Trump est une menace pour la stabilité financière

Les deux décrets par lesquels Donald Trump, le mois passé, a vidé de son contenu la réforme de la réglementation financière états-unienne approuvée par Barack Obama – suite à la crise éclatée en 2007 – augmentent le risque qu’une nouvelle crise financière globale éclate prochainement.

En fait, ni la loi Dodd–Frank ni la «règle de Volcker» adoptées sous la présidence Obama auraient pu éviter la prochaine crise systémique du capitalisme financier, étant donné qu’elles se limitaient à restreindre les marges de manœuvre des institutions financières au lieu de mettre en œuvre une réforme structurelle de l’ensemble du système bancaire états-unien, empêchant les banques d’émettre des sommes de monnaie ex-nihilo pour spéculer sur les marchés financiers globalisés.

Cependant – malgré le fait que la réforme de Obama a été grandement édulcorée par les énormes pressions exercées par les puissantes lobbies financières aux États-Unis –, les décrets signés par Trump éliminent aussi les derniers garde-fous qui auraient pu limiter les problèmes du prochain grand «crash» financier, protégeant les consommateurs et obligeant les institutions financières à se soumettre à des tests de résistance périodiques afin d’en évaluer la résilience en cas de chocs majeurs.

La décision de Trump de faire table rase des contraintes posées par Obama à la finance omnivore n’étonne pas, compte tenu de sa vision idéologique et des liens très étroits que bien des membres de son administration entretiennent avec les institutions financières aux États-Unis. Ce qui est surprenant, c’est la malhonnêteté intellectuelle de Trump lors de sa tentative de justifier ses décrets en faveur de ces institutions. Le Président des États-Unis a en effet déclaré que certains de ses amis ne peuvent pas mettre sur pied leur propre entreprise, parce que les banques ne veulent pas leur ouvrir des lignes de crédit à cause des règles et des contrôles imposés par la loi Dodd–Frank.

La réalité des faits est toutefois très différente. Si aux États-Unis les banques ne font pas de crédit à l’économie «réelle», empêchant le lancement de nouvelles entreprises, ce n’est pas à cause de la réglementation financière – comme le prétend Trump – mais parce que l’insuffisance de la demande sur le marché des produits est telle que bien des projets d’entrepreneuriat sont peu ou pas du tout rentables à moyen terme (entendez sur l’horizon temporel considéré par les acteurs de la finance contemporaine).

Si Trump voulait vraiment «faire l’Amérique de nouveau grande», au lieu d’accroître uniquement sa propre richesse personnelle et celle de ses pairs, sa politique économique serait très différente de celle qu’il a annoncée et en partie déjà mise en œuvre par son administration. La classe moyenne de la population états-unienne devrait être soutenue par une politique expansive de la dépense publique orientée à satisfaire les besoins des familles américaines – renforçant (entre autres) la couverture et les prestations de l’assurance maladie, au lieu d’éliminer par un coup d’éponge la réforme sanitaire voulue par Obama.

En l’état, Trump représente une menace pour la stabilité économique et financière des États-Unis. Son ignorance pourrait conduire rapidement à un «impeachment».

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

Une réponse à “Trump est une menace pour la stabilité financière

  1. C’est assez incroyable a quel point Trump arrive a utiliser son pouvoir politique pour avancer ces buts financier personel! Mais comme vous dites, non seulment ca, car l’annulation de Dodd-Frank pourra mettre en danger l’economie Americaine et mondial!

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