Trump & Co: qu’avons-nous fait faux?

Dans un blog du 11 novembre 2016 intitulé “Leonard part, Donald arrive” en référence au décès de Leonard Cohen et à la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, j’écrivais “Un grand monsieur est parti, un sale type est arrivé”. Malheureusement, je ne m’étais pas trompé…

Le départ de Donald Trump de la Maison blanche marque une étape importante dans la fin d’une ère marquée par l’arrivée au pouvoir de personnes que je désapprouve aussi bien pour leur idéologie que pour leurs manières d’être et de gouverner. En Europe, je pense notamment à Matteo Salvini et, plus près de chez nous, à Oskar Freysinger.

A l’heure où l’on constate que les électeurs qui ont amené ce type de personnes au pouvoir ne les ont pas réélus et que l’on ose espérer qu’ils ne le seront pas dans le futur, la bonne question consiste à se demander ce que leurs opposants, dont je fais partie, ont fait faux et ont, par conséquent, contribué à créer un terreau favorable à leur élection et à leur maintien au pouvoir pendant un certain nombre d’années. Autant je ne suis pas pour l’autoflagellation, autant je suis convaincu que la première question que l’on doit se poser dans toutes les circonstances est de savoir ce que l’on a fait faux nous-mêmes vu que c’est toujours à notre propre niveau que nous avons le plus grand potentiel de correction.

Sans avoir évidemment la prétention d’épuiser le sujet, mais bien plutôt l’intention d’ouvrir la discussion, je pense que nous avons en tout cas commis deux erreurs.

Tout d’abord, Péguy écrivait cette phrase que j’aime à citer: “Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est le plus difficile, voir ce que l’on voit.”. Or, si je prends le cas de la lutte contre le racisme dans laquelle je suis très impliqué en qualité de président de la Licra-Suisse, il est évident qu’en ne voulant pas voir, ou ne pas accepter un certain nombre de statistiques ou de réalités notamment, à la fin des années 90, on a créé une rampe de lancement pour des personnages du type Trump, Salvini ou Freysinger. Nous devons au contraire accepter la réalité, la regarder en face, l’expliquer et faire en sorte de la modifier notamment par un certain nombre d’outils législatifs. Cela ne signifie pas que l’on ne doit pas s’interroger sur les raisons qui font que certaines personnes établissent un certain nombre de statistiques. Nous devons néanmoins regarder les résultats en face.

La seconde erreur que je n’ai personnellement pas faite, mais que j’ai vu commise par beaucoup de personnes opposées à Trump était de considérer d’emblée que tout ce que disait l’ancien président des Etats-Unis était faux. Or, au contraire, au lieu de juger les propos en fonction de leur émetteur, il faut les analyser et les juger en fonction de leur contenu. Et si un propos de Trump devait être analysé comme correct, il était d’autant plus important de le dire. Cela donnait de la crédibilité à ses opposants.

Comme on le voit, petit à petit un certain type de personnages ne sont pas réélus. La grande question est sans doute de savoir à quel point l’idéologie qu’ils ont véhiculée, elle, subsiste. Afin d’éviter qu’ils reviennent au pouvoir évitons à tout prix de commettre les erreurs que nous avons faites dans le passé!

Philippe Kenel

Docteur en droit, avocat en Suisse et en Belgique, Philippe Kenel est spécialisé dans la planification fiscale, successorale et patrimoniale. Social démocrate de droite, il prône l’idée d’une Suisse ouverte sachant défendre ses intérêts et place l’être humain au centre de toute réflexion. Philippe Kenel est président de la Chambre de Commerce Suisse pour la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg à Bruxelles et de la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (LICRA) en Suisse.

6 réponses à “Trump & Co: qu’avons-nous fait faux?

  1. Peut-être que voir le monde en le divisant par moralement bien ou pas, créé ce genre de situation.
    Alors qu’il faut voir ce qui est bien ou pas pour le peuple.
    Ainsi un sujet comme l’immigration, il est vu avec la morale lorsqu’on parle de ces migrants-réfugié, mais pour la population sans ce concept de morale, c’est mal perçu. Vous créez donc des populistes.

    La morale doit être un partenaire de décisions, mais ne doit pas être l’origine des décisions. La gauche en priorisant la morale au détriment du peuple génère un “contrepoison” à droite.
    La lutte contre le racisme est bien perçue, mais l’accueil de migrants africains non, dans ce 2eme cas, en abusant de la morale, c’est tout un pan de la société qui se révolte.

    En résumé les populistes arrivent aussi par abus de morales des opposants. Ils sont élu pour éliminer l’excès et favoriser le peuple.
    Aux US, la morale est si forte (cancel culture, …), qu’au final l’apparition d’un Trump est logique.

    L’enfer est pavé de bonnes intentions, dans ce cas, c’est pavé de la morale.

    1. Motus j’aurai aimé écrire votre réponse dans laquelle aucune virgule , mot ne doit être changé .
      Les bonnes âmes qui veulent accueillir les réfugiés politiques , de la faim en masse devraient savoir que l’Europe accueille chaque année minimum plus de 1 millions d’individus qui détruisent tout nos systèmes de protection sociale qui ne peuvent résister à cette afflue .. Cet accueil se fait au dépriment des suisses , des européens nécessiteux car chaque société même évolué a ses pauvres , ses miséreux de souche . Maintenant pour les bonnes âmes suisses , européennes qui veulent accueillir des réfugiés ils devraient savoir que ce n’est pas un million d’individus que l’Europe devrait recevoir chaque année mais des dizaines de millions , même plus de 80 millions sans que cela règle la misère dans leur pays d’origine .
      Chaque année plus de quatre-vingt millions d’individus naissent dans des pays ou ils seront au seuil de la vraie misère sociale , de la faim etc . Pourquoi 1 millions de réfugiés et pas 80 millions pour l’Europe chaque année ?
      L’ élite européenne des bonnes consciences devrait savoir que en recevant chaque année plus de 1 millions de ces nécessiteux des autres continents pensent les aider , mais que font ils des nouveaux 79 millions de gens qui auront faim qui naissent chaque année dans ces pays lointain .
      Tous ces vertueux de l’accueil de masse n’aiment pas le peuple de souche et travaille pour le détruire mais bizarrement eux ils ont toujours des bonnes places et vivent souvent de cet immigration de masse qu’ils imposent au ou à leur peuple de souche .

  2. Cher Philippe,

    «La grande question est sans doute de savoir à quel point l’idéologie qu’ils ont véhiculée, elle, subsiste»

    Peut-être détiens-tu la réponse à la question de ton titre : à quel point l’idéologie véhiculée par les «progressistes» en général et la Licra en particulier subsiste «en ne voulant pas voir, ou ne pas accepter un certain nombre de statistiques ou de réalités».

    Tant que les milieux auxquels tu appartiens se draperont dans des certitudes morales un peu simplistes mais intellectuellement et socialement très confortables, le risque populiste subsistera et se renforcera.

    « Nous devons au contraire accepter la réalité, la regarder en face, l’expliquer et faire en sorte de la modifier notamment par un certain nombre d’outils législatifs »

    La solution serait surtout de cesser de se positionner en donneurs de leçons et d’attaquer le problème les yeux grands ouverts car tous les «outils législatifs» du monde ne changeront rien à la réalité humaine. Ce sera au mieux qu’une couche supplémentaire de bonne conscience qui servira de muléta juste utile à exciter tous les taureaux populistes.

    Le risque est peut-être d’y perdre un peu de ton âme et pas mal de certitudes.
    Ton inconfort moral pourrait bien être le prix à payer pour une certaine forme de paix sociale.

    Bien à toi.

  3. Bien que n’ayant jamais compris pourquoi la “LICRA” distingue le racisme de l’antisémitisme,
    classifieriez-vous aussi Netanyahou comme une crapule?

    En vous demandant aussi ce qu’il a fait faux?

    P.S. la question est bien sûr hypersensible, je vous la pose néanmoins et à vous de voir si vous la publiez 🙂

  4. La mondialisation, les délocalisations et le dogme du néolibéralisme ont détruit la vie de beaucoup gens (les élites en ont été les bénéficiaires ou n’ont été que peu touchées). Cela a contribué à de nombreux déséquilibres sociétaux. Les politiques populistes s’adressent directement à cette population durement touchée avec un discours de protectionnisme et de nationalisme qui tentent de faire croire en un possible retour en arrière. C’est pas plus compliqué que ça.

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