L’euro: l’histoire d’un échec

Le taux de change de l’euro par rapport au franc suisse ne cesse de suivre une tendance à la baisse. Il y a plusieurs facteurs à cela, dont le principal tient à la structure monétaire institutionnelle de la zone euro.

L’Union monétaire européenne (UME) ne dispose pas des structures institutionnelles appropriées ni d’une politique économique adéquate pour répondre aux chocs susceptibles d’affecter les systèmes économiques de ses propres pays membres. Ces lacunes sont devenues évidentes au cours des 15 dernières années, caractérisées par une série de situations critiques très différentes – de la crise de la zone euro qui a éclaté vers la fin de 2009 à la pandémie de COVID-19 et au conflit russo-ukrainien – qui ont exacerbé les asymétries qui existent entre les pays membres du centre et ceux périphériques de l’UME.

Il est assez bien connu, à ce jour, que la zone euro n’est pas une «zone monétaire optimale» comme l’avait décrite Robert Mundell dans un article scientifique publié en 1961. En effet, l’UME manque d’une mobilité internationale des travailleurs, qui – selon Mundell (1961) – devraient se déplacer des pays membres où le taux de chômage est plus élevé vers les autres pays membres où ce taux est beaucoup plus faible. La zone euro ne dispose pas non plus d’une politique budgétaire et sociale appropriée, qui en l’état est décidée par le gouvernement du pays concerné sans aucune coordination au sein de la zone euro – ni avec les décisions de politique monétaire de la BCE. Par ailleurs, l’UME n’est pas une zone monétaire optimale aussi parce qu’il n’y a pas de transferts fiscaux entre ses propres pays membres – comme ils existent aux États-Unis entre leurs différents États, en Allemagne entre ses différentes régions et en Suisse entre ses 26 cantons – afin de réduire les disparités économiques entre eux (notamment en termes de chômage), comme l’avait par ailleurs souligné en 2014 Mario Draghi dans un discours à l’Université de Helsinki.

Au-delà de tous ces facteurs, qui dépendent directement ou indirectement (du manque) d’une volonté politique au niveau communautaire, il existe un problème d’ordre monétaire–structurel dans ce qui est connu sous l’acronyme «TARGET2», entendez le mécanisme par lequel les paiements transfrontaliers dans la zone euro sont enregistrés au niveau des banques centrales nationales impliquées par ceux-ci. À bien regarder, la Banque centrale européenne (BCE) n’agit pas en tant qu’institution de règlement entre les banques centrales nationales, comme chacune de celles-ci le fait en ce qui concerne les transactions entre les banques commerciales au sein du système bancaire national. Ce dernier a une structure à deux étages au sommet de laquelle se trouve la banque centrale nationale qui agit en tant qu’institut émettant le moyen de paiement final entre la banque qui paie et la banque qui est payée. Or, TARGET2 n’a pas une telle structure car la BCE se situe au même niveau où se trouvent les banques centrales nationales, au lieu d’être située au-dessus de celles-ci comme il se doit d’une quelconque institution de règlement. Ce défaut de fonctionnement est devenu évident après 2009, entendez après l’éclatement de la crise de la zone euro, lorsque les soldes dans TARGET2 ont commencé à exploser, étant donné que les banques allemandes n’étaient plus disposées à acheter des titres de la dette publique des pays méditerranéens (les fameux PIGS, à savoir, le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne) pour recycler ainsi les surplus commerciaux de l’Allemagne et gagner des intérêts sur ces prêts.

La crise de la zone euro est donc une crise monétaire–structurelle et il ne sert à rien d’inculper les PIGS ou les prêts subprime. La faute est dans l’architecture du système TARGET2 et il est temps de mener à bien une réforme institutionnelle d’ordre structurel de ce système. L’Allemagne a tout intérêt à appuyer cette réforme, ne serait-ce que pour éviter de devoir sauver ses banques d’une faillite systémique qui ne va pas tarder à se manifester si l’on continue à ignorer ce dysfonctionnement monétaire institutionnel.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

24 réponses à “L’euro: l’histoire d’un échec

  1. Bonjour,

    La BNS va sans doute augmenter très fortement ses taux d’intérêt ce jeudi.

    Avec tout ce qui nous tombe dessus, sommes-nous en récession ? un chômage de masse nous attend ?

  2. Mon commentaire est une question:

    Est-il exact de prétendre que le mécanisme TARGET2 est inspiré de la construction du Franc CFA, anciennement nommé Franc des Colonies Françaises d’Afrique, nouvellement rebaptisé Communauté Financière Africaine?

    La banque de France joue dans ce contexte africain le rôle de la BCE et les banques centrales des pays africains – ex colonies – celui des banques centrales européennes?

    Il est notoire que cette structure entrave le développement des pays qui y sont soumis, la France exerçant toujours un rôle post-colonial subtil, en connivence avec les élites africaines locales. A titre de comparaison, les pays africains du Commonwealth s’en sortent mieux.

  3. “pour éviter de devoir sauver ses banques d’une faillite systémique qui ne va pas tarder”

    Coucou aux actionnaires et clients du Crédit suisse.

  4. Sauf erreur, la réforme que vous souhaitez, et qui serait, dites-vous, dans l’intérêt de l’Allemagne, requiert l’approbation de l’unanimité des pays de l’UE. Bon courage.

  5. Il va s’en dire que je soutiens le brillant billet du docteur et professeur Sergio Rossi.

    Part son mandat désuet, la BCE est censée agir uniquement pour assurer la stabilité des prix alors que le mandat dual de la Fed a aussi pour mission de porter l’emploi à son “maximum”. Une différence de taille. Et bien que la BCE doit aussi contribuer aux autres objectifs définis par le Traité de l’Union européenne (plein emploi, cohésion économique et sociale), les particularités de la zone euro compliquent de fait la tâche de la BCE par rapport à celle de la Fed car – il faudra bien que la gouvernance européenne l’admette un jour – lors de l’asymétrie des chocs conjoncturels qui affectent les pays partenaires, de la faible circulation du travail et du capital entre ces pays, de la faiblesse du budget fédéral, la BCE ne prend ses décisions qu’en fonction des données agrégées sur l’ensemble de sa zone euro, laissant ainsi subsister (ou aggraver) les déséquilibres locaux dangereux pour la stabilité et l’unité de l’Union. Et si, au contraire, elle prend en considération les situations locales en ménageant les extrêmes, elle perdra alors en réactivité et contribuera ainsi à l’instabilité financière.

    Le 25 avril 2022 à 10h03, je publiais ce post dont voici un extrait comme un énième “Voyage dans le temps et l’espace”: (…) Je veux dire par là qu’au siècle dernier – avec le “paradoxe de Robert Triffin” – après le rôle hégémonique concédé au dollar américain suite à la conférence de Bretton Woods en 1944. Cette conférence avait pour initial objectif de fournir un cadre stable et propice à la reconstruction et à la croissance des économies affaiblies par la deuxième guerre mondiale. Cette dernière écartera néanmoins l’idée de l’économiste John Maynard Keynes pour la création d’une monnaie supranationale – un étalon monétaire international – “le Bancor”. Cette réunion qui accompagnera 44 nations alliées à repenser le “Système Monétaire International” proposera une monnaie internationale basée sur l’étalon-or (“Gold Exchange Standard”), en l’occurrence le dollar US afin d’assurer la stabilité des flux mondiaux “sans s’exposer” à des crises majeures telle qu’elle l’a été avec la Grande Dépression économique des années 1930.

    Toutefois, quelques années après la signature des accords de Bretton Woods, l’économiste américano-belge Robert Triffin portera un regard critique et avisé à l’égard de ce système dans son ouvrage “Gold and the Dollar Crisis. The Future of Convertibility” (1960). Selon les critères clairvoyants de Robert Triffin (à très juste titre), une monnaie nationale ne peut servir durablement de monnaie internationale, à moins d’accepter un système monétaire et financier instable et inefficient”(…)

  6. L’euro est un très grand progrès, ne vous en déplaise.
    Progrès pour les citoyens, énorme progrès pour les entreprises.
    Facteur contraignant pour les états tenus à une politique budgétaire plus raisonnable.

    1. Bonjour François Clément,
      Comme le dit si bien l’adage, “au royaume des aveugles, les borgnes sont rois”. Ceci dit, vous m’avez bien fait rire, merci🤣

      “Voyage dans le temps et l’espace”

      Le farouchement anti-européen Martin Feldstein, économiste à Harvard, écrivait de manière prémonitoire en 1997 que l’introduction de l’euro “exacerberait les cycles économiques en aggravant le chômage dans certains pays membres. Lesquels déboires économiques contribueraient à une crise de confiance au sein de l’Union”. Et, de fait, celles et ceux qui étaient persuadés que l’Union subissait depuis 2009 une crise qui ne serait que ponctuelle et que passagère ont dû revoir leur copie. Pour se rendre compte dix ans après que cette crise était inscrite dans les gènes mêmes de l’euro. Prise de conscience tardive d’une monnaie commune nécessitant tout naturellement une politique monétaire commune – c’est-à-dire un taux d’intérêt unique – pour une zone aux cycles d’activités disparates, voire antinomiques. Autant de déficiences structurelles et de problèmes chroniques passés sous silence dans l’acte de naissance de cet euro présenté aujourd’hui – non sans raisons – comme coupable de la crise majeure que traverse toujours notre Union. Et pour cause car, sous sa forme actuelle, la monnaie unique est en réduite à être un vecteur de schizophrénie économique et une machine à créer du chômage et, “accessoirement”, des inégalités.

  7. Sauver les banques (et l’Euro/dollar) – je ne doute pas que des efforts importants seront faits dans ce sens par nos amis politiciens et économistes pour le bien de l’humanité.
    En revanche, l’économie réelle va être détruite bien avant cela par la remontée des taux d’intérêts qui va complètement démolir les PME et les classes moyennes d’ici l’an prochain.
    C’est pour cela que certains se réjouissent sans doute de la guerre en cours, qui fera marcher tout le monde au pas cadencé, pendant que ces “ajustements techniques” se dérouleront.
    En réalité, le pandémie et la guerre en Ukraine sont un alibi idéal pour accélérer les processus en cours – qui visent à établir un nouveau système financier assaini.
    Certes de nouvelles règles seraient absolument nécessaires, mais pas avec toujours les même acteurs misanthropes au centre du jeu. Or, ce sont les acteurs les plus toxiques qui semblent les plus intéressés à ces réformes. C’est donc très mauvais signe pour les petites gens dont je fais partie, qui seront plumés comme de coutume. La faute à pas de chance, caramba…

  8. À l’heure où toutes les planètes convergent vers un nouvel alignement nous destinant à une énième crise financière sans précédent, sachant d’ailleurs que leurs intensités s’amplifient dans le temps et que la problématique des banques”Too big to fail” n’est fondamentalement toujours pas résolue – “que le spectre” du brilliant économiste Hyman Minsky revient nous hanter – les “agences tous risques” pourront bientôt nous sortir du tiroir la réplique culte du personnage principal (joué par George William Peppard Jr) dans la série américaine (“The A-Team” en VO) des années 1980 – John “Hannibal” Smith:

    “- J’adore quand un plan se déroule sans accroc!”

    En effet, selon les données sur les inégalités collectées par OXFAM, ce rapport publié en début d’année démontre une croissance du nombre de milliardaires dans le monde en 2021, soit 573 de plus qu’en 2020. Ces 2’668 milliardaires détiennent 12’700 milliards de dollars, une augmentation de 3’780 milliards de dollars. Les dix hommes les plus riches du monde possèdent plus de richesses que les 40 % les plus pauvres de l’humanité, soit 3,1 milliards de personnes. Les 20 milliardaires les plus riches valent à eux seuls plus que le PIB de l’Afrique subsaharienne et un travailleur ou une travailleuse parmi les 50 % les plus pauvres devrait travailler 112 ans pour gagner ce qu’empoche chaque année une personne parmi les 1 % les plus riches. En Amérique latine et dans les Caraïbes, l’informalité élevée et la lourde charge de travail de soin non rémunéré ont extrait 4 millions de femmes de la population active. Aux États-Unis, la moitié des femmes racisées au sein de la population active gagnent moins de 15 dollars de l’heure.

    Quant au tout récent rapport 2022 du Credit Suisse …

    https://www.credit-suisse.com/about-us/en/reports-research/global-wealth-report.html

    …il illustre qu’il y avait 62,5 millions de personnes millionnaires dans le monde fin 2021, soit 5,2 millions de plus qu’en 2020 (pandémie mondiale). Ce nombre a augmenté de 56 % depuis 2017. Selon les projections de la Banque Credit Suisse, il devrait à nouveau augmenter d’au moins 40 % d’ici 2026 (durant les chocs géopolitiques, énergétiques/climatiques et économiques) faisant passer le nombre de millionnaires à plus de 87 millions.

    Comme quoi, tant le changement de paradigme mondial que la disruption de nos économies font (encore une fois?) la part belle à une infime minorité, tandis que l’océan de serfs reprend des territoires et qu’il n’y aurait plus assez de p’tits sous dans la tirelire publique pour financer les prochaines retraites.

    1. La fin d’un cycle… Une fin dont on ne connait pas les tenants et aboutissants, ça risque malgré tout de se passer très moyennement…
      Avez vous vu l’excellent “Les 4 Cavaliers” de Ross Ashcroft consécutif à la crise des Subprimes, et plus que jamais furieusement d’actualité?

  9. Bonjour Bertrand,

    Non, je n’ai pas vu les “4 Cavaliers”, par contre je fus un “wistleblower” avant l’éclatement de la crise (du subprime) le 15 septembre 2008.

    Bien à vous

  10. Voyage dans le temps et l’espace.

    Saison: “la guerre des mondes”

    Aujourd’hui, jour de votation en Suisse, notamment sur l’AVS. Et comme en France, il faudrait réformer car – Ô mon dieu! – il n’y aurait plus assez de p’tits sous dans la cagnotte budgétaire pour financer un avenir correct après des décennies de dur labeur. Mais surtout, paraît-il, afin de garantir l’avenir de nos jeunes quitte à sacrifier l’entente intergénérationnelle sur l’autel de l’allongement de l’espérance de vie et la déliquescence du facteur Travail, alors que la fiscalité du Capital se porte toujours à merveille. Les années passent alors même que nos filets de prévoyance trépassent et, pourtant, le “fu.iste” mantra d’Arthur Laffer – écrit sur le coin d’une nappe du restaurant Two Continents (1) – sert toujours de hochet pour la théorie des choix publics. Et, si la “théorie” de Laffer est néanmoins recevable dans le cadre de l’hypothèse ceteris paribus, les études empiriques tentant de vérifier cette relation aboutissent de plus en plus à des résultats évidemment controversés. Mais un dogme reste un dogme n’est-ce pas? Même le “Soak the rich tax” reste dans les oubliettes alors que cet Act promulgué sous F.D.Roosevelt n’a pas péjoré la croissance US à son époque, bien au contraire.

    Aujourd’hui, comme on devrait le savoir, le Capital ne s’est jamais aussi bien porté depuis un siècle – alors même que le spectre de l’économiste Hyman Minsky revient frapper à nos portes – mais la théorie des choix publics reste toujours totalement hermétique. Affligeant!!!

    (1) “Le 13 septembre 1974, lors d’un dîner au restaurant Two Continents, situé à deux pas de la Maison-Blanche, l’économiste Arthur Laffer esquisse pour ses trois convives, Donald Rumsfeld et Dick Cheney, alors conseillers du président Gerald Ford, et Jude Wanniski, journaliste au Wall Street Journal, sa théorie en matière de politique fiscale qui, selon lui, les États-Unis doivent baisser les impôts… car ce serait bon pour les finances publiques”.

  11. Le titre de l’article du professeur Rossi résume à merveille le désenchantement du rêve européen : l’euro a suscité un immense espoir lors de son lancement. Car on attendait à tort de cet instrument monétaire qu’il réalise des miracles afin d’accélérer la convergence des économies dissemblables au départ vers l’intégration économique et politique, et partant engendrer une véritable citoyenneté européenne. Celle-ci constituait en effet la ligne de mire des pères fondateurs de l’Union européenne, qui l’appelaient de leurs vœux dans le but de rendre les économies interdépendantes via le commerce intra-européen, et donc d’éviter les guerres fratricides, qui avaient ensanglanté le Continent européen, et surtout de promouvoir la prospérité économique et les mécanismes de solidarité via les transferts budgétaires, notamment en cas de crises asymétriques.

    Seulement voilà les belles promesses de la monnaie européenne se sont fracassées sur le principe de réalité, car les responsables politiques et les milieux économiques totalement acquis au credo ultra-libéral ont vendu, en réalité, aux citoyens une zone de libre-échange donnant la primauté à la concurrence sans entrave, emballée dans un idéal auquel aspirent la plupart des citoyens européens, au-delà de leurs différences culturelles et linguistiques, et leurs trajectoires économiques et sociales. Autrement dit, dès le départ, il y a tromperie sur la marchandise. Dans ces conditions il ne faut pas s’étonner que l’Union européenne ne soit plus en odeur de sainteté auprès d’un grand nombre de citoyens européens de la Vieille Europe.

    Plus de vingt ans après la création de la devise européenne, force est de constater qu’il y a loin de la coupe aux lèvres sur tous les plans : économique, social et politique. Mais en vérité ce bilan globalement négatif n’est guère surprenant. Sans vouloir crier haro sur le baudet, l’euro qui s’est vu confier de facto une mission herculéenne, a transformé subrepticement l’espérance de départ en un doute existentiel. Pire, au fil du temps et compte tenu de son architecture baroque qui est viciée à la base, la monnaie européenne unique a accouché de l’eurosclérose avec sa croissance atone et son chômage de masse, mais aussi de l’euroscepticisme avec l’émergence du souverainisme et le retour des frontières.
    A cet égard, il faudrait se garder de jouer aux vierges effarouchées, si ce dimanche 25 septembre 2022 le parti Fratelli d’Italia et ses alliés raflaient la mise dans les urnes des élections italiennes. On peut également s’attendre à ce que les technocrates de la Commission européenne sans mandat démocratique tancent vertement et culpabilisent les électeurs italiens d’avoir émis un véto irrationnel et donc contraire à leurs propres intérêts. Sachant que le meilleur vote de leur point de vue est celui qui est en parfaite adéquation avec la philosophie ultralibérale de la zone euro : la croyance aux vertus de l’économie concurrentielle avec une régulation publique réduite à la portion congrue.

    Or, il est de notoriété publique que la zone euro a purement et simplement vidé la démocratie nationale de sa substance. En d’autres termes, les préférences des citoyens exprimées lors des consultations électorales ne semblent pas avoir cours dans un cadre institutionnel préétabli avec des règles rigides en matière de politiques de stabilisation macroéconomique. C’est pourquoi, en dehors de la solution qui consiste à larguer les amarres, certes avec de nombreux inconvénients liés principalement à l’existence des dettes nationales libellées en euros, les perdants de la zone euro représentant une majorité écrasante, ne peuvent compter que sur les crises systémiques et parfois contre toute attente sur les spéculateurs, pour que les responsables politiques soient contraints de s’écarter des normes du traité de Maastricht, mais souvent de manière seulement temporaire, car la croyance en une gouvernance par les règles intangibles prônant la passivité face aux chocs conjoncturels, leur est chevillée au corps. Dans ces conditions comment pourrait-on faire confiance à une construction institutionnelle censée faire notre bonheur et nous apporter un supplément d’âme, alors qu’elle n’évolue dans son architecture de base que timidement et souvent sous la pression des chocs aléatoires ? C’est difficile de faire dépendre son sort économique d’un coup de dé !

    A cela s’ajoute le fait bien documenté que la zone euro a accentué l’hétérogénéité et la divergence des économies. Elle n’assure pas non plus l’allocation optimale de l’épargne entre les pays membres depuis l’éclatement de la crise de la dette publique grecque en 2011. Ainsi les Hollandais et les Allemands préfèrent placer leur épargne dans les bons de Trésor américain plutôt que de la prêter aux pays de l’Europe méridionale qu’ils traitent avec mépris de cigales vivant au-dessus de leurs moyens et incapables de mettre en bon ordre leurs finances publiques, en partant du constat irréfutable que les dettes et les déficits en pourcentage du PIB y sont plus élevés que dans l’Europe des frugaux.
    Cependant il importe de nuancer cette appréciation négative et erronée par un argument empirique : ce déséquilibre des finances publiques a été très profitable à la politique mercantiliste de l’Allemagne avec son excédent commercial au sein de l’UE et à son emploi. En effet, il n’est pas inutile de rappeler que la proposition de la monnaie supranationale a été portée sur les fonts baptismaux par J.M.Keynes : les déséquilibres de balances des paiements ne sont pas symétriques. En effet le pays endetté est beaucoup plus vulnérable que celui qui prête. C’est le pays en déficit qui doit réduire parfois dans l’urgence son train de vie, sans que le pays en excédent soit obligé de faire l’effort symétrique d’augmenter ses propres dépenses. Une telle asymétrie est un facteur de récession et de chômage : si l’un dépense moins sans que l’autre doive dépenser plus, la dépense globale baisse nécessairement et le chômage peut exploser avec son inévitable lot de détresse économique, sociale et psychologique.

    Par ailleurs, il est illusoire de croire que la réalisation du fédéralisme fiscal mette fin aux inconvénients inhérents à la zone euro. Car le fédéralisme budgétaire ne semble pas être la panacée comme l’a démontré Paul Krugman (1991) dans le cas des Etats-Unis : les transferts budgétaires n’ont pas empêché la montée des inégalités de revenu entre les Etats de l’Union, en raison des fragilités induites par la spécialisation industrielle. ( voir son article : « Lessons of Massachussets for EMU »).

    Ainsi la crise systémique du covid-19 avec ses conséquences inédites sur l’économie et la société, a fait voler en éclats le pacte de stabilité budgétaire et a contraint la BCE à déclencher un déluge d’argent gratuit avec le quoi qu’il en coûte. Mais comme toujours chassez le naturel, il revient au galop. Ainsi de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer à cor et à cri le retour au statu quo avant que la guerre n’éclate en Ukraine avec son corollaire de la crise énergétique et alimentaire.
    Aujourd’hui avec l’irruption de l’inflation dans la zone euro avec un niveau inédit depuis la création de celle-ci, la BCE a fait le choix de donner la priorité à la lutte contre la flambée inflationniste au détriment de la croissance et de l’emploi. Comme on peut le constater l’effet Philips n’a pas disparu, en dépit du fait que l’on ait dressé à maintes reprises son acte de décès. En clair, le choix de la combinaison inflation-chômage devrait dépendre des préférences de la société en l’occurrence des citoyens et non de celles des autorités monétaires soient-elles indépendantes.
    En toute logique et contrairement à l’arrangement institutionnel actuel qui est loin d’être optimal à mes yeux, une banque centrale devrait avoir l’indépendance dans le maniement des instruments de la politique monétaire en vertu de son expertise technique. Mais en principe cette indépendance ne devrait s’étendre en aucun cas aux objectifs de la politique monétaire. C’est pourquoi il est souhaitable d’affiner la réflexion sur l’efficacité d’un mandat étroit confié à l’institut d’émission et d’expliquer rationnellement au public et donc aux acteurs économiques en chair et en os en quoi un taux d’inflation de 4% est plus mauvais pour le bien-être collectif en termes de revenu et d’emploi qu’un taux de 2%, cible visée par toutes les banques centrales y compris la BNS.

    En tout état de cause, nous devrons nous abstenir de confier à la politique monétaire la mission d’une bonne à tout faire ou d’un factotum, car qui embrasse trop mal étreint selon l’adage.
    Enfin, last but not least, avec l’accélération de l’inflation au sein de la zone euro et la dépréciation de la monnaie unique face au dollar, de nombreuses banques sont exposées au choc énergétique via les marchés des dérivés. En clair, on n’est pas à l’abri d’une crise systémique similaire à celle de 2008 avec le « Too big to fail » qui nécessiterait un sauvetage par l’argent public.

  12. LA SUISSE N’A PAS L’EURO MAIS ELLE A DES IDÉES: LA RÉFORME AVS 2021 (1ER PILIER) EST ACCEPTÉE EN SUISSE LE 25 SEPTEMBRE 2022. SAUF QUE….
    ——-
    RAYMOND
    25 septembre 2021 à 16 h 29 min

    Dans le monde d’après Covid-19, nos classes moyennes et nos retraités seront-ils majoritairement “chiliens” au sens d’un “mirage économique”?

    Quelques mois avant la pandémie, le Chili, présidé par Sebastian Piñera, était encore cité comme un exemple de stabilité économique et politique en Amérique latine. Un “modèle économique et social” dont la source remonte à la dictature Pinochet, ainsi qu’à la stratégie volontariste de libéralisation menée aux forceps par une troupe d’élites des “sciences économiques”. Et, si ce “miracle économique” a vu l’ascension des hauts revenus (accroissant les inégalités) dans un contexte prospère du fait de la nature de sa croissance, de la privatisation de pans entiers de son économie, néanmoins de vastes secteurs sont aussi apparus très vulnérables. Désormais, les classes moyennes basses qui veulent que leurs enfants fassent des études ont des budgets devenus trop justes, tandis que les familles ayant pris des crédits se retrouvent maintenant dans l’angoisse de l’endettement à cause d’un pouvoir d’achat ayant fini par décliner. Aujourd’hui, les contestations se cristallisent autour de l’éducation et des retraites, car si 10% du salaire des employés chiliens reste ponctionné pendant la vie active, beaucoup perçoivent une retraite inférieure au salaire minimum; d’autant que les dépenses sociales sont relativement faibles dans le pays.

    Durant ce choc extrême vécu par le peuple lors du renversement du président Allende par la junte du Général Pinochet (dictature militaire de 1973 à 1990), le Chili restera emblématique quant à son rôle de “laboratoire avancé du néolibéralisme”. En effet, c’est à cette aune que l’on mesure la participation des économistes latino-américains. Des diplômés de l’Université de Chicago et d’autres universités américaines, les “Chicago Boys” (Jorge Cauas, Sergio de Castro, José Piñera, Hernán Büchi, etc.) auront contrôlé le ministère des Finances pendant plus de onze ans, “le Plan” pendant plus de neuf ans, le ministère de l’Économie pendant cinq ans et demi, et, en général, les principaux postes clés à partir de 1975. Comme le dit J. Piñera – un “Chicago Boy” de Harvard – “ils ont pénétré des domaines traditionnellement hors des limites de la rationalité économique comme les relations du travail, la sécurité sociale, l’éducation, la santé, la gestion municipale et même la défense”. Les “Chicago Boys” auront ainsi prôné pour la première fois le modèle néolibéral. Dans le langage de l’économiste Friedrich von Hayek, on pourrait dire qu’ils ont mené à bien une révolution “constructiviste” grâce à un despotisme technocratique. Entre 1973 et 1981, les “Chicago Boys”, pionniers de l’ultralibéralisme, ont entamé une série de “réformes” compatibles avec le décalogue de la première version du consensus de Washington, proposée à la fin des années 1980: liberté totale des prix; ouverture indiscriminée aux importations; libéralisation du marché financier aussi bien en termes de taux d’intérêt que d’allocation du crédit; large libéralisation des flux internationaux des capitaux; réduction de la taille du secteur public; privatisation des entreprises publiques traditionnelles; suppression de la majorité des droits syndicaux; réforme fiscale pour réduire les impôts directs et les rendre plus progressifs (toutefois sans trop atteindre le haut du perchoir); introduction des premiers systèmes de retraite par capitalisation.

    L’an passé (2020) – en pleine pandémie – des files d’attente interminables s’étiraient dès l’aube devant les établissements financiers: des Chiliens se pressaient pour réclamer une partie de leur épargne-retraite afin d’améliorer leur subsistance par anticipation, après une décision historique du Parlement donnant le feu vert aux retraits successifs de 10% de la totalité des fonds de pension à capitalisation individuelle et privée. Ces ponctions répétées remettent ainsi en question la pérennité de ce système de retraites mis en place pendant la dictature du Général Pinochet, sous l’influence des “Chicago Boys” – nourris à l’idéologie de Friedman – qui testaient là, au Chili, leurs théories néolibérales. On l’aura donc compris, même si certaines difficultés sont spécifiques à leur système de prévoyance, d’autres sont communes à la plupart des systèmes de retraite de par le monde avec, dans la foulée, des taux d’intérêt sur le capital – pour des placements dits “sans risques” – qui n’ont eu cesse de se contracter durant les décennies passées. Tandis qu’à l’opposé, “grâce” à la socialisation des errements financiers durant ces vingt ans écoulés, les performances boursières (et spéculatives) ont atteint des sommets inégalés. Une manne providentielle s’est ainsi offerte à tous les acteurs de ce genre de système de prévoyance financiarisé et dont les assurés restent otages. Le taux réel sur emprunt d’État chilien étant proche de 0% (négatif en Suisse en 2021) et la tendance est là pour durer. De même, la démographie s’approche rapidement du modèle européen en termes de natalité et d’espérance de vie. Pour la petite histoire, sachant que l’armée jouit encore d’un poids économique et politique non négligeable dans le pays, le gouvernement militaire n’a préservé son système de prévoyance par répartition que pour les personnels de l’armée, qui jouissent aujourd’hui de conditions de retraite jalousées du reste des salariés chiliens soumis au système par capitalisation.

    Enfin, et pour terminer, à l’heure où le pillage de l’ensemble des richesses se démocratise dans une résilience consternante, le peuple helvétique devrait garder à l’esprit que le pays compte non seulement 2000 caisses de pension (LPP) , mais aussi que la gestion de ce “trésor de guerre” est externalisée pour un coût de 5% par an. Dans un tel contexte généralisé – considérant les aspects démographiques – toute promotion du réhaussement de l’âge légal de la retraite (AVS) au motif de l’allongement de l’espérance de vie est un alibi. Au pire, un sophisme”
    ——-

    La boîte de Pandore (pour une prochaine réforme de la prévoyance professionnelle – 2e pilier) est maintenant ouverte!

  13. LA SUISSE N’A PAS L’EURO MAIS ELLE A DES IDÉES, SAUF QUELLE PASSE SOUVENT À CÔTÉ DES BONNES…

    [“…Lorsque la pandémie de la Covid-19 ne sera plus qu’un mauvais souvenir, un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces permettra de récolter les ressources fiscales nécessaires pour le financement des politiques publiques, à une époque où la digitalisation des activités économiques de toute sorte aura largement érodé la base fiscale constituée par les revenus du travail, qui ne pourront aucunement suffire pour financer les systèmes de retraite – quitte à augmenter sans cesse le barème de la TVA et induire de là une chute considérable des dépenses de consommation à même de provoquer une crise économique…”] source datée de mon très cher et estimé Ami, le dr. et prof. Sergio Rossi.

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2021/05/24/un-micro-impot-pour-sauver-les-entreprises/#comments

    —-
    LA SUISSE A REJETÉ L’IDÉE D’UNE RÉVOLUTION FISCALE: “-AINSI SOIT-IL!” ET POURTANT…

    https://marcchesney.com/fr/media/fev-2020-micro-taxe-la-revolution-fiscale/

    Marc Chesney (né en 1959) est un économiste suisse, professeur de finance quantitative. Il est directeur du Département de banque et finance et du Centre de compétence en finance durable de lUniversité de Zurich (auteur de “la Crise permanente”)

  14. Comme la France n’a plus de pétrole, pas plus qu’elle n’a de bonnes idées et que la devise monétaire commune à l’Union s’enfonce, la France saisit “l’opportunité de jouer à un jeu dangereux”. Tout à l’image des États-Unis d’ailleurs, mais eux bénéficient de hégémonie du dollar.

    En effet, s’il est aussi bien connu qu’une inflation galopante fait (mécaniquement) diminuer le poids réel de la dette, un phénomène marqué en France au sortir de la Seconde guerre mondiale où la forte inflation aurait permis une réduction rapide de la dette publique rapportée au PIB. De 1944 à 1952, la dette publique française n’est-elle pas passée de 280% du PIB à moins de 35%, période durant laquelle l’inflation atteignait en moyenne 30%? Or, avec cette mécanique infernale (offrant plus de latitude au calcul budgétaire rapporté au taux d’endettement/PIB), il y a également un compromis difficile à faire en regonflant la dette, car ce qui représente une opportunité à court terme pour le gouvernement, elle se fait aux dépens du prêteur, sans compter les gros profits (différés) des gros spéculateurs sur les dettes souveraines, à l’instar des “Vulture funds” (fonds vautours).

    Cela signifie d’une part que les détenteurs d’obligations seront remboursés par le gouvernement beaucoup moins qu’ils l’ont initialement mis en place, alors que l’inflation rend l’ancienne dette plus facile à gérer pour un gouvernement, elle rend évidemment la nouvelle dette plus chère, surtout lors d’un resserrement des taux directeurs de la politique monétaire. Mais d’autre part, cet artifice consistant à gonfler la dette dans le contexte d’une inflation galopante a une autre conséquence non négligeable, à savoir une boucle catastrophique d’anticipations d’inflation en flèche. Dès lors, l’augmentation successive des taux directeurs des BC se montrera alors impuissante. Le professeur à la London School of Economics, R.Reis, n’a t-il pas récemment ressortit du cercueil un des vieux démons en argumentant qu’au cours du siècle dernier, “l’hyperinflation” a commencé lorsque “les gouvernements ont eu une dette si importante qu’ils se sont retrouvés incapables de percevoir les Impôts pour l’a payer, et on ainsi eu recours à une forte inflation à long terme.

    Où est-elle sur notre planète cette race d’homo-politicus sensée œuvrer pour l’intérêt général et le bien commun?

  15. Tiens donc, on approche du mois d’octobre et ça court tous azimuts. Et je ne fais pas référence à l’inversion de la courbe des taux, indicateur avancé d’une récession, ni de la rotation qui s’opère sur les marchés.

    D’abord, je fais allusion au chef économiste de la Banque centrale européenne, Philip Lane, qui évoque enfin l’idée de taxer les hauts revenus ou les superprofits d’entreprises pour financer les aides aux plus démunis face à l’inflation. Une mesure qui permettrait d’éviter de creuser les déficits publics. Ensuite, à Joe Biden qui s’attèle à effacer une partie de l’énorme dette étudiante américaine qui coûterait à l’Etat fédéral 400 milliards de dollars, selon une estimation du Bureau du budget du Congrès; puis de l’intervention des autorités de régulation de l'”Empire du milieu” qui ont demandé à certains gestionnaires de fonds et courtiers de s’abstenir de vendre massivement des actions avant le congrès du Parti communiste, qui s’ouvrira le 16 octobre prochain et, ce, afin d’éviter de fortes fluctuations sur les marchés. En effet, ça sens de plus en plus le souffre!

    Bon, passons maintenant à ma traduction libre et succincte (qui n’engage que moi-même).

    Tout d’abord, au moins un p’tit soldat de la “panzer division” – surnom donné dans le milieu à l’époque où le stratégique Département d’économie et de prospectives, qui conditionne toutes les recommandations de la Banque Centrale Européenne en termes de politique monétaire, était enferré par une chaîne de commandement allemande – sort du rang de la pensée dominante. Quant à Joe Biden, il a le mérite d’afficher sa maîtrise de la novlangue, car l’effacement des “Student loans” (prêts étudiants) est (peut-être?) intrinséquement d’une autre nature. Dans le cas des prêts étudiants américains, la titrisation (comme au temps du subprime) prend la forme de “SLABS” (Student Loan Asset-Backed Securities). Rappelons que l’intérêt de la titrisation pour les organismes financiers est de sortir ces créances de leur bilan et ainsi d’améliorer leurs ratios de solvabilité pour pouvoir consentir de nouveaux crédits. L’avantage pour les investisseurs (banques, hedge funds, fonds de pension, fonds d’investissement, etc.) qui achètent ces titres est la perspective d’un rendement élevé. Ainsi, comme au temps du subprime. Au niveau global, si le risque est censé être limité, car réparti sur un nombre important d’investisseurs et absorbé en cas de choc, toutefois, si le risque de défaut se matérialise à grande échelle (augmentation des taux durant un cycle inflationniste à moyen/long terme), ce marché des “Student Loan Asset-Backed Securities” pourrait bien s’effondrer alors que l’on ne connaît précisément la portée et la nature sur les marchés financiers (au plan global) à cause des effets délétères de cette ingénierie contreproductive (transformation des dettes en actifs financiers échangeables). Concernant le secret de polichinelle chinois, à présent, chacun sait que la gigantesque bulle spéculative sur l’immobilier – au sein de cette puissance économique encensée au Capitalisme d’État – ressemble étrangement au chant du Cygne d’un schéma de Ponzi – qui est sur le point d’exploser alors que près d’un tiers de l’ensemble des “prêts immobiliers chinois” sont désormais considérés comme des créances douteuses.

    Là, il n’est bien évidemment pas du ressort à savoir si une crise financière mondiale aura bien lieu, mais quand va-t-elle survenir d’une part et, de l’autre sera-t-elle le vecteur – accompagée de la crise géopolitique actuelle – d’un nouvel ordre monétaire national et international.

    1. “Voyage dans le temps et l’espace” vers un nouvel ordre monétaire national et international?
      —-
      RAYMOND
      26 avril 2022 à 15 h 49 min

      (…) Encore une fois, huit ans après la révolution Ukrainienne de Maïdan (2014) – déjà oubliée pour beaucoup – l’on vient s’étonner à présent que l’aggravation du dernier conflit en Ukraine mené par la Russie (2022) précipite le grand renversement du monde. Un peu de sérieux nos homo-politicus puisque la mondialisation nous démontre bien, aujourd’hui, en 2022, que l’Occident – sous leadership américain – ne parvient plus à contenir les puissances émergentes!

      Souvenons-nous – alors que les USA craignent à ce jour et plus que tout un embrasement avec l’Asie, malgré les apparences trompeuses – que l’Union économique eurasiatique tombe d’accord avec la Chine pour mettre cette fois en place un système financier et monétaire indépendant du dollar US. Mais rien de nouveau sous le soleil en fait, car en 2009 – soit une année après la grande conflagration financière mondiale de 2008, débarquée des États-Unis, symbole par excellence des excès de la finance – le gouverneur de la Banque populaire de Chine, M Zhou Xiaochuan, était revenu à la charge contre l’”hégémonie du dollar” dans le cadre d’une conférence intitulée “Reform the international Monetary System”. Pour un nouvel ordre monétaire mondial. En 2018 – soit bien avant le choc sanitaire mondial aux conséquences économiques catastrophiques – Poutine et son homologue chinois Xi Jinping avaient réaffirmé leur volonté de se passer du dollar américain dans le cadre de leurs échanges commerciaux. Sans compter que l’Arabie saoudite eu récemment encore – en mars 2022 – envisagé d’accepter le Yuan pour ses exportations de pétrole.

      Enfin, si l’ancienne Libye de Kadhafi et l’ancien Irak de Saddam Hussein se sont cassés les dents sur les “pétrodollars” – que le Vénézuela qui était le 4ème pays le plus riche du monde dans les années 1950, paie son addiction à l’empire américain ces dernières années – une entente de la Chine, des producteurs arabes d’hydrocarbures et de la Russie pour se passer du billet vert serait fatale pour l’économie américaine grevée par sa dette exponentielle.

      https://www.usdebtclock.org/

      Et par analogie lourde de conséquences pour l’Europe. Le “Petroyuan” n’est donc plus un risque que “nos économistes mainstream” ne peuvent feindre d’ignorer (ou plutôt le cacher encore longtemps à l’océan de serfs). Comme le “bénéfice-risque” fut un terme à la mode (emprunté à la sphère financière de surcroît et à la discipline des sciences comportementales), je défie tous nos homo-politicus de s’en rappeler afin de respecter leurs prérogatives qui, soi-disant, viseraient l’Intérêt général et le bien commun (…)
      —–

  16. Récemment Jo Stiglitz a sévèrement critiqué les politiques monétaires restrictives menées par les principales banques centrales des pays de l’OCDE en comparant les vagues successives des hausses des taux d’intérêt à la saignée qu’on pratiquait au Moyen-Age pour guérir les malades. Il a également attiré l’attention sur le caractère erroné du diagnostic établi par les banquiers centraux trop préoccupés par le risque de perdre leur crédibilité face à la flambée inflationniste : la politique monétaire semble impuissante face à un choc d’offre et peut-être faudrait -il faudrait essayer d’autres instruments de la politique économique, sachant qu’une composante notable de l’inflation s’explique par les facteurs comme la rupture dans les chaînes d’approvisionnement et la géopolitique.

    Dans cette veine, sans doute la meilleur outil fiscal alternatif aux mesures monétaires classiques consiste à recourir à une taxation exceptionnelle sur les profits des sociétés pétrolières, pharmaceutiques et numériques afin de compenser partiellement ou totalement l’impact inflationniste sur les catégories les moins aisées. Les pouvoirs publics devraient aussi stimuler directement ou indirectement les investissements susceptibles d’accroitre les capacités de production et les compétences des salariés. En partant du constat que l’inflation en zone euro est due essentiellement à la hausse des coûts de production (hausse des prix de l’énergie et des matières premières importées) et que l’indexation des salaires à l’inflation y reste faible (l’élasticité du salaire par rapport au taux d’inflation est de 0,2), il faudrait utiliser l’instrument budgétaire pour espérer sortir du monde de la rareté dans lequel nous a plongés la crise sanitaire et que les sanctions contre la Russie ont aggravé.

    A cet égard Il est curieux de noter que c’est la même proposition qui vient d’être faite par un membre de la BCE. C’est la preuve, s’il en est, que la politique monétaire se heurte à des limites, et qu’elle reste dans une relation de complémentarité avec la politique budgétaire via notamment la contrainte budgétaire intertemporelle de l’Etat, n’en déplaise à tous les thuriféraires de la décentralisation radicale de la politique économique. En tout cas, tôt ou tard il faudrait ouvrir le débat sur l’inflation d’équilibre, à savoir la cible de 2% qui est la norme retenue par les banques centrales. Pourquoi avec une cible d’inflation de 4% les banques centrales risquent-elles de perdre le contrôle des anticipations inflationnistes, et donc leur sacro-sainte crédibilité ? Alors que de toute évidence la Banque centrale est dans une interaction répétée avec le secteur privé et que par conséquent elle ne devrait pas s’abstenir à faire jouer sa fonction de stabilisation, en réagissant aux informations nouvellement acquises. Même si celles-ci ne sont pas observables pour le public, dès lors que la banque centrale fait sa preuve sur la durée de son action en faveur de l’intérêt général sous la forme de la croissance et de l’emploi. A quoi sert une crédilité qui consiste à casser la dynamique de la croissance pour imposer la souffrance aux agents économiques sous la forme de faillites et de chômage ? A titre d’exemple de la conséquence de l’inflation sur la vraie vie, le boulanger dans mon quartier vient de mettre la clé sous le paillasson, car il ne peut plus faire face à sa facture énergétique (gaz, électricité) et le coût du crédit est de plus en plus lourd.

    Par ailleurs, l’objectif de 2% que doit viser une banque centrale en moyenne conviendrait plutôt à une société de rentiers et de vieux retraités riches. Or, il n’est un secret pour personne que la BCE est le sosie de la banque centrale allemande dont la politique monétaire est non seulement influencée par les horreurs d’une situation de type Weimar dans les années 1920, mais aussi par le vieillissement démographique, comme en témoigne la générosité intéressée de la société allemande en matière d’accueil de jeunes étrangers, hier avec les Syriens et aujourd’hui avec les déserteurs russes qui n’ont aucune envie de mourir pour la “Novorossia.”

    Il est important de noter que des économistes comme Paul Krugman et Olivier Blanchard ont développé un argumentaire en faveur d’un objectif d’inflation de 4%. Avec une telle cible, il semblerait qu’il n’existe aucun risque que l’inflation produise les effets délétères qu’on attribue habituellement à une hyperinflation : des coûts économiques exorbitants, retour à une économie de troc, difficultés de formuler toute anticipation, d’établir des contrats à long terme ou une comptabilité digne de ce nom.
    En outre, ce taux d’inflation moyen a non seulement prévalu sous le second mandat de Reagan sans pour autant qu’il soit perçu comme dérangeant, mais aussi il comporte une série d’avantages qu’on peut résumer comme suit :

    la perspective d’une inflation plus élevée rend l’emprunt plus attrayant. En effet, si la propension à dépenser des débiteurs est plus élevée que celle des prêteurs, alors une inflation modérée est utile, car elle permet un transfert de richesses des vieux vers les jeunes via la réduction du poids de la dette. De surcroît, un taux d’inflation de 4% au lieu de 2% donnerait plus de marge à la banque centrale en matière de manipulation des taux d’intérêt, tout particulièrement en période de crise. Enfin, comme l’a souligné Keynes, l’inflation est la méthode idoine à la rigidité nominale des salaires à la baisse. Il va sans dire que les salariés et leurs syndicats veillent au grain en ce qui concerne le pouvoir d’achat de leurs rémunérations nominales, surtout si l’inflation cesse d’être modérée et s’enkyste durablement dans l’économie, si bien qu’il n’est pas exclu que les procédures d’indexation se généralisent à toute l’économie.

    Parallèlement à la critique de Joseph Stiglitz, on peut déplorer aussi le fait que les faucons qui semblent influents tant au sein de la BCE que de la FED, n’aient tiré aucun enseignement des chocs pétroliers de 1973 et 1979 ( chocs d’offre). En économie ouverte, la coordination internationale des politiques macroéconomiques nationales est une nécessité impérieuse, si l’on entend éviter l’inefficacité des actions de la politique publique décentralisée. Car les politiques économiques nationales visant les objectifs domestiques sans se préoccuper de ceux du reste du monde, peuvent s’analyser comme un jeu non coopératif entre les autorités monétaires des pays liés par le commerce international. Il en résulte un équilibre sous-optimal ,dans la mesure où les autorités monétaires agissant de manière décentralisée et donc égoïste n’internalisent pas les effets externes associés à leurs décisions. Dans un tel contexte stratégique où chaque pays tente d’améliorer son sort au détriment de ses partenaires, nous devrions nous attendre à ce que les politiques nationales non-coordonnées provoquent une récession de l’économie mondiale.

    A ce sujet, ce qui est frappant, c’est que la coordination des politiques monétaires au niveau international a disparu du discours des banquiers centraux. Ainsi récemment j’ai lu les communications de Jérôme Powell, gouverneur de la FED, de Christine Lagarde, la patronne de la BCE ou de Thomas Jordan, président de la BNS, j’ai beau lire et relire leurs textes, je n’y ai trouvé nulle trace des concepts comme coordination ou coopération. Alors qu’il existe une littérature académique volumineuse qui a été développée suite à la publication de l’article fondateur du professeur japonais K. Hamada ,« A strategic analysis of monetary interdependence » (1976).

    Ces travaux nous ont appris que mener une politique monétaire restrictive induit une récession de l’activité économique et une appréciation de la monnaie en régime de changes flexibles. Certes cette dernière immunise l’économie domestique contre le choc inflationniste mondial, mais cela se fait au détriment des partenaires chez qui on exporte l’inflation à travers l’appréciation de la monnaie nationale. Dans une telle situation, les comportements non coopératifs des autorités monétaires optimisant chacune dans son coin impliquent un biais déflationniste excessif des politiques monétaires nationales, lequel est susceptible de piéger les économies dans un équilibre avec sous-emploi sans pour autant résoudre le problème de l’inflation.

    C’e scénario correspond parfaitement à la situation actuelle dans laquelle se trouvent les deux principales banques centrales qui tirent dans le même sens ,dans l’espoir de neutraliser le choc inflationniste induit par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières dans le cas de la BCE et par la hausse des salaires dans le cas de la FED. En effet, les deux banques centrales ont fait le choix de sacrifier la croissance et l’emploi sur l’autel de leur crédibilité afin de garder la maîtrise des anticipations inflationnistes, bien que la situation de l’emploi aux Etats-Unis soit meilleure que celle de la zone euro. En revanche, c’est la situation inverse qui prévaut en matière d’inflation, celle-ci est plus faible en Europe qu’aux Etats-Unis. Quoi qu’il en soit, les politiques monétaires trop restrictives menées simultanément ont de fortes chances de déclencher une spirale récessive à l’échelle mondiale en faisant souffrir les populations les plus fragiles dans les pays industrialisés tout comme dans le monde émergent ou en voie de développement.

  17. Afin de préserver l’hégémonie du Dollar, Jerome Powell se serait-il perdu à trop vouloir jouer avec les bulles?

    Comme on le sait, si les bulles ont de larges répercussions sur l’économie réelle car elles génèrent des effets de richesse qui stimulent alors, par exemple, la dépense des ménages, inversement, l’éclatement des bulles détériore le bilan des agents économiques et entraîne un ralentissement parfois dramatique de l’activité réelle. Les déséquilibres qui mènent finalement à une crise financière peuvent être également difficilement identifiables ex ante, en particulier s’ils sont consécutifs à une quelconque forme d’innovation. Ce qui n’est point le cas, par exemple, lorsqu’un garant (BC) de la politique monétaire emprunte la voie sinueuse des mesures non conventionnelles (relance monétaire), en l’absence de da courroie de transmission budgétaire (relance budgétaire) – du ressort des seuls gouvernements. C’est à dire conduire une politique contracyclique qui ne doit pas profiter à l’exubérance irrationnelles de quelques marchés financiers, mais plutôt aux retombées positives sur l’économie réelle. Les modèles de bulles s’inspirent en l’occurrence activement de la relecture des travaux de Hyman Minsky pour considérer que, dans la phase initiale du cycle d’une bulle, un gain de productivité, une nouvelle technologie, une disruption, ou une innovation financière relève les anticipations de profits et de croissance économique. Le boom qui voit alors le jour se caractérise par une faible volatilité, une hausse du crédit et une expansion de l’investissement.

    https://ses.ens-lyon.fr/images/actualites-rapports-etudes-et-4-pages/2016-09-28-bdf-mot-actu-bulle-speculative.jpg

    À contrario, une bulle qui débouche systématiquement sur l’instabilité financière est foncièrement nocive, à condition toutefois que l’on soit dans une conjoncture proche du plein emploi. En 2009, nous sommes plusieurs à avoir constaté la bulle des Bons du Trésor Américains, conséquence directe des bulles l’ayant précédé, à savoir les bulles immobilière, boursière, pétrolière et des matières premières. Ne sachant plus où placer leurs liquidités suite à la crise du crédit (subprime), les investisseurs du monde entier se sont rués sur les Bons du Trésor Américains, ceux à 3 mois ayant d’abord offert une rentabilité négative en décembre 2009 – pour la première fois depuis 1929. Rien qu’au 9 décembre 2009, la Trésorerie US a vendu 30 milliards de Dollars d’obligations ayant une durée de vie de 4 semaines à un taux de 0% et le 24 décembre de cette même année, les Bons du Trésor US à 10 ans offraient un rendement de 2.18% comparé au taux de 4.08% offert dans les six mois précédents. Cette ruée apocalyptique vers les obligations d’Etat Américaines reflétait parfaitement la panique de l’investisseur global à la recherche d’un placement sûr suite à l’effondrement des bourses, à la dégringolade du marché immobilier et aux multiples plans de sauvetage de banques ayant déjà perdu plus de 1’000 milliards de dollars US. Cependant, cette ferveur de placement vers le papier valeur US semblait présider à la création d’une nouvelle bulle d’autant plus pernicieuse que ces investissements offraient des rendements nuls. En effet, tout rendement sur investissement se doit d’être jaugé à l’aune du risque sous jacent à cet investissement : A risque élevé, rentabilité élevée! Or l’investisseur planétaire acceptait dès lors une rentabilité nulle pour des obligations Américaines dont la valeur intrinsèque risquait de s’effondrer à tout moment dès lors que le marché se rendra compte – le jour venu! – que l’Etat Fédéral US ne peut indéfiniment faire fonctionner sa planche à billets en inondant banques, le secteur automobile et l’économie en général. Plus prosaïquement, ces obligations pourraient se dévaloriser d’une part en cas d’un prévisible retour de l’inflation entraînée par les flots de liquidités qui se sont déversés durant des lustres sur les marchés ou d’autre part, si des chocs exogènes e-o endogènes venaient à se réaliser. De fait, l’implosion d’une bulle au sein même du marché des Bons du Trésor Américains aurait en soi un évènement spectaculaire et dramatique qui affecterait des millions d’investisseurs, les plus fragiles étant bien-sûr les retraités ayant jusqu’à présent considéré le placement en Bons du Trésor Américains comme l’investissement sécuritaire par excellence. Une implosion de ce marché aurait nuit de surcroît irrémédiablement à une crédibilité US déjà fort entamée, principalement auprès des investisseurs étrangers – propriétaires de la moitié de ces Bons du Trésor – qui continuent toujours à financer les déficits US en 2022, alors qu’ils l’ont si bien fait dans les années précédentes en dépit de taux proches du zéro. Ainsi, il va de soi que la perte de cette stature internationale dont bénéficient les Bons du trésor Américains aurait mis sérieusement en péril le Dollar US en sa qualité de première monnaie de réserve mondiale.

    Dans cette politique Américaine du “quoi qu’il en coûte” pour préserver en parallèle l”‘hégémonie du dollar” et, dans cette hypothèse, la première parade idéologique en cette fausse croyance dans la théorie du ruissellement, ne fallait-il aux maîtres du monde de conduire des politiques monétaires non conventionnelles qui encouragerait dès lors les marchés financiers et immobiliers à gonfler comme des ballons de baudruche?

    https://www.visualcapitalist.com/wp-content/uploads/2019/12/world-markets-chart-mobile.jpg

    Puis, voyant cette exubérance-irrationnelle atteindre des sommets – en plein chocs exogènes et endogènes avec ses retombées mondiales extrêmement négatives – resserrer drastiquement la politique monétaire en remontant les taux d’intérêts afin d’attirer des capitaux frais avec les conséquences fâcheuses que l’on imagine sur la croissance (récession mondiale).

    That is the question!

  18. L’anecdote du jour valant comme un énième “Voyage dans le temps et l’espace”

    Dans cette tourmente qui embrasse actuellement les marchés, un nom revient dans les esprits plus de 14 ans après la grande conflagration de 2008: Blythe Sally Jess Masters. Rappelez-vous, “Blythe Masters” est née le 22 mars 1969 à Oxford au Royaume-Uni; mais pourquoi cette question? Tout d’abord, Blythe Sally Jess Masters fut une brillante opératrice de marché de la banque J.P. Morgan & Co. (actuelle JPMorgan Chase) qui a eu la première l’idée – en 1994 – du principe du credit default swap (CDS), ou couverture de défaillance (“une assurance financière”). En effet, ces produits dérivés jouent le rôle d’assurance en cas d’événement de crédit. Ce contrat s’opère de gré à gré entre un acheteur et un vendeur de protection contre le risque de défaut d’un émetteur. Le premier va payer une prime, le prix du CDS, au second pour protéger son portefeuille obligataire (à l’instar des emprunts souverains, par exemple). Ensuite, aux heures sombres de la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro, “Blythe Masters” fut accusée par le journal britannique The Guardian d’être “la femme qui a inventé les armes financières de destruction massive”. En effet, les “CDS” ont attisé la crise de la zone euro et le schéma du cercle vicieux emprunts d’états versus CDS.

    Et enfin, nous y voilà, Blythe Sally Jess Masters est Membre du Conseil d’administration de Credit Suisse Group AG et Credit Suisse AG depuis 2021. Reste à espérer que la Banque Credit Suisse ne connaisse pas un autre sauvetage – un autre jour? – comme elle le connu en son temps grâce à un tour de passe-passe au travers des fameux “CoCo bonds” ayant ouvert le capital du Credit Suisse aux fonds du Qatar (ceci avec la bénédiction “exceptionnelle” de la FINMA*)

    2022. Exposition du Credit Suisse aux CDS

    https://www.zerohedge.com/s3/files/inline-images/CD%20CDS.jpg?itok=BulvaeZF

    * Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers

    1. Le Financial Times a rapporté dimanche 02 octobre 2022 que “les dirigeants du Credit Suisse avaient passé le week-end à rassurer les investisseurs sur sa santé financière. Cela fait suite au mouvement sur les “credit default swaps” (swaps sur défaillance de crédit) de la banque qui offrent une protection contre le défaut d’une entreprise, en forte hausse vendredi, atteignant leur plus haut niveau depuis au moins 10 ans. Le titre Credit Suisse s’effondre ce matin – le 03 octobre 2022 – de 8% supplémentaires à 3,62 francs suisses. Il abandonne 27% sur un mois et près de 60% depuis le début de cette année…” Et combien depuis le 15.09.2008?

      Le groupe bancaire de Zurich est donc dans la tourmente? Ben Oui!

      1. Alors qu’aujourd’hui (02.11.2022) l’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé sa note de crédit sur la “banque voilée” (Credit Suisse) tandis que sa concurrente Moody’s l’a fait pour certains engagements de cette entité de malheur – toutes deux évoquant les risques que présente la mise en œuvre de son projet de restructuration dans un contexte de marché peu porteur – il n’est pas inintéressant de revenir quelques jours en arrière, soit le 27 octobre 2022. En effet, la communication du CS a fait savoir qu’elle avait subit vertement un mouvement de panique “des petits investisseurs et déposants” – suite aux mouvements sur le marché des CDS – que les réseaux ont contribué à propager. Je cite: “Ces sorties (bankrun) ont partiellement utilisé des réserves de liquidités au niveau du groupe et de l’entité juridique, et nous sommes tombés en dessous de certaines exigences réglementaires au niveau de l’entité juridique” déclarera le Credit Suisse.

        Désolé la “banque voilée”, mais s’il suffit de quelques tweets ou réactions pertinentes pour que votre liquidité tombe en dessous des exigences réglementaires légales, alors vous ne devriez probablement pas exister en premier lieu. Ceci étant précisé, “vos petits investisseurs et déposants” ont eu tout de même fin nez puisque l’action du CS a chuté ce dernier jeudi d’octobre 2022 à son plus bas jamais enregistré.

        https://assets.zerohedge.com/s3fs-public/styles/inline_image_mobile/public/inline-images/CS%20drop.jpg?itok=0yJjmwtd

  19. La guerre mondiale d”‘Hégémon”?

    Comme l’on s’en doute, la Réserve fédérale américaine (Fed) procédera à une autre hausse des taux d’intérêt pour prioriser la maîtrise de “son inflation” et cela pourrait encore augmenter la valeur du dollar américain par rapport aux autres devises, qui est à son plus haut niveau depuis 20 ans. Poussé par les hausses de taux agressives de la Fed, le dollar américain est considéré comme “connaissant une reprise unique en une génération”. Néamoins, pour de nombreux pays dans le monde, cela pourrait être le début d’un autre cauchemar!!!

    La prochaine réunion des “zélites” verra (ainsi) la Fed augmenter ses taux d’intérêt et si la raison directe est d’atténuer l’inflation aux États-Unis, pour autant, si les gens creusent la cause profonde, c’est une conséquence inévitable de l’impression illimitée des États-Unis pour maintenir temporairement la “prospérité”. Un dollar américain super musclé et la chute d’autres devises atténueront, dans une certaine mesure, l’inflation torride de l’économie américaine, mais le monde devra en payer le prix, ce que l’on nomme souvent dans le jargon: “quand les États-Unis sont malades, le monde doit prendre la pilule”! Trente-six devises dans le monde ont déjà perdu au moins un dixième de leur valeur cette année, la roupie sri-lankaise et le peso argentin ayant même chuté de plus de 20 %, depuis que le dollar s’est renforcé. Cela a non seulement aggravé les économies déjà faibles de l’Europe et du Japon, mais a également forcé un grand nombre de pays en développement à avaler les pilules amères de la récession économique causée par l’inflation importée. En fait, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont utilisé à plusieurs reprises l’hégémonie du dollar pour mener à bien des “pillages financiers” ou des “crises d’exportation” contre d’autres pays. Comme le dit une expression très populaire chez nous, en occident: “les États-Unis jouissent sans larmes des privilèges exorbitants créés par le dollar et le déficit, et ont utilisé le billet papier sans valeur pour piller les ressources et les usines des autres nations”.

    Chaque tour d’appréciation du dollar au cours des dernières décennies a été accompagné de très mauvais souvenirs : la crise de la dette latino-américaine a éclaté au premier tour; en Asie, le Japon a souffert des “deux décennies perdues” au cours du second tour tandis que la crise financière asiatique a eu lieu pendant le troisième. En particulier, dans la crise asiatique qui est encore fraîche dans la mémoire de beaucoup de gens, alors que plus de 100 millions de personnes de la classe moyenne en Asie sont tombées dans la pauvreté, selon l’estimation de la Banque mondiale. Le dollar renforcé, maintes et maintes fois, coupe le monde comme une lame tranchante nous diraient les Chinois. Par conséquent, alors que les élites politiques de Washington se vantent du “mythe du système américain” et s’attribuent – paradoxalement – le mérite d’avoir “atténué les crises” comme si c’était le privilège dont devrait jouir systématiquement “l’hégémon”. N’est-ce pas l’ancien secrétaire américain au Trésor, John Connally, dans les années 1970, qui affirmait déjà avec une arrogance non dissimulée: “Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème”! Aujourd’hui, le dollar est à nouveau le problème du monde. Même pour les États-Unis, n’est-ce pas paradoxal? Non, dès l’instant où les États-Unis financent leurs déficits exponentiels (en traversant systématiquement le rubicon du “fiscal cliff”) via les détenteurs (extra-muros) des Bonds du trésor américains. Toutefois, la mécanique infernale d'”Hégémon” augmentera le coût du financement des entreprises, la pression sur les résidents pour qu’ils remboursent leurs prêts et le prix de la production d’exportation, entre autres. Pendant ce temps, la crédibilité du dollar américain en tant que monnaie mondiale est continuellement épuisée par la politique américaine du “chacun pour soi”.

    Aujourd’hui, l’anxiété et l’insécurité (explicite et implicite) apportées par le dollar américain au monde ont annoncé les signes du déclin de son hégémonie – face à l’exploitation insatiable de Washington; l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient et d’autres régions ont déjà exploré la voie de la “dé-dollarisation”, conduisant à l’inévitable diversification du système monétaire international. La meilleure façon de limiter l’hégémonie déchaînée est de pratiquer un véritable multilatéralisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *