L’Allemagne doit quitter la zone euro

Au lieu de paniquer à l’égard de Grexit ou Brexit, les politiciens et les économistes s’intéressant à l’intégration européenne devraient plutôt étudier les modalités de Gexit – entendez la sortie de l’Allemagne de l’Euroland – afin d’éviter l’implosion de la zone euro et la paralysie du processus d’intégration européenne (désormais évidente pour tout le monde). En effet, c’est la vision myope et l’attitude dogmatique (pour ne pas écrire stupide) des politiciens et des économistes orthodoxes allemands qui, en l’état, entretient la spirale perverse de la crise dans laquelle se trouve l’Euroland. L’intransigeance allemande qui freine – voire empêche – toute augmentation des dépenses publiques, surtout en Allemagne (où les besoins d’investissements publics sont de plus en plus évidents), oblige la Banque centrale européenne (BCE) à faire de plus en plus appel à la «pompe à liquidité» sans aucune possibilité réelle de faire sortir la zone euro de sa propre crise.

Il est illusoire, en réalité, de (faire) croire que l’augmentation de 60 à 80 milliards d’euros d’obligations privées ou publiques que la BCE achète sur le marché secondaire, ainsi que la réduction supplémentaire (dans le domaine des grandeurs négatives) du taux d’intérêt que les banques doivent payer à la BCE pour y déposer leur liquidité puissent permettre à l’Euroland une sortie de crise à long terme. La zone euro se trouve à présent dans une «trappe à liquidité» dont les sorties de secours sont, visiblement, verrouillées par l’idéologie néolibérale, malgré l’«évidence empirique» de la faillite des politiques d’austérité néolibérales à travers cette zone.

L’analyse économique a montré que les personnes stupides se font du mal toutes seules, tout en en faisant aussi aux autres, au détriment de l’ensemble de la société. En l’occurrence, l’intransigeance allemande à l’égard des politiques keynésiennes de relance économique, associant une augmentation des investissements publics à l’expansion monétaire de la banque centrale, porte atteinte aux banques allemandes (au-delà des entreprises du même pays). Les rendements négatifs des bons du Trésor allemand réduisent en effet de manière considérable les profits des banques allemandes dont un nombre non-négligeable a aussi des créances douteuses problématiques pour la solidité de leurs bilans. Ne pouvant pas transférer à leurs déposants la charge qui pèse sur elles découlant des taux d’intérêt négatifs de la BCE, ces banques pèsent à bien des égards sur l’économie allemande dont les exportations nettes (qui représentent désormais 8 pour cent du produit intérieur brut de ce pays) ne pourront aucunement pallier les problèmes découlant du fort recul de la demande intérieure suite à la stagnation (voire à la baisse) des salaires de la classe moyenne allemande.

En plus d’endommager sérieusement sa propre économie nationale, l’ordolibéralisme allemand nuit gravement à l’ensemble des pays de l’Euroland qui doivent urgemment trouver une issue aux résultats de plus en plus dramatiques des politiques d’austérité – qui leur ont été imposées par la «Troïka» des créanciers internationaux chapeautés par l’Allemagne.

Il faut donc que l’Allemagne quitte la zone euro pour le bien commun, réduisant ipso facto le taux de stupidité au sein de l’Euroland.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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