Une certaine idée de l’Afrique

L’Afrique, un ensemble de « pays de merde », selon Donald Trump…

…Mais

L’Afrique c’est aussi le chant de cet enfant dans un champ éthiopien. D’une puissance et d’une pureté magiques. Alors en reportage pour la RTS, je n’osais le lui voler avec mon enregistreur. Jusqu’au moment où, m’apercevant, un homme à l’autre bout du champ fit signe à l’enfant de chanter de plus belle. Pour faire danser les épis de teff.

L’Afrique c’est aussi le regard de ce chef de village m’accueillant dans sa grande hutte, à l’occasion d’un autre reportage au Burkina Faso. Une rivière d’amour et de respect dans ce seul regard, accueillant l’étranger venu lui rendre visite. Pour lui transmettre sa « con-naissance ».

L’Afrique ce sont aussi ces paroles d’Amadou Hampâté Bâ, écrivain et ethnologue malien, rencontré à Abidjan, capitale économique de la côte d’Ivoire. C’est lui l’auteur du célèbre appel lancé au Conseil exécutif de l’UNESCO : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».

Quand je vis Amadou Hampâté Bâ dans la pièce principale de sa maison aux murs blancs et à l’ameublement réduit à l’essentiel, il parlait à un jeune homme. Il lui demanda ce que ce dernier voyait sur le sol, dans le rai de lumière que la porte d’entrée entrouverte laissait échapper.

– Il n’y a rien, fit le jeune homme.

– Regarde bien. En es-tu certain ?

– Oui, il n’y a rien.

– Et cela, qu’est-ce que c’est ?

– Un minuscule gravier.

– Et cela ?

-Une brindille.

-Et cela ?

-Une fourmi.

-Alors, fit Amadou Hampâté Bâ, il y a dans ce petit espace les règnes minéral, végétal et animal, et toi tu me dis qu’il n’y a rien ?

C’est aussi cela, l’Afrique…

 

 

Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

4 réponses à “Une certaine idée de l’Afrique

  1. Pourquoi, quand il s’agit de l’Afrique, poétise-t-on l’intolérable? Trump se trompe: ce ne sont pas des pays de merde, mais bien des pays dans la merde. En Ethiopie, un enfant chante dans les champs au lieu d’être à l’école; au Burkina Faso, un chef de village accueille un étranger dans sa hutte avec “amour et respect”, donc en faisant preuve d’une grande naïveté; et au Côte d’Ivoire, des paroles d’un écrivain soulignent à quel point l’illettrisme et la pauvreté sont encore répandus en Afrique. Jamais on n’accepterait de tels comportements ou attitude de nos enfants, de nos dirigeants politiques ou de nos écrivains. Pourquoi alors mettre ces états de fait sur un piédestal dans ces pays du sud?

    1. Les grandes difficultés que connaissent les pays africains, à des degrés fort divers, ne devraient pas nous inciter à croire que tout s’effondre dans ce continent. Il y a bel et bien des gens heureux et fort cultivés qui y véhiculent encore une tradition orale que nous avons allègrement oubliée. Le misérable degré de spiritualité dans notre vie quotidienne occidentale devrait nous inciter à nous montrer moins arrogants quand nous jetons un regard sur les pays africains.

    2. Bien que je n’aies pas fait la même lecture, je comprends vos réserves. Il me semble toutefois que le papier de Philippe le Bé se situe à un autre niveau: à l’insulte trumpienne, il répond “ce sont des pays de culture” et je ne vois là aucune “poétisation”.

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