Comment nous pouvons gagner le combat contre le changement climatique

Je suis de la génération « changement climatique »

Je suis de la génération X.
Je suis de la génération « changement climatique ».
Du moins, le croyais-je jusqu’à hier.

Durant mes études de géologie à la fin des années 90, j’ai compris le réchauffement climatique comme une évidence scientifique. Les règles de base de la physique ainsi que les avancées en matière de paléoclimatologie et de géochimie suffisaient déjà à ce que scientifiquement la théorie générale soit aussi solide que celle de la tectonique des plaques. Pour moi la question n’était plus que politique, sociologique et technique : comment sortir d’une civilisation basée sur la libération de carbone fossile ?

J’en ai fait en partie mon métier dès le début des années 2000, et suis aujourd’hui actif dans la formation continue et le conseil en environnement, en contact quotidien avec des acteurs de tous types qui travaillent à ce même objectif. Je me voyais jusqu’à hier dans un processus dont la dimension politique et institutionnelle se construisait patiemment, à mesure que la réalité du changement était de plus en plus visible et que le contexte et les moyens d’y faire face devenaient de plus en plus concrets : sensibilité de la population au sens large, développement des énergies renouvelables, programmes d’efficacité énergétique (paradoxalement, ce sont les limites du nucléaire, qui, après Fukushima, ont donné un coup d’accélérateur à la politique climatique, plutôt que les dangers liés à la consommation effrénée de carburants fossiles).

Bref, je participe à cette évolution, tout en regrettant que cela n’aille plus vite.

« Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique »

D’où ma surprise vendredi passé, lorsque je tombais sur l’excellent article de Catherine Frammery dans Le Temps : « Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique ».

Je découvrais la génération perdue d’avant 1989. Dans les années 80, scientifiques, politiques et industriels travaillaient de concert non pas pour débattre de la réalité du changement climatique, mais pour réfléchir aux mesures de lutte au niveau mondial. Jusqu’à cette réunion des ministres de l’environnement à Noordwijk en 1989, où le travail de sape conduit par Ronald Reagan et Georges Bush eut raison du processus politique. A partir de là, le changement climatique fut délégué aux scientifiques, en même temps que des moyens énormes furent mobilisés pour les décrédibiliser. L’incroyable déficit de connaissances sur le climat dans le Parlement suisse aujourd’hui montre à quel point cette désinformation est efficace encore aujourd’hui…

(Extrait) Donald Trump a des alliés en Suisse. En mars dernier, la ratification de l’Accord de Paris n’est pas allée de soi. Le Conseil national s’est longuement écharpé sur la question. Débat largement alimenté par les salves en provenance du camp UDC. A commencer par celles de Toni Brunner (SG), son ancien président, qui s’est demandé si on allait interdire aux vaches de «roter et de péter». Poursuivant sur cette lancée, Werner Salzmann (BE) a aussi interpellé les écologistes sur un éventuel remède pour modifier le système digestif des ruminants afin qu’ils émettent moins de méthane.

Andreas Glarner (AG) a rappelé la grande affaire des années 1980: la mort des forêts. «Une escroquerie! A cause de ça, on a limité la vitesse à 120 kilomètres sur nos autoroutes et on roule toujours à ce tempo!» Pour Christian Imark (SO), le dérèglement climatique n’est rien d’autre qu’un «fait alternatif». Raymond Clottu (NE) a lancé une autre idée: «Il faut aborder le problème là où il se trouve réellement, c’est-à-dire au niveau de l’accroissement de la population». Roger Köppel (ZH) a tenté de dédramatiser la situation: «Les températures étaient encore plus élevées au temps de l’Empire romain».

(Les climatosceptiques sont bien représentés au parlement suisse – Magalie Goumaz – Le Temps du 2 juin 2017)

(A noter que le terme malheureux de « climatosceptique » participe lui-même à cette désinformation. On n’est pas ici face à des climatosceptiques, mais bien face à des sceptiques face à la science.)

Comment nous pouvons gagner le combat contre le changement climatique

Une fois cet article lu (puis l’article “encyclopédique” initial publié par le “New York Times » : « Losing Earth: The Decade We Almost Stopped Climate Change »), ma première réaction était la déception face à cet échec à un moment où tout était encore possible. Puis vint l’étonnement que toute cette première partie de l’histoire ait été  effacé de la mémoire collective, et n’ait même jamais accédé à la mienne. Et puis, soudain, le sentiment qu’au contraire, le fait de connaître le début de cette histoire, rendait à nouveau tout possible: s’il y a quarante ans on avait été à deux doigts de mettre en place une vraie politique de lutte contre le changement climatique, c’est que c’était fondamentalement faisable ; aucune raison ne rend cela moins possible aujourd’hui qu’en 1989, bien au contraire. La lutte couronnée de succès contre le trou d’ozone en interdisant les chlorofluorocarbures (CFC) montre combien des actions internationales fortes et concertées peuvent avoir un impact.

Contrairement aux années 1980, nous disposons aujourd’hui d’une panoplie de moyens économiques, juridiques, technologiques et sociologiques pour mettre en oeuvre une politique de maîtrise de la libération de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et donc de limitation du réchauffement climatique (en effet nous avons perdu trop de temps pour pouvoir stopper complètement le changement climatique initié). Nous pouvons aussi augmenter les efforts pour nous adapter aux changements climatiques en cours. Des décideuses politiques réalistes, responsables et ambitieuses font  aujourd’hui déjà des pas clairs en ce sens, comme par exemple Jacqueline de Quattro avec la feuille de route du plan climat du canton de Vaud.

Que l’on ait été si près du but en 1989 est en soi une bonne nouvelle. Cela montre que l’objectif peut être atteint. La victoire ne sera fera plus aujourd’hui en empêchant le changement climatique, mais en cessant de l’alimenter d’une part, et en apprenant à vivre avec d’autre part. Ronald Reagan et Georges Bush ne sont plus au pouvoir ; la méthode Trump ne survivra pas indéfiniment.

Quant à la recherche, il ne s’agit plus de comprendre si il y a changement climatique ou non. Il s’agit aujourd’hui d’affiner cette compréhension pour comprendre les conséquences à toutes les échelles, et identifier les mesures d’adaptation pertinentes.

Nous pouvons aujourd’hui effacer ce triste héritage, et nous lancer avec le pragmatisme visionnaire de la génération des pionniers des années 1980, vers des actes politiques courageux à même de donner de nouvelles perspectives aux générations de demain.

Ici et maintenant, pour demain et pour tous.

C’est bonnard, un Cynar, le soir, au Bar Hasard.

C’est bonnard, un Cynar, le soir, au Bar Hasard.
C’est un peu tard, ce soir, et je me marre, hagard.

Seul, au milieu des gueules veules des habitués,
je laisse couler l’amère fraîcheur en mon gosier,
à mesure que je sens mon crâne s’ouvrir en fleur,
et mes idées s’enfuir de leur longue torpeur.

Plaisir simple et infini que d’être un et tout,
sentir combien il est bon d’agir hic et nunc,
que les sens sont pour aujourd’hui en tes deux mains,
alors que le sens ne sera que pour demain.

Par une chaude soirée d’été…

C’était une chaude soirée d’été, le rythme de la ville s’était ralenti et les battements des espadrilles des derniers badauds rompaient parfois le silence qui remontait de la rue par les fenêtres grandes ouvertes.

Elle attendait là, immobile, dans la pénombre, les jambes fermement écartées ; d’un bref regard, je confirmai que la chaleur environnante n’empêcherait rien, et que la tension mise ne ferait long feu de nos habits. Je terminai de préparer mon café glacé, le complétai d’une rasade de Grand Marnier. J’étais pieds nus et avait déjà ôté mon T-shirt. Dans l’air fébrile, une Morna de Cesaria Evora complétait le tout d’une douce langueur. J’entendis alors l’appel de son soupir, qui me signalait qu’il n’était plus temps d’attendre.

Accordés au rythme lent de la musique, mes doigts effleurèrent cette chemise que je connaissais si bien. Pour mieux la tendre, bouton par bouton, je remontai jusqu’au col. Je sentais la chaleur humide me brûler presque, en poursuivant depuis les reins jusqu’au dos ; les pans de la chemise ouverte pendaient au sol, et ondulaient avec les manches tandis que ma main plaquait le tissu sous son souffle chaud.

J’avais posé la chemise sur la table du salon ; sans interrompre le mouvement, je passai au pantalon d’été, dont les chiffonnements témoignaient de l’attente qui n’avait que trop duré ; du plat de la main j’en lissai les contours des cuisses tendues, les entrouvrant légèrement pour mieux y glisser le long de la couture, jusqu’à sentir brûler la fermeture éclair. Le pantalon tomba dans un pli souple à côté de la chemise.

En nage, mes pensées s’échappaient sous le lent balancement de mon effort. Après une rasade de café, de la pointe de mon fer-à-repasser brûlant, j’attaquai la prochaine chemise.

Je pensais alors au sujet de mon prochain blog, qui nécessitera encore quelques séances de repassage, mais plus fraîches.

Monsieur Cassis, un peu de courage, bon sang!

On a eu l’occasion d’entendre à plusieurs reprises ces dernières semaines notre ministre des affaires étrangères lâcher de petites phrases inatendues, comme des pétards à moineau (Gaza, Europe, etc). Les jeunes enfants adorent cela : cela fait beaucoup de bruit, cela effraie les plus petits et permet de faire acte de courage sans trop prendre de risques. Dans le fond cela n’est pas bien méchant – chacun son style – et le conseiller fédéral Cassis avait été élu en connaissance de cause (je laisse donc le soin au Parlement d’en gérer les conséquences).

Là où le problème est plus fondamental, c’est lorsque l’on fait de l’incapacité à être critique et à regarder la vérité en face une vertu politique. J’en veux pour preuve les coups de crayons appuyés qu’Ignazio Cassis a fait dans le dernier rapport sur l’Agenda 2030 pour le développement durable. Si vous n’avez pas suivi, Lise Bailat a très bien résumé l’histoire dans l’article suivant :

24 Heures – Lise Bailat – 20 juin 2018

Pour prendre un seul exemple, l’empreinte écologique est un calcul scientifique qui a ses approximations, mais dont les conclusions ne font aucun doute : la Suisse consomme bien plus de ressources qu’elle n’en a à disposition, et ceci sur le dos des pays en développement (importations) et des générations futures (consommation de ressources fossiles qui ne se régénèrent plus).

 

(Vous trouverez des informations détaillées sur le site de l’office fédéral de la statistique: https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/developpement-durable/empreinte-ecologique.html )

La carte ci-dessus montre bien que pour chaque pays rouge (qui consomme davantage que ce qu’il a à disposition sur son territoire), il faut un pays vert (qui ne consomme pas l’ensemble de ses ressources), car rappelons-le, la terre est ronde et non infinie.

La politique vient ensuite, sur la réponse à donner, ou non, à un tel état de fait:
Faut-il laisser les choses aller, sachant que les pays verts deviennent chaque année de plus en plus jaune/rouge ? Faut-il préparer la Suisse à être moins dépendante des ressources externes ? Faut-il soutenir les pays en développement pour se développer sans passer par la case rouge comme nous l’avons fait ? Faut-il maintenir les pays en développement dans le vert ?

On le constate, dans ce domaine, le courage n’est pas de refuser de publier un constat dans un rapport officiel, mais bien d’oser affronter la réalité en face, ou mieux encore, d’oser une réponse.

L’une des raisons que le conseiller fédéral Cassis a données pour justifier son exercice de traduction en langue de bois du rapport sur l’Agenda 2030 était que ce dernier était « trop de gauche ». C‘est bien la première fois que j’entends un membre du Parti libéral radical sous-entendre qu’être de droite, c’était pratiquer le déni de réalité.

J’en veux pour preuve que dans de nombreuses entreprises, communes ou cantons de Suisse (et dans le monde entier), de vrais décideurs, de gauche comme de droite (précision: surtout beaucoup de décideuses), n’ont pas attendu les tergiversations cassisiennes pour aller de l’avant, et travaillent non seulement sur un état des lieux en matière de développement durable ouvert et non politisé, mais surtout proposent des objectifs politiques et des actions pour aller de l’avant.

Ne vous “trumpez” pas Monsieur Cassis! Un peu de courage, bon sang! Faites de la politique, et non pas du déni de réalité!

L’avenir de la Suisse se fait en regardant le présent dans les yeux.

L’antispécisme, ce comble du spécisme…

…ou comment réconcilier les rognons à la dijonnaise et l’humanisme.

 

Spéciste !

Il est une invective que l’on entend depuis peu et que l’on lit de plus en plus souvent, griffonnée sur une publicité carnée ou glissée dans un tweet offusqué : « spéciste ».

Elle rejoint ainsi les « fasciste », « raciste », « sexiste » et autres qualificatifs peu reluisants. Si ces derniers exemples ont de bonnes raisons d’être classés parmi les attitudes détestables, j’ai plus de peine avec la critique sous-entendue dans le terme de « spéciste », car je suis moi-même profondément spéciste, en toute humanité.

Dans son acception actuelle, on associe classiquement l’antispécisme à deux aspects principaux : celui de l’égalité de considération morale entre homme et animaux et celui, plus récent et plus extrême, de l’égalité des droits (tendance abolitionniste).

L’être humain, de quoi s’agit-il?

Penchons-nous tout d’abord un peu sur l’espèce humaine.

L’être humain a toujours été opportuniste et a depuis toujours fait du petit groupe (la tribu) la clé de son succès. Ses talents d’organisation et ses capacités d’apprentissage lui ont permis de résister aux prédateurs, d’optimiser les cueillettes, de pouvoir chasser plus grand et plus fort que lui et finalement inventer l’agriculture puis toutes les autres « révolutions » techniques et sociétales qui s’en sont suivies. Son régime omnivore lui a permis de s’adapter à chaque continent, ainsi qu’aux périodes de glaciations et zones arctiques grâce à un régime parfois exclusivement carnivore. D’autres espèces (grands prédateurs, charognards) se sont spécialisées sur le régime carnivore, jouant aujourd’hui encore un rôle essentiel dans la régulation des écosystèmes et la maîtrise des épidémies (prédation des individus plus faibles notamment).

Avec les « évolutions » techniques et sociales, l’homme a de plus en plus maîtrisé la nature, jusqu’à vouloir s’en détacher. De la survie il est passé à la vie, a depuis peu poursuivi en améliorant sa santé et sa « qualité de vie », tout en reculant de plus en plus la mort. Dans notre société occidentale, à force de chercher comment vivre, nous avons perdu la notion et la réalité de la mort, par essence intimement mêlée à la vie.

Les animaux, spécistes par nature

Les animaux ont quant à eux un lien encore très direct avec la vie, la survie et la mort. Dans la nature ils y sont constamment confrontés. Les règles sont claires. Il y a les prédateurs, et il y a les proies. Ce n’est ni un droit ni un devoir, c’est une réalité, pour l’un comme pour l’autre. Pour un carnivore, manger une proie est dans l’ordre des choses. D’ailleurs certains parmi les organismes les plus robustes et les mieux adaptés à notre écosystème s’attaquent par milliers à une proie qu’elles ne lâcheront souvent que morte, la plupart d’entre elles mourant alors à leur tour : les bactéries. Pour la proie, il s’agit de rester toute sa vie sur le qui-vive, de fuir assez tôt, et le moment venu, de lutter et se débattre sans merci pour survivre.

Au sein d’une même espèce, on ne se mange pas, mais on se combat; souvent pour des raisons de territoire, parfois aussi jusqu’à la mort. Les fourmis ou certaines abeilles peuvent ainsi se mener de véritables guerres entre colonies ou espèces proches. Les animaux sont intimement conscients de leur espèce, et sont spécistes pour leur survie même.

L’humanisme

Un élément qui distingue beaucoup de civilisations humaines actuelles est leur capacité à instrumentaliser la nature, que ce soit les ressources naturelles inertes comme la pierre, les minerais, le feu, la végétation à travers l’agriculture, ou encore les animaux à travers l’élevage ou les animaux de compagnie. L’homme s’est même parfois instrumentalisé lui-même, que ce soit en termes fonctionnels (métiers et fonctions complémentaires) ou alors sous la forme de l’esclavage ou de l’exploitation. C’est à ce dernier aspect que font écho les invectives que je citais en début de texte comme « fasciste », « raciste », « sexiste » ou autres « esclavagiste », évoquant des différences de droits fondamentaux entre êtres humains sur des critères arbitraires. Il n’est aujourd’hui dans notre société occidentale pas de raison qui puisse légitimer des différences de droit fondamental entre catégories d’êtres humains. Cela fait de nous des êtres humains à part entière, et le respect de chacun en est un élément de base. La loi du plus fort ne suffit plus à rendre un pouvoir et un droit légitime dans notre société, car ce ne sont plus les caractéristiques nécessaires à la survie d’un groupe dans notre état complexe d’évolution. Notre société s’est donné les formes et les moyens de vivre la notion d’égalité de droits (même si cela reste perfectible).

Et l’antispécisme fut.

C’est à ce moment de l’évolution de la pensée et de l’éthique que la critique antispéciste apparaît. Ces droits et ce respect entre êtres humains devraient être étendus aux animaux, eux aussi doués d’intelligence et de sentiments, à différents degrés selon l’espèce. A la mouvance de la protection des animaux par pitié et empathie de Brigitte Bardot, on est passé à l’antispécisme (pseudo) philosophico-scientifique de Ayméric Carron.

Or il est une différence fondamentale entre êtres humains et animaux. L’écosystème animal est toujours et encore régi par la loi du plus fort, et seuls les animaux domestiques peuvent survivre, « protégés » qu’ils sont par l’homme qui les élève. Le jour où nous ne les élevons plus, ils retournent à l’état sauvage et sont à nouveau dans le système de loi du plus fort, de prédateur – proie, et pour la plupart voués à une disparition plus ou moins rapide. Les animaux domestiques sont dépendants de l’homme et survivent tant qu’ils sont assujettis. Un cochon d’Inde domestique ne peut vivre longtemps sans être protégé et nourri. Les animaux ne sont donc par définition pas dans le même système de droits et de devoirs définis par notre société pour la pérennité de notre civilisation (un animal aura toujours le droit d’en manger un autre).

Spéciste, mais pas irresponsable

De cette situation l’homme doit tirer trois responsabilités. Il doit premièrement maintenir des écosystèmes sains et dynamiques, permettant aux espèces de survivre et de vivre, et ainsi surtout maintenir une planète en état de supporter une telle présence humaine. Dans un second temps, il est responsable de la qualité de vie des animaux qu’il exploite, et de limiter au maximum les souffrances possibles. Finalement, et c’est là la plus difficile, il ne doit pas oublier qu’il fait lui-même partie de cet écosystème planétaire, qui est dynamique et où rien n’est acquis, qu’il est né et qu’il mourra, et que s’il est né c’est parce que l’ensemble de ses ancêtres depuis la première bactérie (ou Adam et Ève), a joué le jeu de la naissance, de la vie et de la mort.

L’antispécisme, comble du spécisme

C’est donc là le double paradoxe de la mouvance « antispéciste » d’aujourd’hui. En refusant la différence de droits entre animaux et êtres humains, l’antispécisme refuse aux animaux leur spécificité animale intrinsèque en les anthropomorphisant ; en interdisant aux hommes de tuer et de consommer une autre espèce, ils les détachent de l’écosystème naturel dans lequel ils ont vécu des millénaires. L’antispécisme devient ainsi le comble du spécisme, qui, trop déconnecté de la nature, veut également en détacher  les animaux par « amour ».

A noter que contrairement à l’antispécisme aux bases philosophiques et scientifiques parfois douteuses, qui lutte CONTRE le régime omnivore, je n’ai absolument rien contre le végétarianisme. Ne pas aimer, ou ne pas vouloir manger de viande est un choix que chacun peut faire librement, en toute humanité.

Trois pistes pour ne pas en rester là

A côté du végétarianisme individuel, il reste donc la voix « réformiste » qui cherche à améliorer les conditions de vie des animaux, qu’ils soient de rente ou de compagnie.

Pour les animaux de rente*, il y a trois pistes concrètes à suivre :

 

1. La qualité plutôt que la quantité.

Le degré d’industrialisation d’une part, et la part toujours plus faible de notre budget que nous accordons à la nourriture d’autre part, sont responsables pour la plus grande partie des mauvais traitements infligés aux animaux de rente. L’élevage d’un animal nécessite une place et un temps minimaux, ce qui implique un prix minimal, et une quantité maximale. Or le vingtième siècle a tout fait pour fournir quotidiennement une part de viande à tous à un prix minimal, donc forcément au détriment de la qualité et souvent au prix de souffrances animales.

La voie suivie aujourd’hui en termes de protection des animaux, particulièrement en Suisse (voir notamment la Loi sur la protection des animaux LPA), est une voie adéquate qui doit être renforcée.

En tant que consommateur, la clé est simple : beaucoup moins de viande, mais de meilleure qualité et issue d’une production aussi respectueuse des animaux et de la nature que possible. En Suisse, où une grande partie du pays est couvert de pâturages (souvent à cause de l’altitude et des pentes qui rendent les cultures difficiles, voire impossibles), la production de viande animale raisonnable a sa place, même en termes de biodiversité (on pensera par exemple aux pâturages boisés du jura ou aux alpages fromagers).

Lorsque j’achète de la viande je cherche la qualité et me rends chez le boucher que je connais (ce qui revient au final bien moins cher que de consommer de la viande de supermarché quotidiennement); par contre, dans mes raviolis en boîte que j’adore, un simili-Quorn végétarien me conviendrait très bien.

 

2. Il n’y a pas de vie sans mort ni souffrance.

Après les dénonciations sur les réseaux sociaux de conditions de détention et d’abattage inadmissibles en Europe, on a vu ces dernières semaines des images d’abattage « conformes » presque aussi difficiles à regarder (à Avenches notamment). Ces images chocs montrent des animaux se faire abattre les uns après les autres, souvent tenter de s’enfuir ou éviter la mort par tous les moyens à leur disposition.

Si ces images peuvent choquer, elles n’ont pourtant rien d’étonnant. Il n’est aucune mort qui soit belle ou agréable, et encore moins dans un cadre austère et où les morts s’enchaînent. Imaginez un documentaire enchaînant les mises à mort de gnous par des lions, ou reprenant en gros plan les longues dernières minutes de vie des souris tentant d’échapper aux dents et griffes des milliers de félins de nos ménages. Pire encore, nos morts à nous, les derniers instants des centaines de résidents en EMS mis bout-à-bout. Ce serait insoutenable. Car oui, nous aimons oublier que si nous vivons, nous mourrons aussi, et que cela fait partie de la vie de chacun. Ces moments de souffrance doivent être tenus au strict minimum, grâce à des conditions les plus adéquates possibles. Jamais elles ne seront belles à voir, et c’est normal. Rappelons-nous aussi qu’un chevreuil, une antilope ou un cochon d’Inde passent leur vie à être sur le qui-vive, tous les sens en alerte et prêts à fuir à tout moment ; en termes anthropomorphistes : les animaux de proie sont constamment stressés, et ces quelques minutes en abattoir des animaux domestiqués ne sont pas contraires à la situation dans la nature.

Ce qui compte donc avant tout, c’est la qualité de vie durant l’engraissement, dans une batterie de poulet ou à l’air libre, dans des boxes ou en stabulation libre, sur des grilles ou dans de la paille, à l’intérieur ou à l’extérieur, avec quel espace (on ne fera par exemple pas semblant de croire que des oies peuvent être heureuses de se faire gaver, alors qu’elles passent leur brève vie dans un état de crise de foie permanent, comme un premier de l’an quotidien).

 

3. Moins de gaspillage.

Les habitudes de consommation en termes de viande ont déjà intégré une forme perverse du « plus de qualité » : on ne mange plus que les parties « nobles », du type rumsteak ou filet mignon, et personne ne consomme plus d’abats. Alors que lorsque l’on élève et que l’on tue un animal, le minimum serait de le manger entièrement.

Afin de lutter contre cette tendance, et réhabiliter nombre de recettes anciennes perdues, la mouvance « nose to tail » (du museau à la queue) se développe fortement ces dernières années. Ainsi, si vous choisissez de cuisiner des rognons à la dijonnaise à vos enfants, vous aurez un triple effet bénéfique : premièrement vous ne serez responsable de la mort d’aucun animal, les rognons doivent la plupart du temps être jetés car personne ne les achète plus ; deuxièmement vous n’aurez jamais fait un plat si gourmand à un prix si bas (les abats coûtent extrêmement peu cher) ; vos enfants en redemanderont, c’est encore meilleur que les nuggets si c’est bien cuisiné (mon truc : faire tout d’abord revenir dans une poêle et dégorger les rognons seuls, nettoyer la casserole en réservant les rognons, puis les faire cuire ensuite dans une bonne sauce à la dijonnaise). C’est pour moi une question de respect pour l’animal (et pour le producteur) que de le consommer entièrement.

From tail to nose

En conclusion, c’est en s’assumant spéciste dans tout son humanité que l’on trouvera à la fois une éthique et un ancrage dans le monde réel et naturel, à la vie et à la mort. Consommer moins de viande, lutter pour des conditions d’élevage respectueuse, et respecter la mort d’un animal en en consommant toutes les parties. L’abat nourrit l’esprit.

Quant à lui, l’antispécisme est une façon paradoxale et symbolique pour notre société en perte de repères de se rapprocher des animaux en leur accordant des attributs humains : le comble du spécisme !

 

*Je laisserai de côté le cas délicat des animaux de compagnie, et ne considérai donc pas ici si un chat d’appartement a une existence digne même si non choisie, ou si l’impact sur la biodiversité aviaire des chats domestiques d’extérieur est tolérable ou non.

L’affaire Buttet – chance inattendue pour la cause des femmes.

 Héros malgré lui |

Peut-être que dans quelques années nous nous souviendrons en fin de compte de Yannick Buttet comme d’un Conseiller national qui a  fait avancer la cause des femmes – malgré lui.

Penchons-nous un instant sur les circonstances uniques qui pourraient en faire un héros malgré lui de l’égalité des sexes et du respect des femmes.

Une conjonction d’affaires particulière |

L’impact de cette affaire est due à la combinaison unique entre un contexte momentané favorable (Weinstein, #MeToo & Co), et un amalgame inadapté entre deux situations : une plainte pour harcèlement qui relève à priori du domaine privé, et un comportement public à Berne totalement inadapté.

Ou plutôt, un comportement public à Berne SOUDAINEMENT considéré comme inadapté. Car soyons honnêtes, personne, dans le petit cercle des parlementaires fédéraux, lobbyistes et journalistes n’ignorait les attitudes du Conseiller Buttet (et semblerait-il, de plusieurs autres).

Après un article du Temps, en une nuit, un comportement toléré, minimisé, est subitement devenu inadmissible. La fuite vaudevillesque sur la plainte pénale valaisanne a mis le Conseiller Buttet dans une lumière suffisamment scandaleuse pour rendre attaquables ses actes bernois. Sans son affaire privée, ce comportement public inacceptable serait resté celui d’un gros lourd gênant, comme nous en connaissons bien trop, tout juste qualifié d’un haussement d’épaule, de sourcil, ou pire, d’un sourire amusé.

La nocivité sociale des « gros lourds » |

Ce que nous entendons aujourd’hui dans les témoignages de politiciennes courageuses déclenchés par les révélations du Temps, c’est que ce comportement de « gros lourd » fait des victimes. Le machisme et le harcèlement sexiste ont un prix social. D’un côté celles qui refusent un tel traitement se tiennent à l’écart de la politique ; de l’autre celles qui s’y frottent doivent régulièrement s’en défendre, elles sont usées, rabaissées (et cela sans pouvoir en parler, pour ne pas passer pour ce qu’elles ne sont pas: des faibles femmes) utilisant à chaque fois de l’énergie qu’elles ne peuvent investir dans le jeu politique.

Dépasser l’affaire et le cas isolé – du #MeToo au #WeToo |

Laissons de côté l’élément déclencheur qu’est «l’affaire Buttet», la justice en traitera le pan valaisan ; pour le côté politique, un lynchage ne servira aucune cause, si ce n’est celle de ses adversaires politiques, probablement tout aussi concernés par certains collègues.

Nous devons ensemble faire notre Glasnost phallocrate et lutter contre les signes de machisme que nous rencontrons. Gardons les projecteurs sur ces comportements déviants. Réagissons systématiquement en présence d’un dérapage, et si la chose se répète, cherchons une solution.

Les langues doivent se délier, les personnes qui dysfonctionnent doivent s’en rendre compte et le cas échéant, être recadrées, accompagnées, voire soignées.

Les victimes doivent pouvoir en parler, être prises au sérieux, et ne plus devoir accepter cette situation parce que c’est le jeu. Les pulsions sexuelles n’ont rien d’attirant, lorsqu’elles servent d’arme de pouvoir envers des tiers non consentants.

J’attends le moment où quelqu’un osera passer des #MeToo des victimes au #WeToo de celui qui demande d’être excusé – et ceci spontanément, avant-même d’être dénoncé…

Ou alors faut-il être beaucoup plus réaliste, et commencer par élire davantage de femmes au Parlement pour en changer la culture?

By Vassil (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Lorsqu’un point Godwin suffit à mettre le journalisme à terre (et avec lui un homme) – une histoire de cochon, d’holocauste et de scandale médiatique.


Addendum: L’épilogue de cette histoire bien triste se lit tout en bas.


 

Jeudi 28 septembre, dans le cadre du débat au Parlement Suisse sur l’initiative FairFood, le député de Baden Jonas Fricker faisait une mention complétement déplacée de l’holocauste, comme il l’a lui même déclaré quelques minutes plus tard à la tribune.

L’Aargauer Zeitung raconte: “Sie kennen die Bilder, ja sogar die Dokumentarfilme aus Europa, die die unsägliche Massentierhaltung belegen – Transporte in den sicheren Tod”, sagte Grünen-Nationalrat Jonas Fricker in Bern. Er wollte auf die schlechten Zustände bei Tiertransporten aufmerksam machen. Als ich das letzte mal so eine Dokumentation von Transporten von Schweinen gesehen habe, sind mir unweigerlich die Bilder der Massendeportation nach Auschwitz aus dem Film “Schindlers Liste” hochgekommen.”

[Vous connaissez les images, les films documentaires d’Europe, qui attestent des indicibles élevages en masse d’animaux – des transports vers une mort certaine » disait le conseiller national vert Jonas Fricker à Berne. Il voulait attirer l’attention sur les conditions déplorables de transports d’animaux. « Lorsque j’ai vu la dernière fois un documentaire sur le transport des porcs, les images des déportations de masse vers Ausschwitz dans « la liste de Schindler » me sont revenues.]

Il se trouve que je connais personnellement Jonas Fricker, et qu’en aucun moment je ne peux le soupçonner d’une quelconque once d’antisémitisme ; c’est l’une des personnes les plus humanistes et attachées à l’être humain que je connaisse.

La Fédération Suisse des communautés israélites, dont il est proche de certains représentants, a d’ailleurs accepté ses excuses et a clos l’affaire sans délai.


 


Le scandale a néanmoins immédiatement démarré, sous l’impulsion de Ronald Rino Büchel, conseiller national UDC qui a sauté sur l’occasion, en caricaturant le propos de Fricker : « Aber ich war heute Morgen geschockt. Heute hat ein Redner gesagt, dass es die Tiere schlimmer hätten, als es damals die Menschen in Auschwitz gehabt hätten „ [J’étais choqué ce matin ; un parlementaire a dit que les animaux étaient dans une situation pire que celle des êtres humains à Auschwitz].

Reprise par la presse blochérienne, (Baslerzeitung), montée en épingle par un journaliste du Blick flairant le buzz, et alimentée par les déclarations ulcérées de quelques parlementaires de droite comme de gauche, la mèche allumée par l’UDC a mis le feu aux poudres.

Dans un contexte très émotif, la rumeur s’est alors répandue qu’un élu avait « comparé le transport de porcs à Auschwitz »

Quelques reprises plus tard, on parlait déjà de « dérapage antisémite ».

Pour terminer avec l’accusation finale infondée et gratuite par un  journaliste expérimenté de “détestation de l’être humain”.

Une rapide enquête auprès des proches de Jonas Fricker aurait permis d’éliminer l’accusation d’antisémitisme, et de comprendre que le parlementaire ne minimisait en rien les émotions qu’il ressentait vis-à-vis de l’holocauste, et au contraire les utilisait pour illustrer la force de celles ressenties devant certains documentaires sur les transports animaliers.

La force de l’effet « point Godwin » avait suffit à faire lâcher leur rigueur à des dizaines de journalistes professionnels, qui relaient et commentent l’accusation d’antisémitisme. On est passé à des réactions indignées de posture et à des procès d’intention, abandonnant le terrain de l’information ou de la critique.

Il est terrible de constater avec quelle facilité des parlementaires (souvent les mêmes qui ont un humanisme très limité dès qu’il s’agit d’arméniens, d’africains ou de réfugiés syriens) arrivent à lancer une chasse aux sorcièrex outrée, contre un parlementaire qui a déjà demandé des excuses pour ses dires totalement inadéquats.

A force de s’indigner dès que quelqu’un évoque la Shoah, on l’évacue du discours; en faisant comprendre à ceux qui se frottent au sujet que le thème est trop tabou pour être évoqué, même de manière différenciée (j’ai longument hésité à rédiger ce billet), la nouvelle génération n’entendra bientôt plus parler des horreurs de la deuxième guerre mondiale.

Dans son dernier article, le Blick se trompe lourdement sur l’absence de maîtrise historique et la sensibilité humaniste de Jonas Fricker ; mais il a probablement raison sur le fait que la prochaine génération aura perdu le lien émotionnel avec cette tragédie, si personne n’ose plus en parler par peur d’être lynché publiquement et sans procès.

J’espère que vous ne me réserverez pas ce sort. Je ne suis ni antisémite, ni antispéciste. J’ai juste un ami que je ne peux laisser sous ce traitement socio-médiatique indigne, injuste, inhumain et peu professionnel. Lorsque quelqu’un se bat depuis des années pour le respect humain, des animaux, et des générations futures, il a un droit à l’erreur, surtout lorsqu’il la concède immédiatement.

Même avec toute l’indignation du monde.

 


Epilogue (samedi 30 septembre 2018, 20h30)

La lâcheté indign(é)e des camarades politiques qui le connaissaient, la stratégie haineuse de quelques UDC et l’incompétences avide de quelques journalistes auront fait de cette erreur une tragédie humaine et politique. A voir si les responsables de ce lynchage assumeront aussi bien leur responsabilité que leur victime, même si elle n’était pas toute innocente.

La contraception, une bagatelle? Pour les hommes, peut-être…

Une histoire d’effets secondaires

La contraception a depuis toujours été une histoire d’effets secondaires plus ou moins mal maîtrisés. Elle est une alternative aux familles nombreuses, à l’interruption de grossesse, au coitus interruptus, au préservatif ou à l’abstinence (oui je sais, la sexualité ne se limite pas à la pénétration, mais là n’est pas le sujet de ce papier).

Elle est la plupart du temps aux mains des femmes, et en grande partie aux mains des gynécologues et des vendeurs d’hormones. Je ne ferai pas la liste ici des effets secondaires liés aux diverses pilules et stérilets, dont le web regorge, mais que l’on minimise bien trop souvent ; par pudeur, ou parce que personne n’a vraiment envie d’en connaître les détails. Et surtout pas nous, les hommes.

La solution miracle

Il existe pourtant une solution miracle pour les hommes, au prix d’un vélo de course d’occasion, pour des désagréments moindres que ceux du traitement d’une carie, et cela en l’espace d’une demi-journée.

J’ai nommé la « vasectomie ». Ce mot qui évoque encore trop souvent les pires supplices dans de lugubres cliniques, une émasculinisation aux effets psychologiques insoutenables, des blagues machistes, ou alors simplement rien du tout, car la question ne s’est jamais posée.

Et cela alors que cette méthode a tout pour convaincre : pour moins de 1’000 CHF, avec une douleur maximale qui est celle de la narcose locale (et qui ne dépasse pas celle de la piqûre chez un dentiste), et tout cela en une opération ambulatoire de moins d’une heure, pour être sur pied une heure après et sans douleurs (pour être tout à fait honnête, après l’opération, je n’ai pas apprécié du tout les poils mal rasés entre les cuisses – mais j’ai bien entendu supporté cela avec grande vaillance).

Pourquoi si peu ?

Après un tableau si rose, la question qui se pose est bien: “Pourquoi la vasectomie est-elle si peu connue, et surtout si peu pratiquée ?” Autorisée depuis 2001 seulement en France, on n’y compte que quelques milliers de cas par année.  En Suisse, malgré l’absence de statistiques, les hommes ne sont pas bien plus motivés, avec quelques centaines d’opérations annuelles.

Quelles sont donc les raisons qui expliqueraient que la plupart des hommes de plus de 40 ans, non abstinents, préfèrent la coûteuse contraception féminine et son cortège d’effets secondaires.

  1. Les couilles, c’est sacré : il semble que oui. Il est encore bien des hommes qui associent leur statut à la qualité de leur scrotum. Mais qu’ils soient rassurés : la vasectomie est indétectable dans un vestiaire de fitness. Et leur voix ne se transformera pas en celle d’un magnifique castrat.
  2. Les hommes sont des chochottes : oui. Pourtant, ils vont bien chez le dentiste (et certains feraient même du sport, avec toutes les douleurs qui y sont associées).
  3. Parce que la contraception a toujours été une histoire de femmes : Oui. La méconnaissance (pour ne pas dire le désintérêt) de la chose est probablement la raison principale de ce partage de responsabilité plutôt inéquitable en terme de contraception. J’en veux pour preuve que même beaucoup de féministes engagés ont une vision terrible de la vasectomie. Je pense au « bon mot » que certains d’entre eux colportent régulièrement sur les réseaux sociaux « les hommes qui parlent d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) « de confort » ferait bien d’essayer la vasectomie « de détente » » (rappel : la vasectomie n’est en rien comparable avec les douleurs physiques et mentales de l’IVG ; au contraire, c’est plutôt détendant et confortable comme méthode).
  4. Parce que ça ne rapporte rien : oui. En matière de contraception, les femmes (pour rappel, responsables en général de ce domaine là), consultent leur propre spécialiste : le gynécologue. Et ce dernier a toutes les raisons économiques de ne pas déléguer cette poule aux œufs d’or aux urologues des partenaires de leurs patientes, qui auraient tôt fait de régler le problème définitivement. Existe-t-il parmi les lectrices de ce blog une seule femme qui pourrait témoigner que son gynécologue lui a déjà conseillé la vasectomie ?
  5. C’est irréversible : Oui. En effet, si on ne peut exclure de souhaiter encore un jour des enfants (« Familienplanung abgeschlossen » est la case que j’ai du cocher sur le formulaire), ce n’est pas la bonne méthode (même si médicalement, l’opération est réversible dans la plupart des cas).

La bagatelle

Bref, il est temps que les hommes prennent en main leur contraception. Les menstruations, les accouchements et bien d’autres joies de la féminité, nous ne les assumerons jamais. Dans un couple, assumer la contraception pour la seconde partie de sa vie (oui, je suis quadragénaire) à peu de frais, sans douleurs et sans effets secondaires me paraît faisable, même pour un homme (à noter que la vasectomie ne protège pas des maladies sexuellement transmissibles et n’est pas indiquée pour une carrière tardive de Casanova). Pour promouvoir cela, après avoir raté le lancement des ironing clubs, je songe à lancer un vasectoclub. Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter.

Au lieu de croire que la contraception est une bagatelle dont leur partenaire se charge, les hommes pourraient un jour faire de la contraception une vraie bagatelle: pour eux-mêmes.

 


Addenda: Suite à ce blog, j’ai été contacté par l’émission Mise au point de la Radio Television Suisse RTS pour un témoignage, qui visiblement, ne courent pas les rues.

Voici le lien pour ceux qui souhaiteraient voir l’émission. “Vasectomie plutôt que pilule ?”   du dimanche 4 février 2018.

#STOPBonnant – ou lorsque l’éloquence ne suffit plus.

J’aurais pu débuter ce court pamphlet par le célèbre „Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet? quem ad finem sese effrenata iactabit audacia?”, mais je ne le ferai pas, pour deux raisons; la première est que Monsieur Bonnant tient plus de Verres que de Catilina, et la seconde, plus essentielle, est que ce n’est pas sur le plan de la rhétorique que je me positionnerai aujourd’hui, mais sur le fond. Je dis donc simplement:

#StopBonnant.

Cela fait longtemps que son verbe emphatique mais stérile se déverse dans les médias et les scènes les plus diverses, bête de cirque terriblement performante pour l’audimat. Tel Miss Univers, son show excite les pulsions des jeunes coqs inexpérimentés tout en ravivant la flamme molle de ceux de sa génération. Sous prétexte de surmoi, il ne touche que le ça, et ça fonctionne parfaitement. Une reine de beauté plaît, et on ne lui en demande en général pas plus.

Le problème avec l’avocat du bout du lac est que par la beauté de son verbe choisi et de sa rhétorique fulminante, lorsqu’il ne défend pas quelque riche crapule, il fait mine de nous transmettre de brillantes idées, qui pour la plupart du temps sont au mieux vieillies, souvent sinistres et au pire discriminatoires envers les femmes, les non judéo-chrétiens ou les plus faibles.

Si Miss Univers ravit par la beauté de son physique, il n’y a en général pas de corrélation avec la beauté de sa pensée, pour laquelle nous n’avons que peu d’attente. A défaut de plumage, le Mister francophonie de l’éloquence ravit par son ramage ; mais là non plus, il n’y a pas corrélation avec la beauté de sa pensée; et pourtant trop se laissent gruger.

Si beaucoup prennent plaisir à ses performances dans quelques joutes oratoires sans conséquences au sein de coteries estudiantines, on a assisté mardi 21 mai dernier à une farce d’un tout autre calibre. C’est ainsi que « Maître Bonnant » s’est donné en spectacle en tant qu’avocat de la défense lors d’une audience publique au tribunal de Sion. Vous en lirez le récit instructif dans l’article de Xavier Lambiel >ici. Le show réalisé par Monsieur Bonnant a tellement flatté son auditoire de groupies d’extrême droite que le juge a dû rappeler: «On n’est pas au cirque». Ce jour là, les mots choisis et la rhétorique du septuagénaire servaient l’ineptie suivante sous les vivats de l’assemblée « L’islamophobie est non seulement légitime, mais c’est le devoir de toute intelligence structurée dans notre civilisation judéo-chrétienne ».

Nous n’avons pas le droit de nous laisser tromper par le parfum musqué de son verbiage autour de sa pensée malodorante et dangereuse. Il est dès maintenant de notre devoir de dire:

#StopBonnant.

Le Dorian Gray de l’éloquence française a fait son temps. La justice s’occupera un jour, peut-être, de ses activités côté jardin, mais son activité côté cour doit prendre fin aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici de lui interdire de parler, comme personne n’interdit à une Miss Univers vieillissante de se montrer. Mais ne lui offrons plus les tréteaux pour se produire en public, où malgré son âge, il se plaît à diffuser ses idées fétides, sous couvert de libre pensée, dans des esprits momentanément éblouis. Ne le laissons plus répandre son compost, joliment ciselé mais malodorant, sur le terreau de l’extrême-droite. Et offrons ces planches libres à la génération en devenir, qui, sur des idées belles et neuves, saura polir son éloquence et nous refaire rêver !

Le suicide politique, sans gloire, du parti Vert’libéral vaudois

L’alliance, contre nature, entre les Vert’libéraux (PVL) qui ont perdu leurs repères et les nostalgiques apeurés et ronchons de l’Union démocratique du centre (UDC) pour le second tour des élections à l’exécutif vaudois n’a pas fini de faire des vagues (voir l’article sur le sujet ici) .

Au lendemain des assemblées de partis qui ont validé cette tactique, retenons trois points:

D’une part, les Vert’libéraux sont incapables de pousser seuls les thèmes environnementaux au vrai agenda politique ; d’autre part le Parti libéral-radical (PLR) manipule avec art ses concurrents directs ; en outre, l’UDC est en totale panique en suisse romande (mais ça, ça me passionne moins).

Avant toute chose jouons cartes sur table: je vote centre vert, large, quelque part entre les verts et les verts libéraux, en étendant volontiers aux socialistes, aux démocrates chrétiens (PDC) et aux PLR. Et j’aurais donc facilement soutenu un ticket verts / verts-libéraux. Là, comme jamais je ne soutiendrai l’UDC telle qu’elle se profile aujourd’hui, je soutiendrai clairement le ticket vert – socialiste, avec le plaisir supplémentaire qu’il s’agit de deux femmes de qualité.

 

Les Vert’libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique

Il est essentiel pour moi d’intégrer l’environnement dans le domaine économique et les politiques de centre-droit ; j’ai donc une forte affinité pour les thèmes du parti vert-libéral (et plusieurs de ses membres).

Mais il faut bien faire le constat: les verts-libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique (au niveau national, les verts, les démocrates-chrétiens et les socialistes le font à leur place).

Le parti Vert’libéral est beaucoup trop petit pour influencer les débats sans alliances fortes, et la (non-) politique environnementale suisse est dictée par le PLR et l’UDC. A chaque fois qu’ils ont voulu se lancer seuls, les Vert’libéraux ont subi l’échec.

Plus grave encore, la création du parti Vert’libéral a créé une hémorragie de personnes compétentes et motivées en matière d’environnement au sein du parti libéral radical ; ceci est particulièrement préoccupant à l’heure où le PLR donne le ton sur des enjeux politiques majeurs comme la stratégie énergétique.

Avec cette alliance avec l’UDC, reniant les valeurs profondes de la plupart de leurs électeurs, les verts-libéraux ont perdu toute crédibilité en combattant un siège « vert » ; je ne vois plus où est la plus-value du parti par rapport à une politique de droite « standard ».

 

le PLR manipule avec art ses concurrents directs

Ce que fait le Parti radical libéral vaudois au second tour des élections vaudoises au Conseil d’Etat est plutôt cynique. Maintenant que le PLR a placé ses trois poulains au premier tour, ses électeurs directs ne se déplaceront pas, ou useront activement du crayon pour biffer soit le représentant des opposants aux accords bilatéraux et aux valeurs humanistes, soit l’icône de l’écologie libérale romande.

Bref, le PLR assure une veste à Isabelle Chevalley et une claque à Jacques Nicolet, ce qui est peut-être une tactique bien utile pour asseoir son pouvoir, mais un coup de couteau dans le dos reste un fait d’armes peu reluisant dans ce que certains appellent une grande alliance.

 

Et ensuite ?

Après s’être compromis avec l’UDC, en s’alliant avec le PLR, mon espoir serait que les membres du parti Vert’libéral, aux valeurs humanistes et sensibles à l’écologie, réintègrent les partis libéraux radicaux ou démocrate chrétiens, après avoir fini de saborder leur expérience, passionnante mais ratée, de la dernière décennie.

Bref, avec ce chant du cygne aux échos peu musicaux, le Parti Vert’libéral s’apprête à se refondre dans les bons vieux partis, et je me réjouis que le PLR récupère ces quelques compétences en environnement dont il manque aujourd’hui trop cruellement. Un jour, Isabelle Chevalley sera peut-être Conseillère fédérale, et libérale radicale. Ah non, pardon, j’oubliais Isabelle Moret, qui elle, soutient déjà activement la stratégie énergétique 2050…