Canicule ou changement climatique en marche ?

Qu’entre juillet et août, sur une, deux voire trois semaines on frôle les 30° ne date pas d’aujourd’hui. D’après Wikipedia, «dans la Rome antique, le début de la Canicule était célébré par la fête de Neptunalia (le 24 juillet), on lui attribuait de mauvaises influences (maladies causées par la chaleur et hurlements des chiens) et on tentait de conjurer l’influence néfaste de Sirius sur les moissons en immolant des chiens roux comme le soleil. La Canicule s’achevait par la fête de Vulcania, le 24 août». Donc rien de nouveau sous le soleil ?

Si, si… chaque année bat les records de chaleur de la précédente, chaque été il faut plus chaud, plus longtemps, plus au Nord… 30° au Cercle Polaire, 40° à Tokyo, 37° à Montréal, ce sont là des températures dignes d’un été sous les Tropiques … d’autrefois. Car au Pakistan, on a atteint les 50° cet avril, tout comme au cœur du Sahara ce mois de juillet. Bref, + 10° un peu partout.

Certes, le commun des mortels associe chaleur avec loisirs, été avec délassement, baignade, glaces au bord des quais.
Mais pour les personnes âgées, pour certaines professions tenues, quoi qu’il arrive à l’uniforme ou au complet-cravate, pour les chauffeurs routiers, pour ceux qui travaillent dehors ?

Certes, prises dans les divers soucis du quotidien – la famille, le travail, la santé, les factures – la plupart des personnes ne voient dans l’été que le moment tant attendu de la respiration des vacances.
Mais quand on s’aperçoit que nos glaciers fondent à vue d’oeil – comme tous les glaciers du monde d’ailleurs, quand on voit la sécheresse ravager les champs et mettre en péril nos réserves d’eau – à peu près notre seule ressource naturelle, quand on pense aux drames des incendies des forêts, l’an dernier au Portugal, cette année en Grèce ?

Non ce n’est pas une canicule comme les autres.
Oui le changement climatique est en marche.
Nul ne sait si nous pourrons l’arrêter ou si l’humanité, demain, rôtira littéralement sous les effets des gaz de serre qu’elle ne cesse d’accumuler dans l’atmosphère.
Oui les causalités, les responsabilités sont connues.
Mais qui prend les siennes ?

Les Etats ?
Se laissant soumettre au dictat des lobbies du court terme, que font-ils vraiment pour exiger de modifier les modes de production industriels et agricoles, nos pratiques de chauffage et de déplacement ?
On sait parfaitement ce qu’il faut faire, mais on avance à pas comptés, doit déjouer mille embûches – sans parler des climatosceptiques au pouvoir dans divers pays, dont le plus grand émetteur de gaz à effet de serre par habitant, les Etats-Unis.

Les entreprises ?
Elles sont calées sur un système de prix de l’énergie qui ne prend pas vraiment en compte les effets sur autrui, la nature et les générations futures ni du fossile ni du fissile.
Donc leurs calculs sont établis sur des prix abusivement bas, faussés, que les Etats peinent infiniment à corriger, du moins au plan international.
Certaines, beaucoup même, sont prêtes à participer à la nécessaire mutation des modes de produire et de consommer, mais peu à porter le risque à elles seules.

Le consommateur ?
C’est finalement lui qui détient les clés, en faisant les bons choix.
En tant que citoyen.ne, en votant chaque fois qu’il en a l’occasion en faveur des bonnes personnes, des bonnes propositions.
En tant que consommatrice et consommateur, en votant, au quotidien, pour des biens et services à base d’énergies renouvelables, à basse teneur en gaz à effet de serre.
Et que personne ne vienne dire qu’il/elle ne sait pas que faire, où trouver l’info… Une planète viable et vivable mérite bien un petit effort. Pas plus compliqué que commander un billet d’avion sur Internet… Mais nettement moins polluant !

René Longet

René Longet

Licencié en lettres à l’Université de Genève, René Longet a mené en parallèle d’importants engagements, dans le domaine des ONG et du monde institutionnel, pour le vivre-ensemble ainsi qu'un développement durable. Passionné d’histoire et de géographie, il s’interroge sur l’étrange trajectoire de cette Humanité qui, capable du meilleur comme du pire, n’arrive pas encore bien à imaginer son destin commun.

9 réponses à “Canicule ou changement climatique en marche ?

  1. le changement climatique est en marche depuis la naissance de notre planète et tous les hurluberlus qui prétendent qu’il a commencé avec notre consommation effrénée de pétrole sont complètement à côté de la plaque. Les glaciers avancent et se retirent régulièrement depuis la dernière période interglaciaire , toutes les traces recueillies d’une manière ou d’une autre le confirment .
    Nous avons certes ajouté une quantité non négligeable de gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui ajoute quelques dixièmes de degré au-dessus du changement naturel , mais rien de comparable aux variations paléo climatiques .
    Le GIEC parle d’un forçage radiatif anthropique de 2.2 watts /m2, soit 0,4 degré depuis la révolution industrielle , ce qui représente moins d’un 1 % de l’énergie rayonnée par la Terre !
    Dans un passé lointain , après la disparition des dinosaures, le climat était tropical jusqu’aux pôles sans que l’évolution des mammifères en fut bouleversée , aucune trace de glace détectable sur Terre avant quelques millions d’années.
    Il faut considérer ces faits avant de gémir sur quelques canicules qui n’ont pas de conséquences à long terme.
    Bien sur, les individus plus fragiles ne pourront pas s’adapter à des changements trop brusques. Il en va ainsi de la vie qui doit s’adapter comme l’a expliqué Darwin.
    Le plus grand problème qui menace les espèces et la notre est notre surpopulation et notre sur consommation , ainsi que les différents pollutions que nous constatons (continent de plastiques ).
    Regarder ailleurs nous fait manquer la cible.

    1. Monsieur Giot
      Oui les enjeux de la démographie, de la consommation et des plastiques sont lourds de conséquence, au moins là nous sommes d’accord.
      Mais pas de problèmes pour le climat? Bien sûr on peut utiliser des comparaisons sur des ères géologiques et en effet il s’en est passé des choses en plusieurs milliards d’années sur cette Terre…
      Est-ce un blanc-seing pour qu’en quelques décennies une seule espèce en fasse de même?
      Vous minimisez totalement les situations:
      1) contrairement à des plastiques flottant dans les océans, qu’on peut techniquement largement récupérer si on en avait la volonté politique, à ce jour impossible de récupérer les gaz à effet de serre envoyés en quantités croissantes dans l’atmosphère
      2) en ce qui concerne le rythme, en quelques décennies on est plus près du + 1° que des 0,4° dont vous parlez, et, très loin des engagements de l’Accord de Paris, on se dirige allègrement sur les 3°, rythme qui justifie l’appellation d’anthropocène pour notre brève ère de domination et de prédation humaine de la Terre et
      4) les dommages commencent à se manifester clairement. On peut ignorer le fait que près d’un milliard d’humains vivent aux bords des mers, souvent dans des grandes villes, directement menacés par la dynamique de la montée des eaux (oui, cela a déjà existé maintes fois dans l’histoire de la Terre, mais il n’y avait pas 7,5 milliards d’humains dont la survie a il me semble quelque importance). D’autant plus que cette émission anthropique de gaz de serre n’a rien d’une fatalité mais répond purement à une incapacité de se prendre en mains tant individuellement que collectivement.
      Et de conclure avec Darwin. A vous lire, la centaine de victimes qui a connu une fin horrible lors des incendies de forêt en Grèce ne sont qu’un sacrifice tout à fait normal dans la lutte darwinienne pour la vie, qui ne permet pas aux “individus les plus fragiles de s’adapter à des changements trop brusques” comme vous le dites. Difficile d’être plus cynique que cela. Au terme de l’histoire humaine, pas d’autre choix que de sacrifier une partie de l’humanité à la folie et à l’inconscience des autres? On ne saurait mieux illustrer où mène le climatoscepticisme…

    2. C’est vrai qu’à saut de 65 millions d’années, nos problèmes actuels sont dérisoires. Une vie sur terre existera encore dans 65 millions d’années, tout comme les dinosaures vivaient avant leur extinction…, puisque le principe vital est très puissant. Mais si Hubert Giot pouvait s’intéresser à mes/nos enfants (ceux qui ont 10 ou 20 ans maintenant), je lui en serais immensément reconnaissant!
      Petit rappel, dans le dernier million d’années, la concentration de CO2 n’a pas dépassé 250 ppm. On a franchi les 400 ppm il y a quelques années. Bien sûr, Hubert Giot remettra en doute que le CO2 est un gaz à effet de serre, allons donc.

  2. Les conséquences de l’émission humaine de gaz à effet de serre sur la température sont une réalité. Maintenant les savants qui veulent nous “faire la leçon” sont souvent des adeptes du cosmopolitisme, avec les voyages en avion et la mobilité qui va avec. La piétaille répugne certes à changer de comportement, mais l’exemple ne vient pas d’en haut. Égoïstement la croissance fait mon affaire (mon portefeuille boursier se porte bien), mais je pense que la décroissance générale et le retour à une vie plus simple et plus “stationnaire” est la seule solution. Le problème est que seul des candidats politiques “non éligibles” (ou suicidaires) soutiennent de telles options: nous sommes en démocratie et c’est le peuple qui choisit ses élus. Aucun changement significatif n’est donc à attendre dans notre société et le mieux à faire est de s’adapter… comme certains riches qui acquièrent des terres dans des régions nordiques.

  3. Je vous remercie, Monsieur Longet, de souligner qu’il y aurait également besoin d’une plus grande responsabilisation sur le plan individuel. Chaque été, quantité de touristes, bien qu’informés du problème, ne semblent pas pouvoir renoncer à leurs voyages en avion. Je longe régulièrement à vélo les pistes de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, et je suis chaque fois interloquée par le nombre élevé des avions low-cost qui les empruntent. NB J’aime prendre l’avion, mais j’y ai renoncé depuis deux ans à moins d’une obligation professionnelle, lesquelles sont heureusement très exceptionnelles.

  4. Merci de partager vos réflexions.

    Le transport utilise une part importante de l’énergie fossile consommée, et produit des gaz et particules néfastes. On présente l’alternative électrique comme bien préférable, et pourtant de nombreuses publications soulignent que le gain écologique envisagé sur la durée complète du cycle d’utilisation des véhicules est modeste, sinon négatif. En outre les pouvoirs publics continuent d’accorder aux modes de transport maritimes et aériens des privilèges importants.

    Que faut-il en penser ?

    Merci. GVD

  5. Pour compléter l’argumentation très pertinente de Monsieur René Longet, je dirais que le changement climatique global en cours et ses conséquences se développent très rapidement. À l’exception de rares catastrophes comme celle de la fin du Crétacé par un impact de météorite, il n’y a rien de comparable dans les temps géologiques, où les changements climatiques se sont déroulés en général sur de longues périodes de milliers d’années au minimum. Ici, le bouleversement va se produire tout au plus sur quelques centaines d’années. C’est une situation inouïe, quasiment instantanée à l’échelle géologique et nous sommes encore au début de ce phénomène qui semble s’accélérer dangereusement. Pour beaucoup d’êtres vivants, il va s’avérer très difficile voire impossible de s’adapter. Dans les années qui viennent, la végétation et le paysage vont se transformer radicalement, sans parler du reste! En effet, cette situation est inquiétante, car on ne sait pas encore vraiment jusqu’où ça ira ni de quoi sera fait le monde de demain.

  6. J’ai lu avec intérêt les propositions de pistes qui pourraient permettre à la société humaine de changer de cap et d’échapper in extremis aux effets dévastateurs d’un réchauffement climatique hors contrôle.

    Toutefois, je reste plutôt pessimiste quant à leurs chances de succès.

    A mon avis, une sorte de “défaut génétique” empêche l’homo sapiens de se retenir et de maîtriser sa propension à la démesure de ses gestes, dès que son plaisir personnel est en jeu. De nos jours, chacun sait fort bien que la surconsommation effrénée est un comportement égoïste qui hypothèquera le futur de l’humanité entière. Hélas, ce n’est qu’une petite minorité qui arrive à résister à cette pulsion intérieure qui nous pousse vers toujours plus d’émotions matérialistes, plus de voyages, toujours plus loin, plus de voitures, de plus en plus grandes, etc.

    Cette idée d’un homo sapiens sans frein lorsqu’il s’agit de “profiter” de ses découvertes et avancées technologiques m’a inspiré une poésie que je me permets d’ajouter ci-après:

    “Intelligent mais insatiable” //

    Ingénieux mammifère /
    L’être humain sait presque tout faire /
    Mais ne sait pas se modérer /
    Il est tout sauf pondéré /
    Ignorant la tempérance /
    Comme drogué par l’existence. //

    Toujours plus /
    Et de plus en plus /
    Jamais assez, jamais trop. //

    Son avidité dénature ses réalisations /
    Pervertit ses inventions. //

    Chercheur fébrile /
    Bâtisseur habile /
    Consommateur frénétique /
    Il a inventé l’automobile /
    Mais en use et en abuse et pollue /
    Il a produit du plastique /
    Mais en use et en abuse et pollue /
    Il a développé les antibiotiques /
    Mais en use et en abuse sans retenue /
    Il a découvert les engrais chimiques /
    Mais en use et en abuse et pollue /
    Il a introduit l’éclairage électrique /
    Mais en use et en abuse et pollue /
    Il a conçu le système informatique /
    Mais en use et en abuse sans retenue /
    Il a envoyé dans l’espace des satellites /
    Mais en use et en abuse sans retenue. //

    Au sommet de la création /
    Et de la déprédation /
    Nous sommes /
    Les Hommes. //

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