession avec une montée du chômage et une dégradation des finances publiques.

    A présent, il convient de rappeler ce que nous dit la théorie de la politique économique pour ’analyser les décisions des autorités monétaires et budgétaires dans ce cadre conceptuel. Aujourd’hui le problème central auquel font face les autorités publiques est de lutter contre l’inflation par des instruments dont elles disposent et dont le coût d’ajustement doit être modeste. On est donc bel et bien dans le cas de la théorie de la politique économique développée initialement par l’économiste hollandais Jan Tinbergen (1952) et enrichie par la prise en compte de l’incertitude tant sous sa forme additive que sa forme multiplicative (multiplicateurs des mesures économiques entachés d’incertitude). Autrement dit, quand le décideur public dispose, par exemple, de deux instruments et d’une variable-objectif, et qu’il ne connait pas avec certitude les effets de la variation de ses instruments de politique économique sur l’objectif, il a intérêt à utiliser tous les instruments à sa disposition plutôt que de se concentrer sur un seul instrument. La raison en est que la diversification est un facteur réducteur du risque : le décideur évite de mettre ses œufs dans le même panier à l’instar de la fermière. Point n’est besoin de préciser que ce résultat est généralisable à un nombre quelconque d’instruments et d’objectifs de la politique économique.
    C’est pourquoi la lutte contre l’inflation devrait s’interpréter dans ce cadre où la politique budgétaire pourrait jouer un rôle en complément à la politique monétaire. Ainsi les pouvoirs publics pourraient compenser partiellement les pertes du pouvoir d’achat des ménages par la mise en place des mesures de soutien sous la forme de subventions. A titre d’exemple, le gouvernement français a mis en place un bouclier tarifaire pour l’énergie et une ristourne à la pompe pour le carburant, c’est pour cette raison d’ailleurs que l’inflation est moindre en France que celle des grands pays de la zone euro comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Mais le gouvernement français ne nous dit pas comment il compte financer ces mesures budgétaires et semble réserver un traitement égal à des inégaux. En clair, le smicard et le milliardaire bénéficient du même soutien public en matière de consommation d’énergie (bouclier tarifaire et ristourne à la pompe). Il eût été souhaitable de cibler le soutien public sur les ménages les moins aisés et d’en prévoir un financement par une taxe exceptionnelle sur les profits extravagants et la mise en place d’une micro-taxe comme celle préconisée par l’économiste suisse Marc Cheney sur les transactions électroniques et sans doute sur les activités spéculatives.

    Cependant, selon l’analyse standard, ces mesures budgétaires pour aussi sympathiques soient-elles, ne seraient pas la panacée, car en réalité elles ne font que déplacer dans le temps la pression inflationniste, tout en limitant le ralentissement de la croissance. Ce qui ne facilite pas de toute évidence la tâche des banques centrales. En tout cas, elles peuvent induire un conflit entre l’autorité budgétaire et l’autorité monétaire. En effet une réduction artificielle et temporaire de l’inflation par ce mécanisme budgétaire pourrait inciter les banques centrales à retarder le durcissement de leur politique monétaire et donc baisser la vigilance face à l’inflation, avec le risque que celle-ci s’incruste durablement dans l’économie. A contrario ces mêmes mesures budgétaires par le soutien qu’elles procurent à l’activité peuvent pousser les banques centrales à accentuer la hausse des taux d’intérêt. En clair, les banques centrales devraient poursuivre le resserrement de leur politique monétaire et donc ne pas tenir compte des mesures budgétaires afin de dissiper l’illusion que l’inflation est vaincue, alors que les entreprises et leurs employés s’installent durablement dans un conflit de répartition de la valeur ajoutée via la hausse des prix et des salaires.

  16. 14 octobre 2022. Et après on s’étonne que les zélites ont une mémoire de poisson rouge…

    “Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, s’est prononcé en faveur de nouvelles hausses importantes des taux d’intérêt. S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre fédéral des Finances, Christian Lindner, avant l’assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI), le Dr Nagel a déclaré que les dernières données sur l’inflation militent en faveur d’une nouvelle étape ” robuste ” des taux d’intérêt de l’Eurosystème à sa prochaine réunion de politique…”🙈🙉🙊

    https://www.bundesbank.de/en/tasks/topics/bundesbank-president-nagel-in-favour-of-a-further-robust-interest-rate-step-898762
    —-
    “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (7) : Quand les zélites oublient jusqu’à leur propre histoire !

    —-

    RAYMOND
    28 octobre 2019 à 9 h 28 min
    “La théologie Luthérienne demeure si profondément ancrée (mais toutefois grossièrement sélective) dans les entrailles du modèle ordolibéral de gouvernance de l’Allemagne, que celui-ci a une fâcheuse tendance – par son orthodoxie paranoïaque – à chasser les vieux démons de son histoire. Pourtant, elle est riche d’enseignants, surtout à l’heure des populisme. Rappelons-nous de 1930, alors que l’Allemagne se remettait doucement de la période d’hyperinflation de 1923 et 1924 (et ses traumatismes après ceux de WW1) l’onde de choc de la grande dépression traverse l’Atlantique et frappe l’Europe toute entière. Le pays est touché en profondeur. De 650 000 en 1928, le nombre de chômeurs progresse rapidement pour atteindre le seuil de 3 millions en 1930. C’est dans ce contexte de crise économique que le Président Hindenburg va désigner Heinrich Brüning à la Chancellerie. A son arrivée au pouvoir, le nouveau Chancelier se fixe plusieurs objectifs : résorber le chômage, rétablir la balance commerciale et les déficits du pays mais surtout l’obtention de la révision du plan Young, c’est à dire la suppression de la dette due au titre des réparations de guerre. Afin de rendre une telle décision possible, Brüning juge indispensable de rétablir les comptes de la nation. La stratégie suivie est d’adoucir la position de ses créanciers par un affichage de rigueur et de vertu. Dès lors pour Brüning, il n’y a pas d’alternative, c’est une politique d’austérité qui s’impose dans un contexte pourtant déjà déflationniste. Le 16 juillet 1930, Brüning soumet son projet au Reichstag : réduction de 10% du salaire des fonctionnaires, diminution des indemnités chômage, augmentation des impôts. Le projet est cependant rejeté. Brüning tente alors de passer en force, sans succès. La dissolution devient inévitable, elle aura lieu le 22 juillet. Mais les électeurs vont d’ores et déjà se montrer récalcitrants face au programme qui les attend. Si les élections de la mi-septembre voient le SPD (parti social-démocrate) progresser, c’est le parti nazi (NSDAP) qui réalise une forte percée à 18% des voix. Le parti de Heinrich Bruning, le “Zentrum”, n’obtient de son côté que 11% des suffrages. La pression sur le Chancelier est alors maximale, mais il reste déterminé. Face au nouveau blocage du Parlement et en vertu de l’article 48 de la constitution Heinrich Brüning va alors gouverner par décrets, et ce, avec le soutien du Président Hindenburg. A la fin de l’année 1930, les premières mesures sont prises, la politique d’austérité entre dans le dur. Les résultats sont catastrophiques pour le pays. La politique menée par Brüning aggrave une situation déjà calamiteuse. Le 1er juin 1931, le clou s’enfonce encore un peu plus. Un nouveau décret-loi s’attaque à la protection sociale ; baisse de 14% de l’aide aux chômeurs, les femmes ne sont plus indemnisées, tout comme les moins de 21 ans, baisse des allocations familiales, hausse des impôts de 4 à 5%. Malgré son évident caractère “récessioniste”, la politique est poursuivie avec vigueur. Lors de cette année 1931, la crise économique atteint son paroxysme en Allemagne et le PIB se contracte de 7%. Au cours de l’été 1931, la faillite bancaire démarrée en Autriche se propage à l’Allemagne. En moins de deux années, la politique d’austérité enterre l’économie du pays. Suite aux élections présidentielles de 1932, et la victoire d’Hindenburg, Brüning se voit contraint de “démissionner”. Fin 1932 Le chômage atteint un niveau de 30% de la population active, soit 5 millions de personnes dont la moitié n’est pas indemnisée. La production industrielle s’est effondrée de près de 30% en deux ans. La population est excédée. La conférence de Lausanne de juillet 1932 permettra une révision drastique des montants dus au titre des réparations de guerre, mais ne changera rien, le mal est fait. Le 30 juillet, les nazis obtiennent 37% des voix aux élections législatives. La fin de l’année 1932 et le début 1933 se résumeront à quelques misérables tactiques politiciennes, au “gouvernement des barons” de Franz Von Papen, et à la fin de la République de Weimar. Les deux années qui séparent l’arrivée d’Heinrich Brüning à la Chancellerie et la prise de pouvoir du parti nazi se résument à la convergence de plusieurs facteurs. Une crise déflationniste à laquelle Brüning va répondre par une politique d’austérité, un passage en force devant le Parlement rendu possible par les décrets lois, et une volonté d’afficher une politique “stricte” devant les créanciers internationaux afin de se mettre en capacité de demander la révision du plan Young).
    En 2019, sur le plan de la “science économique”, il demeure toujours aussi dramatique de constater que l’idéologie “mainstream” (propre aux monétaristes), qui a pris le relais de l’orthodoxie néo-libérale, “ignore” encore et encore les outils de politique monétaire contracyclique, c’est-à-dire via le levier de la relance budgétaire. A moins, et comme vous le soulignez très justement, que nous assistions à un formidable transfert des richesses piloté par le truchement des marchés financiers et immobiliers (bulles des actifs) puisque la vélocité du capital n’a d’égal au facteur travail, lequel tend à disparaître. Il va s’en dire, que la déflation salariale qui accompagne la politiques de l’offre (qui ne créé plus sa propre demande) a un effet récessionniste. Tout comme une demande agrégée atone se renforce par un sentiment de perte de confiance des ménages et dont le niveau d’épargne de précaution n’est qu’un révélateur. Tout comme l’investissement calamiteux des entreprises (même dans la Recherche & Développement) sont des signes d’échèc de politiques économiques ayant fait leur temps. Mais par ces critiques constructives, il y en a une qui mérite amplement d’être soulevée. Ce ne sont pas les politiques des banques centrales qui doivent être condamnées, mais la passivité et le manque de courage des gouvernements adossés aux intérêts d’une caste”
    —-
    En bonus: Ce magnifique billet de notre hôte

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/10/28/lallemagne-doit-remercier-la-bce/#comments

  17. Je me réjouis en tant que citoyen lambda que la coordination internationale des politiques monétaires fasse son retour dans la communication et la litérature des banques centrales, comme en atteste la conclusion du discours prononcé par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la banque de France, le 11 octobre 2022 à l’université Columbia.
    “Pour résumer, nous sommes totalement engagés envers notre objectif final – le retour de l’inflation à 2 % – ; nous sommes plus ouverts s’agissant de notre trajectoire pour atteindre cet objectif. Mais nous devons utiliser notre palette d’instruments de manière ordonnée : premièrement, les relèvements des taux d’intérêt, avec une hausse rapide vers le taux neutre, puis un rythme possiblement plus flexible ; deuxièmement, et à un stade ultérieur, la normalisation du bilan, avec un démarrage plus prudent suivi d’une amplification progressive. Donner aux marchés une telle prévisibilité partielle ne signifie pas être pré-engagés comme avec une forward guidance précise et contraignante ; mais cela contribuera à aligner les conditions financières avec notre cible, et à éviter une volatilité excessive. Et soyez assurés que nous conserverons deux vertus puissantes pour les périodes d’incertitude : le pragmatisme – et la dépendance aux données – plutôt qu’une idéologie prédéterminée ; la coordination internationale – et le dialogue approfondi – plutôt que la fragmentation. Je vous remercie de votre attention.”

    1. Bonjour cher Noël,

      Merci pour votre avant-dernière contribution constructive et enrichissante ainsi que la retranscription des propos de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la banque de France.

      D’ailleurs, nos zélites me rappellent ce jeu de société de mon enfance: “Jacques a dit”. Ce jeu nécessite un maître de jeu (ai-je dit J. Powell?) qui endosse le rôle de Jacques et plusieurs joueurs. Le maître de jeu donne des ordres faisant souvent référence aux parties du corps comme : “Jacques a dit : touchez-vous le nez !” “Jacques a dit : pointez l’index vers le genou gauche!”. Jacques a dit: “regardez mon doigt au lieu de la lune” (en clair, dans une politique de la terre brûlée, Jacques murmure dans sa barbe: “priorisez le dégonflement des bulles avant l’inflation galopante).

      Le choc inflationniste actuel a trois types de causes économiques (conjoncturelles, structurelles et spéculatives) qui se sont cumulées en 2022. À court terme, les prix subissent le choc d’offre dû aux goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ainsi que la flambée des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Ukraine et aux mesures de rétorsion. Mais ces facteurs accentuent une tendance sous-jacente de plus long terme liée au réchauffement climatique, aux relocalisations, au vieillissement des populations et à la spéculation engendrée elle-même par le système de création monétaire lui-même (selon le principe que les crédits font les dépôts). Balayant d’un revers de main la proposition déjà formulée par le brillant économiste Irving Fisher qui fut le premier – dès les années 1930 – à formuler cette proposition dont le point culminant consistait à imposer aux banques commerciales 100% de réserves en échange des dépôts de leurs clients, et pas au seul “avantage indécent” d’accorder des crédits par le truchement de lignes d’écriture comptable (schéma de Ponzi), car les banques ne seraient plus en mesure de prêter que leurs fonds propres. Les cycles d’activité seraient ainsi considérablement lissés et apaisés puisque les bulles spéculatives seraient comme neutralisées en amont. Du coup, les déficits publics en seraient progressivement réduits car, d’une part, les États n’auraient plus à dépenser les deniers du contribuable pour renflouer un système financier aussi inconscient qu’ingrat et, la stabilisation au long cours de l’activité économique – donc la pérennisation des recettes fiscales – contribuant d’autre part à redresser les comptes publics, seraient mieux identifiés. Se référant aux crises de 1837, de 1873 et à la Grande Dépression des années 30 que Fisher avait vécu en temps réel, il observa que poussé à des niveaux extrêmes, le surendettement provoque à un moment donné la faillite du débiteur, du créancier ou des deux à la fois, induisant une réaction en chaîne qui finit par un phénomène d’une “déflation par la dette” (debt deflation).

      Ainsi, à ces causes relevant de l’économie réelle et de la politique économique mainstream, se sont ajoutées les politiques extraordinairement expansionnistes que les banques centrales ont mis en place à partir de 2008 pour éviter de transformer deux grandes récessions (2009 et 2020) en de profondes dépressions. Paradoxalement, pour répondre à la crise financière de 2008 et instruite qu’à moitié (contradictoire) par l’expérience de la crise de 1929 où la relance monétaire fut naturellement accompagnée d’une relance budgétaire massive – et non à cet aspect contradictoire ayant postulé pour l’orthodoxie budgétaire mortifère en Europe, placée sous le joug de l’Allemagne – la BCE a, comme la Fed, lancé des programmes d’achats massifs et durables de titres obligataires publics sur le marché secondaire (QE) – dans un premier temps – avant de ressortir toute une panoplie d’outils pour maintenir les taux longs très bas et permettre aux entreprises et aux ménages d’emprunter pour soutenir l’activité et éviter la déflation (dans la très dogmatique politique de l’offre); c’est-à-dire une baisse des prix généralisée générant l’attentisme des consommateurs qui ont repoussé par opportunisme leurs achats afin de payer moins en gonflant mécaniquement leur épargne disponible ou, pour d’autres, celle de précaution, pesant ensuite sur les revenus et les capacités d’investissement des entreprises et donc in fine sur la croissance.

      Cette politique non conventionnelle totalement inédite devait cesser après la crise mais elle fut au contraire accentuée par le premier volet de la pandémie en 2020, amenant le bilan et la masse monétaire des banques centrales à des niveaux inconnus. Et les marchés financiers et immobiliers à gonfler des bulles à des niveaux stratosphériques dont les prix furent hyper-inflatés et totalement décorrellés des fondamentaux. Ce n’est qu’en juillet 2022, soit quatre mois après la Fed, que la BCE a décidé elle-aussi de remonter ces taux de 50 points de base (une première depuis plus d’une décennie) et de stopper ses programmes de quantitative easing, mais sans les éteindre. C’est-à-dire, à la différence de la Fed, en réinvestissant le montant des obligations à maturités. Pour lutter contre la hausse des écarts entre les taux de financement des différents États membres de la zone euro, avec les “spreads”constatés depuis début 2022, la BCE a même annoncé un nouvel outil “anti-fragmentation” qui se traduirait par de nouveaux achats d’obligations des États en difficultés. Certes, réagissant plus tardivement que la Fed, la BCE prise en tenaille a ensuite été contrainte d’augmenter ses taux directeurs, mais le nouveau taux de refinancement accentuera logiquement le risque de récession dans la zone euro qui reste très en deçà de l’inflation et ne suffira donc pas à juguler la hausse des prix. Avec son programme d’achat massif d’obligations souveraines (Pandemic Emergency Purchase Programme ou PEPP) lancé en mars 2020 par la BCE pour éviter l’effondrement des économies s’est traduit par un financement de la quasi-totalité des énormes emprunts publics émis depuis deux ans. Ainsi en juillet 2022, le Système européen des banques centrales (SEBC) détenait en moyenne plus de 35% de la dette publique de l’eurozone. Et après…?

      Bien à vous

      Amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *