Diaboliques éoliennes?

Dans le monde, les éoliennes produisent aujourd’hui davantage d’électricité que l’ensemble des quelque 450 réacteurs nucléaires: 432 GW installés fin 2015, contre 350 GW pour le nucléaire. Un tiers des turbines se trouve en Chine, un sixième aux Etats-Unis, selon le Global Wind Energy Council www.gwec.net/global-figures/graphs/. La part qu’atteint au Danemark l’électricité produite par les 5’200 éoliennes installées correspond à celle du nucléaire en Suisse, soit plus de 40%.

Une Suisse très en retrait

Et, précisément, en Suisse ? Les éoliennes sont au nombre de 35 ( !), dont près de la moitié sur un seul site, le Mont-Crosin dans le Jura Bernois, installées voici… 20 ans et devenues depuis un des atouts touristiques de la région : http://www.jurabernois.ch/fr/decouvertes/les-insolites/centrale-eolienne-mt-crosin.1049.html. En 2015, elles ont produit un total de 109 millions de kilowattheures, soit la consommation électrique de 30’000 ménages. Très loin de l’objectif fixé pour 2035 de 375 éoliennes, de 2 MW chacune, fournissant 2,5% de la consommation d’électricité. Pour 2050, la planification visait 800 éoliennes, plus puissantes et produisant l’équivalent de la consommation d’un million de ménages, soit environ 8% de l’électricité consommée en Suisse. Au fur et à mesure que les mesures d’optimisation de la consommation se développent, cette part augmentera évidemment d’autant.

Le potentiel productif et donc le nombre d’installations implantables est fonction des mesures de vent. Les données récemment actualisées sur www.atlasdesvents.ch permettent une réévaluation à la hausse. L’écart entre le techniquement possible et ce qui est réalisé est d’autant plus frappant. C’est que l’éolien est fortement contesté. Certes, notre pays est densément peuplé, le chuintement des pales dérange; en raison de cette densité, le paysage en Suisse, tout comme la biodiversité, est particulièrement sensible. Il est clair que le techniquement possible ne peut pas faire fi des exigences d’insertion dans les sites, de la présence d’habitations à proximité et de la protection de l’avifaune.

Toutes les nuisances ne sont pas égales

Toutes les formes d’énergie génèrent des nuisances. Toutefois, celles-ci peuvent être clairement situées et classées. Le nucléaire pose le problème qu’une réaction radioactive une fois déclenchée ne peut plus être stoppée. Les déchets de l’exploitation d’une centrale, et les éléments irradiés de celle-ci, nécessitent un gardiennage en lieu sûr pour des durées extrêmement longues. Outre le risque d’un accident (du type Tchernobyl ou Fukushima), cette caractéristique obère de manière fatale le calcul économique de la filière. Seuls ceux qui n’ont aucun scrupule à reporter les problèmes sur les générations à venir peuvent encore se réjouir à la vue d’une centrale nucléaire.

Quant au fossile, les enjeux climatiques le condamnent clairement : un tiers des réserves de pétrole, la moitié du gaz et plus de 80 % du charbon devront rester inexploitées si l’on veut atteindre l’objectif de l’Accord de Paris. Il s’ajoute que ni l’uranium ni les ressources fossiles ne sont renouvelables à échelle humaine. Restent donc les énergies renouvelables, également nettement moins polluantes. Certes, exploiter chaque goutte des cours d’eau au risque de les assécher n’est pas acceptable, et c’est pourquoi des débits résiduels ont été imposés. Certes, les panneaux photovoltaïques doivent être gérés correctement une fois devenus déchets. Certes l’éolien doit être implanté avec prudence.

Une opposition exagérée

Mais on peut dire sans crainte de se tromper que l’opposition aux éoliennes en Suisse est exagérée. L’argument esthétique ? Qui aurait parié que la Tour Eiffel, héritage d’une exposition universelle, gagne le cœur des Parisiens et du monde ? Elle était pourtant destinée à être démolie: https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_tour_Eiffel#La_tour_promise_.C3.A0_la_destruction_est_sauv.C3.A9e_pour_son_int.C3.A9r.C3.AAt_scientifique Qui aujourd’hui oserait dire qu’un moulin à vent de l’ère préindustrielle gâche un paysage ? Au contraire, les régions qui en ont conservé, les îles de la Méditerranée par exemple ou l’Europe du Nord, en tirent un argument touristique et patrimonial. Qui peut vraiment affirmer que les éoliennes modernes sont laides et défigurent nos sites ? Question éminemment subjective… Le bruit ? Et celui des routes, des motos pétaradant sur les petits chemins de campagne, des avions ? Le fait que la radioactivité agit en silence, et le gaz carbonique également, ne doit tromper personne. Les dangers pour l’avifaune ? Oui là il y a des arbitrages à faire et il faut avoir le courage de renoncer à des équipements lorsque le risque est établi.

Enfin le mode de financement est certainement aussi un élément de la réponse. Quand c’est le fait d’investisseurs extérieurs aux sites d’implantation, il est toujours facile de prétendre que d’autres empochent la mise, même quand ce sont des compagnies d’électricité en mains publiques. Mais quand c’est la communauté elle-même, aidée de «crow-funding», qui met la main au portemonnaie, les éoliennes se rapprochent du coup émotionnellement des riverains. Ce mode de financement est courant en Allemagne et démarre aussi en France, notamment en Bretagne : www.eolien-citoyen.fr/accueil-begawatts.html

Se libérer de l’étreinte du fossile et du fissile

La transition énergétique est indispensable pour nous libérer de l’étreinte du fossile et du fissile, elle passe par une optimisation de nos consommations et un développement important des énergies renouvelables. Exactement ce que décrit la Société à 2000 W, modèle  lancé voici 20 ans par l’EPFZ : diviser par trois la consommation et assurer les ¾ de celle subsistante par les énergies renouvelables http://www.2000watt.ch/fr/societe-a-2000-watts/. Un tel objectif ne peut être atteint que par un bouquet de mesures agissant aux différents niveaux, et ce serait vraiment dommage de laisser volontairement de côté l’énergie abondante et facile à capter du vent, qui a permis à nos ancêtres de traverser les mers et d’actionner moult machineries hautement utiles.

Diaboliques éoliennes?

Dans le monde, les éoliennes produisent aujourd’hui davantage d’électricité que l’ensemble des quelque 450 réacteurs nucléaires: 432 GW installés fin 2015, contre 350 GW pour le nucléaire. Un tiers des turbines se trouve en Chine, un sixième aux Etats-Unis, selon le Global Wind Energy Council www.gwec.net/global-figures/graphs/. La part qu’atteint au Danemark l’électricité produite par les 5’200 éoliennes installées correspond à celle du nucléaire en Suisse, soit plus de 40%.

Une Suisse très en retrait

Et, précisément, en Suisse ? Les éoliennes sont au nombre de 35 ( !), dont près de la moitié sur un seul site, le Mont-Crosin dans le Jura Bernois, installées voici… 20 ans et devenues depuis un des atouts touristiques de la région : http://www.jurabernois.ch/fr/decouvertes/les-insolites/centrale-eolienne-mt-crosin.1049.html. En 2015, elles ont produit un total de 109 millions de kilowattheures, soit la consommation électrique de 30’000 ménages. Très loin de l’objectif fixé pour 2035 de 375 éoliennes, de 2 MW chacune, fournissant 2,5% de la consommation d’électricité. Pour 2050, la planification visait 800 éoliennes, plus puissantes et produisant l’équivalent de la consommation d’un million de ménages, soit environ 8% de l’électricité consommée en Suisse. Au fur et à mesure que les mesures d’optimisation de la consommation se développent, cette part augmentera évidemment d’autant.

Le potentiel productif et donc le nombre d’installations implantables est fonction des mesures de vent. Les données récemment actualisées sur www.atlasdesvents.ch permettent une réévaluation à la hausse. L’écart entre le techniquement possible et ce qui est réalisé est d’autant plus frappant. C’est que l’éolien est fortement contesté. Certes, notre pays est densément peuplé, le chuintement des pales dérange; en raison de cette densité, le paysage en Suisse, tout comme la biodiversité, est particulièrement sensible. Il est clair que le techniquement possible ne peut pas faire fi des exigences d’insertion dans les sites, de la présence d’habitations à proximité et de la protection de l’avifaune.

Toutes les nuisances ne sont pas égales

Toutes les formes d’énergie génèrent des nuisances. Toutefois, celles-ci peuvent être clairement situées et classées. Le nucléaire pose le problème qu’une réaction radioactive une fois déclenchée ne peut plus être stoppée. Les déchets de l’exploitation d’une centrale, et les éléments irradiés de celle-ci, nécessitent un gardiennage en lieu sûr pour des durées extrêmement longues. Outre le risque d’un accident (du type Tchernobyl ou Fukushima), cette caractéristique obère de manière fatale le calcul économique de la filière. Seuls ceux qui n’ont aucun scrupule à reporter les problèmes sur les générations à venir peuvent encore se réjouir à la vue d’une centrale nucléaire.

Quant au fossile, les enjeux climatiques le condamnent clairement : un tiers des réserves de pétrole, la moitié du gaz et plus de 80 % du charbon devront rester inexploitées si l’on veut atteindre l’objectif de l’Accord de Paris. Il s’ajoute que ni l’uranium ni les ressources fossiles ne sont renouvelables à échelle humaine. Restent donc les énergies renouvelables, également nettement moins polluantes. Certes, exploiter chaque goutte des cours d’eau au risque de les assécher n’est pas acceptable, et c’est pourquoi des débits résiduels ont été imposés. Certes, les panneaux photovoltaïques doivent être gérés correctement une fois devenus déchets. Certes l’éolien doit être implanté avec prudence.

Une opposition exagérée

Mais on peut dire sans crainte de se tromper que l’opposition aux éoliennes en Suisse est exagérée. L’argument esthétique ? Qui aurait parié que la Tour Eiffel, héritage d’une exposition universelle, gagne le cœur des Parisiens et du monde ? Elle était pourtant destinée à être démolie: https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_tour_Eiffel#La_tour_promise_.C3.A0_la_destruction_est_sauv.C3.A9e_pour_son_int.C3.A9r.C3.AAt_scientifique Qui aujourd’hui oserait dire qu’un moulin à vent de l’ère préindustrielle gâche un paysage ? Au contraire, les régions qui en ont conservé, les îles de la Méditerranée par exemple ou l’Europe du Nord, en tirent un argument touristique et patrimonial. Qui peut vraiment affirmer que les éoliennes modernes sont laides et défigurent nos sites ? Question éminemment subjective… Le bruit ? Et celui des routes, des motos pétaradant sur les petits chemins de campagne, des avions ? Le fait que la radioactivité agit en silence, et le gaz carbonique également, ne doit tromper personne. Les dangers pour l’avifaune ? Oui là il y a des arbitrages à faire et il faut avoir le courage de renoncer à des équipements lorsque le risque est établi.

Enfin le mode de financement est certainement aussi un élément de la réponse. Quand c’est le fait d’investisseurs extérieurs aux sites d’implantation, il est toujours facile de prétendre que d’autres empochent la mise, même quand ce sont des compagnies d’électricité en mains publiques. Mais quand c’est la communauté elle-même, aidée de «crow-funding», qui met la main au portemonnaie, les éoliennes se rapprochent du coup émotionnellement des riverains. Ce mode de financement est courant en Allemagne et démarre aussi en France, notamment en Bretagne : www.eolien-citoyen.fr/accueil-begawatts.html

Se libérer de l’étreinte du fossile et du fissile

La transition énergétique est indispensable pour nous libérer de l’étreinte du fossile et du fissile, elle passe par une optimisation de nos consommations et un développement important des énergies renouvelables. Exactement ce que décrit la Société à 2000 W, modèle  lancé voici 20 ans par l’EPFZ : diviser par trois la consommation et assurer les ¾ de celle subsistante par les énergies renouvelables http://www.2000watt.ch/fr/societe-a-2000-watts/. Un tel objectif ne peut être atteint que par un bouquet de mesures agissant aux différents niveaux, et ce serait vraiment dommage de laisser volontairement de côté l’énergie abondante et facile à capter du vent, qui a permis à nos ancêtres de traverser les mers et d’actionner moult machineries hautement utiles.

Diaboliques éoliennes?

Dans le monde, les éoliennes produisent aujourd’hui davantage d’électricité que l’ensemble des quelque 450 réacteurs nucléaires: 432 GW installés fin 2015, contre 350 GW pour le nucléaire. Un tiers des turbines se trouve en Chine, un sixième aux Etats-Unis, selon le Global Wind Energy Council www.gwec.net/global-figures/graphs/. La part qu’atteint au Danemark l’électricité produite par les 5’200 éoliennes installées correspond à celle du nucléaire en Suisse, soit plus de 40%.

Une Suisse très en retrait

Et, précisément, en Suisse ? Les éoliennes sont au nombre de 35 ( !), dont près de la moitié sur un seul site, le Mont-Crosin dans le Jura Bernois, installées voici… 20 ans et devenues depuis un des atouts touristiques de la région : http://www.jurabernois.ch/fr/decouvertes/les-insolites/centrale-eolienne-mt-crosin.1049.html. En 2015, elles ont produit un total de 109 millions de kilowattheures, soit la consommation électrique de 30’000 ménages. Très loin de l’objectif fixé pour 2035 de 375 éoliennes, de 2 MW chacune, fournissant 2,5% de la consommation d’électricité. Pour 2050, la planification visait 800 éoliennes, plus puissantes et produisant l’équivalent de la consommation d’un million de ménages, soit environ 8% de l’électricité consommée en Suisse. Au fur et à mesure que les mesures d’optimisation de la consommation se développent, cette part augmentera évidemment d’autant.

Le potentiel productif et donc le nombre d’installations implantables est fonction des mesures de vent. Les données récemment actualisées sur www.atlasdesvents.ch permettent une réévaluation à la hausse. L’écart entre le techniquement possible et ce qui est réalisé est d’autant plus frappant. C’est que l’éolien est fortement contesté. Certes, notre pays est densément peuplé, le chuintement des pales dérange; en raison de cette densité, le paysage en Suisse, tout comme la biodiversité, est particulièrement sensible. Il est clair que le techniquement possible ne peut pas faire fi des exigences d’insertion dans les sites, de la présence d’habitations à proximité et de la protection de l’avifaune.

Toutes les nuisances ne sont pas égales

Toutes les formes d’énergie génèrent des nuisances. Toutefois, celles-ci peuvent être clairement situées et classées. Le nucléaire pose le problème qu’une réaction radioactive une fois déclenchée ne peut plus être stoppée. Les déchets de l’exploitation d’une centrale, et les éléments irradiés de celle-ci, nécessitent un gardiennage en lieu sûr pour des durées extrêmement longues. Outre le risque d’un accident (du type Tchernobyl ou Fukushima), cette caractéristique obère de manière fatale le calcul économique de la filière. Seuls ceux qui n’ont aucun scrupule à reporter les problèmes sur les générations à venir peuvent encore se réjouir à la vue d’une centrale nucléaire.

Quant au fossile, les enjeux climatiques le condamnent clairement : un tiers des réserves de pétrole, la moitié du gaz et plus de 80 % du charbon devront rester inexploitées si l’on veut atteindre l’objectif de l’Accord de Paris. Il s’ajoute que ni l’uranium ni les ressources fossiles ne sont renouvelables à échelle humaine. Restent donc les énergies renouvelables, également nettement moins polluantes. Certes, exploiter chaque goutte des cours d’eau au risque de les assécher n’est pas acceptable, et c’est pourquoi des débits résiduels ont été imposés. Certes, les panneaux photovoltaïques doivent être gérés correctement une fois devenus déchets. Certes l’éolien doit être implanté avec prudence.

Une opposition exagérée

Mais on peut dire sans crainte de se tromper que l’opposition aux éoliennes en Suisse est exagérée. L’argument esthétique ? Qui aurait parié que la Tour Eiffel, héritage d’une exposition universelle, gagne le cœur des Parisiens et du monde ? Elle était pourtant destinée à être démolie: https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_tour_Eiffel#La_tour_promise_.C3.A0_la_destruction_est_sauv.C3.A9e_pour_son_int.C3.A9r.C3.AAt_scientifique Qui aujourd’hui oserait dire qu’un moulin à vent de l’ère préindustrielle gâche un paysage ? Au contraire, les régions qui en ont conservé, les îles de la Méditerranée par exemple ou l’Europe du Nord, en tirent un argument touristique et patrimonial. Qui peut vraiment affirmer que les éoliennes modernes sont laides et défigurent nos sites ? Question éminemment subjective… Le bruit ? Et celui des routes, des motos pétaradant sur les petits chemins de campagne, des avions ? Le fait que la radioactivité agit en silence, et le gaz carbonique également, ne doit tromper personne. Les dangers pour l’avifaune ? Oui là il y a des arbitrages à faire et il faut avoir le courage de renoncer à des équipements lorsque le risque est établi.

Enfin le mode de financement est certainement aussi un élément de la réponse. Quand c’est le fait d’investisseurs extérieurs aux sites d’implantation, il est toujours facile de prétendre que d’autres empochent la mise, même quand ce sont des compagnies d’électricité en mains publiques. Mais quand c’est la communauté elle-même, aidée de «crow-funding», qui met la main au portemonnaie, les éoliennes se rapprochent du coup émotionnellement des riverains. Ce mode de financement est courant en Allemagne et démarre aussi en France, notamment en Bretagne : www.eolien-citoyen.fr/accueil-begawatts.html

Se libérer de l’étreinte du fossile et du fissile

La transition énergétique est indispensable pour nous libérer de l’étreinte du fossile et du fissile, elle passe par une optimisation de nos consommations et un développement important des énergies renouvelables. Exactement ce que décrit la Société à 2000 W, modèle  lancé voici 20 ans par l’EPFZ : diviser par trois la consommation et assurer les ¾ de celle subsistante par les énergies renouvelables http://www.2000watt.ch/fr/societe-a-2000-watts/. Un tel objectif ne peut être atteint que par un bouquet de mesures agissant aux différents niveaux, et ce serait vraiment dommage de laisser volontairement de côté l’énergie abondante et facile à capter du vent, qui a permis à nos ancêtres de traverser les mers et d’actionner moult machineries hautement utiles.

Brexit et maintenant?

C’est un grand Raus qu’une petite mais nette majorité d’Anglais a prononcé. Raus de l’Europe, Raus les étrangers, Raus les Ecossais et les Irlandais du Nord. Le paradoxe étant que finalement le prix fort de cet emballement identitaire sera payé par le Royaume Uni plus encore que par l’Europe. Royaume qui risque fort de se trouver amputé tant de l’Irlande du Nord que de l’Ecosse. On se réjouit déjà des prochaines batailles référendaires, lorsque les partisans du Brexit auront à vanter les avantages de l’Union… avec le Royaume d’Angleterre… Quelques enseignements de ce vote – auquel toutefois il fallait s’attendre.

Comme toute chose, la démocratie a besoin de règles

Tout doit pouvoir être discuté, mais le martèlement durant des mois de slogans de peur et de haine – de la peur (de pertes économiques) par les partisans du IN et de la haine (de l'autre) par les partisans du OUT – a réduit des enjeux forcément complexes à des actes de foi ultra-simplistes. Quand le dénigrement, l’à-peu-près, le mensonge ne connaissent plus de limites, quand les pires pitreries et affabulations sont possibles, les réflexes remplacent la réflexion, la mise en scène la discussion. La démocratie ne supporte pas n’importe quelle forme de débat ; un débat démocratique doit se faire sur la base de valeurs, de faits, d’alternatives. Sinon les mots finissent par devenir des balles, la haine par tuer, et le meurtre d’une députée engagée aux côtés de réfugiés restera le symbole de cette campagne délétère.

Cesser de laisser le champ libre aux détracteurs

Critiquées, insultées, dénigrées, traînées dans la boue depuis plus de 20 ans (depuis, en fait, le vote français sur le traité de Maastricht), les instances européennes n’ont jamais vraiment réagi. Du moins pas avec la vigueur et la pédagogie nécessaires. Elles ont laissé dire, laissé croire, laissé se consolider les pires légendes et oublier les bienfaits que l’UE a apportés (notamment les investissements massifs dans les régions périphériques). Cette passivité est à la fois irresponsable et une forme de mépris. Quand des critiques émergent, le silence les accrédite, et aujourd’hui l’UE est devenue le bouc émissaire de tout ce qui fait mal ou ne va pas. Les Etats membres y ont puissamment contribué en lui mettant systématiquement la faute, spécialement pour des décisions qu’ils avaient approuvées, mais qui se révèlent électoralement inconfortables à appliquer…

Répondre aux attentes du milieu populaire

Sur tout le continent, le socle du vote identitaire, populiste voire d’extrême-droite est aujourd’hui constitué par le milieu populaire. Une sourde colère monte, un sentiment d’être abandonné et incompris, une exaspération qui pourrait tout balayer, une perte impressionnante de crédit des «décideurs». Cette ambiance a atteint des dimensions de rejet voire de haine de la classe dirigeante conventionnelle, de sa langue de bois technocratique et de son impuissance. C’est que le milieu populaire a effectivement été trahi, subissant de plein fouet la montée des inégalités, la précarité et la fin du modèle des 30 Glorieuses qui lui a fait croire durant quelques décennies à un automatisme d’égalité des chances et de progrès social. En lieu et place, il trouve le ghetto social et de vastes zones sinistrées. Facteur aggravant : la fin de ce modèle a coïncidé avec une dérégulation et un mouvement de globalisation sans précédent. L’accompagnement social du grand marché a été plus que timide. Mais à qui la faute ? Largement aux Etats membres, responsables des positions prises au sein de l’UE. La «fracture sociale» n’est pas que matérielle, elle est surtout culturelle, au sens de l’absence de discours partagé, de valeurs auxquelles se rattacher. Un travail patient de dialogue, d’écoute, de prise en compte des attentes, fait d’humilité et d’action, de vérité et de réalisations concrètes est ici le seul chemin possible. La liberté de circulation des marchandises, des humains et des capitaux doit s’accompagner de règles, faute de quoi elle alimente une compétition à armes inégales qui met en péril des régions, des métiers, des catégories sociales entières. Enfin,  les peuples ont besoin de savoir où conduit le chemin de la destinée collective. Sans récit mobilisateur, on ne leur laisse que le choix entre le repli sur soi ou la révolte.

Voir dans la construction européenne la constitution progressive d’une nation

Les Etats européens d’aujourd’hui sont le résultat de l’histoire. Certains se sont constitués au Moyen Age, comme la France, l’Espagne ou l’Angleterre. D’autres, comme l’Italie ou l’Allemagne, ont pris forme au 19e siècle. Enfin, certains n’ont acquis leur souveraineté que fort récemment, comme la Macédoine ou le Kossovo. Tous sont voués à évoluer. L’Europe a été pensée comme leur point de convergence ; la construire, ce n’est pas abandonner sa souveraineté, mais reconnaître que l’exercer en commun apporte un gain majeur en termes de capacité d’action. Le projet européen ne se limite aucunement à un libre marché ; la réduire à cela en serait plutôt la caricature. Au cœur du projet européen se trouve l’organisation du vivre ensemble, le partage et le renforcement d’une identité européenne commune. Cette dynamique est destinée à déboucher tôt ou tard sur un Etat de plein droit, répondant par là à la critique du déficit démocratique. Et c’est un Anglais, Churchill, en 1946, au sortir de la 2e guerre mondiale et de ses 50 millions de morts, qui a été le plus loin sur cette voie, dans son discours de Zurich appelant les peuples et les régions du continent à se constituer en Etats-Unis d’Europe[1]. Sans construction d’une nation européenne, sur la base de valeurs partagées et d’une vision pour le monde, le projet européen restera peu mobilisateur, ne créera pas d’identité à partager.

Pour agir sur le monde il faut une taille critique

Le vote anglais témoigne d’une grande méconnaissance de comment sont structurés d’autres ensembles de la dimension de l’Europe et en quoi cela leur permet de peser sur le monde. Il existe en effet d’autres Etats de dimension continentale. Ils sont multiculturels, fédéralistes, décentralisés, démocratiques : l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Australie, le Canada, les Etats-Unis ; la moitié des Etats des USA pratiquent des éléments de démocratie directe. A part les indépendantistes québécois et qui ont toujours perdu les votes décisifs, aucun sous-ensemble de ces Etats n’a la moindre velléité de les quitter. L’union c’est la force… Un des porte-paroles suisses du courant populiste anti-européen, le conseiller d’Etat valaisan Freysinger exultait après le Brexit : «Les mastodontes sont morts», en parlant de l’UE. Est-il aussi prêt à demander le démantèlement des Etats-Unis, du Brésil ou de l’Inde, voire de la Chine et de la Russie (qu’il admire tant) ? ou des multinationales à qui la division du monde en poussière d’Etats laisserait définitivement le champ libre ? Quand, comme l’ont exprimé certains partisans du Brexit, on ressent l’Europe comme une prison, on n’a pas compris grand chose à l’état du monde.

Indispensable : Sortir de l’ambiguïté

L’UE est au milieu du gué, et maintenant au pied du mur… Dotée de certains attributs d’un Etat (passeport, contrôle – limité – des frontières extérieures, parlement élu, monnaie, drapeau, etc.) elle n’en est pourtant pas un. Ce côté inachevé est sa plus grande fragilité, et elle est restée bien trop longtemps dans l’ambiguïté, perdant sur tous les plans. Cet équilibrisme n’est plus tenable. Ce sera soit moins d’Europe, soit davantage. Sachant que s’il ne devait rester de l’Europe qu’un vaste espace de libre échange, sans aucun pouvoir régulatoire, les catégories fragilisées seraient exposées encore bien davantage à une compétition inégale ! Si le coup de tonnerre du Brexit fait que l‘UE prenne enfin ses responsabilités politiques, il n’aura pas été inutile. Mais il n’y aura pas de deuxième chance et au Brexit succèdera alors l’Exit – de l’Europe comme projet politique.

 

 

Qui stoppera l’avancée de l’extrême-droite?

Qui stoppera l’avancée de l’extrême-droite ?

 

Ainsi donc sans les Autrichiens établis hors de leur pays, un homme ouvertement d’extrême-droite aurait présidé aux destinées de notre voisin de l’Est. Entre une extrême-droite à un tiers des voix en Allemagne et en France, des formations autoritaires, ultranationalistes et anti-européennes au pouvoir dans la plupart des pays de l’Est européen (Pologne, Hongrie, Slovaquie, sans parler de la Serbie et de la Biélorussie), le continent peu à peu change de main – et de destin.

 

Plus loin de nous, en Russie, en Turquie, en Israël, même glissement vers cette posture politique faite d’intolérance, d’esprit de meute et de négation de l’autre. Aux Etats-Unis, pour peu que les électeurs de Sanders ne rejoignent pas massivement la candidature Clinton, Trump est quasi assuré du pouvoir.

 

L’extrême-droite, longtemps banalisée

Que se passe-t-il dans notre monde industrialisé ? La démocratie se réfugierait-elle en Amérique latine et en Asie ? Précisément, le paradoxe, l’élément nouveau est que, contrairement aux années 1970 et 1980, où les peuples ont pu se libérer d’abord des dictatures méditerranéennes (Portugal, Espagne, Grèce) puis de la chape de plomb du parti unique et de l’économie dirigée (Est), cette fois-ci, ce sont les peuples qui l’un après l’autre optent pour un régime fort, le nationalisme le plus excessif et la restriction des libertés publiques.

 

Et au sein de ces peuples, invariablement, les couches populaires sont au cœur de ce virage. Cette option, qui est désormais un fait sociologique, du milieu populaire pour les solutions simplistes et la recherche de l’homme fort (rôle qui n’est d’ailleurs pas réservé aux hommes, comme l’illustre l’exemple allemand et français) devrait nous inquiéter profondément. Mais non, les dirigeants européens se limitent à se pincer le nez, à dénoncer les choix des peuples sans jamais se demander quelle est leur responsabilité dans ce fossé de plus en plus abyssal entre leur discours et leur comportement, et le ressenti populaire.

 

L’aveuglement des politiques

La gauche européenne tout d’abord. Faute d’avoir saisi à temps la demande de sécurité des milieux fragilisés, pour y répondre de manière crédible mais humaine, faute d’avoir su illustrer ensemble compétence économique et sociale, regroupe aujourd’hui une catégorie morale, intellectuelle, culturelle, dont le milieu populaire est désormais largement absent.

 

La droite, dont le corpus politique se limite à laisser l’économie s’autoréguler, donc à installer la loi du plus fort au cœur de nos sociétés, a depuis une génération systématiquement distillé à la fois les valeurs de compétition et exposé forts et faibles à une même concurrence déloyale dans une globalisation sans garde-fous. Cette politique d’abandon a directement fait le lit du repli nationaliste et de l’intolérance. L’idéal libéral s’est dissous dans le consumérisme le plus béat et a produit la première civilisation au monde dont le modèle est l’accumulation matérielle individuelle.

 

Le centre, quant à lui, au lieu d’affirmer des valeurs humanistes – et d’en tirer la conséquence que cela exige une cohésion politique et pratique autour des trois piliers à conjuguer de pair que sont l’économie, l’écologie et le social – s’est enfermée dans une technocratie inaudible.

 

Le prix de l’abandon

Or, les peuples ont un besoin vital d’un récit explicatif quant à leur destin, d’une politique de régulation, et de protection des couches les plus fragilisées de la population. La tolérance ne peut être prêchée par les privilégiés qui ne partagent rien, elle doit être rendue possible par une politique assurant avec efficacité égalité de droits et équité économiques et sociales. Cette politique n’a pas été menée, et maintenant il est bien tard pour sortir les peuples de l’attirance vers les fausses certitudes de l’extrême-droite. Dont la recette est, partout et toujours, de flatter des mauvais côtés de l’être humain. Où cela peut mener, l’histoire nous l’a abondamment montré. Dans les années 30 aussi, des peuples ont choisi cette voie. On a vu quel en était le prix.

Plus on tarde à trouver les réponses plus le mal aura avancé

Quand les dirigeants européens se réveilleront-ils, pour sortir de l’embrouille matinée d’une morale inopérante car faite de reniements et de renonciations, de tactiques façon 4e République à la Hollande, pour retrouver les accents des Roosevelt, Kennedy, De Gaulle, Mandela ou même Delors ?

Abandonner les peuples aux inégalités sociales croissantes, c’est non seulement trahir son rôle, mais c’est surtout décrédibiliser profondément les valeurs humanistes et démocratiques dont on se pare. Dans cette marche vers le délitement d’un projet politique européen, des valeurs qui devaient le porter et qu’il aurait dû incarner, l’épreuve du Brexit est encore devant nous. Et même si le Royaume-Uni devait, avec un résultat de type autrichien, dans un mois décider de rester au sein de l’UE, ce serait le fruit du hasard bien plus que la source d’une quelconque légitimité.

Qui stoppera l’avancée de l’extrême-droite?

Qui stoppera l’avancée de l’extrême-droite ?

 

Ainsi donc sans les Autrichiens établis hors de leur pays, un homme ouvertement d’extrême-droite aurait présidé aux destinées de notre voisin de l’Est. Entre une extrême-droite à un tiers des voix en Allemagne et en France, des formations autoritaires, ultranationalistes et anti-européennes au pouvoir dans la plupart des pays de l’Est européen (Pologne, Hongrie, Slovaquie, sans parler de la Serbie et de la Biélorussie), le continent peu à peu change de main – et de destin.

 

Plus loin de nous, en Russie, en Turquie, en Israël, même glissement vers cette posture politique faite d’intolérance, d’esprit de meute et de négation de l’autre. Aux Etats-Unis, pour peu que les électeurs de Sanders ne rejoignent pas massivement la candidature Clinton, Trump est quasi assuré du pouvoir.

 

L’extrême-droite, longtemps banalisée

Que se passe-t-il dans notre monde industrialisé ? La démocratie se réfugierait-elle en Amérique latine et en Asie ? Précisément, le paradoxe, l’élément nouveau est que, contrairement aux années 1970 et 1980, où les peuples ont pu se libérer d’abord des dictatures méditerranéennes (Portugal, Espagne, Grèce) puis de la chape de plomb du parti unique et de l’économie dirigée (Est), cette fois-ci, ce sont les peuples qui l’un après l’autre optent pour un régime fort, le nationalisme le plus excessif et la restriction des libertés publiques.

 

Et au sein de ces peuples, invariablement, les couches populaires sont au cœur de ce virage. Cette option, qui est désormais un fait sociologique, du milieu populaire pour les solutions simplistes et la recherche de l’homme fort (rôle qui n’est d’ailleurs pas réservé aux hommes, comme l’illustre l’exemple allemand et français) devrait nous inquiéter profondément. Mais non, les dirigeants européens se limitent à se pincer le nez, à dénoncer les choix des peuples sans jamais se demander quelle est leur responsabilité dans ce fossé de plus en plus abyssal entre leur discours et leur comportement, et le ressenti populaire.

 

L’aveuglement des politiques

La gauche européenne tout d’abord. Faute d’avoir saisi à temps la demande de sécurité des milieux fragilisés, pour y répondre de manière crédible mais humaine, faute d’avoir su illustrer ensemble compétence économique et sociale, regroupe aujourd’hui une catégorie morale, intellectuelle, culturelle, dont le milieu populaire est désormais largement absent.

 

La droite, dont le corpus politique se limite à laisser l’économie s’autoréguler, donc à installer la loi du plus fort au cœur de nos sociétés, a depuis une génération systématiquement distillé à la fois les valeurs de compétition et exposé forts et faibles à une même concurrence déloyale dans une globalisation sans garde-fous. Cette politique d’abandon a directement fait le lit du repli nationaliste et de l’intolérance. L’idéal libéral s’est dissous dans le consumérisme le plus béat et a produit la première civilisation au monde dont le modèle est l’accumulation matérielle individuelle.

 

Le centre, quant à lui, au lieu d’affirmer des valeurs humanistes – et d’en tirer la conséquence que cela exige une cohésion politique et pratique autour des trois piliers à conjuguer de pair que sont l’économie, l’écologie et le social – s’est enfermée dans une technocratie inaudible.

 

Le prix de l’abandon

Or, les peuples ont un besoin vital d’un récit explicatif quant à leur destin, d’une politique de régulation, et de protection des couches les plus fragilisées de la population. La tolérance ne peut être prêchée par les privilégiés qui ne partagent rien, elle doit être rendue possible par une politique assurant avec efficacité égalité de droits et équité économiques et sociales. Cette politique n’a pas été menée, et maintenant il est bien tard pour sortir les peuples de l’attirance vers les fausses certitudes de l’extrême-droite. Dont la recette est, partout et toujours, de flatter des mauvais côtés de l’être humain. Où cela peut mener, l’histoire nous l’a abondamment montré. Dans les années 30 aussi, des peuples ont choisi cette voie. On a vu quel en était le prix.

Plus on tarde à trouver les réponses plus le mal aura avancé

Quand les dirigeants européens se réveilleront-ils, pour sortir de l’embrouille matinée d’une morale inopérante car faite de reniements et de renonciations, de tactiques façon 4e République à la Hollande, pour retrouver les accents des Roosevelt, Kennedy, De Gaulle, Mandela ou même Delors ?

Abandonner les peuples aux inégalités sociales croissantes, c’est non seulement trahir son rôle, mais c’est surtout décrédibiliser profondément les valeurs humanistes et démocratiques dont on se pare. Dans cette marche vers le délitement d’un projet politique européen, des valeurs qui devaient le porter et qu’il aurait dû incarner, l’épreuve du Brexit est encore devant nous. Et même si le Royaume-Uni devait, avec un résultat de type autrichien, dans un mois décider de rester au sein de l’UE, ce serait le fruit du hasard bien plus que la source d’une quelconque légitimité.

Qui stoppera l’avancée de l’extrême-droite?

Qui stoppera l’avancée de l’extrême-droite ?

 

Ainsi donc sans les Autrichiens établis hors de leur pays, un homme ouvertement d’extrême-droite aurait présidé aux destinées de notre voisin de l’Est. Entre une extrême-droite à un tiers des voix en Allemagne et en France, des formations autoritaires, ultranationalistes et anti-européennes au pouvoir dans la plupart des pays de l’Est européen (Pologne, Hongrie, Slovaquie, sans parler de la Serbie et de la Biélorussie), le continent peu à peu change de main – et de destin.

 

Plus loin de nous, en Russie, en Turquie, en Israël, même glissement vers cette posture politique faite d’intolérance, d’esprit de meute et de négation de l’autre. Aux Etats-Unis, pour peu que les électeurs de Sanders ne rejoignent pas massivement la candidature Clinton, Trump est quasi assuré du pouvoir.

 

L’extrême-droite, longtemps banalisée

Que se passe-t-il dans notre monde industrialisé ? La démocratie se réfugierait-elle en Amérique latine et en Asie ? Précisément, le paradoxe, l’élément nouveau est que, contrairement aux années 1970 et 1980, où les peuples ont pu se libérer d’abord des dictatures méditerranéennes (Portugal, Espagne, Grèce) puis de la chape de plomb du parti unique et de l’économie dirigée (Est), cette fois-ci, ce sont les peuples qui l’un après l’autre optent pour un régime fort, le nationalisme le plus excessif et la restriction des libertés publiques.

 

Et au sein de ces peuples, invariablement, les couches populaires sont au cœur de ce virage. Cette option, qui est désormais un fait sociologique, du milieu populaire pour les solutions simplistes et la recherche de l’homme fort (rôle qui n’est d’ailleurs pas réservé aux hommes, comme l’illustre l’exemple allemand et français) devrait nous inquiéter profondément. Mais non, les dirigeants européens se limitent à se pincer le nez, à dénoncer les choix des peuples sans jamais se demander quelle est leur responsabilité dans ce fossé de plus en plus abyssal entre leur discours et leur comportement, et le ressenti populaire.

 

L’aveuglement des politiques

La gauche européenne tout d’abord. Faute d’avoir saisi à temps la demande de sécurité des milieux fragilisés, pour y répondre de manière crédible mais humaine, faute d’avoir su illustrer ensemble compétence économique et sociale, regroupe aujourd’hui une catégorie morale, intellectuelle, culturelle, dont le milieu populaire est désormais largement absent.

 

La droite, dont le corpus politique se limite à laisser l’économie s’autoréguler, donc à installer la loi du plus fort au cœur de nos sociétés, a depuis une génération systématiquement distillé à la fois les valeurs de compétition et exposé forts et faibles à une même concurrence déloyale dans une globalisation sans garde-fous. Cette politique d’abandon a directement fait le lit du repli nationaliste et de l’intolérance. L’idéal libéral s’est dissous dans le consumérisme le plus béat et a produit la première civilisation au monde dont le modèle est l’accumulation matérielle individuelle.

 

Le centre, quant à lui, au lieu d’affirmer des valeurs humanistes – et d’en tirer la conséquence que cela exige une cohésion politique et pratique autour des trois piliers à conjuguer de pair que sont l’économie, l’écologie et le social – s’est enfermée dans une technocratie inaudible.

 

Le prix de l’abandon

Or, les peuples ont un besoin vital d’un récit explicatif quant à leur destin, d’une politique de régulation, et de protection des couches les plus fragilisées de la population. La tolérance ne peut être prêchée par les privilégiés qui ne partagent rien, elle doit être rendue possible par une politique assurant avec efficacité égalité de droits et équité économiques et sociales. Cette politique n’a pas été menée, et maintenant il est bien tard pour sortir les peuples de l’attirance vers les fausses certitudes de l’extrême-droite. Dont la recette est, partout et toujours, de flatter des mauvais côtés de l’être humain. Où cela peut mener, l’histoire nous l’a abondamment montré. Dans les années 30 aussi, des peuples ont choisi cette voie. On a vu quel en était le prix.

Plus on tarde à trouver les réponses plus le mal aura avancé

Quand les dirigeants européens se réveilleront-ils, pour sortir de l’embrouille matinée d’une morale inopérante car faite de reniements et de renonciations, de tactiques façon 4e République à la Hollande, pour retrouver les accents des Roosevelt, Kennedy, De Gaulle, Mandela ou même Delors ?

Abandonner les peuples aux inégalités sociales croissantes, c’est non seulement trahir son rôle, mais c’est surtout décrédibiliser profondément les valeurs humanistes et démocratiques dont on se pare. Dans cette marche vers le délitement d’un projet politique européen, des valeurs qui devaient le porter et qu’il aurait dû incarner, l’épreuve du Brexit est encore devant nous. Et même si le Royaume-Uni devait, avec un résultat de type autrichien, dans un mois décider de rester au sein de l’UE, ce serait le fruit du hasard bien plus que la source d’une quelconque légitimité.

Les partis sont mortels – pas les valeurs

Encore une année jusqu’aux élections présidentielles françaises. Tout indique que la gauche française est arrivée à la fin d’un cycle. Les retournements sont toujours possibles, mais les miracles peu probables; 2017 risque de ressembler fort à 1969, lorsque le candidat socialiste officiel à la présidentielle, Gaston Deferre, dut se contenter d’un lamentable 5,1%. Hollande ne peut que faire mieux… mais pas beaucoup mieux ! Et il n’est pas le challenger du PS après la démission du Général de Gaulle, mais le président sortant – qui est en échec depuis les premiers mois de son mandat.

Pas de nouveau Mitterrand en vue pour ramasser les miettes d’une gauche de gouvernement en difficulté, pour reconstruire une gauche crédible. C’est là que la crise est plus profonde qu’en 1969. Et même si, comme en 1968, un mouvement social est bien présent, il est, contrairement à l’époque, plus diffus, perclus de doutes et de divisions, aussi mal dans sa peau que l’est la société qu’il conteste. Une vision humaniste forte, un axe structurant montrant une autre voie est peu perceptible. Beaucoup d’intellectuels quant à eux hurlent avec les loups identitaires et de l’exclusion nationale, au lieu de réfléchir à l’inclusion et à la gestion positive des diversités, idolâtrant une Nation qui n’est qu’un produit de l’histoire, destiné à évoluer. Staliniens en 1955, frontistes en 2015…

Les partis sont mortels. Mais pas les besoins humains d’affirmer des valeurs, de construire un récit crédible, de retrouver une orientation qui donne du sens:

D’un côté, une société qui est la première dans l’histoire de l’humanité à proclamer comme valeur ultime l’enrichissement personnel matériel. Qui, tout en parlant de durabilité, est bâtie sur l’obsolescence, qui, tout en invoquant l’égalité de chances, tolère une montée phénoménale des inégalités. Qui, tout en parlant politique, refuse de réguler les abus de l’économie, offrant aux peuples le spectacle d’élites plus attentives à leurs privilèges qu’à leurs devoirs.

De l’autre des forces populistes qui canalisent vers l’étranger, les "autres", le ressentiment populaire devant le blocage de l’ascenseur social et propagent à la fois une conduite autoritaire de l’Etat (au service d’une nomenklatura proche du pouvoir) et un patriotisme agressif. Les exemples sont légion, depuis les partis de la droite dure en Europe, jusqu’aux personnages comme Putine ou Erdogan.

Il doit y avoir une autre façon de gérer le monde, de vivre ensemble. Sans naïveté ni angélisme, mais autour des valeurs fondatrices que sont la liberté, la responsabilité et l’égalité de droits et de chances, redéfinies à l’aune de la mondialisation dont la maîtrise est la clé d’un rééquilibrage global. Et qui, surtout, donne sens à la formidable machine industrielle dont l’humanité s’est dotée et qui souvent tourne à côté des vrais besoins. De plus en plus, aussi, on commence à expliquer l’intégrisme religieux, en particulier l’islamisme, comme une réponse (symétrique à l’extrême-droite européenne et américaine) au désarroi social, à l’absence de sens et de perspectives.

Donner sens et perspectives, de grands leaders ont su le faire : Roosevelt, Kennedy, Churchill, De Gaulle, Gandhi, Mandela – leurs noms évoquent une forte nostalgie auprès des peuples mal dirigés, par des personnes soit avides de leur pouvoir personnel, soit mettant en scène leur impuissance. L’heure est grave, les valeurs humanistes sont en péril. Hollande ayant vidé son parti de toute substance (alors même que son bilan n’est pas aussi nul qu’il le laisse lui-même accroire !), une nouvelle force humaniste, à forte ambition sociale, écologique, morale, devra émerger des cendres de ce qui a implosé, à travers des penseurs comme Edgar Morin, Patrick Viveret, Mathieu Ricard, Pierre Rabhi, pour montrer la voie d’une vie en société qui donne à chacune et à chacun sa dignité et sa place autour de la table commune, qui – enfin – contre la loi du plus fort et du seul argent. Il y a largement assez pour tous. Encore faut-il définir le menu et convier chacun au festin d’une république retrouvée.

Investir dans la coopération au développement c’est investir dans notre avenir

Comme le rappelle excellemment Catherine Schümperli Younossian dans son ouvrage de référence La politique suisse de solidarité internationale, l’engagement de la Suisse pour la coopération dans les pays du Sud est le fruit de la rencontre d’acteurs de la société civile et de l’implication des pouvoirs publics. L’action de la société civile remonte au 19e siècle, avec les missions des Eglises et les premières œuvres d’entraide. La propagation de la foi s’accompagnait d’un service aux populations en matière de scolarisation, de soins, et de productions locales permettant d’améliorer les conditions de vie.

 

La coopération comme engagement des Etats industrialisés est contemporaine de la décolonisation de l’après-guerre, époque marquée par la place croissante prise par les organisations internationales, et parmi elles en tout premier l’ONU. En 1970, l’Assemblée générale de Nations Unies décida que les pays industrialisés alloueraient 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement http://www.oecd.org/fr/cad/stats/45539389.pdf

 

Pour la Suisse, qui n’a rejoint l’ONU qu’en 2002 (suite à un échec mémorable devant le peuple d’une première demande d’adhésion, en 1986 https://www.admin.ch/ch/f/pore/va/19860316/ ), l’origine de l’engagement étatique était quelque peu différente. Après la 2e guerre mondiale qui avait vu notre pays réussir à se mettre une nouvelle fois à l’abri à travers sa traditionnelle politique de neutralité, il s’agissait de renouer avec le camp des vainqueurs. Ce fut l’intuition du conseiller fédéral Max Petitpierre que de coupler au terme de neutralité celui de solidarité. Cette nouvelle acception de la maxime d’Etat suisse pouvait s’appuyer sur une longue tradition de la société civile, dont l’engagement d’Henry Dunant reste la figure emblématique.

 

Peu à peu l’implication de l’Etat s’est précisée, tout d’abord au niveau de la Confédération, qui ajoute au soutien des œuvres d’entraide le développement de sa propre agence de coopération, la DDC, à la qualité unanimement reconnue. L’article 54 de la Constitution fédérale inscrit la coopération comme un des piliers de notre politique étrangère: la Suisse «contribue notamment à soulager les populations dans le besoin et à lutter contre la pauvreté ainsi qu'à promouvoir le respect des droits de l'homme, la démocratie, la coexistence pacifique des peuples et la préservation des ressources naturelles».

 

 Portant loin dans le monde l’action et l’image de la Suisse, la coopération fut inscrite dans une loi exemplaire en 1976, dans un esprit consensuel prometteur https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19760056/index.html. Toutefois, sur les 3,191 milliards alloués en 2014 à l’aide publique au développement, APD, seuls 53% ou 1,7 milliard vont directement à cette tâche. Quelque 14% sont destinés à l’aide humanitaire et un autre 14% contribue aux dépenses de l’asile – chaque fois 460 millions. Quant aux investissements directs de l’économie suisse dans les pays en développement, ils étaient de 6,9 milliards en 2013, soit le quadruple de la coopération sur le terrain. On sait qu’ils ne sont pas nécessairement alignés sur les objectifs de celle-ci…

 

Les cantons ne sont pas restés indifférents à cette cause, et s’impliquent de manière différenciée, l’effort le plus important étant tout naturellement assumé par celui qui héberge, au nom de la Suisse, l’écrasante majorité des organisations intergouvernementales et aussi non-gouvernementales internationales : le canton de Genève. Qui a ainsi associé à son rôle de plate-forme d’accueil et d’échanges celui d’un engagement soutenu des pouvoirs publics, y compris de pratiquement toutes les communes, aux actions de solidarité internationale déployées par les ONG d’orientations et de dimensions diverses. Et à l’instar de la Confédération, une loi et un article constitutionnel (depuis 2012 https://www.ge.ch/legislation/rsg/f/s/rsg_a2_00.html) consacrent cet effort. Genève se réfère également au chiffre de 0,7% (ici du budget de fonctionnement) comme cible à atteindre https://www.ge.ch/legislation/rsg/f/rsg_d1_06.html .

 

Toutefois, malgré l’excellence de sa contribution, la Suisse ne parvient toujours pas à respecter l’engagement du 0,7% auquel elle avait pourtant souscrit à de plusieurs reprises. Il a fallu une pétition http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/aide-suisse-au-developpement-politiciens-et-artistes-se-reunissent-a-berne-pour-soutenir-les-pays-les-plus-pauvres?id=1488231 de plus de 200'000 signatures déposée sous l’égide d’Alliance Sud en 2008 http://www.alliancesud.ch/fr/publications/dossiers/10 pour que le Parlement, trois ans plus tard, accepte de passer des 0,4% d’alors à 0,5% pour 2015 http://www.alliancesud.ch/fr/le-parlement-augmente-laide-au-developpement.

 

Cet objectif à peine atteint, voici que le Conseil fédéral croit judicieux de proposer une coupe préventive de 115 millions sur les crédits de coopération de 2016. Cela n’a nullement suffi, vu que la commission des finances du conseil national réclame désormais bien davantage : revenir à 0,4% ! 200'000 signatures passées à la trappe, les promesses oubliées. Les crédits militaires, eux, augmentent au-delà de ce que le Conseil fédéral avait proposé. Serait-ce cela l’appréciation des risques que court notre pays, et la réponse, moins de coopération et davantage de défense ? Plus il y a de migrants sur les routes périlleuses d’un exil forcé, plus on dépend des autres pour son économie (un franc sur deux est gagné dans le commerce extérieur) et pour ses ressources… moins on veut le savoir, semble-t-il. Incohérence majeure qui ne sévit malheureusement pas que dans ce domaine.

 

Cela ne doit pas être le dernier mot du Parlement, ce n’est pas la Suisse dans laquelle nous nous reconnaissons. Ne laissons pas démanteler un pan entier de notre politique étrangère et de notre crédibilité et soutenons l’Appel contre la faim et la pauvreté des ONG de développement suisses : http://www.appel-pauvrete.ch/ Car la position de la commission des finances n’a été prise qu’à une voix d’écart. De quoi permettre aux uns et aux autres de réfléchir encore. Couper dans l’aide aux plus démunis de la planète est indigne d’un pays parmi les plus riches du monde; aider les populations à vivre au pays, à assurer leurs droits économiques, sociaux et culturels est le meilleur investissement que nous puissions faire pour notre avenir.

 

 

 

Mao ou Dalaï Lama?

Le 10 mars est commémoré dans le monde comme l’anniversaire du soulèvement de Lhassa, en 1959, qui a conduit le Dalaï Lama à prendre la route de l’exil. Deux dates importantes pour notre pays, dans ce contexte :

 

 

  • 1960 : la Suisse est un des premiers pays en-dehors d’Asie à accueillir des réfugiés tibétains https://fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9_tib%C3%A9taine_en_Suisse, un industriel zurichois finançant même l’installation d’un premier lieu de culte bouddhiste, à Rikon http://www.tibet-institut.ch/content/tir/en/monastery.html. Ce qui n’allait pas non plus de soi – ni hier, ni aujourd’hui. Tétanisée par le souci de ne pas fâcher la Chine, dont le PIB a crû entre 1990 et 2012 17 fois plus vite que celui des pays de l’OCDE, la Suisse n’est dans cet engagement plus que l’ombre d’elle-même et dès que le Dalaï Lama pourrait vouloir rencontrer un membre du gouvernement fédéral, ce dernier fait tout pour se cacher.

 

Que s’est-il passé au Tibet entre ces deux dates ? Mao avait réunifié la Chine, dans le sang et les larmes, après les coups de boutoir coloniaux du 19e siècle (guerres de l’opium, forcing commercial), la lente agonie de la dernière dynastie, les massacres perpétrés par le pouvoir japonais des années 30 et 40 et une longue guerre civile. Mais aussi dans l’espoir d’un renouveau.

 

Héritier d’une ancienne légitimité, à peine sorti de l’adolescence mais déjà doté des qualités d’humilité, d’intégrité et de sagesse qui le caractérisent, le Dalaï Lama, chef spirituel et politique des Tibétains, prend les promesses de libération et de liberté de Mao à la lettre. Un protocole en 17 points http://www.tibet-info.net/www/L-Accord-en-17-points.html est signé, engagement garantissant l’autonomie d’un Tibet désormais partie intégrante de la Chine. Mais les documents paraphés sont de moins en moins respectés, sur le terrain c’est un grignotage permanent au profit de l’armée et de colons chinois toujours plus nombreux. L’autonomie culturelle et religieuse accordée se réduit comme peau de chagrin et est laissée au bon vouloir des Chinois qui prennent de plus en plus de place.

 

Le Dalaï Lama jette toutes ses forces dans une négociation permanente avec le pouvoir chinois, parfois reçu avec respect et les honneurs, parfois froidement éconduit. Lassé des manœuvres de la garnison chinoise installée au cœur de la capitale tibétaine, il tente une nouvelle fois de ramener les «libérateurs» à leurs propres principes. La population le croyant prisonnier dans le camp militaire se soulève, et le contraint à fuir. La répression brutale qui s’abat sur la province rétive ne cessera plus, avec un paroxysme lors de la «révolution culturelle» ; 90% des couvents et des biens culturels sont détruits. Depuis, au prix de mille risques, des Tibétains fuient leur pays, et se regroupent sous la houlette du gouvernement et du parlement en exil en Inde http://tibet.net/ .

 

Quant au Dalaï Lama, il apporte bien malgré lui sa contribution au grand marketing du spirituel. Devenu icône médiatique, il n’en garde pas moins son inimitable rire et sa profonde lucidité. D’innombrables livres lui ont été consacrés, reproduisent ses enseignements, ses paroles, donnant réconfort et motivation de par le monde. Parmi tous les livres, le plus émouvant est sans aucun doute son premier, «Ma Terre et mon peuple» https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma_terre_et_mon_peuple, où il détaille par le menu, en 1962, sa lutte pour faire respecter l’accord en 17 points et son départ forcé. Désespérément non-violents, les Tibétains maintiennent contre vents et marées leur identité qui reste très menacée.

 

Dalaï-Lama ou Mao, deux voies de «libération» radicalement opposées. Celle de Mao fut terriblement violente, tant dans la longue conquête du pouvoir que durant son exercice sanglant. Elle aboutit aujourd’hui à une américanisation à marches forcées de la Chine, les libertés en moins. Celle du Dalaï-Lama nous interpelle à la source de notre humanité, sur nos valeurs, nos vies et nos vrais besoins. Sur le terrain, la force l’a emporté. Mais dans nos cœurs, seul l’esprit est garant d’un avenir qui vaille d’être vécu. Dalaï Lama ou Mao, à chacun de choisir son camp.