La campagne de presse indécente contre Gianni Infantino

Dieu sait que j’aime et que je défends la presse, mais, dans le cas de Gianni Infantino, je ne comprends pas comment les journalistes, essentiellement suisses et allemands, se laissent embarquer sans aucun esprit critique dans une campagne orchestrée à l’encontre du Président de la FIFA sans doute par d’anciens dirigeants aigris et par une coterie suisse allemande.

Que reprochent ses détracteurs à Gianni Infantino ? D’avoir commis des actes illégaux ou contraires aux règlements sportifs ? Rien de tel. D’avoir rencontré le Procureur de la Confédération, Michael Lauber, grâce à l’entremise de son ami d’enfance, Rinaldo Arnold, également Premier procureur de la région du Haut-Valais ? En qualité de président fraîchement élu de la FIFA, partie plaignante dans différentes procédures, il aurait obtenu un tel rendez-vous en contactant lui-même ou par l’intermédiaire des avocats de la FIFA le Procureur. D’avoir trouvé un accord alors qu’il était secrétaire général de l’UEFA avec le PSG et Manchester City ? C’est la procédure réglementaire.

La réalité, c’est que Gianni Infantino a donné un coup de balai dans les pratiques inadmissibles de la FIFA de l’époque et que ceux qui soit en sont les victimes soit espéraient prendre le pouvoir par la bande au nom du compliance ne le supportent pas. En changeant de président, la FIFA a passé de l’ère de l’opacité à celle de la transparence. Aujourd’hui, on sait d’où vient l’argent, où il va et comment il est dépensé. Evidemment, vu qu’admettre cette réalité est insupportable à ceux qui veulent la tête de Gianni Infantino, ils considèrent que cette redistribution de l’argent du football au football n’est qu’un moyen utilisé par le nouveau président pour assurer sa réélection. On l’aura compris, pour ces gens-là, il n’y a aucune bonne solution si ce n’est qu’ils retrouvent leurs prérogatives et que ce ne soit pas un fils d’immigré italien, intelligent, maîtrisant six langues, intègre et honnête qui s’impose dans la bonne société suisse alémanique.

Faudra-t-il que la FIFA quitte Zurich, voire la Suisse, pour échapper à ce petit monde et pour que la presse helvétique reconnaisse enfin ce qu’a fait Gianni Infantino depuis qu’il est Président ? Je ne l’espère pas pour notre pays, mais c’est peut-être une solution à envisager.

 

Frederik Paulsen peut-il être administrateur d’une société suisse ?

Depuis que les médias, et récemment, le Procureur général du canton de Vaud, s’intéressent aux voyages en Russie du Conseiller d’Etat Pascal Broulis et de la Conseillère aux Etats Géraldine Savary, en compagnie de Frederik Paulsen, imposé d’après la dépense dans le canton de Vaud, se pose la question de savoir dans quelle mesure un contribuable bénéficiant de cette forme d’imposition peut être administrateur d’une société suisse.

A titre préalable, je tiens à préciser trois points. Tout d’abord, je ne suis pas l’avocat de Frederik Paulsen, ni de sa société, et le connais ni de près ni de loin. En second lieu, contrairement à ce que les opposants à l’impôt à forfait essaient de faire croire, ce système d’imposition est règlementé strictement au niveau fédéral et au cantonal. Il sied de rappeler que sa réforme a été votée par le Parlement le 28 septembre 2012 et que l’Administration fédérale des contributions (AFC) a publié le 24 juillet 2018 la Circulaire n°44 intitulée « Imposition d’après la dépense en matière d’impôt fédéral direct » (Circulaire n°44) qui remplace la Circulaire n°9 et qui datait du 3 décembre 1993. En quelque sorte, cette nouvelle circulaire est la pierre qui parachève l’édifice de la réforme de cette forme d’imposition. Enfin, depuis que je pratique la profession d’avocat, j’ai installé plusieurs centaines de personnes imposées d’après la dépense en Suisse. Jamais, et je tiens à souligner, jamais, je n’ai présenté ou discuté du statut de l’un de mes clients avec un Conseiller d’Etat dans le canton de Vaud ou ailleurs. Par conséquent, je peux affirmer que, selon mon expérience, Pascal Broulis n’interfère jamais ni sur les conditions auxquelles le statut de personne imposée d’après la dépense est octroyé, ni sur le montant des dépenses du contribuable.

La question de savoir si un forfaitaire peut être administrateur d’une société suisse se pose dans la mesure où l’une des conditions pour qu’un contribuable puisse être imposé d’après la dépense est notamment qu’il n’exerce aucune activité en Suisse.

Au chiffre 2.3 de la Circulaire 44, l’AFC a précisé ce qui suit : « Exerce une activité lucrative qui exclut le droit à l’imposition d’après la dépense, la personne qui pratique en Suisse une profession principale ou accessoire de quelque genre que ce soit et en retire, en Suisse ou à l’étranger, des revenus. C’est en particulier le cas des artistes, des scientifiques, des inventeurs, des sportifs et des membres de conseils d’administration qui exercent personnellement une activité lucrative en Suisse ». Il sied de souligner que ce texte correspond pratiquement à celui qui figurait au chiffre 1.3.2 de la Circulaire 9 que la Circulaire 44 a remplacée. Cela signifie que l’AFC n’a pas modifié sa position sur ce point depuis le début des années 90.

De manière générale, il résulte du texte cité ci-dessus qu’un forfaitaire ne peut pas exercer une activité lucrative sur sol helvétique ni en qualité de salarié d’une société suisse ou étrangère, ni comme indépendant. En revanche, il peut exercer toute activité à titre gratuit aussi bien en Suisse qu’à l’étranger, de même que toute activité à l’étranger soit en qualité de salarié, soit comme indépendant. De même, une personne imposée d’après la dépense a le droit d’investir en Suisse ou à l’étranger. Il importe de souligner que dans un arrêt datant de 2000, le Tribunal fédéral avait même admis qu’un forfaitaire soit employé par une société suisse pour exercer une activité exclusivement à l’étranger.

Concernant la question qui nous intéresse plus particulièrement dans ce blog, il résulte clairement de la Circulaire 44 que l’AFC non seulement n’interdit pas à une personne imposée d’après la dépense d’être membre d’un conseil d’administration, mais il en envisage même la possibilité. Par conséquent, il est possible d’affirmer que l’AFC autorise clairement un forfaitaire à être administrateur d’une société suisse. A partir de cette constatation, il y a lieu d’envisager deux hypothèses. Soit cette fonction donne lieu à un revenu, en Suisse ou à l’étranger, et dans ce cas l’administrateur ne doit exercer aucune activité sur le sol helvétique. Soit, elle est exercée à titre gratuit, c’est-à-dire sans que l’administrateur touche un quelconque revenu, et dans cette hypothèse l’activité peut être exercée en Suisse ou à l’étranger.

Si les règles mentionnées ci-dessus ont été respectées cela signifie que Frederik Paulsen pouvait, selon l’AFC elle-même, être l’administrateur d’une société suisse. Je considère avoir répondu ci-dessus aux questions que de nombreuses personnes se posent. Je serai heureux que d’autres répondent à celle de savoir comment Philippe Reichen, journaliste au Tages-Anzeiger, s’est retrouvé en violation du secret fiscal en possession d’informations concernant la situation fiscale dans le canton de Vaud de Frederik Paulsen…

Gianni Infantino est notre champion du monde

Au lendemain de la finale, tout le monde s’accorde à dire que le Mondial 2018 a été un très grand cru aussi bien au niveau du jeu, de l’état d’esprit que de l’organisation. Si l’équipe de Suisse s’est arrêtée en cours de route, un Suisse, Gianni Infantino, est allé jusqu’au bout de l’aventure et est le chef d’orchestre de cette belle réussite.

Malheureusement, on constate, alors que Gianni Infantino est sans doute l’un des Suisses occupant l’une des fonctions les plus importantes au monde, que les autorités suisses tentent d’en parler le moins possible et que la presse helvétique le critique. Par exemple, Florian Müller écrit dans le Matin Dimanche du 15 juillet ce commentaire à la limite de la caricature nauséabonde : « Ce brave Gianni Infantino, le torse bombé entre deux souverains, trop fier de s’autoproclamer grand entremetteur de l’aréopage des dirigeants de ce monde. ». Navrant, désolant…

Il est temps que nos dirigeants et nos journalistes abandonnent cette attitude qui avait déjà été la leur lors de l’élection du président de la FIFA au mois de février 2016 et soutiennent Gianni Infantino pour deux raisons essentielles.

Tout d’abord, contrairement à ce que d’aucuns essaient de faire croire, Gianni Infantino a commencé et continue à réformer la FIFA qui n’a plus rien à voir avec l’ère Blatter. En second lieu, fils d’immigrés italiens arrivés comme saisonniers en Suisse, il est la preuve vivante qu’il est possible en Suisse de réussir en une génération, non seulement sur le terrain, mais également dans les sphères dirigeantes.

Bravo Gianni, tu es notre champion du monde et nous sommes fiers de toi.

 

Impartialité de la SSR : Témoignage

A quelques jours de la votation sur l’initiative « No Billag », je tiens à faire part de mon expérience personnelle concernant l’impartialité de la SSR.

L’un des arguments répétés à cor et à cri par les initiants est que la SSR est un repère de gauchistes diffusant des informations pas objectives et politiquement orientées. Or, mon expérience démontre que cet argument est tout à fait erroné.

Tout d’abord, les journalistes sont tout à fait libres d’avoir leurs propres idées et convictions politiques. S’agissant d’un métier ayant trait par définition à l’actualité, il me paraît même assez normal qu’il y ait plus de gens politiquement engagés parmi les journalistes qu’au sein d’autres corps de métier. Personnellement, je me suis toujours défini comme un social-démocrate de droite et il m’importe peu qu’un journaliste de la SSR soit de gauche ou de droite dans la mesure où il informe le public de manière objective.

Or, et je pense être un bon exemple, mon expérience démontre que tel est le cas. En effet, à partir du début des années 2000, la presse, et notamment la SSR, a commencé à s’intéresser à la problématique de l’imposition d’après la dépense, appelée également impôt à forfait, qui permet à des ressortissants étrangers n’exerçant pas d’activité lucrative sur le sol helvétique d’être imposés, non pas sur leur revenu et leur fortune, mais sur leurs dépenses. Ce système est par définition réservé aux personnes étrangères fortunées. S’il y a bien une chose qui est claire, c’est que les partis de gauche sont opposés à ce système d’imposition et que j’en suis un ardent défenseur. Or, malgré le fait que sur ce point j’étais en total désaccord avec la position notamment du parti socialiste et des Verts, je n’ai cessé d’être interviewé et d’être invité à des émissions par les journalistes de la SSR aussi bien à la radio qu’à la télévision. Cette impartialité des journalistes de la SSR s’est notamment manifestée dans le cadre de la campagne concernant l’initiative qui tendait notamment à supprimer l’imposition à forfait que le peuple a rejetée à environ 60% le 30 novembre 2014. Si les journalistes de la SSR avaient adopté le comportement que leur reprochent les défenseurs de l’initiative « No Billag », ils m’auraient beaucoup moins, voire pas, invité et m’auraient remplacé par des personnes connaissant moins le sujet et, par conséquent, moins aptes à défendre cette forme d’imposition.

J’espère de tout cœur que l’initiative « No Billag » sera rejetée le 4 mars prochain avec un score en tout cas équivalent à celui du 30 novembre 2014 !

Il faut sauver le soldat suisse ATS

A l’heure où tous les regards se tournent sur l’Initiative No Billag, les dirigeants de l’Agence Télégraphique Suisse (ATS) qui ont brillé par leur incapacité à anticiper le changement pendant de nombreuses années en profitent pour dépecer notre agence de presse nationale en licenciant à tour de bras et pour transférer le centre décisionnel en Autriche. Leur objectif est clair : tout faire avant le 4 mars 2018.

Cette manière de faire est tout simplement scandaleuse et la passivité des partis de droite l’est tout autant.

S’il est bien un pays où il est impératif d’avoir une agence de presse nationale, c’est bien la Suisse. En effet, dans un Etat composé de vingt-six cantons et où coexistent quatre langues nationales, seule une agence de presse nationale garantit la circulation de l’information sur tout le territoire et dans toutes les communautés. Par ailleurs, l’ATS est pour notre pays la garantie d’une certaine neutralité de l’information ce qui est impératif pour un Etat dont l’ADN est la démocratie directe.

De plus, il est fondamental que l’actionnaire de référence, par conséquent le centre décisionnel, reste en Suisse et ne soit pas transféré en Autriche. En effet, comme nous avons eu l’occasion malheureusement de le voir avec l’Hebdo, une fois que les décisions se prennent à l’étranger, les paramètres purement économiques et de rentabilité l’emportent sur les critères culturels et politiques helvétiques.

Pratiquement, je propose que la Confédération qui est un des abonnés importants de l’ATS exige d’ici la fin de la semaine de la part de ses dirigeants qu’ils suspendent les licenciements et la restructuration en cours et que la question du financement et de la structure de l’ATS soit abordée dès le 5 mars en espérant que l’Initiative No Billag ait été rejetée.

La Suisse sur la liste grise : une grave erreur politique de l’UE

Avec une certaine surprise, nous avons appris hier que l’UE avait mis la Suisse sur la liste grise notamment en raison du fait qu’elle n’avait pas encore mis en œuvre son renoncement aux statuts spéciaux de certaines sociétés en matière fiscale.

Cette manière de faire est une erreur à la fois technique et politique. Tout d’abord, même s’il est vrai que le rejet de la RIE III a ralenti la mise en œuvre du programme fiscal destiné à remplacer les statuts spéciaux, en aucun cas cette votation n’a été une remise en cause des engagements de la Suisse à l’égard de l’Union européenne. Ceci dit, les personnes et les partis qui ont lancé le référendum contre la RIE III devraient prendre acte de la position de l’UE et prendre plus en considération, si une telle idée devait les reprendre à l’avenir, des conséquences de tel acte non seulement en Suisse, mais également, voire peut-être surtout, auprès de notre partenaire européen. En second lieu, cette mise sur la liste grise est le pire message que l’UE pouvait donner aux ressortissants helvétiques, qui, comme moi, soutiennent et s’engagent contre les initiatives de l’UDC destinées à remettre en cause la libre circulation des personnes, et plus généralement les relations bilatérales entre la Suisse et l’UE. En effet, pour que la majorité des citoyens de notre pays vote en faveur de ces relations bilatérales, il est important non seulement que notre partenaire européen soit vu comme un voisin important et solide, mais également qu’il soit perçu émotionnellement comme un ami. Or, quoi de plus inamical que d’agir comme l’a fait la Commission européenne hier ? D’aucuns nous diront que la Suisse n’est pas sur la liste noire, mais uniquement sur la liste grise qui regroupe des Etats sous surveillance. Dont acte. Ceci dit, soit un couple se fait confiance sur ses promesses et sur ses intentions, soit tel n’est pas le cas et, dans cette seconde hypothèse, il ne s’agit pas d’un couple qui entretient des relations amoureuses ou amicales. En effet, qui considérerait qu’un couple dont l’un des deux fait suivre son conjoint par un détective privé est un couple qui fonctionne bien ?

Bien que je considère que la construction européenne soit l’une des plus belles réalisations politiques du XXème siècle, l’attitude de la Commission et des fonctionnaires européens concernant les sujets fiscaux commence à devenir de plus en plus agaçante. D’une part, l’UE joue les gendarmes avec les Etats tiers et se montre très laxiste avec ses membres. Le jour où l’échange automatique d’informations sera en vigueur entre la Suisse et l’UE, je me réjouis de comparer le fonctionnement de ce système entre par exemple la France et la Suisse et la France et la Grèce…D’autre part, la Commission donne la désagréable image d’être une adepte de la détestable attitude « fort avec les faibles, faible avec les forts ». En effet, comment peut-on expliquer que des grandes puissances, qui ne pratiquent pas l’échange automatique d’informations, ne soient concernées ni par la liste noire, ni par la liste grise…Enfin, les commissaires et les fonctionnaires européens qui ne cessent de jouer les donneurs de morale en déclarant urbi et orbi que la planification fiscale, même légale, appauvrit les Etats font preuve d’une hypocrisie qui laisse songeur. En effet, comme l’écrit Amid Faliaoui, rédacteur en chef du journal belge Trends-Tendances dans l’édition du 16 novembre : « et puis, il y a aussi l’hypocrisie de ceux qui fustigent toute cette évasion fiscale. Les commissaires européens sont schizophrènes car ils fustigent la fraude mais profitent, en tant que fonctionnaires européens, d’une fiscalité plus douce que le commun des mortels. Par ailleurs, leurs collègues de l’OCDE qui sortent régulièrement des rapports sur la fraude fiscale oublient juste de rappeler qu’eux-mêmes paient moins d’impôts et de cotisations sociales que les autres fonctionnaires. (…) Gardons juste à l’esprit que les Tartuffe de Molière ne sont pas morts ».

Pour conclure, je dirai que j’ai l’impression que de nombreuses personnes en Europe, y compris les commissaires et les fonctionnaires, ont toujours vécu dans l’idée que la bonne situation économique de la Suisse était due uniquement au secret bancaire. Aujourd’hui, ils n’arrivent pas à admettre et à voir que tel n’est pas le cas. Comme certaines étoiles qui continuent à briller alors qu’elles sont mortes depuis des milliers d’années, les commissaires et les fonctionnaires européens continuent à voir la Suisse et sa place financière comme elles étaient avant 2009 alors que celles-ci n’existent plus de la même manière vu les profondes modifications qui ont été opérées.

Pourquoi Caniveau.ch ?

Depuis plusieurs années, nous constatons que nous sommes relativement impuissants pour lutter contre les propos racistes et antisémites sur internet.

Par conséquent, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) en Suisse a décidé de créer le site caniveau.ch. Son but est, dans le respect de la législation, de mettre en exergue les propos racistes et antisémites qui auraient pu être tenus sur les réseaux sociaux. Il ne s’agit en aucun cas de délation ou de dénonciation, mais simplement d’une mise en exergue. L’objectif est de responsabiliser les auteurs de tels propos qui auront, il faut le préciser, la possibilité de demander, moyennant le respect de certaines conditions, le retrait du site.

En agissant de la sorte, la Licra est consciente qu’il ne s’agit pas de la solution qui va tout résoudre. Elle entend uniquement apporter un moyen supplémentaire pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme sur les réseaux sociaux.

 

Rejet de la RIE III : la leçon à tirer

Comme partisan de la RIE III qui, malgré ses défauts, aurait stabilisé le système fiscal helvétique et accordé un avantage compétitif à la Suisse, je ne peux être que déçu du résultat sorti des urnes dimanche dernier.

Cependant, étant également un grand partisan de la démocratie directe, je prends acte de ce résultat. Bien qu’il ne corresponde pas à ce que je souhaitais, je suis heureux qu’il soit clair et net et non pas du genre 49,5 % contre 50,5 des voix. Rendant hommage aux vainqueurs, je ne peux toutefois m’abstenir de sourire lorsque j’entends certains d’entre eux louer la sagesse et la clairvoyance du peuple suisse lorsque son vote va dans leur sens et dénoncer sa manipulation et le populisme lorsque tel n’est pas le cas. Personnellement, je respecte la volonté populaire quel que soit le résultat.

Au moment de faire le bilan de cet échec, la leçon qui s’impose à mon sens est de constamment garder à l’esprit que le système helvétique ne permet ni au Conseil fédéral, ni au parlement, ni au peuple d’aller trop loin. Or, il ne fait aucun doute qu’en l’occurrence le peuple suisse a considéré que la droite parlementaire n’a pas assez respecté les demandes émanant de la gauche. A ce titre, il est intéressant de comparer la votation sur le RIE III avec celle du 30 novembre 2014 sur l’initiative populaire fédérale « Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires (abolition des forfaits fiscaux) ». Tout en étant conscient du fait que ces sujets fiscaux ne sont pas tout à fait comparables et que dans un cas il s’agit d’une initiative, et dans l’autre d’un référendum, il est néanmoins important de souligner que dans le cas de l’imposition d’après la dépense, le parlement avait, afin notamment de désamorcer l’initiative, durci les conditions de cette forme d’impôt avant la votation. Par conséquent, on constate que lorsque le parlement prend en compte les critiques, le peuple le suit, alors que lorsqu’il tente le coup de force et fait la sourde oreille, les citoyens l’arrêtent.

Vu la fin de l’Hebdo, il s’agit du dernier blog que j’écris pour cet hebdomadaire et continuerai pour le compte du Temps. Je tiens à remercier les journalistes de l’Hebdo, et plus particulièrement son rédacteur en chef, pour tout ce qu’ils ont fait au courant de ces dernières années. Je ne peux que fustiger Yvan Perrin qui s’est réjoui de la disparition de l’Hebdo car ce journal ne partageait pas les positions de son parti. Cela démontre à quel point la liberté d’expression n’est qu’un cache-sexe pour l’UDC lorsque ce parti la brandit notamment pour s’attaquer à l’article 261 bis CP.

Leonard part, Donald arrive

Leonard Cohen, l’homme de cœur, sensible et élégant est parti hier pour un monde que l’on espère meilleur, alors que Donald Trump, l’homme de la haine, raciste et vulgaire est arrivé avant-hier à la Maison Blanche pour un monde que l’on craint pire. Tout un malheureux symbole !

Outre le dégoût pour ses idées, l’élection de Donald Trump suscite en moi les sentiments et réflexions suivants.

Tout d’abord, je suis sidéré de constater comment une grande partie de la presse se montre soudain clémente à l’égard d’un personnage qui a tenu les propos les plus inadmissibles et outranciers à l’égard des femmes et des personnes d’une autre race dès qu’il se montre légèrement moins excessif et plus poli. En quelque sorte, cela revient à être plus indulgent à l’égard d’un méchant qui pour un moment seulement devient un peu gentil, qu’à l’égard d’un très gentil qui l’a toujours été et qui le sera toujours. Cela me fait penser à Marguerite Yourcenar qui écrivait dans L’œuvre au noir « cette prudente remarque fit ressentir à Zénon à l’égard de son compagnon de voyage cet élan presque excessif de sympathie que cause la moindre opinion modérée exprimée par un homme dont la position ou la robe ne permettait pas d’en espérer autant ».

En second lieu, c’est un double mythe issu de la Seconde Guerre Mondiale entretenu sans doute à tort qui s’est effondré. D’une part, nombreux sont les Européens qui durant de nombreuses années se sont consciemment ou inconsciemment dits que si leur continent était attaqué les Etats-Unis seraient toujours là pour les défendre. Or, désormais, avec Donald Trump, seuls les Etats-Unis comptent. D’autre part, comme l’on fait un certain nombre de Juifs durant les années 30 alors que l’antisémitisme enflammait l’Europe, les Etats-Unis sont longtemps apparus comme un pays où certaines libertés et valeurs étaient garanties et où l’on pourrait toujours se réfugier. Il faut aujourd’hui prendre conscience à la lumière de ce qui se passe que ce refuge de dernier recours n’en est plus un. Il résulte de ce double constat que l’Europe doit prendre elle-même en main la propre défense de ses intérêts aussi bien dans le domaine économique que militaire, ce qui passe irrémédiablement par une Europe plus unie, et qu’il faut dans le quotidien se battre aujourd’hui et ici pour défendre les valeurs qui nous sont chères et auxquelles Donald Trump s’attaque Outre-Atlantique. C’est à cela que je m’attelle et c’est à cet édifice que j’essaie d’apporter ma pierre en qualité de président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) en Suisse.

Enfin, à l’heure où la droite française choisit son champion qui malheureusement affrontera sans doute Marine Le Pen lors du second tour des élections présidentielles, la victoire de Donald Trump sur Hillary Clinton nous enseigne qu’une femme ou un homme politique impopulaire un jour l’est pour toujours et qu’à l’heure actuelle un candidat impopulaire ne l’emporte plus contre un homme ou une femme politique populiste.

Que de larmes ont coulé sur mon visage en écoutant les chansons de Leonard Cohen ; elles ont également coulé en écoutant les résultats des élections américaines. Ce n’était malheureusement pas les mêmes larmes ! Un grand monsieur est parti, un sale type est arrivé.

De la subtilité du système suisse

Outre le fait qu’elle est excellente, la décision du Conseil national concernant la mise en œuvre de la décision populaire du 9 février 2014 a le mérite de mettre en exergue la subtilité du système helvétique.

Elle renvoie dos à dos à la fois l’UDC qui croit qu’il est possible de définir notre politique à coup d’affiches et de slogans et ceux, du type François Cherix, pour qui, comme l’écrivait Joseph Macé-Scaron « le populiste, c’est toujours l’autre ! », et qui considèrent que le système helvétique est une facilitation des excès du populisme.

En effet, la démocratie directe à la sauce suisse est subtile dans la mesure où, vu qu’il n’existe pas au niveau fédéral d’initiative législative, mais uniquement constitutionnelle, il appartient au parlement, sur proposition du Conseil fédéral, de mettre en œuvre les décisions populaires.

Alors que chez la plupart de nos voisins, le système est un ménage à deux composé du parlement et du gouvernement, notre pays n’est pas, comme d’aucuns le prétendent, un vieux célibataire composé du seul peuple, mais un ménage à trois où gouvernement, parlement et citoyens cohabitent.

Comme l’a très bien dit récemment le Conseiller national PLR Fathi Derder sur les ondes de la RTS, la politique suisse est une « mécanique très très fine ».