#SolidarityNail dans le contexte de la grève des femmes du #14Juin2019

Le 14 juin 2019, en Suisse, aura lieu une manifestation nationale majeure, en faveur de l’égalité des genres : la grève des femmes.

https://frauenstreik2019.ch

Or si (presque) plus personne ne défend l’inégalité entre les sexes, la réalité est encore loin de nos aspirations. Cette différence entre la théorie – en l’occurrence, l’article 8 de la Constitution suisse – et les faits s’explique en partie par la mauvaise volonté de quelques-uns, mais surtout par les habitudes et une robustesse du système en place, encore largement patriarcal.

Nombreux sont les hommes qui se défendent d’être sexistes ou machistes, mais qui se retrouvent à perpétrer des schémas ancestraux. En ce qui me concerne, c’est n’est qu’à la naissance de mes filles que j’ai réalisé à quel point, sans une lutte conjointe des deux membres du couple, une inégalité de fait se mettait en place, même entre deux individus partageant de fortes valeurs progressistes et d’équité. Je pense notamment au phénomène depuis lors bien connu de la charge mentale (pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas encore, lisez la BD éclairante de l’ingénieure informaticienne et dessinatrice Emma sur le sujet), au congé parental inexistant ou encore à la gestion des temps de travail partiel et la vision sociale sur le sujet.

Bref, il y a pour nous, les hommes, encore un énorme travail à faire sur nos attitudes, rôles, dires, pensées, et sur ce que nous faisons et ne faisons pas. Pour cela, la volonté seule ne suffisant pas, il est essentiel de régulièrement thématiser le sujet, échanger, argumenter, essayer, et cela également entre hommes…

Dans ce contexte où la mobilisation du #14juin2019 s’annonce pour beaucoup avant tout comme le fait des femmes, il paraît utile d’utiliser dès maintenant un signe distinctif, engageant et solidaire pour les hommes: par exemple, se vernir l’ongle du pouce, pour en faire un #SolidarityNail :

  • En signe de solidarité
  • Pour mettre le sujet et notre engagement sur la table durant une semaine, 24 heures sur 24, jusqu’au 14 juin, jour de la grève des femmes.
  • Il faudra donc forcément en parler avec nos filles et fils, femmes et partenaires, nos familles, nos amiEs, nos collègues, nos voisinEs, des inconnUes dans la rue, des clientEs, nos supérieurEs, des partenaires professionnelLEs…
  • Cet acte pourtant infime nous forcera à réfléchir à de multiples reprises, sur le sexisme dans les contextes les plus divers ;
  • Nous recueillerons des commentaires qui ne nous plairont pas ; d’autres qui nous flatteront ; des idées brillantes ; et d’autres que nous ne comprendrons peut-être même pas, ou qui nous heurteront.

Quoiqu’il en soit, je documenterai ce #SolidarityNail et certaines réactions sur les réseaux sociaux.

Et si, d’ici vendredi, nous étions plusieurs hommes à nous engager dans cette petite expérience solidaire, ce serait une belle façon de contribuer à une remise en question, au-delà des soutiens moraux et logistiques, au delà des cercles convaincus, en nous mettant – un tout petit peu – en danger…

(et oui, mon vernis est mal posé ; mais en théorie, je savais comment faire… 😉 )

 

#14juin2019: Invitation à nos fils, amis, collègues, employés, patrons…

La grève des femmes du 14 juin est un magnifique projet de mobilisation pour les droits des femmes et pour l’égalité. Depuis quelques jours, la place des hommes dans ce projet fait débat. Et ce débat n’a pas bien démarré. Il y a un vrai risque que l’énergie très positive du 14 juin se perde dans une question que toutes et tous jugent contre-productive: les hommes sont-ils bienvenus ou non dans une grève féministe?
Nous souhaitons inviter tous les hommes à adopter l’approche la plus pragmatique possible : comment permettre aux hommes soucieux d’égalité de contribuer positivement à cette journée du 14 juin, et plus globalement au mouvement qui l’accompagne? Une partie non-négligeable de l’impact du 14 juin sur la société suisse dans toute sa diversité pourrait se jouer avec cette question.

Nous pensons que la grève du 14 juin sera utilisée à son maximum si les villes et régions du pays sont parcourues par les femmes et les hommes. La « grève » idéale serait une journée où l’entier de la population descend dans la rue pour démontrer son attachement à l’idéal d’égalité. Les deux conditions évoquées par les collectifs de femmes sont tout à fait légitimes. Premièrement, il est évident que les femmes occuperont les têtes de cortèges, les discours, les prises de parole. Il n’est pas question que les hommes prennent la place médiatique ou cherchent à s’accaparer le mouvement. Si certains ne se sentent pas à l’aise avec le fait de se fondre dans la masse, ce sera un bon entraînement. Deuxièmement, si le soutien d’un homme est nécessaire pour qu’une femme participe à l’événement, celle-ci doit avoir la priorité. Mais le scénario idéal reste qu’ils y participent tous les deux. Nous ne pouvons nous permettre de faire les choses “à moitié”, en espérant qu’une manifestation de même ampleur puisse mobiliser autant les hommes une prochaine fois. La mobilisation doit être massive. Le signal sera d’autant plus fort pour nos proches et, plus généralement, pour les responsables politiques ! La manifestation de septembre 2018 pour l’égalité salariale reste en ce sens une belle source d’inspiration.

Les hommes soucieux d’égalité ne doivent pas tenter de passer pour des héros du quotidien. Cela tombe bien, c’est exactement ce que nous défendons: reconnaître la normalité de l’engagement des hommes pour l’égalité dans la sphère privée, familiale, professionnelle, politique. Il existe de multiples façons d’être homme et/ou père, en dehors des sentiers battus de la masculinité toute puissante qui performe au quotidien, écrase les résistances et ramène l’argent au foyer. Il existe aussi de multiples façons d’influencer les conditions cadres pour obtenir plus d’égalité, et les hommes doivent en assumer leur part activement.

Ainsi, nous devons sortir d’une attitude d’assistant: « je sais que tu gères, n’hésite pas à me dire si je dois t’aider ». En matière de féminisme, il ne s’agit plus pour les hommes d’être en « soutien » des femmes, mais de prendre activement leur part de la charge de travail au foyer, tout en baissant eux-mêmes leur temps de travail, en jouant une part active en tant que modèle dans l’éducation et en favorisant l’augmentation de la présence politique des femmes.

Le 14 juin, les hommes qui ont parfois tendance à rester dans leur zone de confort et à profiter de leur position seront davantage remis en question s’ils voient leurs amis, collègues, employés et patrons se mobiliser de manière visible. De nombreux hommes ne demandent qu’à être inspirés vers plus d’égalité. Ensemble, nous pouvons transformer en profondeur la société suisse, chacune et chacun, l’un avec l’autre. L’égalité est l’affaire de toutes et tous. Invitation à tous les hommes de le montrer le 14 juin, aussi.

Ce texte est à disposition de tous; n’hésitez pas à le reprendre, le transmettre, le republier.

 

(et allez faire un petit tour sur le blog de Johan Rochel 🙂 )

Le #14juin2019, je ne ferai ni la grève, ni la femme; mais j’en serai.

Après 100 ans de luttes féministes, la société suisse n’est pas encore égalitaire entre les hommes et les femmes. Violences sexistes, représentation des femmes dans les instances dirigeantes, #MeToo, égalité salariale, partage de la charge mentale, harcèlement de rue, ou encore congé paternité, sont quelques exemples parmi les enjeux essentiels de notre société actuelle. Sur le fond, tout le monde est d’accord. En réalité, les inégalités sont encore criantes.

Cela fait trop longtemps que cela dure, et il est important d’accélérer le rythme des changements. Les outils sont là, les instruments sont connus, mais dans nos têtes et nos organisations le changement doit encore se faire.

En ce sens, un électrochoc sous la forme d’une mobilisation massive, visible, qui montre la force des idées féministes au-delà des barrières partisanes et des sexes pourra être décisive. Chacune et chacun doit voir qu’il est normal et légitime de faire sa part des choses à son échelle, que ce soit dans son couple, sa famille, son parti ou son travail. Cette visibilité doit nous donner à toutes et tous le courage de ne plus tolérer le sexisme, en aucun lieu, en aucun moment. Cela permettra à certaines d’oser davantage prendre la place qui leur est due et à s’y sentir légitimes. Une manifestation nationale secouera nos consciences, et montrera l’ampleur du mouvement.

Appel et manifeste pour le 14 juin 2019

Un appel a été lancé en 2018 à une grève féministe le 14 juin 2019, une mobilisation générale en faveur d’une égalité réelle entre les sexes.

Après de nombreuses discussions et rencontres, un collectif a lancé une page internet au début de cette année, avec un manifeste pour expliquer les raisons et enjeux de cette manifestation. Je m’en suis réjoui, y trouvant une liste de toutes les bonnes raisons qui font que personne ne peut se satisfaire de la situation actuelle.

Après lecture, je suis néanmoins resté sur un malaise, qui s’est cristallisé sur deux points.

  • l’appel ne s’adresse pas aux hommes, il les exclut même explicitement à travers une petite astérisque associée à toutes les occurrences du mot femme dans le texte : «*toute personne qui n’est pas un homme cisgenre (soit un homme qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance) ».
  • l’appel associe la lutte féministe à une lutte anticapitaliste

Si j’entends bien les arguments qui peuvent avoir poussé vers ces deux aspects, je les trouve extrêmement dommageables et maladroits. Le mouvement féministe, s’il veut avoir un impact fort et réel aujourd’hui, doit être inclusif, et ne peut se permettre d’être discriminant. Nous devons réussir à convaincre largement. Avec ce discours, au contraire, les initiantes resserrent les rangs de leurs troupes, mais on ne mobilisera pas l’ensemble des forces progressistes du pays : on ne mobilisera ni à droite, ni les timides, ni les femmes qui ont des responsabilités au sein de l’économie et qui jouent pourtant un rôle si important dans le changement ; et on ne mobilisera pas non plus les hommes (ce dont certains se satisferont certainement). Bref, non seulement ce texte ne prêche que les convaincues, mais en plus il ne prêche qu’une petite partie des convaincues.

La lutte féministe nous concerne nous aussi, les hommes, plus que jamais.

Il est essentiel que nous (hommes qui nous reconnaissons dans le genre qui nous a été assigné à la naissance…), agissions avec les femmes, à leurs côtés, là où nous avons une influence et une responsabilité. A l’heure de la lutte contre la charge mentale, du congé paternité, il serait totalement incohérent de laisser la charge de la lutte féministe aux femmes seules. Il est trop facile de dire « c’est un truc de femmes, mais je les soutiens », à la façon dont certains disent : « j’aimerais bien travailler à temps partiel, mais mon entreprise ne le permet pas ». La charge mentale ne se partage qu’en prenant sa part de responsabilité.

Comment pourrais-je être crédible face à mes filles en leur disant que j’irai travailler normalement le jour de la grève féministe, que c’est un truc de nanas et qu’elles peuvent y aller avec leur maman ? Non, nous, les hommes, devons avoir un rôle actif, et prendre nos responsabilités.

(NB : après relecture, je me vois désolé de ce flagrant délit de mansplaining de situation, uniquement dû au fait que ce manifeste a été rédigé par un collectif de femme. Plutôt que du « man-splaining », j’aimerais que mon billet soit compris comme un « man-ifeste »).

A quoi bon vouloir à tout prix mettre cette journée de mobilisation sous le couvert de la lutte anticapitaliste ?

Au-delà du terme même de « grève », très marqué politiquement, le texte contient des éléments qui positionnent le manifeste clairement à gauche, et associe explicitement le féminisme avec la lutte anticapitaliste.

Loin de moi l’idée de prétendre qu’il n’y a pas de sexisme dans le capitalisme ou le libéralisme. Mais le sexisme est partout. Il existait avant le capitalisme, de même qu’il existe aujourd’hui dans des organisations explicitement anticapitalistes. Prétendre que le sexisme est la faute du capitalisme me paraît trop réducteur par rapport à l’ampleur du phénomène, et surtout il sous-entends que rien ne sert de défendre le féminisme si on n’est pas anticapitaliste. Cela ne sert en rien la manifestation du 14 juin, tout au plus les élections fédérales de cet automne pour certains.

Une journaliste du Temps, Aïna Skjellaug, a évoqué cette forte couleur de gauche dans un édito, ce à quoi une « réponse » a été rapidement produite par un collectif de femmes coordonnant le mouvement actuel ; on pouvait y lire la confirmation que oui, pour « les femmes », le sexisme est lié au capitalisme. Punkt. Schluss.

Ayant alors demandé des précisions sur différentes plateformes de réseaux sociaux du mouvement, j’ai reçu plusieurs fois la même réponse, décevante: le vrai féminisme ne peut être que de gauche, mais tout le monde est invité à participer (écouter pour cela aussi le débat dans Forum du 30 janvier). C’est un peu la même attitude que lorsque des hommes sexagénaires d’un conseil d’administration unisexe déclarent que bien sûr, leur conseil d’administration est ouvert aux femmes (compétentes), qu’ils en ont même cherché, mais qu’aucune n’est prête à s’investir.

En terme d’ouverture, il faut bien se rendre compte que la formule des « collectifs » auto-organisés qui sont à la base de la rédaction du manifeste ne sont pas à la portée ni dans la culture de toutes les femmes. Une militante de gauche maîtrise et se sent à l’aise dans un telle formule, alors qu’une jeune cadre d’un parti de droite bien moins, même si elle a de fortes convictions féministes. Il faudrait un sacré courage pour s’inviter et s’imposer dans un groupe qui nous considère soit comme une nunuche victime, soit comme une traîtresse qui pactise avec l’ennemi.

Pour avoir réellement un impact, à court terme, nous avons besoin de toute la diversité des profils, sensibilités, compétences et fonctions des femmes. Toute femme est légitime pour défendre la lutte contre le sexisme.

S’il est important de défendre ses idées “politiques”, la cause des femmes a assez attendu pour ne pas attendre l’aboutissement de la révolution anticapitaliste. Sortons des guerres de clans et agissons sans plus tarder, avec toutes les forces progressistes en la matière.

Le mouvement va encore évoluer et s’étoffer

La journée du 14 juin est néanmoins encore loin, et beaucoup de choses vont encore se passer. Il y a assez de temps pour mobiliser large, rassembler les forces et les diversités. Il existe aussi de multiples formes de mobilisation autres que la “grève” au sens strict.

Des organisations clés en matière de féminisme comme Alliance F ou politiciennes.ch, n’ont à ma connaissance pas encore communiqué sur le sujet du 14 juin. Elles ont déjà montré par le passé qu’elles sont capables de rassembler au-delà des clivages politiques, et j’ai grand espoir qu’elles prendront leurs responsabilités.

Pour ce qui est des hommes, je suis plus dubitatif, et ne vois pas d’organisation à même de se mobiliser ; corollaire du sexisme actuel, il n’y a par exemple pas de groupes « hommes » dans les partis politiques, qui pourraient s’activer sur ce sujet. Cela ne doit pas nous empêcher de nous activer chacun, de manière individuelle.

Des réunions régulières sont agendées pour coordonner le(s) mouvement(s) et sont annoncées sur le site mère du mouvement. Il y a encore beaucoup de possibles. En ce sens, il serait aisé de faire évoluer deux ou trois phrases du manifeste pour le rendre plus inclusif et moins typé politiquement, sans rien y changer au niveau des revendications concrètes. On pourrait aussi imaginer que chaque « groupe » publie son propre texte, permettant ainsi une certaine diversité.

Et moi*, dans tout cela ?

(*homme cisgenre, père de deux filles, marié et chef d’entreprise)

La communication officielle actuelle me dit que je suis le bienvenu à Berne le 14 juin pour « soutenir » le mouvement: par exemple en faisant la cuisine ou en gardant les enfants ce jour-là. Or, je ne veux pas « soutenir » le mouvement, je veux « être » de ce mouvement. Et je n’ai pas besoin d’une manifestation nationale pour faire la cuisine ou garder les enfants en en faisant un « geste de soutien » exceptionnel.

De plus, la notion de grève a pour moi peu de sens. D’une part parce qu’elle polarise plutôt qu’elle rassemble, que je ne sais pas à quel client je facturerais mes heures de grève, qu’en tant que directeur, me mettre en grève serait paradoxal, et que plus fondamentalement je n’ai jamais défendu l’outil de la grève.
Par contre je conçois qu’en terme de marketing, le terme soit puissant, et je peux m’en accomoder.

Si je ne me reconnais pas dans la communication actuelle, je me reconnais totalement dans le contenu des revendications de la manifestation, et j’assumerai donc ma part tout autant que mes parties.

A défaut de faire grève, je prendrai donc congé le 14 juin, et je serai présent pour donner un signal fort que cette cause me concerne et m’engage (en cravate violette).

Le 14 juin 2019, je ne ferai ni la grève, ni la femme; mais j’en serai.

Aujourd’hui, je suis persuadé qu’il est possible d’atteindre une société égalitaire avec des changements qui sont à notre portée. Pour cela, nous devons toutes et tous nous y mettre. Femmes, hommes, de gauche comme de droite ou d’ailleurs, en privé, en public et au travail. Chacune et chacun à notre façon, faisons avancer le féminisme; changeons nos systèmes, nos attitudes, avançons, toutes et tous à notre manière. Ensemble.

Dites, les hommes, on s’y retrouve, le 14 juin ?

Où donc est passé le peuple ?

(Avec en fin de papier: petit test rapide pour identifier un « populiste)


Au commencement, le peuple créa les droits et les devoirs.
La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit des peuples se mouvait au-dessus des eaux.
Le peuple dit : Que les lumières soient ! Et les lumières furent.
Le peuple vit que les lumières étaient bonnes.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.

Le peuple dit : qu’il y ait une étendue entre les pouvoirs, et qu’elle sépare les pouvoirs d’avec les pouvoirs. Et le peuple fit le pouvoir exécutif, et il sépara le pouvoir législatif du pouvoir judiciaire. Le peuple vit que cela était bon.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour.

Le peuple dit : qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre. Le peuple fit la science pour présider au jour, et les médias pour présider à la nuit, et pour séparer les lumières d’avec les ténèbres.
Le peuple vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour.

Le peuple acheva au quatrième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au quatrième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite.


C’est ainsi que chacun put à sa juste mesure exercer le pouvoir qui lui était accordé, que le législatif posait les règles, que l’exécutif les mettait en œuvre, que le judiciaire tranchait lorsque les règles n’étaient point tenues, et que la science et les médias éclairaient le tout de leurs lumières. Chaque homme et chaque femme du peuple accédait à l’une ou l’autre fonction selon des règles connues, et en fonction du pouvoir qui seyait à ses envies et ses compétences.

Or parmi le peuple, il arriva que certains n’eussent pas les compétences à la mesure de leurs envies et de leurs ambitions. A défaut de compétences, ils tentèrent de s’élever en s’appuyant sur des groupes moins forts, ou minoritaires, espérant en faire des échelons plus faciles que ceux de leurs propres qualités. Ils usèrent ainsi avec succès des femmes, des étrangers, des pauvres, ou simplement des « autres ». Ils maniaient avec habileté de la peur et de la frustration. Ils firent de ces minorités des menaces pour le « peuple », et des politiques au pouvoir des ennemis du « peuple ». Beaucoup réussirent à petite échelle. Peu à grande échelle, mais ces quelques réussites mondiales ont marqué durablement l’histoire d’une pierre noire. On les qualifie aujourd’hui, bien à tort, de « populistes ».

Depuis, les succès réguliers dans les législatifs de ces avides de pouvoirs se sont heurtés régulièrement aux autres pouvoirs, lorsque ce n’était pas à leurs propres incompétences dans l’exécutif. Plutôt que de s’en prendre uniquement aux minorités pour arriver à leurs fins, ils ont donc commencé à saper les autres pouvoirs, avec systématique, au grand jour, et sans vergogne, avec 4 messages très simples :


Quatre messages sont martelés tous les jours, partout :

1. Les politiques (exécutif et législatif) sont incompétents et à la botte de leurs lobbies ; ils n’écoutent pas « le peuple ».

Rien de neuf sur ce point-là. Ce message est simple à faire passer, vu qu’il est relayé en boucle par l’ensemble des partis politiques. Et vu que chaque parti sape les autres, on assiste à une situation de pat, avec une perte de crédibilité pour l’ensemble du pouvoir législatif et exécutif. Cela fonctionne bien pour les partis populistes, tant qu’ils ne sont pas considérés comme étant au pouvoir.

Ainsi, à force de s’être auto-détruite, la politique française a laissé la porte ouverte à des mouvements de fond non organisés comme par exemple les « gilets jaunes » ce week-end dernier, répétant en boucle le message numéro 1, anti élites politiques.

2. Les juges sont partiaux et défendent des droits et des lois avant l’intérêt du « peuple ».

Les populistes ont une dent contre les juges, car ce sont eux qui tranchent en cas de plainte pour appel à la haine, racisme, homophobie (même si en Suisse elle n’est pas encore reconnue légalement), ce qui rend plus difficile l’accès au pouvoir en s’en prenant aux minorités. L’initiative populaire suisse « le droit suisse au lieu de juges étrangers » de l’UDC en est la dernière illustration, elle qui essaie de supprimer directement ces garde-fous.

De plus en plus souvent, on assiste à des attaques frontales contre le pouvoir judiciaire, dont Trump et Mélenchon ne sont que la pointe visible de l’iceberg. A noter que ces coups de butoir sont particulièrement nocifs, provenant de représentants directs des pouvoirs exécutifs ou législatifs.

La campagne ultra politisée de l’élection du juge Kavanaugh à la cour suprême des États-Unis est une autre pierre à l’édifice de ce message numéro 2, paradoxalement taillée par les deux camps.

3. Les médias sont des manipulateurs aveuglés par le politiquement correct, ou une mission politique qui leur est propre ; ils mentent et cachent la vérité au « peuple ».

L’image des médias et des journalistes peu scrupuleux et manipulateurs a la dent dure. En couvrant de manière journalistiquement adéquate les événements et les processus politiques, ils sont des obstacles aux campagnes populistes simplistes ; ils montrent un monde complexe où tous les problèmes ne peuvent pas être le fait de responsables uniques, idéalement étrangers, pauvres ou homosexuels. Ils mettent les disfonctionnements en lumière.

Ce qui doit alerter aujourd’hui, c’est que ce message est repris par des politiques de tous bords, dès le moment où ils sont attaqués ; les médias réagissent alors encore trop souvent maladroitement à ces attaques (invoquer uniquement la légitimité de la fonction de 4ème pouvoir sans ouvrir un vrai dialogue ne suffit pas à établir la confiance ; au contraire, il renforce le message numéro 3).

Pour prévenir ces attaques, les médias utilisent de manière répétée le droit à la parole pour tous et le débat contradictoire, relayant ainsi de manière totalement non proportionnelle les messages 1, 2 et 4.

4. Les scientifiques défendent leurs financements plutôt que la vérité, en trompant le « peuple »

Les scientifiques n’ont jamais été de grands communicateurs, mais depuis la mise en place du système des publications et des peer reviews internationales, les découvertes admises par la communauté scientifiques jouissaient d’une reconnaissance effective.

Plus que la communauté scientifique dans son ensemble, ce sont des théories scientifiques reconnues qui sont aujourd’hui attaquées frontalement. Ainsi, par exemple, la théorie biologique de l’évolution, ou encore la climatologie, sont aujourd’hui ouvertement remises en question; les acteurs qui profèrent ce genre d’attaque le font sans aucun fondement scientifique et sont relayés très facilement par les médias sociaux ; et, plus préoccupant, presque aussi facilement par les médias professionnels. L’UDC suisse est particulièrement performante dans ce domaine, si l’on pense aux prises de parole surréalistes des dernières années au sein du parlement fédéral, ou des piques constantes des Roger Köppel, Claudio Zanetti et autres climato-sceptiques fiers de l’être.


Le populiste dit : que l’on éteigne les luminaires dans l’étendue du ciel. Le populiste décrédibilisa la science pour présider au jour, et détruisit les médias qu’il ne contrôlait pas pour présider à la nuit, et pour mêler les lumières avec les ténèbres.
Le populiste vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon pour lui.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le cinquième jour.

Le populiste dit : qu’il n’y ait plus d’étendue entre les pouvoirs, et que les pouvoirs se mêlent avec les pouvoirs. Et le populiste prit le pouvoir exécutif, et il supprima le pouvoir législatif et soumit le pouvoir judiciaire. Le populiste vit que cela était bon pour lui.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

Finalement, le populiste supprima les droits et les devoirs.
La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit des peuples se perdait au-dessous des eaux.
Le populiste dit : Que les lumières s’éteignent ! Et il souffla les lumières.
Le populiste vit que l’obscurité était bonne pour lui.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le dernier jour.

Le populiste vit tout ce qu’il avait fait et pour la première fois se posa une question, qui fut aussi sa dernière : mais où donc, est passé le peuple ?

 


Petit test rapide pour identifier un « populiste » :

Lesquels de ces messages sont-ils relayés par la personne, le groupe, le parti qui vous intéresse ?

  1. Les politiques (exécutif et législatif) sont incompétents et à la botte de leurs lobbies ; ils n’écoutent pas « le peuple ».
  2. Les juges sont partiaux et défendent des droits et des lois avant l’intérêt du « peuple ».
  3. Les médias sont des manipulateurs aveuglés par le politiquement correct, ou une mission politique qui leur est propre ; ils mentent et cachent la vérité au « peuple ».
  4. Les scientifiques défendent leurs financements plutôt que la vérité, en trompant le « peuple ».

Si un ou plus de ces messages sont répétés régulièrement, c’est que vous avez affaire à un populiste, ou une personne en passe de le devenir.

Peut-être que cette personne est incompétente, n’écoute pas, défend ses intérêts en premier, manipule ou est aveuglée par une mission qui lui est propre, ment et trompe le peuple.

 

Heureusement pour l’environnement, l’initiative pour des aliments équitables (Fairfood) n’est pas acceptée #CHVote

C’est un sentiment très désagréable que de voter contre une initiative dont on consacre une bonne partie de sa vie à atteindre les objectifs. C’est pourtant ce que j’ai fait ce matin. Paradoxalement, l’initiative risquait à long terme de saper les améliorations écologiques tant en Suisse qu’à l’étranger.

Ce 23 septembre 2018, le peuple suisse a voté sur l’initiative populaire « Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques (initiative pour des aliments équitables)», également appelée «initiative Fair Food».

Des objectifs qui vont dans le bon sens

Le site de la Confédération en résume bien les intentions :

« Le but de l’initiative est de développer l’offre en aliments produits dans le respect de l’environnement et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. La Confédération devrait garantir le respect de ces conditions en ce qui concerne la production indigène. Des contrôles spécifiques devraient garantir que les aliments importés sont eux aussi produits en respectant ces conditions. L’initiative vise également à réduire l’impact du transport des denrées alimentaires sur l’environnement, à lutter contre le gaspillage alimentaire et à promouvoir les produits locaux et de saison. »

Là-dessus rien à redire ; il est essentiel que notre alimentation devienne plus écologique, plus respectueuse des animaux et plus respectueuse des conditions de travail.

Le dangereux couplage des standards suisses avec les exigences à l’importation

Le problème central figure à l’alinéa 2 du nouvel article 104 b proposé pour la Constitution :

La Constitution est modifiée comme suit:

Art. 104b Denrées alimentaires

1 La Confédération renforce l’offre de denrées alimentaires sûres, de bonne qualité et produites dans le respect de l’environnement, des ressources et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. Elle fixe les exigences applicables à la production et à la transformation.

2 Elle fait en sorte que les produits agricoles importés utilisés comme denrées alimentaires répondent en règle générale au moins aux exigences de l’al.1; elle vise à atteindre cet objectif pour les denrées alimentaires ayant un degré de transformation plus élevé, les denrées alimentaires composées et les aliments pour animaux. Elle privilégie les produits importés issus du commerce équitable et d’exploitations paysannes cultivant le sol.

 

Beaucoup ont débattu sur la faisabilité d’imposer ces mêmes exigences à l’importation. Les initiants ont eux-mêmes argumenté qu’une certaine souplesse dans l’application serait nécessaire.

Le vrai problème est qu’en couplant les standards suisses et les exigences à l’importation dans la Constitution, nous aurions rendu les standards suisses encore plus difficiles à améliorer.

 

De nouvelles coalitions encore plus puissantes

Dans les dernières années, à chaque fois que les exigences environnementales dans la production devaient être augmentées, on se heurtait au front d’une partie des producteurs et de l’économie qui argumentait que cela renchérirait les produits, et que la concurrence étrangère en serait renforcée.

En exigeant des standards similaires pour les produits importés, nous aurions renforcé le front des opposants à toute amélioration des standards environnementaux avec la très puissante industrie de l’importation ; alors que ces derniers pouvaient voir d’un bon œil les produits suisses plus écologiques se positionner sur un autre segment de marché que leurs produits low cost , ils verront dorénavant chaque nouvelle exigence suisse comme une menace directe pour leur business. La façon dont ils ont contribué à faire capoter l’initiative dont il est question ici n’en est que le premier exemple.

Paradoxalement, en voulant améliorer les standards écologiques en Suisse et à l’étranger, cette initiative risquait de rendre toute amélioration en Suisse encore plus difficile, en alliant à long terme les opposants potentiels de l’industrie de l’import et de l’export.

Ce n’est pas le moment d’affaiblir la gouvernance internationale

Au niveau international, il n’existe aujourd’hui pas d’autre organisme que l’OMC où l’on puisse discuter du renforcement des questions environnementales dans le commerce. Ces discussions y ont d’ailleurs en cours aujourd’hui.

Or, sous les coups de boutoir de l’administration Trump et d’autres acteurs qui préfèrent imposer leurs vues plutôt que de soumettre le commerce à des règles multilatérales et auxquelles même les plus petits ont accès, l’OMC est aujourd’hui proche de la rupture.

Même si c’est pour une bonne cause (l’environnement), ce n’est pas le moment de saper aujourd’hui un système de régulation qui est le seul à même, à moyen terme, de soutenir les objectifs d’un commerce international plus équitable et plus respectueux de l’environnement. La Suisse ne peut pas unilatéralement imposer des critères à ses partenaires économiques, de la même manière que nous ne souhaitons pas que des états plus forts imposent leur propre conception de l’équité et de l’écologie dans le commerce alimentaire (quantité et OGMs).

D’un point de vue environnemental global, il me semble plus important que la Suisse contribue à mieux intégrer les enjeux écologiques dans le système de l’OMC, plutôt que de participer à affaiblir encore cette dernière en ancrant des restrictions unilatérales au commerce dans sa Constitution.

Nous pouvons aussi renforcer les exigences écologiques à l’importation au cas par cas, sans en faire un élément systématique ancré dans la Constitution.

Les leçons de tout cela

Le mérite de cette initiative a été de montrer à quel point la population suisse se préoccupe de la qualité écologique et sociale de ce qu’elle mange. Le plébiscite initial (78%) que l’on a pu voir à travers les premiers sondages du mois d’août montre bien que les objectifs des initiants sont partagés par la majorité de la population suisse. https://www.rts.ch/info/suisse/9778249-les-initiatives-sur-l-alimentation-seduisent-les-suisses-selon-un-sondage-ssr.html
Les opposants ont gagné sur les détails de la mise en oeuvre.

Une fois de plus, une initiative qui vise juste sur les objectifs, capote parce que les détails du texte ne sont pas aboutis. Si une discussion approfondie avait eu lieu dans un cadre plus large que celui des initiants avant de déposer le texte, des effets pervers involontaires auraient pu être décelé, des alliances possibles identifiées. Je reste convaincu de l’importance de séparer la phase d’étude préliminaire de la phase de décision pour une initiative (voir un vieux billet sur ce blog ).

 

Bref, Fairfood est morte, mais le message du mois d’août au législateur pour la politique agricole ainsi que pour renforcer les standards écologiques en Suisse est fort et clair. Au boulot !

Comment nous pouvons gagner le combat contre le changement climatique

Je suis de la génération « changement climatique »

Je suis de la génération X.
Je suis de la génération « changement climatique ».
Du moins, le croyais-je jusqu’à hier.

Durant mes études de géologie à la fin des années 90, j’ai compris le réchauffement climatique comme une évidence scientifique. Les règles de base de la physique ainsi que les avancées en matière de paléoclimatologie et de géochimie suffisaient déjà à ce que scientifiquement la théorie générale soit aussi solide que celle de la tectonique des plaques. Pour moi la question n’était plus que politique, sociologique et technique : comment sortir d’une civilisation basée sur la libération de carbone fossile ?

J’en ai fait en partie mon métier dès le début des années 2000, et suis aujourd’hui actif dans la formation continue et le conseil en environnement, en contact quotidien avec des acteurs de tous types qui travaillent à ce même objectif. Je me voyais jusqu’à hier dans un processus dont la dimension politique et institutionnelle se construisait patiemment, à mesure que la réalité du changement était de plus en plus visible et que le contexte et les moyens d’y faire face devenaient de plus en plus concrets : sensibilité de la population au sens large, développement des énergies renouvelables, programmes d’efficacité énergétique (paradoxalement, ce sont les limites du nucléaire, qui, après Fukushima, ont donné un coup d’accélérateur à la politique climatique, plutôt que les dangers liés à la consommation effrénée de carburants fossiles).

Bref, je participe à cette évolution, tout en regrettant que cela n’aille plus vite.

« Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique »

D’où ma surprise vendredi passé, lorsque je tombais sur l’excellent article de Catherine Frammery dans Le Temps : « Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique ».

Je découvrais la génération perdue d’avant 1989. Dans les années 80, scientifiques, politiques et industriels travaillaient de concert non pas pour débattre de la réalité du changement climatique, mais pour réfléchir aux mesures de lutte au niveau mondial. Jusqu’à cette réunion des ministres de l’environnement à Noordwijk en 1989, où le travail de sape conduit par Ronald Reagan et Georges Bush eut raison du processus politique. A partir de là, le changement climatique fut délégué aux scientifiques, en même temps que des moyens énormes furent mobilisés pour les décrédibiliser. L’incroyable déficit de connaissances sur le climat dans le Parlement suisse aujourd’hui montre à quel point cette désinformation est efficace encore aujourd’hui…

(Extrait) Donald Trump a des alliés en Suisse. En mars dernier, la ratification de l’Accord de Paris n’est pas allée de soi. Le Conseil national s’est longuement écharpé sur la question. Débat largement alimenté par les salves en provenance du camp UDC. A commencer par celles de Toni Brunner (SG), son ancien président, qui s’est demandé si on allait interdire aux vaches de «roter et de péter». Poursuivant sur cette lancée, Werner Salzmann (BE) a aussi interpellé les écologistes sur un éventuel remède pour modifier le système digestif des ruminants afin qu’ils émettent moins de méthane.

Andreas Glarner (AG) a rappelé la grande affaire des années 1980: la mort des forêts. «Une escroquerie! A cause de ça, on a limité la vitesse à 120 kilomètres sur nos autoroutes et on roule toujours à ce tempo!» Pour Christian Imark (SO), le dérèglement climatique n’est rien d’autre qu’un «fait alternatif». Raymond Clottu (NE) a lancé une autre idée: «Il faut aborder le problème là où il se trouve réellement, c’est-à-dire au niveau de l’accroissement de la population». Roger Köppel (ZH) a tenté de dédramatiser la situation: «Les températures étaient encore plus élevées au temps de l’Empire romain».

(Les climatosceptiques sont bien représentés au parlement suisse – Magalie Goumaz – Le Temps du 2 juin 2017)

(A noter que le terme malheureux de « climatosceptique » participe lui-même à cette désinformation. On n’est pas ici face à des climatosceptiques, mais bien face à des sceptiques face à la science.)

Comment nous pouvons gagner le combat contre le changement climatique

Une fois cet article lu (puis l’article “encyclopédique” initial publié par le “New York Times » : « Losing Earth: The Decade We Almost Stopped Climate Change »), ma première réaction était la déception face à cet échec à un moment où tout était encore possible. Puis vint l’étonnement que toute cette première partie de l’histoire ait été  effacé de la mémoire collective, et n’ait même jamais accédé à la mienne. Et puis, soudain, le sentiment qu’au contraire, le fait de connaître le début de cette histoire, rendait à nouveau tout possible: s’il y a quarante ans on avait été à deux doigts de mettre en place une vraie politique de lutte contre le changement climatique, c’est que c’était fondamentalement faisable ; aucune raison ne rend cela moins possible aujourd’hui qu’en 1989, bien au contraire. La lutte couronnée de succès contre le trou d’ozone en interdisant les chlorofluorocarbures (CFC) montre combien des actions internationales fortes et concertées peuvent avoir un impact.

Contrairement aux années 1980, nous disposons aujourd’hui d’une panoplie de moyens économiques, juridiques, technologiques et sociologiques pour mettre en oeuvre une politique de maîtrise de la libération de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et donc de limitation du réchauffement climatique (en effet nous avons perdu trop de temps pour pouvoir stopper complètement le changement climatique initié). Nous pouvons aussi augmenter les efforts pour nous adapter aux changements climatiques en cours. Des décideuses politiques réalistes, responsables et ambitieuses font  aujourd’hui déjà des pas clairs en ce sens, comme par exemple Jacqueline de Quattro avec la feuille de route du plan climat du canton de Vaud.

Que l’on ait été si près du but en 1989 est en soi une bonne nouvelle. Cela montre que l’objectif peut être atteint. La victoire ne sera fera plus aujourd’hui en empêchant le changement climatique, mais en cessant de l’alimenter d’une part, et en apprenant à vivre avec d’autre part. Ronald Reagan et Georges Bush ne sont plus au pouvoir ; la méthode Trump ne survivra pas indéfiniment.

Quant à la recherche, il ne s’agit plus de comprendre si il y a changement climatique ou non. Il s’agit aujourd’hui d’affiner cette compréhension pour comprendre les conséquences à toutes les échelles, et identifier les mesures d’adaptation pertinentes.

Nous pouvons aujourd’hui effacer ce triste héritage, et nous lancer avec le pragmatisme visionnaire de la génération des pionniers des années 1980, vers des actes politiques courageux à même de donner de nouvelles perspectives aux générations de demain.

Ici et maintenant, pour demain et pour tous.

C’est bonnard, un Cynar, le soir, au Bar Hasard.

C’est bonnard, un Cynar, le soir, au Bar Hasard.
C’est un peu tard, ce soir, et je me marre, hagard.

Seul, au milieu des gueules veules des habitués,
je laisse couler l’amère fraîcheur en mon gosier,
à mesure que je sens mon crâne s’ouvrir en fleur,
et mes idées s’enfuir de leur longue torpeur.

Plaisir simple et infini que d’être un et tout,
sentir combien il est bon d’agir hic et nunc,
que les sens sont pour aujourd’hui en tes deux mains,
alors que le sens ne sera que pour demain.

Monsieur Cassis, un peu de courage, bon sang!

On a eu l’occasion d’entendre à plusieurs reprises ces dernières semaines notre ministre des affaires étrangères lâcher de petites phrases inatendues, comme des pétards à moineau (Gaza, Europe, etc). Les jeunes enfants adorent cela : cela fait beaucoup de bruit, cela effraie les plus petits et permet de faire acte de courage sans trop prendre de risques. Dans le fond cela n’est pas bien méchant – chacun son style – et le conseiller fédéral Cassis avait été élu en connaissance de cause (je laisse donc le soin au Parlement d’en gérer les conséquences).

Là où le problème est plus fondamental, c’est lorsque l’on fait de l’incapacité à être critique et à regarder la vérité en face une vertu politique. J’en veux pour preuve les coups de crayons appuyés qu’Ignazio Cassis a fait dans le dernier rapport sur l’Agenda 2030 pour le développement durable. Si vous n’avez pas suivi, Lise Bailat a très bien résumé l’histoire dans l’article suivant :

24 Heures – Lise Bailat – 20 juin 2018

Pour prendre un seul exemple, l’empreinte écologique est un calcul scientifique qui a ses approximations, mais dont les conclusions ne font aucun doute : la Suisse consomme bien plus de ressources qu’elle n’en a à disposition, et ceci sur le dos des pays en développement (importations) et des générations futures (consommation de ressources fossiles qui ne se régénèrent plus).

 

(Vous trouverez des informations détaillées sur le site de l’office fédéral de la statistique: https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/developpement-durable/empreinte-ecologique.html )

La carte ci-dessus montre bien que pour chaque pays rouge (qui consomme davantage que ce qu’il a à disposition sur son territoire), il faut un pays vert (qui ne consomme pas l’ensemble de ses ressources), car rappelons-le, la terre est ronde et non infinie.

La politique vient ensuite, sur la réponse à donner, ou non, à un tel état de fait:
Faut-il laisser les choses aller, sachant que les pays verts deviennent chaque année de plus en plus jaune/rouge ? Faut-il préparer la Suisse à être moins dépendante des ressources externes ? Faut-il soutenir les pays en développement pour se développer sans passer par la case rouge comme nous l’avons fait ? Faut-il maintenir les pays en développement dans le vert ?

On le constate, dans ce domaine, le courage n’est pas de refuser de publier un constat dans un rapport officiel, mais bien d’oser affronter la réalité en face, ou mieux encore, d’oser une réponse.

L’une des raisons que le conseiller fédéral Cassis a données pour justifier son exercice de traduction en langue de bois du rapport sur l’Agenda 2030 était que ce dernier était « trop de gauche ». C‘est bien la première fois que j’entends un membre du Parti libéral radical sous-entendre qu’être de droite, c’était pratiquer le déni de réalité.

J’en veux pour preuve que dans de nombreuses entreprises, communes ou cantons de Suisse (et dans le monde entier), de vrais décideurs, de gauche comme de droite (précision: surtout beaucoup de décideuses), n’ont pas attendu les tergiversations cassisiennes pour aller de l’avant, et travaillent non seulement sur un état des lieux en matière de développement durable ouvert et non politisé, mais surtout proposent des objectifs politiques et des actions pour aller de l’avant.

Ne vous “trumpez” pas Monsieur Cassis! Un peu de courage, bon sang! Faites de la politique, et non pas du déni de réalité!

L’avenir de la Suisse se fait en regardant le présent dans les yeux.

L’antispécisme, ce comble du spécisme…

…ou comment réconcilier les rognons à la dijonnaise et l’humanisme.

 

Spéciste !

Il est une invective que l’on entend depuis peu et que l’on lit de plus en plus souvent, griffonnée sur une publicité carnée ou glissée dans un tweet offusqué : « spéciste ».

Elle rejoint ainsi les « fasciste », « raciste », « sexiste » et autres qualificatifs peu reluisants. Si ces derniers exemples ont de bonnes raisons d’être classés parmi les attitudes détestables, j’ai plus de peine avec la critique sous-entendue dans le terme de « spéciste », car je suis moi-même profondément spéciste, en toute humanité.

Dans son acception actuelle, on associe classiquement l’antispécisme à deux aspects principaux : celui de l’égalité de considération morale entre homme et animaux et celui, plus récent et plus extrême, de l’égalité des droits (tendance abolitionniste).

L’être humain, de quoi s’agit-il?

Penchons-nous tout d’abord un peu sur l’espèce humaine.

L’être humain a toujours été opportuniste et a depuis toujours fait du petit groupe (la tribu) la clé de son succès. Ses talents d’organisation et ses capacités d’apprentissage lui ont permis de résister aux prédateurs, d’optimiser les cueillettes, de pouvoir chasser plus grand et plus fort que lui et finalement inventer l’agriculture puis toutes les autres « révolutions » techniques et sociétales qui s’en sont suivies. Son régime omnivore lui a permis de s’adapter à chaque continent, ainsi qu’aux périodes de glaciations et zones arctiques grâce à un régime parfois exclusivement carnivore. D’autres espèces (grands prédateurs, charognards) se sont spécialisées sur le régime carnivore, jouant aujourd’hui encore un rôle essentiel dans la régulation des écosystèmes et la maîtrise des épidémies (prédation des individus plus faibles notamment).

Avec les « évolutions » techniques et sociales, l’homme a de plus en plus maîtrisé la nature, jusqu’à vouloir s’en détacher. De la survie il est passé à la vie, a depuis peu poursuivi en améliorant sa santé et sa « qualité de vie », tout en reculant de plus en plus la mort. Dans notre société occidentale, à force de chercher comment vivre, nous avons perdu la notion et la réalité de la mort, par essence intimement mêlée à la vie.

Les animaux, spécistes par nature

Les animaux ont quant à eux un lien encore très direct avec la vie, la survie et la mort. Dans la nature ils y sont constamment confrontés. Les règles sont claires. Il y a les prédateurs, et il y a les proies. Ce n’est ni un droit ni un devoir, c’est une réalité, pour l’un comme pour l’autre. Pour un carnivore, manger une proie est dans l’ordre des choses. D’ailleurs certains parmi les organismes les plus robustes et les mieux adaptés à notre écosystème s’attaquent par milliers à une proie qu’elles ne lâcheront souvent que morte, la plupart d’entre elles mourant alors à leur tour : les bactéries. Pour la proie, il s’agit de rester toute sa vie sur le qui-vive, de fuir assez tôt, et le moment venu, de lutter et se débattre sans merci pour survivre.

Au sein d’une même espèce, on ne se mange pas, mais on se combat; souvent pour des raisons de territoire, parfois aussi jusqu’à la mort. Les fourmis ou certaines abeilles peuvent ainsi se mener de véritables guerres entre colonies ou espèces proches. Les animaux sont intimement conscients de leur espèce, et sont spécistes pour leur survie même.

L’humanisme

Un élément qui distingue beaucoup de civilisations humaines actuelles est leur capacité à instrumentaliser la nature, que ce soit les ressources naturelles inertes comme la pierre, les minerais, le feu, la végétation à travers l’agriculture, ou encore les animaux à travers l’élevage ou les animaux de compagnie. L’homme s’est même parfois instrumentalisé lui-même, que ce soit en termes fonctionnels (métiers et fonctions complémentaires) ou alors sous la forme de l’esclavage ou de l’exploitation. C’est à ce dernier aspect que font écho les invectives que je citais en début de texte comme « fasciste », « raciste », « sexiste » ou autres « esclavagiste », évoquant des différences de droits fondamentaux entre êtres humains sur des critères arbitraires. Il n’est aujourd’hui dans notre société occidentale pas de raison qui puisse légitimer des différences de droit fondamental entre catégories d’êtres humains. Cela fait de nous des êtres humains à part entière, et le respect de chacun en est un élément de base. La loi du plus fort ne suffit plus à rendre un pouvoir et un droit légitime dans notre société, car ce ne sont plus les caractéristiques nécessaires à la survie d’un groupe dans notre état complexe d’évolution. Notre société s’est donné les formes et les moyens de vivre la notion d’égalité de droits (même si cela reste perfectible).

Et l’antispécisme fut.

C’est à ce moment de l’évolution de la pensée et de l’éthique que la critique antispéciste apparaît. Ces droits et ce respect entre êtres humains devraient être étendus aux animaux, eux aussi doués d’intelligence et de sentiments, à différents degrés selon l’espèce. A la mouvance de la protection des animaux par pitié et empathie de Brigitte Bardot, on est passé à l’antispécisme (pseudo) philosophico-scientifique de Ayméric Carron.

Or il est une différence fondamentale entre êtres humains et animaux. L’écosystème animal est toujours et encore régi par la loi du plus fort, et seuls les animaux domestiques peuvent survivre, « protégés » qu’ils sont par l’homme qui les élève. Le jour où nous ne les élevons plus, ils retournent à l’état sauvage et sont à nouveau dans le système de loi du plus fort, de prédateur – proie, et pour la plupart voués à une disparition plus ou moins rapide. Les animaux domestiques sont dépendants de l’homme et survivent tant qu’ils sont assujettis. Un cochon d’Inde domestique ne peut vivre longtemps sans être protégé et nourri. Les animaux ne sont donc par définition pas dans le même système de droits et de devoirs définis par notre société pour la pérennité de notre civilisation (un animal aura toujours le droit d’en manger un autre).

Spéciste, mais pas irresponsable

De cette situation l’homme doit tirer trois responsabilités. Il doit premièrement maintenir des écosystèmes sains et dynamiques, permettant aux espèces de survivre et de vivre, et ainsi surtout maintenir une planète en état de supporter une telle présence humaine. Dans un second temps, il est responsable de la qualité de vie des animaux qu’il exploite, et de limiter au maximum les souffrances possibles. Finalement, et c’est là la plus difficile, il ne doit pas oublier qu’il fait lui-même partie de cet écosystème planétaire, qui est dynamique et où rien n’est acquis, qu’il est né et qu’il mourra, et que s’il est né c’est parce que l’ensemble de ses ancêtres depuis la première bactérie (ou Adam et Ève), a joué le jeu de la naissance, de la vie et de la mort.

L’antispécisme, comble du spécisme

C’est donc là le double paradoxe de la mouvance « antispéciste » d’aujourd’hui. En refusant la différence de droits entre animaux et êtres humains, l’antispécisme refuse aux animaux leur spécificité animale intrinsèque en les anthropomorphisant ; en interdisant aux hommes de tuer et de consommer une autre espèce, ils les détachent de l’écosystème naturel dans lequel ils ont vécu des millénaires. L’antispécisme devient ainsi le comble du spécisme, qui, trop déconnecté de la nature, veut également en détacher  les animaux par « amour ».

A noter que contrairement à l’antispécisme aux bases philosophiques et scientifiques parfois douteuses, qui lutte CONTRE le régime omnivore, je n’ai absolument rien contre le végétarianisme. Ne pas aimer, ou ne pas vouloir manger de viande est un choix que chacun peut faire librement, en toute humanité.

Trois pistes pour ne pas en rester là

A côté du végétarianisme individuel, il reste donc la voix « réformiste » qui cherche à améliorer les conditions de vie des animaux, qu’ils soient de rente ou de compagnie.

Pour les animaux de rente*, il y a trois pistes concrètes à suivre :

 

1. La qualité plutôt que la quantité.

Le degré d’industrialisation d’une part, et la part toujours plus faible de notre budget que nous accordons à la nourriture d’autre part, sont responsables pour la plus grande partie des mauvais traitements infligés aux animaux de rente. L’élevage d’un animal nécessite une place et un temps minimaux, ce qui implique un prix minimal, et une quantité maximale. Or le vingtième siècle a tout fait pour fournir quotidiennement une part de viande à tous à un prix minimal, donc forcément au détriment de la qualité et souvent au prix de souffrances animales.

La voie suivie aujourd’hui en termes de protection des animaux, particulièrement en Suisse (voir notamment la Loi sur la protection des animaux LPA), est une voie adéquate qui doit être renforcée.

En tant que consommateur, la clé est simple : beaucoup moins de viande, mais de meilleure qualité et issue d’une production aussi respectueuse des animaux et de la nature que possible. En Suisse, où une grande partie du pays est couvert de pâturages (souvent à cause de l’altitude et des pentes qui rendent les cultures difficiles, voire impossibles), la production de viande animale raisonnable a sa place, même en termes de biodiversité (on pensera par exemple aux pâturages boisés du jura ou aux alpages fromagers).

Lorsque j’achète de la viande je cherche la qualité et me rends chez le boucher que je connais (ce qui revient au final bien moins cher que de consommer de la viande de supermarché quotidiennement); par contre, dans mes raviolis en boîte que j’adore, un simili-Quorn végétarien me conviendrait très bien.

 

2. Il n’y a pas de vie sans mort ni souffrance.

Après les dénonciations sur les réseaux sociaux de conditions de détention et d’abattage inadmissibles en Europe, on a vu ces dernières semaines des images d’abattage « conformes » presque aussi difficiles à regarder (à Avenches notamment). Ces images chocs montrent des animaux se faire abattre les uns après les autres, souvent tenter de s’enfuir ou éviter la mort par tous les moyens à leur disposition.

Si ces images peuvent choquer, elles n’ont pourtant rien d’étonnant. Il n’est aucune mort qui soit belle ou agréable, et encore moins dans un cadre austère et où les morts s’enchaînent. Imaginez un documentaire enchaînant les mises à mort de gnous par des lions, ou reprenant en gros plan les longues dernières minutes de vie des souris tentant d’échapper aux dents et griffes des milliers de félins de nos ménages. Pire encore, nos morts à nous, les derniers instants des centaines de résidents en EMS mis bout-à-bout. Ce serait insoutenable. Car oui, nous aimons oublier que si nous vivons, nous mourrons aussi, et que cela fait partie de la vie de chacun. Ces moments de souffrance doivent être tenus au strict minimum, grâce à des conditions les plus adéquates possibles. Jamais elles ne seront belles à voir, et c’est normal. Rappelons-nous aussi qu’un chevreuil, une antilope ou un cochon d’Inde passent leur vie à être sur le qui-vive, tous les sens en alerte et prêts à fuir à tout moment ; en termes anthropomorphistes : les animaux de proie sont constamment stressés, et ces quelques minutes en abattoir des animaux domestiqués ne sont pas contraires à la situation dans la nature.

Ce qui compte donc avant tout, c’est la qualité de vie durant l’engraissement, dans une batterie de poulet ou à l’air libre, dans des boxes ou en stabulation libre, sur des grilles ou dans de la paille, à l’intérieur ou à l’extérieur, avec quel espace (on ne fera par exemple pas semblant de croire que des oies peuvent être heureuses de se faire gaver, alors qu’elles passent leur brève vie dans un état de crise de foie permanent, comme un premier de l’an quotidien).

 

3. Moins de gaspillage.

Les habitudes de consommation en termes de viande ont déjà intégré une forme perverse du « plus de qualité » : on ne mange plus que les parties « nobles », du type rumsteak ou filet mignon, et personne ne consomme plus d’abats. Alors que lorsque l’on élève et que l’on tue un animal, le minimum serait de le manger entièrement.

Afin de lutter contre cette tendance, et réhabiliter nombre de recettes anciennes perdues, la mouvance « nose to tail » (du museau à la queue) se développe fortement ces dernières années. Ainsi, si vous choisissez de cuisiner des rognons à la dijonnaise à vos enfants, vous aurez un triple effet bénéfique : premièrement vous ne serez responsable de la mort d’aucun animal, les rognons doivent la plupart du temps être jetés car personne ne les achète plus ; deuxièmement vous n’aurez jamais fait un plat si gourmand à un prix si bas (les abats coûtent extrêmement peu cher) ; vos enfants en redemanderont, c’est encore meilleur que les nuggets si c’est bien cuisiné (mon truc : faire tout d’abord revenir dans une poêle et dégorger les rognons seuls, nettoyer la casserole en réservant les rognons, puis les faire cuire ensuite dans une bonne sauce à la dijonnaise). C’est pour moi une question de respect pour l’animal (et pour le producteur) que de le consommer entièrement.

From tail to nose

En conclusion, c’est en s’assumant spéciste dans tout son humanité que l’on trouvera à la fois une éthique et un ancrage dans le monde réel et naturel, à la vie et à la mort. Consommer moins de viande, lutter pour des conditions d’élevage respectueuse, et respecter la mort d’un animal en en consommant toutes les parties. L’abat nourrit l’esprit.

Quant à lui, l’antispécisme est une façon paradoxale et symbolique pour notre société en perte de repères de se rapprocher des animaux en leur accordant des attributs humains : le comble du spécisme !

 

*Je laisserai de côté le cas délicat des animaux de compagnie, et ne considérai donc pas ici si un chat d’appartement a une existence digne même si non choisie, ou si l’impact sur la biodiversité aviaire des chats domestiques d’extérieur est tolérable ou non.

L’affaire Buttet – chance inattendue pour la cause des femmes.

 Héros malgré lui |

Peut-être que dans quelques années nous nous souviendrons en fin de compte de Yannick Buttet comme d’un Conseiller national qui a  fait avancer la cause des femmes – malgré lui.

Penchons-nous un instant sur les circonstances uniques qui pourraient en faire un héros malgré lui de l’égalité des sexes et du respect des femmes.

Une conjonction d’affaires particulière |

L’impact de cette affaire est due à la combinaison unique entre un contexte momentané favorable (Weinstein, #MeToo & Co), et un amalgame inadapté entre deux situations : une plainte pour harcèlement qui relève à priori du domaine privé, et un comportement public à Berne totalement inadapté.

Ou plutôt, un comportement public à Berne SOUDAINEMENT considéré comme inadapté. Car soyons honnêtes, personne, dans le petit cercle des parlementaires fédéraux, lobbyistes et journalistes n’ignorait les attitudes du Conseiller Buttet (et semblerait-il, de plusieurs autres).

Après un article du Temps, en une nuit, un comportement toléré, minimisé, est subitement devenu inadmissible. La fuite vaudevillesque sur la plainte pénale valaisanne a mis le Conseiller Buttet dans une lumière suffisamment scandaleuse pour rendre attaquables ses actes bernois. Sans son affaire privée, ce comportement public inacceptable serait resté celui d’un gros lourd gênant, comme nous en connaissons bien trop, tout juste qualifié d’un haussement d’épaule, de sourcil, ou pire, d’un sourire amusé.

La nocivité sociale des « gros lourds » |

Ce que nous entendons aujourd’hui dans les témoignages de politiciennes courageuses déclenchés par les révélations du Temps, c’est que ce comportement de « gros lourd » fait des victimes. Le machisme et le harcèlement sexiste ont un prix social. D’un côté celles qui refusent un tel traitement se tiennent à l’écart de la politique ; de l’autre celles qui s’y frottent doivent régulièrement s’en défendre, elles sont usées, rabaissées (et cela sans pouvoir en parler, pour ne pas passer pour ce qu’elles ne sont pas: des faibles femmes) utilisant à chaque fois de l’énergie qu’elles ne peuvent investir dans le jeu politique.

Dépasser l’affaire et le cas isolé – du #MeToo au #WeToo |

Laissons de côté l’élément déclencheur qu’est «l’affaire Buttet», la justice en traitera le pan valaisan ; pour le côté politique, un lynchage ne servira aucune cause, si ce n’est celle de ses adversaires politiques, probablement tout aussi concernés par certains collègues.

Nous devons ensemble faire notre Glasnost phallocrate et lutter contre les signes de machisme que nous rencontrons. Gardons les projecteurs sur ces comportements déviants. Réagissons systématiquement en présence d’un dérapage, et si la chose se répète, cherchons une solution.

Les langues doivent se délier, les personnes qui dysfonctionnent doivent s’en rendre compte et le cas échéant, être recadrées, accompagnées, voire soignées.

Les victimes doivent pouvoir en parler, être prises au sérieux, et ne plus devoir accepter cette situation parce que c’est le jeu. Les pulsions sexuelles n’ont rien d’attirant, lorsqu’elles servent d’arme de pouvoir envers des tiers non consentants.

J’attends le moment où quelqu’un osera passer des #MeToo des victimes au #WeToo de celui qui demande d’être excusé – et ceci spontanément, avant-même d’être dénoncé…

Ou alors faut-il être beaucoup plus réaliste, et commencer par élire davantage de femmes au Parlement pour en changer la culture?

By Vassil (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons