Les conséquences économiques du Trumpisme

Dans un mois, le président élu aux États-Unis fera son entrée à la Maison-Blanche en tant que 45ième président américain. Même s’il est prématuré de prédire les conséquences économiques de la présidence Trump pour son propre pays et, indirectement, pour le reste du monde, il est déjà possible d’imaginer certaines tendances à court et moyen termes résultant de son programme de politique économique.

Si les promesses électorales de Trump sont tenues sur le plan économique, il y aura une forte augmentation des dépenses publiques pour les infrastructures de transport aux États-Unis, qui en effet ont un grand besoin d’entretien et de modernisation à bien des égards. Cela fera augmenter les prix des métaux industriels dont ces infrastructures sont gourmandes, amenant les institutions financières du monde entier à considérer ces métaux comme des objets de spéculation sans risque – ce qui pourrait enfler une gigantesque bulle financière, au vu du fait que l’augmentation du prix des marchandises financiarisées renforce cette trajectoire des prix en stimulant la demande de celles-ci au lieu de la réduire. Cette bulle pourrait alors éclater de manière brutale et bruyante, lorsque les principales banques centrales au plan mondial commenceront à «normaliser» leurs politiques monétaires, ramenant les taux d’intérêt à nouveau dans le domaine des grandeurs positives.

L’énorme augmentation des dépenses publiques américaines, couplée avec la forte réduction des barèmes d’impôt sur les revenus élevés et sur les bénéfices des entreprises aux États-Unis, va alors creuser les déficits budgétaires du gouvernement fédéral américain, qui pourra dès lors justifier facilement la réduction de la protection sociale et le licenciement d’un nombre important de collaborateurs au sein de la fonction publique – révélant ainsi le caractère néolibéral du Trumpisme enveloppé de national-populisme.

Si, par la suite, la «Trump-onomics» imprime une pression à la hausse sur le niveau général des prix aux États-Unis dépassant le seuil de 2 pour cent pour le taux d’inflation ciblé par la Réserve fédérale américaine, la croissance de l’économie américaine sera freinée par l’augmentation (par paliers successifs) du taux d’intérêt sur les «Fed funds», qui fera apprécier le taux de change de la monnaie nationale, aggravant les déséquilibres globaux et induisant des mouvements internationaux de capitaux qui pourraient mettre à mal la croissance économique dans les pays émergents, notamment en Asie. La Chine pourrait alors signer une déclaration de guerre commerciale avec les États-Unis dont les conséquences négatives pour l’ensemble de la planète renforceraient celles découlant de la guerre fiscale qui pourrait éclater au plan international suite à la réaction des pays du G-20 à la forte réduction des barèmes d’impôt pour les entreprises aux États-Unis.

Donald Trump pourrait donc vite devoir apprendre à fonctionner comme commandant en chef pour combattre la Troisième guerre mondiale qu’il aura lui-même contribué à déclencher par son programme autodestructeur de politique économique. Il comprendra peut-être alors la véritable portée du slogan «It’s the economy, stupid».

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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