Lorsqu’un point Godwin suffit à mettre le journalisme à terre (et avec lui un homme) – une histoire de cochon, d’holocauste et de scandale médiatique.


Addendum: L’épilogue de cette histoire bien triste se lit tout en bas.


 

Jeudi 28 septembre, dans le cadre du débat au Parlement Suisse sur l’initiative FairFood, le député de Baden Jonas Fricker faisait une mention complétement déplacée de l’holocauste, comme il l’a lui même déclaré quelques minutes plus tard à la tribune.

L’Aargauer Zeitung raconte: “Sie kennen die Bilder, ja sogar die Dokumentarfilme aus Europa, die die unsägliche Massentierhaltung belegen – Transporte in den sicheren Tod”, sagte Grünen-Nationalrat Jonas Fricker in Bern. Er wollte auf die schlechten Zustände bei Tiertransporten aufmerksam machen. Als ich das letzte mal so eine Dokumentation von Transporten von Schweinen gesehen habe, sind mir unweigerlich die Bilder der Massendeportation nach Auschwitz aus dem Film “Schindlers Liste” hochgekommen.”

[Vous connaissez les images, les films documentaires d’Europe, qui attestent des indicibles élevages en masse d’animaux – des transports vers une mort certaine » disait le conseiller national vert Jonas Fricker à Berne. Il voulait attirer l’attention sur les conditions déplorables de transports d’animaux. « Lorsque j’ai vu la dernière fois un documentaire sur le transport des porcs, les images des déportations de masse vers Ausschwitz dans « la liste de Schindler » me sont revenues.]

Il se trouve que je connais personnellement Jonas Fricker, et qu’en aucun moment je ne peux le soupçonner d’une quelconque once d’antisémitisme ; c’est l’une des personnes les plus humanistes et attachées à l’être humain que je connaisse.

La Fédération Suisse des communautés israélites, dont il est proche de certains représentants, a d’ailleurs accepté ses excuses et a clos l’affaire sans délai.


 


Le scandale a néanmoins immédiatement démarré, sous l’impulsion de Ronald Rino Büchel, conseiller national UDC qui a sauté sur l’occasion, en caricaturant le propos de Fricker : « Aber ich war heute Morgen geschockt. Heute hat ein Redner gesagt, dass es die Tiere schlimmer hätten, als es damals die Menschen in Auschwitz gehabt hätten „ [J’étais choqué ce matin ; un parlementaire a dit que les animaux étaient dans une situation pire que celle des êtres humains à Auschwitz].

Reprise par la presse blochérienne, (Baslerzeitung), montée en épingle par un journaliste du Blick flairant le buzz, et alimentée par les déclarations ulcérées de quelques parlementaires de droite comme de gauche, la mèche allumée par l’UDC a mis le feu aux poudres.

Dans un contexte très émotif, la rumeur s’est alors répandue qu’un élu avait « comparé le transport de porcs à Auschwitz »

Quelques reprises plus tard, on parlait déjà de « dérapage antisémite ».

Pour terminer avec l’accusation finale infondée et gratuite par un  journaliste expérimenté de “détestation de l’être humain”.

Une rapide enquête auprès des proches de Jonas Fricker aurait permis d’éliminer l’accusation d’antisémitisme, et de comprendre que le parlementaire ne minimisait en rien les émotions qu’il ressentait vis-à-vis de l’holocauste, et au contraire les utilisait pour illustrer la force de celles ressenties devant certains documentaires sur les transports animaliers.

La force de l’effet « point Godwin » avait suffit à faire lâcher leur rigueur à des dizaines de journalistes professionnels, qui relaient et commentent l’accusation d’antisémitisme. On est passé à des réactions indignées de posture et à des procès d’intention, abandonnant le terrain de l’information ou de la critique.

Il est terrible de constater avec quelle facilité des parlementaires (souvent les mêmes qui ont un humanisme très limité dès qu’il s’agit d’arméniens, d’africains ou de réfugiés syriens) arrivent à lancer une chasse aux sorcièrex outrée, contre un parlementaire qui a déjà demandé des excuses pour ses dires totalement inadéquats.

A force de s’indigner dès que quelqu’un évoque la Shoah, on l’évacue du discours; en faisant comprendre à ceux qui se frottent au sujet que le thème est trop tabou pour être évoqué, même de manière différenciée (j’ai longument hésité à rédiger ce billet), la nouvelle génération n’entendra bientôt plus parler des horreurs de la deuxième guerre mondiale.

Dans son dernier article, le Blick se trompe lourdement sur l’absence de maîtrise historique et la sensibilité humaniste de Jonas Fricker ; mais il a probablement raison sur le fait que la prochaine génération aura perdu le lien émotionnel avec cette tragédie, si personne n’ose plus en parler par peur d’être lynché publiquement et sans procès.

J’espère que vous ne me réserverez pas ce sort. Je ne suis ni antisémite, ni antispéciste. J’ai juste un ami que je ne peux laisser sous ce traitement socio-médiatique indigne, injuste, inhumain et peu professionnel. Lorsque quelqu’un se bat depuis des années pour le respect humain, des animaux, et des générations futures, il a un droit à l’erreur, surtout lorsqu’il la concède immédiatement.

Même avec toute l’indignation du monde.

 


Epilogue (samedi 30 septembre 2018, 20h30)

La lâcheté indign(é)e des camarades politiques qui le connaissaient, la stratégie haineuse de quelques UDC et l’incompétences avide de quelques journalistes auront fait de cette erreur une tragédie humaine et politique. A voir si les responsables de ce lynchage assumeront aussi bien leur responsabilité que leur victime, même si elle n’était pas toute innocente.

La contraception, une bagatelle? Pour les hommes, peut-être…

Une histoire d’effets secondaires

La contraception a depuis toujours été une histoire d’effets secondaires plus ou moins mal maîtrisés. Elle est une alternative aux familles nombreuses, à l’interruption de grossesse, au coitus interruptus, au préservatif ou à l’abstinence (oui je sais, la sexualité ne se limite pas à la pénétration, mais là n’est pas le sujet de ce papier).

Elle est la plupart du temps aux mains des femmes, et en grande partie aux mains des gynécologues et des vendeurs d’hormones. Je ne ferai pas la liste ici des effets secondaires liés aux diverses pilules et stérilets, dont le web regorge, mais que l’on minimise bien trop souvent ; par pudeur, ou parce que personne n’a vraiment envie d’en connaître les détails. Et surtout pas nous, les hommes.

La solution miracle

Il existe pourtant une solution miracle pour les hommes, au prix d’un vélo de course d’occasion, pour des désagréments moindres que ceux du traitement d’une carie, et cela en l’espace d’une demi-journée.

J’ai nommé la « vasectomie ». Ce mot qui évoque encore trop souvent les pires supplices dans de lugubres cliniques, une émasculinisation aux effets psychologiques insoutenables, des blagues machistes, ou alors simplement rien du tout, car la question ne s’est jamais posée.

Et cela alors que cette méthode a tout pour convaincre : pour moins de 1’000 CHF, avec une douleur maximale qui est celle de la narcose locale (et qui ne dépasse pas celle de la piqûre chez un dentiste), et tout cela en une opération ambulatoire de moins d’une heure, pour être sur pied une heure après et sans douleurs (pour être tout à fait honnête, après l’opération, je n’ai pas apprécié du tout les poils mal rasés entre les cuisses – mais j’ai bien entendu supporté cela avec grande vaillance).

Pourquoi si peu ?

Après un tableau si rose, la question qui se pose est bien: “Pourquoi la vasectomie est-elle si peu connue, et surtout si peu pratiquée ?” Autorisée depuis 2001 seulement en France, on n’y compte que quelques milliers de cas par année.  En Suisse, malgré l’absence de statistiques, les hommes ne sont pas bien plus motivés, avec quelques centaines d’opérations annuelles.

Quelles sont donc les raisons qui expliqueraient que la plupart des hommes de plus de 40 ans, non abstinents, préfèrent la coûteuse contraception féminine et son cortège d’effets secondaires.

  1. Les couilles, c’est sacré : il semble que oui. Il est encore bien des hommes qui associent leur statut à la qualité de leur scrotum. Mais qu’ils soient rassurés : la vasectomie est indétectable dans un vestiaire de fitness. Et leur voix ne se transformera pas en celle d’un magnifique castrat.
  2. Les hommes sont des chochottes : oui. Pourtant, ils vont bien chez le dentiste (et certains feraient même du sport, avec toutes les douleurs qui y sont associées).
  3. Parce que la contraception a toujours été une histoire de femmes : Oui. La méconnaissance (pour ne pas dire le désintérêt) de la chose est probablement la raison principale de ce partage de responsabilité plutôt inéquitable en terme de contraception. J’en veux pour preuve que même beaucoup de féministes engagés ont une vision terrible de la vasectomie. Je pense au « bon mot » que certains d’entre eux colportent régulièrement sur les réseaux sociaux « les hommes qui parlent d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) « de confort » ferait bien d’essayer la vasectomie « de détente » » (rappel : la vasectomie n’est en rien comparable avec les douleurs physiques et mentales de l’IVG ; au contraire, c’est plutôt détendant et confortable comme méthode).
  4. Parce que ça ne rapporte rien : oui. En matière de contraception, les femmes (pour rappel, responsables en général de ce domaine là), consultent leur propre spécialiste : le gynécologue. Et ce dernier a toutes les raisons économiques de ne pas déléguer cette poule aux œufs d’or aux urologues des partenaires de leurs patientes, qui auraient tôt fait de régler le problème définitivement. Existe-t-il parmi les lectrices de ce blog une seule femme qui pourrait témoigner que son gynécologue lui a déjà conseillé la vasectomie ?
  5. C’est irréversible : Oui. En effet, si on ne peut exclure de souhaiter encore un jour des enfants (« Familienplanung abgeschlossen » est la case que j’ai du cocher sur le formulaire), ce n’est pas la bonne méthode (même si médicalement, l’opération est réversible dans la plupart des cas).

La bagatelle

Bref, il est temps que les hommes prennent en main leur contraception. Les menstruations, les accouchements et bien d’autres joies de la féminité, nous ne les assumerons jamais. Dans un couple, assumer la contraception pour la seconde partie de sa vie (oui, je suis quadragénaire) à peu de frais, sans douleurs et sans effets secondaires me paraît faisable, même pour un homme (à noter que la vasectomie ne protège pas des maladies sexuellement transmissibles et n’est pas indiquée pour une carrière tardive de Casanova). Pour promouvoir cela, après avoir raté le lancement des ironing clubs, je songe à lancer un vasectoclub. Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter.

Au lieu de croire que la contraception est une bagatelle dont leur partenaire se charge, les hommes pourraient un jour faire de la contraception une vraie bagatelle: pour eux-mêmes.

#STOPBonnant – ou lorsque l’éloquence ne suffit plus.

J’aurais pu débuter ce court pamphlet par le célèbre „Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet? quem ad finem sese effrenata iactabit audacia?”, mais je ne le ferai pas, pour deux raisons; la première est que Monsieur Bonnant tient plus de Verres que de Catilina, et la seconde, plus essentielle, est que ce n’est pas sur le plan de la rhétorique que je me positionnerai aujourd’hui, mais sur le fond. Je dis donc simplement:

#StopBonnant.

Cela fait longtemps que son verbe emphatique mais stérile se déverse dans les médias et les scènes les plus diverses, bête de cirque terriblement performante pour l’audimat. Tel Miss Univers, son show excite les pulsions des jeunes coqs inexpérimentés tout en ravivant la flamme molle de ceux de sa génération. Sous prétexte de surmoi, il ne touche que le ça, et ça fonctionne parfaitement. Une reine de beauté plaît, et on ne lui en demande en général pas plus.

Le problème avec l’avocat du bout du lac est que par la beauté de son verbe choisi et de sa rhétorique fulminante, lorsqu’il ne défend pas quelque riche crapule, il fait mine de nous transmettre de brillantes idées, qui pour la plupart du temps sont au mieux vieillies, souvent sinistres et au pire discriminatoires envers les femmes, les non judéo-chrétiens ou les plus faibles.

Si Miss Univers ravit par la beauté de son physique, il n’y a en général pas de corrélation avec la beauté de sa pensée, pour laquelle nous n’avons que peu d’attente. A défaut de plumage, le Mister francophonie de l’éloquence ravit par son ramage ; mais là non plus, il n’y a pas corrélation avec la beauté de sa pensée; et pourtant trop se laissent gruger.

Si beaucoup prennent plaisir à ses performances dans quelques joutes oratoires sans conséquences au sein de coteries estudiantines, on a assisté mardi 21 mai dernier à une farce d’un tout autre calibre. C’est ainsi que « Maître Bonnant » s’est donné en spectacle en tant qu’avocat de la défense lors d’une audience publique au tribunal de Sion. Vous en lirez le récit instructif dans l’article de Xavier Lambiel >ici. Le show réalisé par Monsieur Bonnant a tellement flatté son auditoire de groupies d’extrême droite que le juge a dû rappeler: «On n’est pas au cirque». Ce jour là, les mots choisis et la rhétorique du septuagénaire servaient l’ineptie suivante sous les vivats de l’assemblée « L’islamophobie est non seulement légitime, mais c’est le devoir de toute intelligence structurée dans notre civilisation judéo-chrétienne ».

Nous n’avons pas le droit de nous laisser tromper par le parfum musqué de son verbiage autour de sa pensée malodorante et dangereuse. Il est dès maintenant de notre devoir de dire:

#StopBonnant.

Le Dorian Gray de l’éloquence française a fait son temps. La justice s’occupera un jour, peut-être, de ses activités côté jardin, mais son activité côté cour doit prendre fin aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici de lui interdire de parler, comme personne n’interdit à une Miss Univers vieillissante de se montrer. Mais ne lui offrons plus les tréteaux pour se produire en public, où malgré son âge, il se plaît à diffuser ses idées fétides, sous couvert de libre pensée, dans des esprits momentanément éblouis. Ne le laissons plus répandre son compost, joliment ciselé mais malodorant, sur le terreau de l’extrême-droite. Et offrons ces planches libres à la génération en devenir, qui, sur des idées belles et neuves, saura polir son éloquence et nous refaire rêver !

Le suicide politique, sans gloire, du parti Vert’libéral vaudois

L’alliance, contre nature, entre les Vert’libéraux (PVL) qui ont perdu leurs repères et les nostalgiques apeurés et ronchons de l’Union démocratique du centre (UDC) pour le second tour des élections à l’exécutif vaudois n’a pas fini de faire des vagues (voir l’article sur le sujet ici) .

Au lendemain des assemblées de partis qui ont validé cette tactique, retenons trois points:

D’une part, les Vert’libéraux sont incapables de pousser seuls les thèmes environnementaux au vrai agenda politique ; d’autre part le Parti libéral-radical (PLR) manipule avec art ses concurrents directs ; en outre, l’UDC est en totale panique en suisse romande (mais ça, ça me passionne moins).

Avant toute chose jouons cartes sur table: je vote centre vert, large, quelque part entre les verts et les verts libéraux, en étendant volontiers aux socialistes, aux démocrates chrétiens (PDC) et aux PLR. Et j’aurais donc facilement soutenu un ticket verts / verts-libéraux. Là, comme jamais je ne soutiendrai l’UDC telle qu’elle se profile aujourd’hui, je soutiendrai clairement le ticket vert – socialiste, avec le plaisir supplémentaire qu’il s’agit de deux femmes de qualité.

 

Les Vert’libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique

Il est essentiel pour moi d’intégrer l’environnement dans le domaine économique et les politiques de centre-droit ; j’ai donc une forte affinité pour les thèmes du parti vert-libéral (et plusieurs de ses membres).

Mais il faut bien faire le constat: les verts-libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique (au niveau national, les verts, les démocrates-chrétiens et les socialistes le font à leur place).

Le parti Vert’libéral est beaucoup trop petit pour influencer les débats sans alliances fortes, et la (non-) politique environnementale suisse est dictée par le PLR et l’UDC. A chaque fois qu’ils ont voulu se lancer seuls, les Vert’libéraux ont subi l’échec.

Plus grave encore, la création du parti Vert’libéral a créé une hémorragie de personnes compétentes et motivées en matière d’environnement au sein du parti libéral radical ; ceci est particulièrement préoccupant à l’heure où le PLR donne le ton sur des enjeux politiques majeurs comme la stratégie énergétique.

Avec cette alliance avec l’UDC, reniant les valeurs profondes de la plupart de leurs électeurs, les verts-libéraux ont perdu toute crédibilité en combattant un siège « vert » ; je ne vois plus où est la plus-value du parti par rapport à une politique de droite « standard ».

 

le PLR manipule avec art ses concurrents directs

Ce que fait le Parti radical libéral vaudois au second tour des élections vaudoises au Conseil d’Etat est plutôt cynique. Maintenant que le PLR a placé ses trois poulains au premier tour, ses électeurs directs ne se déplaceront pas, ou useront activement du crayon pour biffer soit le représentant des opposants aux accords bilatéraux et aux valeurs humanistes, soit l’icône de l’écologie libérale romande.

Bref, le PLR assure une veste à Isabelle Chevalley et une claque à Jacques Nicolet, ce qui est peut-être une tactique bien utile pour asseoir son pouvoir, mais un coup de couteau dans le dos reste un fait d’armes peu reluisant dans ce que certains appellent une grande alliance.

 

Et ensuite ?

Après s’être compromis avec l’UDC, en s’alliant avec le PLR, mon espoir serait que les membres du parti Vert’libéral, aux valeurs humanistes et sensibles à l’écologie, réintègrent les partis libéraux radicaux ou démocrate chrétiens, après avoir fini de saborder leur expérience, passionnante mais ratée, de la dernière décennie.

Bref, avec ce chant du cygne aux échos peu musicaux, le Parti Vert’libéral s’apprête à se refondre dans les bons vieux partis, et je me réjouis que le PLR récupère ces quelques compétences en environnement dont il manque aujourd’hui trop cruellement. Un jour, Isabelle Chevalley sera peut-être Conseillère fédérale, et libérale radicale. Ah non, pardon, j’oubliais Isabelle Moret, qui elle, soutient déjà activement la stratégie énergétique 2050…

Et si le jazz pouvait nous aider à relever les défis d’aujourd’hui…

Le printemps en Suisse romande remet chaque année le jazz à l’honneur (et les culs sur les i). C’est en me plongeant dans les délices des boeufs, jam session et autres improvisations jazzistiques du moment que je me suis demandé si l’approche jazz n’était pas une piste sérieuse pour aborder les défis de notre temps.

Quel miracle permet-il à trois ou quatre musiciens (souvent davantage), qui ne se connaissent parfois pas encore, de faire émerger en quelques minutes la magie de cette musique, sans partitions ni chef d’orchestre ?

Le jazz, mode d’emploi

Ils jouent – dans tous les sens du terme – ensemble ; chacun amène sa note à l’édifice ; ils découvrent, expérimentent, cherchent et font émerger pour quelques instants un rythme entraînant, un mouvement qui nous questionne, une mélodie qui nous emporte, et qui ne se reproduira plus jamais à l’identique.

La liste des ingrédients est simple pour que cela fonctionne (et je ne parle pas du talent). Chaque musicien apporte avec lui les éléments suivants :

  • la maîtrise de base d’un instrument (ou de sa voix)
  • la maîtrise d’un alphabet commun : les gammes, leurs modes et les harmoniques
  • la connaissance d’une culture commune sur laquelle construire et jouer ensemble, que sont entre autres les thèmes du jazz (pensons à summertime* par exemple)
  • une sensibilité, une culture et une identité propre (stylistique, rythmique)

A partir de là c’est tout l’art du jazz qui prend vie. En se basant sur les quelques éléments connus (gammes, thèmes, motifs rythmiques), les artistes se lancent ensemble dans l’improvisation et l’exploration, avec deux conditions essentielles : l’écoute réciproque et la réactivité. Un fil invisible relie les protagonistes, dont chacun des mouvements est ressenti par les autres, qui s’adaptent, puis entraînent à nouveau le suivant. Cette danse subtile demande attention, écoute, respect et réactivité, en acceptant de ne pas savoir quels seront les prochains pas, avec un élan commun pour guide.

Résoudre nos défis comme on jouerait du jazz

A notre époque ces compétences sont déterminantes : le monde est trop complexe pour pouvoir le maîtriser comme une marche militaire, il n’est pas prévisible pour pouvoir suivre la partition comme un orchestre symphonique, et simplement jouer plus fort que les autres comme dans une fanfare carnavalesque ne fonctionne pas plus longtemps qu’une élection de Trump.

Aujourd’hui plus que jamais chacun de nous doit maîtriser son instrument, son métier de base; il doit apprivoiser avec l’expérience les thèmes connus pour improviser avec et surtout, il doit savoir composer avec des instruments de registres très différents pour faire émerger la musique du moment. En s’y prenant bien, cela peut swinguer, groover, et l’action de chacun se mêlera dans une mélodie unique au sein du trio, du quatuor ou du septuor, voir même du big band (dans ce dernier cas, on aura besoin d’un directeur).

Observez bien les gouvernements de votre commune ou de votre canton, votre parlement, ou la direction de votre entreprise. Savent ils jouer du jazz ?

 

*Summertime : en tapant « Summertime » dans le moteur de recherche de spotify ou Youtube, on est surpris de la variété des interprétation, et de la très grande différence de qualité ; le jazz, ça reste difficile (mais ne ratez pas Billie Holiday, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Sidney Bechet, Mungo Jerry, et surtout pas Chet Baker, Nina Simone, Janis Joplin ou encore le George Benson Quartet).

La suisse romande pourrait devenir le laboratoire du paysage médiatique de demain

En matière de paysage médiatique romand, il y a un seul consensus: cela ne peut pas continuer ainsi.

Le paysage médiatique romand est dans la tempête, et rien n’indique que les vents vont baisser. Après des années où les tendances qui le malmènent ne cessent de se renforcer, il est aujourd’hui proche de l’implosion. Dans le débat que l’on observe aujourd’hui, on peut répertorier, en vrac et sans jugement, les constats suivants:

  • La numérisation de l’information entraîne des coûts supplémentaires, sans forcément réduire la part des coûts papier.
  • La numérisation amène un foisonnement de canaux, de contenus, notamment d’archives (combien d’articles qui ne sont plus du jour lisez-vous quotidiennement?) accessibles facilement, autrement dit une concurrence interne exacerbée.
  • Les consommateurs veulent choisir leurs infos, et souhaitent payer uniquement pour cela (on ne s’abonne plus à un journal, mais on achète un certain nombres d’articles intéressants pour un prix X).
  • L’information est paradoxalement à la fois considérée comme un bien de consommation et un droit pour lequel on ne devrait pas devoir payer.
  • L’avènement des médias sociaux n’a pas seulement ouvert une nouvelle ère de la liberté d’expression, mais il a fait émerger en marge du débat public une jungle d’individus et de groupes qui ne se comprennent plus, et hurlent en choeur pour éloigner les avis différents.
  • Les frontières entre les disciplines journalistiques traditionnelles s’estompent de plus en plus (écrit – audio – visuel) (information/actualités – reportage/documentaire – divertissement, …).
  • Les plateformes informatiques et les réseaux sociaux permettent de suivre les médias de tous les cantons, sans plus nécessairement avoir besoin d’un média supracantonal romand.
  • Les sources traditionnelles de revenus (annonces notamment) ne financent plus la production journalistique.
  • Les propriétaires et éditeurs des grands journaux ont perdu le lien avec la suisse romande, et leur raisonnement est essentiellement économique.
  • Les médias n’ont plus le monopole de la transmission de l’info, tout un chacun peut utiliser Facebook, Twitter, Periscope, ou son blog pour s’adresser sans filtre et directement à son public.
  • Le média bashing est un sport populaire de plus en plus en vogue à tous les étages de nos démocraties.
  • Nombre de canaux diffusent de l’information sans appliquer les règles de déontologie du journalisme (par exemple la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste (PDF) du Conseil suisse de la presse), ce qui décrédibilise l’ensemble de la branche.
  • L’incertitude reste quand au financement et aux missions de la SSR (Nouvelle concession SSR, initiative populaire fédérale ‘Oui à la suppression des redevances radio et télévision (suppression des redevances Billag).

Nous sommes tous d’accord sur le fond

La question n’est pas aujourd’hui  de savoir s’il fallait sauver l’hebdo (qui a fait son temps) ou comment sauver Le Temps (nombre de personnes compétentes s’activent sur le sujet), mais bien : comment mettre en place les conditions cadres favorables à un paysage médiatique romand de qualité?

Sur l’utilité et la mission des médias, on peut probablement se mettre d’accord, par exemple en reprenant l’alinea 2 de l’article 93 « Radio et télévision » de la Constitution fédérale, et en remplaçant radio et télévision par acteurs médiatiques.

Art. 93 Radio et télévision

2 La radio et la télévision contribuent à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l’opinion et au divertissement. Elles prennent en considération les particularités du pays et les besoins des cantons. Elles présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions.

Oui, mais qui peut résoudre ce défi?


Les médias eux-mêmes ? Malheureusement pas.

Aucun acteur n’est capable aujourd’hui de résoudre ce défi seul, et surtout pas les médias eux-mêmes. Il leur manque le rôle qu’eux jouent pour les autres branches. Quelqu’un qui éclaire, qui met en perspective, qui aiguillonne, qui questionne et qui donne la parole. De la même manière qu’un médecin ne peut se soigner lui-même, la presse et les médias dans leur ensemble sont démunis.

Sans compter un autre aspect moins reluisant, qui est aujourd’hui occulté par la solidarité autour de la disparition de l’Hebdo et la situation au Temps. Dans ce microcosme, la concurrence est rude, les critiques fortes, les langues fourchues, mais rarement sur le devant de la scène. Si un journaliste se permettait de critiquer la politique d’un autre titre, ou l’article d’un collègue, ce ne serait pas considéré comme une critique constructive mais comme l’attaque déloyale d’un concurrent; pour certains, ce serait leur carrière qui pourrait en pâtir, le nombre d’employeurs dans la branche étant restreint. Bref, l’omerta règne et comme on l’a connu dans la médecine, la culture de l’erreur est peu développée, ce qui fragilise l’esprit d’innovation.

Autre raison qui n’aide pas : pour beaucoup, le métier de journaliste n’est pas comparable à un autre, et la haute mission qu’ils ont rend la remise en question plus difficile. On connaît ces phénomènes au sein d’autres corporations comme la santé, la police ou l’éducation.

Les médias sont au cœur de la solution. Mais ils ne la trouveront pas seuls, ni ne pourront la mettre en œuvre seuls.


La politique ? Non.

On touche là à un aspect central de la séparation des rôles entre pouvoirs dans une démocratie. Même les politiciens à l’éthique la plus forte, verront toujours les médias comme un canal privilégié vers leurs électeurs.

De même, un journal qui a le soutien d’un politique perd une partie de sa liberté.

La politique à un rôle essentiel à jouer pour mettre en place les conditions cadres nécessaires, elle doit participer au débat mais elle ne peut pas le mener seule.


Un mécène, une fondation ou un club autoproclamé ? Non plus

On a beaucoup parlé du soutien privé, organisé par exemple sous forme d’une fondation. Ce genre d’organisation peut être possible pour un seul titre, mais pas pour le paysage médiatique dans son ensemble. De plus, cette formule ne peut pas assurer le soutien démocratique nécessaire, et la faible taille du paysage médiatique romand ne permettrait pas à une diversité d’organisations porteuses de voir le jour. Techniquement plus facile, mais encore plus délicat en terme de démocratie, est la prise en main par un entrepreneur-mécène, comme l’ont été où le sont des Blocher, Trump, Berlusconi ou Bolloré. Un tel mécène ne peut avoir que deux intérêts directs : faire du bénéfice, ou influencer le contenu médiatique ; le second m’est particulièrement peu sympathique en terme de déontologie.

Mettre en place un dialogue des parties prenantes

Si personne ne peut trouver la solution seul, c’est qu’il faut le faire ensemble. Ou autrement dit, mener une démarche de réflexion stratégique, impliquant l’ensemble des parties intéressées. La nécessité d’une approche multi-stakeholder est d’ailleurs la conclusion à laquelle aboutit Michel Danthe dans l’éclairant interview donné dans l’émission « Médialogues » de samedi 18 février.

Qu’on appelle cela Etats-généraux, processus stratégique multisectoriel, dialogue des parties prenantes n’est pas important. Il est néanmoins essentiel, vital même, pour le paysage médiatique romand autant que pour notre démocratie, de mener au plus vite cette démarche, de manière structurée. Et le temps presse, car il faudrait en avoir posé les jalons avant que le Parlement fédéral ait bétonné la moitié des possibilités avec sa nouvelle concession SSR, ou que l’initiative No Billag coupe encore dans les moyens financiers accordés au paysage médiatique romand.

Chaque acteur doit être intégré au bon moment, avec la bonne forme, afin d’aboutir en quelques mois à une stratégie que chacun pourra mettre en œuvre à sa manière et dans son domaine d’action. Le rôle des politiques pourrait être celui-ci : inviter, structurer et co-financer un tel processus.

Avec quel contenu ?

Loin de moi l’idée de vouloir donner ici des solutions. Mais parmi les questions que l’on pourra traiter dans un tel dialogue, pourraient figurer, sans tabou :

  • Qu’est-ce que la diversité de la presse ?
  • De quoi la démocratie, l’économie, la société suisse-romande ont-elles besoin en matière de médias ?
  • Certains titres ou certaines agences pourraient-ils obtenir des mandats de prestations cantonaux (couverture des conférences de presse, des débats au Parlement, des votations…) ?
  • Quel cadre, quelles conditions prévoir pour les diffuseurs d’information comme les réseaux sociaux ou autres supports ?
  • Qu’est ce qui fait partie du service public, et qu’est-ce qui n’en fait pas partie ?
  • Quel est le rôle des journalistes, des médias individuels, des éditeurs, de la SSR, de MEDIAS SUISSE (association de défense des intérêts des éditeurs romands, qui est problématiquement discret sur ces sujets)
  • Y aurait-t-il de nouvelles formes de revenus annexes pour la profession, maintenant que les petites annonces et la publicité disparaissent ? Quels mandats rémunérés un journaliste pourrait-il remplir à l’externe pour améliorer la rentabilité de son entreprise ? Quelles prestations les rédactions ou les responsables d’infrastructures pourraient-ils offrir à des tiers (financements internes croisés) ?
  • Comment assurer la formation professionnelle et continue des journalistes romands, sans être dépendant des bénéfices des éditeurs ? Un brevet fédéral reconnu par la Confédération pourrait-il être soutenu ?
  • Faut-il développer une plateforme multi-titres pour permettre aux consommateurs de profiter d’une plus grande diversité et d’articles à la carte ?
  • Comment donner un cadre aux médias qui voudront être considéré de référence et répondre aux critères de qualité et de déontologie de la profession ?
  • ad libitum

On trouvera mille raisons à ne pas ouvrir un tel chantier. Des acteurs qui n’ont pas l’habitude de réfléchir ensemble et de manière stratégique devront le faire. C’est un sujet passionnant. Ce sera une contribution majeure à l’évolution de notre société en ce début de XXIème siècle. La taille et le petit nombre d’acteurs qui composent le paysage médiatique romand, ainsi que les très hautes compétences journalistiques sur place devraient permettre de faire émerger une approche innovante. Les énergies sont là, sachons les mettre en valeur à bon escient !

Aucune super nanny ne nous sauvera de la stratégie brillante de Trump.

Aucune super nanny ne nous sauvera de la stratégie brillante de Trump.

Tout mettre en œuvre, une stratégie brillante !

En mettant en œuvre à la lettre son programme absurde et dangereux, le dernier président américain (pardon, je n’arrive pas à mettre la majuscule) est gagnant sur toute la ligne, en trois coups:

  1. Il prouve que contrairement à tous les autres, lui, met en œuvre ses promesses électorales, sans sourciller, sans attendre.
  2. Lorsque les institutions, d’autres politiciens (ou pire, les médias) bloqueront la mise en œuvre effective de ses lubies, il sera encore plus crédible en victime du système contre lequel il prétend lutter (rien de mieux pour lui que la décision ultra rapide d’une juge pour remettre en cause sa décision sur l’immigration issues de certains pays musulmans)
  3. Une fois bloqué, il pourra quitter la scène en héros, sans avoir dû prouver que son programme ne tient pas la route dans la réalité.

Cette mise en œuvre jusqu’à l’absurde d’une règle donnée est une stratégie brillante, une tactique bien rôdée que chacun a essayé au moins une fois en tant qu’enfant (certains avec plus de succès que d’autres). Souvent, elle se termine dans une grande crise, en claquant la porte et en allant bouder après avoir cassé un maximum de choses. Ensuite, on murit et découvre d’autres façons de faire.

 

Ni le laisser-faire, ni la diplomatie, ni la justice ne suffiront

L’analogie avec la crise enfantine n’offre que trois stratégies pour sortir de cette situation:

La confrontation avec la réalité :
Le laisser cyniquement s’embourber dans la réalité de son programme, attendre que les problèmes soient insolvables, les ennemis intraitables. Les dangers d’une telle stratégie sont innombrables, et la crise finale s’annonce particulièrement dure.

Appeler super nanny
Engager une autorité pour recadrer le pauvre gosse mal éduqué et dysfonctionnel; mais quelle personne, institution ou pays pourrait jouer un tel rôle? Trump n’a rien à perdre, peut assurer ses besoins de base sans l’aide de personne, ne dépend de rien financièrement, et a fait de la remise en cause de l’autorité sa marque de fabrique.
Les institutions onusiennes, qui auraient pu en théorie jouer ce rôle, sont totalement démunies.
Le seul à même de jouer ce rôle aujourd’hui est Vladimir Poutine. Mais il est peu probable qu’une telle relation d’autorité se mette en place pour le plus grand bien de l’humanité.

Laisser faire le groupe
Dans une telle situation, et les éducateurs sociaux le savent, le groupe peut jouer un rôle fort. Ce sont les camarades qui peuvent mettre le holà aux dérives d’un des leurs qui dysfonctionne. Ils doivent avoir le courage d’ouvertement donner leur avis, de dire que cette situation est problématique. Il faut sortir de la dynamique « un groupe contre l’autre », pour entrer dans celle entre les membres à l’intérieur du groupe. C’est là mon seul espoir.

Super Nanny ne viendra pas – nous n’avons pas le droit de nous taire

Trump se fiche des femmes lesbiennes noires musulmanes et pauvres qui critiquent son attitude. Au contraire, il s’en gargarise, et ça le rend plus fort dans son rôle où la compassion n’a pas de place.

Ce sont bien ses pairs qui doivent élever la voix : les bedonnants, les présidentes, les républicains, les entrepreneurs; à tous les membres de ces groupes de dire à haute voix que cette attitude est indigne, inadéquate et nocive, et qu’ils ne sont pas d’accord de jouer ce jeu.

Cette attitude demande du courage, et tout le monde n’est pas Justin Trudeau. C’est là où le soutien et des messages clairs de tous peuvent encourager les bedonnants, les présidentes, les républicains, les entrepreneurs à oser affirmer leurs valeurs haut et fort.

Notre pays n’a plus le droit de se taire, ni de se draper dans son éthique diplomatique. Monsieur Burkhalter, Madame Leuthard, ne tergiversez plus, donnez des signaux clairs, sans gesticuler. Dites que la Suisse n’est pas d’accord de jouer ce jeu du mépris des droits humains.

Aucune super nanny ne viendra nous aider. A nous, citoyens, aux partis politiques, aux associations et institutions diverses, de tous donner de la voix pour ne pas accepter cette façon de faire qui nous mène tout droit aux dérives du siècle passé.

 

Ne laissons pas nos Trumps indigènes propager leur culte indigne.

Et avant tout, ne laissons pas le champ libre à ceux qui veulent lancer un nouveau culte des hommes « forts » dans NOS médias et NOTRE système politique; ils veulent nous faire croire qu’oser remettre en question les règles de notre humanité – les droits humains – est un signe de grandeur. Nous les entendons presque chaque jour, ils deviennent de plus en plus forts, ils font peur. Roger, Oskar, Claudio et tous les autres : le culte de Trump n’est pas acceptable en Suisse. Soyons fiers d’être faibles, cela nous rend plus forts.

 

 

PS: Ce blog à peine publié, voilà que Didier Burkhalter donne les premiers signes qui vont dans la bonne direction. Son communiqué de presse du 29 janvier est ici, plus de détails dans l’article de Lise Bailat intitulé “Didier Burkhalter: la décision américaine «va clairement dans la mauvaise direction»” est , et pour l’écouter sur Forum de RTS le soir du 29 janvier, c’est plutôt par .

A voir si la Présidente de la Confédération et – encore mieux – si le ministre responsable des relations commerciales, sauront aussi avoir le verbe clair.

 

 

Ferai-je cent kilos, quand j’aurai quarante ans ?

 

Ferai-je cent kilos, quand j’aurai quarante ans ?

 

Il est en cette période, coutume de faire bilans,
et samedi dernier, je montais comme chaque an,
sur la vieille balance, encore chez mes parents.

C’est ainsi que je vis que mon corps s’était mis,
de tous ses trente-neuf ans, sur la marque nonante-six.
Jusqu’alors insouciant, je fus en un instant,
de six nouveaux kilos, couronné „bedonnant“.

Vous l’aurez deviné mais ce sujet futile,
certes n’aurais jamais pu, au coeur d’un quotidien,
de référence qu’il est, être à hauteur de style;
me voici donc faquin, usant d’alexandrins.

Expérience inconnue, il m’en vint trois questions :
Quel est le juste poids, serais-je donc obèse ?
Quel est le juste âge, pour être encore à l’aise ?
Quelle est la juste vie, dans quelle abnégation ?

 

Du juste poids

Quelle est donc la limite, de ce fameux surpoids ?
Si j’en crois l’internet, son body mass index,
point ne devrais-je faire, plus de nonante kilos,
même si point encore, mon ventre ne fait cache-sexe.

Je vis encore très bien, à pied j’ai plein d’entrain,
je me dévêts partout, sans honte avant le bain ;
mais oui, je le sens bien, fier, est mon arrière-train.

Faut-il me mettre au sport, réduire le chocolat ?
Quitter mon insouciance, ne me servir qu’une fois ?
Ou vise-je quatre quintaux, avant mes huitante ans ?
Comment donc définir, l’ampleur de mon séant ?

Sera-ce donc la science, ou le regard des autres,
qui me fera changer ? Faut-il envisager,
changer de garde-robe et me laisser aller,
ou réduire mon tour de taille, de quelques centimètres ?

 

Du juste âge

Laissons donc de côté l’esthétique d’aujourd’hui,
la vraie question ici dont on parle partout,
c’est que pour la santé, ce n’est pas bon du tout,
et que de l’embonpoint, au grand âge ça nuit.

Combien de centimètres, faudrait-il qu’ils s’en aillent,
pour obtenir un jour, combien d’années en sus ?
Et comment être sûr, de ne pas au final,
le cerveau hors-circuit, végéter un peu plus ?

Car il est aujourd’hui de plus en plus courant,
que le cerveau faillisse avant les autres organes,
et que vivre plus longtemps, éloigné de toute canne,
ne permette à la fin, qu’être plus longtemps dément.

Une espérance de vie de plus de 80 ans,
ça devrait bien suffire à réussir sa vie ;
la quantité n’offre plus, de quoi être ravi,
mais c’est la qualité, qui donne sens au temps.

 

De la juste vie

Je lâche donc aussitôt cet argument « santé »,
pour n’en garder plus que, la notion de bien-être,
abandonne à leur sort, ces fieffés centimètres,
j’empoigne ma cervoise, et vous dis donc « santé » !

Peut-être que demain, point je ne mangerai,
un croissant aux amandes, en guise de déjeuner;
mais non au grand jamais, je n’abandonnerai,
mon Larousse des desserts, de ce bon Pierre Hermé.

Je poserais encore, une ultime question :
à quoi bon investir, dans ces programmes santé,
quand il s’agit d’une prime, à la sénilité,
ne vivrait-on point mieux, si l’on vivait moins vieux ?

“So no, I have no hope right now, and no idea what to do. And soon, I’ll have no health insurance either.”

Toute à l’heure, sur le point de me coucher, je tombe sur le post de ma belle-soeur Anne. Après avoir grandi en Suisse, elle a fait ses études en Louisiane, est mariée à un noir américain et vit dans le New Jersey depuis plus près de vingt ans.  Ses mots résonnent profondément en moi, pleins d’émotion. A ma demande, elle a accepté que je publie son texte tel quel. Je vous laisse le lire, contrepoint à la vague d’objectivisation, de minimisation, qui fait déjà oublier que chaque bulletin pour Trump a blessé profondément des milliers de personnes, aux Etats-Unis et dans le monde. Ici aussi, chaque voix qui célèbre la victoire de l’intolérance est comme un coup de poing dans le ventre de tous ceux qui sont visés, lâchement.

 

amb

 

(11. November 2016)

“I’m still not sure how to process. I cried all day yesterday and felt a despair and fear I have never felt before. I read a few post-mortems that did little to comfort me, especially when the NYT is already calling Trump authentic and fresh, and some think pieces that did a better job than I could to express what my emotions are. I gave myself yesterday to mourn and was ready to put on my big girl boots today and find a way to be hopeful and continue the work done by Hillary and her campaign. But I haven’t found hope yet. I still need to scream.

I have no interest in “healing the divide” with people who CONSCIOUSLY chose a person who proudly claims as his values ignorance, intolerance, hatred, racism, misogyny, exclusion, lack of hard work, lack of preparation, lack of knowledge. Who is endorsed by white supremacists. Who is a climate change denier. Who will set back this country decades in terms of diversity progress, of women’s rights, of minority rights. Who will most likely put us in deep economic depression and start a few wars. Who will do NOTHING to make my husband safer as a black man in America—to the contrary.

Don’t give me bullshit about these people wanting change. You don’t vote for change when you re-elect the same congressmen and senators. White people rarely clamor for change when the economy is strong, unemployment low, and gas cheap. It’s not just poor and uneducated whites who voted for Trump, but whites of all income levels, including a majority of white women. This was a vote against a woman and against a black man. This was a vote against an America that is constantly evolving and changing, a 21st century America, but that you can’t see if you never leave your lily white world. The change they wanted was going back to a world where whiteness and maleness are safely at the top of the hierarchy.

For 8 years, many in this same segment of the population loudly stated that Obama was not their president. Trump has refused to admit that President Obama was born in the US (his recent PR stunt on the subject doesn’t count as admission) and basically launched his political aspirations through his birtherism, long before he came down an elevator and called Mexicans rapists. Well, now, it’s my turn to say that Trump is not my president. I know—democratic process, bla bla bla. No. Fuck no. Living in a democracy should mean that I am safe, that my family is safe, that my husband is not considered 3/5 of a man, that I and all my women friends can make decisions for our own bodies in a safe way and can be heard and understood, whether it is about sexual assaults or sexism in the workforce, that my friends of color are safe in all aspects of their lives, that my gay friends can celebrate their marriages and their babies without fear of losing rights, that my immigrant friends can feel like this is their home. Instead, I am reading countless accounts of muslims, blacks, latinos, gays being harassed and assaulted, already.

And I have no faith in checks and balances, since Trump will function with a VP who is one of the scariest politicians in recent memory, a cabinet made of some of the most extreme, corrupt, racist, and hate-spewing people (not to mention a great number of totally incompetent people, to support a man who doesn’t even seem to clearly understand the three branches of government), and with a GOP* Congress that has been blocking a record number of appointments from being made in the last year and will now be free to work with one of the most reactionary platforms in decades. There is no question that finding a way to repeal Roe v. Wade is a major priority.

This is not about 4 years. The consequences of a Trump administration (man, I just got nauseous all over again typing these words together, it just makes no sense) with a GOP Congress and Supreme Court appointments will last for a very long time.

And beyond politics and policy, this election result is a direct attack on a future where everyone has equal rights. It’s not that we are perfect right now, or that the last 8 years have been all peachy, but we were heading in the right direction and a Hillary presidency would have further worked so that all, no matter color, origin, creed, sexual orientation, or income level, would be treated equally. That is gone.

So no, I have no hope right now, and no idea what to do. And soon, I’ll have no health insurance either.”

 

*Note: GOP = Grand Old Party = Republican Party)