Transition écologique : Don’t panic – be happy.

Les limites écologiques sont franchies

Le constat est clair.

  • Nous consommons davantage de ressources que la terre n’en produit.
  • Nous avons modifié le climat à des degrés et une vitesse comme nous ne les avons jamais connus.
  • La biodiversité est en chute libre.

Ainsi nous avons dépassé la limite de l’exploitation du capital naturel renouvelable, avons mis en danger la base de notre civilisation, et mis en branle des processus systémiques dont nous ne connaissons encore ni l’ampleur ni les conséquences exactes. Pire encore, nous réalisons que nous en avons perdu le contrôle.

Quid de la pérennité de notre système économique ?

Une autre question brûlante se pose en parallèle : comment évoluera notre système économique – dont nous dépendons aujourd’hui totalement (y compris et en particulier nos instruments de politique sociale) – dans un contexte ou la biocapacité de la planète, c’est-à-dire la capacité à se renouveler et à absorber nos déchets, est non seulement dépassée, mais diminue, alors que notre empreinte écologique augmente encore de manière exponentielle.

 

Si vous avez 30 minutes à perdre pour mieux comprendre le lien entre empreinte écologique, biocapacité de la terre et croissance économique, je vous conseille l’excellente vidéo « Effondrement : seul scénario réaliste ? » réalisée par Arthur Keller (spoiler : non, ce n’est pas le seul scénario).

Le ralentissement économique, si l’on peut débattre de son inéluctabilité, est probable, et au minimum possible (notamment pour beaucoup d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec de l’écologie).

Or pour beaucoup d’entre nous, notre bonheur est directement lié à la conjoncture économique, que ce soit parce qu’elle ne nous permet pas un pouvoir d’achat suffisant pour vivre décemment (à l’instar des gilets jaunes), ou sous forme de la surabondance dont notre société de consommation dépend (à qui l’on a réussi à faire croire que son bonheur s’achetait).

Plus grave encore, notre système de retraite par exemple, est complètement dépendant d’une croissance économique régulière, à tel point que les caisses de pension nous vendent aujourd’hui des plans financiers basés sur une rentabilité totalement irréaliste de 6% à long terme sur le capital (le comble étant que même la gauche se disant « anticapitaliste » contribue à ce système de croissance continue, à travers son combat annuel pour l’augmentation systématique des salaires).

 

Un double défi écologique et social

Nous avons donc un double défi : d’une part découpler au maximum notre économie de son empreinte écologique, et d’autre part découpler notre qualité de vie de la croissance économique. Aucun de ces deux défis ne peut être gagné sans que l’autre ne le soit, et ensemble ils doivent nous permettre de ne pas piller entièrement notre planète, tout en redonnant des perspectives à nos enfants (la notion de générations futures est redevenue aujourd’hui secondaire).

Si nous ne prenons pas ces deux défis à bras le corps, le système complexe terre – humanité se rééquilibrera finalement de lui-même, mais dans une violence à laquelle seront confrontée nos enfants, si ce n’est nous. Plus tard, les « générations futures » auront alors appris de cette catastrophe, et sauront reconstruire de nouvelles perspectives ; j’ai assez confiance dans la créativité et la robustesse des hommes et des femmes qui auront passé là à travers, de la même façon que les baby-boomers ont su reconstruire un nouveau monde après la secone guerre mondiale ou autres catastrophes passées.

Bref, nous devons faire le deuil du mythe d’une part des ressources illimitées à notre disposition qu’il nous suffit de cueillir avec des techniques de plus en plus sophistiquées, et d’autre part celui de la croissance infinie et concomitante du PIB, des ressources à disposition de chacun et du bonheur, à commencer par le salaire.

 

Oser réinventer de nouveaux modèles

Certains nient ou relativisent la réalité des faits évoqués, qui souvent heurtent leurs convictions entretenues durant des décennies de manière quasiment pavlovienne, d’autres se satisfont d’exprimer leur colère face aux dégradations qu’ils constatent ; les suivants tentent de trouver une parade à la réalité en imaginant des solutions technologiques miracles, d’autres encore paniquent ou se sentent impuissants et broient du noir plus ou moins silencieusement.

Or les êtres humains ne sont jamais aussi inventifs que lorsque la situation paraît inextricable, lorsqu’ils ont le droit, voir le devoir de penser de manière complètement nouvelle. Et si nous prenions simplement acte de la situation, et imaginions des projets entrepreneuriaux, des politiques et des comportements à même de donner un sens à notre vie ?

Nous avons la chance d’avoir devant nous un terrain libre où nous pouvons inventer, développer, essayer, échouer aussi, comme l’avait eu les pionniers des générations précédentes.

Nous devons réapprendre à trouver notre bonheur dans des activités peu consommatrices de ressources, redonner du sens au temps lent, marcher, contempler, échanger, jouer de la musique, partager. Des verbes si simples et qui ont perdu de leur valeur, car gratuits et à disposition de tous, mais gourmands en temps, ce bien qui redevient si précieux.

Nous devons trouver des modèles d’entreprendre qui valorisent la qualité plus que la quantité, et qui soignent et revalorisent le capital tant naturel qu’humain dont ils dépendent pour leur succès.

Nous devons trouver un moyen de subsister économiquement, sans être dépendants d’une croissance économique ininterrompue.

Ces approches existent et font de plus en plus d’émules, à l’exemple de l’approche de « l’économie circulaire ». Ce vendredi passé, le mouvement suisse pour une économie circulaire a d’ailleurs été lancé avec un énorme succès en Suisse romande, avec plus de 350 représentants de PME, associations de branches, politiciens et innovateurs. L’économie circulaire a pour but de refermer les cycles de matière, en réutilisant ses déchets qui deviennent ressources, en louant plutôt qu’en vendant, et en essayant de prolonger les durées de vie des objets aussi longtemps que possible.

Il s’agit de se concentrer sur une vision positive du changement, imaginer des visions qui nous font envie. A titre d’exemple, j’aime l’approche de Rob Hopkins et du Transition Network.

 

Le sens de la vie – et une nouvelle définition du progrès

Ainsi, plutôt que de nous lamenter devant la crise écologique et rejeter la responsabilité sur tel acteur économique ou politique, ou de hurler que la transition écologique met en péril l’économie, nous avons une chance unique de remettre du sens dans nos vies, en y contribuant chacune et chacun à notre échelle.

La panique est réservée à ceux qui n’ont pas les moyens d’agir. Or nous l’avons toutes et tous. Il n’est pas nécessaire de réussir à stopper le changement climatique, faire sa part pour le ralentir est déjà une perspective digne d’être mise en oeuvre. Nous avons le devoir de ne pas laisser paniquer notre jeunesse, et lui montrer que nous en premier, travaillons à de nouvelles perspectives.

Repensons notre lien avec le bonheur, imaginons de nouveaux projets entrepreneuriaux, faisons évoluer nos métiers, posons-nous des questions, formons-nous, imaginons de nouvelles politiques, de nouveaux mécanismes financiers et des comportements à même de donner un sens à notre action, dans un contexte où les idéologies de hier ne nous sont plus d’aucune aide. Certains d’entre nous s’y lanceront corps et âmes, d’autre iront pas à pas.

Le progrès ne sera alors plus ni économique, ni social ; il sera à nouveau, tout simplement, humain. Et ça, c’est une bonne nouvelle !

 

Marc Münster

Marc Münster

ApaRtide féru de politique suisse et curieux de l’avenir de mes deux filles, arpenteur inlassable de la twittosphère (@Munsterma) et de ma planche à repasser, je poursuis la chimère de l’humanisme des Lumières. Suisse allemand de culture vaudoise ou inversement, je m’entraîne de longues heures au retourné de röstis dans ma cuisine bernoise. Passionné de passé – latiniste puis géologue - je consacre ma vie professionnelle au futur et à la société (formation et accompagnement stratégique en développement durable).

8 réponses à “Transition écologique : Don’t panic – be happy.

  1. Ca me fait penser à l’orchestre du Titanic, qui aurait joué jusqu’à la fin (si ce n’est une légende).
    🙂
    Plus sérieusement, je me demandais si le “Mar del Lago” (Summer White House) de l’ami Donald était rasé par l’ouragan Dorian, cela lui ferait changer d’avis?

    Je félicite votre optimisme, mais il faut seulement comprendre que le temps presse et que changer les mentalités, l’éducation, la finance, l’économie prend un temps énorme et que de très très gros intérêts sont en jeu, grâce à des Donald. Et depuis cinquante ans qu’on en parle, résultat… .

    La politique, elle, suit le reste, il ne faut pas en attendre grand chose!

  2. Il n’y a qu’un problème majeur : la surpopulation ! Vous devrez bien nourrir toutes ces bouches affamées et donc élargir les zones agricoles au détriment des biotopes naturels avant même de construire des routes …
    Ne pas comprendre cette trivialité montre le manque de clairvoyance des écolos de tout poil qui viennent avec leurs discours pré mâché et dogmatique, simpliste au possible.
    Il faut bien sûr lutter contre les actes barbares, tels que le marché de l’ivoire ou des ailerons de requins qui décime des espèces de façon abominable , mais il faudra fournir des quantités de protéines de plus en plus grandes pour satisfaire les besoins de l’humain Insatiable et pas seulement des bols de riz ou du maïs !
    Et comme on ne se contente pas que de pain, il faut aussi détruire d’autres biotopes pour communiquer et se divertir .
    Commencez à réfléchir …

    1. Personne ne nie qu’il est nécessaire de mettre un terme à la croissance démographique, qui a été explosive sur notre planète ces derniers siècles. Cela dit, le mouvement est déjà bien amorcé. Dans les pays les plus développés, qui sont ceux qui de loin consomment le plus de ressources et polluent le plus, on est même tombé au-dessous du seuil qui permet le simple renouvellement de la population. Dans les autres pays, bien qu’encore élevée dans certains, la croissance démographique diminue aussi régulièrement et assez nettement. La seule mesure qui s’est avérée partout efficace pour diminuer le nombre d’enfants engendrés par femme est d’ailleurs le développement; plus un pays est développé, plus le taux de naissances est bas. Il ne faut pas publier que, compte tenu de l’espérance de vie, l’inertie dans ce domaine est grande. Aucune mesure ne peut faire RAPIDEMENT diminuer une population, … sauf guerres, holocaustes ou épidémies. Faut-il souhaiter en arriver là?! Et dans ce cas, faut-il espérer que cela touche le plus les populations qui ont l’impact environnemental le plus important?! Et attention, dans ce domaine comme dans d’autres les équilibres sont difficiles à réaliser; on croit ou on décroit, et dans ce dernier cas rien n’indique que le mouvement n’ira pas en s’amplifiant jusqu’à une disparition totale de notre espèce (nous ne sommes pas plus à labri d’un tel sort que bien des espèces qui ont disparu avant nous)!

      1. La question de la croissance démographique est caduque, et contrairement à ce qui est dit plus haut, je nie totalement qu’il soit nécessaire de mettre un terme à quoi que ce soit puisque la croissance démographique tend à se stabiliser comme en attestent les études démographiques, de plus les scientifiques de l’agro-écologie nous enseignent que la terre possède assez de ressources pour soutenir 12 milliards d’êtres humains, nous en sommes encore très loin et le malthusianisme d’aujourd’hui se trompe autant qu’à l’époque de Malthus où on pronostiquait déjà trop d’être humains alors qu’il y en avait moins d’un milliard.
        Ce qu’il faudrait surtout c’est que les partisans du Malthusianisme cessent de prôner une réalité démographique mais avouent leurs motivations personnelles à savoir ne pas vouloir changer leur habitudes, train de vie pour faire de la place pour tout le monde. Durant toute l’histoire humaine les famines et la pauvreté ont existé indépendamment des capacités de production. Elles sont en revanche fréquemment liées à la répartition des ressources. Notre époque ne déroge pas à la règle, et ce que nous épuisons en ressources limitées tel que les énergies fossiles ou les métaux servent le plus souvent à une production non indispensable dans nos pays développés au détriment d’autres pays en développement.
        Le malthusianisme se résume à écarter les gens de la table pour avoir une plus grosse part d’un gâteau encore trop énorme pour qu’on puisse prétendre qu’il faille des sacrifices.
        Et le pire dans le malthusianisme c’est que lorsqu’on pose la question de savoir comment réduire la population, on voit trop souvent ressurgir les racismes en tout genre dans les pays développés, alors même que supprimer un américain de la table c’est faire de la place pour 10 chinois. Quand on voit les tueurs de Christchurch et El Paso et leur gloubi boulga de phobies mélangeant écologisme, malthusianisme et théories de grand remplacement, on comprend que la société n’est pas prête à parler de Malthusianisme de manière réfléchie et cohérente, et de toute façon qu’importe puisque le problème n’est pas dans la démographie mais dans la production capitaliste que ce soit en 1819 ou en 2019. Sans répartition des richesses, le malthusianisme ne peut être qu’un prétexte qui se base sur un axiome non prouvé, à savoir que les ressources seraient insuffisantes parce qu’il y a des gens qui manquent de ressources…
        C’est du même niveau qu’un Macron qui prétend expliquer aux gilets jaunes qu’une baisse d’impôt implique une baisse des services publics, sans jamais aborder la question de savoir sur qui repose la charge fiscale, du pur sophisme.

  3. Un point à ajouter à votre reflexion est celui de l’équilibre de la balance de pouvoir mondiale.
    Les pays croissent (se rendent compétitifs en investissant, en innovant, en menant des politiques fiscales attrayantes etc) non seulement parce que les populations veulent être plus riches mais aussi à cause de la concurrence mondiale. L’effet reine rouge, le dilemme du prisonnier, la tragédie des communs, ou plus “rigoureusement” l’équilibre de Nash est probablément le coup de réalité auquel se heurte -consciemment ou non- chaque entité humaine: dès l’échelle individuelle à celle des groupes sociaux jusqu’au nivau national et ensuite international. Renoncer à la course à la concurrence ou même baisser le rythme schizofrénique actuel est accepter de prendre le rsique de tomber dans le club des pays moins avancés. Il ne s’agit pas de dire si c’est moralement bien ou non d’appartenir à un groupe ou un autre. Ni de dire si le bonheur est ici ou là. La question est bien à quel club appartient le pouvoir. En temps de paix, cette question pourrait être presque triviale (discutablement, ok.), narcissique etc. Mais en temps de crise…

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